04_ back to black
Une amère odeur de désinfectant et une sensation de vulnérabilité ; le « bip bip » incessant qui se heurtait aux murs de la pièce lui arracha un grognement et il tenta d'ouvrir les yeux, une première fois. Le blanc de la pièce agressa légèrement sa vue ; il fut dans l'obligation d'attendre patiemment que ça passe et posa son regard ébène sur la pièce. Une chambre ; des draps blancs. Un paysage désertique par la fenêtre et une tignasse rose ; il cligna des yeux, plusieurs fois et fronça les sourcils.
- « Shikamaru, tu m'entends ? » entendit-il
Une main se posa délicatement sur son front et ce simple contact lui arracha un frisson ; l'amère réalité lui revint en pleine face et les souvenirs de la guerre heurtèrent son esprit. Dans un geste brutal, il attrapa le poignet de la jeune femme et la jeta sur le matelas, s'installant à califourchon au-dessus d'elle ; elle aurait simplement pu lui donner un coup à la tête, mais la panique qu'elle lu dans ses yeux la toucha, au plus profond d'elle-même. Ses mains se refermèrent autour du cou de la rose et il ne sut pas si sur le coup, il tentait de la priver d'air ou bien de lui briser la nuque ; ses mouvements étaient mécaniques, comme ci il avait fait ça tout le long de son existence. Là où une multitude de personnes voyaient un homme en proie à une hallucination, lui, il se voyait sur un terrain ensanglanté, enveloppé par une odeur de chair brûlé, par cette sensation d'être en danger. Il resserra sa prise autour du cou de la jeune femme, puis le trou noir.
Une amère odeur de désinfectant et une sensation de vulnérabilité ; le « bip bip » incessant qui se heurtait aux murs de la pièce lui arracha un grognement et il posa maladroitement son regard brun sur son entourage. Il se trouvait dans une chambre, des draps blancs cachaient son corps et lorsqu'il tenta de prendre appui sur les paumes de ses mains, il constata qu'il était attaché aux barres du lit. Les sourcils froncés, il chercha dans sa mémoire ce qu'il se passait ; il se souvenait des prunelles bleutés d'une enfant, rien de plus. Un grognement s'échappa de ses lèvres lorsqu'un simple cliquetis de la porte résonna bien trop fort à ses oreilles et il posa son regard brun sur la tignasse rose qui s'approchait de lui. Quelque chose dans son esprit lui disait qu'il la connaissait, qu'il avait le droit de lui faire confiance ; ses mèches attachées en une simple couette haute, une blouse blanche sur le dos et une écharpe rose autour du cou.
- « Shikamaru, tout va bien ? » souffla-t-il
Sa voix, elle lui disait quelque chose. Il acquiesça faiblement et pointa du menton les attaches autour de ses poignets ; il ne comprenait pas pourquoi il était là, attaché aux barres. Il n'était pas dangereux, après tout. Elle sembla se perdre dans son regard un instant, un court instant ; puis, elle détacha doucement les cordelettes autour de ses poignets et lui tendit un verre d'eau.
- « où est-ce que je suis, docteur ? » lâcha-t-il, après une gorgée
- « docteur ? » répéta la rose, les sourcils froncés
- « oui, vous êtes bien mon médecin, non ? »
Elle ne dit rien ; il sentait à l'expression de son visage que quelque chose clochait, mais elle resta impassible, tentant maladroitement de ne pas se confondre en émotions diverses et s'installa au bord du lit du patient. Ses prunelles vertes se posèrent dans les siennes et la simple vue de cette couleur lui hurla qu'il avait le droit de se perdre dans ses yeux. Il y avait quelque chose de rassurant dans ce vert.
- « tu te souviens de moi, Shikamaru ? » demanda-t-elle, d'une voix douce
Le brun fronça les sourcils, entrouvrant les lèvres un instant, mais aucun son ne s'échappa ; il se heurta au paysage désertique par la fenêtre, aux mèches roses sur la tête du médecin, à ses mains tremblantes, à ces bandages qui encerclaient son torse. Un soupir s'échappa de ses lippes et il secoua la tête de droite à gauche, une pointe de panique dans les yeux.
- « je ne sais pas.. » lâcha-t-il, dans un souffle
- « si je te dis que nous nous sommes connus sur les bancs de l'académie, au village caché de la Feuille » commença-t-elle « que tu traînais constamment avec un petit garçon enrobé et une jolie blonde, que vous formiez l'équipe dix »
Quelques bribes de souvenirs lui vinrent en mémoire ; il voyait ce petit garçon, enrobé, aux cheveux roux qui tentait tant bien que mal de suivre la cadence et cette petite fille, au sourire éclatant, et aux cheveux blonds, qui courrait dans tous les sens. Ils avaient l'air heureux dans ce souvenir et sur le moment, il ne sut pas réellement pourquoi il sentit ce pincement au cœur.
- « je c-crois » bégaya-t-il « ça me dit quelque chose, c'est assez vague »
- « tu t'appelles Shikamaru Nara, tu le sais ça ? »
Il acquiesça faiblement ; oui, ça, il le savait.
- « ici, c'est une chambre d'hôpital ; tu es au village caché du Sable, tu as participé à la quatrième grande guerre et là, tu reviens de la cinquième grande guerre, tu as été gravement blessé »
Un tas d'images se confrontèrent dans son esprit ; il se souvenait de la guerre, de ce sentiment qui lui avait prit les tripes lorsque son père était décédé, il se souvenait du regard embué de sa mère lorsqu'il lui avait annoncé, et il se souvenait de tout ce sang. Du sang sur le sol, sur les corps, sur ses mains ; il jeta un regard paniqué à ses mains et la rose s'empressa de les prendre entre les siennes, forçant le contact entre leurs yeux.
- « ne panique pas, tu es en sécurité » souffla-t-elle « tu sais qui je suis ? »
Dans un élan maladroit, il prit une inspiration et ferma les yeux ; cherchant dans sa mémoire, une tignasse rose. Elle apparaissait parfois, aux bras d'un grand brun à l'air impassible ou près d'un grand blond, un peu trop souriant ; il acquiesça faiblement.
- « tu es.. euh.. » bégaya-t-il « tu.. Sakura ? »
Un grand sourire se glissa sur les lèvres de la rose et elle acquiesça vivement ; au moins, ses pertes de mémoire n'étaient pas définitives. Elle relâcha ses mains et descendit du lit, lissant les plis de sa blouse blanche. Le brun l'observa faire, silencieusement.
- « respire un bon coup, d'accord ? » souffla la rose « je préviens tes proches de ton réveil et je reviens, tout de suite »
Il acquiesça faiblement et elle s'extirpa de la pièce ; un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle se heurta au couloir et elle s'engouffra dans les toilettes. Ses iris émeraude se penchèrent sur son reflet, ses joues légèrement roses, ses mains tremblantes et ses mèches au ton bordélique ; elle attrapa les pans de son écharpe et la retira, lentement. La chaleur dans ce village était légèrement insupportable. Son regard s'attarda aux marques sur son cou, aux teintes violacées ; elle se souvenait parfaitement de cette lueur dans ses yeux, de ces mains sur elle, de sa pression bien trop forte sur son cou. L'eau fraîche sur son visage lui arracha un soupir d'aise et elle remit le tissu en place, cachant ses hématomes ; la guerre avait détruit bien trop de choses. Elle tira son téléphone de sa poche et s'empressa de composer le numéro d'une amie ; la tonalité céda rapidement sa place à la voix d'une blonde qu'elle connaissait bien.
- « allô.. ça va, oui.. il est réveillé.. d'accord, mais je te préviens, il est dans un sale état.. oui, il est hors de danger.. à tout de suite »
Cette pointe d'inquiétude dans la voix de son amie ne la surprenait pas ; elles avaient passé tellement de mois, à attendre impuissante, le retour des êtres qu'elles aimaient que l'inquiétude était devenue une sale habitude. Elle étouffa un bâillement entre ses lèvres et fourra son téléphone, dans la poche de sa blouse.
Ses iris bruns s'attardèrent sur le verre d'eau qu'il tentait tant bien que mal de tenir dans sa main ; son bras droit se trouvait couvert de bandes blanches et sa main gauche tremblait légèrement. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il posa son regard sur la tignasse rose, qui se rapprochait de lui ; elle attrapa délicatement le verre entre ses mains et le porta aux lèvres du brun, pour qu'il puisse boire tranquillement. Lorsqu'il avait été retrouvé aux portes du village, il était dans un sale état ; si mauvais qu'elle avait crû pendant un instant ne pas être capable de lui sauver la vie.
- « tu te souviens de certaines choses sur toi ? » demanda-t-elle, en déposant le verre sur la table de chevet, à la droite du lit
- « je manie les ombres, il me semble » souffla-t-il
- « tu te souviens que tu es marié ? et que tu es papa ? »
Le mot « papa » sembla déclencher quelque chose en lui et il posa un regard inquiet sur elle ; les sourcils froncés, elle lui intima silencieusement de dire ce qu'il avait à dire et il repoussa le drap qui le couvrait, sans une once de douceur. Se jetant littéralement sur ses pieds, étouffant plusieurs gémissements de douleur entre ses lèvres, il s'apprêtait à fuir hors de cette chambre lorsqu'elle lui attrapa le bras, d'une poigne forte.
- « qu'est - ce que tu fais ? » lâcha-t-elle
- « les enfants, je.. » bégaya-t-il « une petite fille et un bébé, ils sont-.. »
- « calme toi » le coupa-t-elle « ils sont entre de bonne-mains »
- « est-ce qu'ils vont bien ? »
La rose le tira doucement jusqu'au lit, lui intimant de se remettre sous les draps ; il ne devait sûrement pas forcer sur son corps. Elle acquiesça à ses mots ; elle se souvenait très bien de ces deux enfants, qu'il avait conduit jusqu'aux portes, elle se débrouillait pour leur rendre visite, tous les jours.
- « oui, tous les deux » répondit-elle « des médecins s'en occupent, nuit et jour ; le bébé va très bien, il se nourrit correctement, quant à elle, c'est assez compliquer, elle ne parle pas et pleure énormément, ils sont obligés d'utiliser la force pour la nourrir »
Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres du brun et il acquiesça, faiblement, à ses mots ; ils allaient bien et c'était ce qui comptait le plus à ses yeux, à cet instant. Dans un geste délicat, elle attrapa sa main dans la sienne, exerçant une petite pression ; il semblait avoir retrouvé sa mémoire.
- « ne t'en fais pas pour eux, Shikamaru » souffla-t-elle, un fin sourire sur les lèvres
Quelques coups puissants contre le bois de la porte les arrachèrent à leur conversation ; pendant une seconde, elle aurait juré avoir aperçu une pointe de panique dans ses yeux, mais il semblait normal. Il tira le drap sur ses jambes, coupant la vue de ses bandages à qui que ce soit et se tût ; à l'instant où la rose tira la porte, une tignasse brune sauta sur le lit du patient et le bruit de ses pleurs résonna un instant entre les murs. Il était là, sur ce lit, son fils contre lui et il n'osa pas faire un seul mouvement ; son fils pleurait toutes les larmes de son corps et à cet instant, le brun se sentit impuissant. Ce manque de geste n'échappa pas aux iris bleutés de sa meilleure amie ou au regard émeraude de son épouse. Chaque invité s'empressa de le prendre dans ses bras, lui soufflant un tas de mots rassurants, pourtant rien n'y faisait ; il ne se sentait pas à sa place.
- « bon dieu, j'ai crû que je t'avais perdu » souffla-t-elle
Il se heurta au regard brun de sa mère ; les larmes roulaient sur ses joues et elle déposa une multitude de baisers sur son front. Cette lueur dans ses yeux, il la connaissait ; elle avait eu la même lorsqu'il lui avait annoncé que son époux ne rentrerait pas de la guerre. Un pincement le prit au cœur et il tenta de sourire, faiblement ; observant silencieusement son fils qui séchait ses larmes dans les bras de sa mère.
Un bruit de pas irrégulier flotta dans l'air ; suivit du cliquetis constant d'un objet métallique. Maladroitement, à la force de son bras droit, le grand brun devant lui se hissa jusqu'au lit, un grand sourire sur les lèvres ; il était là, une jambe manquante, mais pourtant, semblait si heureux. Dans un geste las, Shikamaru tendit son poing ; contre lequel celui du brun se cogna.
- « bon dieu, j'ai vraiment crû que je ne verrais plus ta sale tête » souffla l'handicapé
- « ta jambe.. » lâcha le brun
- « tu as eu raison ; une infection s'est déclarée et il était hors de question que j'abandonne ma famille, alors je l'ai coupé »
- « tu t'es coupé la jambe, sérieusement ? »
- « oui, c'était le seul moyen ; mais ce n'est pas grave, j'ai fait ma demande »
Ce sourire, qui traînait sur les lèvres de Saï, lui réchauffa le cœur un instant ; et ses iris bruns se heurtèrent à cette bague en argent qui trônait fièrement au doigt de sa meilleure. Il esquissa un sourire et donna une petite tape au brun sur l'épaule, lui soufflant qu'il était fier de lui. La perte de sa jambe ne semblait pas être un obstacle à son bonheur et Shikamaru ne parvenait pas à empêcher ce léger sentiment de fierté dans son esprit ; ils avaient vécu tellement d'horreurs, en quelques mois, qu'apercevoir le sourire de ce garçon lui faisait un peu de bien.
- « combien de temps j'ai dormi ? » souffla -t-il
- « deux semaines » lâcha la rose
- « et la guerre ? »
- « elle est terminée » avoua l'handicapé
Sans un mot de plus, ses yeux s'attardèrent sur un poing imaginaire ; les horreurs dont il avait été le témoin se rejouaient dans son esprit, il entendait encore les cris désespérés des blessés, il sentait cette odeur macabre à chaque coin de rue, à chaque coin de forêt. Il retint le haut de cœur qui le prit aux tripes et acquiesça faiblement ; la guerre était terminée, tout allait bien. Une main se posa sur son épaule et il posa son regard brun dans les iris ébène de son camarade ; ils avaient partagé plusieurs mois ensemble, dans les décombres, dans tout ce sang. Saï lui adressa un petit sourire, au ton rassurant et s'en alla près de son épouse.
Le bruit d'une porte qui se ferme lui arracha un léger sursaut et il se heurta à une image qui ne le quitterait sûrement plus jamais, qui le hanterait jusqu'à son dernier souffle ; la peau hâlée, ce pourpre dans les cheveux, et ses sillons de larmes sur les joues, Karui s'avançait silencieusement. Dans son ombre, il croisa le regard embué de la petite Chôchô ; il se rappelait de la première fois qu'il avait croisé le regard de l'enfant, à peine âgé de quelques heures, il s'était senti si fier, si heureux. Il étouffa les battements douloureux de son cœur et adressa un sourire maladroit à la jeune femme.
- « il faut que je te demande quelque chose » souffla-t-elle, dans un murmure douloureux
- « attends, Karui-.. » lâcha la rose
- « non, j'ai besoin de savoir » s'exclama-t-elle, les yeux embués
Debout, au milieu de cette chambre d'hôpital, elle ignora les murmures de la rose, les sanglots camouflés de sa fille et le regard triste de la meilleure amie de son époux ; deux semaines, sans aucune nouvelle, deux semaines à attendre patiemment que le brun se tire de son sommeil, deux semaines peinant à trouver le sommeil, peinant à vivre correctement. Deux semaines, le cœur lourd.
D'un geste lent, elle tira la chaîne qui pendouillait autour de son cou ; cette chaîne qui retenait simplement l'alliance de son époux. Lorsqu'elle avait appris que le Nara avait été retrouvé aux portes du village caché du Sable, elle avait couru, le plus vite possible, dans l'espoir de croiser le regard doux de son époux ; mais le brun était revenu seul, cette alliance dans la poche. Elle avait passé tellement d'heures à scruter chaque recoin de la bague, à relire ces mots qu'ils avaient fait gravés, ensemble.
- « les médecins.. » commença-t-elle, à bout de souffle « ils ont trouvé l'alliance de.. de Chôji dans ta poche »
Ses mots résonnaient dans la pièce, se mêlaient au bruit des respirations ; une telle souffrance émanait d'elle, qu'elle aurait pu faire fondre en larmes le pire des hommes.
- « où est-il ? où est mon époux ? »
Sûrement qu'elle se doutait de la réponse qu'il lui donnerait, mais elle avait besoin d'entendre ses mots, de l'entendre de sa bouche à lui ; lui, cet homme qui avait partagé tant de moments avec son époux. Qui aurait crû qu'elle, ce bout de femme au caractère un peu explosif, tomberait amoureuse de lui, cet homme si doux et aimant ?
Il y avait cette fêlure si profonde au fond des iris dorées de Karui que ça le tuait ; dans un élan douloureux, étouffant un gémissement entre ses lèvres, il repoussa le drap et descendit du lit. Son corps le brûlait, il lui semblait ressentir chaque membre avec une telle douleur que s'en était insupportable. N'importe qui aurait crû qu'il s'avancerait jusqu'à elle, qu'il la prendrait dans les bras et qu'il lui dirait ses mots ; qu'il lui dirait la vérité. Un hoquet de surprise s'échappa des lèvres de la jeune Yamanaka lorsqu'elle se heurta à la vision de son meilleur ami, couvert de bandage, à genoux, le front collé au sol de la chambre. Il étouffa tant bien que mal un sanglot entre ses lèvres ; les larmes coulaient à flots sur ses joues, encore et encore, si bien qu'il espérait d'une certaine manière qu'il se noierait dans ce flot d'émotion. Le corps tremblant, il resta dans cette position, un instant.
- « je suis tellement désolé » souffla-t-il, dans un murmure agonisant « je suis désolé »
Elle, qui avait tenté d'être forte jusqu'au bout, se tut face à ce spectacle ; les larmes roulaient sur ses joues et elle serrait tant bien que mal l'alliance de son époux dans sa main.
- « je suis un monstre » lâcha le brun, au sol « j'aurais aimé lui sauver la vie, je te jure que si je le pouvais, je donnerais ma vie pour qu'il soit là, dans cette pièce, à ma place ; il était mon meilleur ami, il était un frère et je.. je ne le méritais pas »
Une main sur les lèvres, Ino étouffa un sanglot ; le bras de son futur époux autour de sa taille l'empêchait de s'effondrer. Elle se souvenait de tout, de la première fois qu'elle avait croisé le regard de ce petit garçon enrobé, de la première fois qu'il lui avait offert une chips, ce sourire idiot au coin des lèvres, elle se souvenait de ce béguin qu'elle avait eu pour lui, quelques années auparavant. Les larmes roulèrent silencieusement sur ses joues et elle enfouit son visage dans le cou de son amant, incapable de regarder plus longtemps ce spectacle horrible.
- « il est mort en héros, je suis un lâche »
Ses larmes s'écrasaient sur le sol ; des années en arrière, il aurait juré à n'importe qui qu'il ne montrerait plus ses larmes à une femme, qu'il ne se mettrait jamais à genoux devant le sexe opposé, pourtant à cet instant, il se sentait impuissant. Le corps couvert de sang de son meilleur ami lui revenait en pleine face, il cherchait tant bien que mal dans son esprit, un souvenir heureux qu'il avait de lui, mais rien ne venait, il n'y avait que lui et ce trou béant dans sa poitrine.
- « le corps ? » souffla-t-elle, d'une voix dure
- « je ne pouvais pas l'amener avec moi, je l'ai mis dans la rivière, pardonne-moi » bégaya-t-il
Sa voix habituellement si rauque, si forte, se brisait à certains moments et ils assistaient tous en silence à la souffrance d'un homme brisé par la guerre ; dans un geste délicat, sa mère s'accroupit près de lui, déposant une main douce dans le dos de son fils.
- « ça aurait dû être toi, je ne te le pardonnerais jamais »
Et elle tourna les talons, emportant avec elle sa fille et les derniers souvenirs de son époux. Ses mots résonnaient dans la pièce, se mêlant aux sanglots du brun, à genoux.
