Yo ! Il faut croire que je n'écris sur ce recueil que pour les Nuits du FoF … Cette fois sur le thème Hôpital. C'est beaucoup moins fluff que les deux précédents.

Bonne lecture !

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5 Sens, OS 3 : La vue

Blanc

Fermer les yeux, quelques secondes après les avoir ouverts. Il ne m'a pas fallu tant de temps. Pas de cet instant merveilleux où tout est oublié, non, à peine éveillée ma mémoire m'agresse. Tout est si blanc. Je ne veux pas. Je ne veux pas voir ça, je refuse, ça n'est pas une possibilité.

Je ne vois plus, mais je sens. Je sens comme je sens l'air froid contre mes bras quand je patine, comme je sens la sensation glissante de la glace sous mes pieds, l'odeur de la poussière dans la climatisation, et ça sent le blanc, là, maintenant, c'est blanc dans le noir de mes yeux fermés.

J'ai toujours aimé le blanc.

Blanc, c'est comme la glace, d'abord, et la glace, c'est là que je vis le plus fort, c'est là que j'ai rencontré Mila.

Blanc, justement, c'est comme la peau de Mila, doux comme de la crème à un point tel que sa force surprend à chaque fois.

Blanc, aussi, c'est la couleur qui me va le mieux, parce que ça jure avec ma peau et Mila dit que si elle pouvait, elle m'épouserait rien que pour me voir encore en robe blanche.

Et maintenant …

Et maintenant, je sens combien ça peut être insupportable. Une main se glisse dans la mienne et serre fort. Je rouvre les yeux. Mila pleure. De joie que je ne sois pas morte ? Que j'ai toute ma tête ? Ou de tristesse, parce que je vois bien le blanc sur mes jambes. Le blanc du drap, posé sur le blanc du plâtre et le blanc des bandages qui, pour sûr, couvrent le blanc fictif des cicatrices à venir.

Blanc, c'est comme les murs de l'hôpital où je resterai coincée un bon bout de temps.

Blanc, c'est comme la blouse de cet homme qui m'annonce que je ne pourrai pas marcher avant de nombreux mois – alors patiner ?

Blanc, c'est comme mon corps momifié, putréfié et inutile.

Ça a commencé par le blanc, ça finira par le blanc. Mila me prend dans ses bras, m'étreint avec tant de compassion, de passion et d'amour que c'en est douloureux. Ça ne durera pas. Elle ne supportera pas ce que je vais devenir, que je quitte le devant de la scène. Elle ne le sait pas, mais c'est évident pour moi. Je ne le lui dis pas, je la laisse croire un peu que ça va marcher, que tout va s'arranger, dans l'espoir d'y croire aussi quelques instants.

Blanc, c'est la page de mon cœur sur laquelle elle a écrit tous ses mots d'amour sincère.

Blanc, c'est cette nouvelle page que je vais commencer après avoir tourné la première.

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… Voilà …

Review ?