Prologue


« Au commencement, un premier souffle, une première flamme. Ce jour où apparut le Grand Dragon. Cette légendaire créature qui régit, de son seul feu, la vie telle que Magix la connaît en notre actuel temps et telle qu'elle la connaîtra en un futur lointain. »

Non. Ce n'était pas notre chère Madame Faragonda, expliquant, à la jeune héritière de Domino et de son pouvoir, la naissance de la Dimension magique. Ce n'était pas sa douce voix emplie de sagesse, mais le timbre rauque d'un vieil homme réputé du royaume, concentré sur son écriture. Ce vieux mage revêtu de sa longue et épaisse cape pourpre et de sa large capuche noire. Nous étions en l'an mille deux cent trente-cinq, en octobre, le deuxième jour du mois. Cet individu était décrit comme étrange, à travers son comportement et les paroles qu'il venait de prononcer – l'histoire du commencement. Il les écrivait dans ce qui s'apparentait à un ancien grimoire, à la couverture teinté d'un marron terne, à la reliure ornée de bronze et aux pages jaunies par le temps. Les derniers paragraphes qu'il rédigeait-là révélaient la naissance de la légende et de sa face cachée. Lui seul avait prédit cette dernière et personne ne l'avait écouté. De mauvais présages. Telle en était la raison. Ses dires étaient jugés dérisoires et mensonges. Le Grand Dragon ne pouvait être porteur de malheur, les habitants de Domino ne pouvaient se résoudre à croire cet individu qu'ils jugeaient devenu fou. C'était une profanation. Pourtant, ce jour-là, au dernier mot écrit dans son grimoire, le décompte fut annoncé.

Le temps s'écoula, les générations se succédèrent et sa divination se perdit dans les méandres des mémoires, ainsi oubliée de tous.

xxx

Curieux était le paysage. Un paradoxe se ressentait. Les couleurs étaient radieuses et harmonieuses, l'atmosphère calme et apaisé. Mais aussi merveilleux cet endroit fût-il, une sensation de froideur et de mort brisait cette image de paradis doux. Quel était donc ce lieu si mystérieux, étrange ? Pourquoi une telle inquiétude à son attention en dépit de sa beauté même ?

Seule au milieu de ce vaste et semblant désert où l'école en vue semblait fantôme et les arbres, rassemblés, paraissaient former une épaisse et haute forêt, une jeune fille – dont la longue chevelure rappelait assurément un feu ardent – contemplait les horizons à la recherche désespérée d'une étincelle de vie. C'était non sans émotions qu'elle criait. Elle hurlait des noms ceux de ses amis, de ses anciens professeurs, entre autres. Pas de réponses. Aucune présence ni féerique, ni animale, ni végétale. Aucune vie ne se ressentait. Les grands yeux de la rouquine, ébahis et affolés – toute comme elle l'était – se mouvementaient, à droite à gauche, avant de s'emplir de larmes. De petites perles qui glissaient abondamment encore et encore le long de ses joues pâles. Elle avait compris. Elle savait ce qu'il s'était passé. Elle venait de réaliser. Elle savait qu'elle seule était responsable. En dépit de toutes prévenances, elle avait choisi de garder en elle son héritage. Elle avait pensé pouvoir empêcher qu'ils causassent la destruction de Magix et de ses habitants, qu'ils consumassent la moindre particule, la moindre essence de lumière. Hélas, elle n'avait rien pu empêcher. Elle était la dernière flamme animée en ces lieux qui n'étaient pas la Dimension magique telle qu'elle l'avait connue, puisque tout avait disparu, que rien n'existait plus, mais qui allaient être son Enfer à jamais.

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Horrifiée. Elle était horrifiée. Elle venait de se réveiller en sueur et brûlante. Elle avait tant chaud. Elle sentait la chaleur d'un four en son intérieur profond. Elle se sentait frissonner de peur. Affolée, elle dirigeait son regard en tous sens. Elle vit, dès lors, sa mère la reine Marion, qu'elle entendait enfin. Cette dernière lui demanda une énième fois si tout allait bien. Bloom, essoufflée et toujours paniquée, ne laissa échapper que deux mots.

« Mes pouvoirs… »