Hello ici !
Comment allez vous ? Est-ce que vous vous préparez à un épisode de canicule vous aussi ? Heureusement pour nous, la maison est vieille et garde bien le frais. On devrait survivre.
Un grand merci à Lalaiths pour sa review sur le dernier chapitre, mais également à Kaelyan qui nous a rejoint il y a peu. Et surtout, un grand merci à Nalou pour sa bêta en or (je t'aime, meuf !)
Je vous ai laissé attendre assez longtemps, il est temps de savoir ce qu'il est advenu de notre pauvre Roy Mustang.
Bonne lecture !
Roy n'entendait rien à part les battements erratiques de son propre cœur et les bruits de succion qui lui parvenaient à intervalle régulier de quelque part un peu en dessous de son oreille droite.
Il tenta de repousser la masse glaciale – un corps ? - qui le clouait au sol, mais il n'avait plus aucune force. Ses muscles protestaient à chaque tentative et ses doigts semblaient glisser sans réussir à s'accrocher à la moindre prise. Son champs de vision s'était restreint au plafond sur lequel il voyait danser des tâches noires. Il allait devoir appeler quelqu'un pour le repeindre, elles n'étaient pas censées être là.
Il se sentait étrangement détaché de son corps et, à part la violente douleur dans son cou, tout lui semblait entouré d'une épaisse couche de coton. Garder les yeux ouverts devenait de plus en plus difficile. Était-ce que l'on ressentait un peu avant de mourir ? Cette léthargie et l'impression que son cœur battait de plus en plus vite ? La douleur qui irradiait de son cou, comme si elle suivait chaque veine, chaque artère ? Est-ce qu'il était en train de mourir ?
Il tenta de se concentrer, mais toutes ses idées étaient floues et décousues. Des images, horribles, de sang et de massacres, passaient en boucle dans son esprit. Mais ce n'était pas ses souvenirs, jamais il n'aurait éprouvé un tel plaisir à tuer, à mutiler. D'où venaient-elles ? Et qu'est-ce qu'il était en train de faire avant d'être cloué au sol ? Il devait vraiment se relever, trouver son téléphone, appeler de l'aide peut-être.
Il tenta à nouveau de repousser la masse qui l'écrasait. Ça devait être un rocher. Un gros rocher ou une énorme boule de glace vu le froid qu'elle dégageait. Peut-être qu'il avait été pris dans une avalanche ? Sauf qu'il se souvenait être sorti avec une veste légère il y a peu.
Était-ce du verre qui se brisait qu'il venait d'entendre ? Et qu'est-ce qui pouvait bien produire ce grondement ? Le poids sur sa poitrine fut brusquement enlevé et Roy se tourna sur le côté, complètement groggy. Son cou lui faisait mal et il porta sa main sur la zone. Elle revint recouverte d'un liquide rouge. Du sang. Son sang.
Le grondement s'était transformé en grognement. Un son plus animal qu'humain et un unique mot émergea dans son esprit : Vampire. Il avait été attaqué par des vampires. Il tenta de se lever, de s'éloigner, mais dès qu'il fut assis, il fut pris de vertiges et se retrouva à nouveau gisant au sol. Il entendait des bruits de lutte autour de lui : des feulements et des cris étouffés, des meubles qui glissaient sur le parquet et de la vaisselle qui se brisait au sol.
Ses paupières étaient lourdes mais Roy savait que s'il fermait les yeux, il ne les rouvrirait probablement pas. Et la personne venue à son secours avait besoin d'aide.
Il entendit à nouveau grogner à moins d'un mètre sur sa gauche et il se tourna dans cette direction. Une silhouette était accroupie devant lui. Une silhouette avec un manteau rouge. Et une longue tresse de cheveux dorés. Elle lui tournait le dos, mais sa position, entre Roy et les deux monstres qui lui faisaient face, les yeux rouges et les canines découvertes, indiquait clairement qu'elle était venue le protéger.
"Traître. Après tout ce qu'on a fait pour toi. Tu oses aller contre la volonté de Père."
"J'en ai rien à foutre. Vous ne le toucherez pas. Et vous pouvez dire à ce connard que je vais le retrouver et lui faire payer."
La femme aux traits de monstre – à moins que ce soit un monstre ayant pris le visage d'une femme – s'élança vers son protecteur. La seconde créature tenta de les esquiver pour atteindre sa proie. Mais la personne en manteau rouge les bloqua tous les deux. Roy avait déjà vu ce manteau. Avait déjà vu ce symbole noir. Et pourtant il n'arrivait pas à le replacer. Son cerveau était incapable de suivre une idée plus de quelques secondes et ça devenait extrêmement frustrant.
Tout le monde vantait son intelligence, sa rapidité d'esprit et pourtant, la seule chose qu'il parvenait à faire était de rester allongé sur le flanc, à observer l'étrange danse qui avait lieu devant ses yeux. Il y avait quelque chose d'irréel dans la manière dont les combattants bougeaient. Ils étaient bien trop rapides, enchaînant les attaques et les parades, laissant gravées dans ses rétines des images d'une lumière dorée combattant les ténèbres. Tout lui semblait irréel depuis déjà de longues minutes alors pourquoi leur combat ne le serait-il pas, lui aussi ?
"Hé, agent de mes deux ! Ça te tuerait de me donner un coups de main ? Ou tu comptes rester allongé au sol et me laisser faire tout ton boulot ?!"
Sa première réaction fut de froncer le sourcils en entendant le langage châtié utilisé par son protecteur. Sa seconde fut de mettre bout à bout le manteau rouge, la tresse blonde et la voix pour obtenir une image assez précise du dernier arrivant.
Edward Elric.
C'était Ed qui était venu à son secours et comme si cette simple idée suffisait à rebooter ses synapses, les idées de Roy s'éclaircirent un peu. Et avec le retour de ses capacités de réflexion, lui revinrent en mémoire les événements qui l'avaient amenés à cette situation, ainsi qu'une vérité toute simple : il devait aider Edward où ils allaient mourir ici. Que pouvaient faire deux humains contre des vampires ?
Il chercha son arme des yeux et la trouva sous les débris d'une chaise. Incapable de se relever, il commença à se traîner dans sa direction. Les bruits du combat s'intensifièrent derrière lui et il envoya une courte prière à un dieu auquel il ne croyait plus depuis longtemps afin que Ed parvienne à retenir ses opposants pendant encore quelques temps.
Lorsqu'il réussit enfin à attraper son revolver, il se redressa en s'aidant de la table qui était miraculeusement encore debout. Il n'alla pas jusqu'à se lever, les vertiges provoqués par ces quelques mouvements menaçaient déjà de le renvoyer au sol, mais dès qu'il se sentit assez stable, il cria en pointant son arme dans la direction générale du combat :
"Ne bougez plus ou je tire."
Et pour prouver qu'il était sérieux, il tira vers sa droite, la balle allant se ficher dans le mur de sa cuisine avec un bruit qui lui sembla assourdissant. Cet acte finit d'éliminer les dernières traces de coton qui avaient envahis son cerveau et il put observer la scène sans cette impression de surréalisme qui était la sienne depuis plusieurs minutes.
Le combat s'était arrêté. Ed était toujours entre les deux vampires et Roy et ce dernier ne voyait que son dos. Ses épaules étaient tendues et toute sa posture indiquait qu'il était prêt à agir au moindre mouvement de ses adversaires. Leurs yeux brillaient d'une lueur rouge et leurs lèvres étaient relevées, montant d'impressionnantes canines. Envy était en train de lécher une plaie sur le coin de sa lèvre que Roy vit disparaître en moins de cinq secondes. Lust avait elle aussi une traînée de sang qui semblait provenir de quelque part dans ses cheveux, un peu au dessus de sa tempe.
Il ne voyait pas si Ed était blessé, mais il était plus que probable qu'il ait pris quelques coups lui aussi. Comment il avait pu leur tenir tête alors qu'un agent du FBI, entraîné à faire face à toutes sortes de situations, n'avait pas tenu une seconde contre eux restait un mystère.
Un mystère sur lequel Roy n'avait pas le temps de s'appesantir pour le moment. Maintenant qu'il avait récupéré son arme, ils allaient pouvoir les arrêter et il ferait toute la lumière sur cette affaire.
Au moment exact où il allait tenter de se lever, les trois autres occupants de la pièce penchèrent tous la tête sur le côté en même temps et Envy grogna :
"Quelqu'un a appelé la police. Tu connais les règles, minus."
"Je me fous de vos règles. Vous ne l'aurez pas."
La lueur rouge malsaine dans les yeux de Lust disparut, elle reprit une position nonchalante et rejeta une mèche de cheveu en arrière.
"Aucun témoin. Notre existence doit rester secrète."
"Et bien tirez-vous. Personne ne vous retient."
"Nous ne pouvons pas laisser un témoin. Père -"
"Père n'avait qu'à abandonner ses mœurs d'un autre âge. Et mieux tenir son nouveau pantin si la discrétion est si importante."
Envy grogna une seconde fois avant de siffler :
"Ne parle pas de Père ainsi. C'est lui qui nous a créé. Ses règles font loi."
"Va te faire foutre, Envy ! Je refuse de suivre les directives de ce monstre. Vous pouvez rester ici jusqu'à ce que la police arrive ou vous barrer, la queue entre les jambes. Je n'ai aucune préférence, ce n'est pas moi qui ai attaqué un agent du FBI dans sa propre maison."
Envy allait se jeter à nouveau sur Ed, mais Lust le retint par l'épaule.
"Nous n'avons plus le temps," elle se tourna ensuite vers Roy qui luttait contre la fatigue, toujours assis au sol et son arme pointée dans la direction générale de ses opposants, "mais nous reviendrons pour vous, agent Mustang. À moins que vous ne laissiez tomber cette enquête."
Sa voix était plus faible et essoufflée que Roy ne l'aurait voulu lorsqu'il répondit :
"Vous avez plus de chance de voir l'enfer geler, je n'ai pas pour habitude d'obéir aux menaces. Profitez de votre liberté pendant que vous le pouvez encore."
Un clignement d'oeil plus tard, les deux vampires avaient disparu et Ed était agenouillé à ses côtés. S'il n'était pas aussi fatigué, la surprise l'aurait fait sursauter.
"Hé Mustang ! Ouvre les yeux !" Il ne s'était même pas rendu compte qu'il les avait fermés. Soulever ses paupières lui demanda un effort presque surhumain et quand il parvint enfin à chasser les étoiles qui recouvraient son champs de vision, son regard plongea immédiatement dans celui doré d'Edward.
"Ils sont ouverts."
"Et bien qu'ils restent comme ça. Je dois m'occuper de ta blessure."
"J'ai une trousse de premiers secours dans la salle de bain, en attendant que les renforts arrivent. Ils doivent déjà être en route, quelqu'un a forcément entendu mon coup de feu."
"C'est le cas, mais je n'ai pas besoin de compresses. Tourne la tête. Et ne te fais pas d'illusions, c'est pour des raisons purement pratiques. Je dois stopper le saignement avant de te déplacer."
"Pourquoi me -"
Mais sa phrase s'arrêta net lorsque Ed se pencha en avant. Roy sentit quelque chose d'humide et de froid presser contre la plaie de son cou et son cerveau se mit à hurler : Non pas encore ! Il tenta de s'écarter, et sa main droite, qui tenait toujours son revolver, chercha une prise sur l'épaule de son assaillant. Mais ce dernier la désarma aussi facilement que la première fois. Il posa ensuite l'arme derrière lui, complètement hors de portée, puis il saisit le poignet de Roy avant de le diriger au sol.
« Ne bouge pas. Ce sera vite fini. »
Roy s'attendait à ressentir la même violente douleur que lorsque Envy avait planté ses crocs en lui, mais à la place la zone sembla s'endormir. La pulsation qu'il le faisait souffrir depuis l'attaque diminua jusqu'à disparaître complètement.
Son petit accès de panique et sa tentative de se dégager finirent de vider son énergie. Il allait devoir s'en remettre à Ed pour faire ce qui était nécessaire jusqu'à ce que les secours arrivent. Roy laissa ses paupières se fermer et il sombra dans le sommeil.
ooOoo
Roy se réveilla dans une pièce inconnue.
Une pièce inconnue extrêmement bruyante. Une pièce inconnue à l'odeur humide et moisie.
Il ouvrit les yeux et son effort fut récompensé par un violent mal de crâne. Il rabaissa rapidement les paupières mais sa brève incursion visuelle dans la réalité lui avait appris qu'il était dans un endroit sombre et que le plafond était parcouru par des tuyaux de toutes tailles et, pour la plupart, recouverts de rouille.
Il était allongé sur quelque chose qui était sensé être confortable mais qui ne réussissait qu'à augmenter sa sensation de mal-être. Les deux points durs contre son épaule droite et sa hanche lui rappelaient étrangement le matelas pourri qui était le sien durant son affectation sur le front. Et bouger dans l'espoir de trouver une position plus agréable eut le même effet qu'à Ishval : troquer un inconfort pour un autre.
Il soupira. Au moins il était vivant. Ce qui, à la vue des souvenirs qui traversaient son cerveau maintenant qu'il était un peu plus réveillé, était un petit miracle. Il avait été attaqué par deux vampires. Rien que de le penser lui fit presque lever les yeux au ciel tant c'était invraisemblable. Et pourtant, il devait bien faire face à la dure réalité des choses. Comment allait-il pouvoir expliquer ça à ses supérieurs sans passer pour un fou ?
"Tu comptes rester allongé toute la journée, espèce de fainéant ?"
Roy grogna. Bien entendu, Ed était là. Et il n'avait aucunement l'intention de lui montrer la moindre compassion. Ce serait trop lui demander.
"Même si je le voulais, je ne pourrais pas. Ce matelas devrait être considéré comme un engin de torture et être interdit par une quelconque convention internationale."
Le rire de son interlocuteur envahit l'espace quelques secondes avant de s'arrêter brusquement. Bien. Il n'avait pas perdu son sens de la répartie. Et faire rire Ed avait une saveur particulière dont il espérait pouvoir profiter à nouveau dans un futur proche.
Mais avant tout ça, il devait se lever. Et qu'on ne dise pas que Roy Mustang était incapable d'apprendre de ses erreurs, parce que, cette fois, il prit le temps de placer son avant-bras au dessus de ses yeux avant de tenter de les rouvrir. Tout son corps était lourd et douloureux, mais le pire était son cou, là l'endroit où le vampire l'avait mordu.
"Pourquoi je ne suis pas à l'hôpital ?"
"Je ne peux pas te protéger là-bas."
"Et tu le peux ici ? D'ailleurs c'est quoi ici ?"
Tout ce que Roy arrivait à voir était le plafond, les tuyaux et la cime de murs en briques recouverts de moisissures et d'humidité.
"Un ancien bureau de contrôle des écoulements fluviaux."
Il ne chercha même à cacher son incrédulité :
"Tu es en train de me dire que nous sommes dans les égouts ?"
"Si tu tiens absolument à utiliser ces termes, oui."
"Et qu'est-ce qui t'a poussé à croire qu'emmener quelqu'un avec une plaie ouverte dans un endroit infesté de miasme était une riche idée ?"
"Ho, c'est vrai que monsieur a des goûts de luxe, des draps en coton d'Aegus et toutes ces conneries. Tu as des types après toi et tu piques une crise parce que je t'ai emmené dans un des rares endroits où ils ne te trouveront pas. Tu as vraiment un drôle de sens des priorités."
Malgré la fatigue générale qui était la sienne, Roy sentit la moutarde lui monter au nez. Edward Elric avait le don de l'énerver en quelques mots et le ton acerbe et moqueur qu'il utilisait n'arrangeait rien.
"Excuse-moi. C'est vrai qu'éviter d'attraper une infection du sang devrait être le dernier des mes soucis. Ce n'est pas comme si j'avais échappé de peu à des vampires," et dire ce mot à voix haute lui paraissait complètement stupide, "qu'est-ce qu'une septicémie à côté de ça ?"
Ed n'était toujours pas dans son champ de vision, mais Roy l'entendit quand même lever les yeux au ciel.
"Tu es une véritable diva, tu sais ça ? Tu ne vas pas mourir d'une septicémie. Tu vas juste être très fatigué pendant quelques temps."
"Et qu'est-ce que tu en sais ? Tu es médecin ?"
"J'aurai pu."
Roy grimaça en entendant la froideur dans la voix de son interlocuteur. C'était un coup bas. Mais il n'avait pas réfléchi, trop inquiet et fatigué pour remettre en place le filtre entre son cerveau et sa bouche qu'Ed la fâcheuse tendance à faire disparaître.
Il allait s'excuser mais Edward ajouta d'une voix calme que Roy ne lui connaissait pas.
"Je ne suis pas complètement fou. Je me suis occupé de ta plaie avant de venir. Il n'y a aucun risque d'infection."
Roy leva une main vers son cou, prêt à sentir une compresse ou une bande. Il fut surpris lorsque ses doigts ne rencontrèrent que de la peau lisse. Aucune trace de l'attaque qu'il avait subie la veille, si elle datait bien de la veille. Il aurait pu rester dans les vapes pendant des jours sans le savoir.
"Je suis inconscient depuis combien de temps ?"
"Treize heures. Tu m'as vraiment fait peur mais ton rythme cardiaque s'est calmé après une transfusion."
C'était impossible.
"Alors comment ?"
"Il va falloir être plus explicite dans tes questions si tu veux que je te réponde."
Roy serra les dents, ravalant la répartie sarcastique qui lui piquait le bout de la langue.
"Comment est-ce que je peux déjà être guéri ?"
"Je suppose que tu métabolises vite ? Qu'est-ce que j'en sais moi."
Cette fois, c'en était trop. Edward se foutait de lui et il était hors de question de le laisser faire. Roy n'était pas un idiot auquel il pouvait mentir de manière si éhontée.
"C'est des conneries, Ed ! Et le pire, c'est que tu le sais."
"C'est la seule réponse que tu auras, alors tu la fermes !"
Le ton qu'avait employé Ed, à moitié pétulant, à moitié gêné poussa Roy à tourner la tête dans la direction de sa voix.
Edward - toujours avec son pantalon en cuir, ses lourdes bottes et son manteau rouge recouvrant un T-shirt noir - était assis sur une chaise dans le coin de la petite pièce qu'ils occupaient. Une de ses bottes, crottées d'une substance dont Roy ne voulait pas connaître la provenance, était posée sur le rebord de la chaise et ses deux bras entouraient le genou ainsi relevé.
Ses cheveux étaient retenus dans la tresse que Roy commençait à apprécier et ses yeux, qu'il voyait clairement pour la première fois, étaient fixés sur lui, incertains. Il paraissait si jeune et le poids qu'il portait – trouver un remède contre la maladie de son frère, sauver Roy de monstres qui voulaient sa peau – semblait bien trop lourd. Même si ses épaules paraissaient assez larges pour le faire.
Roy se rendit compte, à cet instant, qu'il ne l'avait même pas remercié de l'avoir aidé, alors que rien ne l'y obligeait.
"Merci."
La moue d'incompréhension qui apparut sur la bouche d'Edward était presque adorable.
"Pour quoi ?"
"Pour être intervenu. Pour m'avoir sauvé. Pour me cacher le temps que je me remette."
Edward haussa les épaules.
"Je n'aurais pas eu à le faire si tu m'avais écouté, bâtard. Je t'avais dit de ne pas t'en mêler."
"Et je me souviens parfaitement t'avoir dit que tu rêvais."
"On voit le résultat."
Ed était amer, à raison. Roy ne trouva rien à redire et le silence tomba à nouveau entre eux. Il ferma les yeux quelques secondes et profita du calme retrouvé pour réfléchir à la suite des opérations. La priorité était de joindre son équipe et de leur dire qu'il allait bien. Riza et Maes devaient être morts d'inquiétude. La police avait certainement appelé le bureau lorsqu'ils étaient arrivés chez lui et avaient trouvé les traces de lutte dans son appartement vide.
"Tu as pensé à prendre mon téléphone ?"
"Pourquoi ? Tu as un rendez-vous à annuler ?"
"Entre autre. Je t'apprendrais bien les bases de la courtoisie, mais je suppose que ce serait peine perdue, tu n'as pas une once de savoir-vivre." il continua à parler par dessus le cri d'outrage d'Edward, "Mais plus important, je dois prévenir mes coéquipiers que je vais bien. Et leur dire où je suis afin qu'ils viennent me chercher."
"Impossible. Tu dois rester ici."
"Tu es devenu mon supérieur pendant que je dormais ? Ou alors nous sommes tombés dans un monde parallèle dans lequel je dois t'obéir ? Mais même si c'était le cas, mes propos seraient parfaitement identiques. Je vais bien, j'ai une enquête à mener et il est hors de question que je laisse ces monstres s'en sortir."
Ed réagit au sarcasme de sa voix par de l'exaspération :
"Mais qu'est-ce que tu n'as pas compris dans : tu n'as aucune chance contre eux. Tu dois rester caché et me laisser m'occuper de ça ?"
Roy ne voulait pas avoir cette conversation alors qu'il était allongé sur un lit. Il se redressa sur un coude et ferma les yeux quelques secondes afin de maîtriser le vertige qui l'assaillit immédiatement. Puis il s'assit au bord du matelas et reprit fermement.
"Il est hors de question que je laisse un civil faire mon travail. J'ai une équipe d'hommes entraînés, il faut juste que l'on trouve leur point faible et nous ferons une descente à la Rivière Pourpre."
Le rire d'Ed était amer.
"Ils n'ont pas de point faible ! Crois moi, j'ai cherché."
"De l'ail ? La lumière du soleil ? La décapitation ? Le sang d'un mort ?"
"Des conneries. Tout un tas de ragots de bonnes femmes sans fondement. Je te l'ai dit, rien ne peut les tuer."
"Il doit bien y avoir un fond de vérité dans ces rumeurs. Je veux dire, je n'aurai jamais cru que les vampires existaient et pourtant, j'en ai croisé deux hier."
C'était la première fois que ce mot était prononcé à voix haute et la bouche d'Edward s'ouvrit à plusieurs reprises sans qu'aucun son ne franchisse ses lèvres. Ce n'était pas dans ses habitudes de ne rien trouver à dire et Roy en profita pour le pousser un peu.
"Quoi ? Ne me dis pas que je viens de te choquer ? Tu ne t'étais pas rendu compte que les deux personnes que tu as combattu hier n'étaient pas humaines ? Parce que si c'est le cas, je m'inquiète pour tes facultés d'observation."
La mâchoire d'Ed se referma avec un bruit sec et il le fixa, les yeux plissés.
"Je pense que tu as perdu beaucoup trop de sang et que ton cerveau a suivi des dommages irréversibles. C'est ça, ou tu es encore plus idiot que ce que craignais."
"Hé, tu viens de mettre en doute mes capacités cognitives ?"
"Tout à fait, bâtard."
"Je te ferai remarquer que tout le monde vante mon intelligence supérieure."
"Et bien demande à ton intelligence supérieure comment j'ai réussi à tenir tête à deux vampires la nuit dernière."
Edward regardait partout sauf dans sa direction et il semblait s'être tassé sur lui-même, comme s'il cherchait à se faire encore plus petit qu'il ne l'était.
Pendant quelques secondes, Roy ne comprit pas ce qu'il voulait dire par là. Puis lentement, son cerveau sembla se réveiller et les pièces du puzzle se mirent en place. La disparition d'Ed. La manière dont il bougeait. Sa rapidité. La façon dont il l'avait désarmé et dont il avait disparu lors de leur première entrevue. Le combat de la veille. Sa langue glaciale contre son cou.
Edward Elric était un vampire.
La réaction initiale de Roy fut de se traîner sur le lit le plus loin possible de la créature assise à quelques mètres. Il observa autour de lui. Ed était sur le trajet de l'unique issue, le reste de la pièce étant exclusivement composé de briques et de béton. Même sans sa rapidité surnaturelle, le vampire n'aurait aucun mal à lui bloquer le passage. Et puis Roy n'avait pas d'arme et il savait d'expérience que ses chances de sortir vainqueur d'un combat à main nue étaient égales à zéro.
Son cœur battait la chamade et ses yeux étaient à la recherche d'une solution lorsque son regard se posa sur Edward. Il avait la tête penchée en avant et des mèches de cheveux blonds obscurcissaient ses traits. Une main était crispée autour de son genou, toujours levé, pendant que l'autre tirait sur un fil qui dépassait de la manche de son manteau.
Roy prit une profonde inspiration. Puis une seconde et une troisième. Ed ne lui avait fait aucun mal, alors qu'il aurait pu à plusieurs reprises. Il était venu à son secours même si rien ne l'y obligeait et il continuait à le protéger.
Maudissant sa réaction instinctive, Roy descendit du lit. Ses jambes avaient des difficultés à supporter son poids mais, avec l'aide du mur et du petit bureau poussé dans un coin, il parvint à approcher Edward. Ce dernier ne le regardait toujours pas, mais il avait l'immobilité d'une statue. À croire qu'il ne respirait même pas. Alors que Roy s'accroupissait devant lui dans l'espoir d'apercevoir enfin son expression, il se rendit compte que c'était le cas.
Ed ne respirait pas, ne bougeait pas et Roy était persuadé que s'il posait sa main sur sa poitrine, il ne sentirait pas son cœur battre. Mais ce geste lui semblait bien trop intime et malgré la connexion qu'il avait ressenti presque immédiatement pour cette étrange créature, ils ne se connaissaient pas assez pour ça.
À la place, il posa sa main sur le poignet d'Edward. Cette fois, le froid de sa peau ne le surprit pas et il lui confirma ce qu'il savait déjà.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Edward n'avait toujours pas levé la tête lorsqu'il lui dit :
"Je ne te retiens pas. La porte est grande ouverte si tu veux partir. Mais je te le déconseille, ils te retrouveront à la seconde où tu quitteras cet endroit. Et ils te tueront."
"Tu ne réponds pas à ma question, Ed."
Le jeune homme haussa les épaules. La main de Roy n'avait toujours pas quitté sa place et il entoura le poignet de ses doigts avant de les serrer un peu plus fort.
"Je ne vais pas partir. Pas tout de suite. Mais j'ai besoin que tu m'expliques toute l'histoire."
Ed leva enfin les yeux et Roy ne vit que du désarroi et de la peine dans son regard.
"Il n'y a rien à expliquer. J'ai juste fait une énorme connerie et maintenant je dois la réparer."
