Yo ! Ceci est un drabble écrit pour la Nuit du FoF sur le thème Câlin donné par LP. Et, aussi, c'est la suite de l'OS précédent. Parce qu'il finissait de manière triste et du coup, j'ai eu envie de voir si ça pouvait s'arranger, quand même, même si quand je l'ai écrit pour moi la fin était beaucoup plus sombre. Enfin, bref.
Bonne lecture !
5 Sens, OS 4 : L'odorat
Kiss & Cry (& Hug)
C'est bizarre d'être ici pour quelqu'un d'autre que pour moi. Assise sur le blanc des résultats, je tiens fort la main de Mila. Je ne sais pas vraiment qui soutient l'autre, dans l'instant. Il y a son angoisse, les résultats qui s'afficheront d'ici quelques secondes, ou minutes, les sourires à la caméra, l'attente. Il y a son angoisse – et il y a la mienne. Le brouhaha familier et lointain de la foule. Ma jambe, encore faible. L'odeur de la patinoire. Sur laquelle je ne danse pas. Je ne me sens qu'à moitié à ma place, et je sais que dès demain, des articles de journaux paraîtront sur ma présence ici. Des questions seront posées, des suppositions seront faites. Assise sur ce kiss & cry, je sens bon le parfum, et le savon et le shampoing. Je me demande si Mila saura le supporter. Elle bouge un peu pour mieux entrelacer nos doigts et mon cœur s'accélère.
Les résultats tombent. Elle avance la tête pour lire. Exulte. Elle attire ma main vers elle pour l'embrasser, et je me sens entraînée dans un câlin que je n'avais même pas vu venir. Elle s'accroche à moi comme à une bouée, comme pour retenir ses larmes, mais rien n'arrive à empêcher le liquide salé de couler. Ou peut-être que c'est moi qui la fait pleurer ? J'inspire un grand coup. C'est la première compétition à laquelle j'assiste depuis mon accident, et j'imagine que rien n'a jamais été aussi concret pour elle qu'à cet instant précis. Tant que je n'étais pas là, ça n'était pas vraiment réel. Comme si je dansais autre part, sur une autre glace. Mais là, l'évidence nous secouait toutes les deux. Dans le méli-mélo de nos bras qui se serrent plus fort, on sent se mélanger deux parfums différents. On n'appartient plus au même monde. Sa peau sent la sueur. La glace. L'effort. La mienne sent le propre. Et la cigarette. Il y a une odeur de patineuse. Et une odeur de spectatrice. Je pleure à mon tour, m'accroche plus fort. Est-ce qu'on va y arriver ? Maintenant que tout a changé pour de bon, mon empreinte corporelle et pas la sienne, est-ce que ça va tenir ? Ce câlin nous confond, nous resserre, nous rapproche autant qu'il nous signifie combien on est loin l'une de l'autre. Je respire fort. Elle aussi.
Et c'est perturbant, vraiment, sa sueur et pas la mienne, la glace dans ses cheveux et pas dans les miens, mais ça fait un joli ensemble, un bel entrelacs de senteurs et comme elle ne me lâche pas, je me prends à espérer. Espérer que ce parfum, c'est celui de l'avenir.
