30_ somebody that i used to know
De bout des doigts, elle dessina une ligne imaginaire sur le bras du brun endormi ; il était là, emmitouflé dans une vieille couverture, les paupières closes. Quelques rayons de soleil s'échappaient par le volet mal fermé et s'écrasaient sur son visage, mais lui, il restait confortablement dans les bras de Morphée ; depuis combien de temps n'avait-elle pas vu cette pointe d'apaisement dans les traits du brun ? Dans une extrême tendresse, elle se pencha et parsema le visage du garçon d'une centaine de baisers délicats ; un grognement s'échappa des lèvres du concerné. Ce doux son lui arracha un sourire, au coin des lèvres et elle s'enfonça sous la couverture. Son corps s'écrasa doucement contre celui de son amant et un soupir d'aise s'extirpa de ses lippes ; elle était bien là, dans ses bras, bercée par les battements de son cœur et enveloppée dans sa chaleur. Ils faisaient encore chambre à part et au fond, elle n'aimait pas ça ; des années en arrière, la première chose qu'elle apercevait en se réveillant le matin était le doux visage endormi de son époux, aujourd'hui, elle se heurtait durement au vide de l'autre côté du lit.
- « salut toi » lâcha le brun dans un murmure épuisé
- « ce que tu es beau » répliqua-t-elle, un grand sourire sur les lèvres
- « ce que tu es folle » souffla-t-il, en s'étirant maladroitement
Un léger rire s'échappa des lèvres du brun ; et bordel ce que ce son lui avait terriblement manqué. Il étouffa maladroitement un bâillement entre ses lèvres et repoussa le drap, qui camouflait la vue de son corps, au reste de l'univers ; un simple short à la teinte sombre, il n'était pas habitué aux températures du village caché du sable et chaque fois qu'un brin de soleil le touchait, il avait cette impression idiote de fondre. Il s'apprêtait à sortir du lit, avant que le sommeil ne l'attire une nouvelle fois dans ses bras, mais le corps de la blonde se retrouva bien vite sur le sien ; un soupir s'échappa de ses lèvres, alors qu'il la regardait, un sourcil arqué, amusé.
- « tu sais que si je reste dans ce lit, il y a environ quatre-ving dix pour-cent de chance que je me rendors ? » lança-t-il
- « à moins que tu n'en aies pas le temps » susurra-t-elle, dans un ton sensuel
Dans un geste lent, bien trop lent pour son pauvre cœur, la blonde attrapa les pans de son propre pyjama, un vieux tee-shirt large, et le tira vers le haut ; les prunelles du brun se perdirent un instant sur le corps de la trentenaire. Il ne la méritait sûrement pas ; Temari était constamment parfaite, dans sa façon de retirer un tee-shirt, à sa façon de le gronder lorsqu'il faisait une petite bêtise. Elle était là, partout où il allait et il espérait sincèrement qu'elle serait là, partout où il irait, pour des décennies encore.
Les mains chaudes du garçon attrapèrent délicatement les hanches de la blonde et leurs lèvres se trouvèrent de suite, dans une danse douce, mais terriblement endiablée ; chacun des baisers qu'elle lui donnait, lui soufflait un peu plus d'oxygène. Elle lui permettait littéralement d'être un homme, de vivre, de prendre des inspirations ; du bout des doigts, il dessina l'atlas entier sur le dos de son épouse, harponnant amoureusement ses lèvres. S'il n'avait pas été humain, il aurait aimé être l'un de ses grains de beauté, entre ses seins ronds ; l'une de ses petites tâches brunes qu'il aimait tant.
La nature impatiente de son épouse ne tarda pas à prendre le dessus, les mains de la blonde claquèrent doucement contre son torse, le poussant dos sur le matelas ; ce qu'elle le rendait fou. Du bout des lèvres, elle glissa de sa joue rugueuse à son cou découvert, à la teinte hâlée.
- « t-tu.. » commença-t-il, dans un bégaiement maladroit « tu me rends.. totalement dingue »
- « tais-toi » ordonna-t-elle, un sourire sur les lèvres « profite simplement »
Avide de ses baisers, le brun acquiesça, le souffle court et glissa un bras sous l'arrière de son crâne, le cœur tremblant ; la bouche délicieuse de son épouse effleura un instant chaque parcelle de peau sur son torse, croquant dans le fruit par endroit. La respiration saccadée, il tenta d'apprécier l'instant présent ; les lèvres de la blonde se rapprochaient lentement de son bas-ventre et à l'instant où elle effleura son entrejambe du bout des doigts, il se sentit terriblement idiot. Pendant un instant, il avait vraiment cru que ce serait possible, que c'était le bon moment, mais bien qu'il mourrait d'envie de la prendre, là, maintenant, tout de suite, son corps ne réagissait pas. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il ne dit rien, lorsque la tête de la blonde se déposa doucement sur son torse ; il était tellement désolé et déçu de lui-même.
- « pardon » s'excusa-t-il, une main devant ses yeux « je le veux vraiment, je.. j'en ai envie, mais.. »
- « ça va, Shikamaru » souffla-t-elle, un doux sourire au coin des lèvres « j'attendrai le temps qu'il faut »
- « je suis désolé, Temari » répéta-t-il, une pointe de tristesse dans la voix
- « regarde-moi, s'il te plaît » demanda-t-elle, doucement
Le brun aurait sûrement préféré ne plus jamais croiser son regard, mais dans un geste doux, elle attrapa son visage entre ses mains et connecta leurs regards. Elle avait ce si doux sourire au coin de ses lèvres, qu'il se retint tant bien que mal de fondre sur ses lèvres.
- « j'attendrai le temps qu'il faut, d'accord ? » murmura-t-elle, délicatement « nous avons l'éternité pour faire l'amour et je n'ai pas l'intention de m'en priver, dès que tu seras prêt »
- « tu es folle » lâcha-t-il, dans un petit sourire timide
- « folle de toi » répliqua-t-elle « je t'aime et j'attendrai. en attendant, serre-moi fort dans tes bras le plus souvent possible, ça m'a tellement manqué »
La perfection n'existait pas, c'était ce que tous les adultes lui répétaient constamment dans son enfance, pendant son adolescence ; les livres l'écrivaient, les télévisions le hurlaient. Et pourtant, à cet instant, il se rendit compte d'à quel point, il l'aimait elle, ce bout de femme si parfait. Tendrement, il encercla sa taille de ses bras et la tira un peu plus près de lui, comblant ce manque de contact entre eux.
L'horloge, sagement accrochée à l'un des murs de la cuisine, affichait quinze heures, lorsque le brun se décida à s'extirper de la demeure familiale ; il serait bien resté des heures encore, à observer du coin de l'œil, son épouse, mais celle-ci partait dans moins d'une heure à l'une de ses séances quotidiennes dans le bureau de Sakura, avec Mitsuha. Au départ, il avait été effrayé à l'idée de laisser la petite fille, seule avec Temari et Sakura ; bien sûr, il avait totalement confiance en ces deux femmes, mais l'enfant était fragile et il y avait ce lien entre eux, ce lien que personne ne pouvait réellement comprendre. Elle était à ses côtés, lorsqu'il avait perdu Chôji, lorsqu'il avait aidé Fune à mettre au monde Shikae, lorsqu'il s'était battu ; tant de fois, il avait été tenté de simplement abandonner, de simplement s'allonger sur un morceau de terre, pour l'éternité, mais la présence des deux enfants l'avait poussé à vivre, à rejoindre les portes du village caché du sable.
D'un geste mécanique, il jeta le mégot de sa cigarette sur le sol et l'écrasa ; il fumait un peu moins, bien qu'elle ne lui disait pas clairement, le brun savait très bien que le tabac gênait fortement son épouse. À une époque, elle l'aurait grondé, lui aurait dit d'arrêter ses bêtises, de faire un effort ; sûrement qu'aujourd'hui, elle se rendait compte que la nicotine aidait l'homme qu'elle aimait, dans sa guérison. Il étouffa maladroitement un bâillement entre ses lèvres et s'extirpa en haut des escaliers, les mains dans les poches ; c'était bien la première fois qu'il se rendait à cette adresse, il ne connaissait pas très bien le village, même si son épouse en était originaire. Son mariage n'avait jamais été réellement très bien vu par les villageois d'ici ; ils pensaient tous à quelque chose d'arrangé, un moyen pour ceux de Konoha de profiter d'une alliance, si un jour, la guerre éclatait de nouveau entre les grands villages. Quelle idiotie.
Il s'arrêta devant une porte à la teinte sombre et cogna doucement son poing contre la planche, le regard neutre ; aucune réponse. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il tira une clef de l'une de ses poches, il aurait préféré ne pas l'utiliser, dans le fond ; une minute, plus tard, dans un cliquetis bruyant, il s'engouffra dans l'appartement. La porte se referma doucement derrière lui et ses prunelles brunes s'accrochèrent très vite aux différents cadres sur les murs ; certaines photographies montraient une mère et une fille, un doux sourire sur les lèvres, d'autres représentaient un homme aux cheveux cendrés, deux garçons, et une fille. Le sourire de l'un des garçons lui arracha un pincement au cœur ; cet idiot lui manquait terriblement, bordel ce qu'il rêvait de l'entendre encore une fois, une toute dernière fois, lui vanter les mérites des ramens. Il repoussa tant bien que mal la tristesse qui menaçait de prendre la fuite, hors de sa cage thoracique et prit une inspiration.
- « est-ce qu'il y a quelqu'un ? » lâcha-t-il, d'une voix forte « c'est moi, Shikamaru »
Le son de sa voix se répercuta un court instant entre les murs de l'appartement, puis un silence froid répondit à sa question ; bien qu'il savait de source sûre que quelqu'un était bien actuellement dans la demeure, il eut l'impression d'être seul, terriblement seul. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il s'enfonça un peu plus dans les corridors, après avoir déposé ses chaussures dans l'entrée ; l'adolescente était en cours actuellement et elle, elle était sûrement sur son lieu de travail, en train d'aider un tas de gens. Le bruit de ses pas résonna durement.
- « eh oh » tenta-t-il, une nouvelle fois, en vain
D'une démarche lente, presque tétanisé, il se rapprocha de l'une des portes dans le fond du couloir et s'enfonça dans la chambre d'ami, après avoir frappé quelques minutes, sans réponse ; quelque chose se brisa en lui, encore une fois, il se retrouvait face à l'une des terribles conséquences de ce massacre. Son regard d'un bel ébène s'accrocha doucement à la silhouette de l'homme, assis dans le lit au milieu de la pièce ; ses mèches brunes avaient bien poussé, là où elles lui arrivaient aux épaules une année en arrière, elles descendaient à présent dans le milieu de son dos, son corps si résistant auparavant ne démontrait actuellement qu'à quel point la nourriture passait mal dans son estomac et ses yeux.. ses prunelles brunes, qui auraient fait fuir n'importe qui ne reflétaient plus rien, du vide, un intense et triste vide.
- « bonjour » salua poliment le brun
Il se pencha une seconde en-avant, dans un salut traditionnel et attrapa une chaise qui traînait dans un coin de la pièce ; il la déposa à quelques mètres du lit et s'y installa doucement. L'homme ne bougeait pas, ne réagissait même pas au son de sa voix.
- « Sasuke » appela-t-il, doucement « c'est moi.. c'est Shikamaru Nara »
Le regard brun de l'Uchiha fixait un point imaginaire sur le drap blanc qui couvrait une partie de son corps ; durement, Shikamaru eut l'impression que plus rien n'habitait ce corps qu'il connaissait bien. Les deux bruns s'étaient connus sur les bancs de l'académie et s'ils n'avaient jamais été réellement amis, un certain blondinet les avait liés, l'un à l'autre. Ils étaient les deux hommes dans l'ombre du héros, ces deux garçons qui tentaient tant bien que mal de faire en sorte que le sourire sur les lèvres du blond ne disparaisse jamais ; ils avaient échoué, le brun s'en rendait compte tous les jours, depuis le massacre.
Un soupir s'échappa de ses lèvres et il se racla maladroitement la gorge.
- « tes cheveux ont drôlement poussé » tenta-t-il, un léger sourire au coin des lèvres « ça te va bien. tu as perdu du poids par contre, si ça te dit, faisons nous un petit restaurant, dans la semaine, d'accord ? »
Du poids, il en avait bien trop perdu ; le brun n'eut aucun mal à remarquer les os saillants qui pointaient sous le haut que Sasuke portait. La rose l'avait prévenue, elle lui avait dit que tout avait changé, que le brun n'était plus le même ; mais il ne s'était pas attendu à ça. L'Uchiha avait toujours été une sorte de légende vivante parmi sa génération, le rescapé d'un massacre, le grand et bel héritier du clan ; Shikamaru n'avait comprit son mal-être que bien trop tard, lorsque le brun avait rejoint Orochimaru, dans les ténèbres.
- « tu le sais peut-être déjà, mais la décision de reconstruire Konoha a été prise » annonça-t-il « nous avons pris cette décision, et ils.. les autres ont fait un choix » il prit une inspiration « j'ai été choisi pour reprendre le poste de hokage, Sasuke.. je reprends son poste »
Il aurait aimé que le brun se met en colère, qu'il lui jette quelque chose à la figure, qu'il hurle, mais aucune réaction ne s'échappa ; il restait là, le regard vide.
- « je t'avoue que je suis effrayé » confia-t-il « toi et moi, nous avons toujours été près de lui, camouflés dans son ombre, mais là.. je me retrouve à son poste et je ne sais pas si j'en suis capable. qu'est-ce que je suis censé faire ? est-ce que je serais capable de prendre soin de tout le monde ? est-ce que je serais capable de maintenir la paix dans cet univers ? »
Un soupir s'échappa de ses lèvres.
- « Sasuke » appela-t-il, doucement « j'ai besoin de toi.. j'ai besoin que tu me conseilles. je reprendrai ce poste, je reprendrai son poste, mais toi, prends le mien ; je veux que tu sois là, je veux que tu participes à tout ça, à la reconstruction du village.. tu m'entends, Sasuke ? »
Le brun était l'assistant dont il avait besoin, l'homme dans l'ombre qui l'aiderait ; peut-être était-il égoïste, mais il ne se sentait pas capable de faire quoi que ce soit, sans l'aide de l'Uchiha.
- « réponds-moi, je t'en supplie » lâcha-t-il, une pointe de tristesse dans la voix « j'ai besoin de toi.. nous avons besoin de toi, Sasuke.. tu m'entends ? reviens-nous.. »
Il se heurtait à un mur, Sasuke Uchiha était-il toujours là, dans cette carapace ou n'était-ce plus qu'une enveloppe vide? Dans un hochement de tête désespéré, au bord des larmes, Shikamaru acquiesça, dans le vent et se hissa sur ses deux pieds, il remit la chaise à sa place et se posta près du lit, sans un mot ; qu'était-il censé faire ?
- « debout, putain » s'exclama-t-il, durement « lève-toi, enfoiré »
D'un geste colérique, il attrapa un morceau du drap et le tira brutalement ; mais rien, rien du tout, ne lui répondit. Le survivant du massacre du clan Uchiha ne bougeait pas. Un cri agonisant au bord des lèvres, Shikamaru s'excusa plusieurs fois, dans quelques murmures maladroits et remit correctement le drap, sur les jambes du brun ; ils avaient tous tant perdus, dans cette bataille.
- « s-si.. si tu as besoin de quelque chose, je serai là » ajouta-t-il, d'une voix un peu plus douce « d'accord, Sasuke ? »
Il camoufla tant bien que mal le tremblement qui menaçait de prendre d'assaut son corps et salua poliment le brun, avant de prendre la fuite, loin de cet appartement ; il haïssait ça, ce sentiment d'impuissance dans ses tripes, ce même sentiment qui ne le quittait pas depuis le massacre de la nation du feu.
Le chemin jusqu'à sa demeure se fit douloureux, les souvenirs le frappaient ; ces images où les sourires des jeunes adultes plongés dans l'insouciance qu'ils étaient le berçait. Il se revoyait, habillé de ce costume d'un bel ébène, au mariage de Naruto et Hinata, un sourire au coin des lèvres ; il s'était senti bien, ce jour-là. Les mains dans les poches, il remonta l'allée de sa demeure et s'enfonça à l'intérieur, sans un bruit ; ses chaussures trouvèrent une place, près des baskets de son adolescent. Une pointe d'épuisement dans les traits, il s'installa une seconde sur le sol, les mains tremblantes ; est-ce que, s'il n'avait pas rencontré ces deux enfants, il aurait été ainsi ? Et au fond, qu'est-ce qui était le mieux ? Vivre en ayant conscience de la mort de ses êtres chers ou survivre, condamné à errer dans un univers vide ?
Il ne retint pas le soupir qui s'échappa de ses lippes et s'apprêtait à se remettre sur ses deux pieds, lorsque le corps frêle d'une petite fille se heurta à son dos ; délicatement, il fit volte-face et déposa un chaste baiser sur la joue de l'enfant. Le sourire qui traînait sur ces lèvres lui mit un peu de baume au cœur.
- « bonsoir toi » salua-t-il, doucement « tu as passé une bonne journée ? »
La silhouette de son épouse se dessina bien vite à quelques mètres de lui et les sourcils légèrement froncés, il déposa son regard sur le sourire qui déformait les lèvres de la blonde ; elle semblait si heureuse à cet instant que ça lui coupa le souffle.
- « est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il, perdu dans tous ces sourires
- « très bien » répondit la trentenaire « Mitsuha, mon cœur, vas-y »
Le froncement de sourcils du brun s'accentua et délicatement, il déposa son regard sur le visage souriant de la petite fille, face à lui ; quelques nuances de rose s'accrochèrent aux joues de la brune et elle se frotta les yeux, maladroitement, soudainement si timide. Il trouvait ça adorable.
- « qu'est-ce qu'il se passe ? » interrogea-t-il, curieusement
- « a..p-p.. » tenta timidement l'enfant, les joues rouges
Shikamaru retint tant bien que mal le sursaut de son cœur dans sa cage thoracique et posa un regard étonné sur le visage souriant de son épouse ; il lui semblait que Mitsuha tentait de dire quelque chose. Dans un geste doux, il déposa ses mains sur les côtes de l'enfant, un petit sourire au coin des lèvres.
- « je t'écoute, Mitsuha » dit-il, d'une voix délicate, mais impatiente
- « a.. m-mit..suha » lâcha-t-elle, difficilement, le doigt pointé vers elle-même « mitsu..ha »
- « oui, c'est ça » s'exclama le brun, un grand sourire sur les lèvres « bravo »
- « p.. » continua-t-elle, le doigt pointé vers le brun « p-pa..pa.. »
En un claquement de doigt, le sourire sur les lèvres du brun s'était effacé ; les sourcils froncés, il déposa un regard plein d'incompréhension sur son épouse.
- « qu'est-ce qu'elle vient de dire, là ? » demanda-t-il
- « écoute-la, tu comprendras » souffla la blonde, un mince sourire sur les lèvres
- « pa.. pa.. » recommença la petite fille aux cheveux bruns « p..papa »
- « la séance d'aujourd'hui comportait une photo de toi » expliqua la trentenaire « j'ai bien essayé de lui dire que tu t'appelais Shikamaru, mais elle n'a fait que répéter ce mot pendant l'heure entière »
Les prunelles brunes de l'homme se posèrent délicatement dans les iris bleutés de la petite fille et pendant un court instant, il se heurta à ce bleu ; ce bleu qui le ramenait des mois en arrière. Il n'aurait jamais cru qu'un jour viendrait où cette petite fille semblerait être vraiment heureuse, les jours s'échappaient et elle se comportait de plus en plus comme une petite fille ordinaire ; est-ce que Fune les observait de là-haut? Il espérait sincèrement, parce que lui, il ne l'oubliait pas.
Les quelques perles qui pointaient au bord de ses paupières, dévalèrent soudainement sur ses joues rugueuses et il étouffa tant bien que mal un sanglot entre ses lèvres ; il se haïssait pour être si faible, mais il se sentait si bien, à cet instant. Les bras frêles de Mitsuha entourèrent son cou et doucement, il s'accrocha au pull qu'elle portait ; les mains tremblantes, il passa un bras autour de la taille de son épouse, à l'instant où elle s'ajouta à l'étreinte, délicatement. Elle n'eut pas besoin de mots pour comprendre ce que son époux ressentait actuellement, sûrement parce qu'elle l'avait ressenti, elle aussi, quelques heures en arrière, à l'instant où la douce voix de la brune avait envahi la pièce.
Toutes les émotions de la journée l'avaient épuisé, il se sentait vide de toute force, happé par les bras réconfortants de son lit douillet, mais il n'eut pas le cœur de refuser la demande de Mitsuha, après le repas, alors que la lune pointait le bout de son nez dans l'atlas sombre ; un sourire au coin des lèvres, il s'installa confortablement sur le matelas de l'enfant et attendit sagement qu'elle vienne se faufiler dans ses bras, pour commencer à lire.
- « c'est l'histoire d'un ogre » commença-t-il, d'une voix douce « d'un ogre et d'une princesse »
Les prunelles bleutées de la douce enfant ne tardèrent pas à briller intensément et elle se positionna un peu plus confortablement contre le torse du brun, une vieille peluche dans les bras ; Gaara lui avait offert, ils avaient tous été étonnés de cette initiative, cette peluche accompagnait l'homme depuis tant d'années, si bien qu'il en prenait plus que soin. Pourtant, un matin, il était apparu sur le pas de la porte et avait fourré cette peluche dans les bras de l'enfant ; Mitsuha l'affectionnait tout particulièrement.
- « l'ogre vivait seul, dans un endroit sombre, à l'abri des regards ; il aimait sa solitude » continua-t-il « et elle, la princesse, elle vivait, enfermée dans une tour très très haute d'un château abandonné par les hommes ; dans son enfance, une vieille dame avait lancé un sort maléfique à la petite fille, un sort qui l'empêchait de vivre pleinement sa vie de princesse, un sort qui l'enchaînait à cette tour » il tourna doucement la page « le château, gardé par un affreux dragon, ressemblait à une prison pour elle ; elle rêvait du prince charmant qui, un jour lointain, la sauverait de ce triste destin. et cette princesse, ce qu'elle était bell-.. »
- « Shikamaru » le coupa la voix de son épouse, de l'autre côté de la porte
- « je suis là, je lis une histoire à Mitsuha » s'exclama-t-il, doucement
Bien que la blonde ne la voyait pas, la petite fille acquiesça joyeusement, un bâillement au bord des lèvres ; le brun déposa un tendre baiser sur son front et posa immédiatement son regard sur son épouse, lorsqu'elle s'enfonça dans la pièce.
- « tu as besoin de quelque chose ? » interrogea-t-il
- « je.. » commença-t-elle, la voix presque tremblante « il faut que tu viennes, s'il te plaît »
La maladresse dans la voix de la blonde lui arracha un froncement de sourcils, quelque chose clochait, il le sentait ; il acquiesça et s'extirpa du lit, déposant le livre dans les mains de sa fille adoptive.
- « je reviens très vite, Mitsuha » souffla-t-il, doucement « attends-moi »
Une moue adorable sur les lèvres, elle acquiesça et déposa son attention sur les dessins du livre pour enfant ; un vieux conte que le brun tenait de ses parents, une histoire que sa mère lui racontait lorsqu'il n'était qu'un enfant. Il ébouriffa doucement les mèches brunes de la petite fille et suivit son épouse dans le corridor, les sourcils froncés, une pointe d'inquiétude dans les tripes.
- « est-ce que ça va ? » demanda-t-il, immédiatement « il est arrivé quelque chose à Shikadai ? »
- « non, ne t'en fais pas » lâcha-t-elle, doucement « Shikadai dort chez ta mère, il est sûreté »
- « alors, qu'est-ce qui ne va pas ? » souffla-t-il, les sourcils froncés, le cœur tremblant.
Quelques perles pointèrent au bord des paupières de la blonde, elle semblait sur le point de fondre en larmes, qu'est-ce qu'il se passait ? Dans un geste doux, il tira son épouse dans ses bras et resserra doucement sa prise.
- « il s'est passé quelque chose, Shikamaru » murmura-t-elle, dans un souffle agonisant « j'ai reçu un appel d'Ino »
Le brun acquiesça doucement, mais ne dit rien ; il attendrait le temps qu'il fallait, qu'elle soit prête à lui dire. Bien que l'inquiétude dans ses tripes ne cessait de prendre de l'ampleur.
- « c'est Sasuke » avoua-t-elle, au bout de quelques secondes silencieuses « il.. il a mis fin à ses jours, c'est Sakura qui l'a trouvé. »
