Episode 18 : Bienvenue à Wolftown

Par Myfanwi

Grunlek, toujours dans l'action, son otage retenu par son bras en acier, ne reconnut pas tout de suite les trois nains s'avançant dans sa direction. Mais quand ce fut le cas, un grand sourire éclaira son visage.

"Grunlek von Krayn ! Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu, dis donc.

- Trop longtemps, mon petit Mark, répondit-il joyeusement. Trop longtemps."

Mark se trouvait être l'ami d'enfance de Grunlek. La dernière fois qu'ils l'avaient croisé, les aventuriers chassaient un manoir volant. Jugé trop influençable, le nain les avait quitté avec la ferme intention de changer les choses parmi son peuple, encouragé chaleureusement par Grunlek. Le Golem serra son ami dans ses bras, tout en repoussant nonchalamment son agresseur à terre. Il donna une tape virile dans son dos et recula. Mark s'inclina légèrement, respectueusement.

"Vous venez juste à temps, dites donc, remarqua leur invité. Vous venez régler les problèmes politiques de Fort d'Acier ? C'est ce qui vous amène dans le coin ? Heureusement qu'on était là. Il faut faire attention dans le coin, la route de Toran est dangereuse en ces temps troublés.

- Nous n'étions pas vraiment menacé, grogna t-il autant à l'attention de son ami qu'au brigand. Mais le coup de main était très appréciable."

Un nain imposant, derrière eux, toussa légèrement. Il tenait une hache dans sa main droite et un marteau de guerre dans sa main gauche. Accompagné d'une naine en armure, aux longs cheveux broussailleux, ils semblaient attendre que Mark les présentent, ce que celui-ci ne tarda pas à faire.

"Oh, je vous présente Gaspar. Comptez pas trop sur lui pour faire la causette, il n'a plus de langue. Mais il a de bon bras et maîtrise le marteau comme personne. Et voici Fuma. Je traîne avec elle depuis un petit moment déjà. Elle vient des clans de la forêt, elle n'a pas vraiment nos habitudes. C'est une très bonne combattante et une chaman redoutable.

- Enchanté de faire votre connaissance."

Les deux nains s'inclinèrent avec respect, la main sur la poitrine comme l'exigeait les codes de leur peuple.

"Alors, dites-moi patron, qu'est-ce que vous venez faire par ici ?"

Balthazar se rapprocha lentement de son ami, plus méfiant. Ses yeux de chat dévisagèrent les trois nains, inquiet. Grunlek reçut le message, il demandait silencieusement s'ils étaient de confiance.

"Dans un premier temps, j'aimerais que tu me fasses un résumé de la situation, dit calmement Grunlek, évitant la question. Il y a des problèmes à Fort d'Acier ?

- Ah, c'est une longue histoire. Mais je vous la raconterez sur la route. Je vais vous mener à Toran. La route est pas sûre et vous n'êtes pas habillés pour affronter le froid."

Mani, profitant de la discussion, s'était éloigné du groupe et, après un bref moment d'hésitation où il se sermonna lui-même, il se mit à piller les cadavres sans aucune pitié. Après tout, Balthazar tuait des hommes et venait ensuite l'engueuler sur ce qui était moral ou non… Quelle ironie ! Il amassa un bien piètre butin, composé de trois pièces de cuivre et quelques carreaux d'arbalète. Pour ne pas paraître suspect aux yeux des autres, il commença à recouvrir les corps de neige.

Du côté de Grunlek, l'attention se porta sur le chef des brigands. Silencieux, il interrogeait le groupe des yeux sur son sort. Balthazar soupira et s'avança vers lui. Il jeta cinq pièces à ses pieds.

"Tire-toi. Et ne recommence jamais ça. Je suis mage, je sais où tu te trouves, ce que tu fais et je sais aussi comment te buter à distance.

- Merci, maître… maître mage. Je vous promets de ne plus recommencer."

En s'éloignant, le demi-diable l'entendit murmure un "Crétin de Long-sur-pattes" à son attention, qui lui arracha un demi-sourire. Les nains étaient tellement adorables avec leurs insultes alors que s'il décidait de le soulever, il ne pourrait qu'agiter ses petites jambes en grognant. Il ne lui en tint pas rigueur et se reconcentra sur Grunlek et leurs nouveaux alliés. Mark fronça les sourcils.

"On vous accompagne donc ? Il y a une auberge là bas, vous trouverez sans problème de quoi vous couvrir et de quoi manger. Vous m'avez l'air bien maigrichons pour des aventuriers censés baigné dans l'or et le luxe avec toutes les demoiselles à vos pieds. Suivez-moi."

Après quelques heures de marche dans le froid, le groupe aperçut les premières habitations de la ville de Toran à l'horizon. Il s'agissait d'une bourgade à la limite des terres influencées par Castelblanc et des terres naines. Le village avait une sale réputation : menteurs, voleurs, escrocs se terraient ici. C'était un point stratégique : toutes les richesses en partance pour l'ouest passaient par ici. Une aubaine pour les malfrats en quête d'argent.

"Ouais, c'est un village mi-humain, mi-nains… C'est plutôt un village minable, râla de suite Balthazar, qui espérait secrètement un endroit luxueux où poser son royal fessier. En revanche, les statues là-bas ont l'air vachement classe."

Il pointait au loin deux imposantes statues à l'effigie de nains guerriers en armure. Mark l'ignora et pointa plutôt un gros bâtiment en sale état, rongé par les termites et l'humidité.

"L'auberge est juste ici, on va s'y poser, dit-il au groupe. Faites attention à ce que vous dites ici, il y a des espions partout."

En y regardant de plus près, les aventuriers purent en effet constater qu'ils étaient observés. Partout, des regards hostiles les dévisageaient avec insistance, et en particulier tournés vers Grunlek. Il y avait quelques paladins de Castelblanc également, qui se mêlaient aux nains sur les tours de guet. Balthazar frissonna, sans savoir si c'était à cause d'eux ou à cause du froid. Bien qu'ils ne se trouvaient pas encore en haute-montagne, l'altitude lui donnait déjà mal à la tête. Eden suivait docilement le groupe, collée à son nain, poussant une plainte sourde de temps à autre, mal à l'aise.

Ils avancèrent vers l'auberge. L'intérieur était encore pire que l'extérieur. Une odeur d'alcool périmé prit Balthazar au nez dès qu'il franchit le seuil. Poussé par Shin, il finit par rentrer à contre-coeur et s'installa à une table, tout en prenant garde de ne rien toucher avec ses mains. Shin, Grunlek, Fuma et Mark s'installèrent à ses côtés. Mani préféra s'isoler, histoire d'avoir une vue d'ensemble de la pièce, rechignant toujours un peu à s'intégrer. Quant à Gaspar, Mark l'avait envoyé effectuer quelques achats.

Une serveuse déposa quelques chopines sur la table avec une bouteille de vin naine et des morceaux de pain durs comme de la pierre. Mark attrapa un verre et se servit, tout en entamant la conversation.

"Alors dites-moi, déclara t-il avec calme, que faites-vous ici ? Vous ne me ferez pas croire que votre retour ne coïncide pas avec le fait que le Roi de Fort d'Acier soit malade, pas vrai ?"

Balthazar fit un petit geste au niveau du front à Grunlek, qui comprit qu'il voulait activer la connexion mentale. Le nain hocha la tête. Shin sortit un paquet de cartes pour éviter d'attirer le regard des gens. Six personnes en train de se dévisager avec attention pouvait vite passer pour louche dans le coin. Leur esprit grésilla un peu le temps que le sort s'installe.

"Voilà, lâcha Grunlek. Grâce à Balthazar, nous pouvons maintenant communiquer sans que personne n'y fasse attention. Fuma est également dans la conversation... Si tu la juges de confiance.

- Je confie volontiers ma vie à Fuma, le rassura Mark, après le moment de surprise d'entendre des voix dans sa tête."

Grunlek se redressa et piocha une carte.

"Tu dis que le Roi est malade, tu parles de mon oncle ? demanda Grunlek.

- Oui, et ça fait un petit moment maintenant. Il n'est plus dans la capacité de régner et comme il n'a pas désigné d'héritier, la situation politique est gelée depuis plusieurs mois. L'armée est paralysée, les troupes de Lorimar continuent d'avancer et de prendre les villes les unes après les autres.

- Et les grandes familles ? Elles ne sont pas mises d'accord sur un nouveau dirigeant ?"

Mark posa une carte et fit signe à Shin de jouer.

"C'est là tout le problème, soupira t-il. Elles ont désigné deux candidats à la succession au trône et ça se passe assez mal depuis.
- Mais attendez
, intervint Bob. Si ton oncle est malade, ou je ne sais quoi, il n'a pas d'héritier direct ? Genre, ton père ?

- Il est mort, répondit froidement Grunlek.

- Ah, navré."

Grunlek expliqua brièvement le fonctionnement de la politique de son peuple. A la mort de son père, Grunlek aurait dû monter sur le trône. Il avait cependant refusé à ses droits de succession, pour différentes raisons, et avait ainsi laissé son oncle monter sur le trône à sa place. Devenir roi n'était pas qu'une question de descendance, l'accord des grandes familles naines était indispensable pour assurer un règne sans problème majeur. L'oncle de Grunlek n'ayant pas désigné d'hériter, les grandes familles étaient actuellement en train de discuter pour trouver un nouveau Roi afin d'entamer une nouvelle dynastie.

"Et votre Roi, il est tombé malade comme ça ? demanda Bob, suspicieux. De manière naturelle ?

- Qu'est-ce que tu en penses, Mark ? approuva Grunlek.

- Arf, moi… Tu ne le sais sans doute pas, répondit l'intéressé, désolé, mais j'ai été chassé de Fort d'Acier il y a… plus d'un an maintenant, je pense. Peut-être même deux ans. Les seules nouvelles que j'ai me proviennent des troupes de gardes qui entrent et sortent de Fort d'Acier.

- Pourquoi tu as été chassé ?

- Bah… Tu te souviens quand tu m'as dit d'essayer de changer le monde ? D'ouvrir le peuple nain à l'extérieur ? Eh bah, j'ai essayé. Et devine quoi ? Ça n'a absolument pas fonctionné. On m'a donné deux jours pour quitter la citadelle sous peine de perdre la tête sur le billot. Fuma a été bannie avec moi."

La naine hocha la tête en souriant. Elle posa ses cartes, Shin tira une grimace en s'apercevant qu'il venait de perdre la partie.

"Je t'avais dit que c'était pas une bonne idée, chuchota Shinddha à Grunlek, vexé.

- Au contraire, répondit-il à Mark, l'ignorant. Ce nid de vipères et de corruption a peut-être été ébranlé. Qu'est-ce que tu as fait tout ce temps ?

- Comme vous, répliqua Mark. On est devenus aventuriers, avec Fuma et Gaspar. On parcourt le monde et on essaye d'aider comme on peut. Quoiqu'il en soit, la situation est bloquée à Fort d'Acier, reprit-il. Deux familles sont à égalité et impossible de les départager.

- Ils ne votent pas ? s'intéressa Mani, depuis une table plus loin."

Il leur adressa un petit signe de main pour montrer qu'il était toujours alerte et à l'écoute.

"Oui, répondit Mark. Dans la mesure où l'oncle de Grunlek n'avait pas de successeur, les grandes familles doivent se réunir et trouver un accord majoritaire pour désigner une nouvelle dynastie d'héritiers. Actuellement, il y a la famille FoudreSang et la famille BarbeFroide qui se disputent le trône, et il y a une égalité parfaite entre leurs deux candidats. D'ailleurs, u seras très courtisé Grunlek. Tu représentes la famille Von Krayn, et tu n'as pas encore voté.

- Mais… Grunlek pourrait pas reprendre le trône ? demanda Balthazar. C'est son héritier direct, non ?

- Pas sans l'accord des grandes familles, répondit l'intéressé sur un ton neutre et peu enthousiaste.

- Donc Grunlek est le seul à pouvoir départager les Barbelune et les Foutrecouilles, intéressant, marmonna le mage.

- Ouais, enfin, c'est choisir entre la peste et le choléra, lâcha Mark, amer."

Mark présenta brièvement les deux candidats. Le premier, Gargrim FoudreSang, était un peu âgé. Il avait environ cent trente ans et se trouvait déjà au palais lorsque Grunlek y logeait. Son peuple le connaissait surtout pour ses exploits guerriers : il avait longtemps tenu le poste de général et notamment lors de plusieurs grandes batailles contre les troupes de Lorimar. Malheureusement, le personnage était aussi réputé pour sa grossièreté et le fait qu'il ne perde jamais son temps à s'occuper d'événements futiles. Il haïssait aussi les êtres humains, les considérant comme stupides et avides de pouvoir, refusant en bloc leur insertion dans la citadelle, longtemps tolérée par l'oncle de Grunlek. Le deuxième candidat au trône, c'était Thagor BarbeFroide, que le Golem connaissait beaucoup moins. Il provenait lui aussi de la noblesse naine. Mark le présenta comme un négociateur, un marchand, un manipulateur qui mettait avant tout ses intérêts en avant et en particulier quand de l'argent était en jeu.

"Et les autres maisons ? demanda Grunlek. Tu ne vas pas me faire croire qu'elles ont accepté sans broncher ?

- Non… Mais ce sont les deux seules qui ont osées se présenter, soupira Mark. Vous savez comment sont les élections par chez nous. Il y a des assassinats, du chantage, de la corruption… Ce sont les deux qui ont eu le plus de cran. Il ne leur manque plus qu'une voix pour les départager, répéta t-il de manière insistante.

- Ils devront faire sans la mienne, trancha Grunlek.

- Ouais, enfin, les deux débiles risquent de partir en guerre civile à les entendre, lâcha Bob. Tu vas voir que le général va soulever le peuple et prendre le pouvoir de force, ça m'étonnerait même pas."

La porte de la taverne s'ouvrit. Gaspar entra, les bras remplis de ressources. Il déposa sur la table des fourrure, des manteaux épais et de quoi se nourrir sur la route. Balthazar choisit le premier, s'emparant sans une once de culpabilité du manteau le plus chaud, quoique trop grand pour lui. Mark les regarda se vêtir en souriant, puis il se tourna vers Grunlek.

"Je suis désolé, mais je ne pourrais pas vous accompagner à l'intérieur, je suis toujours banni. Je vous laisserais à l'entrée de la citadelle.

- Et Fuma, pourquoi est-elle bannie ? demanda Grunlek.

- Parce que je suis une naine des forêts, grogna t-elle. Et que vous autres, dans les montagnes, avaient du mal avec tout ce qui est étranger, je l'ai compris très vite.

- Ils jugent sa religion trop primitive, compléta Mark. Dans la montagne, on vénère les ancêtres, chez eux, c'est la nature qui est mise en avant. Et, en plus, elle est chaman. Ils ont jugé que c'était une hérésie et l'ont chassée."

Balthazar, intrigué, jeta un coup d'oeil à la naine qui capta son regard, méfiante.

"Vous êtes chaman… Vous avez de l'expérience en animaux druidiques ? Parce qu'il se trouve qu'on a une louve, depuis quelques temps maintenant, et que son cas reste totalement une énigme pour moi. On sait que sa maîtresse était une druidesse, ou une chaman, et j'aimerais beaucoup en savoir plus. Elle m'a l'air plus intelligente que la moyenne et…

- C'est normal, râla Grunlek, la voix plein de fierté et une once de méfiance à l'égard des plans foireux du mage. C'est une louve alpha, elle est plus entreprenante que les autres."

Eden, comme si elle comprenait qu'on parlait d'elle, posa sa tête sur les genoux de Grunlek, les oreilles dressées, attentive.

"Je peux essayer d'entrer en communication avec elle, dit calmement la chaman, si c'est ce que vous voulez."

Balthazar se leva et le groupe suivit. Ils continuèrent de parler d'Eden le long de la route menant à Fort d'Acier. Arrivée à la sortie de Toran, deux paladins les stoppèrent, visiblement blasés.

"Halte ! Vous arrivez à la limite de Castelblanc, dit l'un d'eux. Je suis obligé de vous faire un rappel : l'autorité de Castelblanc ne s'applique plus au delà de cette zone, l'Eglise de la Lumière déconseille à tout voyageur de s'aventurer au delà de ce point en raison des conflits politiques dans les Monts d'Argent et d'une forte présence des mercenaires de Lorimar. Est-ce que vous souhaitez quand même continuer votre voyage ?

- En tant que mage, lâcha Bob, je parle au nom de mes compagnons. Nous sommes ici en mission, en provenance de la Tour des Mages, on a toutes les accréditations nécessaires et…

- Ouais, ouais, allez-y, je m'en fiche."

Shin poussa un Balthazar vexé à la frontière et le groupe reprit la route. Quelques heures s'écoulèrent avant que Fort d'Acier n'apparaisse à l'horizon. L'entrée, délimitée par deux énormes statues naines, marqua la fin du voyage pour Mark, Gaspar et Fuma.

"Bon, les amis, on ne peut pas aller plus loin, lâcha Mark.

- Je suis pas ton ami, grogna Mani.

- Mes amis et le connard d'elfe, rectifia Mark, faisant rire Balthazar. Je disais que si on approche plus, on risque de se faire rentrer dans le lard par les gardes.

- Je ne te promet rien, Mark, lâcha Grunlek, mais j'essaierai de glisser un mot en ta faveur.

- Merci, mais… Je ne sais pas vraiment si j'ai envie de retourner là dedans, tu sais. Quoiqu'il en soit, si vous avez besoin de nous, on attendra quelques jours à Toran avant de repartir."

Eden se colla à Grunlek. Balthazar réfléchit un instant.

"Au fait… Est-ce que tu veux vraiment emmener Eden là dedans ? Enfin, c'est une louve, elle vit principalement dans la nature et tu t'apprêtes à la faire rentrer dans une montagne, probablement chaude et bourrée de nains. Tu pourrais la laisser avec Fuma, pour qu'elle établisse un contact avec et on la récupérera en repartant. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Je sais pas… Elle pourrait impressionner les gens et…

- Et nous ?! s'outra Shin. Nous aussi on impressionne les gens !

- Les nains aiment pas trop les pas-nain, s'excusa Grunlek. J'ai un peu peur qu'ils s'en prennent à vous déjà, de base. Mais on vient seulement de la retrouver, j'ai pas envie qu'elle parte tout de suite…"

Il serra la grosse tête de sa louve contre sa jambe, protecteur. Shin s'était déjà placé du côté de Balthazar, encourageant l'abandon du canidé avec un peu trop d'enthousiasme au goût de l'ingénieur.

"Mais elle va avoir une nounou, tenta de le convaincre Balthazar. Elle sera pas toute seule et, en plus, on en saura plus sur elle en sortant. C'est comme si tu l'attachais à un piquet en plein soleil !

- Mais c'est pas un piquet, c'est ma maison ! Je voulais lui montrer où j'ai grandi !

- Votre relation est vraiment bizarre, grogna Shinddha.

- Mais toi, tu l'aimes même pas ! D'où t'as ton mot à dire ? Elle t'as sauvé la vie ! Elle vous a sauvé la vie ! Vous avez aucun respect !

- Aucun respect ?! hurla Balthazar. Je propose à ton chiot de vivre heureux et de se nourrir au lieu de rester coincée sous une montagne !"

Fuma s'approcha d'Eden et vint coller son nez sur la truffe de la louve.

"C'est très, très bizarre, chuchota Mani."

Balthazar éclata de rire, suivi de Shinddha. Fuma proposa à Eden de rester avec elle, la louve jeta un regard un poil inquiet à son propriétaire, qui hésitait toujours. A contre-coeur, Grunlek laissa Fuma l'emmener et suivit ses compagnons à l'entrée de la ville. Dès qu'ils pénétrèrent la citadelle, il y eut un grand silence.

"REGARDE ! cria Grunlek. C'est super grand ! Elle aurait pu être heureuse, ici ! Elle aurait pu aller dans des endroits où elle va jamais d'habitude ! Et en plus, il y a un cheval ! Pourquoi le cheval a le droit lui ?"

Mani, Shin et Balthazar, hilares, mirent quelques secondes pour se remettre de leurs émotions. Le mage donna une grande tape dans le dos de Grunlek.

"Allez, respire, on dirait une maman qui laisse son enfant à la garderie pour la première fois de sa vie. Elle sera là quand on repartira et elle t'aimeras toujours autant."

Alors qu'ils discutaient, un nain en robe bleue, de très grand qualitée et parée de bijoux, s'avança dans leur direction. Il souriait franchement, laissant apparaître une dent en or. Il écarta les bras et donna l'accolade à Grunlek, qui se tendit légèrement.

"Grunlek von Krayn ! Nous vous attendions !"