07_ in the name of love [bonus]

Soudain, un frémissement s'acharna sur son échine ; long et froid. Une brise bien trop fraîche se confrontait aux arbres, caressait les feuilles vertes et se glissait dans l'herbe ; une partie d'elle eut la certitude qu'ils étaient suivis. Elle fit volte-face dans un geste lent et son regard s'accrocha un instant, un court instant, au scintillement d'un bandeau ; un contact si bref, si fugace. La seconde d'après, elle se heurtait au vide habituel entre les arbres. Son cœur rata un battement dans sa cage thoracique et elle ne dit rien, se concentrant de nouveau sur la route qu'ils avaient empruntés, deux bonnes heures en arrière ; les sanglots s'étaient tu depuis bien longtemps, ne restait que le son de leurs respirations essoufflés mêlé au bruit de leurs pas effrénés. Et sûrement que l'image de leur village en proie aux flammes et aux vagues au teint écarlate ne quittait plus leurs esprits. Ses iris émeraude se confrontèrent silencieusement à cette lueur triste qui déformait les traits si doux de son fils ; ils avaient remporté la quatrième grande guerre ninja et avaient fondé des familles, en se disant que leurs enfants ne connaîtraient jamais ce qu'était l'horreur d'une guerre, ce qu'était cette sensation de perdre un être cher, mais là, tous les rêves partaient en fumée. Cet air si grave sur le visage de sa progéniture lui faisait mal, si mal. Un soupir s'échappa de ses lèvres et lorsqu'elle releva le visage, elle fut happée par une paire de prunelles d'un beau blanc ; elle se tenait là, serrant avec force les mains de son fils et de sa fille, cette fêlure au fond des yeux et bien qu'elles n'aient jamais été réellement très proches, elle se retint de la prendre dans ses bras. Elle n'imaginait pas la souffrance qui ressortait de cette situation, oui, ils avaient quitté leur village bien-aimé, mais elle, elle avait perdu son époux ; elle avait perdu le père de ses enfants, l'unique amour de toute une vie.

Une tignasse brune se glissa dans son esprit ; des mèches brunes retenues en un catogan. Une amère odeur de tabac froid effleura ses narines et ce fut comme ci, il était là, devant elle, son éternel air impassible sur le visage. Elle se souvenait de tout, de toutes ces fois où ils s'étaient mutuellement sauvés la vie, de toutes ces fois où ils s'étaient rencontrés dans le but d'améliorer les relations entre leurs villages, de toutes ces fois où il lui avait accordé un sourire ; ce sourire qui provoquait en elle, un tas de sentiments contradictoires, des sentiments qu'elle assumait avec beaucoup de mal. Parce qu'elle n'était pas une de ces vulgaires filles qui ne pensaient qu'à trouver un amant, fonder une famille et ne plus jamais être libre, oh que non, elle était une kunoichi ; l'une des plus féroces, la sœur du Kazekage, la princesse du village caché du Sable.

D'un geste maladroit, elle glissa ses fins doigts dans ses mèches roses ; les visages des villageois reflétaient tant de tristesse, de désespoir que s'en était douloureux. Sûrement que si leur chef, son meilleur ami, était là, il aurait su comment raviver cette flamme au fond de leurs prunelles ; mais Naruto n'était plus et la simple idée qu'il ne serait jamais plus, qu'elle n'apercevrait plus jamais sa tignasse blonde bordélique, qu'elle ne croiserait plus ses iris bleutés et qu'elle ne se heurterait plus à son sourire étincelant, lui faisait bien plus mal.

Une main se posa sur son épaule et elle posa son regard émeraude dans celui bleuté de sa meilleure amie ; leurs deux époux se battaient dans les décombres du village caché de la Feuille et elles tentaient tant bien que mal de tenir le coup, de se réconforter par un regard qui hurlait « tout ira bien » ; parce que tout irait bien, n'est-ce pas? Un sourire légèrement nerveux se glissa sur les lèvres de la rose et posa de nouveau son attention sur l'horizon ; son sourire se figea à l'instant où ses iris verts rencontraient les pupilles brunes d'un homme. Il était là, planté droit comme un pic, au milieu de la route ; et ce sourire qui traînait sur ses lèvres lui glaça le sang.

Dans un élan agile, elle se posta auprès d'une tignasse blonde ; elles poussèrent les enfants en arrière et se confrontèrent au regard noir de l'inconnu.

- « bonsoir mesdames » souffla-t-il, d'une voix rauque « j'aperçois du très joli minois dans cette foule et cela me désole encore plus, qui aurait crû que je devrais tuer tant de belles femmes ? »

Son rire au ton perfide se mêla au son des gémissements emplis de désespoir des villageois ; un sourcil arqué, un sourire au coin des lèvres, il tapa dans ses mains. Une fois, deux fois, trois fois ; et un nombre incalculable d'homme se posta derrière son corps. Aucun ne portait de bandeau, aucun ne portait de tenue particulière qui prouverait son appartenance à un village quelconque ; ils n'étaient que des hommes, avides de sang. Un frisson la prit et elle frôla son éventail, du bout des doigts ; non, elle ne laisserait personne perdre la vie.

Dans un cri de rage, les hommes donnèrent l'assaut ; brandissant un tas d'armes en tout genre et bien qu'une partie d'elle lui disait qu'elle se voilait la face, qu'ils allaient se perdre dans ce combat, qu'elle ne parviendrait pas à assurer la protection de tout le monde, elle se lança à son tour, éventail en main. L'appel de son fils résonna un instant, un court instant, à ses oreilles et elle l'ignora ; personne ne perdrait la vie, quitte à ce qu'elle meurt, elle. Elle déploya son arme et s'apprêtait à fondre sur les ennemis, lorsque deux bras la tirèrent en arrière ; elle croisa le regard émeraude d'une tignasse rose et fronça les sourcils.

- « la tornade de Konoha » entendit-elle

Un éclair vert se glissa dans son champ de vision et brisa le sol en quelques morceaux ; stoppant net la course des ennemis. Sans perdre un instant, il s'élança parmi les hommes et les frappa, un par un ; sans prendre une inspiration, sans perdre une seule once de terrain, sans jamais se taire. Il frappait, encore et encore ; il refusait tout simplement de perdre quelqu'un, il refusait de perdre son fils. Dans un dernier cri rauque, il envoya son poing dans l'abdomen d'un rouquin et leva son pouce en l'air. Un grand sourire sur les lèvres, il tira une révérence et pointa l'horizon du doigt.

- « mission accomplie, mesdames » souffla-t-il « reprenez votre voyage, en vitesse ; des ennemis viennent de l'arrière »

Il traînait là, ce sourire fier sur les lèvres, cette tenue verte sur le corps, au milieu de tous ces corps ; sans un mot, la rose donna l'ordre aux villageois de reprendre leur route. Temari glissa son éventail dans son dos et attrapa la main tremblante de son fils, le tirant à sa suite ; son regard émeraude s'attarda un instant dans le regard brun du shinobi.

- « merci Lee » lâcha-t-elle
- « pas de merci entre nous, Temari ; la fougue de la jeunesse se trouve en ces enfants et il est hors de question que qui que ce soit s'en prenne à eux »

Un sourire se glissa sur ses lèvres et elle déposa une main délicate sur l'épaule du brun, exerçant une légère pression ; oui, ils n'étaient pas proches, en fait, elle n'avait jamais réellement partagé une discussion avec lui, mais là, à cet instant, elle éprouvait un tel sentiment de reconnaissance qu'elle ne savait comment lui dire merci. D'un hochement de tête, il leva son pouce en l'air.

Cet instant fut happé par un cri de rage ; un cri qui lui arracha un frisson. Elle rencontra de nouveau le regard brun de Lee et il lui intima silencieusement de rejoindre les autres, elle acquiesça faiblement et tira son fils avec elle, dans le but de reprendre les rennes ; c'était son rôle, après tout.

Des hommes fonçaient droit sur eux, armés ; leurs vêtements tachés de sang, leurs sourires sadiques sur les lèvres. Un soupir s'échappa des lèvres du brun et il croisa un court instant, le regard chocolat de son ancienne coéquipière ; un sourire naquit au coin de ses lèvres. Elle tenait fermement le bras d'un adolescent ; il avait le regard tremblant et serrait faiblement les pans de sa tenue verte. Une tenue semblable à la sienne ; sans un mot, il s'approcha et posa sa main sur la tignasse brune de son fils. Oui, il était fier de lui et il le serait éternellement, il était la plus belle chose qui lui était arrivé.

- « tu es mon fils » souffla-t-il « ne l'oublie jamais, Metal »

L'adolescent lui répondit par un simple hochement de tête et suivit sans un mot, les villageois qui s'éloignaient, toujours un peu plus.

Il prit une inspiration, une seule et s'élança en avant ; son poing s'écrasa violemment contre la joue d'un ennemi et il s'empressa d'enchaîner avec un coup de pied. Il ne maîtrisait ni le genjutsu ni le ninjutsu, mais rien ne l'empêcherait de se battre ; encore et encore, jusqu'à son dernier souffle. Kunaï dans la main, il frappa un blond qui tentait de prendre le dessus et se rabattit sur un rouquin, au sourire un peu trop illuminé ; il les protégerait, tous.

Ils avançaient tant bien que mal, courant à une allure régulière ; esquivant les arbres qui se glissaient sur leur chemin. Une nouvelle salve de hurlements retentit, se mêlant au son désagréable de rire mesquin ; elle lutta contre elle-même pour ne pas faire volte-face, parce qu'une petite voix lui hurlait que ce qu'elle verrait ne lui plairait pas, mais lorsqu'un cri se glissa dans les airs, tout près d'elle, son cœur rata un battement. Le cri plein de désespoir se heurta aux arbres et elle fit volte-face ; ses iris émeraude se retrouvèrent happés par une scène qu'elle aurait préféré ne jamais effleurer du regard.

Il était là, à genoux dans l'herbe ; ce sourire sur les lèvres. Les larmes roulaient sur ses joues rugueuses, mais l'amour qui inondait son regard, l'achevait. Derrière lui, un brun au grand sourire se tenait debout, un katana dans la main ; la lame frôlait la nuque du brun. Dans un geste protecteur, elle posa sa main sur les yeux de son fils, le privant de cette vue effroyable ; il était là et quelque chose dans son regard lui hurlait qu'il n'était pas effrayé à l'idée de perdre la vie, et ça, ça lui retournerait l'estomac. Une tignasse rose se glissa près d'elle, la tirant de ce spectacle épouvantable.

- « nous devons prendre de l'avance » souffla Sakura, dans un murmure douloureux « si nous retournons en arrière, nous risquons de perdre tout le monde »
- « je-.. » commença-t-elle
- « son fils est dans nos rangs, nous devons prendre soin de ces gens »

De ses prunelles émeraude émanait une telle souffrance que Temari ne dit rien ; bien sûr, elle aurait aimé venir en aide à cet homme qui venait tout juste de sauver leurs vies, mais d'un autre côté, elle savait très bien qu'aucune d'entre elles n'était réellement de taille, face à ses hommes. Si elle se risquait à lui venir en aide, maintenant, tout de suite, elle risquait de perdre son propre fils dans la bataille ; un grognement s'échappa de ses lèvres et elle acquiesça vivement, intimant aux autres de prendre la fuite. Sans un mot, la rose attrapa le bras d'une kunoichi aux cheveux d'un beau châtain et la tira avec elle ; mais elle ne bougeait pas. Ses iris chocolat ne parvenaient pas à se détacher de ce qu'il se passait, les battements de son coeur dans sa cage thoracique lui faisait mal ; bien trop mal.

- « dépêche-toi, Tenten » s'exclama la rose, en tirant sur son bras

Mais rien n'y faisait, elle ne bougeait pas ; sûrement qu'une partie d'elle refusait simplement l'abandon de son camarade. Un petit grognement s'échappa des lèvres de la rose et elle implora du regard la sœur du Kazekage ; sans un mot, elle confia son fils à Ino et s'empressa de la rejoindre. Sa main se posa sur l'épaule de la jeune femme et elle s'accroupit, près d'elle.

- « je t'en supplie, Tenten » souffla la blonde « nous-.. »
- « ne regarde pas, Tenten » la coupa une voix masculine

Une voix rauque mais tremblante ; ce ton brisé qui vibrait ces cordes vocales aurait brisé le cœur de n'importe qui. Ses larmes coulaient et le son de ses sanglots se mêlait aux rires de l'ennemi ; ses iris bruns fixaient les trois jeunes femmes.

- « je t'en supplie, détourne-toi » s'exclama-t-il « bordel, détourne-toi »

Dans un geste agile, le brun au katana leva son arme, en l'air ; cet éternel sourire au coin des lèvres.

- « je t'aimerais touj-.. »

Et il l'abattit. Sans une once de regret dans les prunelles, sans une once d'hésitation dans ses gestes ; il abattit la lame, coupant net la tête du brun. Et lorsqu'elle roula à ses pieds, un rire horrible s'échappa de ses lèvres. Il essuya lentement le sang sur la lame.

La voix du brun résonnait au creux de ses oreilles, elle se souvenait de son sourire idiot, de tous ces commentaires idiots sur la fougue de la jeunesse, de ces rêves ; les mains tremblantes, elle se souvenait de la première fois qu'elle avait vu ce petit bout d'homme, à la coupe au bol, lui sourire, de la première fois qu'ils avaient échangés un repas, de la première mission qu'ils avaient accomplis. Lorsqu'ils avaient perdu leur coéquipier pendant la quatrième grande guerre, il avait été là ; il avait repoussé sa propre tristesse pour prendre soin d'elle, pour la rendre heureuse. Un sanglot s'échappa de ses lèvres et elle repoussa les deux jeunes femmes, près d'elle ; tirant un parchemin de sa poche.

- « ne m'attendez pas » souffla-t-elle
- « attends, qu'est-ce qu-.. »
- « partez, bon sang » s'exclama-t-elle

Les yeux embués, elle leur adressa un dernier sourire ; un sourire qui soufflait un « merci » au gré du vent. Elle les remerciait pour tous ces instants qu'elles avaient partagés, pour tous ces rires, tous ces sourires ; oui, elle les remerciait parce qu'il était hors de question qu'elle abandonne le corps de son ancien coéquipier ici, aux mains de ses hommes. L'image de son sourire ne quittait pas son esprit et sans un mot, elle s'élança.

Temari tenta maladroitement de rattraper la jeune femme, mais la poigne forte de la rose l'en empêcha ; sans un mot, elle la tira derrière elle, rejoindre les villageois et leurs enfants. Le cœur lourd, elles s'éloignèrent ; ce sentiment d'impuissance dans les tripes.

Pendant un court instant, avant qu'elle ne déroule son parchemin, avant qu'elle ne se heurte aux armes de ces hommes, son regard chocolat se perdit dans l'immensité du ciel ; les sourires de Neji et Lee se glissèrent dans son esprit. Alors son existence se résumerait à ça? Elle n'avait rien accompli d'extraordinaire, elle n'était pas une de ces kunoichis que l'on craignait ; qui était-elle ? La voix de son coéquipier à la coupe au bol se glissa au creux de ses oreilles et un sourire naquit au coin de ses lèvres ; bien que les larmes roulaient sur ses joues. Oui, elle était cette fille de l'équipe Gaï ; cette fille qui avait partagé son existence avec deux grands shinobis. Des regrets, elle en avait un tas ; elle regrettait de ne pas avoir dit à Neji qu'il était son premier amour, qu'elle l'aimait passionnément, elle regrettait de ne pas avoir dit à son maître qu'elle le considérait bien plus comme un père qu'un maître, en fin de compte et elle regrettait de ne pas avoir dit à Lee qu'il avait été sa bouffée d'air frais. Qu'il lui avait donné envie de vivre. Qu'il lui avait offert de précieux moments, qu'elle n'oublierait jamais. Elle regrettait de ne pas lui avoir dit qu'elle l'aimait, elle aussi. Sûrement qu'elle aurait dû.