Hello ici
Je fais un passage super éclair en buvant mon café avant de partir pour Paris. J'emmène mon fils visiter la galerie de Paléontologie, depuis le temps que je lui promets qu'on va aller voir des squelettes de dinosaures !
Du coup, je ne vais pas m'étendre et juste remercier Joanna et Lalaiths pour leurs reviews sur le dernier chapitre et Nalou pour son très bon travail de bêta. Et puis aussi tous ceux qui m'ont lu, bien entendu.
Bonne lecture
Roy ne revit aucune trace d'Edward dans les jours qui suivirent. Et ce qui devait arriver, arriva, leur équipe fut rappelée et envoyée sur une autre affaire. La surveillance de l'hôpital fut confiée à la police, sous le contrôle du FBI.
Son entrevue avec le jeune homme était restée un secret, même s'il ignorait encore pourquoi il avait gardé le silence. Il ne voulait pas trop regarder de plus près ses raisons, mais il se rejouait plusieurs fois par jour leur discussion, espérant y découvrir un indice quelconque. Il ne comprenait pas comment Elric avait réussi à lui échapper. Peut-être que Roy s'était laissé avoir par son apparence et son attitude désinvolte.
Malgré toutes ses interrogations, il y avait une chose qui était certaine : il était hors de question de laisser tomber cette enquête. Il n'avait pas porté plus d'attention que ça aux mises en garde d'Edward, certainement nées d'une envie d'en finir lui-même ou d'une quelconque vengeance personnelle, et n'avait aucune intention de suivre ses ordres. Roy ignorait quels griefs avaient menés le jeune homme à poursuivre leur meurtrier mais il n'allait pas laisser quoi que ce soit l'arrêter. D'autant plus que rien ne lui prouvait qu'Edward était innocent, à part une étrange intuition que leur petite discussion avait cimenté. Même si cette même discussion lui avait prouvé qu'il était mêlé à toute cette histoire.
Ils étaient en pleine enquête à West City lorsque la nouvelle tomba : une autre victime, dans une petite bourgade à deux cent kilomètres au Sud-Est de Central. Ils reçurent l'ordre de terminer leur enquête en cours et les premières constatations furent menés par une autre équipe de profilers.
Tout le monde rongea son frein, c'était leur affaire et ils auraient voulu pouvoir se rendre sur les lieux immédiatement. Ce fut cette envie et leur professionnalisme qui les lança corps et âmes dans leur enquête actuelle et ils réussirent à arrêter le criminel en un temps record. Aucun d'entre eux ne parla de ce qu'il se passait à West City tant que toutes les preuves, tous les dossiers ne furent convenablement enregistrés et étiquetés.
Ils attendirent d'être dans l'avion qui les ramenait à Central avant de faire un point sur leur enquête. Tous assis dans les sièges confortables du jet, ils refirent un tour de tout ce qu'ils avaient découvert jusqu'ici.
Maes fut celui, comme toujours, qui pointa la pièce manquante :
« Il faut absolument que l'on mette la main sur cet Edward Elric. »
Breda contra cette affirmation :
« On sait maintenant que ce n'est très certainement pas notre suspect. Les cachets des lettres le situent à des centaines de kilomètres de plusieurs meurtres."
« Il a pu payer quelqu'un pour poster ces lettres. »
Riza marquait un point. Mais Breda n'avait pas l'intention de lâcher le morceau :
« Il a été formellement reconnu par la postière de Dublith. »
"Sur un cliché de mauvaise qualité et de profil."
"Exact. Pourtant nous ne pouvons pas complètement ignorer ce témoignage. Vous en pensez quoi, Mustang ? »
Tous les yeux se tournèrent vers lui. Ils avaient, bien entendu, parlé à de nombreuses reprises de ce cas. C'était, après tout, leur enquête principale, mais depuis qu'il avait discuté avec Ed, Roy n'avait que peu donné son avis.
Il haussa les épaules :
« Je pense qu'il est mêlé à ces crimes, de près ou de loin, même si je doute de plus en plus qu'il en soit l'auteur. »
Sa remarque lui valut plusieurs hochements de tête, cette idée était largement répandue dans son équipe. Et Hughes avait raison, ils devaient absolument parler à Elric, sur leur terrain, sans qu'il puisse disparaître comme par magie. Il n'y avait qu'un moyen d'y parvenir.
Pendant que l'avion amorçait sa descente, il donna ses ordres :
"Il est trop tard pour faire quoi que ce soit maintenant, donc tout le monde profite de sa soirée et nous nous mettrons au boulot à la première heure demain. Breda, Havoc, Falman et Hawkeye, vous irez sur les lieux du dernier crime. La routine habituelle : légiste, victimologie, témoins. Fuery reste au siège pour nous coordonner et mener les recherches nécessaires. Maes et moi allons retourner voir Alphonse Elric. Si nous voulons atteindre son frère, il faut passer par lui."
Roy remarqua le coup d'œil discret que Riza et Hughes s'échangèrent. Lorsque cette dernière parla, seule l'idée que ses deux amis s'inquiétaient pour lui l'empêcha d'exploser :
"Je pourrais peut-être accompagner Maes et vous laisser vous occuper de l'équipe sur le terrain ? Vous êtes le meilleur pour gérer les tensions qui entourent cette affaire."
Elle avait raison et, en temps normal, il aurait suivi son conseil. Mais quelque chose le poussait à vouloir retrouver Edward lui-même. Il pensait beaucoup trop au jeune homme depuis leur petite discussion. Il avait des tonnes de questions, des questions que personne d'autre ne pouvait poser étant donné qu'il avait tut leur petite entrevue, et Alphonse avait peut-être une partie des réponses.
À moins d'avouer qu'il avait rencontré l'aîné des Elrics onze jours auparavant, il n'avait aucun argument à opposer à la proposition de Riza, il ne chercha donc pas à en donner. Ça avait quelques avantages d'être leur supérieur, même s'il ne les utilisait que rarement :
"Vous avez vos ordres. On refait un point téléphonique demain à dix-sept heures."
Roy ferma les yeux. Il ne voulait pas voir les expressions de ses deux meilleurs amis. Quoi qu'ils puissent s'imaginer, il pouvait gérer.
ooOoo
Roy passa chercher Maes à huit heure tapante le lendemain matin. L'atmosphère dans la voiture n'était pas à proprement parlé tendue, mais il était évident que Hughes voulait discuter de quelque chose en particulier et que Roy faisait tout son possible pour l'éviter.
Ce ne fut qu'arrivés dans l'immense avenue où se trouvait l'hôpital que Maes décida qu'il en avait assez :
"Tu ne pourras pas éviter cette discussion encore bien longtemps, Roy. Et j'aimerais ne pas avoir à gâcher une des mes rares soirées à la maison afin de t'emmener dans un bar pour te faire boire et te tirer les vers du nez."
"Tu adores me faire boire et me tirer les vers du nez."
"Lorsque l'on parle de tes conquêtes ou des dernières intrigues du bureau, oui. Pas quand quelque chose te ronge et que tu refuses même de le reconnaître."
"Il n'y a rien qui me ronge."
Le ton de Maes était sec lorsqu'il répondit :
"Ne me mens pas, Mustang. Ça risquerait de me mettre en colère."
Il allait devoir lâcher quelque chose, sinon ses deux amis feraient très exactement ce dont il venait d'être menacé : Riza le manœuvrerait sans qu'il s'en rende compte et il se retrouverait dans un bar avec Hughes. Et tout finirait par sortir : ses doutes sur son métier, sa fatigue, cette impression de vide qui menaçait de l'engloutir tout entier. Maes était un des meilleurs profilers qu'il connaisse, en plus d'être son ami, et il était capable de le lire aussi facilement qu'un livre ouvert.
"Tu sais à quel point cette affaire me tient à cœur. Ça ira mieux lorsque l'on aura arrêté ce criminel."
C'était techniquement vrai, une fois que Maria serait vengée, il pourrait clore un passage douloureux de sa vie. Même si ce n'était pas la seule chose qui tracassait Roy depuis des mois maintenant.
"Je vais faire comme si je te croyais et ne pas chercher à en savoir plus. Mais dès que cette affaire est terminée, toi et moi allons parler. Sérieusement. Je refuse que mon meilleur ami devienne quelqu'un qui pense que la fin justifie les moyens. Tu sais très exactement où ce genre de chose mènent. N'oublie pas que nous étions ensemble à Ishval."
Ils étaient entrés dans l'hôpital, Hughes derrière lui et Roy chassa vite de son esprit les images qu'avaient fait naître les derniers mots de son ami. Il ne voulait pas repenser à la guerre. À ce qu'ils avaient fait. Il était entré au bureau pour essayer de repayer un peu les horreurs qu'ils avaient menées au nom de leur pays.
Une fois arrivé au service des maladies rares, ils furent tout de suite abordés par une jolie infirmière rousse. Afin de prouver à Maes qu'il allait bien, Roy tenta lors de toute leur discussion de soutirer son numéro de téléphone à la jeune femme. Mais son esprit était déjà à l'intérieur de la chambre à quelques dizaines de mètres et, lorsque sa stratégie bien huilée porta ses fruits, il mit le bout de papier qu'il venait juste de recevoir dans sa poche et n'y prêta plus aucune attention.
Comme la première fois que Riza et Roy étaient venus, Alphonse Elric était assis dans son lit, plusieurs livres et dossiers étalés sur les draps autour de sa maigre silhouette. Il leva la tête lorsqu'ils entrèrent et un sourire amical apparut sur ses lèvres.
"Agent Mustang. Je me doutais que je vous reverrai."
Alphonse savait que Roy avait vu son frère. Ce dernier ignorait comment il avait eu cette information : est-ce que Edward avait réussi à lui rendre visite malgré la surveillance ? L'avait-il écrit dans une lettre ? Glissé au milieu d'un des énormes dossiers qu'il lui transmettait ?
Une seule chose était certaine, il l'avait appris et pendant quelques secondes, Roy craignit qu'il ne vende la mèche, qu'il ne dévoile son petit secret. Mais Alphonse n'ajouta rien de plus, se contentant de le fixer avec un regard bien trop intelligent pour appartenir à quelqu'un de son âge.
Pendant que Maes se présentait et expliquait les raisons de leur venue, Roy observa la pièce. Elle n'avait pas changé depuis sa dernière visite. Il y avait juste un peu plus de papier, au point que le sol dans le coin le plus éloigné de la porte commençait à en être jonché.
Il s'approcha de la fenêtre et jeta un coup à l'extérieur. La chambre était au troisième étage, sans balcon, mais il y avait des corniches autour de chaque fenêtre. Un conduit pour des câbles électriques courait sur le mur deux chambres plus loin à sa gauche et une gouttière se trouvait tout de suite à sa droite. Le sol en contrebas était formé d'une allée de béton entourée de deux espaces verts qui avaient vu de meilleurs jours. L'ascension était possible. Risquée, mais possible. Et de ce qu'avait vu Roy, Edward était un jeune homme athlétique.
Les patrouilles étaient censées surveiller cette fenêtre, mais il savait à quel point l'attention pouvait chuter aux heures les plus tardives, lorsque l'obscurité et le silence presque complet de la nuit endormissaient votre instinct et votre vigilance. Il n'était pas exclure que l'aîné des Elrics ait pu entrer sans que personne ne le remarque. Une seule chose était certaine, il n'était pas passé par le couloir, les vidéos l'auraient découvert.
Maes était en train de rentrer dans le vif du sujet et Roy se concentra sur la conversation qui avait lieu derrière lui.
" Je n'ai pas vu mon frère depuis votre dernière visite. Je suis vraiment désolé de ne rien avoir de nouveau à vous apprendre. "
" Il ne vous a pas contacté non plus ? "
Le jeune Elric semblait un peu inquiet.
" Non. Je n'ai aucune nouvelle. "
Ils étaient loin de la manière dont Alphonse leur avait menti la dernière fois. Ses réponses n'étaient plus aussi assurées et Roy décida de prendre la suite de la discussion en main.
" Je pense qu'il est temps de mettre les choses au clair : nous savons que vous nous avez menti. Vous voyez Edward régulièrement, en plus de recevoir ses lettres. "
Son affirmation lui valut le même genre d'expression que lorsque le jeune homme leur avait menti, à Riza et à lui. Mais cette technique ne fonctionnerait pas cette fois, Roy savait qu'Edward était venu, il l'avait vu.
Il reprit :
" Pas la peine de me regarder comme ça, votre petit jeu ne marchera pas cette fois. Je sais que vous l'avez vu. "
Il essaya de contenir la sécheresse dans sa voix mais vu la manière dont Maes se raidit de l'autre côté du lit, il n'avait pas réussi. Roy soupira et se passa une main sur le visage. Il allait devoir avouer son petit secret et se préparer à se prendre un savon de la part de Riza et Hughes.
" Je l'ai vu. Il y a douze jours. C'était sa dernière visite ? Ou est-il passé à nouveau depuis ? "
Alphonse paraissait étonné, mais ce n'était rien à côté de l'expression sidérée de Maes. Le jeune malade se redressa légèrement :
" Mon frère vous a parlé ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ? "
" Si je devais résumer notre entrevue : il m'a ordonné de laisser tomber l'enquête. Qu'il allait s'en occuper. "
Roy vit du coin de l'œil Maes se battre contre l'envie de lui hurler dessus. Il ne pouvait même pas lui en vouloir, il leur avait caché un point important de leur enquête. Mais Alphonse semblait presque heureux.
" C'est exactement le genre de chose que dirait mon frère. "
" Donc vous avouez l'avoir vu ? "
L'expression du jeune homme se fit contrite.
" Oui. Mais il n'est pas passé depuis. Là-dessus je ne vous ai pas menti. "
Maes avait assez reprit ses esprit pour enchaîner :
" Pourquoi nous avoir caché la vérité alors ? Et plus important : pourquoi ne plus le faire maintenant ? "
La bouche d'Alphonse format une moue qui indiquait son mécontentement.
" Vous vouliez l'arrêter. Je n'allais pas vous aider à le faire. "
" Et qu'est-ce qui a changé ? "
Le pli sur la bouche de leur témoin s'accentua. Il resta totalement silencieux pendant que Roy quittait sa position près de la fenêtre et s'approchait du lit :
" Pourquoi nous parler aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a changé ?"
Pour la première fois depuis que Roy l'avait rencontré, Alphonse ne semblait plus aussi certain de ce qu'il devait leur dire. La lueur d'assurance qui était constamment présente dans son regard avait complètement disparu et l'agent pourtant expérimenté se rendit seulement compte à cet instant d'à quel point il était jeune.
Ils avaient enfin un angle d'attaque, une faiblesse dans l'armure, et Roy avait toutes les intentions du monde d'en profiter. Il prit garde à choisir ses mots avec attention, il ne voulait pas empirer l'état de leur témoin. Il avait promis, autant à ses amis qu'à lui-même qu'il ne laisserait plus ses démons prendre le dessus.
" Monsieur Elric. Alphonse. Je suis désolé de vous inquiéter plus que de mesure. Mais vous devez connaître la vérité. Le criminel que nous recherchons est très dangereux. Il a réussi à échapper à toutes les polices du pays et ce n'est pas une petite performance vu les ressources mises à notre disposition pour lui mettre la main dessus. Je ne sais pas ce que votre frère sait, ou ce qu'il croit savoir, mais il n'a aucune chance de pouvoir l'arrêter seul. "
Alphonse le regardait en silence, avec ses grands yeux tristes qui avaient failli duper deux très bons profilers.
" Quelles que soient les capacités de votre frère, nous parlons d'un tueur en série. Vous ne voulez pas prendre le risque qu'il lui arrive quelque chose. "
" Vous ne pensez plus qu'il est un assassin ? "
Roy voyait l'armure du jeune homme se fendre. Il devait se montrer honnête s'il voulait obtenir quoi que ce soit d'utile.
" Je ne pense pas qu'il soit le responsable de ces crimes. Mais il sait quelque chose. Quelque chose d'important, qui nous permettrait d'arrêter le véritable meurtrier. "
Alphonse était à deux doigts de craquer mais il restait obstinément silencieux.
" Alphonse, s'il vous plaît. Je m'inquiète pour votre frère. Et je suis certain que vous vous inquiétez aussi. Je peux l'aider. Si vous acceptez de me répondre, je vous promets que je ferais tout mon possible pour mettre Edward hors de danger. "
" Ed. "
" Quoi ? "
" Appelez le Ed. Il déteste Edward. C'est le meilleur moyen de le mettre de mauvaise humeur. Et croyez moi, vous ne voulez pas mettre mon frère de mauvaise humeur. "
Le visage d'Alphonse était enfin honnête. Roy chercha durant quelques secondes des traces de manipulation, mais il n'en trouva aucune.
" Bien. Je vais garder cette information en tête. Je vais aller droit au but : qu'est-ce que vous pouvez me dire qui pourrait nous aider ? "
" Je ne sais pas trop. Je ne sais jamais où il est, il refuse de me donner les détails de ses déplacements ou de ses activités. Je ne fais que recevoir ces documents et, quand il vient, il ne fait que parler de ses recherches. Ou il me demande des nouvelles et écoute ce que j'ai à raconter. "
" Il vous a parlé des crimes sur lesquels nous enquêtons ? "
" Je lui ai demandé après votre première visite. Il a refusé de me répondre et je ne l'ai pas revu depuis. "
" Mais vous avez une petite idée. "
Ce n'était pas une question. Roy avait l'étrange certitude que Alphonse connaissait son frère par cœur et qu'il était capable de découvrir tout ce qu'il tentait de lui cacher d'un simple coup d'œil.
Le sourire du cadet Elric lui fit penser à un démon déguisé en ange.
" Bien entendu. Mon frère est un piètre menteur. "
Alphonse se tut quelques secondes et Roy eut la dérangeante impression qu'il était jugé. Le regard du jeune homme se posa ensuite sur Maes, puis il recommença à parler :
" Vous me promettez de l'aider ? Il ne vous laissera pas faire, il a l'habitude de ne compter que sur lui même, vous devrez insister et refuser d'abandonner. Il y a quelque chose de changé chez lui. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais il bouge différemment, il parle aussi différemment. "
" Depuis quand ? "
" Quelques mois. Il était à la recherche d'un homme qui avait soit disant découvert le remède universel et ne pouvait pas mourir. C'était très folklorique et en temps normal Ed n'aurait jamais prêté attention à ces rumeurs, mais il devenait frénétique. "
Hughes demanda, la voix aussi douce que lorsqu'il s'adressait à Elicia.
" Votre maladie ?"
"Oui. J'ai accepté il y a déjà fort longtemps que mon temps était compté et que ma pathologie m'emporterait probablement avant mes trente ans. C'était différent pour Ed. Il ne l'a jamais admis. Il a tout abandonné et a rencontré les meilleurs médecins du monde mais rien ne semblait fonctionner, pas dans des temps si court."
Roy sentit la tristesse l'envahir. Alphonse était un jeune homme qui semblait plein de vie et d'intelligence. Le fait qu'il allait certainement s'éteindre bien avant son heure était injuste.
"Vous avez l'air d'avoir une relation très proche."
"C'est mon frère. Notre père nous a abandonné vous savez ? Et ma mère est morte quand nous étions petits. Nous n'avons que l'un l'autre et bientôt Ed sera tout seul. Je m'inquiète vraiment pour lui. Je crois qu'il a fait une bêtise. Plus grosse que d'habitude, je veux dire."
"Et vous pensez que ça aurait un lien avec ce supposé immortel ?"
"Je le crois, oui. Ed ne faisait que parler de lui, de ses pistes afin de le trouver, de ce qu'il ferait lorsqu'il lui aurait mis la main dessus. Et puis un jour, je n'ai plus eu de nouvelles pendant une semaine. Et quand il est réapparu, il avait changé. Lorsque je lui ai demandé ce qu'il s'était passé, la seule réponse qu'il m'a donné était que c'était un cul de sac. Un nouveau."
"Vous avez un nom à nous fournir ?"
"Il se fait appeler 'Père', mais c'est tout ce que je sais avec certitude. Les pistes de mon frère étaient minces. Les rumeurs disaient qu'il fallait faire passer le mot qu'on le cherchait dans des boîtes de nuit ou des bars disséminés à travers le pays et que Père envoyait quelqu'un vous chercher s'il vous en jugeait digne."
"Il vous a dit l'avoir trouvé ? Avoir été contacté par ce Père ?"
"Non, mais il avait passé toutes les nuits précédant sa disparition à courir les bars et les boîtes de nuit."
"Et vous pensez qu'il l'a trouvé."
Alphonse acquiesça.
"Qu'est-ce qui vous fait croire que cet homme est responsable du changement chez votre frère ?"
"Le timing ?"
"Vous n'avez pas l'air très sûr de vous."
"Je n'ai pas d'argument ou de preuve à vous donner, agent Hughes. Mais je connais mon frère, mieux que moi-même. Et il a trouvé ce Père. Et ce qu'il a appris en sa présence, ou ce que cet homme lui a fait, l'a changé."
La question qui suivit devait être posée, même si Roy se détesta un peu de le faire :
"À quel point ?"
"Vous voulez dire : est-ce qu'il a changé jusqu'à se mettre à tuer des gens ?"
Le silence de Hughes et Roy était assez explicite pour que Al se remette à parler :
"Ce n'est pas mon frère. Il a changé, c'est vrai. Il est moins expansif, se met moins en colère et il a cette façon de bouger un peu bizarre, plus lente, comme s'il se concentrait sur chacun de ses mouvements avant de se déplacer. Pour la première fois de sa vie, il me ment mais il ne prendrait jamais une vie."
Le jeune malade se tut et Roy posa une dernière question :
"Quel lien pensez vous qu'il y ait entre ce Père et nos meurtres ? Ça me semble un peu tiré par les cheveux."
"C'est quelque chose que Ed m'a dit lorsqu'il m'a rendu visite la dernière fois. Quand je lui ai appris que vous étiez venu. Il paraissait inquiet. Plus que d'habitude en tout cas. Il m'a dit : 'Ils n'ont aucune chance contre lui. Il va les massacrer.' Et il ne parle de ce il que lorsqu'il s'agit de Père."
Le visage du jeune malade restait ouvert mais il était clair que leur discussion l'avait épuisé. Il était avachi sur ses coussins et ses paupières se baissaient toutes seules de plus en plus souvent. Ils avaient enfin de quoi avancer un peu et Roy choisit de le laisser se reposer.
"Merci monsieur Elric, nous allons partir. Tâchez de dormir un peu. Nous continuerons nos recherches avec ces nouvelles informations. Merci de votre aide."
Alphonse tendit le bras brusquement et attrapa son poignet, l'empêchant de s'éloigner. Le mouvement le fit grimacer mais il tint bon :
"Agent Mustang, retrouvez mon frère. Aidez le."
Roy posa une main qui se voulait rassurante sur celle accrochée à son poignet.
"Nous allons faire de notre mieux. Je vous le promets."
"Je sais que ce n'est pas dans les protocoles, mais vous voudrez bien venir me donner des nouvelles ? Si vous avancez, je veux dire. Et si vous avez le temps ?"
L'espoir et la peur sur le visage du jeune malade ne lui laissèrent pas le choix et Roy acquiesça.
"Je vous préviendrai dès que nous le retrouverons."
Il se dégagea le bras et sortit une carte de la poche intérieure de sa veste. Il attrapa un stylo qui traînait sur le lit et griffonna son numéro personnel.
"Si quelque chose vous revient ou si Edward vous rend une petite visite, appelez moi. À n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. C'est ma ligne personnelle. Vous pouvez aussi m'appeler pour prendre des nouvelles, même si je n'ai pas le droit de vous dire quoi que ce soit qui risque de mettre en danger notre enquête."
Alphonse prit la carte et la déposa avec prudence au milieu d'un épais livre qui semblait avoir trouvé une place définitive à côté de son oreiller.
"Je le ferai. Merci. À bientôt Agent Mustang, Agent Maes."
Les deux hommes sortirent de la chambre sans un bruit. Ils se dirigèrent lentement vers leur voiture.
"Sacré jeune homme. Tu sais quel est le pronostic ?"
Roy se passa une main sur le visage.
"Malheureusement mauvais. D'après son médecin, son cas s'est empiré il y a quelques mois. Ce n'est plus qu'une question de temps."
"La vie est dégueulasse."
"Ne me dis pas que tu viens juste de le découvrir."
"Non, mais parfois elle te le balance en pleine tête à un moment où tu ne t'y attends pas."
Ils firent le reste du trajet dans un silence qui devenait de plus en plus pesant jusqu'à ce que Roy craque, à une intersection à moins d'un kilomètre de leur bureau.
"Vas-y ! Lâche le morceau, mets-toi en colère et hurle moi dessus ! Qu'on en parle plus."
"Je ne vais pas t'engueuler, Roy. Même si tu le mériterais, ne serait-ce que pour le fait que tu aies caché avoir rencontré un suspect. Maintenant, rien de ce que vous vous êtes dit ne sera recevable devant un tribunal."
"Il n'y avait rien d'utilisable de toute façon."
"Et en quoi ça rend ce que tu as fait acceptable ? Il y a des règles et des procédures, Roy. Tu le sais mieux que quiconque ! C'est ton rôle en tant que chef d'unité de les faire respecter."
"Je sais. Tu crois que j'ignore que j'ai merdé ? Voilà je l'avoue, tu es content ?"
"Non, je suis juste inquiet. À quoi tu joues ?"
Roy n'avait pas la réponse à cette question. et c'était le plus alarmant de tout.
"Je ne sais pas Hughes. C'était bizarre comme entrevue. Il y a des choses que je n'arrive pas à comprendre et j'ai préféré la garder pour moi le temps d'y parvenir."
"Quel genre de trucs bizarres ?"
Roy lui relatât la visite d'Edward dans les moindre détails, son comportement désinvolte, son manque visible de crainte, la facilité avec laquelle il l'avait désarmé. Deux fois. La façon dont il était sorti de la voiture et avait disparu dans la nuit.
Quand il eut terminé, Maes le fixait du regard, les lèvres serrées.
"Aucune chance que tu ai bu ou que tu te sois endormi ?"
"Pour qui me prends-tu ? Bien entendu que non, jamais en service."
"Je demandais juste pour être sûr. Parce que ça expliquerait de manière concevable ce que tu me racontes. Bien plus qu'un jeune homme capable de se téléporter ou bouger si vite que tu n'arrives pas à le voir."
"Ouais. C'est ce que je me dis depuis cette nuit là. Bienvenue au club."
