Bonjour à tous ! J'ai rien de spécial à dire, donc... ben, bonne lecture !

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La Vallée Cachée –

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C'est ainsi que les Istari vinrent en Terre du Milieu.

C'est ainsi que cinq vieillards vêtus de capes, montés sur des chevaux richement harnachés, s'élancèrent dans un galop effréné à travers les plaines et les landes, les montagnes et les rivières. Ils ne s'arrêtèrent pas, malgré la fatigue qui envahissait peu à peu leurs membres gourds de mortels. Ils passèrent devant plusieurs villages, virent s'élever les murailles de plusieurs villes, mais aucun détours ne fut permis.

Durant leur chevauchée, Mithrandir observa ses compagnons, encore surpris de leur métamorphose, et peinant à les reconnaître sous leurs visages rongés par une avancée trop rapide de l'âge.

Curumo avait l'apparence d'un vieillard vénérable et plein de santé et de force, entièrement vêtu de blanc ; blanche aussi était sa barbe, et blancs ses cheveux toujours nattés avec négligence sur son épaule. Mais sa posture était roide et digne sur sa selle, et il guidait son cheval d'une main de fer, et l'orgueil brûlant dans ses yeux était toujours ardent.

Derrière eux, les mages bleus étaient toujours enveloppés de leurs mystérieuses capes, et de leurs visages, on ne voyait plus apparaître que des bas de moustaches noires comme un ciel sans étoile. Olorin ne leur jeta qu'un bref regard avant de tourner la tête vers Aiwendil, qui galopait presque flanc contre flanc avec sa propre monture.

Il semblait n'avoir en vérité que peu changé, si on oubliait la barbe clairsemée qui couronnait son menton en un long bouc. Ses cheveux bruns, désormais striés de mèches grises, formaient des boucles inégales autour de son visage, toujours illuminé de cet éternel sourire qui ne s'adressait à personne. Enveloppé d'amples vêtements bruns et la tête coiffée d'une toque de fourrure, il ressemblait à une créature sauvage illuminée sortie du plus profond des forêts – celles auxquelles son âme aspirait si fort.

Sentant son regard posé sur lui, Aiwendil tourna la tête, et le lui rendit :

-Es-tu heureux, Olorin ?

-Je m'appelle maintenant Mithrandir, répondit distraitement celui-ci.

-Changer de nom t'empêche-t-il d'être heureux ?

-Bien sûr que non pourquoi cette question ?

-Alors pourquoi esquiver la mienne ?

Mithrandir garda un instant le silence.

-Peut-être que je n'ai pas envie de parler de ce que je peux ressentir.

-C'est pourtant une question simple que je te pose. Pourquoi rends-tu tout compliqué ?

-Je ne sais pas, Aiwendil. Je me pose moi-même beaucoup d'autres questions auxquels je ne peux apporter en réponse que de vagues brouillons sans queue ni tête ; et j'ai l'impression de me perdre moi-même dans l'immensité de ce que nous avons à faire.

-Une fois encore, tu compliques tout, mon ami. Notre mission est tout aussi simple que les ruisseaux qui chantent dans les forêts paisibles : nous devons apporter la lumière là où règnent les ombres.

-Mais si les ombres nous rattrapent ? Murmura Mithrandir avec angoisse. Et si elles nous tentaient, et nous saisissaient sous son joug avant que nous n'ayons pu répandre l'espoir ?

Le sourire d'Aiwendil pâlit soudainement, comme le ciel nocturne quand se lève l'aube.

-Cela n'arrivera pas, car toi et moi, nous nous battons pour quelque chose d'assez fort pour nous retenir dans la lumière. La voix de l'ombre ne nous atteindra pas.

Et le regard que Mithrandir porta sur son ami fut différent ; à la fois stupéfait et émerveillé.

-Quand donc es-tu devenu sage, Aiwendil ?

Celui-ci rit, d'un rire clair comme le ciel limpide et sans ombrage de Valinor.

-Je ne le suis pas ; je ne le serais jamais. Mais j'ai avec moi l'insouciance des enfants, et leurs réponses simples et logiques aux problèmes. Souviens-toi de cela, Mithrandir, mon ami : je ne suis qu'un enfant, aveugle et sans cervelle…

Mais Mithrandir ne voulut pas le croire, et il sourit doucement sous sa barbe en contemplant le visage éclairé de bonheur simple de son ami.

-Tu penses vraiment que l'ombre ne pourra pas nous atteindre ?

-Je le sais, chuchota Aiwendil. Sa voix est rêche et cruelle, et elle ne sait que crier des ordres. Ne l'entends-tu pas, ne perçois-tu pas son sombre écho dans chaque chose vivante ? Elle a fait du monde son domaine, et du crépuscule, elle l'a plongé dans la nuit. Mais nous deux, nous avons connu le soleil du jour ; nous avons vu la vraie lumière.

-Et ceux qui ont toujours connu les ténèbres, répliqua Mithrandir, ceux qui vivent depuis des siècles sous son emprise... Accepteraient-ils de la quitter ? Car on ne se défait pas si facilement de ce qui nous est familier, même s'il s'agit du péché et de la souffrance…

-Ceux que nous guideront vers le soleil n'en seront que brièvement éblouis, et puis la vue leur reviendra, et la raison avec elle ; j'en suis persuadé. Mais ceux qui s'enfoncent dans les ténèbres seront à jamais aveugles et sourds, perdus en tâtonnant sans qu'aucune main ne les guide…

-Alors comment expliques-tu que certains de nos Maiar se soient tournés vers Morgoth ?

Prononcer ce nom abominable sous le jour resplendissant, alors que tout était beau, vert et paisible autour d'eux, lui laissa sur la langue un goût amer, comme s'il venait de proférer une insulte.

-Mithrandir, Gris Pèlerin… Tu as refusé le noir, mais choisi ce qui n'est pas blanc. Mais peut-être n'est-ce pas le cas de tous il y a toujours un choix à faire, et à chacun de prendre sa décision.

Et son regard était fixé sur la nuque de Curumo, qui chevauchait devant eux.


Portés par leurs rapides chevaux, aux pieds vifs et sûrs, il ne leur fallut que quelques journées à atteindre les premières collines des Montagnes de Brume que Cirdan leur avait indiquées. Leur voyage s'était déroulé sans encombre, malgré leur ignorance de l'art de survivre dans la nature : sans les pouvoirs de feu de Curumo, jamais ils n'auraient réussi à allumer un foyer pour se réchauffer lorsque la nuit froide tombait sur le monde.

Leurs corps âgés, peu endurants, souffraient des conditions qu'on leur imposait, et l'envie fut forte de retrouver leurs apparences de jeunes hommes. Seul le souvenir des paroles de Cirdan les en retenait ; et bien que Curumo s'emporta plusieurs fois en s'écriant qu'ils n'avaient aucun d'ordre à recevoir d'un elfe, qu'ils portaient la bannière des Valar eux-mêmes et qu'ils se devaient de porter leurs couleurs et leur gloire avec fierté, Mithrandir rappela sagement qu'en terre mortelle, ils n'étaient pas aussi puissants qu'ils auraient voulu, et sûrement pas assez expérimentés pour pouvoir se fier à leurs seuls instincts.

Alors ils parvinrent aux Montagnes Brumeuses, et après d'infructueuses recherches, dont la lenteur exaspéra Curumo en réveillant sa colère facilement irritable, ils découvrirent la passe secrète entre les cols dont Cirdan leur avait confié l'emplacement. S'engageant les uns derrière les autres sur l'étroit sentier longeant un ravin, grimpant au flanc même de la falaise, ils prirent de plus en plus d'altitude, comme si le sentier tendait à les conduire vers le ciel.

Et puis soudain, après ce qui leur sembla des heures et des heures de lente ascension, ils parvinrent à un surplomb illuminé du soleil de l'après-midi. Et de ce promontoire, ils vinrent enfin Fondcombe, de la Vallée Cachée d'Imladris.

Le cœur de Mithrandir fut empli d'une vive émotion quand son regard la découvrit, et la paix envahit son esprit. Depuis qu'il avait quitté Valinor, un étrange sentiment d'incertitude le tiraillait en permanence, comme s'il marchait sur un fil au-dessus d'un gouffre, et qu'un seul faux mouvement, le moindre souffle de vent trop violent le ferait basculer. Mais à présent, cette tension dans son cœur s'en était allée, aussi éphémère que le souvenir d'un mauvais rêve se dissipant au réveil.

Fondcombe respirait la paix et la sécurité ; et ainsi baignée dans la chaude lumière dorée du soleil, environnée d'arbres aux teintes chaleureuses de l'automne et d'un tranquille ruisseau cascadant au bas de la montagne, la dernière Maison Simple semblait leur tendre les bras, et leur dire « Bienvenue ! Viens rechercher l'abri de mes murs, noble voyageur ; tu recevras bon accueil, et tu n'auras plus rien à craindre tant que je te protégerai. »

-N'est-ce pourtant pas notre rôle de défendre la lumière contre l'avancée de l'Ombre, plutôt que de nous réfugier dans les dernier havres de paix de la Terre ? Fit-il remarquer tout haut.

Aiwendil approuva d'un hochement de tête, et le regard qu'il posait sur Fondcombe était empli de tendresse.

-Ce n'est pas pour nous cacher que nous nous rendons en ce lieu, répliqua Curumo d'un ton sec accentué par la voix rêche que lui avait donné l'âge. Rappelez-vous des paroles de Cirdan.

Il ne se donna pas la peine de les citer lui-même, mais cela aurait été inutile, car leur souvenir était gravé dans la mémoire de chacun. Et Mithrandir fut heureux de constater que Curumo semblait enfin accorder un peu d'importance à un avis plus fiable que le leur…

-Mais une fois que le seigneur Elrond nous aura instruits de tout ce qu'il aura à nous dire, nous volerons de nos propres ailes, ajouta le Maiar d'Aulë. Car nous ne pourrons jouer notre rôle de défenseurs si nous nous en tenons à suivre des ordres extérieurs – et plus encore s'ils émanent de ceux que nous sommes venus défendre.

Il y avait un fond de vérité dans ses paroles cette fois, Mithrandir fut contraint de l'admettre.

Alors c'est sans argumenter davantage qu'ils firent avancer leurs montures jusqu'aux portes d'Imladris.


-Il n'est pas commun de voir des Hommes parvenir aux portes de Fondcombe, déclara doucement l'elfe qui s'était avancé au porche alors qu'ils s'engageaient au trot sur le pont.

Il y avait la même grâce sur son visage et dans son maintien que chez tous les elfes que Mithrandir avait côtoyé à Valinor. Mais, comme Cirdan, il sentit en lui quelque chose de différent ; quelque chose de plus sauvage, de plus dur, de plus sombre aussi, peut-être.

-Nous ne sommes pas des Hommes, répondit Curumo d'un ton hautain.

Mais avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit d'imprudent ou de déplacé, Mithrandir s'empressa de le couper :

-Nous avons été envoyés par Cirdan le Charpentier vers le seigneur Elrond de Fondcombe, exposa-t-il, regardant l'elfe dans les yeux, parlant avec amitié.

L'elfe sembla se détendre, mais une surprise perplexe demeurait dans son regard.

-Portez-vous une preuve que la parole de Cirdan vous guide ? Demanda-t-il.

Mithrandir songea un bref instant à dévoiler son anneau, mais Aiwendil l'en dispensa en s'exclamant avec une véhémence indignée :

-Nous ne sommes pas des ennemis. Mais si c'est ce qu'il vous faut, sachez que c'est lui qui nous a indiqué l'emplacement de la vallée cachée ; sans cela, assurément, nous n'en aurions pas seulement soupçonné l'existence, ou, l'aurions-nous fait, nous serions encore à errer entre les cols sans savoir quel chemin suivre. Même avec les conseils de Cirdan, nous eûmes d'ailleurs du mal à trouver enfin notre destination.

Sa franchise et l'ingénuité de ses yeux clairs, si jeunes, si lumineux sur son visage ridé, semblèrent avoir raison des dernières résistances de l'elfe. Inclinant brièvement la tête, celui-ci leur demanda d'attendre tandis qu'il allait prévenir son seigneur.

A peine eut-il disparu de l'autre côté du pont, Curumo foudroya ses deux compagnons d'un regard mauvais :

-Nous pouviez-vous donc pas me laisser expliquer moi-même la raison de notre venue ? Ne vous fiez pas à mon apparence et n'oubliez pas que je ne suis pas si vieux et indolent que ce maudit visage de vieillard peut le faire paraître.

-Nous ne l'oublions pas, répliqua Mithrandir avec un sourire dissimulé sous sa barbe. Mais vous n'êtes pas chef de notre Ordre, peut-être avez-vous besoin que l'on vous le rappelle...

-Est-ce une raison ?

-La véritable raison est que votre parler trop assuré et trop violent aurait incité cet elfe à la méfiance plus qu'autre chose, Curumo.

-Parce que vous considérez que vos mystères sur la raison de notre venue l'aura davantage mis en confiance que si je lui avais révélé que nous sommes envoyés des Valar ?

-Je connais mieux les elfes que vous, rappela Mithrandir avec une pointe d'irritation. Tandis que vous vous enfermiez dans vos caves enfumées pour marteler un morceau de métal, j'ai appris les manières et les mœurs de ce peuple, et j'ai grand respect pour eux.

-Grand bien vous fasse, cracha Curumo en ricanant. Alors que votre langue d'argent sache révéler notre mission au seigneur elfe ; je resterai en arrière, et je vous regarderai.

A ce moment, l'elfe qui les avait accueillis revint, et il était suivi de deux autres. L'un d'eux avait le front ceint d'une mince tiare d'argent, et ses cheveux étaient aussi noirs qu'un ciel nocturne. Ses yeux étaient gris et profonds, et ils semblaient animés d'un éclat intérieur, farouche, comme celle d'un loup humant l'air en reconnaissant l'odeur d'un chasseur. Son visage était beau et calme, et son maintien était noble. Un sourire vint aux lèvres de Mithrandir, mais il n'aurait su en expliquer la raison ; la vue du seigneur Elrond semblait remuer quelque chose dans les tréfonds de ses souvenirs, comme la chute d'une pierre dans une mare provoquant un trouble de la vase tapie au fond.

-Bienvenue dans la maison d'Imladris, leur dit le seigneur Elrond avec un sourire qui n'avait rien de factice. Les envoyés de Cirdan seront mes invités, et ma maison la leur tant qu'ils le souhaiteront.

Ses paroles étaient courtoises, mais l'éclat de son regard était tranchant. Alors Mithrandir descendit de selle, avec toute la prestance que pouvait lui permettre son vieux corps, et il s'inclina comme le faisaient les elfes, la main posée sur la poitrine à l'endroit du cœur.

-Permettez-moi de vous remercier au nom de mes compagnons de la grâce de votre accueil, seigneur Elrond ; mais moins l'hospitalité sommes-nous venus chercher qu'aide et conseils.

-Je vous fournirai l'un et l'autre dans la mesure du possible, assura le seigneur d'Imladris. Mais venez donc, envoyés de Cirdan, descendez de selle et entrez dans ma maison avec moi. Vous y trouverez l'asile et la paix qu'il faut pour rendre compte d'un bon récit.

Son regard se planta dans celui de Mithrandir, et celui-ci sourit une nouvelle fois malgré lui. Ce regard, ce visage, ils portaient en eux un éclat qui n'était pas tout à fait elfique, et qui lui était familier…

-Il faudra aussi bons soins et bon repos pour nos chevaux, car le voyage les a éprouvé, s'exclama Aiwendil, dont le cœur allait aux animaux avant tout autre.

-Ne craignez rien pour eux, répondit le second elfe, qui venait derrière son seigneur.

Son visage était jeune et clair, resplendissant de gaité, et ses cheveux tressés avec soin étaient aussi étincelants que Laurelin elle-même. Ses yeux étaient francs, et ils rencontrèrent ceux de Mithrandir sans animosité aucune. Mais celui-ci sentit en lui une grande puissance, aussi, et il sut que c'était un formidable guerrier qui se tenait devant lui, qui avait vu s'écouler les siècles, les âges et le sang, et qui avait connu de nombreux champs de bataille.

-Je m'occuperai moi-même de vos montures, assura-il en éclatant d'un rire chantant comme le cours d'un ruisseau. Mon nom est Glorfindel, et je vous donne ma parole qu'ils seront traités comme celles des rois ; mais à ma connaissance, jamais Fondcombe n'ai accueilli de roi digne de ce nom.

Et sur ces paroles énigmatiques, il s'approcha des chevaux des cinq mages, et, leur chuchotant de douces paroles d'elfique et caressant leur crinière avec amitié, les entraîna vers l'aile gauche de la Maison Simple. Aiwendil les regarda s'éloigner d'un œil circonspect, mais, rapidement rassuré, il suivit ses compagnons que le seigneur Elrond guidait sous les porches où s'enroulaient des couronnes de fleurs aux teintes éclatantes.


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Voilà voilà ! Nos Maiar sont dans la place, les choses sérieuses vont (enfin) pouvoir commencer ! J'espère que ça vous aura plu, tout ça tout ça...

Je ne promet rien quand à d'éventuelles publications futures... comme ça je ne mentirai pas !

Bises ! Prenez soin de vous et lisez des fanfics !