Yo !
J'avais dit que j'écrirais une suite/épilogue de l'OS bonus « Quand c'est toi » et finalement je l'ai jamais fait alors … Voilà.
Pour la Nuit du FoF, sur le thème Briser.
Bonne lecture !
La vue, bis
Telle mère tel fils
Tu lui as présenté ta mère.
Tu lui as présenté ta mère, ta mère qui est morte, mais sa mère a lui est encore un mystère. Tu sais qu'elle existe. Tu sais qu'il n'aime pas parler d'elle. Tu sais que penser à elle lui fait mal, pas comme toi, non, autre chose.
Alors tu ne t'y attends pas.
« Viens prendre le café à la maison. »
Tu ne penses pas, non, tu ne sais pas, est-ce que ça va bien se passer ? Ta mère, bon, ta mère, la question de sa réaction se posait pas trop, mais la sienne ? La sienne elle est vivante, et elle parle, et elle pense et elle sait comment faire mal, sans faire exprès souvent et tu regardes Envy et il a les mains dans les poches de son sweat.
Il a dix-sept ans et t'en as vingt-cinq, ça la fout mal. Vous vous connaissez depuis presque un an, quand il t'a percuté sous la pluie et que tu lui as offert un café la première fois. Il te connaissait pas, il l'a bu quand même, et puis après il est revenu. Presque un an, et tout est allé un peu vite et il passe presque sa vie ici. Il a passé l'été chez toi. Il a dit qu'il ne voulait pas voir sa mère.
« Euh, bien sûr, si –
— Demain. Quinze heures. Je t'envoie l'adresse. »
Il ne s'explique pas et il ramasse ses affaires. Il se tient droit, et t'as l'impression qu'il a grandi, peut-être qu'il a grandi ou peut-être c'est juste qu'il porte un jean plus près du corps qu'avant, qu'il se tient plus droit. Putain, tu te dis il est vraiment jeune, si je peux le voir changer.
« Normalement de chez toi je mets vingt minutes à pieds, mais avec tes p'tites jambes, compte plutôt une demi-heure. »
Et il sort en claquant la porte et t'as même pas eu le temps de l'embrasser pour lui dire au revoir. Si tu l'avais fait, t'aurais eu le temps de voir qu'il rougissait – pâle comme il est, ça se voit trop – et ça il voulait pas. Alors il est parti.
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Le quartier est pas aussi affreux que tu aurais cru, pour les rares fois qu'il en a parlé. C'est moche et gris mais y a des gamins qui jouent dans la rue, et puis novembre, c'est un mois qui rend tout un peu sale. T'as mis un débardeur, après avoir longtemps hésité, parce qu'une chemise ça fait trop vieux et tu veux pas que ça se voit que t'es plus vieux que lui, alors t'as mis un débardeur et une grosse veste avec de la fausse fourrure et tu sais pas trop si t'as l'air d'un gamin ou d'un vieux con mais on t'a dit que tu faisais moins que ton âge alors tu comptes là-dessus et tu bois de l'eau.
Troisième étage, il a dit, tu regardes les fenêtres mais elles sont toutes identiques et nulle part une silhouette qui ressemblerait à celle de ton petit ami ne se dessine, alors t'abandonnes.
Tu déglutis, t'as le code d'entrée, tu regardes à travers la porte vitrée, tu entres. Tu prends les escaliers, et quand t'es au deuxième tu te dis que c'était une idée de merde parce que maintenant tu transpires sous ta grosse veste et ça craint comme première impression mais tant pis tu vas pas prendre l'ascenseur pour juste un étage.
L'effort, ça t'a un peu calmé quand tu toques à la porte. C'est Envy qui t'ouvres, et heureusement parce que tu sais pas ce que t'aurais dit à sa mère, tu sais pas comment tu l'aurais appelée, tu connais pas son prénom, en fait tu connais pas non plus son nom de famille, mais, ouf, c'est Envy.
« T'es en avance. »
Maintenant, il te dépasse de presque une tête, il te regarde de haut, ça te fait plisser les yeux.
« C'est un problème ? »
Il a pas l'air content de te voir. Il a rien voulu te dire, il a pas répondu à tes questions, il t'a juste donné l'adresse et c'est tout et là il fait rien, il t'embrasse pas, il te touche pas, tu sais qu'il initie pas toujours le contact mais là t'es chez lui, t'es pas confortable, c'est à lui de faire quelque chose. Et il fait rien, et ça t'énerve alors t'attrapes son col.
« Ça va ? »
Il détourne le regard et tu descends de la pointe des pieds où tu t'étais mis pour être à sa hauteur.
« J' peux me barrer si tu veux. »
Ça te fait chier de dire ça, vraiment, vraiment chier, mais tu te dis que tu peux le faire aussi, et puis, fuir, c'est plus simple.
« Nan. Pars pas. »
Y a presque du désespoir dans sa voix et tu soupires. Tu pinces les lèvres.
« OK. »
Et il passe la main sur ta main, une demi seconde. T'essaie de l'attraper, mais il est déjà parti, il se décale pour te laisser passer.
« M'man ! Mon gars est là. »
Et tu soupires encore, parce que, voilà, elle sait qui tu es, ça te soulage autant que ça te fait peur. Elle apparait au bout du couloir, elle essuie ses mains sur son tablier et attend que t'avances vers elle. Tu penses pas à retirer tes chaussures, parce que tu la regardes. Elle a les cheveux fins et secs comme des fils abîmés, noirs avec quelques mèches grises, la peau encore plus blanche que celle d'Envy. Elle a les yeux sombres, presque noirs, t'arrives pas à en déterminer la couleur, et elle te sourit. Elle te tend la main.
« Laura, enchantée. Ça me fait plaisir de te rencontrer. »
Tu la serres.
« De même. Edward.
— Eh bien, Edward, voudrais-tu bien m'accompagner un moment dans la cuisine ?
— Maman ! Fais pas ça, c'est gênant. »
Tu regardes Envy. Il a les sourcils froncés, et tu crois bien qu'il rougit. Tu lui souris.
« Qu'est-ce qui est gênant ?
— Enfin, Vyvy. Ce sera à ton invité de décider de ça.
— M'man ! »
Il boude, et il n'a jamais autant eu l'air d'avoir son âge. Tu t'étais inquiété. Mais sa mère a l'air d'essayer. Alors tu la suis, et elle allume des bougies sur un gâteau. Et ton sourit se décompose d'un coup. Tu fonces dans le salon où il s'est assis, les bras croisés sur son ventre et les jambes en tailleur.
« C'est ton anniversaire et tu m'as pas dit !
— Je savais que t'en ferais toute une histoire. C'est pas important.
— Tu n'étais pas au courant, Edward ? »
La voix de la mère d'Envy est calme et tu plisses les yeux. Il hausse les sourcils dans un air satisfait. Sa mère te sourit. Alors tu souris aussi.
« Joyeux anniversaire. Vyvy. »
Et sa mère rit et lui il tape un scandale, et elle arrive pas à le calmer de tout l'après-midi, il est intenable, tu l'avais jamais vu comme ça, sa mère sort du champagne avec le café et quand elle a bu une coupe et demie elle est presque à pleurer mais elle pleure pas et elle continue de parler, de parler.
Ils ont laissé tomber leurs défenses. Et tu sais que tu as de la chance, qu'ils te laissent voir ça, le verre brisé dans les yeux et les peurs qui ne se taisent jamais. Envy pose la tête sur ton épaule et sa mère vous regarde. Tu sais que toi aussi, t'as ça dans le regard, les bords coupants et la douleur liquide. Peut-être pour ça qu'ils t'acceptent si facilement. Tu glisses à son oreille :
« C'es drôle. Tu lui ressembles vachement. »
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