Bonjour, bonsoir tout le monde ! Voici le chapitre 15, j'espère qu'il vous plaira. Toujours un peu sombre, mais si vous avez lu jusqu'ici, vous deviez vous y attendre ! Un petit saut dans le temps et nous retrouvons Katara d'un côté, Zuko de l'autre pour la suite !
Un grand merci à nouveau à ceux qui postent des reviews, c'est grandement apprécié et ça me motive beaucoup, je vous le répète mais je suis sincère ! Je remercie chaudement à ce titre les guests, Elythie au cas présent, à qui je ne peux répondre qu'ici.
Je vous souhaite sur ce une bonne lecture !
Je vous prie de m'excuser si certaines fautes se sont glissées dans le récit, j'essaie de faire attention mais certaines parviennent à m'échapper !
Résumé du chapitre précédent : Suki et Katara ont été capturées et subissent à présent diverses tortures pour les amener à parler de l'Avatar, du Seigneur du feu Zuko, et de la Tribu de l'Eau du Pôle Sud. Sans jamais répondre à leurs demandes, elles essaient néanmoins d'en savoir plus sur leurs ravisseurs et sur les prisonniers qui les entourent. Katara apprend que leurs bourreaux en ont après le Mouvement de Restauration de l'Harmonie mené par l'Avatar et les autres chefs d'Etat des différentes Nations. Zuko de son côté, en proie au désespoir, toujours blessé et devant jongler avec son rôle de chef d'État, échafaude avec l'aide de son oncle divers stratagèmes pour essayer de retrouver leur trace.
*Chapitre 15 - Le Feu*
Elle se tenait pieds nus sur la plage, ses cheveux détachés voletant au gré du vent. La mer lui faisait face, un ciel crépusculaire la faisant saigner. Des lueurs rouge et jaune se mêlaient au bleu de la nuit et emplissaient sa vision. Les vagues roulaient et se brisaient à ses pieds. Comme l'eau lui manquait. Tandis qu'elle s'approchait, l'eau la fuyait. Ses mains tentèrent de ramener l'eau vers elle, mais celle-ci ne l'écoutait plus. Katara contempla ses mains et vit les cicatrices qui rongeaient ses poignets. D'où pouvaient-elles venir ? Et où était-elle ? Cette plage lui était familière. Des pas se firent entendre, s'enfonçant dans le sable derrière elle. Une main lui toucha l'épaule et elle se retourna, plus vivement qu'elle ne l'aurait voulu.
Zuko. Il semblait être redevenu le jeune homme de seize ans qu'elle avait connu, vêtu de son éternel kimono rouge et or abîmé par les désagréments du voyage, les cheveux en bataille masquant une partie de sa cicatrice. Il semblait rayonner, comme entouré d'une aura qui si elle agaçait autrefois la jeune femme, l'apaisait à présent.
« Je t'ai fait peur ? », lui demanda-t-il doucement.
Katara ne comprenait pas. Que faisait-il ici ? Elle le contempla attentivement. Ses yeux semblaient refléter la lueur orangée qui illuminait le ciel. Une lueur d'or bienveillante. Il lui tendit une main avec un fin sourire. L'un des rares qu'elle lui connaissait. Katara sourit à son tour, une sensation de chaleur lui étreignant le coeur. Elle fit un pas vers lui. Puis deux. Et sa main se tendit jusqu'à toucher la sienne. Et alors qu'ils se touchèrent...
« On se réveille là-dedans ! C'est l'heure de manger ! », entendit-elle crier.
Se réveillant en sursaut, elle étouffa un grognement. Pour une fois qu'elle faisait un beau rêve et non un rêve composé d'instruments effrayants destinés à la faire souffrir à mort. L'image de Zuko était plus nette que jamais dans son esprit. Elle vit la gamelle qui lui avait été déposée et se jeta presque dessus, et notamment sur le verre d'eau qui était à côté. Sa soif était telle qu'elle le but d'une traite, sachant qu'elle allait le regretter d'ici quelques heures.
Cela faisait deux semaines que personne n'était venu les interroger. Katara songeait que c'était sans doute pour attendre que son dos guérisse. De la nourriture et de l'eau lui était déposées une fois par jour, et la seule visite qu'elle recevait, c'était pour qu'on lui bloque le chi et qu'on vérifie son dos et sa joue enflée.
Elle détestait ce moment. Cela faisait terriblement mal à chaque fois et elle perdait considérablement en motricité. Au début elle se débattait mais cela était inutile et les faisait au contraire rire. Désormais, elle tâchait de les observer, de retenir leurs visages, leur manière de fonctionner. Peut-être seraient-ils corruptibles d'une manière ou d'une autre. Peut-être que l'un d'eux avait une terrible faiblesse à exploiter. Mais la visite était toujours de courte durée. Cependant, puisque c'était parti pour durer, Katara continuait de les observer.
Ils lui avaient un jour donné des vêtements. Bleus et tâchés de sang, mais intacts. Elle se demandait s'ils n'appartenaient pas à un de leurs prisonniers qu'ils avaient tué. Mais l'idée l'effrayait, aussi essayait-elle de l'écarter. Les bandages à sa poitrine lui manquaient, elle se sentait exposée à chaque fois qu'ils entraient dans sa cellule. Il ne restait que ceux autour de son bassin. Mais c'était heureux même s'ils étaient dans un état qui la rebutait. Sans compter l'odeur pestilentielle qu'elle dégageait. Et elle s'inquiétait chaque jour de ne plus la sentir car cela signifiait qu'elle en prenait petit à petit l'habitude. Elle se demandait si elle pourrait se nettoyer un jour, mais elle se souvint que lorsqu'elle avait demandé, elle s'était pris une gifle.
Une guérisseuse était venue pour sa joue, mais Katara avait vite compris qu'elle était aussi prisonnière. Des maîtres du feu, de la terre, et de l'eau étaient à ses côtés, reconnaissables par leur physique. Et ça ne pouvait être que des maîtres, les seuls capables de battre une maîtresse de l'eau dont le chi n'était pas bloqué. La guérisseuse n'avait ainsi aucune chance, d'autant qu'il n'était pas certain qu'elle sache se battre.
Le jour même, la guérisseuse était revenue pour vérifier sa guérison. Et pendant qu'elle s'occupait de sa joue, elle profita d'un moment d'inattention des gardes pour lui confier discrètement un sachet. Lorsqu'ils sortirent tous de sa cellule, Katara sortit le sachet pour savoir de quoi il s'agissait. Et en voyant un amas de tiges semblables à des racines, elle comprit. Et cela l'inquiéta au plus haut point. Des racines de fleur de dragon. Pour ne pas qu'elle tombe enceinte. Elle parvint à les dissimuler entre les dalles de pierre. Elle en avait fait des cauchemars toute la nuit qui avait suivi. Elle l'avait dit à Suki, et avait tenté de lui en donner à travers les grilles de la cage mais elles étaient trop éloignées, et un lancer serait trop risqué.
Elle s'inquiétait de savoir ce qui l'attendait, d'autant qu'avec ces racines, elle en avait à présent une idée bien précise. La plus horrible qu'elle ait imaginé jusqu'à présent. Pourquoi auraient-ils besoin que son dos guérisse alors qu'ils avaient tout le reste du corps pour la tourmenter ? Son dos ne les empêchait pas de la violer outre mesure. Cela ne présageait rien de bon. Et ils semblaient patients. Très patients.
On lui avait retiré son bandage sur le dos. A présent, elle ne ressentait qu'un maigre picotement. Mais elle ne s'allongeait toujours pas dessus, c'était beaucoup trop pénible. Sa joue semblait avoir un peu désenflé, mais Suki lui avait dit qu'elle était violacée. Il fallait au moins trois semaines pour se remettre d'un tel coquard. 'Plus qu'une' se disait Katara, même si elle songeait avec amertume qu'ils n'allaient pas attendre éternellement.
Suki et Katara essayèrent plusieurs fois de parler ensemble. Mais parler pour dire quoi ? La plupart du temps elles se contentaient de parler de leur état. Mais elles refusaient de partager leurs 'idées' quant à la suite des événements. Elles avaient tenté d'échafauder un plan d'évasion mais rien ne semblait les aider. Suki avait tenté de parler à son autre voisine, qui avait reçu les mêmes coups de fouet que Katara, mais celle-ci était bien trop effrayée pour réfléchir rationnellement. Et aucune d'elles n'avait d'éléments pour expliquer ce que voulait vraiment cette organisation. Suki lui apprit néanmoins qu'ils savaient qui elle était, ce qui compliquait les choses. Ils feraient bientôt le lien entre elles deux.
Katara avait retourné le problème plusieurs fois dans son esprit. Pourquoi cette jeune femme lui avait-elle confié ces racines ? Hormis le but évident, elle semblait savoir que le viol était une possibilité que ses ravisseurs allaient exploiter dans un futur proche. Mais pourquoi l'empêcher de tomber enceinte ? Katara doutait que ce ne soit que par simple acte de pitié. Dans le pire des cas, ils n'auraient qu'à la passer à tabac pour qu'elle avorte, et la guérir par la suite. Alors pourquoi lui donner ces racines ? Suki avait réfléchi à la question et en était venue à la conclusion que si nous tombions enceinte, il se passerait quelque chose pour les enfants à naître. Cela expliquerait pourquoi il n'y avait que des femmes qu'ils avaient enlevées. Mais que voulaient-ils faire avec des nourrissons ? Le mystère demeurait.
Les tortures reprirent le jour suivant. Il était temps. Katara n'en pouvait plus d'attendre prostrée dans le noir à ne rien faire. Néanmoins, cette attente était rudement efficace, Katara avait presque hâte de savoir s'ils allaient vraiment la violer ou s'ils allaient encore attendre. Honnêtement, elle ne pensait pas que ce serait pour aujourd'hui, aussi choisit-elle de ne pas gaspiller une des racines. Et elle avait soif de connaissances. Elle voulait savoir ce que ses ravisseurs voulaient vraiment. Son visage était épuisé, les cauchemars et le manque de confort s'étant occupés de torturer son sommeil, mais ses yeux reflétaient l'étincelle de détermination qui habitait son être. Elle jeta un regard entendu à Suki, qui signifiait "Je ne craquerais pas, mais je vais en apprendre plus". Cette dernière hocha la tête.
Le même manège que précédemment se produisit : elle fut enchaînée à la fois par les chevilles et par les poignets, qui furent étirés au-dessus de ta tête. Mais cette fois, il n'y avait aucun outil dans la pièce. Pas de fouets, ni autres pinces effrayantes. Qu'allaient-ils lui faire ? La noyer comme Suki ? La violer ? Dans cette position, elle en doutait fort. Alors quoi ?
« Ah, voici donc la fière et puissante Katara de la tribu de l'eau du Pôle Sud. J'ai beaucoup entendu parler de toi », s'exclama une voix derrière elle.
Un homme, mais pas le même que la dernière fois. Il passa devant elle et son coeur rata un battement. Pendant un bref instant, elle avait cru que c'était Zuko. Mais il n'avait ni la cicatrice, ni la voix de Zuko. Mais il était bâti de la même façon. La ressemblance était choquante même si leurs visages étaient différents. Il était torse-nu, signe évident qu'il était un maître du feu. C'était ainsi qu'ils s'entraînaient. Il sembla remarquer son trouble.
« Tu t'attendais à quelqu'un d'autre peut-être ? », ricana-t-il. « Ton cher Seigneur du feu ne viendra pas. Pas aujourd'hui »
Katara frissonna. Elle refusait de croire qu'ils avaient réussi à capturer Zuko. Qu'ils réussiraient à l'avoir. En revanche elle se doutait que ce ne serait pas aujourd'hui qu'il la sauverait. Et cet homme semblait avoir fait le lien entre elle et lui, un lien bien plus fort que l'amitié. Katara relativisa : il n'avait rien dit de tel. Il s'attendait probablement à ce qu'elle confirme ou infirme ce qu'il lui disait. Elle fit le choix intelligent du silence, même si un flot d'injures lui brûlait la langue. Il se mit à l'examiner, tournant autour d'elle comme un prédateur alléché par sa proie.
« Une beauté si l'on exclut l'odeur, le Seigneur du feu ne se refuse rien apparemment », dit-il en détaillant le corps de la jeune femme. Cette dernière se crispa. Comment pouvait-il avoir une idée de ces choses-là ? Il semblait très au fait de ce qui s'était passé au Palais. Mais Katara se dit à nouveau que c'était sans doute une ruse.
« C'est lui qui t'as offert ce ridicule petit bracelet ? », fit-il en agitant quelque chose sous le nez de Katara.
Elle reconnut immédiatement l'objet. C'était le bracelet que Kiyi lui avait confectionné. Son symbole était nettement visible, formant une association entre le symbole de l'Eau et le symbole du Feu. Ils avaient dû le lui prendre en même temps que ses bottes et son manteau. Mais elle n'esquissait toujours pas le moindre mot, arborant un regard empreint de lassitude.
Son silence agaça son bourreau, qui fit brûler le bracelet de bois entre ses mains. Katara se pinça la lèvre inférieure puis soupira. Ce n'était qu'un bracelet après tout. Son bourreau s'approcha d'elle, et l'attrapa par le menton.
« Tu crois que ton silence te sauvera ? Je vais le briser, tout comme toi », menaça-t-il d'une voix qui fit trembler Katara.
Elle tenta de ne rien laisser paraître, mais la chair de poule qui apparut sur son bras la trahit. Elle ne savait tout compte fait pas ce qui l'attendait. Et l'homme semblait plutôt désireux de la toucher. Et d'un coup sec, il détruisit ce qu'il restait de son kimono bleu et de sa tenue blanche. Le haut du corps était désormais entièrement nu.
« Je te fais peur ? Bien. Peut-être que tu vas te décider à parler en ce cas », fit-il d'un ton satisfait. « Une de mes amies ici est très intéressée par la maîtrise du sang. Peut-être pourrais-tu l'aider ? »
Katara ne s'attendait pas à cela. Elle s'attendait à tout un tas de questions sur Zuko, sur son état et notamment son incapacité à maîtriser le feu. Mais pas vraiment à la maîtrise du sang. Une femme, qui était en réalité là depuis le début, s'avança. Tribu de l'eau du Pôle Nord, c'était évident. Mais s'il y avait bien un secret que Katara entendait ne jamais divulguer à personne, que ce soit à sa famille ou à ses amis, et surtout à ses tortionnaires, c'était celui sur la maîtrise du sang. Il n'y avait pas plus ravageur que cette maîtrise. On pouvait forcer les gens à se suicider, à tomber sur leur épée, à libérer des prisonniers, et Tui et La savaient quoi d'autre. Elle se mura alors dans le silence.
« Tu ne veux pas faire monter un peu la température ? Peut-être que cela lui déliera la langue », fit-elle avec une expression diabolique.
Katara savait ce qui l'attendait à présent. Un maître du feu, ça n'est là que pour une chose : brûler. Elle allait être brûlée. Et d'après la position que le maître du feu prenait derrière elle, son dos allait encore souffrir. Elle se mordit la lèvre, attendant l'impact.
« Hum... Qu'est-ce que je vais bien pouvoir te faire... Dis-moi Sue, le Seigneur du feu, comment s'appelle-t-il déjà ? », fit le maître du feu d'un ton faussement ignorant.
Cette dernière sourit. Tout deux savaient pertinemment comment il s'appelait. « Zuko, il me semble »
« Ah oui, c'est cela ! », fit-il avec un petit rire.
Et sans prévenir le maître du feu activa sa maîtrise sous forme de dagues enflammées. Il traça une longue ligne horizontale sur le haut du dos de Katara pour commencer. Celle-ci hurla à s'en déchirer les cordes vocales. La douleur que lui avait causée le fouet était sans commune mesure à celle qu'elle subissait maintenant. Il repassa plusieurs fois son trait, faisant fondre sa peau. Elle sanglotait alors qu'elle savait pertinemment que ce n'était que le début. La jeune femme qui se tenait face à elle semblait amusée par ce qu'elle voyait.
« Ce n'est pas très bon de jouer avec le feu, comme tu le vois. Je me demande ce que le Seigneur du feu te trouve. Tu es pathétique », fit-elle en lui attrapant violemment le visage entre son index et son pouce. Un toussotement du maître du feu sembla la rappeler à l'ordre. « Dis-moi ce que tu sais sur la maîtrise du sang. PARLE ! »
Elle l'attrapa brutalement par les cheveux pour la forcer à lever la tête, ce qui fit gémir Katara de plus belle. Cette dernière était à bout de souffle. « Je... ne vous dirai rien... »
Entendant cela, le maître du feu continua son oeuvre sur chair. Une ligne en diagonale cette fois. Mais Katara ne sentait rien d'autre que la brûlure intense qui lui dévorait la peau et la faisait hurler de douleur. Que voulaient-ils savoir de la maîtrise du sang ? Elle-même ne savait pas comment elle était parvenue à le faire. Elle savait simplement qu'elle l'avait utilisée pour sauver ses amis de la mort et que Hama l'avait apprise après avoir passé un temps infini en cellule à subir Tui et La savaient quoi. Katara sut que c'était une question de volonté, et pas uniquement de volonté d'apprendre, mais de volonté de sauver quelque chose. Soi-même ou quelqu'un d'autre. Là, la maîtrise du sang pouvait se débloquer à la pleine lune. Katara se demanda s'ils savaient que c'était uniquement lors de la pleine lune qu'une telle maîtrise était possible. Le maître du feu s'arrêta, la laissant reprendre ses esprits.
« Vous... n'avez... pas de volonté », souffla Katara avec un sourire amusé. « Vous n'y... arriverez jamais »
La dénommée Sue fut ulcérée de l'entendre dire ça et la gifla de rage. Katara gémit sous l'impact du coup mais conserva son sourire. Peu importe ce qu'elle dirait sur cette maîtrise, ils n'y arriveraient jamais. Leur seule volonté était de la détruire et de détruire Zuko. C'était la seule certitude qu'elle pouvait avoir. Mais son sourire disparut au moment où le maître du feu termina son oeuvre. Une ligne horizontale dans le bas du dos, où la peau était fine. Katara hurla de douleur et sentit les chaînes entailler plus profondément ses poignets. Du sang suintait le long de ses bras et de son dos.
La maîtresse de l'eau vint admirer l'oeuvre de son camarade et rit. Katara ignorait toujours ce qu'ils avaient fait à son dos, elle ne parvenait pas à réfléchir et même si le maître du feu avait ciblé des endroits précis de son dos, il lui semblait que tout son dos était en feu. Les plaies dues aux coups de fouet avaient souffert, elle pouvait le sentir. Néanmoins, elle nota que les deux maîtres étaient très agacés de ne pas pouvoir lui soutirer une quelconque information. Mais la maîtresse de l'eau n'avait pas dit son dernier mot.
« Peut-être que le feu ne te fait pas assez peur, peut-être que ton propre élément te fera parler », dit-elle avec un rictus affreux sur son visage.
Katara avait du mal à se dire qu'il s'agissait d'une femme de la tribu de l'eau du Pôle Nord. Son caractère irascible et sa volonté de nuire étaient si peu communs aux peuples des tribus. La voyant commencer à maîtriser son eau, Katara songea qu'elle allait très certainement la noyer. Aussi prit-elle une profonde inspiration avant que cela n'arrive. Mais le maître du feu l'en empêcha.
« Non, pas encore », dit-il calmement, comme s'il réfléchissait sur ce qu'il convenait de faire. La maîtresse de l'eau semblait impatiente et grommela à son refus. Mais il lui fit un sourire entendu qui signifiait sans doute quelque chose. Et peu importe la chose que cela signifiait, la jeune femme se calma aussitôt et se mit à rire, semblant joyeuse à l'idée de ce qui allait arriver.
Les flammes qui illuminaient la pièce s'éteignirent et Katara sentit l'obscurité l'oppresser de toutes parts. Ils sortirent de la pièce, qu'ils refermèrent, la laissant dans le noir complet. Qu'allaient ils lui faire ? La noyade lui semblait à présent une meilleure option face à ces ténèbres effrayantes. Son dos lui faisait atrocement mal et la faisait gémir à chaque torsion qu'elle faisait pour essayer de se libérer ou du moins de comprendre ce qui se passait. Ses chaînes qui enserraient ses poignets tombèrent subitement, la projetant au sol. Le choc lui coupa le souffle. Elle pouvait bouger les bras, c'était une sensation étrange. Ses muscles protestèrent après être restés si longtemps dans cette position inconfortable. Le seul son qu'elle pouvait entendre était celui de sa propre respiration, incontrôlable.
Ils revinrent après une attente qui lui parut interminable. Elle n'avait pas bougé d'un pouce, excepté pour se recroqueviller sur elle-même. Comme si elle pouvait se protéger ainsi. Les lumières revinrent, sans doute grâce au maître du feu qui les avait éteintes. Une main de pierre vint l'attraper violemment par le cou et la plaquer contre le mur plusieurs mètres en arrière, frappant son dos brûlé contre la paroi, ce qui la fit crier à nouveau. Deux autres mains de pierre apparurent et attachèrent ses poignets au mur. Elle reconnut là les manières du Dai Li. Et si l'inconnu qui était revenu avec les deux autres maîtres n'avait pas la tenue, il devait irrémédiablement en faire partie à un moment ou un autre de sa vie. Le même symbole revenait continuellement. Une fleur rouge. Katara en ignorait toujours la signification.
Ils déposèrent une sorte de cercle de métal en face d'elle et elle sentit de la pierre entourer sa tête, pour la maintenir résolument droite. Elle ne pouvait plus la bouger. Ses yeux s'écarquillèrent de panique. Que voulaient-ils faire ? Elle tenta de s'extirper des pierres mais ce fut en vain. La peau de ses mains n'en fut que plus éraflée. La dénommée Sue, qui avait souhaité la noyer, était elle aussi de retour.
« On dirait que tu avais raison Shen, elle fait moins la fière maintenant ! », fit-elle en s'approchant dangereusement de Katara.
Shen ne fit qu'un sourire à sa réplique et laissa place au troisième intrus qui arborait un air résolument sérieux, avec néanmoins l'étincelle de l'homme qui s'apprêtait à vivre une expérience enrichissante. Et il ne semblait pas être là pour lui poser des questions. Un vague souvenir lui revint. Jet. Un hoquet horrifié s'échappa malencontreusement de sa gorge. C'était donc ça. Ils allaient essayer de la faire parler autrement. Et elle ne pourrait pas s'en empêcher. Mais elle ne manquerait pas d'essayer.
Les lumières s'éteignirent à nouveau, ne laissant que la lueur d'une lanterne. Katara ferma les yeux très fort mais elle sentit une vive brûlure à sa main gauche qui la fit hurler. Ses yeux s'ouvrirent, exorbités par la douleur, et sa tête bloquée râpa contre la pierre. Shen venait de lui brûler les doigts pour la forcer à ouvrir les yeux. La lanterne commença à tourner au tour du mystérieux maître de la terre et elle ne put s'empêcher d'être happée par sa lueur.
« Tu vas tout nous dire, Katara. A propos de Zuko. A propos de l'Avatar. A propos de la maîtrise du sang. Tu vas tout nous dire », fit l'intrus d'une voix calme, presque douce.
Katara résista sans peine à cette première tentative. Mais il répéta inlassablement cette phrase et elle se sentit l'envie de parler. Néanmoins, elle ne dévoila rien. Son cœur ne livrerait jamais ses secrets. Il continua, durant des heures, à psalmodier cette phrase telle une formule magique. Il ne semblait pas flancher une seule minute, et il était prêt à tenir le temps nécessaire. Katara s'entendit balbutier des mots sans queue ni tête, essayant tant bien que mal de se retenir de parler.
Au bout d'un temps infini, elle finit par s'évanouir. La dénommée Sue lui balança une vague destinée à la réveiller. Katara s'humecta les lèvres avec le peu d'eau que celles-ci avaient pu recueillir. Et la torture mentale reprit. Un mal de crâne lancinant lui battait les tempes et des nausées s'emparèrent d'elle. Et cela dura, jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse à nouveau sans qu'une vague ne puisse la réveiller. Ils avaient échoué à la faire parler. Pour l'instant.
Zuko de son côté ne dormait plus. Il n'y arrivait pas. Ou s'il s'endormait, d'affreux cauchemars où il voyait Katara torturée à mort le réveillaient. Désormais, les seuls moments où il parvenait à dormir, c'était lorsque Iroh le convainquait de prendre des herbes aux vertus somnifères. Il les prenait presque systématiquement à présent, car il avait malgré tout un pays dont il devait s'occuper, et devait emmagasiner suffisamment de force pour le faire. Katara l'avait sauvé pour qu'il puisse toujours le faire, alors il le ferait. Chaque fois qu'il doutait, il se raccrochait au collier bleu qui ornait son poignet jour et nuit. Il ne le quittait pas, il lui rappelait sans cesse qu'il ne devait pas perdre espoir. Cela faisait deux semaines qu'elle avait disparue. Deux semaines et quatre jours, avait-il compté. Et secrètement, il ne craignait qu'il ne soit déjà trop tard. Qu'elle soit déjà partie. Personne ne semblait avoir envisagé cette possibilité autour de lui, mais cela le terrifiait au plus haut point. Et si elle était morte ? Et si tous ses efforts pour la sauver étaient en vain ?
Son épaule était presque remise et avec l'accord de Siku, il avait pu recommencer à se muscler. Il n'avait pas perdu énormément, mais cela lui permettait de penser momentanément à autre chose que Katara. Et il fit en sorte néanmoins de ne pas trop forcer d'un coup. Il voulait être sur pieds aussi rapidement que possible pour secourir Katara. Il faisait une heure de maîtrise le matin et une heure de musculation le soir. Mais il constatait que sa maîtrise était beaucoup plus faible et vorace qu'à l'accoutumée. Il eut l'impression de retrouver sa maîtrise telle qu'on la lui avait apprise plus jeune. Pleine de colère et de volonté destructrice.
Iroh l'avait constaté lui aussi, Zuko souhaitant comprendre ce qui se passait. Iroh savait ce qui se passait. Il avait perdu la femme qu'il aimait. Il se rappelait très bien de l'instant où il avait appris la mort de son propre enfant, sa maîtrise avait été terriblement troublée. Pour les maîtres du feu qui tirent leur feu de leur chi, il était important d'avoir un certain contrôle sur son esprit. Un contrôle que Zuko était en train de perdre.
Mais il n'arrivait pas à se calmer, il était redevenu aussi colérique sinon plus colérique encore que lorsqu'il chassait l'Avatar. La moindre contrariété suffisait à le murer dans le silence, choix qu'il faisait pour ne pas tout brûler. C'était le seul contrôle qu'il arrivait encore à exercer sur lui-même. Kiyi était si troublée par ce qui s'était produit et par son comportement qu'elle peinait à présent à créer des éclairs. Elle avait perdu en précision. Et Zuko avait refusé d'être présent lors de ses entraînements, il ne voulait pas la blesser par des paroles qu'il ne pensait pas. Mais son absence la blessait tout autant. Aang avait réussi à lui redonner confiance mais cela ne suffisait manifestement pas.
Iroh tentait d'aider son neveu au mieux, par des exercices de maîtrise qui demandaient une précision millimétrée. Aang était souvent là pour l'assister et pour encourager Zuko. Mais si ce dernier parvenait à réaliser ces exercices sans difficultés auparavant, ce n'était plus le cas. Il était désespéré, et choisissait de ne rien dire plutôt que d'exploser. Même si en son for intérieur, il aurait préféré exploser.
« Zuko, tu dois te ressaisir. Tu ne peux pas continuer comme ça », lui dit doucement Aang après un nouvel échec. Il prenait garde à choisir ses mots avec soin, le sachant plus contrarié que jamais. Contrariété qui durait depuis deux semaines à présent. Mais Aang devait admettre que son ami avait bien changé. Zuko aurait autrefois très certainement tout saccagé sur son passage, aujourd'hui il avait la sagesse sinon la justesse d'esprit de ne pas recourir à de tels procédés. Du moins pas en dehors de sa salle d'entraînement.
Ce dernier se pinçait les lèvres. Pas de nouvelles de Katara, ni même une seule piste exploitable. Bo Huong conduisait les opérations en respectant au pied de la lettre les conditions qu'il avait imposées, et ses pisteurs n'avaient rien vu de suspect. Rien qui puisse le faire aller mieux. Rien qui puisse le réjouir. Aang lui jeta un coup d'oeil inquiet et soupira. Il ne savait guère comment aider Zuko à stabiliser son chi. La seule chose qu'il savait, c'était comment retirer la maîtrise de quelqu'un. Mais la stabiliser, il ne voulait pas s'y essayer sur son ami. Mais en observant un instant le soleil qui pesait sur la cour où Zuko et Kiyi s'entraînaient habituellement, il eut une idée. Et il se leva avec un sourire.
« Je crois que j'ai une idée ! », s'exclama Aang d'un ton réjoui. Iroh l'observa un instant, intrigué. « Nous pourrions retourner voir les guerriers du Soleil, ils ont su nous aider une fois, peut-être pourront-ils vous aider toi et ta soeur ! »
Zuko lui jeta un regard ahuri puis admit que ce n'était peut-être pas une idée si mauvaise. Toutefois, il hésitait par rapport à Kiyi, il ne voulait pas lui faire courir le risque d'être jugée indigne de recevoir les enseignements de la maîtrise originelle du feu. Mais il n'y avait aucune raison pour qu'elle le soit. Et il lui avait promis plus jeune de lui montrer Ran et Shaw, les dragons gardiens de la maîtrise du feu et du Premier feu.
« Peut-être », concéda Zuko d'une voix très sérieuse. « Qu'en pensez-vous mon oncle ? »
Iroh sourit. « J'aurais dû avoir cette idée moi-même bien plus tôt ! »
« Je devrais en parler à Kiyi alors », fit Zuko en se levant.
Aang proposa de l'accompagner jusqu'à elle. Zuko lui en fut reconnaissant. Il savait qu'il devrait s'excuser pour son comportement récent. Et c'était une bonne occasion de se faire pardonner. Cette dernière se trouvait dans l'arrière-cour avec Sura. Elles s'amusaient à reproduire des créatures fantastiques avec leur maîtrise. Sura s'était amusée à créer un poisson Koi géant, Zuko songea qu'il devait s'agir de Tui ou La, l'un des deux esprits gouvernant l'élément aquatique. Et Kiyi avait choisi de représenter un dragon. Zuko le trouvait plutôt réaliste. Kiyi avait réussi à créer précisément chaque détail, depuis la tête jusqu'aux ailes. Si sa précision avait été durement touchée concernant les combats, lorsqu'il s'agissait de beauté, elle y parvenait très bien. Aang et Zuko restèrent un moment à les observer.
« C'est ça un dragon ? Wow ça doit faire tellement peur ! Tu en as déjà vu un toi ? », questionna Sura qui faisait danser son poisson Koi autour de son dragon.
Zuko sentit une douleur lui étreindre le coeur. Sura ressemblait tellement à Katara d'une certaine façon. Sa peau foncée, ses grands yeux bleus, son kimono de la même couleur et sa manière de maîtriser l'eau. Une manière que Pakku et Katara lui avaient enseignée. Zuko pouvait reconnaître Katara à travers ses gestes, et cette idée lui faisait terriblement mal.
Kiyi sourit. « Non, je n'en ai jamais vu », fit-elle d'un ton rêveur. Elle savait pertinemment qu'il en existait encore deux mais on lui avait bien dit de garder le secret. En réalité, elle gardait sa représentation enflammée des dragons pour elle, jusqu'au jour où elle les verrai. Zuko ne l'avait jamais vue faire. Enfin jusqu'à présent. « Je me suis longtemps entraînée pour réussir à en représenter un, il y avait des dessins d'eux au temple de la Nation du feu. Et toi, qu'est-ce que c'est ? »
« C'est une représentation de Tui et La. Normalement ils sont deux, un noir et un blanc, mais je n'ai jamais réussi à les créer et les contrôler en même temps. Ce sont des poissons Koi dans leur forme matérielle, Katara nous en a parlé un jour », expliqua Sura. Elle marqua une pause, songeant à Katara. « Elle disait que la princesse du Pôle Nord s'était sacrifiée pour sauver l'esprit de la Lune qui avait été tué par la Nation du feu »
Zuko se mordit la lèvre inférieure. Il se rappelait que Sokka avait mentionné le fait que sa première petite amie avait fusionné avec l'esprit de la Lune, Tui, pour le sauver. Ce devait être elle. Encore un méfait de sa Nation. Aang s'en rappelait également comme si cela s'était produit la veille. Il se souvenait avoir fusionné avec l'esprit de l'Océan, La, pour mettre la Nation du feu en déroute.
Kiyi en perdit la forme de son dragon et éteignit son feu. Sura fit disparaître son poisson Koi. Elle se mordit la lèvre inférieure, elle avait gaffé. Insulter la nation de sa nouvelle amie, voilà qui était petit. Même si au fond, c'était la véritable histoire que Katara lui avait racontée.
« La Nation du feu ? Par Agni... Zuko a raison, rompre l'équilibre de ce monde, voilà notre spécialité », fit Kiyi avec mécontentement et sarcasme. Elle ressemblait tant à son frère à cet instant.
Aang choisit ce moment pour apparaître. Zuko le suivit, tout en grommelant que le moment n'était pas bien choisi. Sura se figea sur place et Kiyi se tourna vers Aang. Elle vit qu'il était accompagné de Zuko et se renfrogna. Qu'est-ce qu'il lui voulait ?
« Avatar Aang », salua Kiyi avec un sourire. Elle l'aimait beaucoup, et il l'avait beaucoup aidée dernièrement. Surtout avec sa maîtrise et avec sa compréhension de Zuko. « Je vois que cette fois, mon frère t'accompagne »
Zuko toussota, embarrassé. « Kiyi, je peux te parler ? »
« Parce que tu parles maintenant ? A moi ? », fit-elle de sa petite voix fluette en croisant les bras sur sa poitrine, bien décidée à manifester son mécontentement à son frère.
Ce dernier s'en voulait terriblement d'avoir été si distant avec elle. « Kiyi... »
« Viens Sura, on va les laisser discuter », proposa Aang avec une lueur malicieuse. Zuko n'avait plus le choix maintenant, il devait parler. Sura hésita une seconde mais finit par rejoindre Aang à pas rapides, faisant s'agiter ses couettes.
Zuko inspira profondément. « Je voulais m'excuser Kiyi. Je sais que je t'ai fait du mal, et j'en suis désolé. Mais je ne voulais pas que tu me vois... comme ça »
« Comme quoi ? », fit-elle, visiblement décontenancée. Elle s'était imaginée se disputer avec son frère.
Zuko passa une main nerveuse sur sa nuque. « Comme l'enfant stupide que j'étais bien avant de te connaître. Tu n'as pas connu les pires côtés de ma personne Kiyi, et je n'ai aucune envie de te les faire connaître... Mais ces derniers temps... Depuis que Katara a... »
Il ne parvint pas à terminer sa phrase. « Tu l'aimes beaucoup », dit-elle en plongeant ses prunelles d'or dans les siennes.
Zuko hocha la tête, essayant de ne pas flancher. Parler de Katara lui était difficile sinon insoutenable. C'était une lutte de tous les instants pour lui. La moindre nuance de bleu lui renvoyait l'image de Katara en pleine figure. Aang l'avait dit à Kiyi, mais entendre et voir étaient deux choses différentes. Sa soeur voyait à présent à quel point la disparition de Katara affectait son frère. Cela dépassait toute la peine qu'elle-même avait pu ressentir. Aussi choisit-elle de décroiser les bras et de serrer son frère entre ses bras si minces à côté des siens. Ce dernier la serra fort contre lui. Son étreinte lui avait manquée.
« Et il y a autre chose. J'ai décidé d'aller demander de l'aide aux guerriers du Soleil. Et je voudrais que tu m'accompagnes », lui confia Zuko gentiment. Sa colère semblait s'être momentanément évaporée. Kiyi avait le don de l'apaiser, et il s'en voulait de s'être éloigné d'elle.
Elle s'écarta vivement, n'osant en croire ses oreilles. Un sourire perçait sur son visage enfantin. « C'est vrai ? »
« Bien sûr ! Je te l'avais promis », lui sourit Zuko. Kiyi lui sauta à nouveau dans les bras, toute joyeuse.
Ils décidèrent de partir le lendemain matin incognito. Les guerriers du Soleil étaient toujours censé avoir disparu après tout, il ne fallait pas attirer l'attention. Iroh se proposa de les accompagner mais Zuko refusa. Son oncle leur recommanda la plus grande prudence, mais ne se faisait pas trop de souci. Avec Kiyi et Aang, Zuko était en sécurité. Et même s'il y avait des traîtres à la Nation du feu, ces derniers étaient veillés de très près par Iroh et les conseillers de Zuko. Et tous ne disposaient pas d'un bison volant et de l'Avatar comme allié. Ursa était excessivement inquiète pour ses deux enfants, d'autant que ces derniers lui avaient caché leur véritable destination, l'emplacement de la cité ne devant être révélé sous aucun prétexte. Mais Aang la rassura comme il savait si bien le faire. Ils avaient voyagé enfants sur de bien plus dangereuses routes. Siku, qui ne pouvait décemment pas les accompagner étant donné le secret à préserver, lui recommanda de ne pas utiliser son bras à outrance. Elle ne le lui avait pas dit mais il avait bien failli le perdre suite à l'attaque au Pôle Sud.
Le matin venu, ils étaient fin prêts. Kiyi avait revêtu une tenue très simple, la faisant passer pour une modeste jeune fille de la Nation du feu. Zuko avait pris l'un de ses kimonos semblables à celui qu'il avait gardé durant tout son voyage avec Aang. Ce dernier avait revêtu des vêtements plus communs, son habit de moine étant trop aisément reconnaissable. De longs manteaux à capuche les dissimulaient. Ils n'avaient pas prévu de passer par les terres mais mieux valait prévenir que guérir. Kiyi était fascinée par Appa, qu'elle avait vu plusieurs fois, et riait des pitreries de Momo, le lémurien qui suivait Aang et Appa partout où ils allaient. La jeune fille rayonnait de bonheur en présence des animaux. Zuko était soucieux. Il se sentait coupable de faire passer sa maîtrise avant ses recherches. Mais depuis deux semaines qu'il cherchait sans rien trouver, il fallait qu'il fasse quelque chose.
« Ça va Zuko ? », lui demanda Aang tandis qu'ils montaient tous sur Appa.
Zuko hésita quelques secondes, perdu dans ses pensées. Sa main touchait machinalement le collier de Katara qui pendait à son poignet. « Euh... Oui, ça va »
Kiyi se retint de lui lancer un « menteur ! », mais elle ainsi que Aang n'étaient pas dupes. Il n'allait pas bien, depuis que Katara n'était plus là, il n'allait plus bien. Ses humeurs étaient constituées essentiellement de deux pôles : l'un rageur, flamboyant, qui reflétait sa colère envers lui-même qu'il déversait parfois par mégarde sur les autres, et l'autre vide, désespéré, en proie au tourment et à la douleur. Ce dernier était destructeur. Quand il se demandait ce que subissait Katara depuis le fin fond d'une prison qu'il imaginait sombre, sans la moindre lumière, c'était là qu'il était au plus mal. C'était là qu'il serait capable du pire. Comme il brûlait d'envie de mettre la main sur ceux qui l'ont capturée !
Pourtant, il était de nature compatissante, honorable, et tâchait de cultiver le pardon autant que possible. Mais l'amour qu'il éprouvait, enserré dans un étau de douleur, le rendait avide de vengeance. Il avait gardé ça pour lui car il savait pertinemment que son oncle et surtout Aang ne pourraient le comprendre. Il se demandait ce qu'aurait dit Katara. Aurait-elle compris ? Aurait-elle souhaité la même chose si les rôles étaient inversés ? Une fois il l'avait vue sur le point de basculer, quand elle désirait se venger de l'assassin de sa mère, mais elle n'avait pas cédé à la tentation. Mais elle n'avait pas pardonné non plus. Il se souvenait de la conversation qu'ils avaient eu après cet événement.
« Katara ? », avait-il demandé une fois à bord d'Appa qui les attendait sagement, se repaissant d'herbes bien vertes. Son poil était trempé par la pluie.
Cette dernière s'installa sur la tête d'Appa pour le diriger. Elle n'avait pas dit un mot depuis le moment où ils avaient laissé Yon Rha, vivant. Zuko avait longtemps retourné le problème dans sa tête. Il aurait pu tuer son père si la mort de ce dernier ne faisait pas parti du destin de l'Avatar. Il aurait pu. S'il avait redirigé son éclair correctement, il aurait pu le carboniser. Mais ce n'était pas la bonne solution.
« Quoi, Zuko ? », avait-elle dit, dans un soupir, visiblement éreintée par le trop plein d'émotions qui lui tordaient le coeur. Sa voix était alors mélancolique. « Tu vas me dire que c'était la chose à faire peut-être ? Ou que j'aurais dû le tuer ? »
« Je n'ai pas la prétention de dicter tes choix à ta place », avait-il répondu avec prudence.
Katara parut surprise et Zuko se demanda ce qu'elle pensait. Croyait-elle sincèrement que lui, avec tout le lot de méfaits qu'il devait réparer, allait la juger elle ? Quoiqu'elle put faire, il aurait compris. Un fin sourire apparut sur son visage, et elle reporta son regard sur l'horizon, tâchant de diriger Appa jusqu'à Aang même si en réalité l'animal savait pertinemment où il se trouvait. Zuko songea qu'il avait dû dire ce qu'il fallait. Il se souvenait d'Aang tentant de la dissuader d'y aller, jugeant qu'il ne fallait pas rechercher une vengeance. Mais le maître du feu se rappelait bien les bonnes paroles de son oncle : ce n'est pas le but qui compte, mais le chemin. En recherchant vengeance, Katara avait trouvé autre chose sur son chemin. Un certain Zuko à qui elle pardonnait. Comme il s'était senti soulagé lorsqu'elle l'avait pris dans ses bras pour le remercier. Et lui accorder son pardon.
« Je suis prête à te pardonner toi, Zuko », avait-elle dit.
Il fut tiré de sa rêverie par Kiyi, qui le trouvait soucieux et désirait le distraire. Elle lui demanda à nouveau l'histoire des deux dragons Ran et Shaw et comment lui et Aang avaient été choisis pour connaître les secrets de la maîtrise du feu. Elle cachait habilement ses angoisses, mais Zuko pouvait le voir. Elle avait cette même angoisse qui lui avait autrefois étreint le coeur en affrontant les deux grands dragons. Il songea que l'un était bleu et l'autre rouge, et l'image de Katara lui revint en tête. Si elle ne revenait pas, il haïrait cette couleur il en était persuadé.
Ils finirent par arriver à proximité des ruines, mais ils se posèrent néanmoins à bonne distance. Aang était beaucoup plus serein qu'il ne l'avait été la dernière fois qu'il était venu ici. Kiyi était aussi excitée qu'angoissée. Elle n'avait jamais vu de dragons, alors passer devant eux et subir leur jugement, voilà qui était effrayant. Mais Zuko savait qu'elle ne manquait pas de courage et de détermination. Elle passerait l'épreuve haut la main.
« Zuko, tu suggères quoi ? J'avoue que je n'ai pas très envie que notre rencontre se produise comme euh... la dernière fois », lui signifia Aang avec un ton gêné.
Zuko se tourna vers Aang. « C'est toi l'Avatar non ? », fit-il. Aang haussa les épaules, l'air peu décidé à prendre les choses en main. « Bon, dans ce cas... »
« Oh par Agni, un dragon ! Là ! », s'exclama vivement Kiyi en pointant le ciel. Zuko et Aang se tournèrent vers l'endroit qu'elle désignait. Un dragon. Beaucoup plus petit que Ran et Shaw. Il était d'une couleur rouge sang et portait une fière crinière blonde, alors que Ran et Shaw étaient entièrement recouverts d'écailles. Kiyi déduisit qu'il s'agissait d'un très jeune dragon, ses connaissances sur le sujet étant débordantes grâce aux livres et surtout au récit de son oncle.
« Tu ne m'avais pas dit qu'il ne restait que deux dragons ? Que ton oncle n'avait laissé que Ran et Shaw en vie ? », questionna Aang qui n'en revenait visiblement pas.
Zuko était bouche bée lui aussi. « Si, mais pourtant... Il est bien réel celui-là ! »
Le dragon poussa un rugissement strident et vint se poser à proximité d'eux. Il avait l'expression dangereuse qu'avaient tous les dragons, mais semblait davantage intrigué par ses visiteurs. Zuko sentit l'animal l'observer, comme s'il essayait de scruter son âme. C'était une sensation extrêmement désagréable et inhabituelle. Il sentait comme un léger effleurement dans sa tête. Comme si quelqu'un essayait de lui parler à l'intérieur de son esprit. Kiyi avait remarqué la même chose elle aussi. Le dragon semblait très intrigué par Zuko. Aang jeta un regard à Kiyi et haussa les épaules. Il ne comprenait pas vraiment ce qui se passait.
« Zuko », fit une étrange voix dans la tête de ce dernier qui tomba en arrière sous le coup de la surprise. Il venait de rêver ou bien quelqu'un lui avait parlé ?
Aang s'approcha de son ami, l'air soucieux. « Ça va mon vieux ? »
« Tu as entendu ça ? », fit Zuko, quelque peu affolé. Quelqu'un. Venait. De. Lui. Parler. Dans. Sa. Tête.
Kiyi ne le rassura pas davantage. « Entendu quoi ? »
Zuko bégaya comme s'il était redevenu un instant le petit garçon qu'il avait pu être. « Je... Je... Mais... Il... »
Le dragon sembla arborer une moue moqueuse. Aang se rappelait Roku. Il communiquait avec son dragon par la pensée la plupart du temps. Et c'était ce qui venait de se produire, il le sentait. Kiyi observait son frère avec inquiétude. Elle ne l'avait jamais vu aussi troublé. Le dragon la fascinait elle aussi, mais pas au point d'en tomber à la renverse. Ce dernier ne semblait avoir d'yeux que pour Zuko. Il était à peine plus grand que son frère et ne semblait pas hostile.
« A ce que je constate, vous êtes revenus avec un nouveau visiteur. Heureusement que nous vous avions prévenu que notre existence devait rester un secret », fit une voix derrière eux qui les fit sursauter.
Et voilà pour ce chapitre ! Désolée pour la pauvre Katara à qui je fais beaucoup de mal... mais moins que prévu finalement héhéhé enfin pour l'instant ! Et la suite de l'aventure pour Zuko qui n'a pas fini de retrouver le bon chemin pour sauver sa belle croyez-moi ! J'espère vous retrouver au prochain chapitre !
N'oubliez pas de laisser une review, ça prend 30 secondes et ça me fait toujours très plaisir !
