Holà !
Hm … Je crois que les recueils des 5 sens auront tous plus de cinq chapitres au bout du compte.
ANYWAY.
C'est une suite à l'OS 5. Une trentaine d'années plus tard. Ça peut être lu à part though. Faut juste savoir qu'Envy vieillit très lentement par rapport à Edward.
Pour la Nuit du FoF, sur le thème Jeunesse.
Bonne lecture !
Le toucher, bis
De la poussière à la poussière
(Tes os sous ma peau)
« Mini-Ed ? »
Iel pose la main sur celle de son partenaire. Son amant, son mec, son amoureux, son truc qui fait chauffer sa poitrine quand iel se réveille le matin.
« J'ai grandi, connard. »
Il a grandi, c'est vrai. Tardivement, mais il a grandi. Il dépasserait presque Envy, maintenant. Son visage s'est un peu carré, une barbe de trois jours sur le menton et des cernes marquées à vie. Ses yeux sont toujours aussi vifs. Quand même. Il fait bien ses cinquante-trois ans.
Sous les doigts ses cheveux sont plus fins, plus doux. Plus cassants aussi. La peau est moins élastique, un peu plus molle, un peu plus vieille. Envy lui embrasse le dos de la main. Ses lèvres à iel sont toujours aussi jeunes. Même pas gercées par l'hiver qui passe dehors, et recouvertes d'un rouge à lèvres qui laisse des traces collantes sur la peau d'Edward.
« Faut qu'on bouge. »
Déjà cinq ans qu'iels vivent ici. Iels pourraient rester plus longtemps s'iels savaient faire profil bas. Mais on les a remarqués. Edward et son tempérament de feu et Envy et bien … Envy. Alors il faut partir.
Edward récupère sa main, la pose sur la joue de cellui qu'il aime. Longuement. Et il lea regarde dans les yeux. Et Envy a envie de pleurer.
La pulpe sur sa joue est plus sèche qu'avant, et la peau a durci. C'est ce que le travail manuel fait à un corps. Envy l'attire contre iel. Le serre. Et puis s'écarte brusquement, s'arrache au contact, soupire. Passe la main dans ses cheveux. Toujours aussi forts. Aussi drus. Malgré toutes les colorations et les décolorations, malgré les produits chimiques, malgré le temps qui passe. Et Envy prend une décision. Elle enfonce les mains dans ses poches et dit :
« Enfin. Je vais bouger. Rentrer dans ma famille et y rester quelques décennies. »
Les trente dernières années sont passées beaucoup trop vite. Envy a fait festin de tout ce qu'Edward a bien voulu lui offrir. Son sang, son amour, son corps, son sourire et sa jeunesse. Envy a tout pris. Maintenant iel doit partir.
« Quoi ? »
La main d'Edward qui se pose sur son poignet. Les os sont devenus poreux. Envy le sent, sent à quel point Edward est fragile. Iel allume une cigarette, une mauvaise habitude prise dans l'espoir de vieillir un peu plus vite.
« Je dis que je me casse. C'est pas viable. C'était de la connerie, toute façon. Alors bon. Salut ?
— Je comprends pas.
— Tu comprends jamais rien. Mais Edward ? Tu te rends même pas compte que t'es vieux. T'as encore quoi ? Cinquante ans à vivre à tout péter. Si tu continues à boire du café, à faire des nuits blanches et à sauter des repas, je parierais plutôt sur vingt, vingt-cinq. Tu vas les passer à fuir ?
— Je croyais pas que tu te projetais si loin.
— Et je croyais pas que tu refusais de voir – Qu'est-ce que tu fais ? »
Edward a pris la cigarette. Il en tire une latte, et le regard horrifié d'Envy vaut le coup.
« Je commence à fumer. Qu'est-ce que t'en dis ?
— Rends-moi ça.
— Non. C'est quoi le problème ? Tu crois que je peux pas suivre ton rythme ?
— Je sais que tu peux pas.
— Et pourtant. »
Edward s'éloigne, sa chaleur avec. Il est tellement, tellement chaud. C'était la première fois qu'Envy se laissait avoir ça. La chaleur de quelqu'un d'autre. Un toucher qui soit familier, sans être celui de sa famille. C'est la première fois qu'elle sent quelqu'un vieillir. C'est dégueulasse. Envy fait un geste pour choper la clope, Edward l'esquive.
« Tu te rends même pas compte que c'est toi qui suis le mien.
— Quoi, tu crois que je peux pas récupérer cette cigarette par la force ? Tu me mets au défi ?
— T'étais pas aussi délicate quand on s'est rencontrés. »
Envy penche la tête. Ses dents sont serrées. Elle pourrait presque se les casser toute seule. Elles repousseraient, de toute façon.
« C'est vieillir qui te fait peur ?
— Alors là –
— Tiens. »
Edward lui prend le poignet. Le poignet blanc et lisse d'Envy, et il ferme les yeux et glisse ses doigts sur la peau, trouve une infime irrégularité.
« Tu sens ? C'est une cicatrice. Ta première cicatrice – sans compter ton nombril. Tu te l'es faite il y a quatre ans, quand tu m'as aidé à faire descendre un chat du toit, et t'es tombée. Tu t'es cassé le poignet, c'était ouvert.
— J'ai pas de cicatrice.
— Si. Tu le sais pas parce que tu les touche pas. T'en as une autre, sur les côtes, elle se sent à peine, c'est un pli de la peau, elle date d'il y a deux mois. Et une autre, un peu plus vieille, sous le genou. Tu veux la liste complète ?
— Tu m'étudies ou quoi ? »
Et Edward ouvre les yeux. Lea regarde. Lâche son poignet.
« Je te touche depuis trente ans, Envy. Ça te ressemble pas, de me quitter par pitié pour moi. T'es plus égoïste que ça.
— Tu n'as pas la moindre idée de ce qui me ressemble. Trente ans ? Ha. Me fais pas rire. C'est à peine une poussière dans ma vie.
— Alors donne-moi une autre poussière. A moins que je ne vaille même pas ça ? Si tu pars parce que je te dégoûte, tu me dois au moins de me le dire.
— Tu me dégoûteras jamais. »
Edward ricane. Envy a dit le contraire mille fois. L'a crié. L'a hurlé. Mais iel oublie ce qui l'arrange.
« Même quand j'aurai plus de rides que de dents ?
— Dégueu.
— Tu vois. Mais on va faire un échange. Que je vive cinq ou vingt ou cinquante ans. Le reste de ma vie contre une poussière de la tienne.
— C'est pas un échange équivalent. T'es le pire scientifique du monde.
— Alors j'ajoute une condition. »
Envy ricane. Quand au juste est-ce qu'Edward a repris le débat en main ? Depuis quand c'est lui qui décide ?
« Je veux laisser une cicatrice.
— Quoi ? Tu vas me poignarder ?
— Non. Mais quand je serai mort, brûle mes os. Fais de l'encre.
— Et puis quoi ?
— Et puis dessine un Ourboros avec, sur ta peau et sous ta peau. Je prends ta poussière et je te donne la mienne. Deal ? »
Envy voit pour la première fois depuis le début de la conversation. Quelque chose de l'ordre de la peur, quand les doigts de son amant tiennent les siens. Serrent. Il ne veut pas la laisser partir. Qu'est-ce qu'iel peut faire de ça ? Pas renoncer, non. Peut-être Edward a raison. Iel a vieilli. On dirait encore qu'iel a vingt ans, pourtant.
« Je te préviens. Même à soixante-dix piges, tu continueras à porter les cartons du déménagement. T'as trop de bouquins, tu portes. »
Edward la serre contre lui. En entier. Et Envy le serre contre elle. En entier. Elle le trouve trop fragile entre ses bras. Les humains ordinaires sont ainsi faits. De la poussière à la poussière. Si Envy serrait juste un peu plus fort, à peine longtemps, Edward ne finirait pas la journée. Mais ses muscles lea trahissent, l'empêchent de tuer. Le temps l'a amollie. Soit. De la poussière à l'encre, de l'encre au sang, du sang à l'amour, de l'amour à la mort et de la mort à la poussière. Iel récupère la cigarette, consumée en entier à présent. Iel ne peut rien faire. D'une manière ou d'une autre, Edward sera toujours sous sa peau.
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