Épisode 17 : Le chemin de Toran

Par Juliabakura

Les aventuriers étaient à bord du bateau qui les emmenaient à leur destination : les montagnes naines. Mais avant cela, ils devaient se rendre à un petit village-étape afin de poursuivre la route à pied, les terres naines se trouvant loin des eaux douces et tranquille du lac longeant Castelblanc.

Pendant la traversée, les aventuriers s'occupèrent comme ils le purent. Balthazar avait nommé le bateau « Jack-Jack ». Il aurait aimé en faire un bateau volant pouvant traverser les terres. Mais ce n'était qu'une douce illusion. Ou tout du moins, il n'avait pas le nécessaire technique actuellement pour y songer sérieusement. De son côté, toutes les heures, Mani tirait sur la manche d'un des matelots pour demander : « Au fait, on va où ? »

Après un jour et demi de voyage, ils approchèrent d'un petit village en ruines qui n'était même pas indiqué sur les cartes, le moulin du Castel, à l'extrême est de Castelblanc. Ils n'avaient que très peu d'informations sur le lieu, si c'était qu'il était parfois utilisé par des bandits comme coin de passage ou un campement temporaire pour les gens qui voulaient éviter Castelblanc et sa milice inquisitrice. Les personnes prenaient les marécages pour éviter les contrôles.

Cela intrigua le mage qui demanda comment ces derniers arrivaient à procéder, car le fleuve devait passer par Castelblanc de toute manière. Un des marins lui indiqua qu'il y avait un passage peu profond dans les environs, pouvant éviter les rivages de Castelblanc, même si le chemin était plus dangereux. Ils débarquèrent prudemment à terre, sur leurs gardes.

Vicky s'approcha des aventuriers. Sur son visage se lisait une fatigue importante. Elle avait aidé à propulser le bateau tout au long du lac, mais tenait désormais difficilement sur ses jambes.

« Je crois qu'on va peut-être s'arrêter là en fait. »

Subtilement, Mani cacha ses gemmes pour que personne ne vienne ne les lui prendre, ce qui fit bien sourire le pyromage qui avait de suite remarqué son manège. L'elfe capta son regard et serra son sac contre lui.

« J'ai pas envie qu'un voleur me prenne mes gemmes, grogna-t-il.

- Elles peuvent pas l'aider un peu tes gemmes de pouvoir ? demanda Shin.

- Non ! C'est à moi ! râla l'elfe, en reculant défensivement. On est plus à portée de Castelblanc, je garde tout. On est chez les nains ? demanda-t-il pour changer rapidement de sujet.

- Non, je dirais cinq jours de marche, répondit la mage de l'air, amusée. »

Vicky leva la main pour avoir l'attention des aventuriers.

« Je voudrais bien vous accompagner, mais je pense que loin de la magie, on ne servirait à rien. On reviendra ici dans deux semaines pour essayer de vous récupérer. Est-ce que cela vous va ? »

Les aventuriers acceptèrent. Grunlek fit signe de parler mentalement avec Balthazar, mais le mage refusa.

« Mais j'allais t'annoncer que si Mani avait beaucoup de gemmes, avoir des alliés mages avec nous pourrait être intéressant pour nous aider. »

A ces mots, les oreilles de Mani pointèrent. Il prit son sac, le serra contre lui et commença à avancer pour prendre un maximum d'écart avec le groupe. Personne ne le retint. Il se plaça sur un ponton pour faire la sentinelle à la place de Shin, ce qui vexa légèrement le demi-élémentaire qui siffla entre ses dents qu'il aurait grand plaisir à le voir tomber dans l'eau. Mani se mit soudainement à penser que c'était peut être une mauvaise idée de partir seul en éclaireur. Il se retourna et du regard sembla demander de l'aide à Shin. Ce dernier, un peu frustré par la prise d'initiative, lui jeta un regard moqueur.

"Bah c'est toi qui a commencé, vas-y !"

L'air fier, Mani continua sa marche. Il remarqua rapidement qu'il y avait eu du passage dans les environs, il y avait peu de temps, mais pas depuis deux jours. Derrière lui, les aventuriers disaient au revoir à Vicky et Stallion qui leur rappelèrent d'être à l'heure dans deux semaines. Balthazar fit un signe de la main depuis son front. Il allait entamer un de ces fameux monologues de mage avant d'être interrompu par Grunlek.

« Et essayez d'avoir des gemmes sur vous ! On s'est jamais se qui peut se passer dans deux semaines ! En plus l'elfe c'est un crevard, il vous en donnera pas une ! »

Les aventuriers continuèrent leur route vers Fort d'Acier. Ils marchèrent quelques heures avant d'approcher de la ville de Toran, à la bordure des territoires de Castelblanc. Elle faisait la liaison avec Fort d'Acier. Grunlek se rappellait d'une ville mixte, où se rencontraient énormément d'humains et de nains et où transitaient toutes les marchandises en provenance de Fort d'Acier en direction de l'ouest du Cratère. Plus important, Toran se trouvait à mi-chemin de leur destination.

A quelques heures de leur arrivée en ville, l'atmosphère se rafraîchit. Le paysage devenait plus irrégulier, bordé de collines et de montagnes. Par endroits, de la neige éparse recouvrait les sols. Cela se voyait encore plus sur Balthazar qui était en train de grelotter dans son coin et commençait à être d'une humeur de chien mouillé.

Soudain, sur le chemin devant eux, un nain leur fit signe en hurlant :

« Hé oh ! De l'aide s'il vous plaît ! J'ai besoin d'un peu d'aide ! »

Ils virent que le nain était à côté d'une charrette et que sa roue avant était cassée. Immédiatement, Mani se méfia de cet individu et se positionna derrière un rocher à l'écart. Grunlek sourit : ce genre de bricoles, il pouvait facilement réparer. A bien y regarder, peut-être même trop facilement. C'était louche. De plus, la peau du nain était d'une couleur un peu étrange, dans les tons gris. Balthazar, lui, ne se sentait pas d'humeur diplomate ce matin. Cynique, il lança :

« Oh mon dieu ! Ce nain est gris et frigorifié ! Boule de feu ? »

Grunlek s'étonna plutôt de voir un nain avec un tel teint dans cette contrée. Son aspect lui rappelait un événement un peu ancien... Avec des morts-vivants. Il se décida finalement à approcher, sur ses gardes, et lui demanda :

« Dites-moi, qu'est-ce qui vous est arrivé ? »

Mani décida quand à lui de faire le tour pour essayer de voir si cela n'était pas une embuscade, car il trouvait que ce genre de personne était très très louche. Shin analysa de son côté si la roue était véritablement cassée, ou si c'était une manœuvre mesquine de la part de personne mal intentionnée. Balthazar trouvait lui aussi cela un peu trop surfait. Pourtant, le nain sourit avec soulagement lorsqu'il vit une partie du groupe se rapprocher.

« Ah ! Je vous remercie ! Merci de venir m'aider. Les gens ne s'arrêtent plus de nos jours pour aider les gens. J'ai mon chariot qui est abîmé. Est-ce que vous pourriez m'aider un petit peu pour le déplacer ?

- On va voir, commença Grunlek, un peu nerveux. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Qu'est-ce que vous faites là ?

- J'étais en train de me rendre dans la ville de Toran et mon chariot s'était cassé sur le chemin. »

Pendant ce temps Mani fit le grand tour derrière les rochers. Toujours suspicieux d'un quelconque danger. L'elfe remarqua des traces de pas dans la neige, toutes fraîches et plutôt nombreuses. Aussitôt, Mani concentra sa psyché pour bouger un peu l'arc de Shin afin d'attirer son attention sans se faire remarquer. Encore fallait-il que Shin remarque la machinerie de l'elfe.

Grunlek n'était pas en reste. Certes il avait confiance en son peuple, mais il n'était pas né de la dernière pluie. Il observa la roue pour essayer de voir si cette dernière était véritablement cassée, ou si elle avait été juste retirée pour faire croire à un accident. Et c'était bien le cas. Elle avait été juste grossièrement démontée et mise de côté. Rapidement, Grunlek recula et mit sa main devant ses compagnons pour les avertir du danger.

« A quoi tu joues ? demanda agressivement le golem.

- Oh. Je vois que vous êtes plus malin que je ne le croyais. »

Le nain mit sa main à sa bouche et siffla. Des quatre coins autour d'eux, des gens qu'ils n'avaient pas vu sortirent de leurs couvertures. Ils étaient cachés dans les fourrés, humains et nains, guerriers et archers. Une dizaine à vue de nez.

« Ca peut très bien se passer, reprit le piégeur. Écoutez, juste donnez-nous votre or, déposez vos armes. et on va vous laisser partir. Vous êtes encerclé de toute façon. »

Immédiatement Grunlek se plaça de manière défensive et déploya son bouclier pour avertir son adversaire du fait qu'il ne se laisserait pas faire. Le nain répéta son discours avec sa petite hache dans sa main :

« Ecoutez, ça peut très bien se passer. On n'est pas des meurtriers. On est juste des voleurs. Déposez votre or et ça va bien se passer. Allez !

- Que vous attentiez à ma vie, ça passe. Que vous vouliez prendre mon or, non pas du tout ! hurla Grunlek provoquant un petit rictus à ses camarades. »

Par sa grande prudence, ou plutôt sa paranoïa, Mani avait pu anticiper par méfiance la possibilité de cette embuscade. Il ne fut pas surpris d'être pris entre deux feux. Pas encore repéré, il prit un peu de distance pour prendre les assaillants par surprise. Il se rapprocha sans faire de bruit jusqu'à l'arbre derrière les rochers, où une archère se préparait à tirer. Il se concentra sur la flèche et dévia très légèrement cette dernière au point que l'archère n'avait pas remarqué ce mouvement au moment où elle allait tirer.

Mani tenta de réaliser la même manipulation sur l'arbalétrier à côté d'elle. Mais alors qu'il tentait de faire deux pas de plus pour s'approcher, l'archère l'entendit, se retourna et vit Mani. Elle décocha sa flèche qui tomba au sol, alors que l'elfe avait les mains en l'air. Par ailleurs, cela avait attiré l'attention de l'arbalétrier qui hurla :

« Ils nous attaquent par derrière ! »

A peine eut-il entendu ce cri que Grunlek chargea. Shin s'écarta un peu pour pouvoir tirer. Quand à Balthazar, il soupira. Encore une fois, ils frappaient avant et parlaient après...

Le combat se déclencha. Grunlek se jeta sur le nain devant lui, le plaqua au sol. Ce dernier ne réussit pas à se défendre. Il lui asséna un petit coup de courtoisie lui provoquant quelques dégâts. Alerté par l'arbalétrier, Shin se tourna vers Mani. Il tira une de ses flèches glacée sur l'homme qui le menaçait, mais ce dernier remarqua l'attaque et se réfugia derrière le rocher afin de se mettre à couvert. Le demi-élémentaire jura avant de cristalliser une nouvelle flèche pour viser l'archère. Elle tira avant. Une flèche frôla le bras de Balthazar et une autre la jambe de Shin.

Le nain au corps à corps avec Grunlek tenta de lui asséner un coup, mais Grunlek était mieux préparé. Il esquiva cette dernière aisément.

L'archère qui était non loin de Mani fonça dans sa direction afin de le blesser. Elle tira son épée courte durant sa course et donna un coup dans le vent. Mani eut la vie sauve que par chance : elle trébucha légèrement et le rata de peu.

Au même moment, un des guerriers qui se rapprochait de Mani disparut subitement de son champ de vision, tiré par le bas. Mani pensa qu'il s'agissait d'une action d'Eden avant d'entendre ses grognements derrière lui. L'action se déroulait pourtant bien loin devant lui. Il y avait des bruits de combats dans cette direction, comme si d'autres personnes étaient en train de se battre. Cela n'était pas animal, mais plutôt humanoïde.

Balthazar regarda en direction de l'archère qui lui avait tiré dessus. Elle avait osé faire un trou dans sa belle robe rouge en velours. Il prépara un trait de flamme, en hurlant en colère :

« Putain... Cette robe était neuve ! »

Le trait de flamme s'élança sur le visage de cette dernière qui s'embrasa. Elle se mit à hurler de douleur et s'effondra derrière le rocher.

Les combats faisaient rage tout autour de l'équipe. Grunlek constata cependant que les voleurs étaient juste là pour s'emparer des trésors sur autrui, ils tenaient difficilement l'attaque et plusieurs se repliaient déjà, terrifiés. Il pensa que le fait que l'un des camarade se prenne une boule de feu, un autre, un gars avec un bras métallique puisse un peu les décontenancer. Il se mit à hurler :

« On arrête là ou on continue ? »

La voix de Grunlek se perdit dans cette bataille, car il bafouillait également. Le nain décontenancé par les bafouillages de son agresseur cessa de se défendre.

Mani avait quand à lui une vision d'un tout autre combat. Celui de deux nains se battant contre l'archer caché derrière les rochers enneigés. Camouflé, il hésitait à attaquer : ami ou ennemis ?

Shin se positionna dos contre la charrette. Il arma son arc avec une flèche et semblait la montrer à ses autres assaillants. Malgré sa couverture, Shin réussit à planter une flèche entre les deux yeux d'un archer imprudent qui avait passé sa tête au-dessus d'un rocher. Il s'effondra au sol.

Soudain, les aventuriers remarquèrent les nains qui étaient en train de se battre derrière les rochers enneigés. Le premier était un gros bonhomme en armure, avec une hache dans une main, un marteau dans une autre et il était en train de sauter sur l'arbalétrier qui était à couvert. Une autre naine à l'air un peu plus âgé et aux cheveux très longs se battait au bâton avec un autre guerrier. Elle abordait un air un peu sauvage, presque druidique. Balthazar la regarda avec intensité pour voir si elle avait une barbe.

Le nain, tout sourire, abattit l'arbalétrier et se dressa sur les rochers pour leur faire face.

"Alors ! Vous avez besoin d'aide ?"