Yo ! Un nouvel OS, très court parce qu'écrit en une heure dans le cadre de la Nuit du FoF, sur le thème Serpent.
Bonne lecture !
5 Sens, OS 2 : Le goût
Ouroboros
Envy a quelque chose d'un serpent.
Au début, Edward s'était demandé si c'était à cause de sa démarche chaloupée et régulière, qui donne la fabuleuse impression que le monde physique n'a que peu d'emprise sur lui, et peut-être oui qu'il marche un peu comme un serpent mais non. C'est pas non plus à cause du sifflement de sa voix, ni de sa peau luisante de pluie ou de sueur ou de la douche qu'il vient de prendre, ni de son regard qui vous glace. C'est sa bouche.
Qu'est-ce que tu veux de moi, minuscule petit bonhomme ?
Ses mots, bien sûr.
Tu sais bien qu'on ne s'aime pas.
Ses mots qu'Edward supporterait venant de n'importe qui sauf de lui. Parce qu'il y a le reste de sa bouche, de sa voix persiflée, il y a le goût de sa langue, les soirs de baisers.
Quand ils s'embrassent, la bouche d'Envy goûte le sel de la transpiration, la bouche d'Edward, le sperme d'Edward, la cigarette et le goût, insupportable et enivrant, des autres hommes de la journée. Rien là de très serpentin, à première vue, c'est pour ça qu'Edward n'y a pas pensé plus tôt. Il se disait qu'Envy embrassait comme du poison. Presque. Du venin, il vient de comprendre, son arme de serpent, reptilienne et insidieuse comme le reste de son être.
Je ne t'aime pas.
Et ce goût enivrant qui lui dit ces choses, ces vérités qu'il ne veut pas entendre, qu'il voudrait fuir, mais il y a cela d'attirant dans le venin d'Envy qui l'endort tout en le stimulant, qui lui fait oublier la guerre qu'ils font en dehors de cet appartement secret et qui y fait naître un nouveau combat, qui lui fait du mal et du bien, qui lui fait sentir combien il est vivant en le tuant.
Je n'aimais pas celui de tout à l'heure.
C'est presque rassurant. Envy n'aime pas un autre. Le goût caresse de sa peau.
Et toi non plus.
Un coup de couteau, le goût lame de ses mains.
Je n'aime personne, Edward.
C'est presque une plainte, le goût salé des larmes pas versées. Ce goût d'amertume retenue qui donne envie à Edward de lui crier je suis là, moi, et si tu m'aimes je t'aime, et ma bouche peut être à toi pour de bon, elle ne connait que la saveur de ton corps, elle a le goût de tes baisers. Ce goût triste et attachant, un goût corde qui le lie poings et pieds, qui ne dit que pis-que-pendre, sur et pour tout.
Je ne m'aime pas.
C'est le sucre murmuré et délavé d'une enfance qui n'a pas existé, acide sur les plaies ouvertes qu'Edward devine dans le cœur de pierre d'Envy. Mais pas insensible, c'est juste un cœur de pierre, littéralement, personne y peut rien, un caillou rouge au goût de mort. D'horreur. Un cœur philosophal détraqué et pas philosophe vraiment. Un cœur empoisonné lui-même, Envy est un reptile au sang chaud où coule le même venin qu'il utilise pour tuer. C'est l'ouroboros, le serpent qui se mord la queue et fait remonter l'arme aigre-douce le long de son propre corps, qui la sent couler tout de son long et goûte avec son sang sa saveur doucereuse. Ils vont mourir tous les deux, à ce rythme là. Mais il faut bien mourir de quelque chose.
Et Edward voudrait bien mourir mordu par Envy, s'il ne savait pas qu'Envy renaîtrait aussitôt de son cadavre même pas cendre encore, alors il préfère se battre encore un peu, sentir le goût de son sang dans la bouche quand ils se frappent, le goût du fer, de la chair brûlée ni morte ni vivante, le goût du sexe et de la tristesse, un jour il y mettra un terme, ce sera lui, l'empoisonné qui finira par gagner, parce qu'il n'envisage pas que cela puisse en être autrement.
Quand le venin aura assez circulé, quand il sera à la merci d'Envy qui n'aura plus qu'à le dévorer alors ce dernier sentira ce goût immonde qui achèvera son corps, son âme et son cœur de pierre, le goût du poison transformé et intégré au corps, incarné. Le goût refoulé d'un amour qui aurait presque pu être vrai.
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Review ?
