Bien le bonjour ! Comment allez-vous en ces journées de rentrée scolaire ?
Je vous pose ici le chapitre seize, que j'ai mis un peu de temps à écrire par manque de temps - entre mon déménagement en Belgique et l'administratif au secours - et d'inspiration, mais ça reprend du service, ça y est !
Je vous souhaite à tous une bonne lecture ! N'hésitez pas à laisser votre avis, il pourrait m'être vraiment bénéfique :)
Ace fixait toujours son amie, en particulier ses grands yeux bleus foncé. Quand il se penchait bien plus sur les détails, il remarquait que la jeune fille avait exactement la même couleur de cheveux que le naufragé, la même tignasse bouclée. Le même nez aquilin. Ce n'était pas possible, ils étaient de la même famille !
Mais avant qu'il n'ait eu le temps de poser la question à Emma, cette dernière fut interpelée par Matt, qui venait d'entrer dans le réfectoire.
- Eh la grande perche, Père te demande dans sa cabine, dit-il en lui faisant un geste de la main pour lui signifier de se bouger l'arrière-train.
L'adolescente grommela quelque chose comme quoi elle n'était ni une grande perche, ni même une girafe, et bougea ledit arrière-train de son banc.
- A tout à l'heure, fit-elle à ses compagnons de repas avec un vague geste du bras.
Emma n'était pas inquiète pour un sou. Peut-être allait-il lui confier de nouvelles tâches ? Une mission en solo peut-être ? Ses poils de bras se hérissèrent d'excitation et elle attacha sa tignasse bouclée en queue de cheval haute. Quand elle arriva dans la cabine de Père, elle se posta face à lui, le dos bien droit et les mains liées dans son dos. Elle lui adressa un grand sourire en guise de bonjour, et il lui répondit de même.
- J'ai un message pour toi, de la part de ta grand-mère, annonça le géant en attrapant un escargophone dans sa grande main, ta mère est de retour. Elle souhaite que tu la rappelles sur son escargophone.
Le coeur d'Emma manqua un battement et elle crut apercevoir l'espace de deux secondes un cauchemar éveillé changer sa vision. Sa mère ? Cette même mère qui était présumée morte depuis seize ans ? Cette même mère qui l'avait laissée toute seule ? Ses poils de bras se hérissèrent de nouveau. Cette fois-ci d'angoisse. De colère. D'incompréhension. Pourquoi revenir maintenant ?
Elle s'approcha d'un pas lourd mais déterminé, tendit le bras pour s'emparer de l'escargophone et composa le numéro qu'elle connaissait par coeur.
- Emmanuelle ? retentit la voix de Rose à travers le combiné, comme je suis heureuse de te parler ! Comment vas-tu ?
L'usage de son prénom au complet annonçait la couleur.
- Je vais bien, répondit la jeune fille, la gorge nouée, où est ma mère ?
Rose n'émit aucun son, autre que sa respiration lourde, pendant plusieurs secondes.
- Elle se repose, elle est épuisée. Crois-tu que tu pourrais revenir, juste quelques temps ? Elle a beaucoup de choses à te dire, des choses que moi-même je sais, mais que je ne peux pas te dire à travers un combiné.
Emma eut envie de l'envoyer bouler, lui crier qu'elle ne voulait pas, qu'elle ne voulait pas s'emmerder pour une soi-disant mère qui l'avait abandonnée, qui ne l'avait pas vu grandir, qui ne s'était pas occupée d'elle.
- Je prends la route dès ce soir, je te tiens au courant de mon avancée, conclut-elle sèchement avant de raccrocher brutalement.
Edward Newgate posa un regard sur sa fille. Ou plutôt, sa petite-fille.
- Demandes à Ace de t'accompagner, tu iras bien plus vite en Striker pour rejoindre l'île de Dawn, ordonna calmement l'Empereur des Mers.
- Je peux me débrouiller seule, Père, rétorqua Emma avec un agacement grandissant.
- J'ai promis à Simon de te protéger. Je sais que tu n'es plus une petite fille fragile et sans défense, mais Grand Line est une mer dangereuse, et je ne souhaite pas qu'il t'arrive quoi que ce soit dans la précipitation.
Emma soupira, mais hocha finalement la tête.
- Bien.
Emma ouvrit la porte de sa chambre, son sac de voyage sur le dos, et trouva Ace au pas de la porte qui l'attendait. Père lui avait fait part de sa mission "d'escorte", sans dire plus que l'essentiel. La mère d'Emma était de retour après seize ans d'absence, elle devait aller la voir le plus vite possible. Point à la ligne. Ace avait râlé. Il venait de prendre les commandes de la seconde division et voilà qu'il devait déjà abandonner ses hommes !
- T'es prête ? s'enquit-il en décroisant ses bras musculeux.
- Ouais, allons-y, répondit la jeune fille en attachant ses boucles en queue de cheval basse.
Ils se rendirent sur le pont. Ace et Finnian s'affairèrent à préparer le striker tandis qu'Emma discutait avec Marco.
- Quand tu seras arrivée sur ton île, préviens-moi par escargophone, afin qu'on sache que tout va bien de votre côté, ordonna le second d'Edward Newgate, pareil quand vous repartez, je veux vous me préveniez. On vous donnera notre position à ce moment.
- Bien !
Emma eut un faible sourire, son esprit encore tourmenté par ses questions, mais sa bonne humeur revenait petit à petit. Elle tourna la tête sur sa gauche pour embrasser l'horizon du regard et ses prunelles croisèrent celles d'Ethan, qui lui lança une oeillade perçante et elle parvint à apercevoir l'éclat bleuté de ses yeux sombres, qui la troublèrent jusqu'à ce qu'Ace la ramène à la réalité.
- Hey, on y va, ramènes-toi ! lança-t-il en sautant sur son striker.
La jeune fille se détourna brutalement et sauta par dessus le bastingage, ralentissant sa chute en se transformant partiellement en spectre : elle avait découvert au fil des mois quelques nouvelles capacités, comme celle de flotter légèrement, grâce à son étrange pouvoir. Et si sa mère avait des réponses par rapport à cela ? Elle atterrit en douceur aux côtés d'Ace qui activa ses flammes, faisant partir l'embarcation au quart de tour.
- Emma prend la route ce soir. Elle nous tiens au courant de son avancée.
Recroquevillée dans un fauteuil, Eva eut un léger sourire suivit d'un soupir dépité.
- Elle doit me détester pour l'avoir abandonnée pendant si longtemps, sans donner de nouvelles, souffla-t-elle en se levant, vous a-t-elle souvent demandé où j'étais ? Si j'allais revenir ?
- Elle a posé des questions jusqu'à ses six ans environ, c'est à cette période qu'elle a réalisé que tu ne reviendrais pas tout de suite. Elle a dû décider de passer outre, répondit Rose, comment as-tu fait pour nous trouver ?
- Je suis au préalable retournée sur l'île de Dawn, mais en arrivant à la maison, il y avait d'autres propriétaires qui y vivaient. Ils m'ont indiqué que vous aviez bougé sur l'île d'Espérance, onze ans auparavant. Pourquoi avoir déménagé ?
Rose s'apprêta à répondre quand Simon entra dans la pièce, les bras chargés d'outils.
- Bonjour, résonna la voix grave de Simon alors qu'il toisait Eva de haut en bas, à qui ai-je l'honneur ?
- Je... Je suis Eva, la mère d'Emma. Enchantée.
Simon lui serra la main après avoir déposé ses outils.
- Moi c'est Simon Lenz.
Rose se tourna vers la rouquine et la regarda droit dans les yeux.
- Nous avons déménagé pour rejoindre Simon, expliqua la vieille femme en se frottant les mains l'une contre l'autre, nous étions en relation à distance depuis un certain temps. Je souhaitais qu'Emma continue de grandir dans un environnement plus stable, avec un grand-père et une grand-mère...
Eva sentit les larmes lui monter aux yeux et elle explosa en sanglots. Elle était si heureuse que sa fille, sa douce petite Emma, qu'elle avait laissée pour orpheline, ait pu avoir une vie stable et pleine d'amour filial.
Emma passait nerveusement une main dans ses cheveux sombres à la place de se ronger les ongles. Revoir sa mère après autant d'année la touchait plus qu'elle ne l'avait pensé de prime abord. De dos, faisant face à la mer et au vent, Ace était concentré sur l'utilisation de ses flammes, permettant à son striker d'avancer à grande vitesse. Ils avaient quitté le Moby-Dick depuis trois jours et passé leurs nuits blottis l'un contre l'autre dans l'étroite embarcation, le jeune homme faisant office de source de chaleur pour sa camarade qui détestait le froid, préférant largement les rayons lumineux et la chaleur propres au soleil.
- Arrête, tu vas finir par t'arracher les cheveux, grogna Ace comme s'il avait des yeux dans le dos, je vois la terre se rapprocher, on arrive d'ici quelques minutes.
- Tu ne devrais pas utiliser autant ton fruit, tu dois être épuisé, rétorqua la brune, autant pour montrer son inquiétude que pour repousser le moment où elle reverrait sa génitrice.
Ace ne se retourna pas et haussa juste les épaules. Il savait bien qu'Emma était stressée. Et il ne l'avait jamais vue dans cet état en huit mois. Quand enfin ils furent proches de l'île, Ace fit cesser ses flammes, se tourna vers la jeune fille et l'attrapa par les épaules pour la redresser. Elle sursauta, tirée de ses pensées angoissantes. Elle triturait avec force son pendentif en forme de coeur.
- Tout va bien se passer, alors arrête de te stresser pour rien, ça m'énerve !
- C'est facile à dire ! Je vais revoir ma mère, qui m'a abandonnée et qui m'a laissée sans nouvelles pendant seize ans, comment je suis supposée réagir ? L'accueillir avec des fleurs ? cria Emma, ses joues rougissant de colère et de frustration.
- Non, mais stresser ne retardera jamais ce qui est inévitable, souffla Ace en baissant légèrement la tête vers elle, donc tu vas péter un coup et arrêter de te bouffer les doigts - et les cheveux.
La jeune fille lui lança un regard buté, en serrant les poings, son visage proche de celui de l'homme de flammes. Elle n'avait qu'une seule envie, maintenant, tout de suite, c'était de l'embrasser. Une envie qui le prenait depuis maintenant deux ou trois semaines, surtout quand il venait lui tenir compagnie le soir, quand ils se racontaient des histoires et qu'il s'endormait comme une souche sur son lit, sans bouger jusqu'au lendemain. Ace l'attirait comme un aimant, bien qu'elle n'irait pas parler d'amour, comme de celui qu'elle avait connu avec Glen. Le jeune homme sembla lire dans ses pensées puisqu'il murmura un "roh puis merde", puis il se pencha vers elle pour l'embrasser avec ardeur. Elle répondit tout de suite au baiser puis se détacha, les joues non plus rouges de colère mais d'embarras - et d'envie.
- C'est une drôle de façon de me calmer, dit-elle simplement en posant sa main sur la joue d'Ace pour enlever une tâche - de la nourriture.
- Et ça a marché. En route maintenant, répondit-il en attrapant la main baladeuse avec douceur.
Emma se remit dans son coin, là où le feu ne l'atteindrait pas, et Ace mis les pleins gaz pour finir le peu de trajet qu'il restait. Quand enfin ils accostèrent, ils descendirent de l'embarcation. Il était environ midi et le soleil était haut dans le soleil, faisant monter la chaleur depuis les pavés sur le sol. La brune respira un grand coup et se mit à marcher avec énergie, Ace la rattrapant à grandes enjambées. Il lui attrapa la main pour rester à son rythme. Après ce baiser, qu'étaient-ils l'un pour l'autre ? Ils n'en savaient rien. Ils voulaient juste savourer leur jeunesse, savourer l'instant présent. L'instant présent qui allait peut être se transformer en cauchemar pour Emma. Comment réagir face à cette mère qui lui était inconnue ? Son angoisse monta d'un cran quand ils passèrent devant les ruines des mines qui avaient explosé. Les maisons n'avaient pas encore été reconstruite, et la mine était toujours fermée.
Elle dévia lentement son chemin et se dirigea vers les débris sous le regard d'Ace qui l'avait lâchée. La jeune fille fixa une grosse pierre qui n'avait pas bougé depuis l'explosion. La pierre sous laquelle Glen avait rendu son dernier souffle. Elle sentit une bile acide lui remonter dans la gorge et elle se pencha en avant douloureusement pour vomir. L'angoisse lui donnait des crampes à l'estomac, mais elle avait l'impression qu'elle venait de finir son deuil, n'étant jamais revenue sur les lieux de l'accident depuis la mort de Glen. Elle avait fuit le cimetière par lâcheté, de même pour l'enterrement. Elle n'avait jamais fait son deuil en un an et revenir ici venait de la sauver. Il était temps pour elle d'aller de l'avant, elle qui avait fuit l'île pour fuir le deuil. Il était temps maintenant qu'elle voyage pour la liberté et pour la mer, et non pour échapper à des souvenirs voraces.
- Allons-y, maintenant ! s'écria-t-elle avec un sourire espiègle.
