Bonjour ! Je suis de retour un peu plus rapidement que prévu pour ce nouveau chapitre, que j'ai mis beaucoup de temps à construire, mais finalement peu de temps à écrire. J'espère qu'il vous plaira ! Nous arrivons à l'un des points pivots de l'histoire. Merci encore à ceux qui m'ont laissé des reviews, je les lis toutes, j'essaie d'y répondre autant que possible. Ce sont elles qui m'encouragent à continuer.
Sur ce, bonne lecture !
Résumé du chapitre précédent : Zuko accepte de passer plus de temps avec la noblesse féminine, et particulièrement la dame Tana Wu, fille du seigneur Wu, lequel est très puissant dans la Nation du feu et pourrait être un allié de choix dans sa lutte contre le Lotus rouge. L'invitation tant attendue arrive. Zuko est attendu dans le Marais Brumeux, le jour suivant la pleine lune. Sokka élabore alors un plan audacieux pour faire un maximum de dégâts à cette organisation criminelle. Zuko, Toph, Siku et Kiyi partent de leur côté vers le lieu de rendez-vous, tandis que Sokka, Aang et une partie des guerrières Kyoshi vont vers la forteresse.
*Chapitre 22 - Douloureuses retrouvailles*
Ils arrivèrent à l'aube de la pleine lune. Un jour entier à tuer, songea Zuko. Il valait néanmoins mieux être en avance qu'en retard. Leur dirigeable était dissimulé dans un enchevêtrement de lianes boueuses maniées par Siku et Toph de manière à ne pas écraser le ballon. Ils avaient essayé de l'approcher le plus possible du lieu de leur rendez-vous, mais ont dû le laisser à plus de deux kilomètres de là. Zuko en était très anxieux. Si l'un d'eux était blessé, ils devraient se débrouiller pour rejoindre le dirigeable au plus vite où se trouveraient Siku et Kiyi.
Après s'être reposé suffisamment et avoir déjeuné autant qu'il pouvait avec la tension qui lui serrait les tripes, il décida d'aller inspecter le lieu de rendez-vous. Toph choisit de rester dormir. Elle avait mieux à faire que de visiter un Marais qu'elle percevait déjà très clairement avec ses pieds. Siku alla aussi se reposer, car elle savait que la nuit prochaine serait une nuit d'insomnie à cause de la pleine lune. Ce fut Kiyi qui l'accompagna.
« C'est donc ça, le Marais Brumeux ? », demanda-t-elle, bien que ce n'était en réalité qu'une question rhétorique. C'était tellement évident.
Zuko hocha la tête. « Exact. C'est un lieu sinistre »
« Je trouve aussi... », dit-elle en s'entourant le corps de ses petits bras. Zuko se rapprocha d'elle pour la rassurer.
Ils marchèrent en silence, scrutant chaque élément de la nature qui serait susceptible de les ralentir en cas de fuite. Bien que Toph ait prévu un repli stratégique en usant de tunnels, Zuko tenait à avoir toutes les cartes en main. Arrivant au lieu de rendez-vous, il observa l'endroit minutieusement. Il n'y avait qu'un maigre point d'eau, bien maigre pour un combat à venir avec la meilleure maître de l'eau qu'il ait jamais connu. Néanmoins, il n'était pas dupe. L'eau se trouvait partout autour d'eux, les plantes n'étant pas ce qui manquait ici. Songeant à la pleine lune de ce soir, il se demanda si cet événement pourrait aider Katara à se tirer de l'hypnose dont elle était victime.
« Pourquoi tu pleures ? », entendit-il derrière lui.
Sa petite soeur. Celle-ci s'avançait vers une racine verticale. Elle devait avoir une vision. « Kiyi ! »
Il courut vers elle, et elle se tourna vers lui, semblant comprendre qu'elle avait eu une hallucination.
« Qu'est-ce que tu as vu ? Ça va ? », s'inquiéta Zuko.
Il savait à quel point les visions pouvaient être terrifiantes, ayant souvent trait à un passé douloureux. Bien que Kiyi soit loin de totaliser le nombre d'événements cauchemardesques auxquels il avait dû faire face, il n'était pas rassuré.
Celle-ci semblait incertaine. « Une petite fille, on aurait dit moi mais c'était pas moi. Elle pleurait en se cachant les yeux... Je ne comprends pas... Peut-être que c'était grande soeur Azula quand elle était petite ? »
Zuko réfléchit. « C'est étrange... Il n'y a aucune raison pour que tu vois Azula petite... »
En y songeant, il ne se souvenait pas l'avoir vue pleurer petite. Une fois qu'elle a su parler, il ne l'avait jamais vu en larmes. Qui pouvait être cette petite fille alors ? Décidant de remédier à cela plus tard, il poursuivit son inspection. Des racines, des arbres aux troncs immenses, rien d'inhabituel. Pas de pièges, mais de nombreux angles morts dus à la végétation luxuriante et à la brume qui enveloppait le Marais pour lui donner son nom. Zuko ne voulait pas abandonner, mais savait qu'il risquait probablement de perdre son combat. C'était une éventualité à laquelle il s'était préparé. Bien que le Lotus rouge n'ait pas indiqué leur heure exacte d'arrivée, il pensait qu'ils n'arriveraient qu'à la tombée de la nuit. Là où elle était la plus puissante, et où lui était le plus en difficulté.
Un chant le sortit de ses pensées stratégiques. Au début, il pensait que c'était Kiyi qui chantait, mais cette chanson avait quelque chose... de familier.
Cette lune si belle qui te voit depuis le ciel
Est celle qui te protègera toujours
Un frisson le parcourut. C'était la voix de Katara. La cherchant des yeux, il comprit néanmoins que ce n'était qu'une de ces énièmes hallucinations. Au moins, cette fois, elle n'était pas venu lui rappeler sa trahison à Ba Sing Se. Elle répéta sans arrêt cette même phrase marquant le début de la chanson, n'allant jamais plus loin, sans jamais apparaître. Il se souvenait qu'elle lui avait dit que sa mère lui chantait petite. Il en avait mémorisé chaque mot. Aussi finit-il par la compléter. Il se l'était longtemps chantée à la disparition de Katara, si bien que les paroles lui venaient naturellement.
« Cet océan si grand, qui jamais ne t'arrête... », commença-t-il à compléter, pensif.
Sa soeur en sursauta. Kiyi se tourna vers lui, n'étant pas certaine de ce qu'il avait dit. « Quoi ? »
« Oh ! Euh... rien ! », se reprit Zuko en passant nerveusement sa main dans ses cheveux. « On devrait retourner au dirigeable »
Kiyi acquiesça et ils retournèrent vers le dirigeable. Cette chanson avait laissé Zuko pensif. Il devait réfléchir à la meilleure manière d'éveiller Katara. Si le Marais Brumeux lui avait montré cette berceuse, ce n'était pas pour rien. Les souvenirs des nuits cauchemardesques passées à ses côtés lui revinrent en tête. Seulement, la première chose qui lui vint en tête n'était pas la nuit à laquelle il s'attendait.
« Comment te sens-tu ? »
Katara avait retiré ses mains de son thorax, remettant son eau guérisseuse dans sa gourde. Bien qu'il avait pu marcher jusqu'à sa chambre, il s'était pratiquement écroulé avant d'atteindre son lit. Bien qu'il se sentait en vie, la douleur était par moment insoutenable. Il était à présent couché sur son lit. Les servant ayant été renvoyés, aucun n'était venu leur proposer de l'aide. Ils devraient attendre qu'Aang revienne. Et victorieux, ils l'espéraient.
« Vivant », grommela-t-il en se redressant.
La douleur était encore vive, il pouvait encore visualiser le passage de l'éclair dans sa cage thoracique, qui avait manqué de peu son coeur. Azula ne l'avait pas raté, mais Katara ne l'avait pas ratée elle non plus. Sa petite soeur n'avait eu de cesse de hurler de façon incohérente jusqu'à sa cellule. Il pouvait encore entendre ses cris de désespoir.
« Il y a une chose que j'aimerais savoir », dit-elle doucement. Zuko lui jeta un coup d'œil intrigué. « Pourquoi as-tu tout risqué pour me sauver ? » Zuko lui jeta un regard interloqué, aussi compléta-t-elle son propos. « Je veux dire... Tu es si important pour la Nation du feu, et pour la restauration de l'équilibre de ce monde. Je ne suis personne, je n'ai fait qu'aider Aang avec sa maîtrise de l'eau, je... Je ne vaux pas une nation toute entière... Enfin, c'est probablement égoïste dit comme ça, tu aurais sûrement fait la même chose pour n'importe quel membre du groupe ».
Zuko l'écoutait, et réfléchissait en même temps. Aurait-il fait de même pour n'importe qui d'autre ? Pour Aang, sans doute, car sans l'Avatar, tout était perdu. Il en aurait fait de même pour Toph ou Sokka, et pourtant, il sentait que les choses auraient été différentes. Il se demanda même si Azula aurait triché de cette manière si ça n'avait pas été Katara. Aurait-elle visé Sokka ou Toph ? Il songea que non. Après tout, n'avait-il pas choisi Katara lui-même ? Il savait qu'il ne l'avait pas choisie uniquement pour ses talents de maître de l'eau. Elle lui avait ouvert des pans noirs de son identité lorsqu'ils avaient retrouvé Yon Rha. Un lien particulier s'était alors créé.
« Je... Ne pouvais pas te laisser mourir », dit-il avec difficultés. Il n'aimait pas les déclarations sentimentales. « Azula le savait »
Katara sembla comprendre. Azula l'avait visée car elle la considérait comme une faiblesse de Zuko. Elle lui prit alors la main, visiblement émue par ses dires, et, plus que tout, reconnaissante. La main de Zuko se crispa légèrement, n'ayant pas l'habitude d'être prise par une femme. Néanmoins, il savait que ce n'était que de la pure amitié, et qu'elle appartenait à l'Avatar, et lui à Mai - bien qu'il n'était pas certain de la revoir un jour. Il avait fini par s'endormir. Elle n'était plus là à son réveil.
Quelqu'un frappa vigoureusement à la porte de ses quartiers, ce qui le sortit de ses songes.
« Eh l'Étincelle ! C'est l'heure du dîner. Et je crois que ton oiseau est là », s'exclama Toph.
Zuko sursauta. « J'arrive »
Il prit le message de l'oiseau de feu messager. Les troupes de la Nation du feu que Zuko avait décidé à la dernière minute d'envoyer étaient arrivées au point de rencontre avec les troupes du Royaume de la Terre et de la Tribu de l'eau du Pôle Sud. En effet, s'ils réussissaient à libérer quantité de prisonniers, il faudrait un camp pour les accueillir afin de leur prodiguer des soins. Aang avait trouvé que c'était une bonne idée pour resserrer les liens. Il regrettait seulement que le roi Kuei ne soit pas venu en personne pour cette opération importante. Le chef Hakoda serait là. La vie de sa fille était en jeu.
Il avait défié son peuple pour venir en personne. Sa tribu n'aimait pas le voir partir. Chaque fois qu'il partait, c'était toujours bien plus long que prévu. D'abord la lutte contre la Nation du feu qui avait privé Katara et Sokka de leur père, puis l'assaut contre elle lors du jour du Soleil Noir qui l'avait conduit dans la prison la plus sécurisée du territoire, d'où il n'avait pu s'évader que grâce à Suki, Zuko et Sokka. Fort heureusement, cette fois, les troupes étaient essentiellement chargées de riposter en cas d'attaque sur le camp de prisonniers ainsi que de subvenir aux besoins de ces derniers. Ceux-ci évacués, il ne resterait plus qu'à encercler les lieux, mais tous étaient loin de ce stade encore.
Le dîner se déroula dans le calme. Siku semblait perturbée. Zuko se dit que c'était probablement dû à la pleine lune qui venait d'apparaître dans les arbres au dehors. Une pensée étrange lui traversa l'esprit. Elle lui proposa une séance de guérison pour renforcer son épaule cicatrisée, en vue du combat de demain. Il se demanda comment il pourrait dormir en sachant ce qui l'attendait. Il ne dormit que très peu, quelques heures tout au plus, hanté par des cauchemars impliquant sa mort ou celle de Katara.
Le lendemain, après avoir mangé à satiété, Toph et Zuko avaient investi le lieu exact où ils devaient rencontrer leurs adversaires, et attendaient péniblement ce moment. Siku, suivant les conseils d'Inaka, avait chargé chacun d'un petit sachet de racines de fleurs de dragon, au cas où leurs adversaires utiliseraient leur poison contre eux, en priant faire partie de ceux pour lesquels cet antidote était efficace. Druk était parti se camoufler un peu plus loin dans les arbres, qui soutenaient très largement son poids. Aang devait les observer pour connaître le moment où ils pourraient attaquer.
« Je crois que cet endroit pourra jouer en notre faveur, si t'arrives à te concentrer l'Étincelle », fit Toph en s'asseyant sur le sol.
Zuko lui jeta un regard sceptique. Il ne releva pas le surnom ridicule que Toph s'acharnait à lui donner. « Comment ça ? »
« Les visions, tu te rappelles ? », dit Toph d'un ton sûr.
Bien sûr. Comment pouvait-il oublier ? Zuko sut où elle voulait en venir. « Tu crois que ça pourrait affecter Katara ? »
« Possible », répondit-elle. « Mais si tu te fais avoir par tes propres visions, tu risques de ne pas faire long feu. Sans mauvais jeu de mots »
Il n'avait pas vraiment songé à cette difficulté supplémentaire. Et il sentait que les prochaines heures à patienter jusqu'à leur rencontre allait lui rappeler ses démons, anciens comme nouveaux. Lesquels se montreraient cette fois ? Touchant nerveusement son collier noué à son poignet, Zuko déglutit. Pourrait-il vraiment se battre avec ses pleines capacités contre elle ? Il tenta de se rappeler le mantra que Druk lui répétait chaque jour.
Ta puissance provient de ton équilibre intérieur, de ton chi qui puise dans ton énergie.
Le dragon lui avait aussi dit que s'il se battait en étant persuadé de sauver Katara ce faisant, il serait à sa puissance maximale. Toutefois, leurs ennemis allaient probablement arriver durant la nuit. Il n'aurait alors que son chi pour utiliser le feu. D'un côté, il craignait d'être déstabilisé par Katara. De l'autre, il avait combattu sa propre soeur avec ce calme nécessaire à sa victoire. Et il l'aurait vaincue si elle n'avait pas triché. Néanmoins, ici, il n'y aurait pas de règle.
Toph quant à elle scrutait les alentours avec ses pieds, cette fois avec une vision renforcée grâce à l'énergie spirituelle du Marais Brumeux. L'eau se trouvait en quantité dans les centaines de milliers de plantes les entourant. Zuko devrait miser sur l'esquive et la dissimulation dans la brume, non sur l'attaque. La roche était assez malléable, et offrirait une belle solution de repli en cas de pépin. Elle avait parfaitement mémorisé le chemin jusqu'au dirigeable. Néanmoins, l'agacement de Zuko lui hérissait le poil.
« L'étincelle, calme-toi un peu ! Ton coeur fait plus de bruit qu'un rhino komodo », se plaignit Toph.
Zuko se tendit. « Je fais ce que je peux ! Ça fait des heures qu'on attend ! », s'écria-t-il avant de se rendre compte de son erreur. Il soupira et reprit un instant plus tard. « Comment vais-je pouvoir rester calme ? Je vais tout faire rater »
« Je pense que quand tu la verras, tu te rappelleras pourquoi tu dois être calme », rétorqua Toph.
Zuko fit la moue et s'adossa finalement à un des énormes troncs. « Parle-moi un peu de ton académie. Je crois que j'ai besoin de penser à autre chose »
Toph ne se fit pas prier. « Avec plaisir ! Mes trois bons à rien, le Ténébreux, Ho Tun et Penga, commencent à bien maîtriser leur affaire. Bientôt, je les enverrai chercher des nouveaux maîtres et répandre l'excellente réputation de mon école », fit-elle avec de la fierté dans son propos. Zuko leva les yeux au ciel. « Je t'ai vu, l'Étincelle »
« Hum... Le Ténébreux ? », interrogea Zuko pour détourner l'attention.
Toph rit à pleine voix. « C'est lui qui veut qu'on l'appelle comme ça. Remarque, il a raison, c'est mieux que Moo-Chee-Goo-Chee-La-Poo-Chee »
Zuko eut un sourire aussi à l'évocation de ce nom plutôt ridicule. C'était la première fois qu'il souriait en deux jours. Toph continua de lui parler de ses grands projets pour son école. L'idée de créer une cité du métal avait germé dans son esprit. Encore faudrait-il trouver d'autres maîtres. Zuko savait qu'elle travaillait également beaucoup au Pôle Sud sur certains projets pour améliorer la cité, bien que le dernier se soit soldé par un échec.
Zuko s'en souvenait encore. Les deux membres de la tribu de l'eau du Pôle Nord étaient venus avec une idée de palais extravagant, ce que Katara avait trouvé suspect, et à raison. L'un des deux membres ne respectait pas du tout les traditions du Pôle Sud, et l'avait déclaré ouvertement. Ils avaient frôlé la guerre civile après ça. Depuis, Toph faisait systématiquement passer un test à ses partenaires, pour vérifier s'ils disaient la vérité ou non.
« Azula est la seule à avoir réussi à me tromper », avoua Toph.
Zuko n'était pas surpris. Azula insufflait suffisamment de croyance dans son propos pour duper autrui, ou bien disait une vérité si choquante que personne ne la croyait. Il se rappelait nettement lorsqu'elle jubilait de savoir que son grand-père avait ordonné à son fils Ozaï de supprimer Zuko. Longtemps, il avait cru qu'elle mentait, jusqu'à ce que sa mère lui révèle la vérité lorsqu'il l'eût enfin retrouvée.
« Azula ment toujours », répondit Zuko, songeur. « Je me répétais toujours ça quand j'étais petit. Mais j'ai vite compris que ce n'était que lorsque cela me desservait qu'elle disait la vérité »
Toph hocha la tête d'un air songeur. Un silence coupa la conversation. Zuko en profita pour se lever afin de refaire le tour de cette maudite clairière pour la troisième fois tandis que Toph prenait la décision de faire une sieste. Bien que la cime des arbres entremêlés masquait le soleil, Zuko sentait à travers son chi que ce dernier déclinait dans le ciel. C'était pour bientôt. Druk l'avait préparé à un combat de nuit. Il l'avait surpris un soir en l'attaquant, ses gardes avaient réagi immédiatement avant de comprendre que ce n'était qu'un entraînement.
Il savait qu'il allait devoir se battre comme Azula avait pu le faire par le passé avec lui. En n'attaquant qu'au bon moment, et en esquivant le reste du temps. C'était un jeu auquel celle-ci était très douée auparavant, dans le but de narguer davantage Zuko en lui montrant qu'elle pouvait le battre sans utiliser toute sa maîtrise du feu. La seule différence, majeure, serait que Katara ne serait probablement pas dans le même état d'instabilité que lui à l'époque.
« Zuko »
Il sursauta et se retourna, guettant un ennemi. N'en voyant aucun, il abaissa quelque peu sa garde. Il entendit des pleurs à sa gauche. Une petite silhouette était assise et pleurait. Au début, il pensait que c'était une vision de lui plus jeune, mais à bien observer la silhouette, c'était une petite fille de cinq ou six ans. Elle portait une couronne de la Nation du Feu. Il comprit qu'il avait la même vision que Kiyi la veille. Elle semblait avoir une blessure aux yeux. Ce n'était donc pas Kiyi, et encore moins Azula. Zuko voulut s'approcher pour l'aider, mais elle disparut.
« Zuko »
Cette voix continuait de l'appeler, mais cette fois, il en était certain. C'était la voix de Katara. Son coeur se serra terriblement à cette réalisation. Cependant, il ne la voyait pas. Ni sous sa forme réelle, ni sous la forme d'une vision. Une autre voix prit sa place.
« Il est temps que tu te poses les bonnes questions. Qui es-tu ? Et que veux-tu ? »
Son oncle. Il se rappela la litanie qu'il se récitait depuis qu'il avait réussi à répondre à cette question. Il était le Seigneur du feu de sa Nation, le fils d'Ursa et d'Ozaï. L'Avatar était son meilleur ami. Depuis ce temps-là, il avait ajouté d'autres éléments à cette liste. Il était fou amoureux de Katara, celle qui autrefois le haïssait de l'avoir trahie. Que voulait-il ? La sauver, par-dessus tout, la sauver elle. Il était là, au milieu du Marais Brumeux, sans sa garde, prêt à mourir pour la sauver. Était-ce tout ce qu'il voulait ? Non. Il était là aussi pour sa Nation, pour en apprendre plus sur ceux qui tentaient de le détruire. Il devait se concentrer sur son objectif.
Voyant que Zuko commençait à se poser trop de questions, Toph le tira de ses pensées.
« Je vais essayer de voir où ils en sont », fit-elle en posant sa main contre l'énorme racine à laquelle elle était adossée.
Fronçant les sourcils un instant pour avancer progressivement depuis sa position vers la prison, elle trouva leurs assaillants en chemin.
Elle tressaillit. « Ils seront là dans peu de temps... Ils sont neuf. Et Katara est avec eux »
Zuko déglutit. Elle était là, tout près. Il devait se concentrer, car si la véritable Katara était encore en vie, celle qui avait le contrôle de son corps ne lui fera aucun cadeau. Il l'avait vue se battre. Sans entraînement intensif, elle était déjà redoutable. Avec cet entraînement, tout était possible. Sokka lui avait conseillé de revêtir son armure, améliorée pour l'occasion, anti-blocage de chi. Sa création leur avait sauvé la mise au pôle Sud lors des tensions entre les habitants et les invités du Pôle Nord. Toph en avait fait de même. Ils restaient certes toujours vulnérables aux jambes, mais c'était mieux que rien.
Prenant plusieurs inspirations, Zuko finit par se lever en voyant Toph en faire de même. Ils étaient là. Le corps de Zuko commençait à trembler. Il n'aurait su dire si c'était de peur ou de rage. Katara serait libre cette nuit, ou bien il mourrait. Après plus de deux mois à imaginer Katara sous l'emprise des pires tourments, après plus d'une semaine à l'avoir imaginée en train de le tuer, il la verrait enfin. Et il devrait tout faire pour la réveiller de sa léthargie, au prix de sa vie si cela s'avérait nécessaire. Toph était impassible, comme à son habitude, mais n'était pas moins bouleversée intérieurement.
Le choc se produisit lorsque le petit contingent d'ennemis arriva dans la clairière. Des racines encadraient ce lieu comme un ring de maîtrise de la terre. La cime des arbres ne laissait passer que de très minces rayons lunaires. La brume envahissait l'entièreté des lieux. Zuko et Toph se tinrent droit, résolument ancrés dans le sol. Toph aurait presque pris Zuko pour un maître de la terre tant il semblait, à cet instant, solide comme le roc.
« Bonsoir Seigneur du feu », fit le premier des individus. « Je suis Wang Jie »
Pas de Xai Bau. Zuko commençait à croire que son oncle disait vrai en indiquant que le Xai Bau qu'il connaissait n'était pas impliqué dans cette étrange organisation.
Vexée que ce Wang Jie ne la salue pas, Toph intervint d'un ton fier et menaçant. « Et moi Toph Beifong »
Quelques chuchotements se produisirent suite à cette annonce, ce qui la fit légèrement sourire. Sa réputation la précédait toujours. Zuko quant à lui était figé sur Katara, qui se trouvait juste derrière ce Wang Jie, accompagnée de sept acolytes. Voyant leur physique, Zuko en déduisit leurs maîtrises respectives. Wang Jie semblait être un maître de la terre, sa posture étant presque semblable à celle de Toph. Il y avait trois maîtres de chaque maîtrise, Katara comprise. Celle-ci était totalement inexpressive et regardait dans le vague, ce qui serra atrocement le coeur de Zuko. Il expira profondément, pour ne pas perdre son attention. Ses poings se serrèrent machinalement.
« Je vois que vous vous souvenez d'elle », sourit Wang Jie.
Zuko dut se mordre la langue pour ne pas exploser. Toph serra les poings à son tour. Reste calme, entendit-il dans sa tête. Druk. Expirant de nouveau, il prit enfin la parole, impassible. « Nous avons reçu votre invitation. Que voulez-vous ? »
Un léger silence se fit, Wang Jie semblant ravi de pouvoir enfin exposer son plan. Zuko était tout ouïe.
« Je vous mets au défi Seigneur du feu. Si vous vainquez notre nouvelle amie, nous relâcherons les prisonniers. Si elle gagne, et bien vous serez mort je suppose, et votre Nation sera enfin libre », fit Wang Jie comme s'il n'attendait que ce moment depuis le début. Il insista sur les termes 'nouvelle amie' pour agacer davantage Zuko. Néanmoins, ce dernier n'était pas dupe et savait que Wang Jie jouait sur son irascibilité connue. Il n'avait pas oublié que le calme serait son plus grand allié pour ce combat.
« Vous pensez vraiment que ma mort résoudra le problème ? », s'interroga Zuko, qui essayait de rester calme.
Wang Jie fut surpris de le voir aller sur ce terrain. « Votre obstination à vivre ne nous laisse guère le choix. Et votre mort déstabilisera la Nation, ce qui nous laissera le champ libre pour terminer notre ascension »
Son ascension ? Zuko était inquiet. Ils avaient peut-être d'autres alliés, et d'autres activités qu'il ne soupçonnait pas encore. En tout cas, il avait l'intention de rester vivant pour s'en assurer.
« Alors qu'en dites-vous ? », demanda Wang Jie.
Zuko réfléchit quelques secondes, jetant un regard à Toph. Celle-ci hocha subtilement la tête. Il observa Katara ensuite, et, s'il n'était pas convaincu de sa mission, à présent il l'était. Il ne repartirait pas sans elle.
« Quand vous voulez », fit Zuko, déterminé. Il prit position.
Wang Jie fut satisfait. « Excellent ! Je savais que vous ne me décevriez pas. Bien entendu, nous nous tiendrons à l'écart, de même que vous »
Il désigna Toph qui fit pousser de la terre pour s'asseoir dessus. Celle-ci avait très bien compris son ton pédant, ne pensant pas qu'elle constituait sérieusement une menace pour eux.
Aussi, elle rétorqua. « Ne croyez pas que votre pitoyable nombre de neuf m'impressionne » Wang Jie ne répondit pas.
Zuko était perplexe. S'il s'attendait à un combat contre Katara, il ne s'attendait pas à ce qu'il fasse partie des négociations. Ils pourraient tout aussi bien utiliser les prisonniers comme levier de pression contre lui. Zuko se dit qu'ils souhaitaient éliminer purement et simplement les chefs d'état, et que face à son obstination à rester en vie après sept tentatives d'assassinat, c'était la seule manière qu'ils avaient trouvée. Néanmoins, il sentit qu'il y avait un piège, mais il ignorait où. Jetant un regard à Toph, celle-ci hocha la tête. Elle soupçonnait quelque chose. Néanmoins, ils ne pouvaient plus reculer désormais. Zuko jeta un regard à Katara, qui, cette fois, arborait un air meurtrier qu'il ne lui connaissait pas. Un frisson le parcourut. Toph elle-même avait senti le changement d'attitude chez Katara. Il devait la sauver. Coûte que coûte.
« Katara, tu sais ce que tu as à faire »
Katara s'avança dans la lumière bleuté de la lune. Elle était à la fois belle et terrifiante. Zuko inspira. Il avait déjà combattu sa propre soeur malgré l'amour qu'il lui portait. Il pouvait le faire. Son regard était dur, comme l'était celui d'Azula dans sa période de puissance. Il expira et se mit en position. Katara tourna sur elle-même pour assécher les plantes à proximité et tirer une grande quantité d'eau pour le combat. Eau qu'elle lança sous forme de pics de glace vers lui. Il esquiva aisément et usa de ses pieds pour se propulser avec son feu, de manière à ne pas atterrir sur le sol gelé qui l'attendait au sortir de son saut, un des coups préférés de la Katara qu'il connaissait.
« Je sais que tu es là », fit-il avec détermination.
Sans répondre, elle lui envoya une immense vague d'eau. Zuko dut utiliser son feu pour faire s'évaporer l'eau qui menaçait de le renverser. Il vit néanmoins que Katara attendait ce moment pour lui bondir dessus. Il la rattrapa au vol et la projeta derrière lui. Son dos heurta durement le sol mais il ne lâcha qu'une grimace, veillant à se relever aussi vite que possible. Son chignon s'était détaché, et il devait maintenant composer avec sa chevelure corbeau qui lui tombait partiellement devant les yeux. Katara geignit tandis que son corps heurtait lui aussi le sol, mais elle se releva aussitôt. Druk l'avait prévenu. Toph aussi. Il devait être constamment vigilant car la nuit, Katara était la plus puissante.
Katara l'attaqua de nouveau, cette fois en usant de ses fouets d'eau, qui lui avaient inspiré ses fouets de feu. Zuko para aisément ce coup, mais sentit que son feu n'était pas assez puissant, et choisit l'esquive. Cela ne lui ressemblait pas, mais il ne perdait pas de vue sa mission. Sauver Katara. Il essaya pour ça de lui parler, de dire des phrases qui pourraient la réveiller.
Parant un nouveau coup, il poursuivit, cherchant une phrase qui pourrait la réveiller. « Tu te lèves avec la lune, tu te souviens ? Alors... », fit-il avant de préparer un nouveau coup. « Lève-toi Katara ! »
Il lança une rafale de feu puissante, que Katara contra en formant avec ses mains deux lances de glace qu'elle fit tournoyer avec vitesse pour créer suffisamment d'air froid qui empêcherait le feu de l'atteindre. Le feu disparu, elle les lança sur Zuko qui les esquiva bras levés pour passer au travers. Il ne vit pas le fouet d'eau qui lui attrapa une de ses jambes.
Zuko brisa le lien avec son feu, mais tomba à nouveau au sol. Katara ne lui laissa aucun répit et lança des lames de glace. Se jetant sur le côté, il fut néanmoins éraflé sur une de ses jambes. Katara lui envoya des cristaux de glace qui le blessèrent aux bras. Il ne parvenait pas à reprendre contenance, son chi était bousculé. Il usa de son feu pour créer une vapeur très épaisse qui lui permettrait de se dissimuler pour rafermir son contrôle sur son chi. Il se cacha derrière un énorme arbre et constata les dégâts.
Il saignait à sa jambe droite, et ses bras étaient couverts d'entailles qui commençaient à suinter. Zuko se demandait vaguement si les pouvoirs étranges du Marais Brumeux agissaient vraiment sur Katara. Il ne l'avait pas vue sciller une seule fois. Peut-être que cela ne fonctionnait pas car ce n'était pas Katara qui était aux commandes ? Tentant de faire un pas, il lâcha un gémissement qui alerta aussitôt Katara, laquelle déchaîna de nouveau ses lames, brisant le tronc d'arbre en deux. Zuko roula sur le côté et envoya quatre nouvelles rafales de feu. Il essayait de créer un écran de fumée pour amoindrir la précision chirurgicale de la maître de l'eau. Les arbres alentours prirent feu. Zuko utilisa alors ses boules de feu puis, voyant Katara lever les bras à nouveau pour les éteindre, il lança deux rafales sur les côtés et une en pleine face, masquées par la fumée qu'avait créé son attaque.
Si Katara put éteindre et se défendre de ses attaques, elle ne fut pas préparée à l'ultime rafale. Elle était presque de dos pour parer la deuxième rafale latérale, lorsque celle-ci la frappa en plein sur son dos. Zuko grimaça et sentit son estomac se tordre devant la scène. Katara fut projetée face contre terre, un morceau de sa tunique en feu. Elle hurla, si fort que tous dans le Marais semblèrent figés d'effroi. Zuko comprit que ce cri ne reflétait pas simplement de la douleur. C'était un cri de peur.
Sokka, Ty Lee et une partie des guerrières Kyoshi attendaient avec impatience le signal d'Aang. Ces dernières n'étaient vêtues que de simples vêtements, sans maquillage. Aang était connecté grâce aux racines du Marais Brumeux qui, comme le pressentait Toph, parvenaient jusqu'ici. Ils étaient là depuis plusieurs heures, ayant veillé à se poser suffisamment loin avec Appa pour ne pas être repérés. La lune s'était levée dans le ciel. Aang était inquiet pour Zuko et pour Katara. Il vit Katara au milieu du petit groupe d'ennemis, avançant docilement jusqu'au lieu de rendez-vous, et en allant plus loin, il vit que Toph et Zuko étaient en alerte. Toph devait avoir senti l'arrivée du groupe. Quelques instants plus tard, le combat commençait.
« C'est parti ! On y va ! », fit Aang en sortant de ses visions du Marais Brumeux.
Aang creusa le tunnel à l'endroit prévu pour pénétrer la forteresse. Sokka le guida ensuite pour positionner la sortie du tunnel. La sortie devait avoir lieu dans le premier bloc de cellule. D'après Toph, les cellules n'étaient que rarement gardées de l'intérieur.
Lorsqu'ils sortirent, un murmure affolé se fit entendre. Les prisonnières ne comprenaient pas ce qui se passait. Sokka leur fit signe de faire silence. Aang utilisa son sens sismique et, détectant un garde à la porte, il indiqua "un" avec sa main. Ty Lee comprit le message et sortit du bloc. Elle frappa les points stratégiques du gardien qu'elle ramena à l'intérieur de la cellule. Sokka l'assomma avec son boomerang. Il revêtit ses vêtements tandis qu'Aang faisait sortir les femmes prisonnières.
« Avatar Aang ? », fit l'une d'elle.
Aang les pressa. « On n'a pas le temps pour ça, passez par le tunnel, vous serez en sécurité ! Les guerrières Kyoshi vous attendent ! »
« Shhhh, ils vont nous entendre ! On doit continuer », fit Sokka qui sortait déjà dans le couloir prendre la place du garde assommé. La supercherie fonctionna à merveilles. Deux gardes passèrent devant lui sans se soucier de rien.
Les prisonnières s'engouffrèrent dans le tunnel avec une torche décrochée du mur. Certaines devaient en porter d'autres, qui ne pouvaient plus bouger à cause du blocage de chi. Ce qui frappa Aang, c'est qu'elle semblaient originaires de toutes les nations, et pourtant, à cet instant, c'était comme si elles n'en formaient plus qu'une seule. Il songea que certaines devaient être là depuis des années.
Sokka attendit que la voie soit libre pour frapper à la porte, afin d'intimer à Aang de venir.
Aang secoua la tête, chassant les pensées qui envahissaient son esprit. « Allons-y Ty Lee ! »
Katara se réveilla sous l'effet de la projection de son corps au sol. Levant doucement la tête pour comprendre ce qui était en train de se passer, elle vit que son habituel monde de fumée grise s'était métamorphosé en un orange flamboyant. Où était l'autre Katara ?
Un flash lui parvint. Elle se revit enchaînée les poignets vers le haut, la maître de l'eau lui jetant un regard mauvais tandis qu'une brûlure vive et puissante venait embraser son dos. Pétrifiée face à cette scène, le choc fut encore plus grand lorsque la scène disparut et qu'elle se sentit reprendre possession de son propre corps, qui la faisait beaucoup souffrir. Ils avaient malmené son corps pendant si longtemps avec leur entraînement intensif qu'elle sentait qu'elle devrait bientôt en payer le prix.
« Katara ! »
Zuko. Alors qu'elle allait enfin prononcer ses premiers mots depuis quelques jours, avec ses propres muscles et sa propre voix, elle se sentit de nouveau arrachée à son corps.
« Non ! », grogna-t-elle vivement. « Zuko ! »
L'autre Katara était revenue. Son corps lui échappa de nouveau. Atterrée, elle tomba à genoux devant ce vide gris qu'elle retrouvait de nouveau. Elle comprit alors que la teinte orangée qu'elle avait pu entrevoir était celle de ses yeux à lui. Cet orangé miroitant comme de l'or. Il était là, pourquoi ne parvenait-elle pas à le rejoindre ? Des larmes perlèrent à ses yeux. Était-ce la fin ? Allait-elle vraiment le tuer ? Se sentait épiée, Katara se tourna et elle la vit de nouveau.
Cette autre dont les yeux bleus pétillaient de malveillance l'observait, semblant attendre quelque chose, une lance de glace à la main. Katara sentit toute la rage contenue depuis son enlèvement sortir d'elle-même. La fumée grise noircit au fur et à mesure que sa colère grandissait. Elle le rejoindrait, elle le protégerai, et peu importe le prix à payer. Il ne pouvait pas mourir.
Toute la souffrance qui lui serrait le cœur et les membres, la faisant presque tétaniser, toutes les larmes qui lui brûlaient les joues, tout ce qu'elle avait pu endurer pendant deux mois, semblait s'être changée en une énergie monstrueuse, menaçant de tout balayer sur son chemin.
Elle songea un instant que cette sensation était semblable à la maîtrise du sang. Quel soulagement cela avait été pour elle, de contrôler cet homme qu'elle pensait responsable de la mort de sa mère, de pouvoir en faire ce que bon lui semblait, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que ce n'était pas lui le responsable. La culpabilité lui avait longtemps mordu les doigts.
Seulement, cette culpabilité ne faisait que l'entraver, elle le savait à présent. Elle devait s'en délivrer si elle voulait sauver Zuko. Hama s'en était bien délivrée pour s'évader, pour mieux retomber prisonnière cette fois d'une maîtrise si inhumaine qu'il n'y avait pas de retour. Pourrait-elle résister à la tentation ? Elle était sur le point de le découvrir.
Elle se jeta avec violence sur son double, tentant de l'étrangler.
Les cellules du plus haut niveau étaient presque toutes vides à présent. Personne n'avait rien remarqué jusqu'à présent, mais cela ne durerait pas. Le deuxième niveau allait s'avérer plus difficile.
« Séparons-nous, il y a encore un couloir de cellule de ce côté. Nous sommes trop nombreux groupés pour que ça paraisse normal. Aang et moi nous irons par ici, et on se retrouve ensuite », intima Sokka.
Les guerrières Kyoshi suivirent Ty Lee vers le couloir de cellule. Elles avaient revêtu les armures des gardes du premier niveau, et étaient suffisamment déguisées pour pouvoir approcher les garde et leur bloquer le chi. Ce ne serait pas très difficile.
Aang et Sokka partirent de l'autre côté, dans un autre couloir. Il était réservé aux inquisitions 'légères' d'après Toph. Suki avait eu la désagréable opportunité de les visiter. Et certaines étaient en cours manifestement. Aang, comme Sokka, avait lui aussi revêtu une des armures des gardes, veillant à être couvert sur la totalité de ses tatouages. Les hurlements féminins qu'ils entendaient les pétrifièrent d'effroi. Il allait falloir se battre pour récupérer les prisonnières.
« Il faut qu'on se batte », murmura Aang.
Sokka hocha la tête. « Attention ! Ils sortent »
Deux gardes sortirent effectivement de l'une des salles. Ils portaient une jeune femme inconsciente, venant manifestement du Royaume de la Terre. La majorité des prisonnières en étaient originaires, et pour cause, c'était l'un des Royaumes les plus vastes, et bien que le roi Kuei était bon, il n'était pas à la hauteur de la tâche que représentait la gestion d'un si vaste territoire. Toph avait nombre de fois critiqué le fait qu'il n'y avait aucune police harmonisée. Cependant, il y avait aussi pas mal de prisonnières du Pôle Nord et de la Nation du feu.
« Que faites-vous ici ? », les questionna l'un des deux gardes qui se mit à ricaner face à l'absence de réponse. « Quoi, vous voulez votre tour aussi avec elles ? »
Sokka le frappa en pleine tête avec son boomerang. Aang récupéra la jeune femme inconsciente avant que sa tête ne cogne au sol. Elle était si légère. L'une des guerrières Kyoshi qu'Aang retrouva de l'autre côté du couloir se dévoua pour évacuer la jeune femme en attendant qu'ils en libèrent d'autres de cet étage.
Entendant le vacarme dans les couloirs, quatre autres maîtres sortirent de différentes salles. Aang utilisa sa maîtrise de la terre pour les coincer au sol, mais ne put atteindre le plus éloigné, qui s'enfuit. Il entra ensuite dans l'une des salles pour récupérer la prisonnière. Il y en avait trois autres à parcourir. Sokka assommait ceux qui restaient quand tout à coup, un gong sonna. L'alerte était donnée.
Les guerrières Kyoshi faisaient descendre les quelques prisonniers, quelques femmes mais surtout des enfants et deux nourrissons, vers le 1er niveau quand elles entendirent le gong. Deux guerrières se chargèrent d'accompagner les derniers prisonniers du niveau. Il ne restait plus qu'elle et une autre. Elles retournèrent de l'autre côté, là où se trouvaient Aang et Sokka.
« On a libéré toutes les prisonnières, il y avait pas mal d'enfants. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? », questionna Ty Lee.
Sokka hésitait. Il voulait continuer, pour pouvoir libérer plus de femmes encore. Il restait deux niveaux entiers à parcourir. Cependant, il sentit qu'ils n'y arriveraient jamais sans renforts. Des bruits de course, ainsi que des tremblements dans les parois se firent ressentir. Ils seraient là d'une seconde à l'autre.
« On doit partir, s'ils nous coupent la retraite, notre compte est bon ! », décida Sokka qui fit machine arrière.
C'est à ce moment que deux maîtres de la terre jaillirent des murs pour leur couper le passage. Ils ne pouvaient pas retourner au premier niveau sans les abattre. D'autres arrivèrent derrière eux. La situation était critique. Ils ignoraient encore à quel point jusqu'à ce qu'un maître du feu entre dans la pièce, suivi de plusieurs autres. Tous tenaient une prisonnière contre eux, prêts à tuer.
« Si vous avancez davantage, nous les ferons souffrir une à une », fit l'un d'eux. Un maître du feu.
Le petit groupe s'arrêta net et tous se regardèrent, l'air tendu. Devaient-ils insister ? Aang déglutit. Si jusqu'à présent, ils avaient réussi à s'en sortir sans tuer un seul garde, la donne allait changer. Zuko l'avait prévenu. Il allait y avoir du sang. Sokka était prêt à en découdre, son boomerang dans une main, et son épée dans l'autre. Ty Lee était prête elle aussi, le visage trop heureux pour être connecté totalement à la situation.
« Faites-le ! Je préfère encore mourir ! », fit l'une des prisonnières avant d'être coupée net par un bras qui enserra sa gorge.
Sans se formaliser, le maître du feu alluma sa dague de feu, et la brûlure fit fondre la peau de la jeune femme jusqu'à la gorge. Il la libéra de son étreinte, et elle s'effondra au sol, son sang continuant à se déverser lentement sur les dalles de pierre. Ty Lee retint un cri horrifié. Sokka était sous le choc. Les autres maîtres se mirent également en position. Aang, qui tentait de garder la tête froide, reconnut chaque technique. Il y avait les trois maîtrises fondamentales, et chacune d'elles pouvait être mortelle. Jet en était mort, Suki avait été presque noyée, et Zuko brûlé au visage. Aang comme Sokka avaient une idée très précise de ce qui pouvait arriver à présent.
« Allons-y ! », fit Aang. Il y avait une maîtrise que ces maîtres ne connaissaient pas.
Usant de la maîtrise de l'air, il projeta le groupe contre le mur. Sous le coup de la surprise, tous lâchèrent leur prise. Les prisonnières valides en profitèrent pour rejoindre Sokka et Ty Lee. Il en fit de même pour les deux maîtres de la terre qui leur barraient la route. Voyant leurs adversaires se relever pour attaquer. Aang para chacune des attaques. Ty Lee passa derrière trois d'entre eux pour leur bloquer le chi, mais certains maîtrisaient également la technique et ne se laissèrent pas avoir. Elle fit l'erreur d'approcher l'un des assaillants qui ne semblait pas être un maître, et sentit une vive douleur à la jambe. Depuis le mur, elle fit une chute vertigineuse et ne dut son salut qu'à Sokka qui la rattrapa au vol.
« Je ne peux plus... bouger ! », fit-elle péniblement. Une fléchette avait atteint sa jambe.
Sokka réagit aussitôt. « Aang ! Ils utilisent leur poison ! »
Aang sentit qu'ils allaient être submergés et décida de passer en état d'avatar. Sa puissance fut décuplée et il parvint à vaincre ses assaillants. Sa bulle d'air habituelle empêcha toute fléchette empoisonnée de passer. Néanmoins, d'autres vinrent. Ils semblaient de plus en plus jeunes. Sokka comprit qu'il était temps de partir. Portant Ty Lee sur son dos, il se plaça derrière Aang. Ce dernier lui jeta un regard, ses yeux lumineux comme l'astre lunaire.
« Partez ! », firent les différentes voix des Avatars.
Sokka ne se fit pas prier deux fois et prit le chemin de la sortie. Ils avaient libéré plus de sept blocs, ce qui était plus que suffisant pour l'heure. Il s'inquiétait pour Ty Lee qui peinait à garder les yeux ouverts. Atteignant le tunnel, il se rua à l'intérieur, sans prendre le temps d'allumer une torche. Parvenu de l'autre côté du tunnel après plusieurs chocs contre les parois, il vit que des flammes encerclaient la sortie. Que se passait-il ?
Un grognement lui répondit. Druk. Les guerrières Kyoshi étaient déjà parties au point de rendez-vous, où l'attendaient des convois des trois nations pour rapatrier les rescapés. Ils avaient réussi à récupérer une partie des enfants, certains très jeunes. Sokka prit également la même route, espérant qu'Aang s'en sorte tout seul. Une explosion se produisit à cet instant. Aang avait totalement détruit le premier niveau du bunker souterrain, désormais à l'air libre.
« Katara ! », s'exclama Zuko en la voyant gémir à terre, sa combinaison partiellement brûlée par sa dernière attaque.
Le trou que forma son feu sur la combinaison de Katara laissa entrevoir une peau rosie. Zuko savait de quoi il s'agissait. Une cicatrice. Il comprit que son coup avait peut-être éveillé la véritable Katara. Celle qui avait souffert de ces brûlures, pour lui. Le côté gauche de son visage où il portait lui aussi la marque de sévices se crispa. Il serra les dents. Songer que Katara avait dû endurer les mêmes tourments, et pire encore, le mit en rage. Pourtant, rien ne devait le distraire de sa tâche. Cependant, il hésita à la frapper à terre pour la mettre hors d'état de combattre. Cette hésitation allait lui coûter très cher.
Alors qu'il se décidait à faire un pas vers elle pour l'attaquer, Katara se tourna vivement sur elle-même, éteignant le feu de sa combinaison. Elle se tourna ensuite vers lui et tendit le bras, sa main semblable à des serres de faucon. Il ne vit pas d'eau se mouvoir, mais pourtant il sentait que quelque chose s'était produit. Le regard perçant qu'elle lui jetait ne trompait pas. Il était bloqué dans ses mouvements. Reconnaissant cette sensation très désagréable, la peur s'empara de lui. Toph comprit ce qui se passait et se dressa sur ses pieds. Comment était-ce possible ? La pleine lune n'était certes pas si loin, ayant eu lieu la veille, mais ne devrait plus produire son effet. Et pourtant, la maîtrise du sang permit à Katara de le bloquer sur place. Certes, elle ne pouvait pas diriger ses gestes, mais elle pouvait l'attaquer sans avoir à s'embarrasser d'une quelconque défense. Cette forme de maîtrise était un témoignage accablant de la souffrance qui la rongeait de l'intérieur. Ils l'avaient poussée à bout.
« Intéressant », commenta Wang Jie, visiblement satisfait de cette vision.
Zuko déploya toute sa force pour tenter de bouger, mais se fit emporter par une vague puissante qui le projeta contre un énorme arbre, voisin de celui que Katara avait tranché en deux plus tôt. L'eau se glaça autour de lui, et avant qu'il ne puisse user de son chi pour s'en délivrer, une lame de glace affutée tel un rasoir était pointée sur sa gorge. Le combat était terminé.
« Katara… », souffla-t-il avec peine, son souffle s'étant coupé sous l'effet de l'impact.
Katara appuya légèrement sa lame contre sa gorge, faisant suinter du sang le long de son cou. Zuko chercha ses yeux bleus du regard, qui ne ressemblaient en rien à ceux qu'il lui connaissait. Il avait l'impression que ses os se rétractaient sur eux-mêmes, l'oppressant de l'intérieur, son corps se sachant proche de la mort. Il l'avait suffisamment côtoyée pour la reconnaître à présent.
Lorsque son père lui avait 'enseigné le respect', lorsque Zhao avait tenté de l'assassiner, lorsque le froid du Pôle Nord l'avait mis en danger, lorsqu'il était tombé dans le vide et qu'elle l'avait sauvée, toutes les fois qu'Azula l'avait attaqué, sans compter les sept tentatives de meurtre au sein de son propre Palais, elle l'avait toujours suivie. Il connaissait la mort, elle lui rendait souvent visite.
Lorsqu'il pourchassait l'Avatar, il s'était parfois dit que s'il devait mourir, ce serait de sa main à elle. Sans l'état d'Avatar, Katara était bien plus redoutable qu'Aang. Elle avait défait Azula lors de son dernier Agni Kai, et était la seule à l'avoir mise en difficulté dans les caves souterraines du Royaume de la Terre, alors qu'elle était au comble de ses capacités mentales.
« Fais-le Katara, tu dois le tuer », entendit-il derrière eux.
Toph se leva à son tour, en pointant du doigt Katara. « Ne les écoute pas, ou je te promets que tu seras vraiment la reine des idiotes ! », tonna-t-elle en insistant bien sur ce surnom que la véritable Katara n'appréciait guère.
Katara jeta un regard noir à Toph, qui resta stoïque, mais satisfaite de voir que ce petit surnom avait encore de l'effet. Elle songeait à intervenir pour sauver Zuko dont le pouls était d'une rapidité affolante. Difficile, mais pas impossible. Elle était entourée de terre.
« Toph, non ! », fit Zuko qui s'empêchait presque de déglutir à présent, pour ne pas creuser davantage l'entaille dans son cou.
Il ne quitta pas des yeux Katara. Elle était là, quelque part, il en était certain. Il l'avait vue se débattre dans cette forteresse sinistre pour se défaire de l'hypnose. Peut-être n'y arriverait-elle pas cette fois. Néanmoins, si elle pouvait l'entendre, il devait la soulager de sa culpabilité avant de mourir.
« Katara… Ce n'est pas toi », fit-il péniblement, un tressaillement dans la voix tandis qu'il sentait de nouveau la pointe de glace s'enfoncer. « Ce n'est pas de ta faute ».
Il tenait à faire savoir à la véritable Katara qu'il ne lui en voulait pas. C'était lui le fautif. S'il avait su se protéger d'un maudit éclair, ils n'en seraient jamais arrivés ici. S'il avait su dompter la force criminelle s'étant installée sous le régime de son père, il n'y aurait pas de Lotus rouge. Le froid de la glace le maintenant prisonnier se fit plus vif. Il sentit ses blessures comme anesthésiées. Ses paroles étaient hachées à la fois sous le coup de la brûlure causée par le froid, mais aussi de la souffrance qui enserrait son coeur. Il avait encore échoué. C'était peut-être la dernière fois qu'il pourrait lui parler, qu'il pourrait la voir. La dernière fois qu'il pourrait lui dire. Je t'aime.
Mais il ne put que dire son prénom. « Katara... »
Des larmes s'échappèrent de son œil valide, qu'il essayait de chasser pour ne pas manquer une seule seconde sur son visage, sans y parvenir. Ses bras étaient toujours prisonniers. Il grava ses traits dans sa mémoire, comme s'il penser pouvoir s'en rappeler après sa mort. Il était prêt à présent.
Il sentit le visage de Katara se teinter de tristesse. Elle ferma les yeux et fronça les sourcils, sa main se crispant sur la lame de glace qui tremblait légèrement, ne faisant que l'entailler davantage. Un mince filet de sang s'écoulait à présent. Zuko aurait fait n'importe quoi pour soulager ce mal indicible qui transparaissait sur son visage meurtri. Jamais il ne l'avait vue ainsi. Il vit sa lutte pour regagner son corps. Si sa mort avait pu ramener Katara, il l'aurait choisie sans hésiter. Elle rouvrit les yeux. Ils étaient toujours aussi froids, mais semblaient quelque peu changés. Il crut la voir sourire. Un sourire triste, qui fut aussitôt dissimulé derrière un visage froid.
Reculant la main qui tenait sa lame de glace, Zuko eut un mouvement de recul et ferma subitement les yeux, s'attendant à recevoir le coup. Mais il ne vint pas. En revanche, il sentit la glace autour de lui se changer subitement en eau liquide. Son corps s'écroula lourdement au sol, ne s'attendant pas à être libéré si promptement. Des gémissements et bruits gutturaux parvinrent à ses oreilles. Il rouvrit les yeux, ne comprenant pas ce qui se passait. En y regardant mieux, il vit que ses adversaires étaient comme figés, leurs membres tremblant pour tenter de bouger. L'un d'eux avait reçu le pieu de glace en plein cœur.
« Je… ne peux plus… bouger ! », fit un autre.
« Qu'est-ce… qui se passe ? »
Katara reprit la parole. La froideur de sa voix masquait sa colère profonde. Elle n'avait plus peur de rien, pas même de cette sombre Katara qu'elle avait enfin vaincue et arrachée de son corps comme de son esprit. Ils voulaient savoir ce qui se passait. Ils allaient le savoir bien assez tôt.
« Vous allez mourir »
Les bloquant de sa main droite, et usant de sa main gauche pour lancer des lames de glace, elle en transperça deux d'un seul coup. Celui qui avait parlé gisait à présent dans une mare de son propre sang. Les autres tentèrent de bouger, mais en furent empêchés par la poigne que Katara exerçait sur eux. Elle s'approcha du chef, qu'elle mourrait d'envie de voir mourir. Lui, qui avait souhaité la voir tuer une innocente pour tester l'hypnose dont elle avait été l'objet. Lui, qui à présent, tremblait de peur à l'approchée de Katara, incapable de se défendre.
« Quel dommage », dit-elle, en écho à ce que ce dernier avait dit lorsqu'elle avait résisté à l'hypnose.
Elle rassembla ses bras pour que l'eau s'enroule autour du cou de l'homme, avant de tourner d'un coup sec ses mains. Il tomba mort, la nuque brisée. Toph, pendant ce temps, s'était occupée de mettre hors d'état de nuire les autres. Zuko projeta le dernier contre un arbre, ce qui l'assomma sur le coup. C'était terminé. Du moins était-ce ce qu'ils pensaient, car Katara se mit tout à coup à surfer sur une vague géante pour quitter la clairière.
« Qu'est-ce qu'elle fait ?! », s'écria Toph.
Zuko n'en était pas sûr, mais il croyait que Katara allait retourner à la forteresse, et ce ne serait pas pour faire la paix. « Suis-la, je retourne au dirigeable ! On vous rejoint aussi vite que possible ! » Blessé à la jambe, il utilisa son pied valide et ses deux mains pour que la maîtrise du feu lui permette de rejoindre rapidement Kiyi et Siku.
Toph ne posa pas davantage de questions et poursuivit Katara. Fort heureusement, la tâche n'était pas compliquée avec le vacarme créé par sa vague. Les racines du Marais lui permirent de la suivre très clairement. Et, comme Zuko, elle comprit ce que son amie était en train de faire. Elle allait en finir une bonne fois pour toute.
Katara fonçait sur sa vague d'eau, tirant, à mesure qu'elle se rapprochait de sa cible, davantage d'eau des plantes environnantes. Elle semblait dans un état second, un état de rage si fort qu'elle se rendait à peine compte de ce qu'elle faisait. Une seule chose l'obsédait : celle de faire mal à ceux qui avaient voulu l'utiliser pour faire mal à Zuko. Depuis deux mois que sa colère était nourrie par l'impuissance qu'on lui avait imposée, celle-ci semblait enfin libérée. Chaque coup de fouet, chaque brûlure, chaque hypnose, chaque violence, tous s'étaient incarnés en elle pour se déchaîner sur leurs auteurs. Il était l'heure de payer.
Arrivée sur place, elle vit que le premier niveau de la forteresse, en ruines, était visible à la surface et que les alentours étaient en feu. Tant mieux, cela ne faisait que lui faciliter la tâche. Sans réfléchir davantage, et ignorant Aang qui se trouvait de l'autre côté des ruines, elle utilisa son eau pour écarter les parois de terre et s'engouffrer dans la grande salle de la prison. La maigre résistance qu'elle rencontra fut balayée d'un simple geste, sa maîtrise du sang lui permettant de bloquer plusieurs ennemis simultanément. C'était instinctif, et elle ignorait encore que son instabilité mentale était la raison pour laquelle elle parvenait à user de cette maîtrise en dehors de la pleine lune.
« Katara ! Arrête ! », entendit-elle derrière elle. Toph.
Mais Katara ne l'écoutait pas, et fonçait sur chaque ennemi avec plus de ferveur que le précédent. Elle finit par se retrouver nez à nez avec un groupe d'ennemis fort familier, qui semblait utiliser des prisonnières pour se protéger. Bien qu'elle ne les reconnut pas à cause de l'effacement de ses souvenirs, elle se tenait en face de l'homme qui lui avait brûlé le dos, de celui qui l'avait hypnotisée tant de fois, et, pire encore, de celui qui l'avait violée, qui se trouvait au milieu du groupe. Si elle ne parvenait pas encore à se rappeler de la raison de sa fureur à leur égard, une pulsion au fond d'elle lui intimait de les tuer. Il n'y aurait pas de justice pour eux. Particulièrement celui du milieu.
Alors qu'ils s'apprêtaient à attaquer les prisonnières, Katara leva les deux mains, les bloquant tous instantanément. La même satisfaction qui avait autrefois étreint son cœur, alors qu'elle croyait détenir Yon Rha à la merci de la maîtrise du sang, l'envahit de nouveau. Voir cette terreur, cette expression de réalisation sur leurs visages, alors qu'ils étaient bloqués et soumis à son bon vouloir, la satisfaisait intensément. C'était mal, elle le savait, mais c'était irrésistible. Elle aurait tout le temps pour regretter plus tard.
Alors qu'elle formait de nouveaux pieux de glace dans ses mains, elle se sentit projetée à terre. Cependant, ses ennemis n'eurent pas le temps de réagir, des lames de métal les maintenaient désormais solidement attachés. Aucun ne maîtrisait le métal aussi bien que Toph.
« Katara, arrête ! On a besoin d'eux ! », s'écria-t-elle.
Katara qui se redressait doucement répliqua. « Ils méritent de mourir ! » Sa voix était égosillée et chargée de colère et de tristesse.
Toph se plaça en position pour contrer une éventuelle attaque de Katara. Elle ne savait guère à quoi s'attendre étant donné l'état psychologique de Katara.
« Katara ? », entendirent-elles appeler.
Sokka était revenu, son boomerang dans une main, et son épée dans l'autre. Il avait vu sa soeur arriver sur une énorme vague, et pensait que Zuko avait échoué. Aussi était-il revenu pour finir la mission. Katara reconnut son frère, et se contenta seulement de se redresser. Il ne pouvait pas la voir ainsi. Mais alors qu'elle se croyait en sécurité, une voix s'éleva dans les airs.
« Katara, tu dois te rappeler du Lotus rouge qui t'a volée », dit l'un de leurs prisonniers avec un sourire crispé, bloqué partiellement dans ses mouvements faciaux.
La phrase raisonna dans l'esprit de Katara, qui s'arrêta net. Tu dois te rappeler du Lotus rouge qui t'a volée.
Sokka réagit immédiatement, sentant ce qui allait se passer. « Toph, bâillonne-les ! » C'est ce qu'elle fit, mais il était trop tard.
Katara commença à gémir, criant de plus en plus fort. De violentes douleurs à la tête s'emparèrent de son esprit mutilé par l'hypnose. Elle s'effondra en hurlant au sol, ses deux mains plaquées contre sa tête. Des milliers d'aiguilles semblaient lui piquer la tête d'un liquide si brûlant qu'il la faisait fondre de l'intérieur. Son corps tressautait sous le coup de la douleur. C'était pire que tout ce qu'elle avait vécu jusqu'alors.
Ses hurlements emplirent la pièce, et terrifièrent Toph et Sokka qui essayèrent de s'approcher doucement. Katara se contorsionnait dans tous les sens, comme pour tenter de séparer sa tête si douloureuse de son corps qui ne comprenait pas ce qui arrivait. Chaque fois qu'elle tentait de se reprendre, de cesser ses hurlements pour réfléchir de manière rationnelle, et tenter de se guérir elle-même, une nouvelle vague de douleur, plus terrible que la précédente, venait l'en empêcher.
Toph et Sokka se regardaient, incapables d'agir. Que pouvaient-ils bien faire ? Ils n'avaient pas la maîtrise de l'eau pour les aider à guérir Katara. Celle-ci finit irrémédiablement par s'évanouir sous l'effet de la douleur. Alors que Sokka la prenait dans ses bras pour la transporter en dehors de cet horrible endroit, des renforts arrivèrent. Toph, Sokka et Katara furent rapidement encerclés. Néanmoins, ils avaient réussi à se positionner à l'endroit où se trouvaient les adversaires que Toph avait fait prisonnier.
« C'est l'heure d'avoir une idée de génie, Sokka », fit Toph qui avait ses mains levées, prête à réagir à la moindre attaque.
Sokka avait le regard très mobile, à la recherche d'une ouverture, mais il était à court d'idées. Il avait mémorisé le plan de la forteresse, mais la salle était si vaste que tenter de s'échapper relevait du suicide. Toph finit par prendre la relève et s'approcha d'un de leurs prisonniers.
« Laissez-nous passer, sinon je les broie un à un », fit-elle d'une voix menaçante, priant pour que ces raclures soient importantes pour eux.
Une onde d'hésitation sembla se propager dans la pièce à mesure que leurs assaillants se regardaient. Alors ils tenaient des personnes importantes de l'organisation manifestement. Toph les emprisonna dans la terre, qu'elle resserra sur leurs corps. Elle savait exactement à quel moment les os seraient atteints par la pression écrasante qu'elle exerçait. Ses prisonniers commencèrent à gémir.
« Alors ? », insista-t-elle.
Ses assaillants finirent par attaquer mais une onde de feu soudaine vint les stopper dans leur élan. Un rugissement se fit entendre. Druk. Et sur son long cou, Zuko. Il était suivi d'Aang qui volait avec son bâton. Grâce à leur maîtrise combinée du feu, ainsi qu'à l'effet de surprise dont ils avaient bénéficié, ils dégagèrent bien rapidement le terrain et Zuko arriva à proximité du petit groupe encerclé.
Il entendit Sokka crier. « Il faut évacuer ma soeur ! Toph, occupe-toi de ces rats, on va les emmener avec nous », ordonna-t-il en pointant du doigt leurs prisonniers qui tentaient de se défaire du métal utilisé par Toph pour les ligoter. Rassemblant lesdits prisonniers dans une énorme boule de terre, Toph utilisa sa maîtrise pour porter ce roc jusqu'à la surface, en passant par le plafond du deuxième niveau.
Se tournant vers Zuko, Sokka compléta. « Occupe-toi de ma soeur ! »
Zuko ne se fit pas prier deux fois et prit aussi délicatement que l'urgence le permettait Katara dans ses bras. Elle était anormalement légère, si bien qu'il sentit à peine son poids sur les nombreuses entailles qui constellaient son corps. Druk se rapprocha alors de lui pour le récupérer. Alors que Zuko hissait Katara sur Druk, un souffle balaya la pièce entière. Aang était de nouveau passé en état d'avatar. Zuko se plaça derrière Katara qu'il positionna devant lui, utilisant la ceinture de sa tunique pour la maintenir solidement contre lui.
« Sokka, ma soeur est dehors avec le dirigeable ! On se retrouve au point de rendez-vous ! », lança Zuko. Sokka hocha la tête.
Druk décolla précipitamment, crachant des flammes puissantes malgré la lune toujours haute dans le ciel. Ne pouvant pas prendre le risque de blesser Katara, Zuko se contentait de parer les coups qui lui étaient portés. Pourtant, à cet instant, rien ne lui aurait fait plus plaisir que faire payer ces criminels se ses propres mains. Ils quittèrent la forteresse à tire d'ailes.
J'espère que ce chapitre vous a plu. Il a été assez difficile à écrire, mais j'en suis plutôt satisfaite. J'attends vos retours avec la plus grande impatience et j'espère vous retrouver pour le prochain chapitre.
