Chapitre six

Glen posa ses mains caleuses sur ses hanches, et attira son corps nu contre le sien. Ses yeux verts plongés dans ceux, bleus métallique, d'Emmanuelle, dont les poils des bras s'étaient hérissés. Elle bascula sur le lit, le jeune homme penché sur elle, embrassant ses joues, son front, son cou, sa clavicule, ses épaules dénudées...

- Emma...

Il poussa un grognement rauque, presque animal, quand, de ses doigts, elle frôla son échine en ricanant.

Puis elle ouvrit les yeux brutalement. Ça sentait l'antiseptique.

- Ah, vous êtes réveillée ! s'exclama une voix masculine.

Emmanuelle se redressa et tourna la tête vers l'endroit d'où provenait la voix. Il s'agissait d'un homme dans la fleur de l'âge, habillé d'une blouse d'infirmier. Ses longs cheveux blonds était retenus en un catogan à l'arrière de sa tête et ses yeux dorés scrutaient un carnet qu'il tenait entre ses mains. Assez petit, mais trapu, la mâchoire carrée, un nez aquilin et une bouche fine et un bouc qui lui mangeait le menton.

- Ace vous a amenée ici, inconsciente. Comment vous sentez-vous ? demanda-t-il en posant une main sur son front pour prendre sa température.

Emmanuelle repoussa doucement sa main et secoua la tête.

- Merci beaucoup, mais je vais bien, c'était un gros coup de fatigue, répondit la jeune femme en se levant tranquillement.

Elle ignora un léger vertige qui vint perturber sa vision pendant une fraction de seconde.

- Je m'appelle Lucas, je suis le médecin de bord, se présenta l'homme en caressant son bouc, tant que vous êtes ici - et puisque vous pétez la forme - vous allez avoir droit à la visite médicale à laquelle vous n'avez pas assisté.

- Je suis arrivée il y a quelques jours, se renfrogna Emma, peu encline à se faire tripoter par un médecin.

Lucas sourit et invita Emma à enlever ses habits afin de commencer l'examen.

- Combien de temps suis-je restée endormie ?

- Pas plus de deux heures. Les marines qui nous ont attaqué sont déjà bien loin. Tenez, montez sur cette balance.

L'aiguille de la machine afficha soixante-dix kilos. Le mètre lui indiqua qu'elle faisait un mètre soixante-dix huit. Pas de problèmes de fractures suite au combat, juste quelques ecchymoses par-ci par-là. Une prise de sang et un test de vu plus tard, la jeune femme était de nouveau habillée, prête à sortir de l'infirmerie. Elle se sentait très bien, malgré l'évènement étrange et épuisant qui avait eu raison d'elle pendant le combat contre les soldats de la marine. Grommelante, elle sortit de l'infirmerie en remettant son t-shirt. Elle voulait des explications, et personnes ne lui en donnait.

C'est pas comme si je m'étais transformée en un espèce de fantôme qui briller i peine deux heures, hein.

La jeune femme trouva Ace en train de débarasser le pont des quelques corps de soldats morts. Elle retint un haut-le-coeur et détourna le regard, effrayée par la simple vue des cadavres. Ace, lui, ne lui prêta même pas attention : elle prit donc sur elle et s'approcha de lui, posant sa main sur son épaule.

- Ace, est-ce qu'on peut parler cinq minutes ? quémanda-t-elle, toujours en évitant soignement de regarder les trois corps qui gisaient au sol.

- Je suis occupé là, grogna-t-il en réponse et en se dégageant de la main d'Emma.

- Tu m'excuseras, mais j'aimerais bien savoir ce qu'il s'est passé avant que je tombe dans les pommes, continua-t-elle.

Ace souffla d'agaçement et se tourna vers elle, plantant ses prunelles d'un noir profond dans celles bleu métallique de l'adolescente.

- Tu...ton corps s'est illuminé d'un coup, il avait un aspect fantômatique. Je dois t'avouer que je suis aussi perdu que toi.

- Alors je n'ai pas rêvé, soupira Emmanuelle, perplexe.

Il fallait qu'elle ré-essaie absolument. Qu'elle sache ce qu'il en retournait.

- Il faut que je recommence, annonça-t-elle de but-en-blanc en s'éloignant.

- Eh, tu dois m'aider à débarasser ça, râla le brun en la retenant par le bras, déjà qu'on m'a refilé le sale boulot alors que je fais pas partie de cet équipage, tu vas pas me laisser tout faire !

- Je... c'est que... déglutit Emma en fixant les cadavres, qu'est-ce qu'on fait des cadavres ?

- Ils seront rendus à la mer ce soir.

Voir ces corps était dur pour elle, et lui rappelait sans cesse la mort brutale de Glen. Mais elle prit une fois sur elle de nouveau, tentant de cacher ses tremblements, et aida Ace à déposer les corps tous au même endroit, proprement, et à les recouvrir de draps blancs. La jeune femme était presque aussi blême que ces derniers.
Le soir, au coucher du soleil, les corps furent rendus à la Terre Mère, à l'océan, à la grande bleue. Emma ne laissa pas échapper une larme pour ces soldats, mais se sentit très mélancolique, touchée par la peine qui devait toucher les familles de ces hommes qui avaient donné leur vie pour une cause qui leur semblait juste. Les hommes autours d'elle étaient de marbre, pour la plupart, mais elle ressentait une certaine tension qui émanait d'eux. Ils s'éloignèrent tous petit à petit pour reprendre leurs occupations, et Emma resta seule au bord du bastingage, le vent frais du soir la faisant frissonner.

De son côté, Ace venait de se prendre une énième raclée par Barbe-Blanche, lui valant de se prendre une cinquantaine de regards noirs de la part des hommes présents à ses côtés. Il partit alors s'isoler, boudeur et énervé, quand il croisa une Emma rêveuse, emmitoufflée dans un gros pull. Elle fixait l'horizon et... chantait. Sa voix, bien que mélodieuse, comportait quelques faiblesses, quelques fausses notes, mais son vibrato était bon et empêchait ainsi de se focaliser uniquement sur ces défauts.

Follow the path,
To where no one's ever been...
Don't turn around,
Until you reach the end.
Accross the sea,
And beyond the distant lands,
The world awaits,
So don't make any plans.
There you go...

- Tu as mangé un fruit du démon ? demanda Ace de but-en-blanc.

Emma sursauta violemment et se retourna, les yeux brillants de larmes.

- U-un fruit du démon ? Non... Non, pas du tout, répondit-elle, je ne sais pas non plus ce qu'il m'est arrivé. Devrais-je en parler au capitaine ? Personne n'a l'air d'être au courant à part toi.

- Ta "transformation" - il mima les guillemets avec ses doigts - s'est arrêtée quand je t'ai rattrapée, et personne d'autre n'était présent. En tout cas fais comme tu le sens, mais je sais pas s'ils pourront t'éclairer plus que ça.

- Pourquoi est-ce que tu fuis tout le monde, Ace ? Pourquoi veux-tu tuer le capitaine ?

Décidemment, c'était la soirée des aveux !

- Je deviendrais le Roi des Pirates, siffla-t-il en lui lançant un regard noir, et pour ça je dois être le plus fort, et personne ne se mettra en travers de mon chemin !

- Pourquoi vouloir exister au point de devoir te faire tuer alors qu'en étant juste toi tu as de l'importance ? Je trouve ça idiot, répliqua-t-elle en fronçant les sourcils, si tu veux la liberté, tu n'as pas besoin de te mettre à dos le monde entier.

- Est-ce que tu as la moindre idée de ce que ça fait de vivre toute son enfance en se demandant si on a le droit de vivre ? Si ça vaut la peine que j'existe alors que je suis un monstre ?

Cette fois-ci, Ace était en colère. Il s'était approché d'elle, désormais face à face, et la dardait d'un regard furieux. Pour qui se prenait-elle, cette gamine pourrie gâtée, qui n'avait rien à foutre dans l'équipage et qui ne connaissait rien de la vie ?

- Où vois-tu un monstre, Ace ? répondit Emma d'une voix très douce, moi, je ne vois qu'un jeune homme têtu, méfiant, colérique et perdu.

- Qui es-tu pour te permettre de me juger au juste ? rétorqua furieusement Ace, presque en criant.

- Je ne te juge pas, je constate juste. Tu as le droit de vivre comme tout le monde Ace, et je ne vois pas pourquoi cela serait différent avec toi.

Elle tendit le bras et tapota le bout du nez du jeune homme, puis frôla sa joue de sa main.

- Tu as un corps normal, comme une personne normalement constituée, commença-t-elle en le regardant toujours droit dans les yeux, et quand bien même il te manquerait une moitié de visage ou un bras, je ne vois pas ce que cela change.

Puis sa main, délicate, se posa sur son torse, chastement, au niveau de son coeur.

- Tu as un coeur. Alors dis-moi, Ace, qu'est-ce qui fait de toi un monstre ?

Il recula brusquement, ne sachant que dire. Le contact de la main d'Emma sur son torse l'avait électrisé à travers le tissu de sa chemise. Comment avait-elle pu lire en lui comme dans un livre ouvert ? Elle venait de chambouler ses à priori, ce qu'il pensait de l'existence.

Tu as un coeur.

Alors, dis-moi... qu'est-ce qui fait de toi un monstre ?

Il trouva soudain Emma terriblement frêle, petite, fragile. Elle qui lui avait semblé si rude, si garçon manqué, si forte, il lui semblait maintenant qu'elle était d'une fragilité étonnante, dans ce gros pull. Face à elle, il avait l'impression d'être une montagne car, même si elle était assez musclée et grande, il n'en était rien face à la carrure de Ace.
Elle faisait penser à une fragile rose un peu trop épineuse et qui, malgré son apparente résistance, pouvait s'effriter, se fâner brusquement. Le silence pesa pendant de longues minutes durant lesquelles Emmanuelle resta immobile face à Ace, le regard de ce dernier s'accrochant au médaillon qu'elle portait autour du cou.

- Hey la nouvelle, t'es de corvée de patate, ramène toi, lança sèchement l'homme qui l'avait tancée la veille quand elle était sous la douche, arrête donc de glandouiller !

- J'arrive Matt ! grommela la jeune femme en levant les yeux au ciel.

Elle s'éloigna avec un sourire doux envers Ace, rejoignant Matt qui lui lança une claque derrière la tête.

This is not a farewell,

Just a goodbye...


Bonsoir les enfants !
Alors tout d'abord je tiens à vous souhaiter à tous un joyeux Noël ! Et du coup poste un chapitre aujourd'hui, un peu comme un cadeau de Noël ahah.
Je pose ça là. N'hésitez pas à laisser un avis ou des critiques qui pourraient me permettre de m'améliorer, et surtout, éclatez vous, mangez à vous en exploser la panse -miam foie gras - et profitez bien !
Bisous à vous, passez un bon réveillon.
Leda Az ~