Bonsoir !
Et voici un nouveau chapitre !
Merci à vous toutes pour les reviews ! vous êtes fantastiques !
Merci à mon correcteur qui à corriger ce chapitre sur le pouce... (désolé des fautes restantes)
Très bonne lecture !
- Salut, Ed !
Je tournai la tête vers l'entrée de la cuisine. Ben venait d'arriver, il me sourit tout en attachant son tablier. Je hochai la tête pour le saluer en retour.
- Salut. Ça va ?
- Ouais et toi ?
- Je fais ce que je peux.
- Le directeur t'a convoqué il paraît.
- Ouais. Ça fait un mois que je suis revenu et j'accumule pas mal d'absences et de retards. Je suis certain que c'est pour ça.
- Tu vas lui dire quoi ?
- De me laisser le temps de m'adapter. Je fais mon boulot, les clients sont contents, quand je pars en urgence je laisse pas le bordel dans la cuisine, je laisse personne dans la merde.
- T'es un bon chef, un grand cuisinier, je pense qu'il va juste te donner un avertissement.
- Oui. Je ne m'inquiète pas.
En fait si, j'avais très peur. Depuis la mort de mon frère je n'avais plus foi en la vie, je ne croyais plus à rien, chaque jour était une surprise, généralement pas très bonne. Depuis deux mois, j'étais un homme endetté pour cinquante ans, j'avais l'assistante sociale sur le dos, je manquais de sommeil, les enfants n'étaient pas toujours faciles, j'avais du mal à les faire garder le soir et ça coûtait cher, mon travail me prenait trop de temps et j'en manquais justement de temps. Plus d'une fois j'étais parti avant la fin d'un service pour rentrer m'occuper des enfants, trop souvent j'avais demandé à Ben de me remplacer au pied levé, trop souvent il m'avait couvert.
- Et l'assistante sociale ?
- Elle vient la semaine prochaine. Mais il n'y a rien à dire. Les enfants sont nourris, sont bien habillés, ne loupent pas l'école et ça se passe bien. Ils ne sont pas malheureux, je ne les délaisse pas et je les tripote pas !
Je coupai la tomate devant moi avec plus de violence que nécessaire. Je ne me remettais pas des soupçons complètement absurdes de cette femme. Je détestais cette personne. Le jour où elle avait rencontré les enfants, elle leur avait parlé individuellement avec ma présence tout de même. Elle leur avait demandé de décrire mon comportement avec eux, la vie avec moi... j'avais eu des envies de meurtre. Le pire ? Quand les enfants disaient que tout allait bien, elle insistait en répétant cinquante fois « tu es sûr que tout va bien ? ». Elle cherchait la petite bête mais elle était repartie bredouille.
- Alors, Chef, qu'est-ce qu'on leur fait bouffer à ces bourges ce midi ?
Je remerciai d'un sourire mon ami pour avoir changé de sujet. Il était 9h30 et le début du premier service n'allait pas tarder. Petit à petit ma brigade arriva et je me focalisai entièrement sur la confection des repas à servir. Plongé dans mon boulot je ne me rendis pas compte du temps qui passait. À 14h30 tout était fini, tout s'était passé dans le calme, sans stress et dans une ambiance plutôt bonne.
- Tu vas voir le directeur maintenant ?
- Ouais, je me change et je monte.
- Tu veux qu'on reste ?
- Non, rentrez vous reposer pour ce soir. Ça va aller.
Ils hochèrent la tête, Ben posa sa main sur mon épaule en signe d'encouragement, je lui souris. En réalité j'aurais aimé qu'il soit là, j'aurais peut-être besoin de soutien. Me forçant à ne rien montrer, je les laissai partir et allai me changer avec une lenteur inhabituelle. Enfin prêt et en tachycardie inquiétante, je frappai à la porte du bureau du directeur. Une voix forte m'ordonna d'entrer. Le directeur et ainsi que le PDG de l'ensemble des restaurants étaient là. J'étais mal... très mal !
- Edward, entrez et installez vous. Comment était le service ?
- Très bien, monsieur. Rapide efficace et sans perte.
- Parfait, parfait...
Lentement je m'assis sur un des sièges et attendis la suite. C'est le PDG qui prit la parole.
- Monsieur Masen, je commencerais pas vous présenter mes condoléances pour la perte de votre frère et votre belle sœur.
- Merci, monsieur.
Il y eut un silence poli et j'attendais que l'un des deux annonces la nouvelle. Je savais déjà que je n'allais pas passer un bon moment. C'est le directeur qui se jeta l'eau.
- Bien, Edward... vous vous doutez peut-être du but de cette convocation ?
- Je fais du bon travail, ma cuisine est impeccable, ma brigade est efficace.
- Oui mais vous accumulez beaucoup trop de retards, sans parler des absences non justifiées et de vos départs anticipés.
- Je n'abandonne jamais la cuisine sans y laisser mon second qui est excellent.
- Oui, monsieur Cheney fait un excellent travail, je n'ai rien à dire là dessus. Mais ce n'est pas son travail.
- Il me faut encore du temps pour m'adapter. Je me retrouve avec deux enfants en bas âge qui ont perdu leurs parents. J'ai des tas de problème à gérer... j'aime mon travail ici, vraiment ! Mais accordez- moi encore un mois et j'aurais trouvé ma routine. Je me suis retrouvé du jour au lendemain avec une vie qui n'était pas la mienne. Je dois m'adapter.
- Cela fait déjà deux mois, Edward.
- Je vous en prie. Je suis un bon chef, je suis excellent !
Les deux hommes se regardèrent, le directeur fronça légèrement les sourcils, l'autre qui me connaissait à peine soupira et prit la parole.
- Monsieur Masen, nous représentons la rigueur et la qualité. Nos vies personnelles n'ont pas de place sur notre lieu de travail. Vous auriez dû savoir séparer cela...
- Et laisser des enfants de 3 et 6 ans tout seuls ?
- Nous vous avons laissé du temps pour vous organiser.
- Je suis le meilleur chef que vous n'avez jamais eu dans vos restaurants.
- Nous vous donnons un préavis de quinze jours...
- Ne faites pas ça...
- Suite à cela...
- Je dois travailler ! Je dois ça aux enfants... on va me les enlever si vous me virez !
- … Nous serons dans le regret de vous voir partir. Nous avons déjà un remplaçant pour prendre votre suite.
- Je vous en prie non. Laissez mois encore une chance.
- Vous partirez avec les honneurs et toutes les indemnités que vous méritez.
- Je mérite de travailler !
- Nous sommes désolé mais notre décision est irrémédiable.
Je restai sur ma chaise, effaré, choqué et anéanti. Je perdais mon boulot... ma place, ma vie, ma passion. Comment j'allais pouvoir surmonter ça ? Quinze jours pour trouver un nouveau travail ? Comment allais-je faire sans salaire ? Et les enfants...
- S'il vous plaît... je vous en supplie...
- Monsieur Masen, vous n'êtes plus un élément fiable. Depuis des semaines c'est votre second qui fait votre travail, vous n'êtes plus chef de la brigade depuis la mort de votre frère.
- Ils vont m'enlever les enfants ! Je suis leur seule famille !
- Peut-être que cela vous permettra de reprendre votre vie de chef. Vous ne semblez pas prêt à avoir une famille, monsieur Masen. Du moins pas prêt pour vous occuper d'une famille et d'un travail comme chef chez nous.
Je me levais soudainement furieux. De quel droit me jugez t-il ? Que savait-il de moi ? Rien ! Absolument rien ! J'avais vu ce type deux fois dans ma vie ! Il ne se basait que sur l'efficacité et les absences ! Ils n'étaient pas humain, ils n'avaient pas de cœur ! Je regardais le directeur... lui me connaissait.
- Vous savez très bien ce que vous perdez, vous savez très bien que ce n'est pas juste !
- Edward...
- Merci... merci de m'enfoncer encore plus ! J'avais déjà perdu mon frère, ma seule famille... je perds maintenant mon travail et bientôt ils vont me retirer les enfants. Ils sont déjà orphelins ! L'impact de cet acte sur moi va détruire bien plus que le soit disant manque de rigueur et de qualité de ce restaurant !
- Je suis désolé... mais Ben suivra votre travail...
- Ben ? C'est lui le nouveau chef ? Il est au courant ?
- Non... non il ne sait rien. Nous le convoquons demain.
- Super... fantastique.
Je passai mes mains dans mes cheveux.
- Il me reste des jours de vacances à prendre non ? Je les veux ! Je refuse de revenir travailler pour vous pour quinze jours. Vous avez un nouveau chef parfait ! Je veux profiter des quinze jours qui me reste avec mon neveu et ma nièce !
- Bien... j'imagine que nous pouvons vous accorder cela.
- Je reviens ce soir pour dire au revoir à mes gars. Mais je ne cuisinerai pas. Convoquez Ben maintenant et dites lui qu'il est promu tout de suite !
Aucun d'eux ne se risqua à me répondre. Je hochai la tête.
- A dans quinze jours pour signer vos putain de papiers ! Je ne vous remercie pas !
Sans un regard de plus vers ces fumiers, je sortis de la pièce et avancai à grands pas vers la sortie. J'allai dans l'arrière cour où ma moto était toujours garée. Je fulminais, j'étais fou de rage, blessé et désespéré. Le cauchemar continuait.
- PUTAIN DE MERDE !
Tremblant de colère j'avais donner un coup de pied dans l'une des poubelles, elle vacilla pour finalement tomber et rouler sur le sol. Je hurlai de rage, je cognai tout ce que je trouvais autour de moi. Putain de vie de merde !
- Edward ! Edward arrête ! Merde ça suffit arrête !
Emporté dans mon délire, je n'avais pas vu mes amis arriver. James et Ben me maintenaient de toutes leurs forces contre le mur. Ce n'est qu'à ce moment là que je me rendis compte que mes mains me brûlaient, je m'en foutais...
- Stop, Ed... c'est bon. Tu vas te blesser...
Me pensant calme, ils me lâchèrent et je fis l'erreur de regarder Ben. La rage monta à nouveau au creux de mon ventre et je lui décrochais une droite qui le fit tituber et s'effondrer contre le mur. Il me prenait ma place, ma vie... Avec rapidité James m'écarta de Ben, j'étais prêt à le frapper encore et encore.
- T'es dingue ou quoi ? Qu'est-ce qui te prend bordel ?
- Ils m'ont viré ! J'ai plus rien ! Absolument plus rien ! On va me retirer la garde des enfants ! Je n'ai plus d'argent, je suis endetté à vie ! Je n'ai plus de boulot... je suis fini !
- Ben ça va ?
James me maintenait toujours fermement mais regardait en direction de Ben. Celui-ci s'était redressé et se frottait la joue.
- Ouais lâche-le...
- Ok, Ed, je te lâche mais si tu frappes encore une fois l'un de nous deux, je te jure que je frapperai plus fort.
- C'est bon ça va !
Il s'écarta de moi et je serrai mes poings contre moi. Je devais me calmer, je devais recouvrer la raison. Je me mis à faire les cents pas et James reprit la parole.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je suis viré. Je ne suis plus rien ! C'était mon dernier service ce midi !
- Pourquoi ? Pourquoi ils ont fait ça ?
- Trop d'absences, trop de retards, trop d'irrégularités dans mon comportement.
- Nos services et notre cuisine n'en ont jamais souffert !
- Je sais... mais je ne suis plus un élément fiable ! Je suis mort !
Un silence lourd flotta dans la petite cour. Je regardai Ben... je regrettais mon geste. Il n'y était pour rien, il n'avait sûrement rien demandé.
- Je suis désolé, Ben... je... je n'aurais pas du... ce n'est pas ta faute.
- Pour le coup, je comprends pas.
- C'est toi le nouveau chef. Tu prends ma place.
- Pardon ?
Il sembla effaré, ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche forma un « O » de surprise. L'expression qu'il avait ne montrait aucune joie concernant sa promotion.
- Hors de question ! Je ne prendrai pas ta place ! C'est toi le chef, c'est toi qui dois être à cette place ! Pas moi.
- Ils sont ravis de ton travail. C'est leur choix.
- Je refuse.
- Tu es bon.
- Tu es mon pote ! Et c'est dégueulasse de te virer comme ça ! Un peu de compassion merde !
- Ils s'en foutent. Efficacité avant tout.
- Moi pas ! Je ne prendrai pas ta place. T'es mon pote, je ne ferai pas ça.
Il shoota dans une des poubelles déjà à terre et tira sur ses cheveux brun en sifflant de colère entre ses dents.
- Je vais démissionner ! Je peux pas te faire ça !
- Non... si c'est pas toi ça sera un autre. Je sais comment tu bosses... je sais que tu feras du bon boulot. Quitte à partir, je préfère savoir ma cuisine entre de bonnes mains.
- Je dois réfléchir mon vieux...
Je n'insistai pas. C'était mon ami mais quitter ma cuisine me faisait très très mal, mais en réfléchissant bien, oui Ben était le meilleur pour prendre soin d'elle.
- Tu es au courant maintenant. À toi de voir.
- Edward...
- Tu es mon meilleur ami, j'en veux à ces fumiers de me virer comme un mal propre, mais je préfère que ce soit toi qui prenne ma place plutôt qu'un autre. Et tu le mérites. Tu fais du très bon boulot.
- Ed, c'est ta cuisine... je peux pas.
Je ne répondis rien. Je voulais juste rentrer, ça allait être l'heure pour les enfants. Sans un mot, j'allai vers ma moto, James me suivit avec prudence.
- Edward, ils vont peut-être revenir sur leur décision. On va leur parler.
- Je ne pense pas que ça va changer quelque chose.
- On va essayer, ce n'est pas juste, ce n'est peut-être même pas légal !
- Tu sais quoi ? Là j'en ai plus rien à faire. Je veux juste rentrer et récupérer les gosses.
- Ok... si tu as besoin, appelle-moi. Je peux demander conseil au mec de ma sœur. Je le ferai pour toi.
- Merci, James.
Il me pressa amicalement l'épaule puis s'écarta de moi alors que j'enjambais ma moto. Sans un mot je démarrai et sortis de la petite cour pour prendre la route jusqu'à chez mon frère. J'eus juste le temps de ranger la moto dans le garage avant de partir à pied vers l'école.
Les enfants avaient repris un rythme normal à l'école mais Max avait tendance à s'isoler et à vite s'énerver en présence de ses autres camarades. Il ne voulait pas toujours faire ses devoirs, je me battais pas mal avec lui pour qu'il travaille bien. Marie elle, c'était un peu plus simple à l'école mais elle était plutôt capricieuse et faisait quelques colères. Je faisais de mon mieux pour m'en sortir avec eux.
- Salut, tonton.
- Salut, mon poulet. Ça va ?
- Ouais. Je suis tombé et je me suis fait mal au genou regarde...
Il m'avait rejoint dans la cour de l'école et maintenant il me montrait son jean déchiré au genou et un gros pansement en dessous. Je grimaçai... le jean était fichu et en racheter un maintenant n'étais pas vraiment l'idéal.
- Tu as fait comment ? Ça va ?
- J'ai trébuché. Mais ça va. Ça pique un peu.
- On va regarder ça à la maison. Je vais chercher Marie, tu viens avec moi ?
- Oui ok. J'ai super faim !
- Tu veux qu'on fasse des pancakes en rentrant ?
- Oh ouais !
Je lui ébouriffai les cheveux tout en entrant dans le couloir de la classe de Marie. Je saluai la maîtresse et Marie courut vers moi.
- Tonton d'amour !
- Oh, ma poulette d'amour ! Comment tu vas ?
- Très bien.
- Super alors. On rentre ? Avec Max on avait envie de faire des pancakes !
- Oh ouiiiiiii !
Je souris et attrapai ses affaires. Puis nous partîmes tous les trois en direction de la maison. J'autorisai les enfants à jouer un peu le temps que je prépare le goûter. Je les laissai ensuite manger avant d'attaquer les devoirs avec Max puis je donnai les bains. Je rangeai la salle de bain pendant que Max se séchait.
- Tonton ? Tu travailles pas ?
- Non... je suis en vacances.
- Oh cool tu vas rester avec nous longtemps alors !
- Ouais. Tu mets ton t-shirt à l'envers, petite tête !
Il fit la moue et mon portable sonna. Je répondis en souriant alors que Max se battait pour mettre son haut de pyjama à l'endroit.
- Allô ?
- C'est Ben.
- Salut.
- Salut. Est-ce que tu viens ce soir ? Parler aux gars ?
- Non. J'avais prévu de le faire mais finalement ce n'est pas une bonne idée. Je n'ai plus rien à faire dans cette cuisine.
- Elle sera toujours à toi.
- Non. On m'oubliera. Souhaite leur juste bonne chance pour le reste de leur carrière et que je les remercie d'avoir était aussi géniaux avec moi. Ils méritent tous leur place.
- Je leur dirai.
- Merci.
- Ed... ils m'ont proposé le poste. Officiellement.
- Je m'en doute bien oui.
- J'ai... dit que je devais y réfléchir. J'assure l'intérim pour une semaine.
- Dis oui Ben.
- J'ai l'impression de voler ta place.
- Fais ce que tu veux alors.
- Je ne veux pas perdre mon amitié avec toi à cause de ça.
- Laisse-moi juste le temps d'encaisser ok ?
- Ok... je comprends.
- Merci.
Il y eut un silence pesant entre nous, je crois que c'était la première fois que ça arrivait. Je finis par soupirer et reprendre la parole.
- Je dois y aller, les enfants m'attendent.
- Ok. A bientôt ?
- Oui à bientôt. Bonne chance.
- Merci.
Je raccrochai dans un nouveau soupir. Max s'approcha de moi en fronçant les sourcils.
- Tonton ça va ?
- Oui, mon grand t'inquiète pas.
- Je peux t'aider ?
Je souris en lui frottant la tête.
- C'est gentil, mais ça va aller, mon grand. Ce sont des problèmes de grands.
- Oui mais tu vas pas nous laisser hein ?
- Jamais. Je te le promets. Allez, on va voir si Marie n'a pas colorié la maison en rose et on va faire à manger.
Max me sourit, il prit ma main et nous sortîmes de la salle de bain. Ma nièce était en train de regarder la télé, allongée sur le canapé, son frère alla la rejoindre et moi je préparais le repas tout en gardant un œil sur eux. Il fallait absolument que je trouve rapidement un nouveau travail. Je ne sais pas comment j'allais faire sinon. J'avais déjà fait le maximum en revendant quasiment toutes mes affaires et en rendant mon ancien ne pouvais pas abandonner les enfants, je devais me battre pour eux et un peu pour moi aussi.
Quinze jours... voilà j'étais officiellement sans emploi. Je sortais tout juste du bureau du directeur, j'avais signé les papiers et reçu mon gros chèque de départ. Ben était le nouveau chef du restaurant, j'étais content pour lui, non sans une once de jalousie et de tristesse. Au moins il ne saboterait pas mon travail.
- Edward ?
Tiens, en parlant de lui. Ben venait de sortir de la cuisine et me fit signe d'approcher. Entre nous la relation était un peu tendue, mais il restait mon ami.
- Salut, Ben.
- Tu peux venir deux minutes ?
- Ouais.
J'approchai et lorsque j'entrai dans la cuisine absolument toute mon ancienne brigade était là, à m'applaudir et à siffler. Passée la surprise, l'émotion monta en moi. Je n'étais pas préparé à cet accueil et ça me touchait profondément. Tous ces gens faisaient partis d'un chapitre important de ma vie. Ému, j'essuyai quelques larmes au coin de mes yeux.
- Merci. Mais c'était pas la peine !
Quelques sifflements se firent entendre et je souris. Ben et James s'approchèrent de moi, posant chacun leur main sur mes épaules. Ben prit la parole.
- Il n'était pas question que tu t'en ailles comme un voleur. C'est toi qui a fait de cette cuisine ce qu'elle est maintenant. Et la situation n'est vraiment pas juste.
James enchaîna.
- Au nom de tous ici, on voudrait te remercier pour ces trois belles années où nous avons tous travaillé ensemble. Je peux t'assurer que le jour où tu ouvres ton propre restau... et bien tu as une brigade complète ! Pas vrai les gars ?
Un oui général ainsi que de nouveaux applaudissements résonnèrent dans la cuisine. Je ne pouvais pas m'empêcher de sourire, je sais qu'ils étaient sincères et que le jour où j'aurai besoin d'eux, ils seront là.
- Merci. Je sais qu'en plus vous êtes capables de le faire bande de cons ! Non sérieusement, merci beaucoup. Je crois que c'est la première fois en deux mois que je souris un peu. Vous me manquerez, bien sûr. Mais je veux que vous continuiez à faire du bon boulot. Ben sera parfait dans son rôle de chef. Je... je par fâché mais pas contre vous, au contraire. Je suis très fier de vous.
Je cherchai du regard l'un de mes poulains, Jimmy. Quand nos regards se croisèrent il sourit et ses joues se tintèrent de rouge. Je l'avais embauché comme commis, il avait juste besoin d'un boulot pour se sortir de la galère. Maintenant il savait cuisiner et il était sacrément doué. Il était parti de rien, il ne savait même pas éplucher une pomme de terre.
- Continuez comme si j'étais là. Vous me manquerez. Ben, tu sais ce qu'il reste à faire.
- Ouais... ta sale gueule et ton caractère de merde vont nous manquer à nous aussi.
- Allez vous faire foutre !
Ils rirent et après un regard à l'horloge je frappai dans mes mains en levant la voix dans la cuisine.
- On y va messieurs ! Je veux voir tout le monde à son poste et il est temps de mettre en route cette cuisine ! J'attends de vous un comportement exemplaire et professionnel ! Le dernier à être prêt fera le sol ce soir ! Prêt à faire bouffer les riches ?
- Oui chef !
- En place !
Mon discours habituel... tout le monde s'activa dans la cuisine, pour mon plus grand plaisir. Je me tournai vers Ben qui me tendit sa main. Je la serrai en souriant.
- Désolé... juste une dernière fois.
- Pas de souci. Merci, Edward.
- De rien. Prends soin d'elle.
- Je fais juste du baby sitting.
Je lui tapai l'épaule gentiment.
- Je t'appelle plus tard, mon pote ! Cuisine bien.
- Merci, Ed. Merci beaucoup.
- Vas-y tes gars t'attendent !
Il sourit et alla prendre sa place de chef. Je ne restai pas, je préférais partir vite et ne pas m'affliger la douloureuse vision de mon meilleur ami prendre ma place. Le cœur lourd je montai sur ma moto et partis du restaurant. Après un arrêt à la banque pour déposer mon chèque, je pris la route de la maison. J'avais encore du temps pour aller chercher les enfant à l'école. Je les avais désinscrit de la cantine, j'économisais au moins ça le temps de trouver un autre boulot.
En parlant de ça... je me connectais sur le site d'offres d'emplois, ça faisait quinze jours que je passais tout mon temps libre à scruter les annonces. Pour le moment, je n'avais rien trouvé. J'avais envoyé des tonnes de CV dans les restaurants mais pas seulement. J'étais prêt à prendre n'importe quel boulot pour nous sortir, les enfants et moi, de cette galère.
J'étais en train d'envoyer un nouveau mail pour répondre à une proposition d'emploi quand on sonna à la porte. Je regardai l'heure, je devais partir dans dix minutes. Je soufflai avant de me lever pour aller ouvrir la porte. Je retenai mon soupir quand je découvris que mon visiteur était l'assistante sociale.
- Monsieur Masen, bonjour !
- Madame Silva. Bonjour. Je ne vous attendais pas aujourd'hui.
- Je sais oui, nous n'avions pas rendez-vous. Mais je me suis dit qu'une petite visite surprise serait bien.
- Je vais chercher les enfants dans dix minutes.
- Parfait, nous allons pouvoir aller les chercher ensemble.
- Ils vont être ravis.
- En attendant je peux entrer, discutons un peu.
Rien ne pouvait me rendre plus heureux aujourd'hui. Je la laissai entrer et elle alla s'installer dans la cuisine. Je traînai un peu les pieds pour la rejoindre. Je n'avais pas envie de lui parler, pas maintenant.
- Vous cherchez un travail ?
Oh merde ! Je fermai les yeux tout en me pinçant l'arête du nez.
- En quoi puis-je vous aidez, madame Silva ? Vous vouliez aborder un sujet précis ?
- Je venais aux nouvelles. Chef cuisinier ne vous plaît plus ?
- Si bien sûr, c'est ma passion.
- Alors pourquoi répondez vous à une offre pour... être hôte de caisse dans un supermarché ?
J'étais tenté de mentir, mais j'avais peur que les répercussions soient encore plus graves si je ne disais pas la vérité maintenant.
- Ils m'ont viré à cause de mes absences. Je ne suis plus fiable pour eux. Je cherche donc un nouveau travail.
- Oh je suis désolée... Depuis quand ?
- J'ai eu quinze jours de préavis. J'ai signé les papiers ce matin.
- Monsieur Masen...
- Laissez-moi le temps de trouver autre chose ! Ne m'enlevez pas les enfants !
- Ce n'est pas mon attention. Vous avez encore le temps de vous retourner. Je vous aiderez même.
- Comment ça ?
- J'ai quelques contacts. Êtes-vous prêts à prendre n'importe quel travail ?
- Cela dépend. J'ai quelques conditions liées aux enfants.
- Je comprends c'est normal. Je verrai ce que je peux faire, je ne vous promets rien mais je vais me renseigner.
Je restai surpris par sa bienveillance, doucement je m'assis en face d'elle.
- Merci...
- Vous semblez surpris.
- Un peu oui.
- Je vous l'ai dit, je suis de votre côté. Mon but ce n'est pas d'éloigner les enfants de vous et de leur maison.
- Combien de temps me donnez-vous ?
- Ne vous inquiétez pas de ça, vous avez des droits, vous ne serez pas sans salaire ou aide. Nous allons remplir un dossier d'aides sociales. Si vous me le permettez, je peux revenir demain avec les documents qu'il faut et nous lançons la procédure rapidement.
- Vous pensez que j'y aurai le droit ?
- J'en suis certaine.
- Alors oui... d'accord oui. Merci.
- Essayez de vous faire à l'idée que je ne suis pas la méchante de l'histoire.
Je restais encore étonné de sa proposition ainsi que de son aide. Je me contentais de hocher la tête et je vérifiais une nouvelle fois l'heure. Il fallait que j'y aille.
- Je dois aller à l'école.
- J'avais prévu de parler aux enfants mais je vais plutôt rentrer au bureau afin de préparer les papiers pour vous demain.
- Oui. D'accord merci.
- Disons, 10h ?
- Parfait. Est-ce que je dois le dire aux enfants ?
- Vous savez, ils ne sont pas idiots. Les enfants savent quand quelque chose ne va pas. Leur mentir n'est pas les protéger. Je vous conseille de leur dire. Peut-être pas tout, ou alors de minimiser les choses, ne soyez pas trop direct, mais ne leur faites pas croire que tout va bien.
- Oui. D'accord. Merci.
- Je vous en prie. Allons-y, vous allez être en retard.
J'attrapai ma veste et nous sortîmes de la maison.
- Je vous dis donc à demain 10h.
- Parfait, je vous attendrai.
- Nous allons enfin peut-être pouvoir faire équipe.
- Je veux juste garder les enfants.
- Ah ça, monsieur Masen, je crois que je l'avais compris !
Je souris, dès que je la voyais, je devais lui répéter cette phrases dix à douze fois dans l'heure. Elle me serra la main et monta dans sa voiture tandis que moi je pris la direction de l'école. Comme à mon habitude, je ne me mêlais pas aux autres parents et j'ignorais les regards. Quand j'eus récupéré mon neveu et ma nièce, nous partîmes avec une totale indifférence pour le monde autour de nous.
- Alors l'école, les poulets ?
- Comme d'habitude ! La maîtresse elle dit que je lis bien !
- Oui, tu as fait des progrès. Je suis fier de toi.
- Merci, tonton !
- C'est normal. Et toi Marie ?
- Oh rien. J'ai fait de la peinture !
- C'est génial ça, et tu ne t'en aies pas mis partout !
- J'suis propre oui !
Je ris en lui frottant la tête doucement.
- Alors on mange quoi ce midi ? Nuggets, purée et haricot vert ?
- Pas les légumes... j'aime pas.
- Si tu n'en mange pas ce midi Max, tu en auras ce soir.
- C'est nul !
- Oui mais c'est important de bien manger. Pas beaucoup, juste un peu promis.
- On verra.
Je secouai la tête, il n'aurait pas le choix. Arrivés à la maison, je leur laissai le temps de se poser et de se défouler un peu et j'en profitai pour cuisiner. Bon c'était pas ce que j'aimais faire et je n'appelais pas ça de la cuisine, juste une nécessité alimentaire.
Le repas terminé d'être cuit et les enfants à table, nous mangeâmes dans le silence. Je savais que je devais parler aux enfants, mais le stress et l'appréhension me dominaient bien plus que de raison. Peut-être que je pourrais leur en parler ce soir, je n'étais pas obligé de le faire maintenant... non ! Non ! Je devais leur parler, plus je repousserai les choses, pire ce sera ! Allez, encore un peu de courage Edward !
- Les enfants, il faut que je vous parle de quelque chose.
- Papa et maman ils rentrent bientôt ?
Je regardai Marie en fronçant légèrement les sourcils avec peine.
- Marie, ma chérie, nous avons déjà parlé de ça. Tu sais que ton papa et ta maman sont au ciel, ils ne reviendront pas, hélas.
- Ouais, Marie ! Ils sont morts papa et maman !
- Max...
Même si c'était malheureusement vrai, je n'aimais pas trop que Max en parle comme ça. «Mort » c'était encore trop douloureux à dire, ce mot était trop fort.
- Bon, je voulais vous dire que je ne travaillerai plus au restaurant pendant un petit moment. En fait, pour toujours je crois. Je cherche un autre travail.
- Tu n'aimes plus la cuisine ?
Max me regardait avec un air fâché qui me rappelait Anthony.
- Si j'aime toujours ça. Mais les heures de travail sont difficiles. Je ne pouvais pas être avec vous assez souvent.
- Alors c'est à cause de nous ?
- Bien sûr que non Max. C'est pour vous.
- Non... c'est à cause de papa et maman.
- Comment ça ?
- C'est eux qui font de la peine à tout le monde. À nous et à toi. A cause d'eux bah tu cuisines plus.
- Mais j'arrête pour pouvoir être avec toi et Marie, c'est ce que je veux. Tu préfères rester avec la voisine ou une baby sitter ?
- Je préfère papa et maman.
- Je sais, Max. Mais ce n'est pas leur faute, ni la tienne si je ne cuisine plus. Et puis, ça ne sera pas pour toujours, juste le temps qu'on soit bien ensemble dans notre vie à tous les trois.
- On était bien avant.
- C'est vrai que nous étions bien avant. Mais tu sais quoi ?
- Non.
- Et bien tous les trois, nous devons faire en sorte que tout redevienne aussi bien qu'avant. C'est évident que vos parents nous manqueront, mais il faut essayer de redevenir heureux. Je pense que c'est ce qu'ils auraient voulu.
- Ouais mais la cuisine, tonton ?
- J'y reviendrai plus tard. Pour le moment c'est nous trois le plus important. Je ne vois pas comment je pourrais vous rendre heureux si je ne suis jamais là et toujours au travail. Tu comprends, Max ?
- Oui. Enfin je crois. Mais tu vas plus jamais travailler ?
- Je cherche quelque chose de moins difficile. Un travail qui me permettra d'être avec vous tous les soirs et tous les matins... et pendant les week-end aussi.
- Ah ok.
- Qu'est-ce que tu en penses ?
Il remua un moment sa fourchette dans sa purée tout en réfléchissant.
- Je crois que je serais content que tu sois là souvent. J'aime pas trop la voisine.
- Alors voilà. Pour le moment on va vivre comme ça.
- Ok...
- Finis de manger, bonhomme. Il faut retourner à l'école.
Max leva les yeux vers moi et fit un sourire en coin.
- Tu sais, tonton... je crois que ça m'aiderait à être heureux de plus aller à l'école.
Je pouffai de rire tandis que le sourire de Max s'élargit.
- Non, mon pote. Ça ne marche pas comme ça. Tu dois aller à l'école.
- C'est pas juste.
Il secoua la tête et remit le nez dans son assiette. Je me tournai vers ma nièce.
- Et toi, tu en dis quoi ?
- Euh... je t'aime, tonton !
Je ris et elle rougis tout en se cachant derrière ses cheveux. Elle était beaucoup trop jeune pour comprendre tout ça.
- Moi aussi je t'aime, princesse. Finis de manger toi aussi.
- C'est pas bon !
- Petite coquine ! Sérieusement, Marie, on se dépêche un peu.
Je la redressai dans sa chaise et en silence nous finîmes de manger. Je voyais bien que Max réfléchissait à la situation, il avait la même expression que son père lorsqu'il pensait. Je lui laissai le temps de se faire à l'idée mais je me promis que d'ici la fin de la semaine, j'irai lui parler pour répondre à toutes les questions qui étaient en train de se former dans sa petite tête d'enfant.
Je retins difficilement un soupir... les conversations trop adulte pour un enfant, mes soucis, mes dettes, chercher un travail et tout le reste n'étaient que le début d'une longue lutte avec la vie. J'en étais conscient, je sais que parfois j'aurai envie d'abandonner, mais je me promis de continuer coûte que coûte à me battre pour le bien être de Max et Marie. C'était un début mais loin d'être la fin !
Et voilà...
N'hésitez pas !
(Je vous rassure, ça va devenir un peu plus léger dans la suite ! )
Bises et à la semaine prochaine !
Lexi
