Episode 13 : Sauver le futur

Par Myfanwi

Contrairement aux précédentes expériences de voyage temporel, le voile blanc qui apparut devant les yeux des aventuriers était différent. Le démon dans l'esprit de Balthazar se mit à s'agiter, excité par un afflux de psyché de plus en plus gros. L'entité qui se prenait pour Fu Su Lu était en train de créer un sort puissant, malgré la prise que Shin et Grunlek avaient sur lui. Il devait agir et vite.

"Shin, ferme la bouche ! rugit-il."

Le demi-élémentaire, perdu, se tourna vers lui. Le mage lança une énorme boule de feu dans sa direction. Il sentit un peu de liquide couler entre ses jambes alors que le sort faisait mouche et touchait Fu Su Lu et l'élémentaire en pleine face. La boule de feu réussit à dévier le sort temporel de l'entité, mais le voile blanc se propagea tout de même devant leurs yeux, instable.


Ils se réveillèrent de nouveau dans un espace inconnu et dans leurs corps originels. Mani se sentit de nouveau très faible et peina à se maintenir debout. En regardant autour d'eux, la maison leur parut quelque peu familière, sans vraiment qu'ils ne réussissent à mettre un souvenir dessus. Mani cligna des yeux, fronça les sourcils, avant d'avoir un éclair de génie :

"Eh ! C'est là où il y avait l'araignée !"

Excité, il courut vers l'endroit où était censé se trouver la bête. Balthazar détourna le regard, légèrement coupable. Grunlek le charria d'ailleurs immédiatement.

"Chouette, on va savoir qui Balthazar a tué. Tu te souviens, notre potentiel allié ?"

Au-dessus d'eux, les filaments de mana brillaient toujours de leur teinte octarine. Mais ils paraissaient cette fois-ci confus, presque désorientés. D'ailleurs, la voix de Fu Su Lu ne tarda pas à retentir dans leurs têtes.

"Où suis-je ? demanda t-il. Qu'est-ce qui s'est passé ? Quoi ?! Mais vous avez survécu ?! Vous êtes pire que des cafards !

- Mais vous aussi ?! répliqua Balthazar, faussement choqué. Mais vous êtes pire que… que… Shin, qu'est-ce qui est pire qu'un cafard ?

- Un rat !

- C'est ça ! Vous êtes pire qu'un rat ! hurla le mage en pointant un doigt accusateur vers les filins violets."

Leur échange verbal fut interrompu par un bruit à la porte. Quelqu'un toquait. Les aventuriers, surpris, se regardèrent les uns les autres. Ce n'était encore jamais arrivé dans le passé jusqu'à présent. Face à l'inaction de ses camarades, Grunlek s'approcha de la porte, sur la défensive, et l'entrouvrit. Tout était trop calme pour l'instant, ils devaient s'attendre à être attaqués d'une seconde à l'autre, comme ça avait été auparavant le cas.

"C'est pour quoi ? demanda le nain d'une grosse voix pour paraître plus impressionnant."

Son interlocuteur, un mage assez grand et fort, lui adressa une regard un peu surpris.

"Bonjour, je viens voir LePente, il est là ? Je suis Hélion. J'ai des choses à lui vendre, je viens de la tour des enchanteurs."

Balthazar passa la tête dans la pièce d'à côté pour s'assurer que l'homme n'y était pas et fit un signe de tête négatif à Grunlek. Le nain resta calme et répondit à son "invité".

"Il est dans le centre du village, désolé."

Mani croisa les bras et se tourna vers Balthazar.

"Et si c'est lui que t'as tué dans le futur ? Et si on le renvoie et que tu le tues pas ? Et si…

- Mani, tais-toi pitié… répondit le mage."

De l'autre côté de la porte, l'intrus n'en démordait pas. Il venait du centre du village et demandait maintenant après le fils du vendeur.

"Non, non, il n'est pas là non plus, répondit Grunlek.

- Bah vous êtes qui, vous ? demanda le visiteur, de plus en plus suspicieux."

Grunlek jeta un regard paniqué à Balthazar. Il lui mima très mal une femme de ménage.

"Je… Euh… Je nettoie les lieux, c'est tout, dit le nain. Je travaille ici une fois par semaine.

- Je connais LePente depuis plusieurs années et il ne m'a jamais parlé de vous, grogna le visiteur, de moins en moins amical. Qui êtes-vous ?! Ouvrez-la porte."

Il tenta de passer de force, Grunlek ferma la porte à son nez et se colla dessus pour l'empêcher de passer.

"Non ! Ca suffit, monsieur. Rentrez chez vous maintenant."

Balthazar poussa un soupir et s'avança vers la porte pour ouvrir. Grunlek ne bougea pas et lui demanda silencieusement ce qu'il faisait. Hors de question qu'un intrus entre ici ! Pendant ce temps, aucun d'eux ne firent attention aux filins octarines qui se condensèrent au-dessus de Mani, de plus en plus mal à l'aise, qui chercha à leur échapper en claudiquant vers Shinddha. La psyché continua à le suivre.

"Qu'est-ce que t'as fait encore ? lui demanda le demi-élémentaire d'un ton accusateur."

Il n'eut pas le temps de répondre : d'un coup, les filins de mana l'encerclèrent et rentrèrent à l'intérieur de lui. Mani devint violet, littéralement. L'elfe se mit à trembler, il perdait le contrôle de lui-même. Il ressentit brièvement une rage meurtrière envers Shin, devant lui, qui se contentait de le dévisager la bouche grande ouverte. Cependant, les filins ressortirent presque immédiatement, et Mani retomba au sol. La voix dans leurs têtes se mit à gronder.

"Ah ! Quelle puanteur infecte !

- C'est de la coriandre, salaud ! cria Mani en agitant son poing au dessus de lui.

- Demi-humains puants… Si je ne peux pas vous avoir vous, je l'aurais lui.

- Eh oh, pas la peine d'être insultant, répondit Grunlek. On a voyagé pendant des mois et vous connaissez pas l'odeur de Théo, ça se voit."

Les filins passèrent entre les planches de bois de la porte et encerclèrent Hélion, à l'extérieur de l'habitation. Il y eut un silence pendant quelques secondes, puis soudain, la porte traversa la pièce. Balthazar et Grunlek l'évitèrent de justesse et reculèrent de plusieurs pas. Hélion entra dans la pièce, enveloppé d'énergie octarine, les yeux luisant d'une folie meurtrière. Maintenant qu'il était face à eux, Grunlek se dit qu'il lui était étrangement familier : il s'agissait de la personne qu'ils avaient retrouvé vidé de son sang à l'entrée de la Tour des Mages à leur arrivée. Peut-être que c'était eux qui l'avait blessé. Dommage.

Grunlek lança son poing mécanique et faucha l'intrus qui vola sur plusieurs mètres en arrière. Mais celui-ci se redressa immédiatement et le chargea, le poing levé. Sa main luisait de psyché et Grunlek eut juste le temps de parer l'attaque pour l'éviter. Le choc provoqua une vague de psyché qui se répendit partout dans la pièce, basculant la table qui se tenait derrière le nain. Leur assaillant ne rigolait plus et voulait en finir. Balthazar voulut réagir mais il perdit le contrôle de sa boule de feu qui transperça le toit à l'exact endroit où il y avait un trou dans le futur et se perdit dans le lointain. Au moins, ce n'était pas sur le nain… Malheureusement, un toit en paille et du feu, ça ne fait pas très bon ménage, et tout commença à flamber au-dessus de leurs têtes.

Grunlek profita de la diversion involontaire pour mettre un nouveau coup à Hélion qui fit mouche. Mais malgré tout, l'homme tint bon et se releva une nouvelle fois. Il tenta une nouvelle attaque que le nain réussit une fois de plus à parer, mais qui brisa son bouclier psychique. Cette fois-ci, il lui faudrait redoubler de prudence.

Mani, capable de mourir si une poussière le touchait, laissa le combat à Shin. Il se contenta de renforcer un peu les flèches en psyché, dans les limites du possible, pour ne pas donner l'impression qu'il ne faisait rien. Shin banda et toucha l'assaillant à l'épaule.

La voix de "Fu Su Lu" raisonna de nouveau dans leurs têtes.

"Vous êtes complètement fous, vous ne réalisez pas ce que vous avez fait. Bande d'idiots ! Je suis Fu Su Lu ! Je suis...

- Merci, les interpella une autre voix, inconnue. Mais vous devez m'arrêter. Essayez de me trouver et arrêtez-moi !"

Les filins octarine disparurent, tout comme les voix dans leurs têtes. Mais pas eux. Eux restèrent là, au milieu des flammes, et aucun voile blanc n'apparut à l'horizon pour les changer de localisation spatiale ou temporelle. Les aventuriers se regardèrent les uns les autres, avant que Balthazar ne réagisse.

"La Tour ! Grunlek, stabilise le gars, on doit l'emmener à la Tour ! Le blocage temporel n'est pas encore actif, on doit trouver celui qui a lancé le sort et on doit l'arrêter."

Il se retourna et étouffa les flammes du plafond d'un geste de main. Shin jeta un coup d'oeil à la cheminée pour trouver le collier d'annulation, mais il n'y était pas. Mani, lui, jeta un coup d'oeil envieux sur la table d'alchimie à côté de la cheminée, où plusieurs gemmes brillaient, les mêmes qu'il avait pris dans le futur. Cela lui rappela le parchemin et le collier qu'il avait dans ses affaires et qui pouvait être important. Il saisit Bob par le bras et lui tendit. Le mage poussa un soupir.

"Depuis quand tu as ça ?

- Depuis… le début ?"

Le collier était un collier d'annulation.

"Mais quel con ! cria Bob. Mani, je vais te tuer. Va mettre ça dans la cheminée, dépêche-toi !"

L'elfe s'exécuta en bougonnant. Malgré cela, les aventuriers ne purent toujours pas partir. Il manquait quelque chose ici, quelque chose d'important pour le futur et ils devaient boucher la faille temporelle. Mais quoi ? Le parchemin, lui, était un sort pour agrandir des créatures. Quelque chose fit tilt dans le cerveau du Mani qui comprit instantanément quelle créature il allait devoir agrandir.

Son regard dévia sur la petite araignée posée sur son épaule. Elle l'observait de ses huit yeux globuleux, patiente. L'araignée que Bob avait tué était heureuse de le voir, elle n'avait jamais eu l'attention de les tuer, et pour cause : c'était l'une des siennes. Il prit le temps d'accuser le coup. Depuis combien de temps voyageaient-elles avec lui ?

Ses compagnons tâchèrent de rester sérieux, même si l'idée d'enfin se débarrasser d'une des saloperies qui se promenaient sur eux la nuit les enchantaient au plus haut point.

"Alors, Mani, ça fait quoi de trahir quelqu'un qu'on aime ? ne put retenir Bob. Prends-en une pas trop intelligente, vu comment je lui grille le cerveau après…"

Shin lui donna un coup de poing sur l'épaule pour le faire taire. A genoux, Mani faisait ses adieux à sa créature qu'il tenait dans les mains.

"Désolée, Nina. Il faut que tu vives ta vie."

Il lui tapota une dernière fois la tête et, alors que l'araignée le regardait avec des yeux plein d'incompréhension et de tristesse, il se releva et recula pour laisser la place à Bob, à moitié mort de rire, qui retenait tant bien que mal son sarcasme. Bob lança le sort.

Au moment où l'araignée commença à grandir, tout devint blanc autour d'eux et ils réapparurent dans la Tour des Mages.