Épisode 12 : Le pouvoir de Fu Su Lu

Par Juliabakura

Autour des aventuriers, tout était très confus. Grunlek avait essayé de modifier la ligne temporelle, B.O.B était devenu fou en voyant cela car il connaissait le danger de ces voyages dans le passé. Tesla leur avait défendu de le faire. Et malgré tout, c'est ce qui était en train de se passer.

La petite fille était attachée par les liens de glace de Shin, mais parvenait lentement à se libérer. L'Homme à la rapière, lui, s'était retourné et venait lentement dans leur direction. Il fallait trouver une solution très rapidement, sinon ils encouraient des modifications temporelles lourdes.

Balthazar se concentra pour essayer de manipuler les flammes afin de ralentir, voire d'arrêter la progression de leur vieil ennemi. Ce dernier était blessé et pourrait donc hésiter à passer tant ses blessures étaient importantes. Grunlek imagina avec un large sourire que Balthazar perde le contrôle, provoquant un incendie gigantesque qui lui ferait réalisé une « bourde » temporelle, la même qu'il cherchait à évité. Ce ne fut pas le cas, dommage. L'homme à la rapière recula face aux flammes manipulées de B.O.B. La fumée l'empêchait de voir dans leur direction, ce qui leur évita une nouvelle confrontation dans le passé.

Mani continua de concentrer sa psyché sur le bouclier. Il observait Shin qui était sur le dos de la petite fille. Et avec un désir étrange et pervers, l'elfe se prépara à taper à nouveau sur elle avec le bouclier.

« Arrête ! Tu vas pas nous faire une Théo, s'il te plaît ! murmura Shin avec le regard froid sur l'elfe ».

Ce dernier leva les mains en l'air en sifflant :

« C'est pas moi ! C'est juste le bouclier du paladin ! »

Le bout de métal reprit vie pour faire tomber le froid métallique inquisiteur sur la pauvre tête de la petite fille. A leur grande surprise, elle était toujours en vie. Mani fronça les sourcils et refrappa le bouclier sur son crâne.

« Mais tu vas tomber dans les pommes, oui ?! ragea silencieusement Mani, pour chaque mot il provoqua un coup de bouclier.

- Vous avez le droit de garder le silence, dit en même temps Shin. »

Dans leur tête, la voix de la petite fille profonde, continua de résonner, ponctuée de bruit de bouclier rageur. :

« Je vous tuerais tous ! Espèce de...

- Qu'est-ce que tu dis ? On ne comprends pas, s'amusa l'élémentaire, tandis qu'il continuait à se concentrer sur ses menottes de glaces. »

Grunlek se concentra davantage sur la voix pour essayer de comprendre : était-ce un esprit vengeur ? Ou bien le même esprit qu'ils entendaient depuis le début ? Dans tous les cas, le nain, tout comme toutes les personnes présentes, ne pouvait pas déterminer si la petite fille était vivante ou non. Si son corps était animé, la position de ses os n'était pas très naturelle. Shinddha hésita entre renforcer les menottes ou cryogéniser la petite fille. Une voix dans sa tête lui rappela que cela allait paraître louche si l'homme à la rapière revenait et voyait la gamine dans un tas de glace.

« Et si tu essayais de cryogéniser ses organes internes ? proposa mentalement B.O.B.

- Oui, mais y a toujours une petite fille. On va la tuer. »

Tous répondirent un magistral "Bah elle l'est déjà." qui aurait rendu Théo fou de colère. Cela ne réussit pas à convaincre Shinddha, plus doux, qui se contenta de cristalliser la gamine. La magie opéra. La petite fille pouvait de moins en moins bouger, ce qui ne l'empêcha pas de continuer de les insulter. Soudain, elle se mit à briller de plus en plus. Shin constata qu'une lueur violette émanait de ses yeux et de tout le reste de son corps. La petite fille repoussa la glace de toute sa puissance, jusqu'à se casser un bras. Son coude se déboîta, on pouvait voir l'os à travers la peau, ce qui provoqua un petit râle de dégoût de Mani et Shin. Tous deux imaginaient la douleur que cela devait provoquer.

« Mais, je ne veux pas la torturer plus. Ah c'est horrible... pensa Shin triste pour la gamine. »

Un immense cri de douleur se fit entendre dans leur tête, avant qu'une voix familière leur dise :

« Aventuriers ? Aventuriers vous m'entendez ? La magie s'est condensée de l'autre côté. Je n'avais pas prévu ça. Je vous jure. Ne la laissez pas sortir. Vous devez l'arrêter. Vous devez m'arrêter aussi. Je ne vous connais pas. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. »

La voix fut soudainement interrompue par une autre :

« SILENCE ! NE DIS PLUS RIEN ! JE NE TE LAISSERAI PAS RUINER TOUS NOS EFFORTS ! »

Tout devenait blanc autour des aventuriers. L'aura violette autour de la gamine se dissipa. Visiblement, elle sortait du corps qui était trop abîmé pour continuer à s'en servir efficacement. Mani se posa d'ailleurs la question de savoir à partir de quand un corps possédé ne pouvait plus servir à un esprit. Ce à quoi répondit Balthazar : « A partir de 19 coups de bouclier de paladin. » qui provoqua un fou rire général. Qui avait finalement tué la petite fille ? Théo avant leur intervention ? Ou Mani ? Personne ne le savait vraiment. Dans tous les cas, l'arme du crime était connu de tous : le bouclier du Paladin.


Ils reprirent conscience dans un nouvel épisode du passé, une scène vue du dessus.

Lorsque le voile blanc devant leur yeux se dissipa, les aventuriers remarquèrent qu'ils étaient revenus à la tour des mages, dans la tour centrale. Balthazar estimait qu'ils étaient au troisième, voire quatrième étage environ.

Le sol était en train de trembler. Des pans entier de morceaux de murs se détachaient. Les flammes et les chandeliers vibraient comme si la tour, elle même, était en train de trembler. Une personne, pourtant, avançait avec détermination sur l'étage, sûrement l'un des acteur de ce qui s'était déroulait à la Tour du temps. Sans pouvoir voir les traits de son visage, les aventuriers ressentaient sa panique. L'individu se mit à courir. Il semblait être essoufflé, apeuré par quelque chose qui venait tout juste de se produire. Il attrapa une gemme dans sa poche, un peu différente de celles que les aventuriers avaient l'habitude de voir. Mais celle-ci était vide, sans magie à l'intérieur. Il hésitait à s'en débarrasser. Puis finalement, il la jeta derrière des tonneaux non loin. Tout en tremblant, il sortit ensuite un parchemin de sa poche et commença à le déplier.

Pendant ce temps là, au centre du puits au bas de la tour, la panique. Les mages couraient dans tous les sens. Les archimages s'étaient mis en position de défense. L'un des trois se mit à incanter un rayon gigantesque au centre du puits. L'intrus prononça quelques mots dans une langue qu'ils n'avaient jamais entendu. Et d'un coup, tout s'arrêta.

Un autre voile blanc passa devant les yeux des aventuriers.


Au moment où les aventuriers reprirent conscience d'eux mêmes, ils se trouvaient dans l'Ether, sous des formes qu'ils n'avaient pas habituellement, ce qui les effraya quelque peu.

B.O.B était devenu un démon gigantesque. Shin était un élémentaire d'eau. Il n'était fait exclusivement que d'eau et de glace. Grunlek était un golem de fer monstrueux, avec un énorme marteau dans les mains. Quant à Mani, il apparut sous la forme d'une sorte de centaure-araignée noir comme l'ébène. Dans leur tête, une voix tonitruante se mit à résonner :

« TU PRETENDS ETRE MAGICIEN ? TU TE LAISSE DOMINER PAR QUATRE AVENTURIERS INCOMPETENTS ! »

Il était difficile de savoir quelle voix correspondait à qui. Mais une seconde voix répondit :

« Sortez de ma tête, sorcière ! Je suis plus que vous ne serez jamais ! Vous avez corrompu ma création ! Corrompu mon âme ! »

Devant eux se trouvait un énorme trou béant dans la réalité, une abomination, une création d'arcane pure, une forme éthérée qui les "regardaient" ou tout du moins les sentaient.

Grunlek garda en tête les précédentes informations accumulées. Il se souvenait de cette gemme et n'avait pas pu la voir plus en détail. Il se promit qu'une fois sorti de ce puits, il allait l'identifier. Le seul élément qui l'avait fait tilter était que la forme de la pierre lui paraissait comme très précieuse, presque familière. Il se rappela de l'emplacement où elle fut jeter et se promit de faire plus de recherches.

La forme temporelle devant eux, à chaque parole dans leur tête se mettait à se dilater et se contracter. Ils entendirent :

« Misérable vers de terre ! Je suis le grand Fu Su Lu ! Archimage de la tour du temps ! »

A l'entente de son nom, Grunlek ne put s'empêcher de rire. Son état de golem de fer provoqua des petits bruits métalliques peu discrets, un peu à la manière d'une enclume qui racle.

« Je ne sais pas comment vous avez fait, mais vous êtes la cause de tout ça. Rendez-moi mon corps ou je vous écrase !

- C'est le nom de méchant qui fait le moins peur au monde, rit Grunlek. Oh Oh Oh ! Fu Su Lu va nous manger !

- Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous aider ? demanda plus calmement Mani. »

Plusieurs questions se posèrent dans l'esprit des aventuriers, et en particulier dans celui de Balthazar. L'abomination était Fu Su Lu ? Peut être était-il depuis le début enfermé dans le parchemin. Mais ils avaient également entendu trois voix. Cela signifiait qu'il n'était peut-être pas seul ? Malheureusement, ses préoccupations n'étaient pas celles de tout le groupe.

« Eh Monsieur Fu Su Lu ! Vous pouvez nous expliquer ce nom ? C'est de quelle origine ? lui cria Shinddha.

- Après tu comprends qu'il soit devenu méchant avec un nom comme ça, sourit Grunlek.

- Mais il n'était pas méchant ! râla Balthazar, pour défendre un de ses ancêtres mages. Essayez de suivre ! Il y a LA SORCIERE ! Qui ELLE est méchante. C'est l'entité, il faut la détruire.

- Ah bon ? s'étonna Grunlek. A quel moment c'est la sorcière qui est la méchante ?" questionna le golem.

- Parce que, c'est lui qui le disait. Il y a les deux mages qu'on connaît déjà. Fu Su Lu et l'autre mage en veulent à cette troisième entité. Et ils sont tous là, dit-il en pointant la chose devant eux.

- Les trois ont été agglomérés par cette forme, comprit Shinddha.

- Monsieur de Fu Su Lu ! reprit Mani loin de tout cela. Qu'est-ce que l'on peut faire, pour faire en sorte que vous vous calmiez ?

- RENDEZ MOI MON CORPS ! Rendez moi mon corps ! Rendez moi mon passé, c'est vous qui me l'avez volé ! répondit l'entité. »

Mani lui offrit un regard perplexe.

« Sans être un expert dans le monde éthéré. Là, j'ai l'impression que nous sommes dans une réalité où nos corps et passés sont secondaires. Excusez moi, souffla Mani en soulevant une des pattes près de son visage. Je n'ai pas l'impression que c'est une main. Euh... Donc, vous allez tout de suite vous calmer et on va essayer de discuter, pour voir comment régler ces problèmes. Vous allez l'air d'être ambitieux et à la fois épris de pouvoir. Est-ce qu'on peut faire en sorte, que la réalité ne s'effrite pas plus qu'elle ne l'est déjà ? Hein ?

- Je ne suis pas épris de pouvoir ! bougonna Fu Su Lu. C'est vous qui m'avait volé mon corps ! Rendez-le moi !

- A quel moment ? s'étonna Mani.

- On vient d'arriver, enchaîna Grunlek.

- Est-ce que vous reconnaissez votre corps dans le tas ! soupira Balthazar.

- Excusez moi ! Mais à quel moment on vous a volé votre corps ? répéta la Centaure-araignée.

- Vous vous moquez de moi. Je suis un archimage de la tour du temps. J'étais en train de travailler...

- Ah ! Vous êtes un archimage de la tour du temps ? Nous venons de la part d'un autre archimage. Nous venons de la part de Tesla qui nous a dit qu'il y avait un problème à cet endroit là. Donc je pense que nous sommes exactement dans la même recherche. Qu'est-ce qui s'est passé ? proposa Grunlek.

- Tesla ? Je n'ai aucune... Je ne connais pas de Tesla ! Vous vous moquez de moi ? reprit Fu Su Lu. »

La situation se compliquait.

« En quelle année sommes nous ? Est-ce que vous pouvez nous répondre ? » interloqua Shin.

Fu Su Lu lui donna une date des centaines d'années antérieures. Grunlek lui expliqua qu'ils venaient d'une époque des centaines d'années plus loin et qu'ils venaient de la part de Tesla qui est la grande archimage.

« Est-ce que vous vous rappeler du moment où vous avez perdu votre corps ? Et comment cela s'est produit ? enchaîna Mani.

- J'étais...en train de... »

La voix de Fu Su Lu hésitait, tremblait.

« Je faisais un parchemin. J'étais en train de rédiger des sorts et... Qu'est-ce que vous avez fait ? C'est vous ?"

- C'est ce que l'on vous demande ! râla Mani.

- C'est toujours pas nous ! répliqua le Golem.

- J'étais en train de travailler et quand je reprend conscience, me voilà. Il y a cette sorcière dans ma tête et vous qui arrivez.

- Est-ce que vous ne vous êtes pas dit que nous sommes peut être finalement les héros venus vous sauver ! reprirent en choeur Mani et Grunlek.

- Dans ce cas rendez moi mon corps ! »

Baltazar fit taire ses compagnons d'un grognement.

« J'ai... Une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle : c'est que votre corps a été détruit depuis longtemps puisqu'il s'est passé une immense période de temps entre le moment où vous êtes devenu éthéré et aujourd'hui. Votre corps a pourri et s'est transformé en poussière. La bonne nouvelle : c'est que la tour des mage se souvient de vous comme étant le plus grand et unique archimage temporel ! Et vous êtes toujours inscrit et vous occupez toujours ce poste, puisqu'on a pas réussi à vous localiser très précisément au suivi de votre spécialité. »

Grunlek applaudit face à la notoriété de Fu Su Lu.

« Mais du coup... Il faudrait vous trouver un corps d'emprunt idéalement, reprit Balthazar.

- Pas besoin d'un corps d'emprunt. RENDEZ MOI MON CORPS !

- Non, mais vous êtes archimage temporel. Vous allez pas me dire que vous ne comprenez pas le concept qu'on est, genre, demain, s'énerva B.O.B. »

Soudain une idée germa dans l'esprit de Balthazar, Grunlek et Mani. Ils se souvenaient que l'esprit d'un mage ne peut pas se transférer dans un parchemin. Donc dans tous les cas, Fu Su Lu était mort. Il avait vécu jusqu'à un certain âge et puis il était mort de vieillesse. Ce qu'ils avaient devant eux était probablement son esprit qui s'était copié-collé dans le parchemin. Cependant, ce n'était pas Fu Su Lu. C'était plus un élémentaire de temps qui s'est créé par la condensation de la magie, suite à l'utilisation du parchemin de Fu Su Lu, sur lequel, s'est imprimé -en quelque sorte- une partie de l'esprit de l'archimage.

Cela expliquait que ce dernier était à moitié fou et qu'ils n'arrivaient pas à le convaincre ou à le rediriger à peu près quelque part. La créature était persuadée d'être Fu Su Lu. Balthazar proposa que Mani se charge de discuter avec la créature, puisque depuis le départ, c'était le seul qui obtenait des réponses à peu près cohérentes à ses questions. L'abomination changeait souvent de forme. De temps à autres, une tête humaine semblait en ressortir. Son attention était surtout focalisée sur le puits, ou plutôt le tourbillon qui semblait remonter vers la sortie.

« Monsieur de Fu Su Lu ? Est-ce que nous ne pouvons pas solutionner votre problème ? Est-ce que vous ne pourriez pas déjà vous calmer et voir dans quelle mesure nous pouvons trouver des alternatives, à vos problèmes ? tenta Mani.

- Si vous êtes vraiment là pour aider. Dans ce cas là, aidez-moi à retrouver mon corps. Aidez-moi à retourner à la tour des mages. J'étais simplement en train de travailler. J'étais simplement en train de travailler sur un parchemin, récita Fu Su Lu.

- Partons du principe que nous sommes dans un temps où vous avez perdu votre corps. Le problème maintenant, c'est que nous ne pouvons pas vous donner autre chose qui, d'un point de vue réaliste, n'existe plus. Donc, il faut peut être relativisé sur votre existence...

- Pourquoi je n'aurais plus de corps ? s'énerva l'entité.

- Parce qu'il est tombé en poussière ! enchérit le diable, fatigué de ce dialogue de sourd. Du temps s'est écoulé, et ce corps n'est absolument plus relevable. Même en utilisant de la magie.

- Et vous êtes bien placé pour savoir que... commença l'elfe avant que Fu Su Lu l'interrompre à nouveau.

- Vous vous moquez de moi ! Il y a quelques minutes, j'étais en train de travailler dans mon atelier !

- Vous êtes archimage temporel ! s'emporta Balthazar. Vous allez pas me dire que quelques minutes ne font pas la différence. Ou quelques secondes ! »

L'abomination s'agita, colérique. Grunlek offrit un applaudissement lent à Balthazar qui avait de toute évidence provoqué la colère du monstre.

« Vous vous moquez de moi. Vous...

- Mais non ! répondit simplement Mani.

- Vous voulez dire que je suis mort ?

- Non... Pas exactement, c'est un poil plus compliqué que ça. Votre esprit est en vie ! réfléchit Balthazar.

- Est-ce que vous vous souvenez de tout votre passé ? demanda Grunlek. »

L'entité se mit à réfléchir.

« Oui je... Mais... Je suis devenu mage... »

Il n'arrivait pas à réfléchir. Il n'arrivait pas à se concentrer. Il n'arrivait pas à donner une réponse.

« Qu'est-ce que vous m'avez fait ? Je ne me souviens de rien !

- Oh ! C'est toujours de notre faute ! On est reparti pour un tour, chouina Shin.

- Mais carrément ! pesta Balthazar fatigué. Le mec ! Il voit un golem ! Un morceau de flotte qui bouge et qui parle ! Un...Centaraignée et un démon ! Et tout de suite c'est notre faute ! Oh, ça va le racisme ? Espèce de sale... »

L'abomination était en train de réfléchir. Toujours en train de chercher une réponse. Son attention était de plus en plus focalisée vers la surface du puits, vers la tour des mages.

« Je... Je suis Fu Su Lu... Je suis Fu Su Lu ?

- Non ! Vous êtes une anomalie magique hors du temps ! rectifia Balthazar.

- Ce n'est pas parce que vous êtes Fu Su Lu que la réalité ne vous dépasse pas ! Le problème c'est que là, d'un point de vue pragmatique, nous sommes dans une ligne temporelle dans lequel votre corps n'existe plus, car vous êtes hors du temps. Le temps s'est écoulé depuis une centaines d'années. Nous venons d'une période où justement vous n'avez plus ce corps. Donc en théorie, vous êtes dans la logique ici. Vous êtes ici, et vous êtes censé y rester, sourit Mani.

- Vous vous moquez de moi ?

- Mais non ! pleura Mani conscient que ses efforts n'avaient rien eu comme résultat.

- Pourquoi vous voulez un corps humain physique ? Vous allez vieillir, mourir. Vous êtes tout ici ! enchaîna Shin. Vous êtes l'Alpha, L'Oméga. Vous êtes omniprésent !

- Lui donne pas des mauvaises idées ! s'inquiéta l'elfe. »

La créature pourrait en effet vouloir maintenant détruire le monde. Les aventuriers perdaient le contrôle de la situation.

« Si puis-je me permettre, ajouta Balthazar, pour que l'archimage du temps, devienne "l'entité" représentant le temps, un dieu temporel, j'avoue...Là il faudra que j'en parle à Tesla et que l'on agrandisse la plaque commémorative parce qu'il y a quelques événements qui se sont passés.

- J'ai besoin de... J'ai besoin de... J'ai besoin de retrouver mon corps ! J'ai la sensation d'étouffer ici ! hurla l'abomination.

- Mais qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans ce qu'on vous dit ? s'emporta Mani.

- Vous avez besoin de retrouver vos esprit dans un premier temps, dit Grunlek prenant le relais. Comme le disait notre ami Pyromancien, enfin, le démon qui se trouve à côté de nous. On a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle c'est que vous êtes une sorte de réminiscence. Une sorte de résidu qu'était Fu Su Lu. Mais par contre la bonne nouvelle, c'est que Fu Su Lu est mort. Vous vous êtes encore là ! Donc vous pouvez surpasser l'existence de Fu Su Lu. Vous pouvez choisir ce que vous voulez devenir. Vous pouvez choisir un nouveau nom si vous le souhaitez ! Et je vous le conseille, parce que bon, c'est pas terrible. Et voilà. Ne restez pas bloqué à cet endroit ! Devenez plus que Fu Su Lu !"

- Et pour un nom, je propose : Dieu Su Lu ! sourit le diable.

- Fe Sa La ! proposa Grunlek.

- Je ne suis pas Fu Su Lu ?

- Vous n'êtes plus Fu Su Lu, répondit Bob. L'avez-vous vraiment été ? C'est pas la question...

- J'étouffe. J'étouffe ! »

Soudain la forme devant eux qui était éthérée jusque là, commença subitement à devenir physique. Elle se mit à tourner sur elle-même. Les aventuriers sentaient qu'il était en train de prendre de l'élan pour essayer de sortir du puits.

« NON ! NON ! hurla le mage qui avait laissé ses amis essayer de raisonner une réminiscence. Empêchez-le de sortir ! »

Sous sa forme démoniaque avec sa source de mana infinie, le diable prépara une belle éruption solaire pour lui envoyer dans la face. Grunlek aurait voulu continuer à négocier, mais le diable n'avait plus de patience, et plus encore, une menace allait sortir dans le monde réel. Sous sa forme physique, la créature était maintenant sensible aux coups, il fallait en profiter.

« Comment on abat ce truc là B.O.B ? demanda Shin. Il faut lui donner un trop plein de Psy ?

- Déjà je vais tester la technique traditionnelle ! souffla Balthazar en prenant tous les risques, quitte à blesser ses alliés en nucléarisant la zone. »

C'était une attaque d'opportunité. L'énorme boule de feu blessa le monstre. Il se mit à les insulter, tout en commençant à monter dans le rayon pour fuir. Grunlek décida de disloquer son bras pour l'attraper. Le golem espérait que ses collègues soient prêts à mettre de leur poids pour tout faire afin de le descendre. Mani concentra sa psyché sur la partie mécanique et non organique afin de l'aider dans son mouvement. Le bras se mit à se disloquer vers la créature. Il arriva à s'agripper à lui. Cela empêcha la créature de passer l'horizon. Cependant cette dernière se retourna vers eux et s'apprêta à lancer un puissant sort... qui n'eut aucun effet.

"Bien joué Shin ! sourit l'elfe.

- Je lui ai refilé ma malchance ! »

Une boule d'invocation d'arcane passa entre Grunlek et Shin et se perdit dans les méandres du néant. Shin s'élança vers la créature afin de l'attraper à son tour, pour qu'il puisse la cristalliser, l'alourdir et la faire tomber au sol. Il réussit à sauter sur la forme éthérée.

La forme élémentaire de temps redescendait lentement et leur adressa un message qui résonna dans leurs têtes :

"Bandes d'idiots ! Si je ne peux pas vous tuer ici ! Je le ferai dans le passé !"

Et un voile blanc s'étendit devant leurs yeux.