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« Allons chez moi. Proposais-je subitement. J'ai ce qu'il faut pour faire une simple petite salade qui ne demande pas spécialement d'appétit.

- Je ne suis jamais allée chez toi.

- Ta maison est bien plus vaste et accueillante.

- Tu ne m'as jamais proposé, pourquoi maintenant ? Me demandait-elle sérieusement.

- Parce que maintenant je suis prête. » Souriais-je en démarrant le véhicule.


Il est vrai qu'à part Ruby, je n'invitais jamais personne dans mon appartement. J'étais quelqu'un de très territoriale et mon chez moi étant mon univers, seule une poignée de personnes étaient autorisées à y pénétrer.

Il ne nous restait que deux heures avant de devoir nous rendre au tribunal et je comptais profiter de ce temps pour chouchouter mon invitée. C'était sans compter sur celle qui, en revanche ne l'était pas mais avait pourtant élu domicile sur mon canapé.

Je refermais la porte derrière Régina que je faillis percuter quand celle-ci stoppa net sa progression. Jetant un œil par-dessus son épaule, je vis Ruby à moitié nue, un pot de crème glacée dans une main et ma bouteille de Rhum dans l'autre.

« Ruby, qu'est-ce que tu fais là ? Lui demandais-je en m'approchant rapidement afin de la couvrir avec ma veste.

- J'anesthésie et noie ma peine. Me répondit-elle en me montrant tour à tour le pot de glace et la bouteille.

- Je vais vous laisser. S'enquit Régina visiblement mal à l'aise.

- Non restez ! » S'exclama ma meilleure amie en se levant.

La couverture qui recouvrait ses jambes et ma veste qui enveloppait ses épaules tombèrent en même temps. Régina fut d'autant plus gênée que Ruby se précipita pour lui serrer la main, à présent vêtue d'un soutien-gorge et d'un tanga rouge. Je plaquais une main sur mon visage, maudissant le destin particulièrement éprouvant que m'avaient choisi les Dieux, la nature, l'univers… Enfin peu importe quelles forces me torturaient.

« Eh Emma… Ne me dis pas que c'est…

- Si, c'est elle. Va t'habiller maintenant s'il te plaît.

- Wow ! Mais elle est bien plus belle que ce que tu me disais !Articulait-elle passablement imbibée.

- Ruby, te connaissant je sais que tu as carrément posé tes valises et nous reviendrons sur le 'pourquoi' plus tard, donc va enfiler quelque chose.

- Vu ce que tu t'enfiles toi, j'ai rien de plus sexy désolée… » Blagua-t-elle en déshabillant Régina d'un regard brûlant.

J'étais tellement outrée par sa réponse et miséreuse que Régina ait pu l'entendre que j'attrapais mon ex-meilleure amie (cela va de soi) par le bras pour l'emmener vers la salle de bain.

« Maintenant tu arrêtes, je n'ai aucune envie que tu foutes la merde dans ma relation. C'est une femme bien et distinguée, prends une douche froide et habille-toi correctement. Chuchotais-je sèchement.

- Je suis désolée Emma, en ce moment je fous tout en l'air je ne sais pas pourquoi. Commença-t-elle en pleurant. Eddy m'a quitté pour une pouffiasse de danseuse, j'ai perdu mon boulot parce qu'il est soi-disant interdit de casser une bouteille sur la tête de son infidèle de copain et mon proprio m'a jetée dehors parce que je n'ai plus de quoi le payer. » Finit-elle en s'accrochant à mon bras.

- Ok… Écoute. Lui dis-je en relevant son menton pour capter son regard. Tu peux rester ici si tu veux mais je te demanderais un peu de respect et de tenue quand Régina est là. Tu peux faire ça pour moi ? »

Elle acquiesça silencieusement en retenant un sanglot.

« Et remaquille-toi, tu ressembles à un panda. » Plaisantais-je en la serrant contre moi.

J'entendis un léger rire étouffé dans ma chevelure et décidais de rejoindre ma brune. J'étais soulagée de voir qu'elle n'était pas partie. Elle s'attardait sur une photo posée sur l'étagère de l'entrée en souriant. À sa place j'aurai fui la situation, trouver une femme à moitié nue, alcoolisée et irrévérencieuse chez elle m'aurait rendu dingue. Pour une femme de son rang, elle paraissait assez tolérante.

« Je suis désolée pour ça Régina.

- Ce n'est rien. Les amies ne sont pas toujours parfaites mais elles ont le mérite d'être là.Me lança-t-elle sans me regarder.

- Le 'mérite' je n'en suis pas certaine, mais elles sont là oui… »

Je la vis sourire de plus belle alors que je me dirigeais vers le frigo, la laissant découvrir mon univers. Quand elle grimaça devant une autre photo je m'approchais en lui tendant un verre d'eau. C'était un cliché qui datait de mon adolescence ; l'hôpital encourageait les enfants à faire du sport ou simplement une activité artistique, ce qui était bien en soi, mais leur mentalité étriquée m'avait conduite à la danse… Je n'étais pas bonne du tout et encore moins à l'aise. C'est justement ce qui transpirait de la photo que Régina détenait à présent entre ses mains.

« J'ai du mal à t'imaginer en danseuse. Me taquinait-elle.

- Ne te moque pas, j'ai pas eu le choix. »

Elle me remercia en reposant la photo et en prenant le verre que je lui tendais. Elle s'assit au bar qui séparait la pièce principale de ma petite cuisine alors que je m'affairais à la préparation de ma fameuse salade.

« Tu as gardé ton tutu ?

- Ne me dis pas que tu fantasmes sur ce genre de chose où je serais obligée de…

- De me quitter ?

- D'en trouver un à ma taille et ce n'est pas si facile que ça vu mes hanches. »

Je réalisais la portée de sa dernière phrase : 'De me quitter…'. Nous n'avions encore jamais mis de mot sur notre relation et le terme employé révélait bien l'existence d'une relation établie. Alors qu'elle riait, je fis le tour du comptoir pour la serrer dans mes bras et l'embrasser. Son rire déclina sur mes lèvres et alors que j'approfondissais ce baiser elle fit pivoter son tabouret pour m'amener un peu plus contre elle. J'avais tellement envie de lui crier que je l'aimais… Nous n'en étions pas encore là et le chemin serait sûrement long et laborieux. Je me contentais donc de ma chance actuelle en dégrafant son chemisier le plus lentement possible. Je respectais toujours ses envies et je pouvais, de cette manière, lui demander implicitement l'autorisation de m'emparer d'elle.

Comme si nous l'avions oubliée, Ruby s'éclaircit la gorge pour poliment nous rappeler sa présence. Régina et moi sursautions et alors qu'elle refermait son chemisier je me dégageais de ses jambes.

« Désolée les filles, mais un peu de décence tout de même. Nous lança-t-elle en gardant la tête haute et en imitant mon irritation d'il y a peu.

- N'abuse pas Ruby. »L'alertais-je en souriant.


Régina ricana doucement et se replaça dignement sur son siège.

L'après-midi même nous arrivions au tribunal la boule au ventre. Regina redoutait le jugement final sur une affaire dont je ne connaissais rien et pour ma part, je voyais partout des hommes en noir aux cheveux grisonnants et à l'air menaçant. Je n'avais toujours pas vu Robin ni eu de flash concernant sa mort, j'en déduisais donc qu'il n'avait pas rempli sa mission (ni moi la mienne).

Sur les premières marches qui menaient à la grande porte du Tribunal, Regina marqua une pause, inspira et expira longuement puis m'emboîta le pas. Dans la salle d'audience, l'ambiance était froide et pesante. J'avais passé ma semaine à ranger, classer, retrouver, voir détruire certains dossiers en retard et ne savais rien de celui-ci. Je découvrais d'un côté les accusés ; deux adultes dans la trentaine, visiblement mécontents d'être là et de l'autre un jeune garçon et une femme d'une quarantaine d'années, nerveuse mais attentionnée.

Je m'installais où Régina me le conseilla et sortis rapidement de quoi noter même si elle connaissait ma capacité de concentration. Nous nous retrouvions donc du côté du garçon et je fouillais les dossiers posés devant eux afin d'en apprendre plus sur l'affaire.

Il s'agissait d'un jugement pour ou contre le retrait de l'enfant à ses parents soupçonnés de maltraitance. Âgé de 10 ans, Henry (je découvrais le prénom du jeune garçon avec étonnement, au vu de son caractère démodé) souffrait de traumatismes physiques et psychologiques et, selon son médecin, présentait des marques de coups, des rougeurs ainsi qu'une brûlure au niveau du poignet gauche. Un rapport des urgences indique que le petit Henry était fréquemment amené à l'hôpital pour ce genre de blessures par sa tante Elsa Cassidy.

Les rapports de police eux, font état de plusieurs plaintes et mains courantes qui n'avaient mené à rien jusqu'à aujourd'hui. Mademoiselle Cassidy demandait la garde exclusive de son neveu et ce, dès la fin de la procédure.

Je détaillais discrètement le jeune Henry qui semblait triste et calme. Il n'osait pas regarder ses parents qui s'évertuaient à lui faire des signes plus ou moins subtils afin de lui faire comprendre de se taire. Regina s'en aperçut et n'eut aucun mal à réprimer leur manège d'un simple regard.

Tout au long de la session je contemplais ma brune et sa fougue à défendre l'intérêt de l'enfant, j'étais persuadée que le jugement était gagné d'avance. Cependant, et malgré l'indéniable fait que les parents étaient bien trop nocifs pour garder Henry auprès d'eux, Elsa n'eut pas plus de chance. La gentille tante ne nous avait pas tout dit et l'avocat de la défense retrouva facilement, bien enfouies dans des dossiers, les preuves du passé tumultueux de la blonde. Regina lui jeta un coup d'œil rapide avant de contrer son adversaire. Je restais dubitative et déçue de l'issue de ce procès. Le juge statua la mise en foyer du jeune homme sans plus attendre et j'entrevis une peine immense chez mon avocate qui refermait ses dossiers pour les ranger consciencieusement dans sa serviette. Alors qu'Elsa se confondait en excuses, Regina posa une main sur l'épaule d'Henry dont les larmes coulaient à présent sur ses joues rougeâtres.

« Je suis désolée. » Lui confia-t-elle la gorge nouée.

Elle n'eut pas le temps de se retourner que le petit se leva pour l'enlacer avec force. Une fois la surprise passée, Regina lui rendit son accolade avant de sortir sans m'attendre.

Je ne savais pas à quoi je venais d'assister ces deux dernières heures mais je trouvais la situation bien étrange : ce que l'avocat de la partie adverse avait déniché n'aurait pas dû échapper aux yeux d'une experte comme Regina. Je me devais de la confronter pour éclaircir cette affaire.