16_ i feel the earth move
Elle était là, la tête légèrement penchée sur le côté et ce sourire au coin des lèvres ; un sourcil arqué, il attrapa le bol vide dans les mains de l'enfant et balança quelques céréales, au fond. Un éclat plein de malice effleura les prunelles bleutées de la petite fille et elle récupéra joyeusement le bol, claquant un baiser bruyant sur la joue du brun ; il resta là, une demi-seconde, le regard perdu à l'endroit où elle s'était enfuit, sûrement était-elle dans le salon, sagement posé devant la télévision, ce sourire idiot au bord des lèvres. Une tignasse blonde se tira dans la pièce, un nourrisson dans les bras, l'arrachant à sa contemplation et un sourire se glissa sur les lèvres du brun ; dans un geste doux, il réceptionna l'enfant contre son torse et déposa chastement ses lèvres sur son front.
- « est-ce que tu veux un café ? » demanda-t-elle, un sourire au coin des lèvres
- « je veux bien, merci » souffla-t-il, en tirant une chaise
Son dos se heurta doucement au bois de la chaise et il effleura la joue rebondi du bébé dans ses bras, du bout des doigts, sous l'œil attendri de son épouse ; Temari déposa une tasse fumante sur la surface lisse de la table et tira une chaise, un sourire au coin des lèvres.
- « c'est un ange » commença-t-elle, croquant généreusement dans un croissant « il fait correctement ses nuits, pleure rarement ; ce bébé est littéralement un ange »
Le sourire sur les lèvres de son époux s'agrandit et cette image lui mit du baume au cœur ; tant de choses avaient changé, depuis qu'il était revenu, qu'elle était effrayé à l'idée qu'un matin, elle découvre que tout ça n'était qu'un rêve, qu'il était quelque part perdu dans les décombres, seul, blessé. Elle porta doucement sa tasse de café à ses lèvres et avala quelques gorgées du liquide chaud ; ses prunelles d'un bel émeraude s'accrochaient à l'image attendrissante que le brun lui renvoyait, là, assis sur cette chaise, ce bébé dans les bras.
Un bruit de pas maladroits l'arracha à ses hasardeuses pensées et Mitsuha se lança doucement contre les jambes du brun, quémandant une nouvelle fois des céréales ; elle était particulièrement adorable dans cette salopette au teint bleuté. Temari attrapa le bol vide et s'empressa de mettre des céréales à l'intérieur du récipient, la brune l'accepta un grand sourire sur les lèvres et disparut rapidement au détour d'un couloir.
- « elle est sacrément énergique » souffla-t-elle, un sourire sur les lèvres
- « oui, je ne suis pas encore habitué à la voir comme ça » lâcha-t-il, dans un soupir amusé
Shikae, dans ses bras, s'agita légèrement et le brun claqua un baiser sur sa joue rebondie.
- « j'ai pris rendez-vous avec Sakura, pour cette après-midi, à l'hôpital » avoua la blonde
Les sourcils froncés, il se tira de ses baisers tendres sur la joue du bébé et posa un regard empli d'inquiétude sur son épouse, pourquoi diable voulait-elle voir un médecin ? Il resserra doucement sa prise autour du petit garçon et acquiesça silencieusement, il tentait maladroitement de ne pas mettre son inquiétude sur la table. Peut-être, parce qu'au fond, il se sentait tel un intrus dans cette existence, dans ce mariage, dans cet univers.
- « tu es malade ? qu'est-ce qu'il se passe ? » s'inquiéta-t-il, dans un bégaiement
- « ce n'est pas un rendez-vous qui me concerne, ne t'en fait pas » le rassura-t-elle « je l'ai pris pour Mitsuha »
- « quelque chose cloche ? » demanda-t-il, les sourcils froncés
- « j'ai discuté avec Sakura du fait qu'elle ne parle pas » souffla la blonde « je ne sais pas exactement quel âge elle aurait, mais il me semble qu'elle devrait savoir dire un tas de trucs ; ça m'inquiète un peu »
Pendant un instant, le stratège chercha maladroitement dans son esprit, un instant où il aurait entendu la voix de l'enfant, mais seul l'écho de ses cris lui vint et il repoussa tant bien que mal le frisson qui le prit ; il acquiesça à ses mots.
- « c'est une bonne idée, je suis d'accord » approuva-t-il « je suis désolé, j'aurais dû y penser avant »
- « arrête, Shikamaru ; ça va, ça ne me dérange pas » dit-elle « va à ton rythme, ce n'est pas un soucis »
- « je sais, mais j-.. » commença-t-il, dans un élan maladroit
- « non » le coupa-t-elle, un sourire tendre sur les lèvres « t'en fais pas »
Une telle assurance émanait d'elle, que son cœur en rata un battement ; elle était là, si sauvage, si belle. Elle était si proche et pourtant, si loin ; mais malgré ça, il avait cette sale impression dans les entrailles, peut-être qu'il tombait amoureux d'elle, encore et encore, un peu plus à chaque seconde. Le gazouillement qui s'échappa des lèvres du bébé le tira de ses pensées et elle s'empressa de le prendre dans ses bras, ce sourire au coin des lèvres ; chaque fois que son regard d'un beau brun effleurait ce sourire, il s'en voulait. Il se haïssait intérieurement, parce qu'il n'était plus cet homme dont elle était tombé follement amoureuse, cet homme qui avait mit de côté sa fierté pour lui faire une demande en mariage digne d'elle, cet homme qui l'avait séduite sans le besoin de dire quoi que ce soit.
Dans un élan empli de courage, alors qu'elle s'apprêtait à disparaître en dehors de la pièce, il attrapa un pan de la tunique brune qu'elle portait et tira doucement dessus, attirant son attention sur lui ; elle fit volte-face, doucement, les sourcils froncés.
- « quelque chose ne va pas, Shikamaru ? » demanda-t-elle, soudainement inquiète
- « je.. » commença-t-il, maladroitement « merci pour ce que tu fais ; pour les enfants »
Un éclat de surprise s'accrocha aux prunelles de la blonde et un sourire barra son visage angélique, elle acquiesça et se pencha légèrement en avant, claquant délicatement un baiser sur la joue rugueuse du brun. Pendant quelques secondes, elle n'osa pas faire un mouvement, elle n'osa pas faire volte-face ; sûrement, parce qu'elle était bien là, bercée par cette odeur de tabac froid, enveloppé dans la présence rassurante du brun. Il lui manquait, terriblement ; ce sourire sur ses lèvres, cette pointe de malice dans son regard, cette chaleur dans ses bras. Elle repoussa tant bien que mal le pincement qui prit en otage son cœur et fit volte-face, sa silhouette s'échappa au détour d'un couloir.
Une amère odeur de désinfectant ; elle plissa le bout de son nez et s'accrocha un peu plus fermement à la jambe de l'adulte. Cet endroit ne lui rappelait pas de bons souvenirs, elle se souvenait douloureusement de la façon dont elle avait cru perdre le grand brun ; une grande main chaleureuse se glissa sur le sommet de son crâne et doucement, elle déposa son regard bleuté dans les prunelles brunes du garçon, accroupi près d'elle. Le sourire qui traînait au bord de ses lèvres suffit à calmer les battements douloureux de son cœur dans sa cage thoracique, elle fondit doucement dans les bras du brun et quémanda son affection.
Le son d'un crayon sur une feuille attira son attention et il se heurta à la tignasse rose, derrière son bureau, qui notait quelque chose dans son calepin ; il resserra doucement sa prise autour de la silhouette frêle de la petite fille et esquissa un sourire, lorsque la main de son épouse effleura délicatement la joue de l'enfant.
- « bon » commença la rose, un sourcil arqué « au vu des examens, je pense que Mitsuha a six ans »
- « donc, ce n'est pas normal qu'elle ne parle pas » souffla la blonde, les sourcils froncés
- « oui, tu sais comme moi qu'à son âge, les enfants parlent énormément ; c'est étrange » lâcha-t-elle
Les prunelles vertes de la rose se posèrent un court instant sur la petite fille qui cherchait tant bien que mal à disparaître au fond des bras de l'homme et un soupir s'échappa de ses lèvres ; elle n'eut aucun mal à revoir cette enfant, couverte de saletés, en état de choc, dans une chambre d'hôpital. Sûrement qu'elle avait assisté à bien trop d'atrocités pour son jeune âge, comment aurait-elle réagi si ça avait été Sarada ? Elle passa une main maladroite dans ses mèches d'un beau rose et déposa ses lunettes sur le bois du bureau.
- « est-ce que tu pourrais m'en dire plus sur elle, Shikamaru ? » demanda-t-elle
Perdu dans sa contemplation de l'enfant dans ses bras, le brun sursauta légèrement à l'entente de son prénom ; il acquiesça et s'agita maladroitement sur sa chaise. Son regard s'accrocha une demi-seconde aux prunelles bleutées de la brune et d'un commun accord, sans réel besoin de dire quoi que ce soit, elle se tira de l'étreinte et s'approcha des jouets, dans un coin de la pièce. Il attendit que l'esprit de l'enfant se perd dans son imagination et reporta son attention sur le médecin ; un soupir s'échappa de ses lèvres.
- « je n'en sais pas plus que toi, en fait » avoua-t-il, le cœur lourd
- « comment ça ? » souffla-t-elle, les sourcils froncés
- « c'est.. » il prit une inspiration, au ton douloureux « c'est Chôji qui l'a trouvé, dans les décombres d'un village »
Quelques bribes de cet instant lui revinrent en mémoire et il repoussa tant bien que mal la pointe de souffrance dans sa cage thoracique, ça le tuait ; l'absence du roux le tuait.
- « elle était seule ? » demanda la rose, une pointe de surprise dans la voix
- « non, elle ne l'était pas ; une.. » une énième inspiration douloureuse « une femme s'occupait d'elle »
Temari n'eût aucun mal à comprendre qu'il s'agissait de Fune ; ce bout de femme qui hantait les pensées de son époux. Le visage de la brune lui vint et elle étouffa le son des battements douloureux de son cœur entre ses lèvres, la photographie de cette femme traînait sur le bois d'un meuble, dans la pièce qui servait de chambre au petit Shikae. Et bien qu'elle tentait tant bien que mal de ne pas se perdre dans la contemplation de son visage, chaque fois qu'elle entrait dans cette pièce, son regard s'accrochait à cette fichue photo. Une partie d'elle lui hurlait de haïr cette fille, lui hurlait de la faire disparaître de son existence, puis elle se souvenait douloureusement qu'elle était morte, qu'elle ne verrait jamais son fils faire ses premiers pas.
- « tu ne l'as jamais entendu dire quoi que ce soit ? » souffla Sakura, les sourcils froncés
- « des cris » lâcha-t-il, dans un murmure « j'ai entendu des cris, rien d'autre »
Il prit une inspiration et son regard d'un beau brun s'accrocha un instant à la silhouette de l'enfant, qui jouait sagement dans son coin ; à part lui, personne ne serait capable de dire qu'elle avait vu toutes ces atrocités, personne ne serait capable de comprendre cette brisure dans le fond de sa cage thoracique. Un soupir s'échappa de ses lèvres.
- « est-ce qu'un traumatisme serait envisageable ? » questionna la blonde
- « peut-être, est-ce qu'elle a vu ou entendu certaines choses ? »
Pendant une seconde, l'idée de prendre la fuite lui sembla intéressante ; que pouvait-il répondre ? Mitsuha vivrait, tout le long de son existence, bercé par les atrocités, par le sang, par la violence ; son cœur rata un battement, le simple fait de prendre une inspiration lui faisait mal, soudainement, terriblement mal. Peut-être parce que, lui aussi, il vivrait le reste de son existence, bercé par les atrocités, par ce sang sur ses mains, par la violence. Une main délicate se posa sur son avant-bras et il s'accrocha au regard d'un bel émeraude de son épouse, une demi-seconde ; s'en était dingue, la façon dont un regard l'apaisait. Il prit une inspiration, doucement et acquiesça ; Sakura ne chercha pas à en savoir plus et pour ça, le brun lui en serait éternellement reconnaissant.
- « un traumatisme est plus qu'envisageable ; certaines personnes vivent très mal un retour à la normale, après tant de temps prit dans une guerre » expliqua-t-elle « c'est une enfant, elle ne semble pas muette ou sourde ; la guérison sera longue » elle attrapa son agenda, sur un coin du bureau « quelques rendez-vous, me semble être une bonne chose ; j'aimerais qu'elle vienne ici, je m'occuperais personnellement de son cas »
- « merci Sakura » souffla la blonde, rassuré à l'idée que ce soit la rose qui s'en occupe
- « par ailleurs, ce n'est pas forcément pour tout de suite, mais je pense que la remettre à l'école serait bien, qu'elle se fasse quelques amis, qu'elle ré-apprenne à vivre avec des gens » ajouta la rose.
Les sourcils froncés, Shikamaru posa son regard sur elle.
- « ça me va, mais le soucis est que Mitsuha n'apprécie que très peu de personnes, elle panique dès qu'un inconnu s'approche d'elle ; déjà, je ne suis pas sûr qu'elle accepte facilement ses rendez-vous avec toi » lâcha-t-il, une pointe d'inquiétude dans la voix
- « et si je prenais ma journée ? » proposa la blonde, un sourire doux au coin des lèvres « je l'amènerais chaque fois qu'elle aura un rendez-vous, ça ne me dérange pas »
Il se heurta silencieusement à la sincérité qui inondait le regard de son épouse et il acquiesça, une pointe de fierté au creux de ses entrailles ; la rose s'empressa de prendre les prochains rendez-vous.
Un « bip-bip » désagréable coupa court à l'entretien et dans un soupir légèrement agacé, la rose attrapa son téléphone ; ses prunelles d'un bel émeraude s'accrochèrent aux mots qui apparaissaient sur son écran et un hoquet de surprise s'échappa de ses lèvres. Elle repoussa sa chaise, dans un élan maladroit et fourra l'appareil dans la poche de sa blouse.
- « quelque chose ne va pas ? » souffla la blonde, un sourcil arqué
- « pire » lâcha la rose, une pointe d'inquiétude dans la voix « Tenten a été retrouvé aux portes du village, dans un sale état ; je suis appelé en urgence, je suis désolé, faut que j'y aille »
Les mains tremblantes, elle resserra les pans de sa blouse, attrapa les lunettes qui traînaient sur un coin du bureau et claqua un baiser sur la joue de la sunienne, à bout de souffle ; pendant un court instant, elle se perdit dans les prunelles vertes de son amie. Toutes les deux se souvenaient parfaitement de la dernière fois qu'elle avait aperçue la tignasse d'un beau châtain de la demoiselle, elle était là, en larmes, assistant douloureusement à la mort de l'homme qu'elle aimait ; une image qui ne s'effaçait pas. La rose referma la porte du bureau derrière eux et disparu au détour d'un corridor, le bruit de ses pas effrénés résonna un instant entre les murs.
Dans un élan délicat, Shikamaru s'accroupit, face à l'enfant et réajusta correctement le tee-shirt au ton brun qu'elle portait ; il se doutait, au fond, qu'être entre les murs de cet hôpital ne lui rappelait que peu de bons souvenirs. La solitude, cette fichue sensation d'abandon qu'elle avait dû ressentir, pendant les jours où il était resté dans le coma ; il la tira doucement contre son torse et déposa chastement ses lèvres sur son front.
- « est-ce que ça te dérange si nous restons encore un peu ? » demanda-t-il, à la petite brune dans ses bras « une amie est toute seule, ici ; peut-être qu'elle aura besoin de nous, tu comprends ? »
Son regard d'un beau bleu s'accrocha un instant aux prunelles ébène de l'homme et elle acquiesça, doucement, retournant dans ses bras rassurants ; un sourire naquit au coin des lèvres du brun et il se hissa sur ses deux pieds, resserrant sa prise autour de son corps frêle. Aucun mot ne fut nécessaire, entre les deux adultes ; Temari aurait sûrement erré dans les couloirs, qu'ils soient là, ou pas. Ils se tirèrent doucement jusqu'à la salle d'attente et s'installèrent confortablement.
Au bout d'une heure, l'enfant somnolait dans les bras du brun, un léger ronflement s'échappait parfois de ses lèvres, arrachant un doux sourire à l'adulte ; l'arrière de son crâne se colla doucement au mur derrière lui et son regard brun effleura un court instant le visage de son épouse. Elle était là et une telle angoisse émanait d'elle, qu'une petite voix lui hurlait de la prendre dans ses bras ; dans un geste doux, il attrapa sa main dans la sienne et exerça une petite pression. Ce simple geste arracha un léger sursaut à la blonde et elle posa un regard surpris sur lui, il haussa simplement les épaules et lui lança un petit sourire ; durant ces quelques mois, plongés dans le massacre d'une nation entière, il avait souffert, assisté à d'atroces scènes, mais qu'en était-il d'elle ? Doucement, il resserra sa prise sur sa main.
Le crissement désagréable d'une chaise le tira de ses hasardeuses pensées ; il salua la tignasse pourpre d'un mouvement de tête poli et posa son regard sur l'adolescent, qui s'agitait sur une chaise inconfortable. Douloureusement, il se revoyait dans ce petit garçon, le regard perdu dans le vide ; Metal avait perdu son père, durant ce massacre et sûrement que ça le hantait, constamment, à chaque inspiration qu'il prenait.
- « les médecins vous ont prévenus, vous aussi ? » demanda le roux, une pointe d'inquiétude dans la voix
Il ne connaissait pas personnellement la châtain, mais il se souvenait d'elle ; un peu garçon manqué, pleine de courage et ce regard déterminé. L'un de ces shinobis du village caché de la Feuille qui l'avaient secourus, lorsqu'il avait été la proie de l'organisation Akatsuki ; ce souvenir lui arracha un soupir.
- « non, nous étions en rendez-vous avec Sakura, au moment où elle a été appelée pour ça » souffla la blonde, légèrement tremblante d'émotion
- « tout va bien ? qu'est-ce qui se passe ? » s'inquiéta-t-il, les sourcils froncés
- « rien de grave, ça concernait Mitsuha » expliqua-t-elle, d'une voix douce
Les prunelles émeraude du Kazekage se posèrent délicatement sur la petite fille, dans les bras de son beau-frère et il acquiesça ; les jours passaient et il se rendait compte, à cet instant, qu'il n'avait même pas encore pris le temps de faire la connaissance de ces deux enfants, revenus du front avec le stratège. Les mains presque tremblantes, il déposa le bout de son doigt sur la joue rebondie de l'enfant endormi et esquissa un sourire ; le contact humain était quelque peu compliqué, pour lui, mais les enfants le faisaient fondre.
- « elle est adorable » souffla-t-il, un petit sourire au coin des lèvres « vraiment belle »
- « c'est la première fois que tu la vois ? » questionna le brun, les sourcils froncés
- « oui, je l'ai aperçu lorsque tu as été trouvé, mais je n'avais pas réellement fait attention, j'étais concentré sur toi »
L'information arracha un petit sourire à la blonde et elle déposa doucement sa tête sur l'épaule de son petit-frère, fût un temps où il aurait sûrement laissé le brun rendre son dernier souffle, devant les portes du village caché du Sable mais l'homme qu'il était, à cet instant, l'inondait de fierté. Il se battait constamment pour les plus faibles, pour les personnes qu'il aimait.
Un sanglot les tira de cet instant, et ils tournèrent la tête, d'un même mouvement, vers le brun ; il était là, les genoux contre son torse, tremblant et délicatement, Gaara le tira contre son torse, refermant ses bras autour de sa silhouette, en proie aux larmes. Il tentait tant bien que mal d'être quelqu'un pour ce petit garçon.
Des éclats de voix flottèrent, un instant, entre les murs de la salle d'attente ; son cœur rata un battement et presque tremblant, ses prunelles d'un bel ébène effleurèrent la silhouette de ce bout de femme. Karui se tenait là, à quelques centimètres du comptoir de l'accueil et il lui semblait qu'elle avait perdu quelques kilos ; le souffle court, il fronça les sourcils. Une infirmière s'approcha doucement de la rousse.
- « écoutez, vous vous faites du mal en faisant ça » souffla l'infirmière, d'une voix douce et dure, à la fois « vous le savez aussi bien que moi, votre époux a été déclaré mort sur le terrain ; revenir ici, chaque fois que l'on retrouve quelqu'un, avec l'espoir que ce soit lui, ça vous tuera »
Une pointe de souffrance naquit dans les entrailles du brun et d'un geste doux, Temari exerça une légère pression sur sa cuisse ; ni l'un ni l'autre n'avaient eu de nouvelles de l'épouse de l'Akimichi depuis l'épisode dans la chambre d'hôpital du brun. Mitsuha s'agita doucement dans son sommeil, mais la blonde la calma doucement, frottant son dos tendrement.
- « vous ne comprenez pas, je-.. » commença la rousse, les sourcils froncés, le corps tremblant
- « je comprends, ce n'est pas facile ; je suis vraiment désolé » lâcha l'infirmière « prenez soin de vous »
Et elle fit volte-face, les pans de sa blouse blanche virevoltants au gré du vent. Une telle souffrance émanait de la silhouette de la rousse, que le brun se retint tant bien que mal de fondre en larmes ; parce qu'il le sentait, au fond de lui, sûrement que c'était de sa faute si le roux n'était pas revenu, si elle souffrant tant que ça, si ça faisait si mal dans sa cage thoracique.
Le « bip-bip » incessant qui se heurtait aux murs de la pièce lui arracha un grognement et sans un mot, il emboîta le pas à son épouse, qui s'enfonçait dans la chambre, les mains tremblantes. Ses prunelles d'un bel ébène s'accrochèrent douloureusement aux larmes qui roulaient sur les joues de l'adolescent, à la tignasse brune ; il était là, littéralement figé, le souffle court et enfoncé dans les draps blancs du lit, la châtain lui lança un petit sourire, au ton rassurant.
- « Metal » appela-t-elle, d'une voix douce « je suis là, c'est moi »
Le son de sa voix flotta un instant ; soudainement, le brun se jeta sur le lit et fondit en larmes, quelques sanglots s'échappèrent de ses lèvres, alors qu'il s'accrochait désespérément à ce bout de femme qu'il considérait presque comme sa mère. Une grimace douloureuse se glissa sur ses lèvres, lorsque le corps de l'adolescent claqua contre le sien ; elle passa délicatement ses bras autour de sa silhouette et déposa quelques baisers chastes sur son front tremblant.
- « j'ai.. » bégaya l'adolescent, dans un sanglot « j'ai cru que je t'avais perdu, j'ai cru que j'étais seul »
Ses mots arrachèrent une pointe de souffrance aux adultes, qui assistaient silencieusement à la scène ; elle resserra doucement sa prise et secoua la tête de droite à gauche, négativement.
- « jamais, Metal » souffla-t-elle, d'une voix douce « tu ne seras jamais seul »
Il acquiesça faiblement à ses dires et enfouit le bout de son nez dans la tunique blanche qu'elle portait, elle lui avait tellement manqué ; les prunelles noisette de la châtain se posèrent sur la blonde et un sourire se glissa sur ses lèvres. Temari s'approcha doucement d'elle et attrapa sa main, dans la sienne ; elles échangèrent un regard empli de remerciements, empli de soulagement.
Un éclat de surprise passa dans ses iris, lorsqu'elle effleura le visage du stratège, du regard ; quelque chose émanait de lui, quelque chose sur lequel elle ne parvenait pas à mettre de mots. Il lui semblait si brisé à cet instant, que les cicatrices sur sa peau, sur son visage, ressemblaient aux reflets de son âme. Il lui adressa un petit sourire.
- « tu m'as tellement manqué » lâcha-t-elle, dans un murmure, en resserrant sa prise autour de l'adolescent « je suis contente que tu sois là »
- « le Kazekage a.. » avoua l'adolescent « il s'est occupé de moi »
Les prunelles noisette de la châtain se confrontèrent au regard émeraude du roux, il lui lança un petit sourire, les mains liés derrière son dos ; bien sûr qu'il l'avait fait.
- « Gaara, je.. » commença-t-elle
- « non » la coupa-t-il « pas de remerciements, je le ferais un million de fois de plus pour Lee »
Lee, ce garçon qui n'avait pas hésité une seule seconde à prendre la mort de pleine face pour permettre aux villageois, à sa sœur, à toutes ces personnes, de prendre la fuite ; il s'était donné corps et âme, dans ce combat. Le roux repoussa tant bien que mal le frisson qui le prit et esquissa un sourire, oui, pour ce garçon, il aurait été capable de prendre soin de son fils, un million de fois de plus.
Elle acquiesça simplement à ses mots, un sorte de « merci » lâché au gré du vent et déposa son menton sur le sommet du crâne de l'adolescent, ce petit garçon avait été sa lumière dans les ténèbres.
