13_ can't fight this feeling
Des nuits empreintes de cauchemars, de tristesse, de désespoir ; une main sur le côté gauche de sa cage thoracique, il tentait tant bien que mal de reprendre son souffle. Quelques gouttes de sueurs coulaient le long de son torse, de son front et cet air paniqué ne quittait pas son visage ; ce cri silencieux demeurait au coin de ses lèvres. Dans une dernière inspiration, il prit un peu d'air et se plia en deux, en sentant une quinte de toux le prendre. Chaque inspiration qu'il prenait, semblait l'achever plus qu'autre chose et parfois, il s'allongeait sur son lit, se taisait et arrêtait de respirer ; il tentait de défier la mort, peut-être. Quel gamin. Il se trouvait si pathétique. Ses regards laissaient une traîne de souffrance là où ils passaient.
Son regard d'un beau brun se heurta une demi-seconde à cet air apaisé sur le visage de la femme qui partageait ses draps ; il était tombé amoureux de ce bout de femme, des années en arrière et là, bien qu'une alliance en argent traînait sur l'annulaire de sa main gauche, il ne parvenait pas à la rendre heureuse. Une grimace se glissa sur ses lèvres et il détourna le regard ; il était incapable de poser son regard sur elle, plus de deux minutes. Fût un temps, peut-être qu'il était digne d'elle, mais à cet instant, elle méritait mieux, vraiment mieux. Parfois, il se demandait si la solution ne serait pas de prendre la fuite, loin d'elle ; de parcourir les chemins inconnus d'un tas de pays différents, de faire croire à sa mort.
Le brun repoussa le drap blanc qui couvrait le bas de son corps et posa ses deux pieds sur le sol froid ; l'absence de lumière ne le dérangea pas, il haïssait le fait de croiser son propre regard à travers les vitres et les miroirs. Il passa une main, maladroite, presque tremblante, sur son visage et ses iris bruns s'accrochèrent au réveil, posé en évidence sur sa table de chevet ; 6:02. Fût un moment où les bras de Morphée étaient son occupation favorite, maintenant, ça le tuait à petit feu. Il s'extirpa de la pièce, sans un bruit et s'engouffra dans la salle de bain, grimaçant lorsque la lumière le frappa ; l'eau chaude sur son corps lui arracha un léger soupir de satisfaction, beaucoup trop tendu ces derniers temps, il en oubliait totalement l'époque où il se sentait si bien. Il entreprit silencieusement de frotter chaque partie de son corps, avec une rage déconcertante, laissant quelques traînes rouges vives sur sa peau et s'extirpa de la baignoire, attrapant une serviette.
Une brise légère flottait dans le village caché du Sable ; ses prunelles brunes effleurèrent un instant ce paysage qu'il connaissait bien, mais auquel il ne parvenait pas réellement à trouver d'attache. Cet endroit était si différent de là où il était né, là où il avait grandi et puis, il manquait quelque chose de puissant ; quelque chose comme le sourire d'un certain Uzumaki. Une pointe de souffrance se réveilla dans sa cage thoracique et il glissa un tube de nicotine entre ses lèvres, l'allumant d'un geste expert ; qui aurait crû que cet idiot manquerait à tant de gens ? Lui, celui que tous les villageois fuyaient, celui que l'on repoussait, celui qu'on regardait mal ? Tous les parents ordonnaient à leurs enfants de ne pas traîner, près de lui, pourtant Shikaku n'avait jamais donner cet ordre à son fils ; et Shikamaru s'était retrouvé au côté du blondinet, marchant à ses côtés. Ils avaient vécu tellement de choses ensemble, il se souvenait parfaitement de la soirée qui avait suivit sa promotion en tant qu'Hokage, il se souvenait parfaitement de la fois où Naruto avait hurlé dans les rues qu'il allait être père, de la fois où il était venu le voir, tremblant, déclarant qu'il était effrayé à l'idée d'être un mauvais père. Tant de souvenirs, qui lui faisait mal, maintenant. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il tira une taffe, s'avançant dans les rues, sans prendre la peine de s'attarder sur les façades qui s'éveillaient doucement, sur les gens qui lui jetaient parfois un regard, sur un entourage qu'il aurait préféré invisible.
Ses pas le traînèrent sur le toit d'un immeuble ; un endroit qu'il appréciait, peut-être parce que le vent qui fouettait contre son visage meurtri, avait un petit quelque chose d'apaisant, ou peut-être parce que le vide sous ses pieds était une tentation constante. S'il sautait, s'il se lançait, peut-être qu'il retrouvait son village, qu'il retrouvait son père et son sourire maladroit, le jeune Uzumaki et sa maladresse attachante, qu'il retrouvait toutes ces personnes qui lui manquait ; peut-être qu'il la retrouverait elle.
Elle le hantait, constamment ; dans ses songes, dans ses cauchemars, dans sa réalité. Elle était là, au bout d'une rue, dans les sourires maladroits de Shikae, dans les prunelles bleutés de Mitsuha, dans les bruits de pas d'un inconnu, dans les rires de sa meilleure amie ; dans une foule de villageois, aux éclats de rire. Un pincement au cœur le prit et il se heurta à la dureté de la rambarde, ses prunelles d'un beau brun se perdirent un court instant dans l'immensité du vide, sous ses pieds ; s'en était étrange, parce que dans sa jeunesse, il n'aimait pas ça, mais là, ça lui semblait être la chose la plus belle qu'il n'ai jamais vu. Son cerveau n'eut aucun mal à calculer la distance entre sa position et le sol, s'il tombait, il se fracasserait le crâne ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il jeta son mégot dans le vide, se détournant de la tentation.
Lorsqu'il passa le pas de la porte de sa demeure, la première chose qui le frappa fut la tignasse blonde qui courait dans tous les sens, ce sourire sur les lèvres ; ce sourire qu'il connaissait bien. L'adolescent s'arrêta net, en le remarquant et le salua poliment ; sans un mot, il déposa sa main sur le haut du crâne du garçon et ébouriffa ses mèches blondes. Il s'enfonça dans la cuisine, où quelques éclats de voix lui parvenaient ; suivit d'un rire, son rire. Ses prunelles d'un beau brun effleurèrent un court instant les iris émeraude de son épouse et il lui adressa un petit sourire, maladroit ; sourire, ça n'avait jamais été son truc. Elle était là, adossée au comptoir, une tasse fumante dans les mains ; elle riait avec deux femmes, une tignasse rose et une tignasse brune.
- « oh, bonjour » souffla-t-il, dans un élan maladroit
- « tu veux un café ? » demanda la blonde
Il acquiesça, simplement ; et fit un pas vers les demoiselles, mais un poids se heurta à sa jambe. Son regard brun se confronta à une tignasse brune, qui s'accrochait à lui ; un sourire sur les lèvres, il s'accroupit face à l'enfant et déposa un baiser chaste sur son front. Mitsuha semblait heureuse, à cet instant, elle avait ce sourire sur les lèvres, qui le faisait littéralement fondre ; il écrasa sa main dans ses mèches brunes, les ébouriffant au passage et s'apprêtait à se remettre debout, lorsqu'un second poids se heurta dans son dos. Les sourcils froncés, il esquissa un sourire en reconnaissait le sourire de la petite fille.
- « Himawari » la réprimanda sa mère « descends de là »
- « mais tonton Shika' m'a manqué, moi » souffla la concernée, une moue boudeuse sur les lèvres
- « oui mais tu as pris du poids depuis l'époque où tu sautais sur son dos, tu sais »
- « même pas vrai, déjà » répliqua l'enfant
Malgré ça, elle descendit sagement du dos de l'adulte et claqua un baiser bruyant sur sa joue rugueuse ; ses iris bleutés se confrontèrent un court instant aux prunelles brunes du garçon, elle tenait ce bleu dans ses yeux de son père. Un petit cri victorieux résonna dans la pièce d'à côté et les deux petites filles se jetèrent dans le corridor, disparaissant au détour d'une pièce hasardeuse ; sous le regard étonné du brun, il aurait crû que le retour à la normale serait vraiment dure pour la petite brune, mais il aimait ce sourire qui traînait constamment sur ses lèvres. Dans un élan agile, il se remit sur ses deux pieds et épousseta les plis de son pantalon, un petit sourire au coin des lèvres ; il attrapa maladroitement la tasse que son épouse lui tendait et s'installa sagement sur le tabouret que la rose ne cessait de tapoter, lui intimant silencieusement de se joindre à elles. Les prunelles émeraude de la jeune femme se posèrent sur son visage et elle lui adressa un grand sourire.
- « ça cicatrice, enfin, correctement » s'exclama-t-elle « c'est génial, tu as mal ? »
- « non, pas vraiment, ça va » souffla-t-il, en buvant une gorgée de son café
- « et au niveau de tes nuits ? »
Inconsciemment, il se raidit légèrement ; sa tasse se heurta maladroitement au bois de la table et il tenta de lui lancer un sourire, quelque peu maladroit, mais voulu rassurant. Elle n'était pas dupe, elle était médecin, elle avait été l'apprentie d'un des trois Ninjas Légendaires ; elle le savait, que les nuits des survivants étaient lentes et douloureuses. Une tignasse brune se hissa dans la pièce, les mains dans les poches, les yeux légèrement plissés ; il salua les trois femmes et ignora simplement la présence de son père, sur le tabouret.
Les mains sur les hanches, Temari jeta un regard sévère à son fils.
- « maintenant, Shikadai » grogna-t-elle, sévèrement
- « non » souffla-t-il, têtu
- « fais-le ou je me fâche »
Un léger soupir s'échappa des lèvres du grand brun, qui porta une nouvelle fois sa tasse de café à ses lèvres ; la relation père-fils qu'il avait eu, à une époque avec son fils, avait totalement disparu. Et d'une certaine façon, ça l'arrangeait, parce que le jour où il devrait disparaître, au moins la souffrance serait moins présente, non ?
- « je m'en fiche, ok ? » lâcha l'adolescent, les sourcils froncés « si tu es assez conne pour accept-.. aïe, qu'est-ce que tu fiches, toi ? pour qui tu te prends ? »
Les prunelles brunes de son paternel se posèrent sur lui et il retint un frisson ; cet éclat de colère dans le fond de ses iris, lui fit peur, soudainement. Si la seconde d'avant, Shikamaru se tenait sur son tabouret, sa tasse de café dans les mains, à cet instant, il tenait brutalement son fils par l'oreille, le regard vibrant de colère.
- « tu viens avec moi, toi » grogna l'adulte
Et sans un regard en arrière pour les femmes, qui observaient la scène, surprise de la réaction du grand brun, il fit volte-face et bouscula brutalement l'adolescent dans le jardin. Le bruit de la porte coulissante qui claque, derrière eux, arracha un léger sursaut au garçon et il posa son regard émeraude sur son paternel, les poings serrés ; il était tellement en colère, contre lui, contre cet homme qui avait prit la fuite, qui avait disparu pendant tant de mois, qui avait provoqué maintes et maintes crises de larmes, chez sa mère.
- « tu te prends pour qui ? » lâcha-t-il, la voix légèrement tremblante
- « pour ton père »
- « vraiment ? parce que, là, je vois juste un lâche »
Une telle colère vivrait dans les entrailles de l'adolescent, qu'il était capable de l'entendre de là où il se tenait ; les mains dans les poches, les sourcils froncés, il esquissa un sourire à la teinte ironique. Un lâche, disait-il.
- « tu sais, tu es mal placé pour dire ça » souffla le grand brun « tu es là, mais qu'est-ce que tu as fait pour combattre l'ennemi ? parce qu'entre nous deux, tu as pris la fuite ; ne me dis pas que tu es trop jeune pour te battre, parce que les générations de mes parents et de Kakashi se sont battus, plus jeunes que toi, tu t'en rends compte ? »
- « je-.. » commença l'adolescent
- « non, tais toi » s'exclama l'adulte, sévèrement « tu m'en veux, parce que je suis parti, parce que j'ai disparu, d'accord ? mais réfléchis deux secondes, j'ai élevé un garçon intelligent, pas un idiot, tu penses que si j'avais pu être à vos cotés, que si j'avais pu revenir bien avant, je ne l'aurais pas fais ? je suis parti, parce que si je ne le faisais pas, tu sais qui aurait été envoyé pour protéger le village ? les jeunes de ta génération ; et maintenant, échange les positions »
L'adolescent fronça les sourcils, lorsque son père fit un pas vers lui ; quelque chose inondait le regard de son paternel, quelque chose sur lequel il n'arrivait pas à mettre un mot. S'en était étrange, il avait connu cet homme si fort, d'un calme déconcertant et se heurtait, à cet instant, à l'absence de calme dans le comportant et les prunelles de son père.
- « échange les positions ; Boruto est décédé, Chôchô est décédé, Metal est décédé » souffla-t-il, des souvenirs douloureux dans sa tête « Sarada ne sera plus jamais la même, Mitsuki est impuissant, Inojin est porté disparu »
- « je-.. » tenta l'adolescent
- « que tu sois en colère, je l'accepte, mais ne parle jamais sur ce ton, à ta mère »
Un soupir au teint agacé s'échappa des lèvres de l'adulte et il passa une main légèrement tremblante dans ses mèches brunes, détournant son regard de l'adolescent ; il fit volte-face.
- « et si tu veux vraiment savoir ce que ça fait de ne pas avoir de père, demandes à tes camarades »
La porte claqua brutalement derrière la silhouette imposante, mais meurtrie, de son père. Ses pas tremblants le tirèrent dans la salle de bain et il verrouilla la porte, derrière lui ; son dos se heurta brutalement à la fonte de la baignoire et dans un geste mécanique, bien qu'il portait encore ses vêtements, il alluma l'eau. Un sanglot s'échappa de ses lèvres, un sanglot maladroit et désespéré ; il enfouit son visage entre ses genoux et tenta de prendre une inspiration. Sûrement que son fils avait raison, il n'était qu'un lâche. Ils étaient tous décédés au combat, et lui ? Il était là, dans cette baignoire ; il ne méritait pas ça, il aurait dû perdre la vie sur le terrain, bordel, il aurait vraiment dû.
Un soupir s'échappa de ses lèvres ; sa tasse se heurta délicatement au bois de la table de la cuisine et elle tira un tabouret, s'installant dessus. Ses prunelles d'un bel émeraude rencontrèrent les iris nacrés de son amie et elle lui adressa un petit sourire rassurant ; ça s'était passé si vite, depuis qu'il était revenu, il ne réagissait qu'à peu de choses, puis, là, il s'était levé et avait emmené leur fils dans le jardin, lui offrant ces mots empreints de douleurs et d'une triste réalité. Des mots qui les avaient ramenés des mois en arrière, lorsqu'elles avaient dit « au revoir » à leurs époux aux portes du village caché de la feuille. Une main délicate se posa sur la sienne, dans un sorte de réconfort maladroit.
- « parfois, j'ai vraiment l'impression que je ne retrouverais jamais l'homme que j'ai épousé » lâcha-t-elle, dans un murmure douloureux
Une telle souffrance émanait d'elle ; plus les jours passaient, plus elle semblait perdre espoir. Le simple fait que son époux soit revenu, sain et sauf, après des mois d'absences, la rendait heureuse, mais elle ne le reconnaissait plus ; ses prunelles brunes, dans lesquelles elle aimait tant se perdre, fussent un temps, n'étaient plus pareilles. Une brisure avait élu domicile dans le fond de ses iris, une brisure qui lui donnait envie de se fondre dans ses bras, de lui dire que tout irait bien, qu'elle était là et qu'elle ne le laisserait jamais seul, mais il fuyait ; il la fuyait, elle, le bout de femme a qui il avait dit oui devant tant de personnes. Temari perdait espoir.
- « ne perds pas espoir, Temari » souffla la rose, d'un ton voulu rassurant « ne perds pas espoir »
Qui tentait-elle réellement de convaincre ? Le bout de femme qui était devenue veuve bien trop tôt et qui avait assisté douloureusement à la mort de son époux au sourire angélique, l'épouse qui assistait silencieusement à la descente aux enfers de l'homme qu'elle aimait, incapable de faire quoi que ce soit pour le rendre heureux ou elle-même ? Celle dont l'époux vivait à peine, ne souriait plus, ne mangeait plus.
La main de la jeune Hyuuga se posa sur celles des deux demoiselles et elle esquissa un sourire en coin ; elle dissimulait sa souffrance, du mieux qu'elle pouvait, incapable de dire la vérité, incapable de dire à quel point elle peinait à vivre sans l'homme qu'elle aimait, l'homme qu'elle avait aimé tout au long de son existence.
