08_ bloody water [bonus]

Et là, le bruit assourdissant d'une explosion. Les murs du bâtiment tremblèrent légèrement et il jeta un regard en biais au grand brun, installé sur un bureau, près de lui ; leurs iris s'entrechoquèrent un instant, un court instant, durant lequel ils se demandèrent s'ils ne venaient pas d'avoir une hallucination. Le brun repoussa d'un geste lent l'amas de feuilles qu'il tenait dans les mains et se releva, le crissement désagréable de sa chaise flotta dans l'air ; une seconde explosion arracha un tremblement aux murs et il se retint maladroitement de perdre l'équilibre.

Il était là ; ses iris bleutés ne parvenaient pas à fixer autre chose que les prunelles tremblantes d'inquiétude de l'homme qui était son conseiller, l'un de ses amis les plus proches. Ses doigts se glissèrent dans ses mèches blondes, dans un geste maladroit et il fit volte-face ; son regard cherchant la cause de ces sons. Il se heurta à l'immensité du ciel bleu, aux nuages qui flottaient, au soleil qui éclairait silencieusement le village caché de la Feuille ; ce village qu'il connaissait depuis sa plus tendre enfance, il était né ici et sûrement qu'il mourrait ici, dans son lit douillet, âgé d'une centaine d'années. Oui, ça semblait être un bon plan. Et alors qu'il s'apprêtait à décocher un sourire rassurant à son camarade, un éclair déchira le ciel en deux ; le bleu céda au rouge écarlate et quelque chose fit pression dans ses tripes, une sensation désagréable. Un truc qui lui disait de fuir, le plus loin possible.

- « c'est quoi ce bordel ? » souffla le brun, dans un murmure
- « quelque chose cloche, Shikam-.. » commença-t-il

La vitre vola en éclats ; là, sur ces deux hommes. Ils encaissèrent tant bien que mal la rafale de verre et dans un bond agile, le blond se hissa sur le bord de la fenêtre ; ses iris bleutés se confrontèrent dans un silence macabre à l'horreur qui hantait ces rues, les rues de son village. Des corps traînaient dans les rues inondés d'une teinte pourpre, des décombres barraient les routes et des cris lui glaçaient le sang ; il échangea un rapide regard avec le Nara et sans un mot, ils s'élancèrent.

Une amère odeur de chair brûlé flottait dans l'air et il étouffa tant bien que mal un haut de cœur ; mais lorsqu'il tomba nez à nez avec le corps d'un enfant d'une dizaine d'années, sur le sol, il se plia en deux, recrachant les nouilles qu'il avait avalé deux heures plus tôt. Une main délicate se posa dans son dos et il se heurta aux prunelles brunes de son camarade ; oui, deux heures plus tôt, ils se disputaient au sujet d'un dossier débile et là, là ils assistaient à un massacre.

Un bruit de pas effrénés résonna un instant et un homme se glissa au détour d'une ruelle ; il s'avançait vers eux, une expression tremblante sur le visage. La lame du katana qui traînait constamment dans son dos, depuis son adolescence, était rouillée par du sang ; du sang frais, dont les gouttes tombaient lentement, une à une, sur le sol et le blond ne parvint pas à détacher son regard de cette image. Le brun rangea l'arme dans son fourreau et tendit une main à son meilleur ami.

- « relève-toi, Naruto » siffla-t-il « ce n'est pas le moment de perdre ton temps »

La voix du brun résonna sèchement aux oreilles du chef du village, mais il ne dit rien, il se contenta d'attraper sa main, sautant sur ses deux pieds ; ses iris bleutés vibraient faiblement, au son des explosions qui ne cessaient pas. Que se passait-il, au final ?

- « tu sais ce qui se passe, Sasuke ? » demanda Shikamaru, un air grave sur le visage
- « c'est la guerre » souffla le brun « un ennemi vient de lancer l'assaut sur le village »
- « c-comment ? » lâcha le blond, les mains tremblantes « m-mais, la paix ? »

Il semblait sur le point de perdre le contrôle ; un tremblement maladroit prenait d'assaut son corps et il prit une inspiration. Les souvenirs de la quatrième grande guerre se glissèrent dans son esprit et il se heurta à la vision du corps écarlate de Neji ; ce camarade qu'il avait perdu, au combat. Que se passait-il ? Ils avaient gagné la guerre, des années en arrière ; ils avaient gagné pour qu'un jour, leurs enfants n'aient pas à comprendre ce que c'était de vivre dans la peur de mourir, dans la peur constante de perdre quelqu'un. Les mains du jeune Uchiha se posèrent brutalement sur ses épaules et il se heurta à cette petite fêlure au fond de ses iris ; oui, ils avaient tous perdu quelque chose, dans cette fichue guerre.

- « écoute, ce n'est pas le moment de fondre en larmes ou de paraître lâche ; tu es Naruto Uzumaki, le héros de la quatrième grande guerre, mon rival et le chef de ce village » lâcha-t-il, maladroitement « tes hommes se battent, mais ils ont besoin de toi ; penses à Hinata, Boruto et Himawari, penses à ta famille, à la mienne, à celle de Shikamaru, nous avons besoin de toi, j'ai besoin de toi, Naruto »

Les mots résonnèrent un court instant dans l'air ; ses iris bleutés fixaient silencieusement ce grand brun, face à lui. Il se souvenait de toutes ces fois où ils avaient échangés des coups, de toutes ces fois où ils avaient été rejetés par ce village ; il se souvenait des sourires échangés sur les tabourets du restaurant Ichiraku, des bagarres maladroits sur le terrain d'entraînement, de l'hôpital où son épouse avait donné naissance à leurs deux enfants. Il acquiesça vivement et essuya ses mains teintées de pourpre sur sa veste orange ; oui, cette fois-ci, personne ne perdrait la vie. Oui, cette fois-ci, il les sauverait tous. Cette fois-ci, il serait à la hauteur.

Sasuke esquissa un faible sourire, en reconnaissant cette flamme dans les prunelles de son meilleur ami et fit volte-face, il s'élança dans les rues, les deux hommes sur ses talons ; et dire, qu'à l'heure actuelle, il aurait dû être à des lieux d'ici, loin de sa famille, loin de son meilleur ami, que se serait-il passer si il n'était pas revenu à temps ? Un soupir s'échappa de ses lèvres et il doubla la cadence, alors que le sourire d'une tignasse rose se glissait dans son esprit.

Une vingtaine de shinobis se tenaient sur la première ligne, ils tentaient de repousser les assauts, tant bien que mal ; et cette image lui mit du baume au cœur. À une époque, il était le monstre de ce village, là, tout de suite, il en était le chef ; dans un bond agile, il se posta près de ses hommes et leva son pouce en l'air, détachant sa tunique blanche. Elle s'écrasa sur le sol dans un bruit étouffé.

- « je suis là, maintenant » souffla-t-il « merci d'avoir tenu bon »

D'un geste fluide, il lia ses mains et aussitôt, une aura écarlate se glissa sur son corps ; le légendaire démon à neuf queues. Une flamme au fond des yeux, il s'élança en avant sur les ennemis ; il esquiva rapidement un kunaï qui fonçait sur sa nuque et se jeta sur un homme, enfonçant son poing dans son estomac avec force. Un sabre se planta dans le bras d'un rouquin qui pensait pouvoir atteindre Naruto sans aucun mal ; le blond adressa un grand sourire au jeune Uchiha, un sourire qui voulait dire « merci idiot », ils veillaient constamment l'un sur l'autre, depuis des années.

Tous ensemble, ils tentaient de faire fuir l'ennemi, mais plus les hommes tombaient dans une flaque écarlate, plus les ennemis se multipliaient ; un grognement s'échappa des lèvres d'un grand brun et joignit ses deux mains, ses iris brunes fixant silencieusement ce massacre.

- « kagemane no jutsu, manipulation des ombres » s'exclama le brun, les deux mains liés

Son ombre virevolta un instant au gré du vent, se mêlant au pourpre sur le sol, glissant entre les cadavres et plusieurs hommes se retrouvèrent soudainement immobilisés ; un lion d'encre apparut et les décima un par un. Il essuya d'un revers de manche son front crasseux et échangea un hochement de tête avec Saï ; qui aurait crû que ces petites bestioles d'encre seraient si dévastatrices ? Sans attendre une seconde de plus, il se lança de nouveau parmi les hommes, esquivant douloureusement un sabre qui lui déchira la poitrine ; une grimace au coin des lèvres, il attrapa à la dernière minute une enfant qui se cachait dans les décombres d'une maison et la confia aux villageois qui prenaient la fuite, hors du village.

Il se souvenait parfaitement de la quatrième grande guerre, là où il avait perdu son père, l'un de ses camarades, là où ils avaient tous perdus quelque chose ; il se souvenait très bien qu'à la naissance de son fils, il avait eu cette pensée rassurante qui hurlait que son fils ne connaîtrait pas ce massacre. Un énième grognement s'échappa de ses lèvres et il lança son ombre à la poursuite d'un homme au regard malsain.

- « papa » entendirent-ils

La voix de l'adolescent lui glaça le sang ; une moue de panique sur le visage, le blond fit volte-face en esquivant tant bien que mal un ennemi. Ses prunelles bleutées cherchaient désespérément la tignasse blonde de son fils ; parce qu'il aurait reconnu cette voix, entre mille. Il croisa le regard nacré de son épouse et pendant un instant, un court instant, il le soutint ; cherchant maladroitement dans ses yeux, cet amour dont elle l'avait bercé pendant toutes ces années. Oui, il en avait mis du temps à se rendre compte qu'elle était la bonne, mais là, tout de suite, elle était bien la plus chose qui lui était arrivé ; il était fou d'elle.
Son poing claqua brutalement contre le visage d'un brun et il fit un bond agile, jusqu'aux pieds de son épouse ; il tentait de prendre un air sérieux, presque sévère mais les taches de sang sur le tee-shirt de son fils firent voler en éclats cette idée. Il posa ses deux mains sur les épaules de l'adolescent.

- « bon dieu, tu vas bien ? » s'exclama-t-il, terriblement inquiet
- « oui, Shino-senseï m'a protégé » avoua l'enfant

Et Naruto nota dans un coin de sa tête qu'il devrait offrir plus qu'un simple remerciement au professeur de son fils. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres et il acquiesça ; derrière lui, le bruit des armes s'entrechoquant, le son des respirations saccadées, résonnaient. Un frisson le prit et il se releva, d'un coup, repoussant son fils d'une poigne forte.

- « emmène les enfants, loin d'ici, Hinata » lâcha-t-il, d'une voix grave « cachez-vous, je viendrais vous trouver quand tout sera fini »
- « Naruto, tu sais que je peux me batt-.. » commença-t-elle
- « non, Hinata ; les enfants sont bien plus importants que n'importe quelle bataille »
- « tu es plus important que n'importe quelle bataille » souffla-t-elle, dans un murmure

Ses iris bleutés se confrontèrent un instant au regard nacré de son épouse ; oui, elle était bien plus importante que n'importe quelle bataille. Un léger soupir s'échappa de ses lèvres et il lui lança un grand sourire, attrapant les pans de sa veste orange ; quel idiot, il faisait.

- « ne me sous-estime pas, je suis le hokage orange de konoha ; je reviendrais » déclara-t-il, fier de lui

Ce sourire, qui traînait sur ses lèvres, mit un peu de baume au cœur de la brune et elle se hissa une seconde sur la pointe des pieds ; écrasant ses lèvres sur les siennes, sans une once de cette timidité qui faisait tout son charme pendant son adolescence. Les mains du chef du village caressèrent délicatement les joues de la jeune femme et il esquissa un sourire, lui intimant silencieusement de prendre la fuite avec les enfants, loin de ce massacre ; parce qu'il reviendrait toujours. Ils étaient liés jusqu'à la fin des temps. D'une poigne forte, elle attrapa les mains de leurs deux enfants et les tira derrière elle, ignorant les objections de son fils.

Il observa un instant les dos qui s'éloignait de lui ; parce qu'il avait besoin de cette image, il avait besoin de savoir que quoi qu'il se passe, Naruto Uzumaki continuerait de vivre à travers les mèches blondes de son fils, à travers les sourires de sa fille, à travers les yeux de son épouse. Un sourire glissa au coin de ses lèvres et il fit volte-face ; oui, il était le hokage orange de konoha, rien ne l'arrêterait.

Son dos se heurta brutalement au dos du jeune Uchiha et ils combinèrent leurs attaques, aucun mot n'était nécessaire entre ces deux-là ; c'était comme le bon vieux temps, lorsqu'ils partageaient des missions, lorsqu'ils sauvaient la vie de Sakura, lorsqu'ils se battaient constamment. Le sabre du brun glissa nettement sur la poitrine d'un ennemi et le pied du blond s'écrasa entre ses cuisses ; de moins en moins d'hommes tenaient le coup. Puis les minutes passaient, plus le blond avait l'impression qu'ils abandonnaient ; pourtant, ils étaient toujours là.

- « merde » siffla son meilleur ami

Il se tenait l'épaule, une légère grimace sur les lèvres ; un filet de sang s'échappait d'une plaie et le blond assomma un shinobi, s'approchant du brun. Ses iris bleutés se confrontèrent à la blessure et il acquiesça ; ce n'était pas profond, tout irait bien.
Un grand brun atterrit sur sa droite et ils échangèrent un regard.

- « ta blessure est grave, Sasuke ? » demanda le chef Nara
- « non » souffla-t-il
- « alors continues de te battre »

En temps normal, sûrement, que l'Uchiha n'aurait pas accepté une remarque de ce genre de la part du Nara, mais il se contenta d'un acquiescement et ramassa son sabre sur le sol ; ignorant l'inquiétude dans les iris bleutés du blond.

- « ne me regardes pas comme ça, je n'ai pas l'intention de mourir ici » lâcha le brun, un fin sourire au coin des lèvres « tu ne te débarrasseras pas de moi, si facilement »
- « tu es vraiment un idiot ; contente-toi de ne pas mourir, okay ? Sakura t'attends »
- « et toi, Hyuuga t'attends ; ne la déçois pas »
- « cesse de l'appeler par un nom de famille qu'elle ne porte plus »
- « si tu gagnes cette guerre, je te promets de faire cet effort »

Un sourire glissa sur les lèvres du blond et il acquiesça ; des taquineries, encore et encore. Ils ne cesseraient donc jamais, d'un côté, ça lui plaisait. Le brun tendit son sabre devant lui et activa son sharingan, sans perdre une seconde ; il refusait de perdre qui que ce soit, lui aussi. Il n'était peut-être pas si attaché à ce fichu village, mais le blondinet avait su devenir une famille pour lui, et sans ce garçon, jamais il n'aurait eu la force de reconstruire son clan.

Le jeune Uzumaki s'empressa de faire apparaître plusieurs clones et arrêta la course d'une dizaine d'hommes, qui se ruaient vers eux, armés ; il les repoussa tant bien que mal, mais la lame d'un kunaï glissa contre son abdomen. Les sourcils froncés, il ignora la douleur qui lui sciait les tripes et balança son poing au visage d'un homme ; ses iris bleutés cherchèrent un quelconque réconfort auprès de l'un de ces camarades, mais chacun de ces hommes se battait férocement contre un ennemi plus fort. L'une de ses mains s'écrasa brutalement contre sa plaie et il prit une inspiration, observant silencieusement ses hommes armés qui ne cessaient de foncer droit sur eux ; et il s'apprêtait à faire apparaître d'autres clones lorsqu'une paire d'yeux bleutés l'arrêta.

Son regard se posa sur le visage rondelet de l'adolescent et il fronça les sourcils, ne comprenant pas la raison de sa présence ; n'étaient-ils pas censés fuir ? Un grognement s'échappa de ses lèvres et il emprunta silencieusement un peu de chakra à Kurama.

- « attention, papa » entendit-il

Une demi-seconde ; une minuscule demi-seconde.
Quelques gouttes de sang s'échappèrent de ses lèvres et le regard tremblant, il déposa ses iris bleutés dans les prunelles nacrés de son épouse. Elle se tenait là, derrière leur fils et cette expression sur son visage, oui, il y avait cette expression sur son visage qui lui fit mal ; parce qu'il s'était promis de ne jamais faire couler ses larmes. Un hoquet s'extirpa de ses lippes et l'homme derrière lui retira brutalement la main qu'il avait enfoncé dans son dos, arrachant le cœur du hokage orange de Konoha. Son corps retomba sur le sol dans un bruit étouffé ; sa poitrine ne se soulevait plus, la terre se teintait de ce teint écarlate qui ne lui allait pas et la flamme ne brûlait plus dans ses prunelles bleutés.
Il ne reviendrait pas.