Il n'y avait rien de plus ennuyeux qu'une réunion de cabinets d'avocats. Nous étions confortablement installées autour d'une table plus grande que mon appartement et un homme aux cheveux grisonnant s'écoutait parler depuis plus d'une demi-heure. Je tendais de temps à autre une oreille distraite sur l'assemblée et j'étais vraiment étonnée d'être la seule à combattre le sommeil.

Mon bloc-notes à la main, je gribouillais un semblant de visage qui, il faut l'avouer ne ressemblait à rien, quand ma boss me lança un regard de réprimande.

« Notez ce qu'il vient de dire Mademoiselle Swan. » M'ordonna Regina.

Je cherchais vainement une place sur ma feuille et surtout à comprendre ce qu'expliquait cet homme et elle sentit mon malaise. Elle leva les yeux au ciel en soupirant puis pris elle-même un stylo et un calepin. Je faisais vraiment une mauvaise assistante…

« Mademoiselle Swan, j'apprécierais un peu plus de concentration. Cette réunion est importante.

- Oui Madame Mills. » Répondis-je comme une enfant grondée.

Au bout de deux heures et demies, nous sortions enfin de l'enfer. Je suivais Regina tout en baillant et faillis lui rentrer dedans quand elle s'arrêta net, interpellée par un homme aux cheveux grisonnant lui aussi.

« Maître Mills. Lui adressa-t-il en tendant la main

- M. Gold.

- Je suis ravi de vous voir ici, cela fait si longtemps. »

Je détaillais rapidement les expressions sur les deux visages, l'un souriait de manière provocante et l'autre se crispait à mesure que leur conversation avançait. Ce Gold semblait narguer ouvertement ma patronne et je n'aimais pas ça.

« M. Gold, je vous présente Mademoiselle Swan, mon assistante.

- Oh ? Qu'est-il arrivé à la précédente ? » Demandait-il en tendant la main vers moi.

Je me fis un plaisir d'écraser ses doigts sous les miens tout en affichant un sourire jovial, il grimaça légèrement mais je fus moi-même surprise par un violent choc électrique et lâchai sa main brusquement.

« Elle ne faisait pas l'affaire. Répondit simplement Regina en regardant sa montre. À propos, qu'êtes-vous venu faire à cette convention ?

- Disons que la législation environnementale me passionne …

- Vous avez laissé tomber votre carrière de criminel pour vous reconvertir dans celle d'avocat ? »

Je sentis l'homme particulièrement amusé mais aussi agacé par les remarques de son interlocutrice. Il jeta un œil sur moi puis concentra de nouveau toute son attention sur Regina.

« Maître, s'il vous plaît. Vous n'avez pas envie d'avoir encore affaire à mes avocats, si ?

- Les ai-je déjà rencontrés ? Demanda-t-elle en posant un index sur son menton comme pour réfléchir. Oh oui ! À cette fameuse audience où vous avez perdu le droit de raser toute une forêt pour y placer un grand centre commercial qui vous aurez rapporté pas loin de dix millions par an si je ne m'abuse. » Finit-elle en le défiant du regard.

Il se rapprocha d'elle pour n'être plus qu'à quelques centimètres, je sentis l'intégralité de mes muscles se contracter et ma patronne dut le sentir. Elle me fit signe de rester en arrière alors qu'elle soutenait son regard sans broncher.

« Vous auriez tort de jouer avec moi Maître Mills, vous pourriez bien le regretter. Je vous rappelle que nous avions un accord, vous n'avez absolument rien gagner. D'ailleurs, il est temps de passer en caisse… » Concluait-il.

Regina soutint un moment son regard puis me demanda brusquement de partir. Je ne compris pas tout de suite son ordre et elle s'énerva de plus belle.

« Mademoiselle Swan, je vous paie pour m'assister, hors là je n'ai pas besoin de vos services. Merci de m'attendre dehors. »

Je restais coi devant une demande aussi sèche mais ayant particulièrement besoin d'un boulot, je ne me risquais pas à la contrarier. De l'extérieur, j'épiais leur échange mais ne pouvant rien entendre, je me résignais à faire quelques pas pour me détendre. J'avais concentré toutes mes forces pour ne pas lui sauter à la gorge ou lui faire ravaler ce sourire narquois. J'autorisais enfin l'air à remplir de nouveau mes poumons quand je vis Regina se diriger dans ma direction. Elle jeta un rapide coup d'œil sur moi puis prit le chemin de notre hôtel. Une fois que le calme revenu et tout en marchant, j'analysais la précédente discussion. Il s'agissait donc de l'homme dont m'avait parlé Robin, celui qui l'avait poussé à sortir de ses bois pour défendre ses terres.

Je comprenais son envie de se battre contre ce genre de personnage débordant de noirceur. Je suivais Regina en la regardant de temps à autre, elle avait repris un comportement neutre.

« Allez-y Mademoiselle Swan, posez vos questions. Me dit-elle, devinant ma confusion.

- Sans vouloir m'immiscer dans votre vie …

- Dit celle qui planque devant ma maison pour m'espionner. Ironisait-elle en s'arrêtant devant une boutique pour en admirer la devanture.

- Je ne vous espionnais pas… Commençais-je à me défendre quand je compris, par son petit rictus, qu'elle ne faisait que me taquiner. Bref … ce Monsieur Gold … c'est …

- Un homme ayant peu de valeur, il pense qu'il peut s'offrir tout et tout le monde à coup de billets. Je ne le supporte pas.

- C'est lui que vous avez affronté pour sauver la forêt à laquelle tenait tant à votre ex-mari ? »

Là je me sentis mal, ma question était sortie spontanément, comme si nous étions de vieilles amies en vacances. Je ne savais pas pourquoi j'avais osé mais j'avais osé ! Elle se retourna sur ses talons de quinze centimètres pour me toiser.

« Qu'est-ce que vous savez de cette affaire ? »

Quelque chose me disait qu'il ne fallait pas que je me loupe sur ma réponse :

« Juste ce que j'en ai lu dans les journaux …

- Bien sûr … Me répondit-elle plus que sceptique. Oui c'est bien cet homme que Robin et moi avions attaqué en justice pour éviter qu'il ne lance ses chars d'assaut contre l'une des plus grosses forêts du coin. À mon grand étonnement, nous avons gagné.

- Étonnement ? Vous pensiez perdre ?

- Vous savez Mademoiselle Swan. Commença-t-elle en s'approchant un peu plus de moi. Quand un magnat de l'industrie et de la finance se met en tête un projet à plusieurs milliards de dollars, rien ne peut l'arrêter. Mais il faut bien essayer, alors s'engage un combat perdu d'avance où deux pauvres âmes s'efforcent de prouver qu'une telle ambition serait une insulte à notre planète et aux milliers d'animaux qui peuplent ces bois… Le problème est que cet investissement aurait rapporté beaucoup à la ville, alors un projet qui rapporte contre la tranquillité des belettes et des lapins ? Oui, Mademoiselle Swan nous pensions perdre. »

Elle reprit sa marche gracieuse et je la suivis.

« Mais alors qu'est-ce qui a fait pencher la balance en votre faveur ?

- Mon talent inné pour les plaidoiries ? Répondit-elle en me souriant.

- Je n'en doute pas mais vu l'ampleur, j'imagine que vous avez eu un petit coup de pouce, non ? »

Elle resta silencieuse un moment, je crus ne jamais en savoir plus jusqu'à ce que nous arrivions en bas de notre hôtel :

« Connaissez-vous le surnom de M. Gold ?

- Non. Dis-je innocemment.

- Tracassin. »

Je lui lançais un regard amusé, persuadée qu'elle se moquait encore de moi.

« Vous parlez du nain ridicule de Shrek ? »

Et voilà … Ce regard de « vous êtes vraiment blonde parfois » me transperçait encore … Je soupirais en lui ouvrant la porte.

« Je parle du mythe Mademoiselle Swan, celui de Rumpelstilzchen originaire de contes germaniques, l'être fourbe et sournois qui passe sa vie à établir des contrats et à arnaquer tout le monde. M'expliqua-t-elle en entrant dans l'hôtel pour continuer vers notre chambre.

- C'est ridicule comme surnom…

- Il ne l'a pas choisi. C'est à cause de tous les accords qu'il passe pour se sortir de certaines histoires ou simplement pour arranger une situation.

- Quel rapport avec votre affaire ? »

Nous étions arrivées à notre chambre. Elle soupira à son tour en me regardant et je compris que dans sa tête se battait l'envie de me dire la vérité et celle de garder le secret.

« Avez-vous faim Mademoiselle Swan ? Me demanda-t-elle soudainement.

- Une faim de loup. » Lui répondis-je en souriant.