Halo fraulein ! Comment allez-vous ?

Voili voilu le chapitre quinze de Wind of Freedom, tout fraîchement écrit. On a un petit bond de six mois dans le futur comme vous avez pu le constater au chapitre précédent, qui contenait une grosse révélation qui, je l'espère, vous a un minimum surpris (bien que je n'ai laissé aucun indice filtrer depuis le début, pas même une allusion).

Je vous souhaite à tous une bonne lecture ! N'hésitez pas à laisser votre avis en commentaire, une critique, qu'elle soit positive ou négative, bien entendu, afin de pointer ce qui pourrait être changé, une incohérence, une erreur etc :)


Mois d'août mil cinq-cent dix-neuf.

Ace avait pris, au cours de ces six derniers mois, la fâcheuse habitude de dormir avec elle ou, tout du moins, s'incruster dans sa chambre - au départ pour discuter de tout et de rien, puis ensuite pour squatter son lit. En outre, ses cauchemars éveillés s'étaient calmés après une période infernale d'un mois entier, en juillet, où elle avait enchaîné crises sur crises, principalement la nuit, moins la journée. La brune s'en remettait donc tout juste, les yeux encore marqués de ces nuits sans fin et sans sommeil. La plupart des membres de l'équipage, ceux qu'elle côtoyait le plus souvent, étaient désormais au courant pour son étrange pouvoir dont Thêta avait refusé de lui donner la clé avant de se donner la mort. Ses rêves éveillés ne passaient pas non plus inaperçu. Correction, ils ne passaient plus inaperçus.

Emma avait piqué une crise en plein milieu du pont pendant qu'elle était de corvée de récurage du sol, étonnant fortement ses camarades. On était donc habitués, sur le Moby-Dick, aux hallucinations d'Emma et à la narcolepsie d'Ace - ce dernier avait d'ailleurs grimpé les échelons grâce à une vitesse phénoménale et n'était pas loin d'être promu commandant de la seconde division, faisant monter en Emma un pique de jalousie qui fut bientôt remplacé par de la fierté.

- Dis-moi, t'as pas chaud avec le plumeau qui te sert de chevelure ?

La brune tourna la tête vers Satch avec une mine blasée. Assise sur le devant du navire, presque sur la proue, son "plumeau" bravant la brise marine, elle prenait un bain de soleil bien mérité avant de retourner à son poste de vigie pour le reste de l'après-midi.

- Non j'ai pas chaud, et c'est quoi ton problème avec mes cheveux à la fin ?

- Juste qu'ils ont l'air vraiment épais, et avec leur longueur, je me demandais si ça ne te tenait pas chaud, pouffa l'homme en levant les yeux vers l'horizon pour contempler la Mer, tu ne comptes pas les recouper ?

- Non, Glen... Enfin, bafouilla-t-elle en se grattant le crâne, je connaissais quelqu'un qui aimait beaucoup mes cheveux longs. Je n'ai donc pas envie de les couper tout de suite.

- Ah oui ? Avoues, c'était ton petit-ami, pour que tu rougisses comme ça !

- Oui, c'était... soupira-t-elle avec un sourire nostalgique.

Elle agrippa le pendentif qui ne la quittait jamais et elle ferma les yeux en inspirant fort l'air chargé de sel. Satch eut un sourire et un regard protecteur envers cette toute jeune fille qui n'était même pas encore une adulte à proprement parler.

- Ce pendentif, c'est lui qui te l'a offert ? demanda-t-il avec un ton très doux, comme un grand-frère qui aborde un sujet important avec sa petite soeur.

- Oui. Je le porte toujours depuis que...depuis...l'explosion.

- Que lui est-il arrivé ?

La jeune fille déglutit mais ne ressentit presque pas l'envie de pleurer, bien qu'elle ait toujours du mal à prononcer ce mot. Mort.

- L'explosion de la mine, quand vous êtes venus sur l'île, l'été dernier, répondit-elle en se relevant, faisant face à son ami, il travaillait là-bas. Je l'ai retrouvé mort, coincé sous les décombres. C'était un garçon bien, mais le destin en a décidé autrement.

- Je pense que de là où il est, il est fier de toi, pour la jeune femme que tu deviens et pour la force que tu démontres tous les jours, expliqua Satch en frottant sa tignasse bouclée, tu as fait beaucoup de progrès depuis ton arrivée, tu mérites ta place ici.

Emma lui lança un regard plein de détermination.

- C'est pour lui que je vis et que je veux être libre. Et pour tous ceux qui n'en n'ont pas eu le temps ou qui n'en ont plus la possibilité.


Perchée dans la vigie, Emma observait la Mer avec attention, scrutant avec attention l'étendue mouvante qui entourait le navire. Alors qu'elle allait se laisser aller à un énième grattement de nez, elle aperçut une forme qui flottait péniblement sur l'eau, presque non identifiable, mais qui ressemblait fortement à un être-humain aux yeux d'Emma. Un être-humain étendu sur une grande planche de bois qui menaçait de couler à tout moment.

- Homme à la mer ! hurla-t-elle précipitamment en se penchant au dessus de la vigie, à tribord, environ cinquante mètres ! Il faut descendre un canot !

Timald lui fit un signe positif, le pouce en l'air et avec l'aide de Matt, descendit un canot sur la Mer et il s'y jeta, atterrissant souplement sur ses pieds. Emma resta à son poste encore quelques instants afin de vérifier qu'il n'y avait aucun navire alentours ou un autre naufragé, puis elle descendit de son perchoir avec rapidité. Un regroupement d'homme s'était formé au niveau du bastingage, chacun essayant d'apercevoir la victime des flots.

- Emma, l'interpella Timald, crois-tu que tu pourras nous aider à le ramener sur le canot à la nage ? Le courant est fort et il commence à dériver, ça nous faciliterait la tâche, tu es celle qui nage le mieux et le plus vite parmi nous !

- J'arrive, affirma-t-elle en retirant son t-shirt et ses bottes, ne gardant que son short en tissu.

Tony, un homme d'une vingtaine d'années, blond aux yeux noisette et au visage imberbe, l'aida à descendre sur le canot avec une échelle de corde - elle avait moins de résistance que Timald et au vu de la hauteur, elle se serait certainement brisé une cheville en retombant dans le canot.

Ils engagèrent le chemin jusqu'au naufragé, ramant de toutes leurs forces pour aller contre le courant qui voulait les emporter de l'autre côté.

- A moi de jouer !

Emma lâcha les rames et se jeta à l'eau après avoir accroché une grande corde autour de sa taille. Il ne restait plus qu'une quinzaine de mètres à la jeune fille pour atteindre la planche et quand elle y parvint, elle s'y accrocha, les deux bras de chaque côté de la largeur et elle commença à battre des pieds vers le canot de sauvetage tandis que Timald l'aidait en tirant sur la corde.

- Accroches-toi, ordonna son camarade en lui tendant la main.

Il la hissa comme un poids-plume dans l'embarcation et il se chargea de transporter le naufragé à leurs côtés. La vieille planche qui soutenait ce dernier quelques secondes auparavant sombra dans les flots. Les deux pirates ramèrent de nouveau vers le Moby-Dick avec un peu moins de difficulté, bien qu'Emma soit essoufflée de sa baignade improvisée. De retour sur le navire, et s'étala à plat dos sur le pont, en plein soleil, soufflant comme un boeuf. Elle en profita, tout en se séchant, pour observer l'homme qu'ils venaient de sauver de la noyade. Luca était en train de vérifier ses constantes et il affirma qu'il était toujours bien vivant, mais très faible. Le blessé était très grand, à la carrure massive, quoiqu'un peu amaigri, et il possédait une touffe de cheveux noirs et très bouclés, longs, ainsi qu'une barbe fournie. La brune n'eut pas le temps d'en voir plus puisque ses camarades l'emportèrent sur une civière pour l'amener à l'infirmerie.

- Ça va, c'était pas trop dur ? s'enquit Ace, qui venait d'arriver sur le pont.

- Il pesait quand même son poids, mais je suis contente qu'on ait pu le sauver, répondit-il Emma et se relevant pour finir d'essorer ses cheveux.

- En tout cas il a les mêmes cheveux que toi, comme un mouton, se moqua Satch en lui mettant une tape dans le dos qui lui fit rencontrer le sol, oups, pardon.


Ethan se réveilla, la bouche pâteuse, et avec l'impression qu'on lui avait tapé milles fois sur la tête avec une poêle à frire. Il se passa une main dans la barbe, se gratta la joue et se redressa avec difficulté. Sa tête lui tournait beaucoup et les sons semblaient être étouffés, comme s'il était entouré d'une bulle. Sûrement un effet secondaire des explosions.

- Mon...entendez ? entendit-il sur sa droite.

Il tourna la tête et aperçut un homme blond, de taille moyenne, les cheveux attachés en catogan et portant la barbichette. Sa blouse blanche lui indiqua qu'il était un médecin. Enfin, cela lui semblait logique. Les sons se firent de moins en moins réduits et il pu de nouveau entendre à peu près correctement.

- Avez-vous mal quelque part ? La nausée ? Vous sentez-vous fiévreux ? demanda le médecin en prenant son menton entre sa main pour faire passer de son autre main une lumière au niveau de ses yeux.

La lumière bougea de droite à gauche et Ethan la suivit du regard en poussant un grognement d'agacement.

- Et vous, pourriez-vous cesser avec vos questions ? J'arrive pas à suivre, houspilla-t-il le blond avec une voix rauque, je me sens bien, j'ai juste la tête qui tourne.

Luca, puisqu'il s'avérait que c'était lui, poussa un soupir et haussa un sourcil.

- Vous êtes plutôt en forme pour un naufragé qui était au bord de la déshydratation. Savez-vous où vous vous trouvez ?

- Absolument pas, mais je suis sûr que vous êtes le plus à même d'éclairer ma lanterne, répondit le brun avec sarcasme.

- Vous êtes sur le Moby-Dick, et vous dormez depuis deux jours. Nous vous avons trouvé sur une vieille planche pourrie au beau milieu de l'océan.

Les souvenirs d'Ethan étaient encore un peu confus, mais il se souvenait vaguement d'une explosion et d'un navire. Un navire de marchands d'esclaves. Mais il ne se rappelait que très peu pourquoi le navire avait explosé, et pourquoi il avait fait naufrage. Il signifia à Luca que ses souvenirs étaient encore un peu flous, mais que ça allait sûrement lui revenir. Maintenant, il était en train d'encaisser le fait qu'il se trouvait sur le navire de l'homme le plus fort de monde.


- Apparemment, l'homme que vous avez sauvé de la noyade sort aujourd'hui, dit Tony en posant son bras sur l'épaule d'Emma, à sa droite, Père l'a convoqué afin d'éclaircir la situation.

- En effet, j'étais présent lors de la discussion, intervint Marco qui venait de s'asseoir à table avec son plateau rempli de nourriture, cet homme faisait route sur une navire de marchands d'esclaves quand ce dernier à explosé suite à une attaque.

- Et on a recueilli un marchand d'esclave ? On aurait dû le laisser crever ! cracha un homme en frappant la table du poing.

- Il était sur le navire en tant qu'esclave, répondit l'homme-phénix avec froideur.

Emma sentit les poils de ses bras se hérisser d'effroi et de colère et elle foudroya l'abruti du regard.

- On t'as jamais appris à ne pas juger ? siffla-t-elle en plantant sa fourchette dans un morceau de viande.

Ce dernier haussa les épaules avec colère, se leva et partit de la table.

- Abruti.

Les discussions autour du naufragé continuèrent de vive voix dans le réfectoire. Cela faisait deux jours qu'il était le sujet de discussion d'une grande partie des pirates, tous aussi curieux les uns que les autres de rencontrer cet homme à la chevelure d'un noir de jais. Emma, elle, s'en fichait un peu. Il viendrait quand il le pourrait et quand il le voudrait, et ensuite ils aviseraient.

- Quand on parle du loup, dit Tony en délaissant l'épaule de la jeune fille pour entamer sa soupe.

Le nouveau venu se fit discret lors de son entrée, si bien que peu de personnes le remarquèrent, et ce fut Marco qui se leva pour l'inviter à leur table. Il était un peu plus grand que l'homme-phénix, avait meilleur mine et ses cheveux bouclés avait été coupés plus courts, mais bouclaient toujours de façon infernale et partaient en épis dans tous les sens. Sa barbe était plus propre et taillée correctement. Il avait un nez aquilin, le menton carré et les pommettes hautes. Le plus frappant furent ses yeux en amande, et d'un bleu métallique profond, foncés, si bien qu'ils avaient parus noirs de loin. Ace, qui se trouvait en face d'Emma, trouva ce détail affolant. Il tourna discrètement le regard vers le visage de sa camarade, et surtout vers ses yeux en amande d'un bleu foncé saisissant et qui, eux aussi, paraissaient noirs aux premiers abords.