Bonjour ou bonsoir à toi cher lecteur ! Voici le chapitre 11 avec un peu de retard. Il est un peu plus long pour me faire pardonner ;) J'espère qu'il vous plaira, de nouveaux personnages arrivent, merci aux comics de me donner des personnages à développer et des vides à combler !

N'oubliez pas de laisser une petite review à la fin, ça fait toujours plaisir et ça me motive à écrire !

Je remercie encore Ange-Magnolia pour ses reviews laissées en "anonyme", j'aime bien tes commentaires "de prof" hahaha c'est très instructif ! Et oui, j'aime particulièrement la place que Suki a dans cette histoire, même si elle sera un peu moins présente cette fois, mais je te laisse découvrir le chapitre !

Bonne lecture à tous !

PS : Il se peut que quelques fautes se soient glissées dans le récit, veuillez m'en excuser à nouveau !


Résumé du chapitre précédent : Zuko et Katara scellent enfin leur amour, mais cette dernière demeure inquiète quand à ce que penserait sa famille, ainsi que leurs peuples respectifs. Suki, au courant de tout, tâche de la soutenir face à ses inquiétudes, tout comme Zuko à qui elle se confie également. Ce dernier assiste à une réunion avec ses conseillers, préparant sa stratégie pour convaincre les chefs de gouvernement de s'unir contre cette menace qui pesait non seulement sur lui mais sur tous les peuples. Vêtus de leurs habits officiels, ils arrivent enfin au Pôle Sud.

*Chapitre 11 - Arrivée au Pôle Sud*

Leur dirigeable se déposa sur un morceau de la banquise prévu à cet effet légèrement excentré de la cité du Pôle Sud. Le port que Zuko et le Roi de la Terre Kuei avaient aidé à bâtir se trouvait juste à côté. C'était un projet qu'ils avaient mis beaucoup de temps à inaugurer. Désormais, le Pôle Sud était relié avec la plupart des grandes villes du monde. Néanmoins, il y avait encore beaucoup de travail. Zuko ne l'avait encore jamais vu, son oncle avait dû se rendre à l'inauguration à sa place. C'était après sa quatrième tentative d'assassinat, qui ne l'avait que légèrement blessé mais suffisamment pour le contraindre à rester au Palais. Il était heureux d'avoir pu apporter son concours au Pôle Sud, que sa Nation et lui-même avaient tant fait souffrir.

Le soleil était encore très haut dans le ciel, mais cela n'empêchait pas le froid de se faire sentir. Zuko sentit que son chi s'affolait un peu mais il savait que ça ne durerait pas. Ce n'était pas la première fois qu'il venait après tout, même si bien des choses avaient changé depuis la dernière fois. Katara était emmitouflée dans le manteau noir qu'Ursa lui avait gracieusement prêté. Il tranchait avec le bleu de sa tenue, c'était assez étrange à voir. Et il n'était pas aussi chaud que son manteau polaire - et c'était bien normal - mais c'était amplement suffisant. Sa maîtrise était parfaitement éveillée, et pour cause : le Pôle Sud était fait d'eau et uniquement d'eau. Elle appréciait l'effet que toute cette présence aquatique avait sur son chi.

Les portes du dirigeable s'ouvrirent et Zuko fut le premier à poser le pied sur la glace. Kiyi le suivit ensuite, puis Katara, puis les guerrières Kyoshi ainsi que la garde personnelle de Zuko qui fermaient la marche. Katara sourit en voyant Sokka, qui était là pour les accueillir. Ce dernier trépignait de joie, comme lorsqu'il avait quatorze ans, et plus que sa soeur et son ami Zuko, c'était de voir Suki qui le faisait rayonner. Cette dernière rougit sous son maquillage, elle aussi heureuse de le retrouver. Il avait sur son dos la petite Hua, qui gazouillait allègrement face à la bonne humeur de son père. Katara constata également la présence de son apprentie, Siku.

Siku était une jeune maîtresse de l'eau talentueuse qui, avec sa soeur Sura, avait longtemps caché sa maîtrise à cause de leur peur de la Nation du feu. Maître Pakku avait toujours soupçonné leur nature de maître mais les deux soeurs avaient refusé d'apprendre la maîtrise de l'eau, ne cessant d'affirmer qu'elles n'étaient pas des maîtres. Ce n'est que lorsque Katara leur expliqua le sacrifice de sa mère pour la sauver elle, la dernière maîtresse de l'eau du Pôle Sud à l'époque, qu'elles avaient finalement accepté de maîtriser l'eau. Maître Pakku entraînait toujours Sura à la maîtrise de combat, Siku ayant choisi la voie de la guérison qu'elle apprenait avec d'autres maîtres venus du Pôle Nord et Katara. Siku semblait contente de la voir, cela faisait effectivement un petit moment que Katara ne l'avait pas suivie dans ses progrès. Il serait bientôt temps de s'y remettre. Peut-être que Siku accepterait de revenir avec elle à la Nation du Feu pour parfaire sa formation. Elle se promit d'en parler aux deux intéressés.

« Zuko ! », s'exclama Sokka, qui se retenait de ne pas courir vers sa femme. Il s'échangèrent avec Zuko une poignée de main fraternelle. « T'as l'air lessivé, mon vieux »

« Je suis heureux de te revoir moi aussi », lui dit Zuko avec un léger sourire. Il salua doucement la petite Hua qui l'observait, ses petits yeux bleus grands ouverts. « Et tu dois être Hua, je suppose ? Elle va être contente de revoir sa mère »

Suki ne se fit pas prier et embrassa Sokka à pleine bouche avant de récupérer Hua dans ses bras, qui était effectivement ravie. Katara fut touchée par Zuko. Elle ne l'imaginait pas si... "famille" même si dans le fond c'était évident. Il suffisait de voir comment il s'occupait de Kiyi. Sokka finit par saluer cette dernière tandis que Katara prenait sa nièce dans ses bras pour lui dire bonjour.

« Bonjour Kiyi ! Tu as bien grandi depuis la dernière fois ! », s'exclama Sokka avec son éternel grand sourire. Il l'étreignit à son tour. Cela faisait des années qu'ils ne s'étaient pas vus.

Kiyi rit à son tour. « Bonjour Sokka ! Oui, un peu ! Je serai un jour aussi grande que toi ! »

Katara redonna Hua à sa mère, puis Sokka la serra contre lui. « Tu nous as manqués petite soeur »

Katara se renfrogna. Il faisait allusion à son absence à l'enterrement de leur grand-mère. C'était du Sokka tout craché, il n'en ratait jamais une lorsqu'il n'était pas content de quelque chose. Patiente, elle ne releva pas, même si l'idée de lui demander s'il aurait dit ça à Suki la démangeait terriblement. « Vous m'avez manqués aussi. Où est papa ? »

« Il est encore noyé dans la paperasse comme toujours à la mairie, quelle horreur ! Il faut dire que tout ça s'est décidé en dernière minute. Il est navré de ne pas pouvoir vous accueillir comme il se doit, mais vous êtes tous invités à dîner avec nous », dit Sokka en s'adressant au petit groupe, à nouveau accroché au bras de Suki qui câlinait sa fille contre elle. Cette dernière avait l'habitude de la voir fardée ainsi en l'honneur de l'Avatar Kyoshi. « T'en fait pas Zuko, on trouvera vite qui t'a attaqué, j'en suis sûr »

« J'aimerais que tu aies raison », lui dit l'intéressé, dont le visage s'était assombri.

Katara en profita pour saluer son élève. Cette dernière avait l'air ravie de la voir, et elles s'étreignirent amicalement comme il était de coutume de le faire chez eux.

« Alors, comment se passe ta formation ? Je suis encore désolée de t'avoir laissée en plan dernièrement », s'excusa Katara. En réalité, la tentative d'assassinat de Zuko avait quelque peu modifié son programme. Mais Siku avait l'habitude et ne lui en voulait pas le moins du monde.

« C'est assez calme ces temps-ci, peu de blessés à déplorer - et tant mieux ! Ne t'en fait pas pour ça, j'ai ma soeur pour m'entraîner aussi », lui dit Siku avec un sourire.

Voyant Zuko dubitatif face à l'apparition de Siku, Katara réalisa qu'il ne l'avait jamais rencontrée et la lui présenta. « Oh hum Zuko, je te présente Siku. C'est mon apprentie, je la forme à la guérison »

« Enchanté », fit-il avec un signe de tête respectueux.

« Oh euh moi de même, Seigneur du feu », bredouilla-t-elle en improvisant une révérence, qui lui rappela étrangement celle de Katara. Toute aussi disgracieuse, même si désormais, Katara ne lui inspirait plus aucunement ce sentiment. Depuis qu'il avait reconnu son amour, et encore, il avait toujours du mal à se faire à cette idée, il trouvait tout ce qu'elle faisait beau. C'était assez déroutant pour son esprit, habitué à la critique sévère, que ce soit envers lui-même ou envers les autres.

« Je vais vous conduire au bâtiment qu'on vous a préparé, j'espère que ça ira », dit Sokka avant de se mettre en route pour le coeur de la ville avec Suki à son bras. Kiyi se rua presque à ses côtés, se mettant à le questionner sur à peu près tout ce qui touchait de près ou de loin au Pôle Sud. Et ce dernier lui répondait avec fierté, content de voir qu'elle s'y intéressait d'aussi près.

Siku se sépara d'eux arrivée devant la maison qu'elle partageait désormais avec sa famille, venue les rejoindre elle et sa soeur il y a quelques mois. Katara lui promit un entraînement prévu le lendemain matin, et elles se quittèrent sur ces mots. Sura, qui venait accueillir sa soeur leur fit un signe de la main, agitant ses couettes dans le vent.

Zuko le suivit, accompagné de Katara. Il était mal à l'aise. Comme à chaque fois qu'il était venu au Pôle Sud, il sentait qu'on le dévisageait, lui signifiant clairement qu'il n'était pas vraiment la bienvenue. Ce n'était plus aussi virulent qu'auparavant, mais cela demeurait toujours. Le dur surnom de 'faiseur de cendres' n'avait pas encore disparu, loin de là. Katara sentit son malaise, elle avait elle aussi remarqué les regards inquisiteurs - pour ne pas dire hostiles - que leur jetaient certains membres de la tribu. La jeune femme soupira, lassée. Zuko quant à lui se concentra davantage sur l'architecture des bâtiments, faits entièrement de glace et de bois. Cela n'avait plus grand chose à voir avec la petite tribu qu'il avait attaquée sept ans plus tôt. Au contraire, il avait l'impression d'être au Pôle Nord, la structure pyramidale avec le Palais au sommet en moins. Tout était grand, bien disposé et agencé, avec de larges artères composées à la fois de neige et de glace pour ceux qui préféraient se déplacer en chaussures de glace comme Sokka les appelait.

Ce dernier les mena jusqu'à un bâtiment, à deux artères de la mairie où résidaient Hakoda et Katara, qui servirait plus tard d'ambassade à la Nation du Feu. Sokka avait quant à lui sa propre demeure avec Suki, qu'ils occupaient lorsqu'ils venaient jusqu'au Pôle Sud. Elle se situait juste à côté du bâtiment principal et n'était pas bien grande, puisqu'ils n'étaient que rarement là. Le bâtiment devant lequel ils arrivèrent était à peine plus grand que le leur.

« Voilà votre petit chez vous ! », s'exclama Sokka. Zuko se demandait comment il faisait pour sourire autant, et songea que lui-même ne souriait pas beaucoup. Sauf peut-être en présence de sa famille ou... de Katara. Il réalisa tout à coup qu'il avait fait l'amour à la soeur d'un de ses meilleurs amis, et pria pour qu'il ne l'apprenne pas de sitôt. De retour dans son costume de Seigneur du feu, il avait totalement laissé de côté la nuit qu'ils avaient passée ensemble. Jusqu'à présent.

Ils entrèrent dans le bâtiment, Sokka leur montra les quelques commodités dont ils disposaient. C'était plutôt vaste, mais néanmoins vide. Seules deux chambres, séparées par une grande pièce à l'étage, étaient habitables sans compter le salon et la cuisine. Katara se sentit rougir en sachant qu'elle devrait à nouveau partager la chambre de Zuko, mais laissa ses pensées charnelles de côté. Ce n'était vraiment pas le moment.

« Bien, je crois que vous savez tout ! Je viendrais vous chercher pour le dîner », leur dit Sokka. « Tu viens mon coeur ? »

« Je suis toujours là pour la sécurité de Zuko, Sokka », dit doucement Suki, qui lui rendait Hua. « Je ne peux pas... »

Zuko intervint. Il se sentait déjà suffisamment coupable de faire appel à Suki, privant sa famille de sa présence, il ne voulait pas creuser davantage sa culpabilité. « Ne t'inquiète pas Suki, ça va aller »

Cette dernière lui en fut reconnaissante, mais elle se sentait mal à l'idée de le laisser seul. Elle savait que Katara était là, mais se doutait que cette dernière ne resterait pas la nuit. Elle savait pertinemment que Katara ne voulait pas attirer l'attention sur l'étrange couple qu'ils semblaient former avec Zuko. Mais Ty Lee et les autres guerrières seraient là pour le protéger. Cela suffisait à la rassurer.

« Merci Zuko », le remercia-t-elle avec un sourire. « Mes soeurs seront là de toute façon, elles m'alerteront en cas de besoin »

Puis ils s'en allèrent, laissant Kiyi, Zuko et Katara avec la garde et les autres guerrières Kyoshi qui se répartirent autour du bâtiment selon le plan arrangé par Suki. Ty Lee resta toutefois avec Kiyi. Zuko était content que sa soeur ait une amie, elle n'était sortie du palais que trop peu de fois depuis qu'elle avait appris son appartenance à la famille royale. Et Zuko restait terriblement occupé la plupart du temps. Au moins depuis que Ty Lee était revenue, Kiyi semblait beaucoup plus joyeuse et enthousiaste, ravie de pouvoir apprendre plein de tours farfelus avec Ty Lee. Zuko ne cautionnait pas, mais il était toujours impressionné par le sérieux de Kiyi quant à ses cours, aussi ne disait-il mot lorsqu'elle prenait le temps de s'amuser.

Mais loin des tours habituels de Ty Lee, Kiyi lui proposa à nouveau de jouer au Pai Sho pour lui apprendre, ce que Ty Lee accepta avec joie. Sokka avait effectivement songé à en laisser un, connaissant la passion de Zuko et d'Aang - qui arriverait incessamment sous peu - pour ce jeu. Katara ne se posait même plus la question de savoir ce que faisait Aang, ou plutôt où il était allé pour récupérer les précieuses informations qui seraient utilisées lors de la réunion. Elle-même lorsqu'elle était en couple avec lui ne savait que peu de choses sur ses activités, hormis les quelques fois où elle avait pu l'accompagner. Le mystère environnait l'Avatar, c'était peut-être naturel. Zuko était toujours un peu inquiet lorsqu'il était question d'Aang, ce dernier ayant parfois une capacité assez extraordinaire pour se retrouver dans le pétrin. Mais son oncle lui avait dit de ne pas s'en faire, l'Avatar savait bien se débrouiller seul.

Zuko et Katara restèrent seuls, Kiyi étant montée avec Ty Lee jouer au Pai Sho. Katara lui avait promis une partie un peu plus tard. Le fait d'être rentrée "chez elle" ranimait les problèmes qui s'amoncelaient entre son frère, sa famille et Zuko. Sans parler de la menace qui planait désormais au-dessus d'eux, un lieu réunissant tous les chefs de gouvernement étant une cible de choix.

« Je vais faire un peu de thé, si ça te dit », finit par dire Zuko qui s'attelait déjà à trouver une bouilloire. Il entendit Katara rire légèrement derrière lui, et se retourna vers elle, l'air déconfit. « Qu'est-ce qui te fait rire ? »

« Rien du tout, c'est juste qu'on dirait ton oncle », sourit-elle. Il avait la même réaction que ce dernier, qui pourrait se résumer à un adage : dans le doute, faire du thé. Katara trouvait que Zuko était relativement calme pour quelqu'un qui détestait se retrouver cloué par son état physique. Au moins avait-il cessé de défier ses ordres en essayant de reprendre son entraînement physique.

Zuko, qui avait trouvé tout le nécessaire à thé, et qui préparait ses herbes à thé qu'il avait rapportées, sourit légèrement à son tour. « Je prends ça comme un compliment »

« Ç'en est un », dit Katara qui se rapprocha de lui. Son étreinte lui manquait terriblement à cet instant. Elle posa une main sur son bras et ce dernier en lâcha presque la tasse qu'il tenait. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle le touche de sitôt, au vu des complications qui s'annonçaient pour eux. Et, au fond de lui, il ne se trouvait pas assez bien pour elle. Katara se ravisa finalement, mais il la retint de son autre main. Ils se tenaient très près l'un de l'autre, les yeux de feu de l'un se noyant dans le regard de l'autre. « J'aimerais tellement t'embrasser », chuchota-t-elle avec regret.

« Je ne puis refuser une si modeste demande », répondit-il en attrapant doucement son menton pour l'embrasser. Elle se laissa faire mais rompit le baiser, elle avait si peur de ce qui pourrait se passer si ça se savait. Elle savait pourtant qu'un jour ou l'autre, il faudrait le dire. Mais c'était trop tôt.

Zuko soupira. « Tu as honte de moi ? »

Il songeait toujours au mal qu'il lui avait fait dans le passé, à elle comme à ses amis et à sa famille. Il savait qu'elle l'en avait pardonné il y a bien longtemps, mais à présent qu'elle était de retour dans sa vie, il y repensait régulièrement. Et il se demandait s'il aurait été capable d'accorder un tel pardon. Il en avait été incapable avec son père. Katara leva les yeux au ciel. Il recommençait sa crise de "je ne suis pas assez bien" et "tout est de ma faute". Un refrain lassant à ses yeux. Quand allait-il comprendre qu'elle l'avait pardonné ?

« Non Zuko, ce n'est pas ça. Je t'aime, d'accord, et j'ai envie que ça marche. C'est juste... Précipité. Et puis qu'est-ce que ton peuple va dire ? Tu t'en fiches de ça ? Moi à la limite, tant pis. Je ne suis pas obligée de rester ici, mais toi tu n'as pas le choix Zuko. Ils ont déjà eu du mal à t'accepter en tant que Seigneur du feu alors que tu étais l'héritier légitime, et sans doute l'une des meilleures choses qui pouvait arriver au monde, que penses-tu qu'ils vont dire si je deviens ta... », questionna Katara, qui laissa volontairement sa phrase en suspens. Elle n'avait pas encore envie de se qualifier par rapport à Zuko. Et elle ne savait pas quel qualificatif utiliser. « Et j'ai failli te perdre il y a cinq jours, ce n'est pas le moment. Si tes... si ces meurtriers l'apprennent, nous serions tous les deux en danger. Ils trouveraient en moi un nouveau point de pression à exploiter en plus de ta famille. J'aime autant qu'on règle ça avant de penser à nos sentiments égoïstes »

C'était là qu'il la reconnaissait. Katara, qui n'oserait jamais faire passer son égoïsme avant les autres. Elle l'impressionnait avec son altruisme. Il s'en voulut presque de songer à son amour propre. Et il ne pouvait pas nier que c'était tout à fait précipité, cela ne faisait même pas un jour qu'ils s'étaient "avoués" l'un à l'autre. Mais rester de marbre alors qu'elle était juste là devant lui, cela lui était très difficile. C'était bien la première fois qu'être indifférent lui était aussi compliqué. D'autant plus qu'elle venait de dire à voix haute qu'elle l'aimait, chose qu'il ne le lui avait encore jamais dit avec des mots.

Ensuite, elle venait de pointer un problème qu'il n'avait pas envisagé. Il était tellement tourmenté par ses sentiments dernièrement qu'il n'y avait pas songé une seule seconde. Ils pourraient s'en prendre à elle pour essayer de l'atteindre. N'était-ce pas ce qu'Azula voulait lors de leur dernier Agni Kai lorsqu'elle avait changé la cible de son éclair ? Il aurait dû y penser tout de suite. Il lui attrapa doucement l'une de ses mains.

« Je suis stupide et égoïste », commença-t-il avant de se reprendre. Ce n'était pas qu'il était stupide ou égoïste. Il s'en rendait enfin compte. « Non... Je t'aime »

Le coeur de Katara fondit à ses mots. Mais elle remarqua une expression de tristesse sur son visage. « Et je crois... Que je n'avais jamais ressenti ça... Pas comme ça... Et ça me fait peur. Je ne sais pas ce que je dois faire, et pire encore, j'ai peur que tu aies raison »

Il avait beau avoir deux ans de plus qu'elle, il n'y connaissait rien à l'amour avec un grand A. Son histoire avec Mai avait été si étrange qu'il ne savait pas s'il pouvait qualifier ce qu'ils avaient vécu de relation amoureuse. Et si l'inconnu ne lui avait jamais fait peur, celui-là l'effrayait car il n'était pas le seul maître à bord. Il n'était même plus le maître, son coeur semblait s'être réveillé d'une longue léthargie. Et s'il la perdait, il n'osait imaginer ce dont il serait capable. Et s'il devenait un jour comme son père ? Et s'il faisait encore tout rater avec ses secrets et son amour propre ? Sa mâchoire trembla face aux idées noires qui jaillissaient dans son esprit.

Katara sentit qu'il venait de comprendre tout ce à quoi ils devraient faire face et l'attira contre elle doucement. « Ensemble, nous ferons tout pour qu'ils aient tort. Mais il faut qu'on soit patients », lui dit-elle.

Zuko resta un petit moment à l'enlacer, sentant doucement sa confiance reprendre le dessus alors qu'il respirait son étrange et inhabituel parfum d'ambre. Rien ne leur avait jamais résisté, pourquoi cela arriverait-il maintenant ? Il s'en voulait face à sa faiblesse de coeur. Mais Katara ne lui en voulait pas. Après tout, elle avait été un jour amoureuse de l'Avatar, la personne la plus recherchée au monde et la plus exposée aux dangers. C'était un sentiment auquel elle s'était habituée, mais elle savait pour autant que ce n'était pas le cas de Zuko - bien que ce dernier ait déjà eu quelques frayeurs pour son oncle. Les plus grandes frayeurs auxquelles il avait fait face dans le passé le concernaient directement. Il avait réchappé à la mort de nombreuses fois, mais y avait donc fait face autant de fois. Son rapport à la mort était plus développé que celui de Katara. Mais cette dernière avait au contraire fait face de nombreuses fois à la perte d'un être cher, même si pour Aang et Zuko elle avait pu l'empêcher.

Ils finirent par se séparer et Zuko termina le thé. Ils étaient assis face à face et avaient, après un long moment de silence, fini par orienter leur discussion autour du thé et de la nourriture en général. Katara jubilait d'avance à l'idée de voir si Zuko appréciait la cuisine sudiste autant que Katara appréciait la cuisine épicée de chez lui. Kiyi finit par redescendre, souhaitant jouer contre son frère, ce que ce dernier accepta de bonne grâce. Tandis qu'ils jouèrent, et voyant que la partie promettait d'être interminable, Katara se leva puis observa ce qui se passait par la fenêtre. Le soleil était un peu plus bas dans le ciel, mais ne se coucherait pas ce soir. Ce n'était pas plus mal, Zuko et Kiyi ne ressentiraient pas les graves effets de la nuit polaire sur eux.

Ses yeux se posèrent sur un ouvrage qu'elle avait déjà feuilleté, qui se trouvait sur la commode placée sous la fenêtre. Celui où le portrait et l'histoire de Zuko étaient retranscrits. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas lu ce qui avait été écrit à son sujet, s'étant contentée de contempler son portrait. Voyant Kiyi et Zuko occupés à disputer une partie de Pai Sho, elle décida de s'y replonger. Elle apprit enfin ce qui s'était vraiment passé ce jour où son père l'avait défiguré. Elle en eut presque les larmes aux yeux. Quel père aussi horrible oserait brûler le visage de son propre enfant puis le condamner à l'exil en lui retirant tout droit sur le trône pour avoir simplement parlé alors qu'il n'aurait pas dû ? 'Un monstre', se dit-elle. Elle s'étonna presque qu'il lui ait laissé la vie sauve.

Katara s'était longtemps demandé ce qui avait pu justifier cette quête acharnée contre l'Avatar puis un changement de camp aussi soudain. Mais à présent qu'elle en savait plus, elle comprenait. Il pensait retrouver une famille, et lorsqu'il s'était rendu compte que sa famille ne serait jamais celle dont il avait besoin, il avait tourné les talons et était reparti, et de son propre chef cette fois, vers son oncle. Elle comprenait à présent mieux le lien fusionnel qu'il entretenait avec son oncle. La voix de Kiyi la sortit de ses pensées.

« Katara, j'ai gagné ! », s'écria-t-elle, victorieuse.

Katara ferma aussitôt le livre et le reposa. Elle se leva, encore chamboulée par la somme de connaissances qu'elle venait d'emmagasiner et qui lui permettaient de compléter un peu plus le puzzle qu'était l'histoire de Zuko. Ce dernier remarqua qu'elle avait un air sinon grave au moins triste. Katara lui jeta un regard si intense qu'il s'en posa des questions. Il sentait que ça n'avait rien à voir avec ce qu'ils avaient vécu dernièrement. C'était comme si elle venait d'apprendre quelque chose de terrible. Et il ne se doutait pas que quelque part, c'était le cas.

« Quelque chose ne va pas Katara ? », questionna doucement Zuko.

Elle secoua légèrement la tête sur le côté. « Si... Si, ça va », dit-elle avant de se pencher sur le plateau qui reflétait la défaite de Zuko. Ce dernier se pinça les lèvres, sachant pertinemment que quelque chose chiffonnait Katara. Mais il décida de ne pas insister devant sa soeur, qui réclama à jouer avec Katara pour changer. Habituée à la défaite, Katara songea qu'une de plus ne lui ferait pas de mal. Et effectivement, Kiyi lui opposa la défaite la plus cuisante qu'elle n'avait jamais vue. Leur jeu n'avait duré que cinq tours.

« Tu n'es pas prête de te mesurer à moi si tu continues de perdre face à ma soeur », se moqua Zuko, qui avait suivi attentivement la partie, se retenant à grand peine à chaque fois que Katara commettait une erreur stratégique.

« J'ai déjà gagné contre toi, je te rappelle », rétorqua Katara.

Zuko sourit. « C'était un coup de chance, j'étais distrait » La mauvaise foi incarnée.

Katara souffla et le tapa dans son épaule droite. « Menteur ! J'ai gagné à la loyale ! »

« Ah oui ? Tu veux bien me remontrer, enfin si tu y arrives ? », minauda Zuko.

Katara posa les mains brusquement sur la table et lui jeta un regard de défi. « Je vais te montrer, ici et tout de suite ! Tu vas voir ce que tu vas prendre Seigneur du feu ! »

Il la trouvait terriblement séduisante à cet instant, si bien qu'il fut tout à fait incapable de rétorquer quoi que ce soit. Kiyi était hilare à côté d'eux, ne saisissant pas toute la subtilité de la conversation. Ils n'entendirent pas Sokka frapper à la porte, alors ce dernier décida d'entrer.

« J'interromps quelque chose ? »

Katara et Zuko sursautèrent et se tournèrent vers Sokka. Il était accompagné de Suki, qui ne s'était pas détachée d'Hua. Celle-ci marchait doucement aux côtés de sa maman, qui la tenait par le bras. Le sol était affreusement glissant. Katara se leva et s'accroupit à hauteur de la petite fille. Celle-ci, intriguée, se dirigea maladroitement vers elle, suivie de Suki qui ne lui lâcha le bras que lorsque Hua eût posé son pied sur le plancher de la demeure. Katara la souleva des airs une fois à portée de ses bras, ce qui la fit rire.

« C'est fou ce qu'elle te ressemble Suki ! », s'exclama Katara. En effet, en dépit de ses grands yeux bleus, tout le reste évoquait sa mère. Ses cheveux acajou étaient tout ébouriffés avec le vent qui régnait au dehors, et sa peau était bien plus pâle que celle de son père.

« Oui, et bien crois-moi que côté caractère, c'est tout son père ! Tu verrais le bazar qu'elle a mis dans mon maquillage tout à l'heure, un régal », soupira Suki. Hua aimait beaucoup toucher au maquillage que sa mère utilisait pour son visage. Et en dépit de toutes ses manoeuvres pour l'empêcher d'y toucher, Hua trouvait toujours le moyen de parvenir à ses fins.

Katara imagina la petite fardée de rouge et de blanc et rit devant l'image hilarante qui s'imposait à son esprit. Elle reposa la petite au sol, qui partit se réfugier dans les jambes de son père. L'image de Katara avec un enfant dans les bras était une image fort nouvelle pour Zuko, qui n'avait cessé de l'observer avec Hua. Jusqu'à ce qu'elle croise son regard et se mette à rougir.

« Si nous allions dîner ? », finit par dire Sokka.

« Nous devrions nous dépêcher, il devient grincheux s'il a faim », plaisanta Suki qui récupéra sa fille.

« L'ennui, c'est qu'il a toujours faim ! », soupira Katara. Avant qu'elle n'ait fait un pas dehors, Sokka lui tendit son manteau, qu'elle n'avait pas remis depuis sa dernière venue au Pôle Sud, qui remontait à plusieurs mois déjà.. « Merci Sokka »

« A-t-on des nouvelles d'Aang ? », demanda Zuko tandis qu'il refermait la porte derrière eux.

« On vient justement de recevoir une lettre, il était avec Toph jusqu'à présent. Je crois qu'il arrive demain avec le Roi de la Terre », dit Sokka avec une joie non-dissimulée. Voilà un moment qu'il n'avait pas vu son ami. « Tu nous as fait peur Zuko »

« Je me suis fait peur moi aussi. Sans Katara, j'y passais. Et même avec elle, j'ai failli y passer plusieurs fois. Sans sa vigilance et sa maîtrise, je ne serai plus là pour t'en parler », fit humblement Zuko. Katara rougit à ses propos, mais c'était vrai : elle avait sacrifié la majorité de son sommeil et de son énergie pour le maintenir en vie. Et cela se voyait encore sur son visage, légèrement creusé. « A ce propos... Je suis désolé pour votre grand-mère, et désolé d'avoir retenu Katara avec mon état. Si je peux faire quoi que ce soit... »

« T'en fait pas, ce n'est pas de ta faute », lui dit Sokka en posant une main sur son épaule. Zuko lui sourit doucement, ce qu'il venait de dire adoucissant sa culpabilité.

Ils arrivèrent rapidement à la demeure qu'occupait Hakoda. Elle semblait si grande à présent que Sokka ne vivait plus là. Katara y vivait encore lorsqu'elle revenait au Pôle Sud, ce qui était relativement rare. Au moins passerait-elle un peu plus de temps avec son père cette fois. Ce dernier les accueillit chaleureusement.

« Entrez mes amis, entrez. Seigneur du feu Zuko, princesse Kiyi, je suis navré de ne vous accueillir que maintenant, ces derniers jours ont été quelque peu chaotiques », dit-il avec bienveillance avant de s'incliner face à Zuko, qui en fit de même.

« Je vous en prie. Merci encore de nous accueillir ma soeur et moi ici, je sais que ce ne sont pas des temps beaucoup plus facile pour vous. Je me permets de vous présenter nos condoléances », dit poliment Zuko.

Hakoda le remercia d'un hochement de tête, ne souhaitant visiblement pas s'attarder sur cet événement qui semblait beaucoup l'affecter, puis se tourna ensuite vers Katara. « Je te félicite mon trésor, tu as sauvé une vie de plus »

Cette dernière rougit. Elle qui s'attendait à un sermon était surprise de le voir si détendu et compréhensif. Ce n'était pas un mal. « J'ai fait mon devoir papa, c'est tout »

Ils s'assirent autour de la grande table qu'Hakoda avait préparé avec l'aide d'autres membres du village, venus en renfort pour honorer leur devoir d'hospitalité. Zuko se plaça face à Hakoda, entre Kiyi et Suki. Katara fit volontiers le service avec son frère tandis qu'Hakoda et Zuko partageaient les premiers éléments dont ils disposaient quant à son agression. Ce que Zuko apprit lui fit froid dans le dos.

« Au Pôle Nord, on déplore beaucoup de disparitions mystérieuses, nous devions en parler dans quelques semaines dans le cas où cela se poursuivrait. Mais cette tentative d'assassinat à votre encontre a quelque peu précipité les choses. Nous soupçonnons un lien entre les deux », lui dit Hakoda.

Kiyi pinça les lèvres. Assassinat, voilà un mot qui l'effrayait au plus haut point. Combien de fois avait-elle craint de retrouver le cadavre de son frère au matin ? Bien sûr Zuko, ainsi qu'Iroh et Ursa, tâchaient de la garder à l'écart de tout ceci, mais elle n'était pas dupe. Et Zuko le savait. Et c'était l'une des raisons pour lesquelles elle tâchait d'être persévérante à la fois en politique et au combat. C'était pour mieux être à même de vaincre leur ennemi, que ce soit par la force ou la finesse.

Zuko et Katara de leur côté se rappelaient bien les mots d'Iroh. Il avait parlé de trafics de femmes, l'un des nombreux moyens pour se financer. Ils se jetèrent un regard grave, songeant tout deux à la discussion qu'ils avaient eu avec Iroh. Ils priaient pour qu'il ait eu tort, mais Zuko savait que ce n'était pas le fort de son oncle d'avoir tort.

« Pourquoi enlèverait-on des citoyens du Pôle Nord ? Vous êtes certain qu'il y a un lien entre les deux ? Me tuer, ce n'est pas une mission nouvelle, loin de là. Mais enlever des civils ? », questionna précautionneusement Zuko.

« Ce ne sont pas n'importe quels civils qui sont touchés. Ce sont essentiellement des femmes », fit Hakoda en se raclant la gorge, embarrassé par cette révélation. La gorge de Katara se serra. Elle était donc effectivement en danger. Hakoda reprit. « Je ne sais pas exactement si les deux sont liés, mais nous avons été incapables de les trouver jusqu'à présent. Et ils étaient extrêmement bien organisés. Aang nous a fait parvenir quelques détails au sujet de votre attaque dans sa dernière lettre, et le mode opératoire semble assez similaire. Avez-vous la connaissance d'un traître parmi vos rangs ? »

Zuko réfléchit un instant. Iroh lui avait assuré que si traître il y avait, cela ne venait pas du palais. Quelqu'un avait dû se substituer aux gardes qui géraient les entrées et sorties du palais, mais les investigations de son oncle n'avaient rien donné. Le soldat qu'ils avaient fait prisonnier semblait être plutôt ignorant sur l'organisation qu'il servait. Iroh lui avait dit que c'était là un gage de finesse de la part de leur ennemi. Il distillait ses informations avec prudence à ses propres mercenaires pour éviter que ces derniers ne puissent parler.

« Nous n'avons aucun traître, une substitution s'est opérée et a trompé mes hommes. De plus, le peu d'ennemis que nous avons pu faire prisonnier semblent tout à fait ignorants sur l'organisation dont ils font partie. Leur chef doit leur fournir le strict minimum en termes d'informations pour éviter qu'ils ne trahissent le groupe. Ils ne se connaissent même pas entre eux », leur dit Zuko.

Hakoda hocha la tête. C'était bien pire que ce à quoi il s'attendait. Aang l'avait pourtant prévenu : il ne s'agissait pas d'un ennemi quelconque. Il semblait avoir des ficelles dans de très hauts milieux. Car pour s'infiltrer dans la cité du Pôle Nord ou dans le palais du Seigneur du feu, il fallait quelques relations et informations. Zuko avait réussi à s'infiltrer au Pôle Nord du temps où il cherchait l'Avatar, mais n'avait eu nulle part où aller ensuite. Sans la bonté d'Aang, il serait mort gelé sur place. Son oncle l'avait traité d'idiot, et à raison. Il n'avait pas les épaules nécessaires à l'époque pour achever sa mission. Cet ennemi semblait avoir les épaules assez larges visiblement.

« Nous allons devoir redoubler de vigilance », dit Hakoda d'un ton sombre. « Katara, j'aimerais que tu évites de t'éloigner de la cité. De toute façon, je suppose que tu vas rester avec ton patient, je me trompe ? »

Katara était plutôt surprise de sa présomption. Elle s'attendait à ce que son père lui demande de rester avec lui. Voilà qui changeait peut-être la donne pour elle et Zuko. Restait Kiyi, mais celle-ci n'avait rien soupçonné jusqu'alors. Zuko se demandait ce qu'elle allait répondre. A en juger par son expression, elle ne s'attendait pas à cela. Et lui non plus d'ailleurs. Peut-être choisirait-elle la prudence et resterait-elle avec son père. Il ne lui en voudrait pas.

« Oh... Et bien si tu n'as pas besoin de moi, ce serait préférable. Son état, quoique stable, reste imprévisible », dit-elle d'un ton qui se voulait sérieux.

Kiyi sourit franchement, contente de savoir que Katara serait encore présente pour un petit moment, même si son coeur se pinçait de savoir que c'était surtout à cause de l'état de Zuko. Le petit sourire en coin que fit Zuko n'échappa pas à la maîtresse de l'eau et celle-ci songea que loin d'avoir un état imprévisible, c'était plutôt Zuko lui-même qui, entêté, faisait tout pour 'retarder' sa guérison. Elle se souvint de sa stupeur lorsqu'elle l'avait trouvé en train d'essayer de muscler son épaule blessée. Il ne l'avait néanmoins plus jamais refait.

« Je ne pense pas avoir besoin de toi, du moins pas tant que tout le monde ne sera pas arrivé pour cette réunion. Sokka m'assiste déjà », lui dit Hakoda.

Katara fut un peu déçue. Son père ne lui avait jamais demandé assistance, pas à elle, une fille. C'était dans ces moments qu'elle se rappelait qu'elle n'était que la cadette. Alors que pourtant elle aurait juré le contraire. Sokka n'était pas la personne la plus responsable qu'il connaissait, sauf lorsqu'il s'agissait de ses enfants ou de stratégie guerrière. Le reste, la politique et la diplomatie n'étaient pas vraiment son fort - contrairement à elle. Mais elle ne dit mot et termina son plat, se disant qu'un jour, elle aurait sa chance. Zuko sentit sa déception, et comprit tout de suite ce qui en était la cause. La rivalité fraternelle était un domaine dans lequel il avait pour ainsi dire une connaissance encyclopédique, avec sa soeur comme rivale. Combien de fois son père avait-il préféré se reposer sur sa soeur plutôt que sur lui ? Il ne saurait les compter tant il y en avait eu. Il connaissait Katara. Elle avait aussi son orgueil à satisfaire.

« J'espère qu'il ne sème pas trop la pagaille alors ! », railla Katara. Son frère leva les yeux au ciel.

« La confiance règne toujours quand tu es là », soupira Sokka. « Tu verras quand tout le monde sera là si je sème la pagaille ! »

Katara eut un petit sourire moqueur qu'elle camoufla en buvant son eau. Zuko peinait à manger, c'était vraiment une nourriture très fade pour lui. Mais il avala tout son plat sans se plaindre une seule fois. Ce n'était pas le pire qu'il avait eu à manger. Durant son exil avec son oncle, ils avaient mangé de la nourriture bien plus infâme. Il chassa ces souvenirs, ne souhaitant pas se couper l'appétit. Katara était assez impressionnée. Kiyi avait une drôle de grimace sur le visage. C'était la première fois qu'elle mangeait des plats du Pôle Sud. Mais elle se força à finir, avec une expression plus révélatrice que celle de son frère. Ce dernier questionna Hakoda et Sokka sur les changements opérés dans la cité.

« Nous avons ouvert notre deuxième école, et nous avons de plus en plus de maîtres de l'eau qui naissent », dit fièrement Hakoda qui se tourna vers Katara. « D'ailleurs, il serait bon que tu sois là pour enseigner la maîtrise Katara. Tu es l'une des plus douées dans ce domaine, et Maître Pakku serait ravi d'avoir de l'aide »

« Les maîtres du Pôle Nord sont donc repartis ? », s'étonna Katara. En réalité, elle n'était qu'à demi-étonnée. Les habitants du Pôle Nord étaient pour la plupart toujours très condescendants à l'égard de leur tribu soeur. Voyant la mine défaite de son père, elle comprit. « Il y a encore eu des conflits, c'est ça ? »

« Oui... », fit son père avec une pointe de déception. Mais il eut un sourire. « Toutefois, les choses s'arrangent ! Et il y a encore trop peu de maîtres pour que maître Pakku soit débordé. Tu les as vues je suppose, Siku et Sura ? »

« Oui, je dois vérifier les progrès de Siku demain. Et je lui demanderai peut-être de m'accompagner à la Nation du Feu, pour terminer la guérison de Zuko et dans le même temps, terminer sa formation », déclara Katara. « Avec ta permission, Zuko »

Il fut surpris de son ton solennel. Et même s'il avait du mal à se dire qu'il devrait partager Katara, il ne saurait lui refuser quoi que ce soit. « Bien sûr, ce n'est pas un problème pour moi, et ça fera d'autres maîtres pour t'entraîner Kiyi »

Cette dernière rosit de plaisir, et hocha vivement la tête. Un sourire de Katara le récompensa. Hakoda était un peu plus réservé quant à cette idée. Envoyer les trois uniques maîtres de l'eau du Pôle Sud un tant soit peu entraînés en terre hostile, ce n'était pas tout à fait ce qu'il espérait. Il avait une culture à protéger, et au vu des temps troublés, il préférait miser sur la sécurité.

« Je préfèrerais pour l'heure que nous élucidions cette histoire avant de risquer ce qu'il reste de notre culture élémentaire en territoire hostile. Sans vouloir vous vexer Seigneur du feu Zuko », fit Hakoda, visiblement embarrassé.

Katara quant à elle fit la moue. Ils n'étaient pas prêts de régler cette histoire au train où les choses allaient. Mais Hakoda devait sans doute redouter une attaque contre la cité, qui aurait besoin de tous ses guerriers et tous ses maîtres pour se défendre. Le Pôle Sud était en effet, en dehors évidemment du peuple de l'Air, le moins fourni en termes de maîtres. Il n'y avait pour ainsi dire que quatre personnes susceptibles de pouvoir défendre la cité avec leur maîtrise : Siku, Sura, Pakku et Katara. Et cette dernière devait non seulement protéger la cité et sa famille, mais aussi Zuko, qui serait bien incapable de se défendre si une attaque se produisait. Elle songea à quel point ce devait être frustrant pour lui. C'était l'un des plus talentueux maîtres du feu, et à cause d'une erreur monumentale, il était condamné encore pour quelques jours sinon quelques semaines à devoir se reposer sur les autres pour se défendre à un moment aussi critique.

« Vous ne me vexez pas. Vous avez raison, je n'avais pas songé à ce problème. Et je ne puis moi-même assurer leur sécurité pour le moment », fit sombrement Zuko, frustré du fait qu'il ait raison.

Il se maudissait intérieurement de ne pas avoir songé à tous les risques que Katara avait pris en restant au Palais aussi longtemps, même sous escorte. Cette organisation était dotée de puissants maîtres, elle n'en avait envoyé que très peu lors de la dernière attaque. La prochaine risquait d'être dévastatrice maintenant qu'ils avaient connaissance des difficultés qu'ils risquaient de croiser.

Le repas se termina dans le calme, Hakoda leur ayant dit qu'il les préviendrait de l'arrivée d'Aang, que tous avaient hâte de revoir. Suki n'avait pas esquissé un mot durant la conversation, trop occupée avec sa fille. Mais elle n'avait pas raté une miette et avait failli éclater de rire lorsque Katara avait dit que ça ne la dérangeait pas de rester avec Zuko pour le moment. Sokka lui avait jeté un étrange regard, mais Suki n'était pas inquiète : il était encore plus aveugle que leur amie Toph pour ces choses-là. Cette dernière serait actuellement pliée en deux, elle à qui ses pieds disaient toute la vérité. Suki aurait aimé partager ce secret, du moins sans avoir à le révéler, et espérait qu'Aang ait amené Toph à ses côtés.

Elle finit par rentrer avec Sokka et Hua, qui s'était endormie sitôt qu'elle eut mangé. Katara, Kiyi et Zuko partirent en sens inverse vers leur bâtiment. La maîtresse de l'eau était soucieuse, mais ne dit rien. Kiyi était toujours émerveillée par la neige qui couvrait absolument tout ce qui se trouvait autour d'elle, et courait un peu partout, marchant là où il n'y avait aucune trace de pas, ravie d'être la première à fouler cette neige. Le froid qui se faisait vif ne l'arrêta pas.

« Ça va ? », demanda Zuko, qui profitait que sa soeur fût assez loin pour ne pas les entendre.

Il n'y avait que quelques passants dans la rue, tous devaient dîner à cette heure. Le soleil, qui était toujours présent, désorientait Zuko. Il n'aurait pas su dire l'heure qu'il était précisément mais sentait la fatigue se diffuser dans son corps. Son épaule redevenait douloureuse, son armure le pesait de plus en plus. Katara le sentait à peine, leur étrange lien s'étant presque dissipé.

Katara jeta un oeil autour d'elle avant de répondre. « Mieux que prévu, je m'attendais à un sermon... »

Elle sembla laisser sa phrase en suspens et s'arrêta tout à coup. Elle se serait giflée. Elle n'était même pas allée à l'autel des morts pour sa grand-mère, qui était à l'extérieur de la cité. Zuko sentit qu'elle hésitait, qu'elle semblait vouloir aller ailleurs. Son regard se dirigea vers la mer.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », questionna Zuko.

Katara se mordit la lèvre, mais finit par répondre. « Je n'ai pas... Je n'ai pas été saluer ma grand-mère »

« Oh ! », comprit Zuko. Il réfléchit. « Peut-être que Kiyi et moi nous pourrions... »

Katara le coupa. « Non. Personne ne doit sortir à cette heure-ci. Mon père a instauré le couvre-feu, en prévention d'une attaque. J'irai plus tard... »

En effet, les portes de la cité avaient été fermées, Hakoda l'avait bien précisé lors du repas. Seul Aang ou une situation extrême pouvait autoriser leur ouverture désormais. Même s'il faisait jour, la cité était vide. Tous étaient partis dormir, les fenêtres calfeutrées le plus possible. Katara allait devoir le faire pour toutes les fenêtres de leur bâtiment, Zuko et Kiyi n'étant sûrement pas très familier avec tous les rideaux et mécanismes à enclencher pour que la nuit soit.

Ils finirent par rentrer, et Katara s'attela à sa tâche. Zuko l'observa attentivement abaisser plusieurs manivelles et fermer plusieurs niveaux de rideaux, pour être capable de l'aider la prochaine fois ou de le faire lui-même tout seul. Il songea que c'était sans doute une des idées de Sokka, ce que Katara infirma.

« En fait, ce sont surtout les ingénieurs du Pôle Nord qui ont oeuvré. Ils ont le même type de mécanisme là-bas », expliqua Katara qui fermait l'ultime fenêtre, celle de la chambre où Kiyi dormirait. « Sokka les a aidés à le perfectionner et à le rendre plus accessible pour nos anciens »

Sokka sous ses airs blagueurs, était en fait aussi altruiste que sa soeur. Zuko s'en rendait compte à chaque fois que Sokka intervenait avec ses idées. Il ne cherchait pas à se les approprier, mais souhaitait les partager le plus possible avec les autres. Zuko lui-même possédait pour les besoins de sa nation bon nombre d'engins imaginés et créés par Sokka et divers ingénieurs. Ils avaient d'ailleurs commencé à diffuser des annonces pour la construction de lignes de chemin de fer pour relier les grandes villes entre elles, à la fois à la Nation du feu et au Royaume de la Terre. Sokka, depuis qu'il vivait avec Suki aux îles Kyoshi, exprimait avec joie sa créativité dans le royaume de la Terre. Toph et ses élèves l'aidaient également beaucoup à façonner ses idées dans le métal.

« Et voilà ! Il fait nuit », fit Katara d'un air satisfait.

Zuko parut sortir de ses pensées, et défit son armure et sa robe d'hiver lui-même. Son épaule le faisait souffrir après avoir porté un tel poids la majeure partie de la journée. Il aurait peut-être dû s'abstenir comme le lui avait conseillé Katara. Cette dernière, le voyant se masser l'épaule, lui proposa de le guérir, mais il devait coucher Kiyi d'abord, comme il le faisait toujours.

Cette dernière bâillait à s'en décrocher la mâchoire. « Je ne sais pas pourquoi je suis si fatiguée », marmonna-t-elle.

« C'est normal, Kiyi. A la capitale, nous sommes proches des volcans, notre chi est beaucoup plus vif là-bas. Ça ira mieux demain », lui dit Zuko en caressant machinalement le haut de son dos. Il passa une main sur son front, vérifiant que Kiyi n'était pas fiévreuse. Elle ne l'était pas, à son soulagement. « Aller, file te coucher. J'arrive »

Cette dernière monta les escaliers, l'air déjà endormi, laissant Katara et Zuko seuls. Ce dernier semblait préoccupé. Il avait en fait un mauvais pressentiment quant à cette réunion. Ses instincts paranoïaques, acquis après tant d'années à déjouer les complots, étaient en train de se réveiller. Le temps que Kiyi défasse sa robe, Katara en profita pour soulager l'épaule de Zuko à travers le tissu de sa tunique. Elle le sentait très tendu tout à coup.

« Tu es tout crispé », dit-elle tandis qu'elle poursuivait ses gestes. Elle s'acharnait sur un point très précis de son épaule, qui était toute nouée.

« Je mets tout le monde en danger en venant ici », finit par dire Zuko qui la laissait volontiers faire. Il admettait que si ce n'était pas suffisant pour le détendre complètement, c'était plutôt agréable.

« Nous sommes parfaitement capables de nous défendre, tu sais », lui dit Katara. « Et si je suis ton raisonnement, ça voudrait dire que toutes les femmes mettent en danger la tribu ? »

Zuko eut un faible sourire et leva les yeux vers elle. Elle venait de s'appliquer à lui démontrer que son raisonnement était absurde. Il n'était pas le seul visé, les femmes l'étaient aussi apparemment. Et le père de Katara l'était sûrement tout autant, en tant que chef de tribu. Une fois de plus, il se montrait égoïste, en centrant toute la faute sur lui. « Tu as raison. Je suis égoïste »

« Arrête de dire ça, Zuko », gronda Katara qui planta son regard bleuté dans le sien. « Tu es loin d'être égoïste, tu manques seulement d'estime pour toi-même. Tu ne t'accordes pas assez de crédit »

« Aang me l'a déjà dit », lui répondit Zuko. Il hésitait toujours à se confier, c'était une erreur qu'il avait fait avec Mai. Mais il ne reproduirait pas ses erreurs avec Katara. « C'est juste que j'ai tant de choses à réparer, j'ai l'impression d'avoir fait souffrir le monde entier. Alors que pourtant c'est... »

Il hésitait sur la fin de sa phrase, alors Katara la termina pour lui. « Ton père, et ceux qui l'ont précédé. Pas toi »

« Pas moi... Cela fait six ans que tout s'est fini, pourtant j'ai l'impression d'avoir été couronné hier... », fit Zuko d'un air pensif. Il se ressaisit quand il entendit sa soeur l'appeler. « Je vais aller dire bonne nuit à Kiyi »

Katara hocha la tête, et le suivit, chargée de son armure. Lui portait sa robe d'hiver à la main, son épaule revigorée. Ils déposèrent le tout dans la chambre de Zuko. Katara souhaita la bonne nuit à Kiyi puis Zuko prit le relai. Il embrassa le front de sa soeur, la borda puis ferma sa porte. Celle-ci était gardée par Ty Lee qui souhaita joyeusement la bonne nuit aux deux amis. Elle soupçonnait quelque chose entre eux, mais n'y accordait pas plus d'attention que cela. Zuko retrouva Katara dans la chambre d'à côté, se demandant de quoi la nuit serait faite cette fois.


On se demande ce qu'ils vont faire encore ces deux-là ! J'espère que ce chapitre un peu plus long que d'habitude vous a plu ! N'oubliez pas de laisser une review surtout pour me dire ce que vous en avez pensé, ça me motive toujours énormément ! A la prochaine pour un nouveau chapitre !