Yo ! Cet OS-ci est écrit dans le cadre de la Nuit du FoF sur le thème Violet.
Bonne lecture !
5 sens : la vue
Alexandria
(On doit parler de tes yeux)
« Je porte des lentilles. »
Envy a pris l'habitude de dire ça, quand iel voit que le regard des gens s'attardent un peu trop sur ses yeux violets. Tout s'explique d'un coup, et ils lâchent l'affaire. Mais le blondin devant, non. Il lea fixe toujours.
« Tu visites l'appart ou bien, minus ? »
Iel sent qu'iel a à nouveau son attention, et iel apprend rapidement que le minus, justement, n'aime pas trop qu'on lui rappelle qu'il est un minus. Mais Envy soupire seulement.
« Bon, ça c'est l'entrée, là la cuisine, le four est pas à moi, l'ancienne coloc' part avec. C'est sa chambre, il reste deux-trois cartons, elle passera les récupérer dans la semaine. Là c'est ma chambre. Tu rentres pas. Là, y a les toilettes et là la salle de bains.
— C'est combien par mois, déjà ?
— Quatre cent cinquante, charges comprises, et internet aussi. Tu trouveras pas mieux à Central.
— Mon dossier.
— Envoie-le par mail comme une personne civilisée, damn. Tu prends la chambre ? Parce que j'ai déjà deux visites prévues ce soir et cinq autres cette semaine, t'imagines pas comme ça me gave.
— Et tu vas les refuser sans même les avoir rencontrés ?
— Ouais. Tu me plais bien, et tu prends pas trop de place.
— Qu'est-ce que tu sous-entends ?
— Ah mais c'était pas sous-entendu, nabot. Oh, wait. T'es pas transphobe au moins ?
— Euh … je crois pas ?
— Je suis genderfluid. Donc alterne les pronoms et les accords. Si tu parles de moi à un tiers, tu utilises iel. »
Les sourcils du nabot se froncent, et il croise les bras défensivement.
« Et pourquoi est-ce que je parlerais de toi à un tiers ?
— Tu verras, je suis incroyable, un sujet de conversation intarissable, vraiment. Je serai ton obsession.
— Uh. J'arrive pas à croire que je vais emménager avec un taré.
— Bienvenu chez toi, minus. »
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Edward ne pensait même pas qu'il resterait si longtemps ici. Il venait juste pour son Master en génétique quantique (1), il ne s'attendait pas à tomber amoureux de la bibliothèque de sa fac, à la rue des librairies, à trouver ici la directrice de recherches qui avait accepté de le superviser pour sa thèse sur le gène d'Alexandria. Il ne s'attendait pas, non plus, à rester six mois au même point mort. Pourquoi ces archives devaient être cryptées, au juste ? Il en est presque à hurler, et finalement il cogne du poing sur son bureau.
« Mini-Ed ? »
Il se lève d'un bond de la table pour faire face à sa colocataire, toujours aussi énervante avec ses foutues lentilles violettes, ses foutues remarques et son foutu sourire.
« Je t'ai dit de pas m'appeler comme ça ! C'est même pas comme si tu connaissais un autre Ed et que c'était pour nous différencier, alors arrête !
— Oh, tout doux minou. Je me demandais juste si ça allait.
— Eh ben non. Non, ça va pas, je capte rien, j'ai passé deux ans à rassembler ces ouvrages et je suis même pas foutu de commencer à les lire ! C'est quoi ce code de merde ?
— Prends une pause.
— Dis ça à celleux qui me paient.
— Pas genre un mois de pause mais une heure ? Si tu restes assis tout l' temps, tu vas te tasser, tu seras encore plus un minus. Je dis ça, je dis rien.
— Tu fais chier, Envy.
— Mais tu souris. Je savais que tu ne résisterais pas à mes charmes longtemps.
— Genre, quatre ans ?
— Je suis sûre que quand je suis pas là tu rentres dans ma chambre pour sniffer mes sous-vêtements sales. Tu devrais pas faire ça, Edward, je pourrais te poursuivre pour harcèlement.
— Je devrais même pas être étonné que ton esprit chelou envisage ça. »
Envy hausse les épaules et quitte la chambre de son colocataire, laissant derrière elle une traînée de parfum violet.
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Edward c'est ce que c'est, de poursuivre une légende. Il s'y était préparé. Il l'avait choisi.
Le syndrome d'Alexandria. Le gêne d'Alexandria. Les yeux violets, la peau pâle, les cheveux sombres, la jeunesse qui dure si longtemps, la fertilité sans puberté, le système immunitaire spécialement performant. Le sang miraculeux.
Il a appris l'Egyptien Ancien pour parvenir à lire les premiers textes écrits à ce sujet. Un flash violet dans le ciel, hein ? Comme quoi ? Est-ce que c'est une métaphore ? Des hypothèses, il en a. Il n'a que ça. Pas de preuves. Presque rien.
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Envy sait ce que c'est, d'être une légende. Il a été jeté dans le monde comme ça. Il n'a pas choisi.
Le syndrome d'Alexandria. Le gène d'Alexandria. Les yeux d'un violet bizarre, la peau qui ne prend jamais la moindre couleur, vivre si longtemps et voir tout le monde mourir sauf sa famille, devenir fou, se rendre compte que ça ne change rien. Être poursuivi.
Il se dit qu'il aurait dû lire le dossier d'Edward avant de l'accepter. C'était dangereux, de le laisser entrer là. Mais Envy aime le danger. Alors il aime Edward.
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« C'est un nouveau bouquin ?
— Ouais. Je l'ai trouvé sur un site d'occasion tunisien, c'est écrit en Hébreu mais je vais demander à une amie de me le traduire. »
Envy opine du chef. Il comprend l'Hébreu, comme il comprend toutes les langues. Et il peut lire ce qui est écrit. Les êtres mythiques. Supérieurs. Dangereux. Les alexandriennes ont été pourchassées comme des démones. C'est une page sombre de leur histoire. Une page qu'Envy veut déchirer.
« Et … Elle travaille vite ?
— Oui ! On fait difficilement plus efficace quand il s'agit de livres. Mais j'ai enfin de nouvelles sources ! Et regarde … là, ce symbole, l'ouroboros, il revient aussi dans les textes égyptiens. Il y a des dessins, aussi … C'est dingue …
— Dingue. Dingue, c'est le mot. Heureusement que ça existe pas.
— De quoi tu parles ?
— Je sais pas, tu trouves pas ça un peu incroyable ? C'est des vampires, ton truc.
— Ils ne boivent pas de sang. »
Alors ça, apparemment, Edward ne l'a pas encore lu. Oups. Petit spoil.
« Ouais, quand même chelou. T'imagines ? Tu vieillis pas. Tu vois tout le monde crever. On te repère à la couleur de tes yeux. On dirait plus une malédiction de conte qu'un gène miracle. C'est pas crédible, et en plus c'est fantasmé – d'où la différence c'est un truc qu'apporte des trucs chouettes à ta vie ? Être plus beau, plus intelligent, en meilleure santé que tout le monde, comme ça, sans raison ? Si les alexandriens ont existé, j'espère pour eux qu'ils se sont éteints.
— Envy, sincèrement, je fais suffisamment face au scepticisme général au quotidien pour me fiche totalement de ce que tu penses. Maintenant, sors d'ici.
— On est dans la cuisine.
— Alors c'est moi qui sors. Mais ça veut pas dire que j'ai tort ! J'ai raison ! Les alexendriens existent. Et je te le prouverai. »
Edward manque le ricanement de sa colocataire. Envy sait. Bien sûr qu'elle sait.
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« Pourquoi tu mets toujours des lentilles ?
— Parce que c'est cool. »
Elle avait envisagé qu'il poserait cette question un jour. Edward plie la bouche. Elle ajoute :
« Et puis, c'est le mélange du bleu et du rose, les couleurs traditionnelles des filles et des garçons. J'aime mieux les deux à la fois.
— J'imagine que ça fait sens. Très bizarrement sens, mais sens quand même.
— Oh. Je suis flattée. Et puis j'ai les yeux marrons. C'est naze, comme couleur. »
Edward opine du chef. Il se dit qu'il ne peut pas comprendre, avec ses yeux dorés. Il n'a jamais eu besoin de se démarquer, de s'exprimer par son apparence. Son physique, c'est son physique, c'est tout. Le physique d'Envy, c'est une œuvre d'art qu'iel expose et dessine en permanence. Son visage n'a pas changé depuis qu'Edward est là. Iel doit utiliser des tonnes de crèmes pour un résultat pareil.
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« Si tu rencontrais une alexandrienne, tu lui dirais quoi ?
— Hm … Je ne me suis jamais posé la question comme ça. J'aurais envie de l'étudier. Mais je ne peux pas présumer de son consentement. »
Envy siffle, se balance sur sa chaise.
« Pas mal, pour un mec cis blanc.
— Ça aurait pu être pire. J'aurais pu être hétéro.
— Bon point. Très bon point. T'es plutôt …
— Plutôt attiré par les gens ? Pan, j'imagine que ça me va bien.
— Pan. Comme un coup de feu. Et y a des gens qui t'attirent en particulier ? Genre, un type ?
— J'arrive pas à savoir si tu me dragues ?
— Mec, je te drague depuis quatre ans. Je pensais que t'avais remarqué.
— Tu – tu quoi ?
— Eh beh, t'es long à la détente. On croirait que sur un petit format les informations passent plus vite.
— Je. Faut que j'y pense. OK ?
— Eh, chill. Je vais pas m'effondrer si tu dis non. »
Envy se balance toujours. Edward fronce les sourcils.
« C'est pas ça. Je sais pas. Je sais pas si tu me plais parce que t'es toi, ou parce que tu ressembles à ce point aux dessins d'Alexandria ?
— Oh. Je pense pas que le fantasme aurait survécu à mon caractère époustouflant si longtemps. »
Edward ricane.
« C'est vrai. Peut-être pas. »
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Envy inspire, expire lourdement. Il fait chaud. Encore plus avec Edward juste à côté, contre lui. Il a la peau brûlante, c'est dingue. Les cheveux blonds sur l'oreiller sont comme des fils de soie, et doux au toucher. Envy a envie de les emmêler.
« Hm … J'ai pas envie que tu te lèves. »
Envy s'approche de son amant, son colocataire.
« J'ai pas à me lever.
— Faut que tu retires tes lentilles pour dormir.
— Ah … ouais. »
Envy aurait dû penser à ça plus tôt, mais Edward a appris à lui parler, à lea comprendre :
« Eh. Si ça te gêne je peux aller dormir dans ma chambre.
— Mais nan. Ça me manquait d'avoir une peluche à serrer. Juste … j'aime pas mes yeux. J' vais retirer mes lentilles. Mais tu regardes pas.
— Promis. »
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Envy se lève plus tôt qu'Edward, pour entretenir l'illusion. Les premiers jours, puis les premières semaines, le premier mois, le deuxième mois. Edward ne force pas, jamais, même si ça se voit qu'il est curieux. C'est sa passion la plus dévorante. Il veut tout voir, tout savoir. Et d'un coup, le troisième jour du troisième mois, ça disparaît. La curiosité disparaît d'un coup. Envy ne sait pas où elle peut être partie, mais quand Edward lui fait l'amour, il prend son visage entre ses bras, l'embrasse.
« Tes yeux sont magnifiques. »
Et Envy ne peut que rire un peu. Qu'est-ce que c'est, ce compliment ?
« C'est des faux.
— Et alors ? Ils sont magnifiques quand même. »
Et Envy se sent un peu l'envie de pleurer, pour la première fois depuis des siècles. Il veut qu'Edward soit à lui pour toujours.
Le lendemain, il entend les draps qui bougent. Il sent la chaleur d'Edward qui se colle contre lui.
« Hm ? T'es pas levée ? Bonjour. … vy … »
Envy grogne. Les yeux toujours fermés, iel vient contre son petit-ami.
« Edward ? »
Iel prend le visage entre ses mains, le place en face du sien.
« Quoi ? »
Edward l'embrasse. Se recule. Envy ouvre les yeux.
« Surprise, minus ? »
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(1) : Alors. Oui, ça existe. Non, je n'y connais rien. Oui, c'est juste pour justifier de manière fancy qu'il étudie le gène d'Alexandria. Non, je ne sais pas si c'est plausible. Oui, c'est mal. Et oui, si quelqu'un connaît un domaine d'études où il serait possible de faire des recherches sur ce gène hypothétique, please share.
Note : Le syndrome d'Alexandria … On sait pas trop si c'est vrai ou pas ? En tout cas le truc du sang miraculeux ça vient de moi et j'ai exagéré beaucoup de trucs chez Envy, notamment son âge, selon les gens qui pensent que c'est un vrai gène les personnes avec le gène d'Alexandria auraient une espérance de vie qui pourrait aller jusqu'à 150 ans. Enfin voilà.
Yeux violets, peau pâle, cheveux sombres. Dès que j'ai lu ça je savais que ça devrait être Envy à un moment.
Voilà.
Fini ? Le moment où Edward capte qu'Envy est alexendrien-ne était clairement supposé être le DEBUT de cette histoire. Mais il est presque six heures du matin, et j'ai le droit de réclamer une bonne nuit de sommeil.
Sur ce.
