Je dévalais les marches à sa suite.
« Regina ! Attends ! »
Sans même un regard, elle se dirigea vers sa voiture, en ouvrit la porte et soupira.
« Emma, la station de métro la plus proche est à deux minutes. Rentre chez toi et prends ton week-end. On se voit lundi au bureau. »
Sur ces paroles aussi froides qu'injustes, elle prit place au volant de son véhicule et en referma la portière avant de démarrer. Je restais sur le trottoir bouche bée. Je ne connaissais personne d'aussi lunatique. Avais-je dit ou fais quelque chose de mal pour qu'elle me snobe ainsi ? La décision du juge l'avait-elle retourné au point de me planter là ?
Je décidais de suivre son conseil et de rentrer chez moi. Les rues et le métro bondés avaient eu raison de mes dernières forces, je décidais à mon arrivée de prendre un bain. Je flanquais mes vêtements par terre au fur et à mesure que je me déshabillais, heureuse que Rubis ne soit plus nichée sur mon canapé. Je n'avais ni le temps ni l'envie de m'occuper des problèmes des autres pour le moment et rien que le fait de m'allonger dans la baignoire envahie de mousse me détendit un peu.
Mon temps de repos fut bref puisqu'au moment où je fermais les yeux, j'entendis clairement le chant d'une Ombre se rapprocher. Je me laissais alors couler complètement en espérant qu'elle ne fasse que passer. Au bout d'un court moment, je dus reprendre mon air et ne fus pas surprise de trouver Robin au milieu de ma salle de bain.
« Vous essayez de vous noyer ? Me demanda-t-il d'un ton ironique.
- Si seulement…
- Ne soyez pas bête Emma, vous avez encore tant à faire.
- Qu'est-ce que vous faites encore là ? J'ai sauvé votre ex-femme aujourd'hui.
- Il faut croire que votre mission n'est pas totalement accomplie. »
Je hochais lentement la tête, je savais que ce dossier n'était pas clos et qu'il ne serait pas aussi simple de sauver l'âme de Robin.
« Sans vouloir vous manquer de respect, j'ai l'impression de me taper tout le boulot, où étiez-vous aujourd'hui au moment fatidique ?
- J'ai essayé de venir vous prévenir du danger, je me doutais que Gold n'était pas là par hasard, mais je n'ai pas réussi. C'est la première fois que quelque chose m'empêche d'apparaître où bon me semble. » Me répond-il perplexe.
La mine sombre, il fixait le sol. Je me redressais tout en cachant ma nudité.
« C'était ça le chant à peine audible dans la voiture… C'est étrange. Mais pour en revenir à Gold, au moins maintenant, on est fixé sur la personne qui tentera de tuer Reg…
- …On est surtout fixé par la certitude de notre échec. Me coupa-t'il sèchement. Si c'est bien ce démon qui cherche à l'abattre, nous n'avons aucune chance de gagner.
- Il y a toujours un moyen, j'ai réussi aujourd'hui, je réussirai demain. »
Il leva les yeux sur moi, j'avoue être autant étonnée que lui par mon soudain regain d'espoir. Il s'appuya alors contre l'évier qui faisait face à la porte pour réfléchir à voix haute.
« Je ne comprends toujours pas.
- Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ? Lui demandais-je en me relaxant de nouveau.
- Gold n'est jamais intervenu dans la fin d'un protégé. Il n'en a pas le droit.
- Un jour, il va falloir que vous me sortiez les règles de votre jeu stupide parce que je suis légèrement perdue.
- Il ne peut pas être l'instigateur de la mort d'une personne, il n'en retirerait aucune énergie.
- Je trouve ça quand même gros que tous ces 'innocents' soient victime d'un meurtre ou d'accident suspect après avoir obtenu la protection d'une Ombre.
- Beaucoup de gens commettent des crimes. »
Je le vis en pleine réflexion une fois de plus. Il semblait perdu et découragé.
« Si son intérêt est de s'approprier l'énergie des âmes damnés, il a plus vite fait d'y mettre son grain de sel. Ça me parait logique… » Terminais-je en haussant les épaules.
Et effectivement, la logique était bien là mais Robin avait passé trop de temps à protéger son ex-femme et trouver le moyen de me convaincre de l'aider pour prêter une véritable attention à l'homme en noir. Je ne connaissais pas bien les rouages de leur système, mais je devinais que l'Ombre devant moi n'en savait pas autant qu'il le pensait.
Lui faisant signe de se retourner, je sortais de mon bain. Je n'arriverai pas à me détendre en sa présence et encore moins avec ce genre de discussion.
« Mais je suis tout de même contente d'être à ma place plutôt qu'à la vôtre. Lui confiais-je. Je serais folle de ne pas pouvoir intervenir physiquement pour aider la personne que j'aime.»
Je prenais tout juste conscience en cet instant que la personne en question était celle dont je tombais amoureuse petit à petit.
Il hocha la tête à son tour tout en jetant un œil à la lueur ornant son poignet. Silencieuse, Je refermais mon jean et rebouclais ma ceinture avant de poser une main sur son épaule. Je passais au travers de son corps avec frustration, il se retourna donc de lui-même.
« J'y arriverai. Le rassurais-je d'un sourire forcé.
- Je l'espère de tout cœur, Emma. »
Il resta avec moi encore un moment. Je me versais un verre de whisky pour me détendre, après tout ce n'était pas vraiment « boire » seule...
Je le rejoignais autour du bar et cherchais un mot, une phrase qui pourrait lui rendre sa combativité mais rien ne m'inspirait. Je me souvins alors de l'accident, la sensation puissante qui traversait mon corps et avait comme retenu la voiture qui nous fonçait dessus. Mes mains brillaient d'une lueur chaude et rassurante. Je sens son regard, les yeux de Regina étaient sur moi, et sur mes mains... Elle n'a pas pu passer à côté de ça...
« Quoi » ? Me demanda Robin
J'avais pensé à voix haute... Prise d'une soudaine panique, il me fallait son avis.
« Regina... Quand j'ai levé mes mains vers la voiture qui allait nous rentrer dedans, mes pouvoirs l'ont stoppé net. Commençais-je en les fixant. Elle a tout vu.
- Tu es sûr de ça ?
- A vrai dire non... Enfin si, à moins que mes pouvoirs ne soient visibles que par moi.
- J'en doute...
- Mais elle n'a rien dit. Ponctuais-je en relevant la tête. Elle aurait dû être surprise ou paniquée... Non ?
- Je suppose oui, mais où veux-tu en venir Emma ?
- Je ne sais pas... » Soufflais-je pour terminer en me relevant de mon tabouret.
Peut-être étais-je simplement trop fatiguée pour tirer tout ça au clair, l'alcool me tournait déjà la tête.
« Et puis cette manie de me laisser tomber... Je ne la comprends pas.
- Elle n'est pas si compliqué... Il lui faut juste du temps.
- Du temps pour quoi ? Combien de fois je vais devoir rentrer à pied parce qu'elle perd un procès ou parce qu'elle n'assume pas me b... »
Je ne finissais pas cette phrase. Je jetais un œil du côté de mon interlocuteur et je sus qu'il en connaissait les raisons. Rouge de honte je tentais de revenir sur le premier problème.
« Elle ne perd jamais ou presque d'après ce que j'ai pu voir. Une cliente lui cache des choses qui lui font perdre la face devant le juge et elle me laisse sur le bord du trottoir ? »
Compatissant, il se contentait de me sourire. Il connaissait les sautes d'humeur de son ex-femme et son aversion pour la défaite. J'ouvrais machinalement le dossier ramené du tribunal et que j'avais jeté sur le bar en rentrant. Une photo glissa jusqu'aux doigts de Robin qui tenta de la prendre en fronçant les sourcils. Je la tournais vers lui pour qu'il la contemple et je sentis son souffle se couper. Les Ombres ont-elles vraiment besoin de respirer après tout ?
« Qu'est-ce qu'il y a ? Lui demandais-je intriguée.
- C'était ce garçon que Regina était censée défendre ?
- Oui, a été retiré à ses parents pour maltraitance. Il voulait rester avec sa Tante. Il semble qu'ils aient une définition détraquée de l'amour parental... Ironisais-je en finissant mon verre.
- Comment s'appelle le père ? »
Je cherchais dans le dossier tout en articulant des prénoms proches de mon souvenir :
« Noël... Nick...
- Neal ?
- Oui, il me semble.
- Neal Cassidy ?
- Ah, c'est ça oui ! M'exclamais-je, un peu déçue de ne pas avoir trouvé la réponse moi-même. C'était un ami à vous ? Il a l'air d'être un sale type.
- Il n'est pas vraiment méchant, mais il est dérangé. Quand on sait ce qu'il a vécu, on peut comprend. Mais la coïncidence est trop grosse. »
Je le regardais se parler encore une fois à lui-même et mon agacement grandissant, je tapais du pied sur le sol.
« Robin, quelle coïncidence ? J'aimerais comprendre. »
L'air grave, il soutint alors mon regard :
« Neal Cassidy est le fils de Gold. »
Comme percutée par ses mots, je m'asseyais de nouveau lentement sur un tabouret. La discussion avec Regina sur l'accord qu'elle avait passé avec l'homme d'affaires pour, soi-disant, défendre son fils me revenait en mémoire. Ce serait alors ce fameux Neal… Mais elle n'aurait en rien accédé à la requête de Gold en retirant la garde d'Henry à son père. Il est même sûr qu'avec tant de preuves de maltraitance, les parents se retrouvent en prison.
Regina n'avait pas réussi à ce que la tante récupère le petit, mais elle avait assez argumenté pour que les Cassidy soient à tout jamais privés de leur enfant. Rien n'allait dans le sens de l'accord dont elle m'avait parlé. Gold devait être furieux et ma brune seule à cet instant…
Sans ajouter un mot, j'attrapais ma veste et sortais avec précipitation.
