Épisode 30 : Le sacre du Nain

Par Mastroyal

L'ambiance du stade des jeux de la Fosse retombait peu-à-peu tandis que Mani et B.O.B. étaient soutenus par des gardes descendus sur la pelouse pour faire le ménage. Les deux Aventuriers étaient certes conscient, mais dans un état vraiment pitoyable. Et Mama Casse-Roc, la nourrice de Grunlek, n'était pas forcément mieux lotie. Ce qui est somme toutes logique, quand on se prend une boule de feu signée Balthazar Octavius Barnabé Lennon, alias le Demi-Diable, sur le coin de la figure. Toutefois, elle fit un signe de tête en direction du pyromage pour lui faire comprendre qu'elle ne lui en voulait pas… Ou du moins, pas plus que ça.

Grunlek, qui venait de retrouver sa forme naine, était également soutenu par un garde, car il subissait encore le contrecoup de sa récente transformation en élémentaire. En face de lui, Thagor était non seulement soutenu par un garde, mais subissait un contrecoup encore plus intense que celui de son adversaire, étant donné que sa transformation en élémentaire n'avait rien eu de naturel, provoquée par une potion. Qui plus est, c'est loin d'être un combattant comme Grunlek.

Dans les tribunes, certains nains du public commençaient à quitter le stade, mais la plupart des spectateurs restaient, car au même moment, malgré le regard plein de défi et de menace que lui lançait Gargrim Foudre-Sang, Kahn Grisetoison s'approchait de Grunlek avec une immense hache à deux mains qu'il portait. Il la leva au-dessus de sa tête pour que le public puisse mieux la voir, et lança :

« La Hache de la Fosse, pour le vainqueur de la Fosse ! »

Shinddha lança un cri de protestation, estimant sans doute que sa créature de glace, Icy, méritait davantage que Grunlek de gagner cette Hache. Kahn n'y prêta pas attention, et tendit la Hache au jeune nain qu'il prit délicatement. Puis, le chambellan s'exclama :

« Maintenant, nous allons écouter les vainqueurs ! Que tous prêtent attention ! »

À nouveau, l'ambiance autour du stade, qui avait augmenté pour ovationner Grunlek, retomba de quelques crans pour écouter ce que le vainqueur avait à dire. En effet, gagner les Jeux de la Fosse ne fait pas du vainqueur le Roi des Nains… Cependant, le Héros de la Fosse devient la personne la plus respectée du peuple après le Roi lui-même, et a la possibilité de faire un discours pour exprimer son point de vue. Un silence de mort tomba sur l'enceinte… Les pauvres se turent. Les mineurs se turent. Les bourgeois se turent. Les marchands se turent. Et même Gargrim et Thagor, pourtant ennemis de Grunlek, attendirent le discours de leur rival, car chez les Nains, les traditions sont au-dessus de tout le reste.

Grunlek, faisant tout son possible pour dissimuler son trac et réprimant son envie de s'uriner dessus, s'appuya sur la (magnifique) Hache de la Fosse, prit une profonde inspiration et se lança :

« Mes amis ! Mes frères ! Je suis parti pendant trop longtemps. Beaucoup d'entre vous se sont demandés si j'avais encore une quelconque légitimité. Aujourd'hui, j'ai prouvé que c'était le cas. J'ai affronté deux vaillants adversaires : Gargrim et Thagor. L'un ne veut pas s'allier aux autres peuples, il prône la violence ! L'autre utilise des subterfuges, il est prêt à tout pour gagner ! Et pourtant… C'est moi, un simple nain, avec ses amis… Ses amis elfes, ses amis humains, ses amis élémentaires… Qui vient de prouver qu'on peut arriver à bout de toute adversité ! Même si en face de nous, on peut croire qu'ils sont plus forts, qu'ils sont plus légitimes. S'il vous plaît, rappelez-vous ce qu'est la puissance, ce qu'est l'honneur des Nains. On doit se rallier tous ensemble ! Mes ennemis d'hier vont devenir mes alliés de demain ! Et ensemble, on pourra faire en sorte que le peuple nain… TOUT le peuple nain, pas seulement la haute bourgeoisie… Allez voir un petit peu dans les rues ! Allez voir à quel point le peuple nain a besoin qu'on partage toutes ces richesses, tout ce savoir… Et on pourra de nouveau être une Nation avec énormément de splendeur, ouvrir nos frontières et montrer au monde ce qu'est véritablement l'âme des Nains ! »

B.O.B., à ces mots, eut les larmes aux yeux, et répondit à ceux qui lui demandaient ce qu'il lui arrivait qu'il se sentait Nain, aujourd'hui. Mani posa sa main sur l'épaule du pyromage, et lui demanda si, à son avis, leur ami Grunlek pouvait répéter. Ce à quoi le mage répondit par un fou rire silencieux.

Le silence qui s'était installé sur le stade ne se brisa pas. Pas un bruit ne retentit… Même le vent avait cessé de souffler. Grunlek, pendant un instant, se demanda s'il n'avait pas autant raté son coup que Winston Churchill, lors de sa nomination comme Premier Ministre. Puis d'un seul coup, le tumulte explosa ! Le public se mit à applaudir comme jamais auparavant ! Des cris, des vivats, des exclamations de joie retentirent, et les oiseaux autour de l'enceinte s'envolèrent, pris de panique par ce soudain chahut ! Des "Von Krayn ! Von Krayn ! Von Krayn !" se propagèrent partout, comme une incantation ! Certains s'écrièrent "Von Krayn au pouvoir ! Von Krayn au pouvoir !" et toute trace de peur semblait avoir disparue dans les regards ! Gargrim Foudre-Sang et Thagor Barbe-Froide regardèrent autour d'eux, adressant des regards noirs aux familles nobles qui, jusqu'alors, leur étaient entièrement soumises, mais aucune ne leur prêtèrent attention, et elles continuèrent à acclamer Grunlek ! Mama Casse-Roc, à côté d'eux, avait les larmes aux yeux et malgré ses blessures, elle se mit à applaudir le jeune Nain qu'elle a vu grandir, et qui aujourd'hui, s'apprêtait à prendre le rôle qui l'attendait depuis sa naissance… Celui de Roi des Nains !

Quelques heures plus tard, toutes les familles nobles, Gargrim, Thagor, Mama Casse-Roc, et les autres Aventuriers se rassemblèrent dans la salle du Trône pour assister à la cérémonie. Le vote a eu lieu, et Grunlek a remporté une écrasante majorité, il est donc le nouveau Roi des Nains. La nourrice, Mama Casse-Roc, a tenu à assister à cet instant mémorable, malgré ses blessures encore très vives. D'ailleurs… Il était très probable qu'elle ne guérisse jamais, et qu'en cas de combat très intense, la douleur de ces cicatrices ressorte et l'empêche d'être aussi efficace que souhaité. Cependant, elle n'en veut pas à B.O.B. pour cet accident, ni pour les 4 nains tués dans l'explosion de la boule de feu. Après tout, c'était les Jeux de la Fosse, et les victimes font malheureusement partie des aléas de ces Jeux. B.O.B., cependant, reçu une part de gloire, car Grunlek décida qu'à l'avenir, ce genre d'accident dans le cadre des Jeux de la Fosse serait baptisé "Faire une Balthazar".

Kahn Grisetoison, le chambellan, se tenait debout face à l'assemblée, le dos tourné vers le trône. Il frappa deux fois le sol avec sa canne, et lança :

« Sa Majesté des Runes ! »

Puis, il s'écarta pour laisser à Grunlek le champ libre pour s'installer sur le dur siège de pierre. Il s'y assit face à l'assemblée, Kahn frappa de nouveau deux fois le sol avec sa canne, et tout le monde s'agenouilla, y compris Gargrim et Thagor. Quelques secondes s'écoulèrent, avant que l'assemblée ne se relève. Kahn se tourna vers Grunlek et fit :

« Majesté… Vos premières mesures ? »

Grunlek se redressa sur son trône, observa l'assemblée, et leur expliqua à quel point la situation était non seulement gravissime pour le peuple nain, mais également pour tous les peuples du Cratère. Il leur raconta pourquoi lui et ses compagnons Aventuriers étaient venus à Fort-d'Acier à la base, ce qu'ils avaient découvert, et en quoi ils auraient besoin du soutien et de l'appui du peuple nain. Il leur dit également que, selon lui, le peuple nain avait maintenant besoin de s'ouvrir au monde, car les événements qui arriveraient bientôt pouvaient se montrer fâcheux pour eux. Il se garda bien sûr de révéler des éléments trop cruciaux, mais leur expliqua dans les grandes lignes quelle était la situation à laquelle ils étaient confrontés. Puis, il décida de mettre en place un conseil avec quelqu'un à sa tête, auquel tout le monde pourrait participer, les familles nobles comme les représentants du peuple. Il choisit également, pour l'occasion, de faire pardonner Mark et de le réintégrer dans la société naine (tout en regardant Mani pour lui faire comprendre que, malgré ses récents exploits, il n'aura plus le loisir de rentrer dans la cité naine).

Gargrim Foudre-Sang s'approcha du trône de Grunlek, inclina la tête et lança :

« Majesté… Vous êtes un sacré combattant, dites-moi !

- Gargrim… répondit Grunlek. J'ai eu de la chance de ne pas vous avoir rencontré, vous. Je dois quand même l'avouer… Est-ce qu'on peut mettre de côté nos… Nos inimitiés passées et essayer d'avancer ensemble ?

- Écoutez… Vous… Vous êtes un Nain du Nord. Vous ne comprenez pas à quel point nous, les Nains du Sud, on vit dans la menace de Lorimar en permanence. Si simplement, vous pouviez m'autoriser à mener la guerre comme je l'entends… Croyez-moi, je vous suivrais jusqu'au bout du monde.

- Alors, je vous propose un marché. Dans un premier temps, on va envoyer des éclaireurs pour voir exactement quelle est la situation au Sud. Le problème est, par rapport à ce que je viens de vous expliquer, qu'il y a un conflit qui est probablement beaucoup plus grand que juste la société naine. Donc, on va devoir avoir des troupes qui sont mobilisées le temps d'être sûrs que ce conflit soit réglé. Une fois que ce conflit est réglé, et selon ce que les éclaireurs nous ont rapporté… On fera en sorte d'avancer la situation au Sud. Est-ce que ça vous convient ?

- Je suppose que de toute façon, je n'ai pas le choix. C'est vous le Roi.

- Quand même… insista Grunlek. Vous êtes un général en qui…

- Si vous me promettez, coupa Gargrim, qu'on réglera la situation au Sud, et que les villages de mes Terres seront épargnés et qu'on pourra les mettre à l'abri…

- Je vous le promets, affirma Grunlek. Maintenant, je ne vous dit pas que je vous le promets de le faire dans le sang et dans la guerre. Donc, dans un premier temps, des éclaireurs. Dans un deuxième temps, voir aussi quelle est la situation au Sud, quelle est leur implication par rapport au conflit qu'il y a au niveau de tout le territoire du Cratère, et on avisera. Parce que peut-être que, en effet, de riches personnes qui pensent juste à leurs propres intérêts (il jeta un regard appuyé à Thagor en disant cela) qui pourraient être derrière tout ça. »

Profitant de la conversation entre le nouveau Roi et le général Foudre-Sang, Thagor Barbe-Froide s'approcha du trône, s'inclina devant Grunlek et dit :

« Votre Majesté des Runes… Je vous souhaite un règne long et paisible. J'espère que tout se passera bien. Car il sera difficile de maintenir l'ordre lorsque vous serez si éloigné. »

Pas besoin d'avoir l'oreille fine pour ne pas comprendre les sous-entendus chargés de menace dans la voix du Seigneur Barbe-Froide. Grunlek cependant, ne se laissa pas impressionner et lança :

« Thagor… Thagor… J'avoue, je ne sais pas quoi faire de vous, Thagor. Vous êtes quelqu'un qui a beaucoup de relations. Vous êtes quelqu'un qui peut être très utile au peuple Nain. Mais il y a quelques petites choses qui m'embête. Donc, il va falloir qu'on s'entretienne. Il va falloir… Je vous préviens tout de suite, ajouta-t-il d'une voix plus assurée, vous serez plus surveillé que les autres. Je vous dit pas que vous n'avez pas votre place ici. »

B.O.B., voyant que Mani jouait les hypocrites en défiant Thagor du regard, suggéra que le couronnement manquait d'une petite pendaison des familles. Grunlek objecta, en disant que Thagor avait beaucoup de relations et qu'il avait la mainmise sur le commerce, un élément très important pour le peuple Nain. Cependant, il reconnaissait que Thagor trempait dans certaines choses qui ne lui convenaient pas, notamment les drogues qui circulaient dans le quartier pauvre. De plus, il demanda à l'intéressé comment il avait pu accéder à la transformation en golem par un biais non-naturel. B.O.B. réagit en disant que cette potion pourrait se révéler bénéfique pour sauver l'ancien Roi, l'oncle de Grunlek, car elle achèverait sa transformation en golem et pourrait par la suite lui recouvrer son état initial.

Thagor, devant les interrogations de Grunlek, répondit :

« Vous savez, ça m'a pris des années à synthétiser une seule potion, et je n'étais même pas sûr de redevenir moi-même après. Mais je serais ravi, votre Majesté, de vous emmener dans un de mes laboratoires un de ces jours. Il n'y a pas de problème.

- Peut-être pas moi directement, répliqua Grunlek. Mais oui, on va faire en sorte que ce savoir ne soit pas perdu pour aider le peuple Nain, bien évidemment. »

Dans les ordres que le nouveau Roi continua à donner, il demanda également à ce que l'ingénieur nain Ugryn, qui avait conçu le bras mécanique de Grunlek, soit rapatrié à Fort-d'Acier pour trouver une solution pour guérir son oncle. Il choisit également de s'entretenir en privé avec Gargrim Foudre-Sang pour mieux lui expliquer la situation à laquelle ils étaient confrontés, et aussi car il avait plus confiance en lui qu'en Thagor. Il lui demanda donc de rester particulièrement vigilant, car il craignait que le Seigneur Barbe-Froide n'organise un soulèvement pendant son absence. Les menaces sous-entendues par Thagor n'étaient évidemment pas passées inaperçues. Cependant, avec Mark, les rebelles, et tout le peuple non-corrompu qui étaient déjà acquis à la cause du Grunlek, si Gargrim se rangeait également de son côté, Thagor sera esseulé et même s'il tentait quelque chose, on saura immédiatement que c'était lui.

Quelques jours passèrent encore pendant lesquels Grunlek continua d'établir ses premières mesures et de mettre en place son nouveau système. B.O.B., Mani et Shin récupérèrent de leurs blessures, et bientôt, ils furent prêts à reprendre la route. Tout le monde était là pour assister au départ des Aventuriers, y compris Vicky et Stallion qui étaient arrivés à Fort-d'Acier entre-temps. Mama Casse-Roc s'approcha de Grunlek, la fierté brillant toujours dans son regard, lui annonçant qu'elle avait convoqué les bannerets et que l'armée allait se réunir en attendant les ordres du Roi. Kahn s'approcha à son tour de Grunlek, et dit :

« Majesté… Nous avons reçu un corbeau ce matin pour vous. Je vous le donne.

- Oh mais c'est gentil, fit le roi en plaisantant. On m'avait jamais donné de corbeau. »

Le message que le corbeau avait disait que l'armée de Lorimar, qui contournait les Montagnes par l'Ouest, n'avait pas franchi la rivière en direction de Toran et de Fort-d'Acier, mais qu'elle avait disparue au niveau des marécages. Ce qui signifiait qu'elle n'avait pas l'intention d'attaquer le peuple Nain, mais qu'elle se dirigeait plutôt vers l'Ouest… Vers Castelblanc.

B.O.B. se réjouit de cette opportunité, et fit comprendre à Grunlek que c'était une occasion inespérée pour Gargrim. Si l'armée avait quitté Lorimar, il n'y avait donc plus personne pour défendre la cité. Il suffisait de "lâcher" Gargrim avec quelques escouades, de leur ordonner de reprendre les Mines, de reprendre Lorimar, de cramer leurs maisons, leurs fermes et leurs familles, et quatres conséquences vont tomber. D'abord, l'armée sera démoralisée et/ou en colère, mais elle ne pourra pas réagir car elle va au combat. Ensuite, ils ne pourront pas se défendre. Ensuite, B.O.B. aura ENFIN droit à son génocide ! Et enfin, ça permettra à Grunlek de renforcer sa position de Roi avec un Gargrim acquis à sa cause à 100% !

Grunlek affirma qu'il en parlerait à Gargrim, mais rappela que la priorité était le maintien de l'ordre à l'intérieur de la cité naine. S'il s'en allait, Thagor allait probablement causer encore plus de soucis. Par contre, s'il voulait envoyer des unités d'élite reprendre des points importants sans impacter la défense de la cité, il pourrait le faire. Mais lui, Gargrim, devrait rester à Fort-d'Acier pour s'assurer que l'ordre soit maintenu.

Fuma, la druidesse, s'avança également vers Grunlek avec Éden à côté d'elle.

« J'ai passé quelques temps avec votre louve, lança-t-elle. Vous savez… L'âme d'Eden est plus profonde qu'il n'y paraît. Elle a vécu vraiment de nombreuses choses avant de vous avoir rencontré. Vous voyez les traces sur son pelage ? Elles sont magiques. Je pense qu'il doit exister un moyen de les activer. Probablement avec un fort lien psychique ou… Enfin, je sais pas vraiment à quoi ça sert, je ne comprends pas leur utilité, mais… Je sais que votre loup est plus ancien et plus profond que ce qu'il paraît.

- Ce sont des traces magiques ? interrogea B.O.B. Je pensais qu'elle s'était roulée dans un pot de peinture au mieux, mais…

- Depuis tout ce temps-là, on a pas fait gaffe ? s'étonna Shin. »

Mais Grunlek, sans prêter la moindre attention à ce qu'il se disait, était occupé à faire des papouilles à Éden en disant :

« C'était qui qui était devenu une louve royale ? C'était toi ? C'était toi la louve royale ? »

Mark s'approcha également de Grunlek et lui dit :

« Écoute… Moi, Gaspar et Fuma, on va préparer quelques affaires, et puis, on va essayer de vous retrouver à Fort-Tigre, du coup. Pour voir si on peut vous aider à faire quelque chose… D'accord ?

- Ok, très bien, approuva Grunlek. »

Mais tout en disant cela, il lui rappela que tout le réseau de la rébellion ou autre, on avait besoin d'eux à l'intérieur de la cité. Donc, s'il voulait partir, il devait d'abord bien s'assurer que sa priorité numéro 1 (Thagor, ses hommes et la drogue qui circulait) était bien sous contrôle. Si Mark estimait qu'il devait rester à Fort-d'Acier, il devait rester. S'il estimait qu'il pouvait déléguer et rejoindre Fort-Tigre, il le pouvait.

Kahn s'avança à nouveau vers Grunlek et fit :

« Majesté… Vous m'aviez expliqué un peu tout… Toute votre histoire avec les gemmes de l'Abîme, et caetera… Je me suis permis de faire quelques recherches dans les archives de Thagor, maintenant que… Enfin, il n'a pas encore repris totalement le contrôle de ses hommes, et j'ai pu trouver quelque chose d'intéressant. Il a pas l'habitude de révéler le nom de ses clients, donc je vais le faire pour vous. Surtout que j'ai trouvé les informations… J'ai étudié… Vous savez, il y avait trois personnes à cette entrevue… À ces enchères de gemmes. J'ai trouvé le nom de deux d'entres elles. Il y avait une femme… J'ai pas réussi à… Elle était enregistrée sous le nom de Lucie, mais je pense que c'était un faux nom. Il y avait Milich Oppenheimer, mais ça, vous aviez vous-mêmes déjà trouvé… Donc, Milich de Castelblanc. Et j'ai réussi à trouver l'identité de la troisième personne. Il s'agissait de quelqu'un qui s'appelait… Luc. »

Au moment où ce dernier nom fut prononcé, Vicky et Stallion sursautèrent légèrement. Vicky regarda Stallion et dit :

« Luc ? Luc… Mais attendez, c'est un professeur de l'école du Temps. »