Bonjour à tous ! Voici le chapitre 8, promis cette fois je ne le coupe pas à un moment méchant haha ! Enfin c'est vous qui verrez bien après tout... (je pense à toi Ange-magnolia, merci encore pour ta review !) Bonne lecture ! A nouveau, je m'excuse des éventuelles fautes qui pourraient parsemer ce chapitre. N'oubliez pas de laisser une review après votre lecture pour m'encourager pour la suite si l'histoire vous plait !


Résumé du chapitre précédent : Aang, dont la lettre est parvenue jusqu'au Palais de la Nation du feu, et face à la menace inconnue et grandissante sur laquelle il enquête, décide d'organiser une rencontre entre les différents chefs d'États et de tribus au Pôle Sud. Elle se tiendra dans cinq jours, permettant ainsi à Katara et Suki, toujours affectées à la protection et aux soins de Zuko, de revoir leur famille. Nouvelle nuit mouvementée pour Zuko et pour Katara, qui se doute du sermon que son père lui fera lorsqu'elle sera rentrée au sujet de son absence à l'enterrement de sa grand-mère. Kiyi veut s'entraîner avec Katara le lendemain, mais lors du combat, elle réussit à former des éclairs. Éclairs qui menaçent désormais Katara...

Chapitre 8 - Coup de foudre.

Katara vit l'éclair bleu foncer droit sur elle. Sous l'effet de la surprise, elle fit jaillir un mur d'eau juste devant elle pour se protéger, par réflexe, pensant que le mur arrêterait net l'éclair. Elle pouvait sentir la fraîcheur de l'eau sur son visage tant elle était si proche du mur qu'elle avait érigé. Une erreur qui risquait de lui coûter cher. L'éclair percuta le mur aquatique, sans le traverser, mais des éclairs minuscules se mirent à envelopper le voile d'eau, et l'un d'eux finit par toucher le bras de Katara qui tétanisa aussitôt, suivi de son corps tout entier. Elle lâcha un cri et ses genoux plièrent sous les effets de l'électrisation et elle s'effondra ventre à terre. Son mur d'eau s'écroula à son tour, dissipant par la même occasion l'éclair. 'Ce n'est pas du tout ce qui était censé se produire', pensa-t-elle.

Elle songea avec amertume qu'elle n'aurait pas dû tenter de parer le coup, mais qu'elle aurait dû l'esquiver. Mais la surprise était si grande qu'elle n'avait pas pu anticiper. Dans un véritable combat, elle serait morte le coup suivant. Puisant dans ses forces, elle tenta de se mouvoir pour au moins se redresser. Ses coudes tentèrent de repousser le sol, mais en vain, ils étaient tels des piliers, lourds et difficiles à déplacer. Elle sentit une main sur son dos. Ses yeux, fermés jusqu'alors, s'ouvrirent sur deux yeux ronds couleur ambre. Kiyi.

« Elle est réveillée », dit-elle à l'adresse de Zuko et Iroh. Puis elle se confondit en excuses, des larmes coulant le long de ses joues. « Je suis désolée Katara, j'aurais dû m'arrêter, je... Oh ! Je suis désolée ! »

Katara ne pouvait pas bouger, mais essaya de formuler des mots cohérents du bout des lèvres. Ils sortirent avec un défaut de prononciation assez cocasse à entendre.

« Satanés... éclairs... Argh... Pas grave... », bougonna-t-elle. Elle ne le vit pas mais Zuko esquissa un sourire. Il n'était pas le seul à passer un sale quart d'heure à cause des éclairs. Et plus que ses mots, ses cheveux bruns l'amusaient beaucoup eux aussi. Ils étaient hérissés sur sa tête, comme si un hérisson avait élu domicile dans ses cheveux.

Katara n'en voulait pas vraiment à Kiyi mais surtout à elle-même de s'être laissée vaincre aussi facilement. Et plus encore, elle refusait de donner raison à tous ceux qui lui avaient un jour dit qu'elle était incapable de se battre. Elle avait beau savoir qu'elle savait le faire, le fait d'échouer faisait toujours monter une colère sourde en elle.

Elle sentit deux bras la retourner. Iroh et Zuko avaient joints leurs efforts à cet effet, prêts à rediriger la moindre once d'électricité pouvant se trouver dans son corps. Il n'y en avait plus, celle-ci s'étant dissipée dans le sol. Son corps, et surtout son bras, étaient fortement crispés. Ses coudes étaient repliés et ses doigts étaient tétanisés et formaient comme des crochets, comme s'ils avaient voulu s'accrocher à quelque chose.

« Est-ce que ça va ? », lui demanda Zuko, qui voulut aussitôt se gifler. Evidemment que ça n'allait pas ! « Ne t'inquiète pas, ça va passer »

Katara parvint à peine à hocher la tête. Elle savait que ça allait passer, elle n'était pas si inquiète, même si voir son propre corps se crisper de son propre chef était assez angoissant. Zuko attrapa ses coudes repliés, qu'il entreprit de déplier pour que les muscles se relâchent. Kiyi dut l'aider, son bras droit n'ayant pas la force suffisante pour le faire seul. Ils se chargèrent également de déplier ses doigts.

Zuko, qui tenait toujours la main de Katara, remarqua qu'une plaque rouge s'était formée sur son bras, mais ça ne paraissait pas grave. Ils restèrent tous à côté d'elle durant de longues minutes, le temps que sa crise de tétanie passe.

Au bout d'un moment, le corps de Katara sembla retomber telle une poupée de chiffon. La crise était passée. Elle remua d'abord les doigts, et sentit la main de Zuko. Ce dernier, sentant ses mouvements, lui attrapa doucement le poignet pour l'aider à se redresser. Katara usa de sa main libre pour se frotter le front et soulager le mal de tête qui la guettait. Kiyi renouvela ses excuses mais Katara l'arrêta aussitôt.

« Je vais bien », dit-elle avec un ton surpris. Sa voix était redevenue normale, elle pouvait s'exprimer à nouveau. « J'aurais dû m'y attendre, j'avais vu les étincelles... »

« Hum, je suis vraiment navré Katara, j'aurais dû rester auprès de toi pour éviter que cela n'arrive. Mais je ne m'attendais pas à ce que ma chère petite nièce y arrive si tôt ! », dit gentiment Iroh en frottant doucement le dos de Kiyi. Celle-ci était désemparée. Elle était à nouveau responsable d'une catastrophe.

« Je n'utiliserais plus jamais mes éclairs », dit-elle tandis qu'elle reniflait pour ne pas pleurer. Aussi sensible que sa douce maman.

Katara reprit la parole. « Ne dit pas ça. Les éclairs, ça peut être utile pour te défendre. Regarde, tu m'as vaincue avec un seul d'entre eux. Il faut juste que tu apprennes à contrôler cette force... avec d'autres que moi si possible, ce n'est pas que je n'aime pas recevoir des éclairs, mais je n'aime pas vraiment ça », dit-elle avec un sourire.

« Tu ne m'en veux pas trop ? », bredouilla-t-elle, secouant ses cheveux comme pour essayer de se cacher derrière.

« Non, mais je crains qu'il ne faille te passer de moi pour tes futurs entraînements, jusqu'à ce que tu contrôles tes éclairs », lui dit Katara. « Tu m'aides ? »

Elle essaya de distraire Kiyi, qui mit toute sa force pour l'aider à se lever. Non pas qu'elle en eut vraiment besoin, mais c'était important pour Katara que Kiyi ne se sente pas coupable. Katara se redressa, luttant pour ne pas tituber. Son corps était si lourd, mais elle ne laissa rien paraître.

« Tu vois ? Je vais bien », lui dit-elle pour la rassurer à nouveau. Elle avait remarqué la trace de brûlure qui zébrait son bras, mais elle soignerait ça en un rien de temps. « Je vais aller m'asseoir un peu »

« Je t'accompagne », proposa Zuko. Il voulait rester avec elle, mais fut déçu de sa réponse.

« Tout ira bien, reste un peu avec ta sœur, ce n'est pas souvent que tu peux la voir », dit Katara en lui jetant un regard entendu. Il ne pouvait pas laisser sa sœur perdre confiance en elle à cause de cet incident.

Et il était vrai qu'en temps normal, il était assez pris par ses fonctions et avait souvent dû négliger la complicité qu'il avait avec sa sœur pour tenir le pays. Katara s'en doutait. Il avait dû négliger ses amis, alors ce n'était pas si étonnant. Et Katara, comme Aang, Toph et Sokka, ne lui en voulait pas le moins du monde. Il était le seul à devoir gérer une nation entière en tant que chef d'État.

Zuko hocha la tête, néanmoins mécontent de devoir laisser Katara seule. Heureusement, c'est à ce moment que sa mère décida de faire son apparition, et proposa après avoir entendu ses péripéties, de lui tenir compagnie dans les jardins, qui étaient bien à l'abri de la maîtrise de Kiyi. Elle ne manqua d'ailleurs pas de la féliciter pour son premier éclair, non sans s'être excusée platement auprès de Katara au nom de sa fille. Puis elle prit Katara doucement par le bras et l'entraîna vers les jardins.

« Quelle floraison magnifique nous avons cette année », contempla Ursa en observant les nombreuses fleurs qui parsemaient les jardins.

« Nous n'avons pas de pareilles fleurs au Pôle Sud », lui répondit Katara en caressant doucement la tige d'une des roses du rosier.

Ursa sourit. « C'est vrai, le froid n'est pas fait pour les fleurs délicates »

Katara se dit qu'elle n'était effectivement pas une fleur délicate, mais se demanda s'il s'agissait d'un reproche. Voyant la bienveillance d'Ursa, qui irradiait sur son visage fin et pointu, elle considéra que non. Et à raison.

Après de longues minutes à admirer les fleurs, à commenter la belle floraison dont jouissait le palais ainsi qu'à comparer les végétations respectives à leur nation, Ursa finit par se diriger vers un banc en métal. La plupart l'étaient car le bois risquait de brûler assez facilement.

« Asseyons-nous », lui dit Ursa en aplatissant du bout des doigts l'arrière de sa longue robe noire pour s'asseoir. « Je suis ravie de voir mon fils sain et sauf, je sais que je t'ai déjà remerciée, mais je tiens à ce que tu sois certaine de ma reconnaissance »

Elle dégageait une force majestueuse qui impressionnait Katara. « J'en suis certaine, et je n'ai fait que mon devoir d'amie et de soigneuse », lui dit-elle.

« Et quel devoir tu remplis en dépit des circonstances. Je ne connaissais pas ta grand-mère, mais je suis sûre qu'elle serait fière de toi. Ce doit être pesant d'être si loin de sa famille dans un tel moment, j'en suis navrée », s'excusa Ursa qui avait les yeux brillants, émue.

« Ne vous en faites pas pour ça », lui dit Katara.

En réalité, ce n'était pas tant sa famille qui lui manquait que le sentiment d'être chez elle. Elle avait voyagé entre le Pôle Sud, les îles Kyoshi et les temples de l'Air pendant si longtemps qu'elle avait perdu la sensation du chez soi. Elle n'avait plus de maison, et ne savait même pas où la construire. Logiquement, elle devrait rester au Pôle Sud, pour enseigner notamment la guérison par la maîtrise de l'eau, mais elle avait aussi envie de voyager. Tous ses repères avaient changé après ce qui s'était produit avec Aang. Elle était livrée à elle-même pour la première fois depuis longtemps.

« Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu sourire ainsi. Depuis le départ de Mai, il était retombé dans ses vieilles habitudes. Du moins, c'est ce que disait Iroh », reprit Ursa d'une voix douce. Katara écoutait d'une oreille attentive, à la fois curieuse et en même temps dépitée pour Zuko. Rompre ou se faire quitter n'était jamais chose facile.

« Il ne souriait pas beaucoup non plus avant », lui confia Katara.

Durant leur voyage, il n'avais guère souri, toujours assombri par la perspective de la défaite de son père et de sa sœur. Venir d'une famille aussi puissante que cruelle laissait planer le doute sur ce que Zuko pourrait devenir s'il se laissait posséder par ses propres démons.

« Il t'aime beaucoup, tu sais », lui dit Ursa. Katara se mit à rougir. Avant, c'était Suki qui faisait ces allusions, et maintenant Ursa ? Les deux en même temps ? Il était temps qu'elle rentre pour fuir tout cela. Mais avait-elle vraiment envie de rentrer ?

« Je... Je ne sais pas quoi dire », finit par avouer Katara, ennuyée. Bien sûr qu'elle tenait énormément à Zuko, mais le mot « aimer » avait un tout autre sens pour elle.

« Pardon, je touche les cordes sensibles », s'excusa Ursa qui vit la gêne de son invitée. Elle n'ignorait pas que Katara était il y a encore quelques mois avec l'Avatar, Zuko le lui avait dit. « En tout cas vous avez fait merveilles sur lui, et croyez-moi, j'ai une idée assez précise de ce qu'un éclair est capable de faire. Quand j'ai su ce qui s'était passé, je m'étais préparée au pire »

Katara réalisa qu'elle disait vrai. Ozai était réputé pour sa rapidité à former des éclairs, Zuko en avait parlé avec Aang lorsqu'il lui avait appris à rediriger les éclairs. Une technique qui leur fut bien utile à bien des égards. C'était bien grâce à elle que Katara était toujours debout. Même si aujourd'hui, elle avait eu une idée de ce qui aurait pu arriver ce jour où Zuko s'était interposé.

« Sa détermination a fait une bonne partie du travail. Aang dans le même état est resté dans le coma pendant des semaines », lui dit Katara.

Elle se souvenait de la routine qu'elle avait lorsque Aang était inconscient. Il fallait le soigner et l'hydrater autant que possible, sans oublier les trois séances de guérison qu'il devait subir chaque jour. Le nourrir avait été un véritable calvaire, il avait atrocement maigri durant sa convalescence. Mais il s'en était sorti.

« Votre pouvoir a été redoutable d'effet sur mon fils alors, c'est curieux une telle différence », constata Ursa.

Katara resta stoïque. Personne ne saurait la raison d'une telle différence, mis à part Zuko et elle-même. Cette maîtrise lui faisait peur, et elle songeait parfois qu'elle ne pouvait pas être la seule à l'avoir maîtrisée, même si Hama lui avait dit le contraire.

« Aang et Zuko... C'est le jour et la nuit », dit-elle simplement.

C'était vrai. Aang faisait toujours passer l'amusement avant ses progrès en maîtrise, Zuko faisait passer le travail acharné avant son amusement. Katara réalisa que cette différence était encore plus profonde que cela. Zuko ne s'amusait jamais vraiment.

« On dirait qu'un nouvel orage se prépare », soupira Ursa en regardant le ciel. Puis elle sourit. « Cela dit, un peu d'eau en plus ne fera pas de mal à nos jardins »

Le vent s'était en effet mis à souffler avec plus de férocité, et les nuages noirs surplombaient le palais. Katara sentait la pluie qui tombait à quelques kilomètres de là grâce à sa maîtrise.

« Je suggère que nous rentrions... De plus, n'est-ce pas l'heure du thé ? », demanda Katara qui s'efforçait d'adopter un ton poli, à la hauteur de la personne à laquelle elle s'adressait.

« Si, tout à fait. Nous devrions aller voir où ils en sont », proposa Ursa qui se relevait déjà.

Mais à peine eurent-elles quitté le jardin qu'elles tombèrent nez à nez avec Zuko et Kiyi, qui avaient visiblement eu la même idée. Iroh devait sans aucun doute être parti préparer le thé lui-même.

« Nous allions vous chercher justement, pour prendre le thé. Tout va bien ? », demanda Ursa qui ébouriffa les cheveux de sa fille. Celle-ci, contrairement à Zuko au repas du midi, ne râla pas le moins du monde.

« Oui maman, j'ai réussi à faire deux autres éclairs », dit-elle, cachant assez mal sa fierté, toujours horriblement gênée d'avoir vaincu Katara « en traître ». Celle-ci lui fit un sourire, pour essayer de lui faire comprendre pour la énième fois qu'elle ne lui en voulait pas. Elle était vivante, entière et debout, donc pourquoi s'en faire ?

Ursa prit le chemin du salon de thé, qu'Iroh avait fait remettre en état la veille. C'était là que Katara avait trouvé Zuko, cet endroit la fit frissonner. Ce dernier remarqua son malaise et se rapprocha d'elle le temps qu'ils arrivent à la petite table préparée par Iroh. Il pointa son bras.

« Tu n'as pas mal ? », demanda-t-il.

Katara jeta un coup d'œil à son bras. Elle l'avait complètement oublié dans sa crise de tétanie. Mais à présent qu'elle voyait le rouge qui s'était emparé de son avant-bras et qui se mélangeait à sa peau brune, elle songea qu'effectivement ce dernier lui faisait mal. Mais le fait qu'elle l'ait complètement oublié l'espace d'une heure prouvait que ce n'était pas très grave. A bien y réfléchir, cela ressemblait à un énorme coup de soleil.

« Non, ça va, je m'occuperais de ça plus tard », lui dit-elle avant de soupirer. « Tu as raison, les éclairs ça ne fait pas du bien. Je ne peux même pas les rediriger comme vous le faites Iroh et toi »

Zuko réfléchit quelques secondes à ses propos. Iroh lui avait dit qu'il avait appris cette technique en observant les maîtres de l'eau. Il se demandait si effectivement, en dépit du caractère aquatique du mouvement, cela restait réservé aux maîtres du feu ou si des maîtres de l'eau pouvaient eux aussi appliquer cette technique. N'ayant rien de mieux à faire de ses journées, il se dit que c'était l'occasion de s'occuper un peu.

« Je suis sûr qu'on pourra trouver autre chose pour que tu y arrives, mon oncle est plein de ressources », lui assura Zuko. S'il devait réapprendre avec elle à maîtriser le feu avec son épaule neuve, autant qu'elle y gagne elle aussi.

« On parle de moi ? », demanda Iroh qui arrivait pour servir le thé.

Ce dernier était aromatisé à la fleur de cerisier cette fois. Un parfum que Katara appréciait. Elle gardait un bon souvenir des cerisiers en fleurs qui poussaient au Royaume de la Terre. Tous s'assirent autour de la petite table sur les gros coussins afin de savourer le thé, que Kiyi servit.

« Oui mon oncle, je me demandais si on ne pourrait pas... étudier la maîtrise de Katara pour trouver une parade aux éclairs », dit Zuko, qui ne savait pas vraiment comment tourner son idée.

« Oh mais c'est excellent Zuko ! L'étude des autres éléments peut t'apporter beaucoup, et ce serait effectivement bon pour toi Katara de savoir te défendre contre les éclairs. Il semblerait en effet que la rareté de cette maîtrise soit perdue », lui dit-il avant de prendre une gorgée de son thé. Parfait.

Katara sourit, voyant l'enthousiasme du vieil homme. « J'aimerais beaucoup apprendre »

Zuko était ravi d'avoir eu cette idée, un léger sourire s'était dessiné sur ses lèvres. Iroh et lui convinrent de commencer cette recherche dès le lendemain. Zuko se doutait que son oncle serait sans doute occupé à ce moment précis, mais il ne doutait en revanche pas que lui et Katara sauraient rendre ces recherches fructueuses assez rapidement. Et il pourrait enfin faire quelque chose d'utile ! Il se sentait comme un jeune enfant : incapable de faire quoi que ce soit sans aide.

Le tonnerre se mit soudainement à gronder, et des éclairs illuminèrent le ciel. Kiyi observait les éclairs avec enthousiasme, ravie d'avoir pu en créer plusieurs avec son propre chi. Zuko soupira. Ses jeunes sœurs étaient décidément prodigieuses. Il était ravi pour Kiyi mais ruminait de ne pas trouver la paix intérieure nécessaire pour réussir à maîtriser la foudre.

Le thé terminé, Iroh s'en retourna à la lecture ennuyeuse de la paperasse qui s'amoncelait sur le bureau du Seigneur du Feu. Il ne prêtait néanmoins attention qu'aux requêtes urgentes ou susceptibles de se rattacher aux attaques criminelles perpétrées contre son neveu.

Zuko avait feuilleté le reste le matin même. Il y avait des demandes toujours très diverses : des inaugurations, des doléances, des rencontres avec des dignitaires étrangers, des contrats à conclure avec les industriels des différentes nations, des négociations au sujet des tarifs des importations et bien d'autres encore. Fort heureusement, il était entouré d'excellents conseillers choisis d'un commun accord avec son oncle. Ces conseillers examinaient les demandes, ne retenant que celles étant sérieuses, et rédigeaient des notes à l'attention de Zuko sur certains points qu'il était susceptible d'ignorer en termes d'économie et de statistiques notamment.

Et l'un dans l'autre, cela faisait énormément de lecture pour le jeune Seigneur du feu, qui néanmoins parvenait seul à s'en occuper quand il était en forme. Il refusait toujours l'aide de son oncle, ne le consultant qu'en cas de doute. Mais à présent, c'était sa routine. Enfin ça l'était jusqu'à il y a quatre jours.

Katara se frotta les tempes, son mal de crâne peinant à disparaître en dépit de la recette revigorante d'Iroh. Et elle devait soigner son bras avant que la brûlure n'empire.

« Je crois que je vais aller me reposer un peu », fit Katara, à contrecoeur. Elle n'aimait pas passer pour quelqu'un de fainéant, et appréciait la compagnie de Zuko, Kiyi et Ursa, mais cette fois, son corps avait cruellement besoin d'une pause.

« Cela te fera du bien Katara », lui dit Ursa avec un sourire. « Nous te verrons au dîner, ou peut-être souhaites-tu dormir ? »

« Oh, je ne manquerais jamais un repas en aussi bonne compagnie, dame Ursa », lui répondit poliment Katara. Elle ne saurait expliquer pourquoi mais Ursa l'impressionnait, pourtant elle n'était ni dangereuse ni hostile.

« Je t'accompagne », proposa Zuko qui se levait de sa chaise. « Peut-être voudras-tu jouer au Pai Sho, Kiyi ? »

« Oh oui ! Je ne crois pas avoir autant joué au Pai Sho avec toi en si peu de temps », s'exclama Kiyi, visiblement ravie.

« Ne t'y habitues pas trop », la prévint gentiment Zuko avant de quitter la pièce, suivi de Katara. Kiyi leva les yeux au ciel. Évidemment qu'elle savait que tout ceci n'était que temporaire.

Ty Lee arriva pour tenir compagnie aux dames de la famille royales, et apprendre quelques pirouettes à la plus jeune, et Suki suivit Zuko et Katara. Elle avait vu ce qui s'était passé et sentait que les conséquences de cet incident n'étaient pas si loin. Zuko, lorsqu'il avait été frappé par l'éclair d'Azula, tombait souvent lors de sa convalescence. Et Suki ainsi que d'autres gardes étaient souvent préposés à le porter jusqu'à sa chambre.

Katara continuait à se masser le front du bout de ses doigts noirs. Zuko s'inquiétait de ne pas entendre un seul mot de sa part. Elle semblait avoir du mal à marcher, comme si ses muscles s'étaient endormis. Il se rappelait brusquement sa fatigue lorsqu'il l'avait allongée dans son lit car elle était incapable de se relever, et craignait que cela ne se produise au beau milieu du couloir. Suki se plaça sur la droite de Katara et Zuko sur sa gauche.

« On y est presque », dit-il.

« Tant mieux... J'ai la tête qui tourne », lui dit-elle. Elle finit par trébucher, et sentit deux bras l'empoigner, l'un appartenant à Zuko, l'autre à Suki. Katara les remercia dans un murmure. Elle se doutait que l'éclair, dont elle avait reçu quelques miettes, avait eu sur elle plus de conséquences que prévu. Et la fatigue qui la saisissait n'y était sans doute pas étrangère.

« Je pense que je te porterais le dîner ce soir Katara », lui dit Suki. « Tu devrais te reposer pour pouvoir te soigner »

« Je ferais appeler mes médecins », lui dit Zuko, se voulant rassurant.

« Et dire que c'est moi qui devait m'occuper de toi », fit la maîtresse de l'eau avec sarcasme.

Zuko sentit une chaleur familière lui monter aux joues. S'occuper de lui... Il chassa ces pensées étranges et répondit sur un ton plus sérieux qu'il ne l'aurait voulu. « Après tout ce que tu as fait pour moi, ce n'est que le juste retour des choses »

Ils arrivèrent tant bien que mal jusqu'à la chambre. Suki n'entra que pour aider Katara à s'allonger, Zuko ne pouvant pas gérer son poids seul avec son épaule. Puis elle se posta à la porte avec une de ses guerrières qui venait d'arriver. Tout était parfaitement orchestré parmi les guerrières Kyoshi, chacune était à sa place. Il fallait dire qu'elles avaient eu plusieurs années pour se faire au train train quotidien du Palais.

« Si tu as besoin de quoi que ce soit... », lui dit Zuko, qui s'était assis sur la chaise à côté du lit de Katara, celle-là même où il s'était endormi auprès d'elle. « Voudrais-tu que je te fasse porter des livres ? »

Katara fut surprise de la demande. Elle n'avait pas vraiment songé à lire, mais se dit que cela l'occuperait le temps qu'elle récupère un peu. « Et bien ma foi, je crois qu'un peu de lecture ne me ferait pas de mal. Merci Zuko », lui dit-elle.

Zuko s'attarda quelque peu, ayant inexplicablement un mal fou à la laisser seule ici. Il en profita pour allumer la bougie à côté du lit, laissant la flamme intensifier les ombres qui sculptaient leurs deux corps d'une lueur tremblotante. Ses doigts pâles trouvèrent ceux, bien plus foncés, de Katara. Ils s'entremêlèrent, se caressèrent. Elle le laissa faire, comme s'il s'était s'agit d'une vieille habitude qu'ils partageaient. Pourtant, elle ne se souvenait pas lui avoir tenu la main de cette manière, excepté peut-être lorsqu'elle était arrivée, pour le rassurer. Celle-ci l'observait également, puisqu'il l'observait, et se demandait ce qu'il attendait. Ses lèvres habituellement mues en une grimace colérique s'entrouvrirent et Katara sentit sa gorge s'assécher. Mais cette fois, le rouge ne lui monta pas aux joues, et elle plaça simplement son autre main sur la sienne. Ce dernier, qui avait laissé ses yeux s'attarder sur la main qu'il tenait, leva les yeux vers Katara. Il s'approcha doucement d'elle, ses yeux se déplaçant sur son visage de femme, détaillant notamment ses lèvres qui semblaient si douces. Mais Katara fut la première à se ressaisir.

« Tu devrais y aller, Kiyi doit s'impatienter et à moins que tu ne veuilles qu'elle pulvérise aussi la salle de thé... », lui dit-elle d'une voix douce. Puis elle eut un sourire et leva les yeux au ciel, l'air innocent. « En plus, elle est avec Ty Lee »

« Oh par le soleil ! », s'exclama-t-il, se redressant brusquement, lâchant au passage la main de Katara. Il songeait à toutes les acrobaties de Ty Lee et aux éventuels pots cassés. Même s'il ne pensait pas sérieusement qu'Iroh pourrait être véritablement fâché qu'il y ait de la casse dans ses services à thé, Zuko n'avait pas envie de prendre le risque. Alors qu'il allait se lever, il hésita. Puis il toussota. « Je vais te faire porter des livres, voudras-tu que je dîne avec toi ? Ça m'embête de te laisser seule... »

Katara sourit. « Suki est là sinon, mais tu es le bienvenu »

Il lui rendit faiblement son sourire et sortit de la chambre. Il donna quelques instructions aux servantes qui s'occupaient de cette aile au sujet des livres qu'elles devraient porter à Katara. Essentiellement ses favoris, sur l'histoire de la Nation du Feu et sur ses légendes, notamment au sujet des dragons. Suki lui jeta un regard étrange, lisant sur son visage son désarroi face à l'expérience étrange qu'il venait de vivre avec Katara.

Puis il soupira. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Il était sur le point de l'embrasser ! Il s'étonnait lui-même et décida de méditer à ce sujet sur le chemin. Il était vrai qu'ils avaient tout deux et depuis longtemps une relation assez forte en émotions, aussi bien dans le positif que dans le négatif. Et même surtout dans le négatif. Cela faisait six ans, il n'avait pas oublié à quel point il avait pu la décevoir et la faire souffrir. Mais honnêtement, il n'avait jamais vraiment cru à son histoire d'amour avec Aang, sans jamais vraiment avoir su pourquoi. Un pressentiment peut-être ? Ou l'aimait-il déjà à l'époque sans le savoir ?

Il avait fait tant d'efforts pour lui plaire, à elle et uniquement à elle. C'était la personne qui l'intriguait le plus au sein du groupe, tant son animosité était grande envers lui au début. Était-ce de l'amour ? Lui pensait plutôt à une quête de reconnaissance, et il y avait Mai en ce temps là bien sûr. Mais il se souvenait encore du moment où il s'était jeté entre la maîtresse de l'eau et l'éclair d'Azula, l'entraînement de Kiyi ayant aussitôt ramené ce souvenir à la surface. Et il se rappelait s'être longtemps demandé s'il aurait fait la même chose pour un de ses amis ? Pour Aang sans doute, étant l'Avatar. Mais les autres ? N'étant pas sûr de la réponse, il s'était déjà douté que les choses entre lui et Katara étaient différentes. A présent, il savait. Mais est-ce qu'il l'aimait même à cet instant ? Il ne savait pas, mais savait seulement que c'était différent de ce qu'il éprouvait pour Mai. Tant de questions et de doutes qui l'assaillaient et qui lui firent même manquer la porte.

Ce fut Kiyi qui, le voyant passer sans s'arrêter, le rappela à l'ordre. « Grand frère ? C'est là le Pai Sho ! », lança-t-elle.

Il l'entendit et tout son tourbillon de pensée cessa. Il eut un petit rire nerveux et se frotta la nuque tandis qu'il revenait dans l'embrasure de la porte. « Pardon, j'étais... distrait », dit-il. Et il s'attabla devant le plateau de Pai Sho préparé par Kiyi. Ursa, qui brodait à côté, avait un sourire sur les lèvres. Elle avait une vague idée de la raison pour laquelle son fils semblait si distrait.

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Katara finit par se réveiller quelques heures plus tard, cinq livres épais posés sur la petite table de nuit. Elle avait mis un temps monstrueux à s'endormir, tourmentée par ses pensées au sujet de Zuko. Il éveillait en elle des sensations jusqu'alors inconnues. Cette chaleur qui enserrait son ventre, ce petit fourmillement lorsqu'il la touchait, cette envie de l'embrasser dès qu'il entrouvrait les lèvres, elle ne comprenait pas. Son corps dominait-il à ce point son esprit ? Ou bien les deux s'étaient-ils ligués contre elle ? Car elle ne pouvait décemment pas séduire son ami ! Et une fille de l'eau avec un Seigneur du feu ?! Les nobles s'en offusqueraient et réclameraient sa tête - à défaut de pouvoir vraiment l'avoir. C'était une image bien sûr, mais elle savait que Zuko ne ferait que se compliquer l'existence avec elle.

Et puis... elle ne l'aimait pas comme ça ! Ou peut-être que si... Peut-être que non... Était-ce possible de remettre en cause toute une relation en si peu de temps ? Cela ne faisait que quatre jours qu'ils s'étaient revus, et même après avoir partagé quasiment toute leur existence durant autant d'heure, ce ne devrait pas être suffisant. Il avait fallu un temps fou pour qu'Aang et elle se décident à avoir une histoire, la guerre n'y aidant pas il était vrai. Et ça s'était terminé, voilà plus d'un an de cela. Elle avait songé à retrouver quelqu'un d'autre mais personne n'avait réussi à éveiller en elle le moindre intérêt. Jusqu'à maintenant.

Katara se rendit compte que le temps avait passé, et que ses préoccupations d'adolescentes s'étaient mues en quelque chose de plus sensuel et sombre à la fois, quelque chose dont personne ne lui avait jamais vraiment parlé. On lui avait parlé d'amour, mais jamais de sexe à proprement parler. Elle se souvint du désarroi d'Aang lorsqu'ils avaient pour la première fois fait l'amour ensemble. Ce fut assez médiocre. Katara eut un sourire amusé en y repensant. Comme des enfants qui essaient d'apprendre à se servir d'un objet qu'ils ont pourtant vu toute leur vie. Elle se souvenait avoir pris du plaisir par la suite, mais c'était toujours sobre, doux, tendre. Il manquait cette étincelle de passion. Son sourire s'agrandit. Elle avait pensé au bon mot. Étincelle.

En songeant à cela, elle observa son bras, qu'elle devait guérir. S'attelant à sa tâche avec l'eau laissée dans les jarres au pied du lit de Zuko, elle fut tout à coup frustrée. Elle ne pourrait jamais faire une chose pareille avec Zuko. Et par ailleurs, ressentait-il seulement la même chose ? Elle l'ignorait, même si sa manière de lui prendre les mains et d'être distrait en sa présence en disaient déjà long.

Décidant de remettre sa réflexion à plus tard, elle commença à feuilleter les livres que Zuko lui avait fait porter. Elle était prête à parier que c'était là ses préférés. « L'Histoire de la Nation du feu - Livre 1 », lut-elle sur la couverture du premier. Les débuts de la Nation du feu. Intéressant. Elle avait à peine lu les trois premières pages que Suki jeta un coup d'oeil dans la chambre. Elle venait vérifier que tout allait bien, comme elle le faisait régulièrement. Et voyant Katara enfin réveillée, elle se permit d'entrer.

« Te voilà réveillée », dit-elle simplement, prenant place là où Zuko s'était assis.

« Quelle heure est-il ? », demanda Katara, qui se doutait que le dîner devait déjà être passé. La nuit était noire, sans étoiles. Les orages n'étaient pas prêt de s'arrêter.

« Il est tard, Zuko est passé te voir mais tu dormais », lui dit Suki avec un ton amusé. Amusé car elle l'avait vu la recouvrir tendrement avec la couverture qui avait glissé. Si tendrement que Suki eut du mal à en croire ses yeux. « Ils doivent encore jouer au Pai Sho avec Iroh »

Le ventre de Katara se mit à gronder, imitant les grondements lointains de l'orage qui approchait. Suki fit appeler Aka pour qu'elle apporte le dîner que le cuisinier avait laissé de côté sur les instructions de Zuko. Elle ne se fit pas prier et Katara fut servie en un rien de temps. Elle se leva pour s'asseoir afin de manger de façon plus appropriée, et constata que son corps avait retrouvé un peu de vigueur. Sa guérison avait fait effet.

« Je ne sais pas ce que tu as fait, mais Zuko a pratiquement perdu toutes ses parties au Pai Sho contre sa soeur. Je l'entendais crier de joie d'ici », lui dit Suki. « Il s'est passé quelque chose ? »

« Tu ne lâches jamais l'affaire, n'est-ce pas ? », lui demanda Katara sur un ton sarcastique tandis qu'elle engloutissait son plat. Le goût épicé ne lui faisait presque plus rien à présent. « Et pour ta gouverne, rien de spécial »

« Tu es aussi bonne menteuse que Sokka », commenta Suki d'un ton moqueur. « Et pourquoi lâcher l'affaire ? C'est à peu près la seule choses passionnante qui se passe ici »

Katara se renfrogna et un sentiment de culpabilité lui étreignit le coeur. Suki avait une famille, une petite fille, qu'elle ne pouvait pas voir, et essayait de s'occuper avec le peu de choses qui se passaient dans le Palais pour ne pas y penser. Katara le savait mais l'avait quelque peu oublié, jusqu'à présent.

« Je suis désolée », s'excusa doucement Katara.

Suki fut presque scandalisée de ses excuses et se mit à rire. « Mais ne t'excuse pas Katara, au contraire, tu me permets de m'occuper l'esprit ! »

Katara ouvrit de grands yeux, réalisant qu'elle avait omis une inconnue dans l'équation. Sokka. Si Sokka mettait son nez là-dedans, ç'en était fini d'elle. Il avait été très pénible suite à sa rupture avec Aang, elle n'osait imaginer ce que ce serait avec Zuko - qui n'avait pas la patience infinie de Katara et d'Aang.

Suki avait réussi à le calmer un peu à ce sujet d'ailleurs, mais Katara souhaitait éviter à nouveau un fiasco avec son frère. « Ne dit rien à Sokka ! Sinon, tu n'es pas prête de me revoir sur l'île Kyoshi ! »

« Je croyais qu'il ne s'était rien passé ? », lui dit Suki avec un sourire presque machiavélique.

Katara resta coi, brusquement démunie de tous ses moyens. Suki avait frappé dans le mille. Elle ouvrit la bouche, mais la referma. Il s'était bien passé quelque chose, Suki était décidément trop vive d'esprit pour elle. « Je... Il... Oh je ne sais pas ! Voilà, tu es contente ? »

« Ravie », fit Suki, toute guillerette. « Il s'est donc passé quelque chose ! »

« Pas vraiment, même si... », commença Katara, qui laissa sa phrase en suspens, bien qu'elle sache pourtant parfaitement comment la compléter. Même si elle avait cru une seconde qu'il allait l'embrasser.

« Même si ? », demanda Suki, qui essayait de ne pas trop insister. Elle chercha au contraire à la rassurer. « Je plaisantais tout à l'heure, je ne dirai rien à personne, encore moins à ton frère. Il me harcèlerait pour tout savoir ! »

Katara parut quelque peu rassurée même si elle savait qu'elle n'avait rien à craindre de ce côté là. Suki était une personne parfaitement digne de confiance, et Katara était contente que Sokka ait choisi une personne aussi mesurée pour s'occuper de lui et de sa bêtise. Katara s'apprêtait à lui répondre quand soudain, elle eut une étrange sensation de picotement dans les doigts, comme lorsqu'elle se trouvait à proximité d'une source d'eau qu'elle n'avait pas encore repérée jusqu'alors. Mais une source d'eau ne pouvait pas apparaître de nulle part. Ce devait être autre chose. Elle chercha vaguement des yeux quelque chose qui pourrait expliquer cela.

« Katara ? », demanda Suki, inquiète de la voir regarder un peu partout. Celle-ci songea tout de suite à un ennemi potentiel et posa une main sur son éventail.

« Je sens quelque chose... C'est bizarre... », murmura Katara qui observait à présent ses doigts, essayant de comprendre ce qu'ils essayaient de lui dire.

Son chi était tout remué lui aussi, elle le sentait à présent. Elle sentait comme une légère douleur, à peine perceptible. Ce n'était pas une sensation inconnue, elle avait déjà ressenti cela auparavant. Alors qu'elle se demandait quand est-ce qu'elle avait pu ressentir quelque chose de la sorte, elle eut un éclair de lucidité. La maîtrise du sang. Ses sourcils se froncèrent tandis qu'elle se tournait vers la porte de la chambre, qui était restée ouverte.

« Zuko ? », appela-t-elle d'une voix plus forte. Elle était persuadée qu'il était là. Suki lui jeta un regard étrange, ne comprenant pas ce qui se passait.

Zuko apparut effectivement, l'air embarrassé. « Je suis désolé, je ne voulais pas vous interrompre... », s'excusa-t-il.

Katara leva un sourcil. « Donc tu t'es dit que tu allais écouter aux portes ? »

Il tiqua. « Je viens à peine d'arriver, je n'ai rien entendu. Et puis, c'est encore ma chambre ! », fit-il d'un ton courroucé, entrant d'un pas décidé. Il défit son chignon d'un geste de la main droite. Ses cheveux retombèrent sur sa nuque, ébouriffés d'avoir été si longtemps retenus. Suki en profita pour disparaître, faisant signe à Katara qu'elles reprendraient cette discussion plus tard.

Katara fut surprise par la véhémence de Zuko. Et elle savait qu'il disait vrai, ayant senti le moment précis de son apparition. Intérieurement, elle était soulagée de savoir qu'il n'avait rien entendu, mais elle se demandait ce qui se passait pour qu'il soit énervé de la sorte. Mauvais perdant ? Impossible, il ne s'énerverait pas ainsi pour une défaite au Pai Sho. Sa cicatrice était plissée, déformant son côté gauche en une grimace agacée.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? », demanda Katara qui se levait pour s'approcher de lui. « Tu as mal ? »

« Je vais bien », grogna-t-il tandis qu'il luttait, sous les effets de l'énervement, à enlever son armure de Seigneur du feu. Katara tendit une main hésitante pour l'aider. Il la scruta quelques secondes, fronça les sourcils puis la laissa faire finalement. « Et comment tu as su que j'étais là ?! »

« Parle-moi autrement si tu veux une réponse », lui dit-elle froidement en lui retirant son armure.

Zuko s'adoucit presque aussitôt, choqué de la réponse froide de la jeune femme. Il se sentit la seconde suivante atrocement coupable de son comportement. Encore. Elle ignora son malaise, constatant plutôt avec stupeur que l'armure pesait vraiment son poids, comment pouvait-il supporter une chose pareille avec son épaule ? « D'ailleurs, tu me feras le plaisir d'arrêter de mettre ça, ton épaule ne tiendra jamais le choc sinon »

Il acquiesça, le visage fermé. « Excuse-moi Katara, je... », bredouilla-t-il. Sa phrase resta en suspens, ne sachant pas quoi dire.

Elle le laissa mariner un peu dans son embarras - il le méritait bien - avant de parler. « Excuses acceptées », lui répondit-elle d'un ton neutre. Elle s'étonnait toujours de sa capacité à s'excuser, lui qui ne s'excusait presque jamais auparavant, trouvant toujours une bonne raison d'agir comme il le faisait.

Elle le fit s'asseoir pour vérifier l'état de son épaule. Il défit de lui-même sa tunique, révélant une épaule très rouge et irritée par endroits. Elle poussa un soupir exaspéré mais inspira un bon coup pour ne pas émettre une remarque acerbe et empirer l'humeur de Zuko. Elle songea qu'elle devrait se féliciter plus tard pour sa patience. Ses doigts se promenèrent distraitement jusqu'à son autre cicatrice, brune, qu'il portait au centre de son torse. Qu'il portait pour elle.

« Et quant à la raison pour laquelle je savais que tu étais là... Disons que ça a un rapport avec notre petit secret », souffla-t-elle, comme si elle craignait les commérages des murs du palais. Elle s'interrompit pour soigner les irritations de son épaule avec son eau. Zuko admira les reflets étranges que produisait la lumière bleuté de son eau sur son visage.

« Tu veux parler de la maîtrise du s... », commença-t-il avant d'être brutalement coupé par la maîtresse de l'eau.

« DE NOTRE secret », compléta-t-elle d'une voix plus forte pour l'empêcher d'évoquer cette maîtrise à voix haute. Elle lui jeta un regard appuyé qu'il comprit aussitôt. Mais elle finit par le regarder tout autrement, réalisant à quel point il était proche d'elle. Puis elle détourna le regard, qu'elle fit mine de reporter sur son épaule, et poursuivit.

« J'ai été en contact pendant si longtemps avec... et bien ton sang que j'ai encore quelques résidus de sensations par rapport à toi. J'arrive à savoir quand tu as mal à l'épaule lorsque tu es proche de moi, mais ça s'estompe petit à petit »

Il hocha longuement la tête. Comme ce devait être étrange de sentir la douleur d'une autre personne. Lui il ressentait toute autre chose, c'était peut-être ce qui l'énervait et l'enchantait le plus. Elle le rendait distrait, et il n'aimait pas ça du tout. Non plus que de partager des choses à la fois si intimes et douloureuses avec elle. Même Kiyi se demandait ce qu'il avait dans la tête. Mais il trouvait cela plaisant d'avoir quelqu'un qui se souciait de lui, en dehors de sa famille. Avec ses occupations habituelles de Seigneur du feu, il n'avait guère de temps pour lui. Cette tentative d'assassinat avait eu le bon de lui rappeler qu'il existait toujours, lui, Zuko, et que son titre de Seigneur du feu ne l'avait pas dévoré. Il sourit. Son père serait sans doute surpris. Lui qui s'attendait à le voir couler, voilà qu'il refaisait surface.

« Pourquoi tu souris ? », demanda Katara, confuse de le voir passer de la colère au contentement. Comme si ses humeurs fonctionnaient de manière pendulaire, une minute il était grincheux, et la suivante totalement serein.

Zuko cligna plusieurs fois des yeux, pris au dépourvu par cette question. Il n'avait pas vraiment remarqué qu'ils étaient assis sur son lit sans rien dire depuis quelques minutes déjà. Encore distrait, inconscient de son environnement. Enfin... Il avait conscience d'une certaine jeune femme assise à côté de lui, et se rendit compte qu'il était toujours torse nu. Il attrapa sa tunique posée négligemment sur les draps rouges et entreprit de la remettre. Même si au fond, il n'en avait pas vraiment envie. Mais il ne devait pas penser ainsi. C'était son amie, en deuil qui plus est, et ayant déployé tous ses efforts pour le garder en vie. Il s'aperçut qu'elle attendait une réponse.

« Oh je... Je pense trop, je suis si distrait », fut tout ce qu'il trouva à répondre. Minable.

« C'est de ma faute, je devrais te laisser dormir », dit-elle, essayant de saisir l'occasion de s'éloigner de lui. Il ne valait mieux pas qu'elle joue davantage avec le feu. Mais c'est que le feu était tenace.

« Je ne suis pas fatigué », lui répondit-il, toussotant pour étouffer son embarras.

Il observa sa main. Que diable faisait-elle sur le bras de Katara ? Voilà que son corps le trahissait lui aussi. Mais il ferait tout pour ne pas le laisser le trahir davantage et pour que son excitation endormie depuis des mois reste à sa place. C'était juste du désir égoïste et rien d'autre. La lueur des bougies qui tamisait la pièce n'arrangeait rien. 'Contrôle-toi Zuko, contrôle-toi', psalmodiait-il dans sa tête. Il relâcha doucement le bras de Katara.

Katara sentit la pression de sa main se retirer de son bras. Tant mieux, ce dernier était toujours quelque peu douloureux après son expérience électrique et une pression supplémentaire ne faisait pas tellement de bien. Son corps s'était raidi à son contact. Mais elle constata que Zuko n'avait pas remarqué. Ses yeux s'étaient teintés de sombre, et Katara n'était pas née de la dernière pluie. Elle avait étudié le corps humain sous toutes les coutures et savait pertinemment ce que signifiait des pupilles dilatées. L'envie, le désir. Elle songea que même Aang n'arborait pas de tels yeux lorsqu'il la touchait. Il fallait couper court, tout de suite.

« Tu es fatigué », insista-t-elle.

« Tu as raison », finit-il par dire. Comment expliquer autant de laisser aller autrement que par la fatigue ? Il constata qu'il cherchait des excuses à ses désirs coupables. Il était temps qu'il aille dormir. Et c'est ce qu'il se força à faire, en dépit de ses sentiments contradictoires. Le voyant s'allonger, Katara se leva pour rejoindre son propre lit.

« Bonne nuit, Katara », entendit-elle derrière elle.

« Bonne nuit, Zuko », lui répondit-elle avant de fermer le rideau et de pousser un soupir. S'il passait la nuit sans encombre, elle se promit de demander une chambre à part pour elle le lendemain. La tension qui existait entre eux était bien trop forte, et était en train de ravager leur relation amicale, laissant à la place une relation qui promettait d'être d'une toute autre nature...


J'espère que ce chapitre vous a plu ! J'avoue que le titre était un peu tendancieux, mais vous me pardonnerez... Promis le temps s'accélérera un peu dans le prochain chapitre ! J'espère que ces petites prémices du Zutara qui arrivera un jour vous auront ouvert l'appétit pour d'autres chapitres entre ces deux-là, et que je vous reverrai pour la suite ! N'hésitez pas à laisser des reviews, merci encore à celles et ceux qui m'en laissent à chaque chapitre, vous me motivez à poursuivre ! A bientôt !