Hello tout le monde.
Comme promis, je reprends un rythme de publication normal d'un chapitre tous les quinze jours pour cette fic.
J'espère que l'histoire vous plait toujours et que le mystère s'éclaircit un peu. Roy a vraiment fait l'idiot au chapitre de dernier, même si je comprends totalement pourquoi il est en colère. Mais le pauvre Ed quand même, comme si ce n'était pas assez dur pour lui.
Je tenais à remercier Nalou qui a bêta ce chapitre et qui m'a abreuvé de petits commentaires qui ont fait ma journée.
Bonne lecture !
Roy n'avait rien d'autre à faire que d'attendre patiemment qu'Edward soit assez calmé pour revenir. Et ses remords ne mirent pas longtemps à venir lui tenir compagnie. Il n'aurait jamais dû laisser sa colère l'emporter ainsi.
Il savait qu'Edward était rongé par les regrets, par les choix qu'il avait fait. Tout comme il savait également, sans l'ombre d'un doute, que le jeune homme était quelqu'un de foncièrement bon, qu'il souffrait de ce qu'il était, de ce qu'il avait fait et qu'il donnerait tout afin de faire machine arrière, d'avoir la chance de réparer son erreur.
Et Roy avait appuyé là où ça faisait mal, sans aucune retenue. Son propre monstre, celui qu'il essayait de dompter, de cacher, sans le moindre succès depuis des mois, avait pris les rênes. Et comme toujours, les conséquences de ses propos, de ses actes, n'avaient eu aucune espèce d'importance. Il voulait atteindre son but, avoir ses réponses, et si son comportement faisait souffrir les personnes qu'il côtoyait, c'était leur problème, pas le sien. Et lui n'avait même pas l'excuse de sa biologie, une envie qui - si ce que Ed lui avait dit était vrai - pouvait être extrêmement forte.
Cherchant désespérément quelque chose pour s'occuper les mains, il avait débarrassé la table et remis le repas d'Edward dans les boites en cartons avec lesquelles ce dernier était arrivé. Il n'avait en définitive rien mangé et l'idée qu'il se promène le ventre vide donnait à son propre repas un arrière goût amer. Après avoir fait le peu de vaisselle dans le lavabo, il avait arrêté de lutter contre ses vertiges et il s'était allongé sur le lit. Il y était toujours lorsqu'il entendit des bruits de pas.
Ils étaient encore très éloignés mais le cœur de Roy rata un battement ou deux à l'idée que son hôte puisse enfin être de retour. Il allait devoir faire amende honorable, même s'il n'était pas coutumier du fait et que ses excuses lui brûlaient déjà la gorge, puis ils recommenceraient à chercher un moyen d'arrêter Père. Mais très vite, il se rappela avec regret qu'Ed bougeait sans faire le moindre bruit. Ce qui voulait dire que les pas qui approchaient lentement mais sûrement ne lui appartenaient pas.
Roy se leva avec difficulté, la fatigue et le manque de sang se faisaient sentir à nouveau. Maintenant que les pas étaient plus proches, il entendait distinctement qu'il s'agissait de plusieurs personnes. Trois au minimum, peut-être quatre. Si elles avaient de mauvaises intentions, il n'avait aucune chance de les combattre, pas dans son état actuel. Il n'avait même pas d'arme. Son seul et unique avantage résidait dans l'effet de surprise.
Il attrapa un des deux couteaux avec lequel il avait mangé et alla s'installer contre le mur, juste à côté de la porte. Vu le bruit, il était peu probable que ce soit Lust ou Envy, venus terminer leur job. Au moins ses agresseurs, s'il s'agissait bien d'agresseurs et pas de pauvres égoutiers ou de jeunes venus passer du bon temps cachés des regards, étaient humains.
La porte s'ouvrit lentement, ses gonds émettant un léger grincement, et Roy retint sa respiration. Il ne voyait que l'acier qui le cachait des nouveaux arrivants et il attendit, totalement immobile, que la première personne s'avance assez pour entrer dans son champs de vision.
Lorsqu'il vit le dos de Riza, il poussa un soupir de soulagement et lâcha son couteau. Son amie fit brusquement volte-face et il se retrouva avec le canon de son arme pointé sur son visage.
Elle le reconnut immédiatement et rangea son pistolet dans le holster à sa hanche. Ce fut à ce moment que les jambes de Roy décidèrent qu'elles avaient assez travaillé pour aujourd'hui et il se retrouva avec les bras de Riza autour de sa taille.
Elle cria par dessus son épaule.
"Il est bien là. On va avoir besoin d'un brancard. Appelez une ambulance."
Roy essaya de se redresser mais la fatigue et le manque de sang le rattrapèrent. Il dit, le souffle court :
"Pas de brancard. Pas d'hôpital."
Hughes apparut à son tour, suivi de Breda. Ils avaient tous les deux l'air aussi épuisés que Riza, mais ils avaient un léger sourire de soulagement aux lèvres.
"On doit te soigner."
"Je ne suis pas blessé. Edward s'en est occupé. Juste fatigué. Je n'ai pas besoin d'aller à l'hôpital."
Ses trois coéquipiers échangèrent un regard, clairement en train de délibérer sur le fait qu'il soit apte ou pas à prendre ce genre de décision. Ils ne paraissaient même pas surpris qu'Ed ait été présent et l'ait aidé. Il tenta de mettre un peu plus de fermeté dans sa voix quand il répéta :
"J'ai dit pas d'hôpital. Ce n'est pas sujet à discussion."
Hughes poussa un long soupir avant de parler :
"Ok. je sais où on pourrait aller. Le temps de mettre de l'ordre dans tout ce bordel. Tu arriveras à sortir d'ici ?"
Roy tenta tant bien que mal de se tenir droit sans aide, mais il chancela dès qu'il quitta le soutien de Riza. Il cacha ses difficultés en posant une main sur l'épaule de la jeune femme.
"Sans problème."
Il ne sembla duper personne, mais aucun de ses coéquipiers ne lui fit la remarque.
ooOoo
Il sombra dans le sommeil à la seconde où il fut installé à l'arrière de la voiture de Maes. Et il se réveilla avec la main de Riza sur son front, fraîche et douce. Lui qui n'avait aucune mémoire d'avoir jamais été traité tendrement, il s'imagina que c'était ce que l'on ressentait quand votre mère venait vérifier votre température lorsque vous étiez malade, petit.
Madame Christmas s'était toujours bien occupée de lui. Les orphelins dont elle avait la charge, y compris Roy, n'avaient jamais manqué de rien, ils avaient toujours eu tout le nécessaire afin de grandir et de s'épanouir. Mais elle n'était pas du genre à montrer le moindre geste de tendresse. Non, elle exprimait son affection autrement. Avec ses petites piques et la manière dont ses sourcils ou le coin de ses lèvres se relevaient quand on l'avait rendu fière.
Sa sortie de la voiture et son trajet jusqu'à un bureau transformé en camp de fortune le laissa tremblant et couvert d'une sueur froide. Il était épuisé comme il ne l'avait jamais été et il se laissa tomber avec plaisir sur le lit de camps installé dans un coin.
Il tenta de rester éveillé pendant que ses trois coéquipiers discutaient autour de lui. Ils parlaient de tours de garde, d'approvisionnement, de sécurité, des actions à mener dans les prochaines heures, dans les prochains jours. Ce ne fut que lorsqu'il les entendit parler d'Edward qu'il tenta de relever la tête, mais son corps refusait de lui obéir et il s'endormit au son de la voix de Maes qui rappelait à Riza qu'Ed avait expressément demandé à ce que Roy reste caché.
Quand il émergea à nouveau, il avait un mal de crâne carabiné. Tout était silencieux et sombre autour de lui et il prit quelques secondes pour démêler ses pensées et les événements qui l'avaient emmené ici.
Son attaque et le sauvetage d'Edward lui paraissaient avoir eu lieu des années auparavant. Tout comme leur petite discussion. Mais il était maintenant de retour avec ses coéquipiers dans un entrepôt le long de la voie ferrée, si sa mémoire ne lui jouait pas de tour.
Tout son corps était lourd et raide et, pendant quelques secondes, il fut tenté de se rendormir. Mais il avait des choses à faire, des vies à sauver, il se redressa en grognant et le bruit fit bouger quelqu'un à sa droite :
"Hey chef, enfin réveillé ?"
Falman. Roy répondit en grognant à nouveau.
"Laissez moi prévenir les autres et je vous apporte quelque chose à boire. Ed a dit qu'on devait vous garder hydraté."
Ed ? Ed avait rencontré son équipe ? Il leur avait parlé et donné des instructions. Etait-il encore là ? Mais avant qu'il ne puisse formuler la moindre question, Falman avait disparu par l'unique porte de la pièce.
Roy profita de la solitude et s'assit afin de vérifier son état général. Il avait toujours pris le plus grand soin à se montrer sous son meilleur jour auprès de son équipe et seul Riza et Maes l'avaient vu autrement qu'impeccablement habillé ou rasé. Il n'y avait rien qu'il ne puisse faire pour sa chemise froissée, mais il épousseta son pantalon noir. La couleur sombre permettrait de cacher le plus gros des plis. En baillant, il se gratta ensuite la joue et la mâchoire pour se donner une idée de l'état de sa barbe. C'était encore acceptable, même si loin de ce qu'il préférait. Alors qu'il se levait en grimaçant et que tous ses os grinçait en même temps, Falman entra à nouveau dans le bureau, suivi de Havoc.
Ce dernier avait une bouteille d'eau et il la lui tendit en disant :
"Hello, chef. Content de vous voir en bonne santé. Vous nous avez fait peur."
Roy porta la bouteille à ses lèvres et en vida la moitié avant que sa soif ne se calme. Son estomac choisit ce moment pour émettre un bruyant grognement d'agonie. Le son fit rire ses deux coéquipiers et Falman sortit un imposant sandwich d'un sac posé sur le bureau au fond de la pièce.
"Tenez, Hughes a déposé ça pour vous un peu plus tôt. Il a dit que vous aviez intérêt à le savourer, c'est sa Gracia qui l'a préparé."
Roy mordit avec plaisir dans la parfaite alternance de pain croustillant, de tomate juteuse et de viande tendre. Il réprima avec difficulté un gémissement de plaisir. Gracia était vraiment une cuisinière hors pair, même pour un sandwich.
Malgré sa volonté de prendre son temps, son repas disparut en moins de cinq minutes, suivi par le reste de sa bouteille d'eau. Maintenant qu'il ne se sentait plus à deux doigts de tomber dans les pommes, il décida qu'il était temps de reprendre les choses en main.
"Je veux un rapport complet sur tout ce qui s'est passé depuis l'attaque dont j'ai été victime."
Ses deux subalternes échangèrent un regard gêné, puis Havoc parla d'une voix peu assurée :
"Vous devriez vous reposer encore un peu. Maes et Hawkeye ne vont plus tarder. Et Ed a dit -"
"Je me moque de ce qu'a dit Edward Elric. Je veux des réponses et je les veux maintenant. Aux dernières nouvelles, je suis votre supérieur."
Les deux hommes semblèrent toujours hésiter et quand ils restèrent obstinément silencieux, Roy ajouta :
"Vous plaisantez ? Dites moi que je suis encore endormi et que je suis en train de rêver ! Où est Ed ?"
Falman haussa des épaules.
"Je ne sais pas. Pas vu depuis qu'il est venu nous dire où vous trouver."
C'était donc comme ça qu'ils l'avaient retrouvé. Ed s'était débarrassé de lui. il ne pouvait même pas lui en vouloir, pas après ce que Roy lui avait balancé en pleine tête.
"Et quand a eu lieu cette entrevue secrète ?"
"Hier soir. Hawkeye nous a appelé et nous a demandé de la rejoindre dans un bar pas loin du bureau."
Cette conversation ressemblait de plus en plus à l'interrogatoire d'un témoin récalcitrant. L'idée que Edward ait réussi, par il ne savait quel miracle, à obtenir la fidélité des membres de son équipe à ses dépens ne faisait qu'empirer son mal de crâne.
Roy n'avait pas assez d'énergie pour ces conneries. Il réprima un soupir.
"Je veux Hawkeye et Maes ici dans vingt minutes. Et avec des réponses, sinon je vous colle à tous un avertissement officiel pour insubordination. Je me suis bien fait comprendre ?"
Avec un hochement rapide de la tête, Falman et Havoc sortirent de la pièce, heureux de s'éloigner de l'humeur massacrante de leur supérieur.
ooOoo
Une demie-heure plus tard, son équipe était enfin réunie. Le bureau était largement assez grand pour tous les contenir et laisser entre Roy et ses coéquipiers plusieurs mètres d'espace vide. Seule Riza se tenait proche de lui, contre le mur, un œil surveillant l'entrée principale de leur planque à travers la fenêtre, pendant que la tension montait dans la pièce.
Maes était arrivé avec un second sandwich que Roy avait entamé pendant que le silence devenait pratiquement tangible. Après avoir avalé la moitié du trésor qu'il avait entre les mains, Roy s'attaqua au plus urgent :
"Où est Edward ?"
Tous les regards se tournèrent vers Riza. Roy soupira. C'était toujours elle qui gérait les annonces difficiles à lui faire. Quand elle parla enfin, elle paraissait inquiète.
"Nous l'ignorons. Nous avons fait quelques recherches sur les caméras de vidéo-surveillance après qu'il soit apparu comme par magie dans votre appartement, mais nous n'avons trouvé aucune trace de lui. Du moins jusqu'à ce qu'il se pointe sur le pas de ma porte alors que j'étais passée nourrir Black Hayate, annonçant qu'il voulait nous parler à tous."
"Et bien entendu en tant qu'agents du FBI, vous avez obéi sans la moindre question à un civil que nous recherchons depuis des semaines et que nous avons suspecté de plusieurs meurtres."
Il espérait que sa voix convoyait tout le mal qu'il pensait de leur comportement, ainsi que le fait qu'il les considérait désormais tous comme des idiots. Et des traîtres. Et qu'il était absolument déçu par leur attitude et leur manque de discernement. Roy n'avait donné aucun signe de vie pendant plusieurs heures, il y avait des traces évidentes de lutte chez lui, et sa propre équipe avait choisi de faire confiance à un inconnu qui était, en prime, un suspect dans l'enquête sur une série de meurtre.
Au moins, ils étaient tous conscients que leur conduite était plus que limite. Fuery essaya même de leur donner une excuse.
"Vous savez comment est Ed. Il -"
"Je sais parfaitement à quel point Edward Elric peut être persuasif, merci ! Mais vous êtes des profilers expérimentés. Comment avez-vous tous pu vous faire avoir ?"
Maes prit la parole à ce moment là, la bouche pincée par la colère.
"Peut-être parce qu'on était morts d'inquiétude. Peut-être parce qu'il nous a apporté des nouvelles, qu'il nous a dit que tu allais bien, que tu étais vivant, mais que tu avais failli y rester parce que tu avais suivi une piste tout seul, sans renfort, comme l'idiot que nous savons tous que tu es !"
Sa tirade cloua efficacement le bec de Roy. Il inspira plusieurs fois dans le but de calmer ses nerfs. Hughes n'avait pas tort. Roy aurait passé le savon du siècle à n'importe lequel de ses subordonné s'il avait osé agir ainsi.
"On va dire que je l'ai mérité et passer à autre chose. Je ne sais pas ce que Ed vous a dit, mais il connaît le responsable de ces crimes et il est bien décidé à l'arrêter. Il est en danger. Nous devons l'aider, il m'a sauvé alors que rien ne l'y obligeait, je refuse de le laisser seul."
La voix de Maes était toujours dure mais une partie de sa colère semblait s'être évaporée.
"Voilà au moins une chose sur laquelle nous sommes d'accord. Je ne comprends rien à cette histoire et tu sais à quel point je déteste ça. Ed a été très évasif hier soir, il nous a juste appris où te trouver et il a lourdement insisté sur le fait que nous ne devions pas chercher à poursuivre notre enquête. D'après lui, c'est bien trop dangereux pour nous et il veut s'en occuper lui-même. Qu'est-ce qu'il s'est passé, Roy ? Comment un gosse d'à peine plus de vingt ans peut croire que c'est à lui d'arrêter un criminel et que nous, alors que c'est notre travail, en sommes incapables ?"
Sans surprise, Ed avait tu sa vraie nature, ainsi que celle de Père et son cercle d'homonculus. Roy n'était pas certain que ça soit à lui de divulguer cette information. D'autant plus qu'avec ce qui s'était passé ces derniers jours, ses coéquipiers le prendraient certainement pour un fou s'il leur avouait la vérité. Mais de l'autre côté, s'ils devaient s'attaquer à des vampires, il était indispensable qu'ils sachent à quoi ils faisaient face.
Mais avant toute chose, Roy voulait en parler en privé à Riza et Maes. Pour le moment, il se contenta d'une demie-vérité :
"C'est une longue histoire et je n'ai pas le temps de tout vous raconter. De ce que j'ai appris, nous n'avons pas à faire à un seul criminel. C'est plus un cercle de fanatiques qui suivent un gourou du nom de Père. Les deux personnes," et sa voix hésita légèrement sur ce dernier mot, ce qui poussa Riza à lever un sourcil, "qui m'ont attaqué travaillent pour lui. Ils sont barman à la Rivière Pourpre et m'ont certainement suivi alors que j'en revenais. Je ne sais pas comment Edward a su qu'ils étaient à mes trousses, mais il est intervenu et m'a sauvé."
Fuery posa la question à laquelle tout le monde pensait :
"Et comment s'est-il retrouvé mêlé à cette affaire ?"
Roy allait devoir mentir.
"Je n'ai malheureusement pas eu le temps de lui poser la question et je ne suis pas certain qu'il m'aurait répondu de toute façon. Mais de ce que j'ai pu voir d'Edward Elric, il n'est pas du genre à reculer, quelles qu'en soient les conséquences. S'il vous a annoncé qu'il allait s'occuper de Père lui-même, vous pouvez être certain qu'il va le faire. La seule question qui reste est : comment on les retrouve avant lui ?"
Les minutes qui suivirent furent employées à discuter de pistes et de plans. Depuis sa position, assis sur le lit, Roy observa son équipe pendant qu'ils échangeaient des idées, des théories. Il n'intervint pas mais écouta avec attention, mangeant le reste de son sandwich. Ses coéquipiers étaient tous de très bons agents et ils allaient trouver une solution.
Ils ne se turent que lorsqu'un consensus fut atteint. Ils devaient regrouper le plus d'informations possibles sur les propriétaires et les employés de la Rivière Pourpre sans que ces derniers apprennent qu'ils étaient sous le coup d'une enquête. Quels étaient leurs associés, leurs proches, leurs relations de travail, s'ils avaient d'autres entreprises où ils pourraient se cacher. Roy savait qu'ils avaient peu de chance de trouver Lust ou Envy dans aucun de leurs fichiers, mais la Rivière Pourpre était un établissement avec pignon sur rue, il y aurait forcément des traces, ne serait-ce que les bilans comptables ou les enregistrement légaux.
Une fois que chacun d'entre eux avaient une idée claire de ce qu'il était attendu de lui, Roy envoya toute son équipe, sauf ses deux plus proches collaborateurs, à la recherche de ces informations. Ils referaient un point toutes les quatre heures et décideraient de la suite de leur plan dès que possible.
Dès que la porte de l'entrepôt fut refermée et qu'ils entendirent les moteurs des voitures s'éloigner, Riza se tourna vers lui :
"Qu'est-ce que vous ne nous avez pas dit ?"
Bien évidemment, elle avait compris qu'il n'avait pas dit toute la vérité et elle était furieuse. Ça se voyait malgré son ton calme et sa posture détendue. Edward avait raison, elle était terrifiante quand elle le voulait.
Hughes était dans le même état. Son hostilité, qui avait disparue pendant qu'ils mettaient en place leur plan, était en train de reprendre le dessus. Roy savait que c'était de l'inquiétude plus qu'autre chose, mais il dut se retenir de laisser sa propre colère s'enflammer. Il n'était pas un enfant qu'ils pouvaient tous deux rabrouer pour son comportement. Il était un homme adulte, leur supérieur qui plus est et il n'avait pas à supporter leur regards déçus.
Mais il avait toujours réussi à garder son sang-froid lorsque la situation le nécessitait et ce qu'il avait à déclarer était trop important, trop bizarre, pour qu'il ne leur annonce pas le plus calmement possible. Il laissa son professionnalisme le guider. Il savait par quel angle attaquer le sujet et commença par se tourner vers Riza.
"Je suppose qu'Edward t'a fait son petit numéro de prestidigitateur ?"
La jeune femme resta silencieuse, se contentant de hocher la tête.
"Bien. Avant toute chose, il est de la plus haute importance que ce je vais vous dire reste entre nous."
Il attendit que ses deux amis acquiescent avant de continuer.
"Ensuite, je veux que vous gardiez l'esprit ouvert. Je ne suis pas fou, ni drogué, ni hypnotisé et je ne me suis pas pris de coup sur le crâne."
Cette fois, le hochement de tête fut plus lent, plus hésitant. Il n'y avait pas de bonne façon de lâcher la nouvelle et Roy décida d'y aller le plus franchement possible :
"Edward Elric est un vampire."
Riza et Hughes les regardèrent en clignant des yeux. Plusieurs fois. Puis le visage de Maes se ferma complètement.
"Arrête tes conneries, Roy ! Mais à quoi tu joues en ce moment ?!"
Roy jeta un coup d'œil à Riza, espérant y trouver un peu de soutient, mais son amie le regardait sans le voir, déjà en train d'assimiler cette nouvelle et de la confronter à ce dont elle avait été témoin.
"C'est la stricte vérité, Maes, je te le promets. Tu ne l'as pas vu bouger, alors je peux comprendre que ça soit un choc pour toi. Mais il est vraiment un vampire, Lust et Envy également. Et de ce que je sais, Père aussi, il est une espèce de chef, de gourou. J'ignore à quoi cette position correspond, mais c'est lui qui a donné l'ordre à ses deux monstres de m'attaquer."
"Et tu crois vraiment que je vais avaler ça ? Que les vampires existent et que j'ai bu un verre avec l'un d'entre eux hier soir ?"
"Je sais que c'est difficile à croire, mais je pensais qu'au nom de notre longue amitié, tu accepterais de me faire confiance."
Hughes resta absolument silencieux.
Ce qui était pire que des cris en un sens. Parce que Maes était quelqu'un de foncièrement et profondément gentil. Jamais il ne dirait de choses blessantes, jamais. Il préférerait encore se taire plutôt que de faire mal. Et sa réticence actuelle ne prouvait qu'une seule chose : ce qu'ils pensait, ce qu'il voulait dire, ferait souffrir Roy.
Roy sentit sa poitrine se serrer. Il ne pouvait pas perdre son amitié, c'était une des rares choses dont il avait réellement besoin. Qu'avait-il fait pour en arriver là ? Quelles petites remarques, petits actes avaient pu grignoter, sans qu'il ne s'en rende compte, le lien qu'ils partageaient ? Leur relation, forgée dans les horreurs d'Ishval, s'était-elle érodée au point que son meilleur ami ne le considère plus digne de confiance ?
Le silence tendu qui s'installa ne fut brisé que lorsque Riza annonça :
"Je le crois."
Maes se tourna vers elle, complètement abasourdi :
"Quoi ?"
Son lieutenant leva un doigt en l'air, annonçant le plus sérieusement du monde :
"Premièrement, Edward Elric est apparu comme par magie de la chambre de Mustang. J'ai beau retourner la scène dans tous les sens, je ne comprends pas comment il a pu entrer et sortir sans que je le voie. Il a littéralement disparu devant mes yeux."
Elle leva un second doigt.
"Deuxièmement, cet idiot a tous les signes d'une sévère anémie, sans avoir la moindre plaie sur lui. Et je le sais, j'ai vérifié pendant qu'il dormait."
Roy poussa un grognement de mécontentement en entendant ces mots. Riza le toisa du regard :
"Tu croyais vraiment que j'allais vous croire sur parole, Edward et toi, quand vous nous avez dit que tout irait bien et que tu n'avais pas besoin d'autre soin que d'un peu de repos ?"
Un troisième doigt apparut auprès des deux autres.
"Et il y a tout le reste : l'arme du crime que nous avons cru fabriquée, mais qui a toujours été des crocs de vampire. Le fait qu'il n'y a aucune trace d'ADN et rien de vivant dans la salive et le cheveu que nous avons trouvé. Nous n'avons jamais pu suivre la moindre trace du meurtrier alors qu'il choisit ses victimes dans des endroits bondés et que les timings sont toujours très serrés."
Elle leva un quatrième et dernier doigt :
"Et pour finir : j'ai confiance en Roy, même s'il n'a rien fait récemment afin de s'en montrer digne."
Cette femme était exceptionnelle et Roy se demanda à nouveau ce qu'il avait fait de bien durant sa vie pour la mériter. Maes se mit à faire les cent pas dans la pièce, une main frottant sa mâchoire et son menton, comme à chaque fois qu'il avait besoin de réfléchir intensément.
Après cinq minutes de va-et-vient incessants, il s'arrêta, regardant Roy droit dans les yeux.
"Bien. Admettons que tu dises la vérité et qu'Ed ne t'a pas monté un énorme bateau pendant que tu étais à moitié délirant ou drogué. On fait quoi maintenant ?"
Roy était bien trop aguerri pour s'imaginer une seule seconde que le problème avec Hughes était réglé, mais il avait maintenant un peu de temps pour réparer ses erreurs. Il se promit de trouver un moyen d'être un meilleur ami qu'il ne l'avait été dernièrement. Mais plus tard, pour le moment, ils avaient plus urgent à faire. Il se redressa et annonça :
"Maintenant, on retrouve Ed et on fait notre boulot."
ooOoo
Mais retrouver Ed fut impossible. Pas sans utiliser toutes les ressources à la disposition de Roy et il avait décidé, avec Riza et Maes, de garder le reste de l'équipe dans l'inconnu pour le moment. Il avait avoué toute la vérité à ses amis, mais ils ne pouvaient pas encore faire de même avec les autres.
Leur petite conversation avait eu lieu trois jours auparavant. Depuis, tout le monde était occupé à traquer les mouvements financiers de la Rivière Pourpre, en prenant garde de ne pas éveiller les soupçons des propriétaires, pendant que Roy courait la ville à la poursuite d'Edward.
Il était épuisé. Son premier arrêt avait été dans le bureau de contrôle des écoulements fluviaux. Il le trouva, bien évidemment, complètement vide. Suite à ça, il s'était mis à la recherche du jeune homme sans avoir de piste sérieuse. Le manque de sommeil s'accumulait et, couplé aux conséquences de l'attaque qu'il avait subie, les premiers effets de l'épuisement apparurent bien plus tôt qu'il ne l'aurait voulu. Mais il refusait de céder. Il devait retrouver le jeune homme, il se reposerait après.
Sauf que Riza ne l'entendait pas de cette oreille et elle l'emmena de force chez elle où elle l'installa dans sa chambre d'ami. Black Hayate reçut l'ordre de l'empêcher de se lever tant qu'elle ne serait pas revenue et Roy fut retenu prisonnier dans un lit par un simple chien.
Il ragea et pesta, mais finit par faire ce qu'avait décidé son lieutenant. Quand il se réveilla, moins fatigué et le corps enfin débarrassé de ses nombreuses douleurs, il dut bien s'avouer qu'elle avait eu raison d'insister. Même s'il était hors de question que de tels mots franchissent ses lèvres.
Ses dix heures de sommeil ininterrompues avaient également éclairci ses idées. Courir à travers la ville à la recherche d'Ed était inutile. Il n'avaient pas réussi à le trouver avant, pourquoi aurait-il plus de chance maintenant ? Surtout qu'il savait désormais ce que Edward cherchait, il lui suffisait d'attendre là où il avait le plus de chance d'apparaître.
Il appela Riza qui vint le libérer de son gardien canin et, ensemble, il retournèrent au siège du FBI. C'était la première fois qu'il y mettait les pieds depuis l'attaque et il fut accueilli par les sourires de tous les membres de son équipe. Ils avaient fait courir le bruit d'une maladie pour couvrir son absence et plusieurs autres agents ou personnels administratifs lui souhaitèrent un bon retour durant sa traversée de couloirs.
Une fois installé à son bureau, une tasse de café à la main, il se sentait à nouveau à à l'aise dans son propre corps. Ce n'était pas arrivé depuis des jours, voire des semaines. Sa vision du monde avait été totalement chamboulée par l'entrée d'une créature de la nuit et il avait besoin d'un peu de de normalité. Être au bureau, avec l'odeur du café infect de leur petite cuisine était normal. Faire un point avec Riza était normal. Entendre Havoc et Falman se raconter leurs derniers rendez-vous était normal.
Se soucier d'un jeune homme qu'il venait à peine de rencontrer, un jeune homme qui avait en prime du sang sur les mains, était tout sauf normal.
Et pourtant, alors que Riza lui expliquait tout ce qu'ils avaient trouvé, Roy ne pouvait s'empêcher de penser à Edward. De s'inquiéter pour lui. Il lui avait prouvé qu'il était fort et qu'il savait se débrouiller, mais que pouvait-il contre plusieurs vampires ? Que pouvait-il contre Père ? Et Roy l'avait délogé de sa cachette, d'un endroit où il se sentait assez en sécurité pour l'y emmener suite à son attaque. Où s'était-il réfugié après avoir prévenu son équipe de sa localisation ? Avait-il un autre endroit où s'abriter ? Ou bien s'était-il rendu directement à la rencontre de Père ? Peut-être que Lust en Envy l'avaient traqué et tué ?
Et Roy était là, à se poser des questions, alors qu'il devrait être à ses côtés, pour l'aider, le protéger, comme lui l'avait fait. Peut-être qu'Ed était déjà mort et que personne ne retrouverait jamais son corps, comme les autres disparus victimes de ces abominations. Et tout ça était de sa faute, parce qu'il ne savait pas retenir ni sa colère, ni le monstre qui était né à Ishval et qui vivait désormais tapis en lui, près à bondir à la première occasion.
"Roy !"
La voix de Riza le sortit de ses pensées. Il serrait sa tasse de café si fort que ses phalanges étaient devenues blanches et qu'il eut du mal à la lâcher.
"Roy, tout va bien ?"
Il ignorait combien de temps il était resté perdu dans ses pensées, mais son amie l'observait avec une pointe d'exaspération mélangée à de l'inquiétude. Il balbutia rapidement :
"Oui, tout va bien. Tu peux reprendre."
"C'est inutile. Nous n'avons rien trouvé de plus que d'autres boîtes de nuit et bars disséminés à travers le pays. Tous dans des villes où nous avons trouvé une ou plusieurs victimes. Ça prouve que Edward Elric a probablement raison, c'est bien ce cercle d'Homonculus qui est responsable de ces crimes. Chacune de ces établissements appartient au même propriétaire, un certain Van Hohenheim, complètement introuvable. Tout est géré par un seul cabinet d'avocats, nous ne les avons pas contacté encore afin de ne pas éveiller leurs soupçons. Tant que nous ne l'aurons pas fait, nous ne trouverons sans doute rien de plus sur lui."
"Quelle est la probabilité qu'il soit ce Père ?'"
"Haute, je vous l'accorde."
Ils restèrent silencieux tous les deux pendant plusieurs secondes, puis Riza ajouta de sa voix qui faisait obéir tout le monde, lui compris.
"N'y retournez pas seul. Emmenez au moins Hughes ou moi avec vous."
Roy ouvrit la bouche pour répondre, mais il la referma rapidement lorsqu'il vit le regard de son amie. Elle était vraiment terrifiante quand elle le voulait.
"Mentez-vous à vous-même autant que vous le souhaitez, mais pas à moi. Vous allez vous remettre à la recherche d'Edward. Et je crains que cette fois, vous ne reveniez pas."
Comme toujours, elle avait raison. Peut-être que Roy s'était voilé la face, s'était caché derrière son devoir, ses responsabilités mais il savait qu'ils ne l'empêcheraient pas encore longtemps de se lancer à la poursuite d'Edward. Il devait le retrouver.
Il ne comprenait pas pourquoi ce besoin était si fort, il ne pouvait pas être uniquement alimenté par sa mauvaise conscience, mais il savait sans l'ombre d'un doute qu'il devait faire quelque chose. Et pourtant, ça ne lui permettait pas de mettre ses amis et leur famille en danger.
"Raison de plus pour ne pas vous entraîner là dedans. Ils ignorent que vous êtes au courant, vous êtes en sécurité."
"Et que pensez-vous que fera Maes s'il vous arrive quelque chose ?"
Le regard de Riza était planté dans le sien, lui interdisant de lui mentir, de se mentir :
"Il se lancera à leur poursuite."
Parce que c'était le genre d'homme, le genre d'ami que Maes était. Et que rien ne pourrait l'arrêter tant qu'il n'aurait pas trouvé les responsable de sa mort. Roy ajouta, pour faire bonne mesure :
"Et tu l'accompagneras."
"Si vous ne me laissez pas vous aider, soyez certain que je vous vengerai. Je ne vous ai pas amené jusqu'ici pour vous permettre de mourir sans avoir atteint notre but."
"Vous êtes tous les deux de vraies plaies. Pourquoi est-ce que j'accepte d'avoir des amis comme vous ?"
"Parce que sans nous vous seriez déjà mort, à Ishval, ou peu de temps après votre retour. Soit par une balle de votre arme, soit lentement à l'aide d'une consommation excessive de whisky."
Cette idée - cette vérité en fait - élimina toute trace d'humour dans l'esprit de Roy. Il n'aurait jamais supporté ce qu'il avait fait durant la guerre sans le soutien sans faille que lui avaient apportés ses deux plus proches amis. Il pouvait bien leur montrer la même fidélité en faisant le nécessaire afin de rester en vie.
Il attrapa son téléphone et composa le numéro interne de Maes.
"Hughes, rendez-vous d'ici vingt minutes dans le garage. Trouve-toi une excuse pour ne pas éveiller les soupçons du reste de l'équipe."
"Ok."
Puis il raccrocha à peine ces mots avaient franchi ses lèvres. Aucune question, aucune hésitation. Maes savait ce que Roy avait en tête, savait contre quoi ils partaient se battre et pourtant, comme à Ishval, il le suivait. Ed avait plutôt intérêt à être en vie quand ils le retrouveraient, il était hors de question que Roy aie mis les deux meilleures personnes de cette planète en danger pour rien.
