Bonsoir tout le monde
Je suis en retard pour publier. Et je n'ai pas d'autre excuse que : j'ai oublié. Mea culpa (et merci Flo de m'y avoir fait penser, pour la peine je te dédicace ce chapitre, profites en bien !).
Un grand merci à ma Nalou chérie sans qui cette fic aurait été truffée de fautes d'orthographe et à vous tous, mes chers lecteurs.
Bonne lecture !
« Compris. Retournez au bureau et continuez à chercher. Je vais rester ici. Nouveau contact dans deux heures. »
Roy raccrocha et se tourna immédiatement vers la vieille conserverie où ils étaient arrivés deux heures plus tôt. Il descendit avec prudence les escaliers vermoulus qui allaient l'emmener au sous-sol. Une fois dans la pénombre, il se dirigea vers une porte entrebâillée qui laissait passer la seule lumière de tout l'établissement. Il entra dans l'ancienne chaufferie et y trouva Edward, toujours allongé sur le lit. Il n'avait pas bougé d'un centimètre depuis qu'ils étaient arrivés .
Riza et Maes étaient repartis presque immédiatement après les avoir déposés. Il les avait envoyés s'occuper des deux monstres qu'il avait laissé pour mort suite à leur combat, avec l'ordre de se montrer extrêmement prudent et de fuir au moindre signe de danger. Malheureusement, ils n'avaient trouvé que des traces de lutte à leur arrivée. Les vampires avaient disparus et seules restaient des tâches noires sur le sol.
Ils avaient immédiatement appelé Roy pour le prévenir et recevoir de nouvelles directives. Après plusieurs minutes de protestations, ils avaient enfin accepté de retourner au siège du FBI et de donner le change en continuant leur enquête pendant que leur supérieur restait avec Edward. Une fois ce dernier réveillé, ils aviseraient.
Enfin s'il se réveillait un jour.
Roy s'approcha du lit où était allongé le jeune homme, sa peau habituellement dorée par le soleil extrêmement pâle. Il l'avait déshabillé en arrivant dans l'optique de soigner ses blessures, mais ça s'était avéré inutile. La peau d'Ed s'était déjà refermée d'elle-même et il n'y avait rien de plus à faire que de le couvrir et d'attendre qu'il sorte de cet étrange sommeil.
La couverture qui recouvrait Edward avait glissé jusqu'à sa taille et Roy la remonta. Il ignorait si elle était nécessaire, mais ce geste d'attention, ce geste normal, aidait Roy a ne pas se sentir totalement inutile. Il ne savait pas quoi faire afin d'améliorer la situation et c'était presque suffisant pour finir de le déséquilibrer. Il n'arrivait pas à récupérer assez de stabilité entre chaque nouvelle révélation pour que la suivante ne le frappe pas de plein fouet et menace de le jeter définitivement au sol.
Assis au bord du lit, il prit plusieurs profondes inspirations. L'absence de fenêtre lui donnait l'impression d'étouffer malgré l'énormité des espaces. Seul deux néons étaient allumés, tout là-haut, accrochés au plafond et ils illuminaient d'une lumière blafarde les cinq meubles installés du côté de la porte : un lit, un bureau, deux chaises et une énorme malle posée à même le sol, certainement celle d'Edward. Il avait été tentée de l'ouvrir pour vérifier, peut-être qu'il y aurait trouvé de quoi aider le vampire, mais s'était arrêté juste avant que ses mains n'enclenchent le mécanisme d'ouverture. Ed n'apprécierait certainement pas que l'on fouille dans son intimité pendant qu'il était inconscient, même avec l'excuse - parce que Roy savait que c'était une excuse, sa véritable motivation était sa curiosité presque maladive quand il s'agissait du jeune homme - de chercher de quoi le soigner.
Il était impossible de véritablement mesurer la taille de la pièce, la lumière fournie par l'éclairage ne permettant de voir que le début de la chaudière, avec ses tuyaux, ses thermomètres et ses manomètres. Mais il devinait, à travers les échos de ses pas et de sa voix, que la machine était énorme et qu'elle occupait la grande majorité de la salle. Elle était éteinte, ou hors service et la température qui devait être étouffante quand elle était en fonctionnement, était actuellement du mauvais côté de tempéré. Il ne faisait pas vraiment froid, mais Roy n'avait rien de plus que sa veste de costume pour lui tenir chaud et son manque de mouvement ne l'aidait pas à se réchauffer.
Mécaniquement, il posa une main sur le front d'Edward, aussi froid que d'habitude. Est-ce que les vampires pouvaient attraper une infection ? Et si c'était le cas, avaient-ils de la fièvre ? Il y avait tant de questions, tellement de choses qu'il voulait connaître. Pas seulement parce qu'il venait tout juste d'apprendre qu'une créature mythique dont il ignorait l'existence jusque là était bel et bien réelle, mais également parce qu'il voulait en savoir le plus possible sur une de ces créatures en particulier.
Edward Elric l'avait intrigué dès le départ, avant même qu'ils ne se rencontrent. Et maintenant qu'il l'avait vu, qu'il avait discuté avec lui et été témoin de sa passion, de sa profonde envie d'aider les gens sans rien demander en retour et de ses remords, la curiosité initiale de Roy avait laissé place à un véritable sentiment d'affection, ainsi qu'à un désir qui le choquaient tous deux profondément.
Edward était l'opposé de tout ce que Roy appréciait habituellement chez quelqu'un.
Déjà, c'était un homme. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait à apprécier la plastique de quelqu'un du même sexe et ça ne l'avait jamais dérangé plus que ça. C'était toujours resté comme une vague observation, une appréciation objective de la beauté et du charme, sans qu'il ressente le besoin d'agir, de toucher.
Et puis, alors qu'il pouvait sans trop de difficulté passer outre le fait qu'Edward soit du même sexe que lui, il n'en restait pas moins vrai que les choses que Roy recherchait dans ses partenaires étaient totalement absentes chez le jeune homme. Il n'était ni doux, ni calme. Son caractère explosif promettait des disputes épiques, et son corps compact et musclé était à des kilomètres des courbes et de la douceur que Roy aimait tant.
Et il fallait ajouter à tout ça un dernier petit détail : il faisait partie d'une autre espèce, qui se nourrissait de sang d'humain, et contre laquelle Roy était incapable de se protéger. Alors que le souvenir de la morsure d'Envy le remplissait de dégoût, l'idée d'avoir les lèvres d'Ed contre son cou, que ce dernier puise sa subsistance dans son sang avait un effet bien différent. Un effet que Roy ne s'expliquait pas et ne souhaitait pas étudier plus que nécessaire. C'était déjà assez gênant de sentir les battements de son cœur accélérer à chaque fois qu'il y pensait. Tout comme la chaleur qui naissait dans le creux de son ventre, attendant avec patience que Edward la transforme en brasier en posant uniquement ses lèvres contre la peau recouvrant sa jugulaire.
Roy ferma les yeux, faisant tout son possible pour chasser ces images de son esprit, mais l'attente ne le laissait avec rien d'autre à faire que de réfléchir. La présence d'Edward a ses côtés ne sembla pas calmer son problème et ce ne fut que lorsqu'il posa les yeux sur son corps toujours immobile que l'inquiétude prit le pas sur tout le reste.
Le réseau ne fonctionnait pas à travers les épais murs de la chaufferie et l'heure du prochain contact téléphonique avec son équipe approchait, poussant Roy à se lever et à remonter à la surface. L'air s'était réchauffé depuis qu'il était descendu, le soleil de midi brillait haut dans le ciel et il leva le visage dans sa direction, profitant de ses rayons.
Quand le numéro de Riza apparut sur son téléphone, il décrocha immédiatement. Leur appel dura peu de temps, les nouvelles étant peu nombreuses. Ses deux amis n'avaient trouvé aucune trace des vampires disparus et le reste de l'équipe était encore en train de regrouper les informations financières de la Rivière Pourpre. De son côté, Roy annonça que leur patient n'avait toujours pas montré le moindre signe de vie et promit de prévenir si jamais la situation changeait. Leur conversation se termina juste après que Riza ne s'engage à lui amener de quoi manger en fin de journée.
Roy quitta son emplacement au soleil avec regret et redescendit au sous-sol où il reprit sa surveillance d'Edward. Il s'endormit quelques temps après s'être assis au bord du lit, le dos contre le mur derrière lui.
ooOoo
Ce fut des bruits de pas qui le tirèrent de son sommeil. Il se releva et, après un coup d'œil rapide à la silhouette toujours immobile d'Ed, il sortit l'arme qu'il gardait attaché à sa cheville. Il fut soulagé de voir apparaître Riza quelques secondes plus tard, lourdement chargée et accompagnée d'une délicieuse odeur de curry.
Après des salutations rapides mais chaleureuses, il l'aida à décharger son fardeau sur le bureau et ils vidèrent ensemble le contenu des sacs : de quoi manger et boire jusqu'au lendemain et des vêtements pour se changer. Roy enleva avec plaisir la veste de son costume et la remplaça par un pull épais. Plusieurs bombes de peinture - plus facile à acheter en grande quantité sans éveiller les soupçons que de l'insecticide - furent déposées aux quatre coins de la pièce, facilement accessibles d'où qu'ils soient.
Ils avaient trouvé quelque chose capable d'arrêter ces monstres, même si elle ne permettait pas de les tuer définitivement et ils avaient toutes les intentions du monde d'en user et d'en abuser.
Ils travaillèrent en silence et ce ne fut que lorsqu'ils s'assirent au bureau afin de partager leur repas que Riza engagea la discussion :
« Comment va-t-il ? »
« Je n'en ai aucune idée. Il n'a pas bougé, ni montré le moindre signe de vie depuis qu'on a quitté cette vieille maison.»
Il restèrent silencieux pendant plusieurs minutes, observant le corps inerte du vampire, allongé à quelques mètres d'eux.
Puis Riza demanda, comme si Roy ne s'était pas déjà posé cette question des dizaines de fois depuis qu'il était arrivé ici :
« Et s'il avait besoin d'aide ? »
Roy passa une main sur son visage, il n'avait pas plus de réponse maintenant que la première fois qu'il avait déposé Edward sur ce lit. Il ignorait tout des vampires, de leur capacités de guérison, de ce dont ils avaient besoin. Et la seule personne capable de leur apporter ces informations était inconsciente depuis des heures.
« Ses blessures se sont refermées toutes seules, c'est plutôt bon signe. Nous ne pouvons rien faire d'autre que patienter et espérer qu'il se réveille quand il sera temps. »
C'était bien peu, même si c'était la vérité, et il aurait préféré avoir d'autres nouvelles, un plan d'action, une recette miracle qui leur permettrait de sortir de cette attente oppressante.
Lorsqu'il quitta Ed des yeux et reprit sa fourchette, il remarqua que Riza avait le regard fixé sur lui et il n'aimait pas du tout son expression. Dans l'espoir qu'elle abandonnerait le sujet – quoi qu'il soit – s'il attendait assez longtemps, il reprit son repas, lentement, chaque geste délibéré et parfaitement calculé pour exprimer nonchalance et détachement.
Mais bien entendu, ça ne fonctionna pas et il finit par reposer fourchette et couteau et demanda d'une voix lasse :
« Quoi que tu ais à dire, fais le, que l'on passe à autre chose. »
« Tu l'apprécies. »
Malgré le peu de probabilité de réussir à s'en sortir en faisant l'âne, Roy tenta le coup. Ça fonctionnait avec ses supérieurs et la plupart des gens qu'il rencontrait.
« De quoi parles-tu ? »
Les lèvres de Riza se pincèrent, dépitée qu'il utilise ses méthodes d'évitement sur elle, au lieu de tout simplement refuser de répondre.
« Je parle de notre jeune ami, tu t'inquiètes pour lui. »
« Bien entendu. Regarde-le. C'est parce qu'il m'a protégé qu'il est dans cet état là. Sans moi, il serait debout et en train de nous faire sortir de nos gonds. »
« Il n'y a pas que ça et tu le sais, ce n'est pas que de la reconnaissance. Tu es vraiment inquiet pour lui. Et n'oublie pas que nous avons été témoin de votre petite conversation. Tu peux te mentir autant que tu le veux, mais Hughes et moi te connaissons assez pour voir la vérité. Tu l'apprécies. »
Il n'aimait pas du tout la direction que prenait cette conversation.
« Vous ne devez pas avoir vu la même scène que moi alors. Nous avons passé notre temps à nous hurler dessus. »
Riza haussa les épaules, un léger sourire aux lèvres.
« Chacun peut bien montrer son affection comme il veut. »
Roy ne répondit pas, il était inutile d'argumenter, d'autant plus avec elle. Ils terminèrent leur repas en silence, puis Riza se leva et se dirigea vers la sortie. Elle se retourna avant de partir et posa une mains sur son épaule.
« Si ça peut vous rassurer, je suis inquiète moi aussi. Je ne sais pas comment il a fait en si peu de temps, mais son sort m'importe beaucoup. Et pas seulement parce qu'il vous a sauvé deux fois. Il y a quelque chose chez lui qui attire les gens, malgré eux. Appelez-moi s'il se réveille cette nuit, quelle que soit l'heure. Je repasserai demain matin avant d'aller au bureau. »
Roy acquiesça sans un mot, puis referma la porte derrière son amie. Il réorganisa ses quelques affaires, ouvrit chacune des bombes de peinture et vérifia ensuite que son briquet était toujours dans sa poche et en état de marche.
Il retourna s'asseoir sur le lit, auprès d'Edward et reprit sa surveillance. Quand, deux heures plus tard, rien n'avait changé, Roy ne supportait plus les pensées, les questions qui tournaient sans fin dans sa tête. Il jugea que son patient pouvait rester seul quelques temps et qu'un peu d'air frais l'aiderait à s'éclaircir les idées. Ses muscles protestèrent quand il se releva et il prit quelques secondes afin de tendre ses bras au plafond avant de sortir du bâtiment.
La nuit était tombée depuis longtemps et, comme il l'avait prévu, respirer à l'extérieur lui permit de se vider la tête. Les températures basses finirent également de saper le peu d'énergie qui lui restait et Roy se traîna à nouveau jusqu'à la chaufferie. Il était tard, un peu de repos lui ferait le plus grand bien. Il éteignit les néons, ce qui obligea une petite lampe posée sur le bureau à lutter seule contre l'obscurité, puis il posa sa veste de costume et son sac de vêtements de rechange contre le mur au pied du lit. Il espérait de tout cœur que ça suffirait à adoucir sa nuit et que son dos lui en serait reconnaissant au petit matin. Il s'installa du mieux qu'il put et posa une main sur la cheville d'Edward, à travers le drap qui le recouvrait. Si ce dernier bougeait, il le sentirait.
Malgré l'inconfort de sa position, il s'endormit peu de temps après.
ooOoo
Un bruit sourd le réveilla. Désorienté, il mit plusieurs secondes à reconnaître où il était. Il se redressa rapidement en grimaçant et vérifia le lit à côté de lui. Il était vide. Il devait être plus fatigué que ce qu'il pensait si Edward avait pu se lever sans qu'il s'en rende compte.
Il jeta un coup d'œil vers le reste de la pièce, à la recherche de son patient, soulagé de le savoir debout. Malgré tous ses efforts, il fut incapable de le trouver. La faible lumière fournie par la petite lampe de bureau ne lui permettait pas de voir à plus de quelques mètres. Il n'arrivait même pas à discerner le début de la chaudière, ne pouvant deviner que son énorme masse un peu plus loin dans la salle. Il n'entendait également rien et la crainte irraisonnée qu'Ed soit parti le poussa à parler.
« Edward ? »
Un bruit, fortement semblable à celui qui l'avait réveillé résonna en face de lui. Il plissa les yeux dans l'espoir de dissiper l'obscurité. Il attrapa également la bombe de peinture posée au pied du lit et saisit son briquet dans sa poche.
« Ed ? »
Il commença à se relever et sa tentative fut accueillie par un grognement animal. Il s'immobilisa totalement avant d'annoncer :
« Je vais juste me lever. Il n'y a aucun danger. »
Un second grognement retentit dans la pièce, mais cette fois, il n'arrêta pas Roy. Il devait être certain qu'Edward allait bien. Il fit un pas vers la chaudière, puis un second.
« Reste où tu es. »
La voix d'Ed était rauque, très basse.
« Ed, tout va bien. C'est moi. Tu ne risques rien. Tu es en sécurité. »
Il continua à s'avancer, cherchant le jeune homme au milieu de l'obscurité devant lui.
« Merde, Mustang. Dégage d'ici ! »
« Pas avant que tu me prouves que tu vas bien. Tu étais grièvement blessé et tu es resté inconscient des heures. Je ne savais pas quoi faire, ton goût du secret est de plus en plus pénible. Peut-être vas-tu accepter de me parler maintenant, au cas où la situation se renouvellerait. »
« Mais tu vas écouter une fois dans ta putain de vie, agent de mes deux ! Tire toi ! »
Edward avait l'air de souffrir, il parlait la mâchoire serrée et Roy se dirigea vers le son de sa voix sans vraiment y réfléchir. Puis son cerveau se mit en branle et il s'arrêta net, le souffle court et le rythme des battements de son cœur plus rapide.
Un grognement peiné résonna dans l'immense volume de la salle.
« Nom de dieu, Mustang ! »
« Désolé. »
Il inspira plusieurs profondes goulées d'air, dans l'espoir de calmer son cœur, mais son instinct de conservation l'en empêcha. Il y avait un prédateur près de lui et tout son corps se préparait à se défendre. Ou à fuir. Et rien de ce que son cerveau pouvait envoyer comme argument ne réussit à le convaincre qu'il n'y avait aucun danger.
« Que veux-tu que je fasse ? »
Il ne reçut qu'un énième grondement comme réponse et Roy ne savait pas si c'était la douleur qui poussait Edward à agir ainsi, ou s'il cherchait seulement à lui faire peur. En définitive, ça n'avait pas d'importance et l'inquiétude le poussa à continuer à avancer. Ses yeux s'étaient peu à peu habitués à l'obscurité et il aperçut une masse plus sombre que les ténèbres environnantes.
« Ed ? »
Il n'avait jamais eu peur d'Edward, mais quand il vit briller deux yeux rouges à quelques mètres de lui, il déglutit bruyamment.
« Ed, il faut que tu me dises comment t'aider. »
« M'oblige pas à parler. C'est déjà assez difficile d'ignorer le son de ton cœur. Barre toi. »
« Les miracles arrivent. Et moi qui en doutais. Si j'avais su qu'il existait un moyen de te faire taire, je m'en serais servi depuis des lustres. »
Il ne voyait plus la lueur rouge mais il était certain qu'Edward le fixait, les yeux plissés par la colère. Roy resta silencieux quelques secondes, profitant, malgré le danger de la situation, d'avoir enfin rabattu le caquet à ce sale gosse mal élevé.
« Nous avons assez joué, j'ai besoin de savoir ce qui se passe et comment t'aider. Un coup pour oui. Deux coups pour non. Compris ? »
La réponse mit longtemps à arriver, mais quand elle le fit ce fut sous la forme d'un coup sur un des tuyaux. BAM.
« Tes blessures sont guéries ? »
BAM.
Roy poussa un soupir de soulagement. Au moins, Ed n'était plus en danger. Ce qui ne voulait pas dire que lui ne l'était pas. Il savait très bien ce que signifiait cette lueur rouge dans les yeux d'un vampire, même s'il avait totalement confiance en Edward et en sa maîtrise sur ses instincts. Et qu'une toute petite partie de lui espérait que ce ne se soit pas le cas.
« Tu as perdu beaucoup de sang, tu as besoin de refaire le plein ? »
BAM.
Encore une réponse dont il s'était douté, mais il devait en être certain.
« Tu as de quoi boire ici ? »
Il ajouta presque à part moi, mais il n'avait pas du tout envie qu'Edward découvre dans sa voix à quel point cette idée lui plaisait.
BAM BAM.
« Tu sais où t'en procurer rapidement ? »
BAM BAM.
Ce qui faisait de Roy la seule source de nourriture accessible. La proposition était déjà sur ses lèvres mais il la remplaça par une autre question, cherchant à contrôler le désir qui devenait de plus en plus difficile à ignorer.
« Si je pars m'occuper de ton petit problème. Je peux compter sur toi pour rester sagement ici ? »
La réponse n'arriva pas tout de suite, comme si Edward avait eu besoin d'un peu de temps pour s'assurer de son propre contrôle.
BAM BAM.
Roy ferma les yeux. Merde. Toutes ses solutions disparaissaient les unes après les autres. Bientôt il ne lui resterait plus qu'une et il savait qu'il serait incapable de cacher bien longtemps les raisons qui le poussait à la proposer. Il inspira profondément et utilisa sa dernière cartouche.
« Je reste avec toi alors, je vais appeler Riza et lui demander de trouver une solution. »
BAM BAM.
Même quand il ne parlait pas, Edward parvenait à faire preuve d'une détermination qui frôlait l'idiotie.
« Écoute, Ed, nous n'avons pas d'autres options. Riza sait ce que tu es et elle se débrouillera pour ne laisser aucune trace. Je ne peux pas t'abandonner seul ici. Pas si tu risques de sortir et d'attaquer le premier innocent que tu croiseras. »
« Dégage d'ici, Roy ! »
Entendre Edward prononcer son prénom fit rater un battement à son cœur. Il devait s'éloigner avant de faire quelque chose qu'il allait regretter.
« Et toi arrête de parler. Concentre-toi. Je vais appeler Riza et quand elle t'aura apporté de quoi te nourrir, je te laisserai m'insulter autant que tu veux. Tu auras même le droit de me répéter de toutes les manières imaginables à quel point je suis un idiot stupide qui ne comprend rien. »
Il commença à s'éloigner d'un pas vif, décidé à remonter à la surface au plus vite, mais un profond grognement l'arrêta net. Ce n'était pas le même son qu'il avait entendu plus tôt. Celui-là était plein de menace et il tenta, sans succès, d'empêcher un frisson de descendre tout le long de sa colonne. Il se tourna lentement vers Edward qui s'était avancé, ses yeux rouges fixés sur lui et ses canines découvertes. Les poils des bras de Roy se dressèrent tous et il resta totalement immobile, osant à peine respirer. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine et Edward se lécha les lèvres, comme s'il pouvait déjà y sentir le goût de son sang. Il était un prédateur, prêt à bondir et à prendre sa proie en chasse si elle avait le malheur de faire le moindre geste. Roy savait très exactement quel rôle il allait jouer et, sans que cela l'étonne plus que ça, se rendit compte qu'il n'avait pas peur.
Maintenant qu'il avait arrêté de s'éloigner, Ed semblait avoir reprit le contrôle. Il baissa les paupières et inspira plusieurs fois, les bras le long de son corps et les poings serrés. Il parla sans rouvrir ses yeux :
« Tu aurais dû partir quand tu le pouvais encore. »
« Et te laisser seul faire face à la soif ? Aucune chance. »
Le regard d'Edward quand il le dévoila enfin était triste et abattu.
« Le monstre en moi ne t'autorisera pas t'enfuir maintenant. »
Roy laissa échapper un rire sans la moindre joie. Comme s'il en avait eu l'intention. Comme s'il n'était pas en train de souhaiter qu'Edward craque, que ses instincts prennent le dessus et qu'il se nourrisse du liquide que Roy rêvait de lui offrir. Sa fierté ne s'en remettrait probablement jamais si le jeune homme se rendait compte d'à quel point il en avait envie, surtout qu'il ne se gênerait certainement pas pour lui rappeler à la moindre occasion. Il fit donc attention à ce que sa voix soit la plus stable possible quand il énonça :
« Nous sommes dans une impasse. Avec une seule issue. Si c'est ce dont tu as besoin, viens le chercher. »
Il leva légèrement le menton pour bien faire comprendre à son interlocuteur de quoi il parlait et son mouvement fut reçu par un gémissement :
« Mustang. »
La manière dont fut prononcé son nom fit vaciller sa détermination. Edward avait l'air d'endurer un véritable martyr et Roy n'était pas homme à prendre plaisir de la souffrance des autres. Mais comme il l'avait dit un peu plus tôt, ils étaient à court de solutions.
« Écoute moi, Ed. Je ne pense pas que l'on puisse l'empêcher au point où nous en sommes. Je préfère encore que ça soit de moi que tu te nourrisses plutôt que d'un innocent dans la rue. Je te fais confiance, tu arriveras à te maîtriser, tu t'arrêteras à temps. »
La réponse arriva immédiatement, cinglante.
« Tu ne sais pas de quoi tu parles. »
Peut-être était-ce vrai. Peut-être qu'il croyait un peu trop en Edward. Peut-être que ses amis avaient raison et qu'il était suicidaire, peut-être qu'il risquait inutilement sa vie. Mais en quoi était-ce si important ? Qu'avait-il accompli dernièrement pour mériter sa place dans le monde et repayer un peu de la dette qu'il avait contractée à Ishval ? Il n'avait fait que s'enfoncer un peu plus chaque jour, par perdre des petits bouts de lui et il craignait que ce qu'il restait ne méritait pas d'être sauvé. Il ne pouvait pas arrêter ces monstres sans Edward, alors que l'inverse était vrai. Si sa vie permettait à terme de stopper ces crimes atroces, ce serait un faible prix à payer et un juste retour des choses.
Il ne pouvait pas dire tout ça à Edward, il était inenvisageable de se mettre à nu ainsi et de le laisser voir ses fautes et son âme noircie par la guerre. Il devait le convaincre autrement.
« Je pense qu'au contraire je sais tout à fait de quoi je parle. Au cas où tu ne t'en souviendrais pas, je suis déjà passé par là, je sais très exactement à quoi m'attendre. »
Le rire d'Edward fut bref et glacial :
« Tu ne veux pas revivre ça, crois moi. »
« Ne me dis pas ce que je veux ou ce que je ne veux pas ! Je suis un adulte, tout à fait capable de prendre mes décisions moi-même. »
« Tais-toi ! Ou arrête d'insister. C'est déjà assez dur avec ton odeur qui est partout et les battements de ton cœur, je n'ai pas besoin de te rappeler pourquoi c'est une très mauvaise idée. Je refuse de te mordre. Je préfère encore mourir de soif. Plus jamais je ne prendrai une vie. »
Roy s'était douté que décider Edward ne serait pas une partie de plaisir, mais en entendant le ton de sa voix, il sut qu'il ne parviendrait pas à le faire changer d'avis. Il devrait trouver un autre moyen.
Il restèrent à s'observer longuement, chacun cherchant un argument qui ferait pencher la balance dans un sens ou dans l'autre, qui les sortirait de cette situation inextricable. Les seuls bruits perceptibles pour les oreilles humaines de Roy étaient sa propre respiration ainsi que le sang qu'il entendait battre contre ses tympans. Il n'y avait pas un mouvement, pas un son et l'atmosphère devenait de plus en plus pesante.
Qu'est-ce que Edward percevait, avec ses sens sur-développés ? Il était capable de discerner les battements d'un coeur, de suivre le rythme cardiaque des personnes qui étaient proches de lui, mais entendait-il aussi la manière dont l'air se bloquait dans la gorge de Roy lorsque ce dernier s'imaginait avoir les lèvres d'Ed contre sa jugulaire, quand il pensait à son sang parcourant le corps du jeune vampire ? Sentait-il la chaleur qui émanait actuellement de tout son être ?
Le regard d'Edward restait posé sur lui, à tracer chacun de ses mouvements. Roy était le centre de son attention et ce fait était assez puissant pour lui donner encore plus envie de jouer avec le feu. Il savait qu'il ne faudrait pas grand chose pour que les instincts du jeune vampire ne prennent le dessus. Si faire appel à sa réflexion ne fonctionnait pas, il était toujours possible d'utiliser le chasseur qui résidait dans la créature qui lui faisait face.
Sans un bruit, sans un mouvement, il contracta tous ses muscles et ça suffit à faire régir Edward. Il gronda, le même grognement bas que la première fois que Roy s'était éloigné et la réaction de ce dernier fut elle aussi identique. Il n'attendit pas que le frisson dans son dos finisse sa course et il se retourna vers la porte.
Il n'eut le temps de faire un seul pas avant d'être poussé violemment contre le mur, juste à côté de l'ouverture. L'impact lui vida complètement les poumons et lorsqu'il inspira rapidement, son nez fut envahi par l'odeur d'Edward. Le parfum de froid comme celui des lacs gelés là-bas au nord qui l'accompagnait habituellement avait été rejoint par quelque chose de plus sauvage, de plus dangereux, autant pour la vie de Roy que pour son propre contrôle.
Il frissonna quand un souffle caressa son oreille :
« A quoi tu joues, Mustang ? »
Il releva la tête, découvrant sa jugulaire et sentit tous les muscles du vampire se figer. L'adrénaline et le désir avaient tant réchauffé le sang dans ses veines qu'il accueillit avec plaisir le froid qu'émettait le corps presque nu à quelques centimètres du sien. Mais il en voulait plus, toujours plus et il posa ses deux mains sur la taille d'Edward. Sa peau était froide et il fut surpris de la sentir souple et douce.
Maintenant qu'ils étaient tous deux entrés dans le faible halo de lumière fourni par la lampe posée sur le bureau, Roy vit distinctement Edward pour la première fois. Ses yeux rouges, ses lèvres fermées dans l'espoir de cacher ses longues canines, et ces kilomètres de muscles solides sous une peau dorée, sans la moindre imperfection. Ses blessures de la veille n'avaient même pas laissé une seule petite cicatrice.
Lorsque ses tentatives pour attirer Ed à lui furent infructueuse, il décida de changer de tactique. Il quitta la sécurité du mur dans son dos et fit un demi-pas en avant, collant leurs deux corps l'un à l'autre. Une de ses mains glissa le long de l'élastique de son boxer, s'arrêtant juste lorsque ses doigts atteignirent ses première vertèbres lombaires.
Les lèvres d'Edward se posèrent sur sa peau, toujours closes mais avec la promesse de quelque chose que Roy, à cet instant, voulait plus que tout.
« Fais le. »
Il avait du mal à reconnaître sa propre voix tant elle était déformée par l'envie - à moins que ça soit le besoin, il n'arrivait pas à faire la différence.
Cette fois, Edward gémit et sa langue frôla la peau de Roy, provoquant un nouveau frisson. Puis deux canines prirent sa place et il aurait dû avoir peur, aurait dû se débattre mais la seule pensée que son cerveau était capable de former était : maintenant, maintenant, maintenant. Ses deux mains se serrèrent par réflexe, les ongles de celle toujours accrochée à la hanche d'Edward pressant bien trop fort contre le muscle.
« Ed. »
Roy ne savait pas si c'était le ton de sa voix, ou sa proximité, ou la manière dont son cœur battait la chamade ou un peu de tout ça en même temps, mais Ed finit par céder et lorsque ses dents entrèrent dans la peau de son cou, Roy n'éprouva pas la violente douleur ni la peur qui l'avaient envahis lorsque Envy avait fait de même.
Après une légère piqûre, tout ce qu'il parvint à ressentir fut une douce chaleur, à l'endroit où la bouche d'Ed était connectée à sa peau, suivie d'une aspiration. Sa tête se vida de toute pensée et il réagit sans réfléchir. Un son moitié grognement moitié gémissement quitta sa gorge et il laissa le corps d'Edward soutenir le sien. C'était tout ce qu'il s'était imaginé et plus encore et il savait qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'il devienne complètement accro.
Pendant quelques secondes, il n'entendit rien, ne sentit rien de plus que le corps contre le sien, que son sang qui battait dans ses oreilles, puis des images envahirent son esprit. Des images sans queue ni tête, accompagnées de sentiments et de sons, une suite d'événements gravés grossièrement au centre de son cerveau. Sauf que quelque chose clochait, rien de ce qu'il voyait n'était arrivé durant son passé. Ces souvenirs n'étaient pas les siens.
Il vit deux jeunes garçons blonds courir dans les jupes d'une femme au sourire qui cachait une profonde tristesse. Il vit les deux mêmes enfants, un peu plus grand, se battre aux bords d'un chemin de terre. Il vit l'adolescent qu'était Edward, assis sur un lit d'hôpital dans lequel un jeune Alphonse était alité, tous les deux en train d'écouter un médecin, accompagné d'une tristesse et d'une peur qui lui tordait le ventre.
Il vit une succession de paysages dignes de cartes postales, des villes à l'architecture exotique avec un profond désintérêt face à leur beauté et il visita des tonnes et des tonnes de laboratoires. Il vit des montagnes de livres écrits dans toutes les langues, des bibliothèques et des gens en blouses blanches. Et une détresse qui grandissait et grandissait jusqu'à prendre toute la place.
Puis brusquement, le noir, la douleur, la soif, la soif et la soif. Les remords et un dégoût de soi, qui auraient pu être les siens tant ils lui étaient familiers. Et l'urgence. De plus en plus présente. Le temps qui s'écoulait trop vite. Alphonse dans son lit d'hôpital, tard la nuit, entouré de livres et de papiers.
Et lui. Enfin une vision de lui avec beaucoup plus de détails que ce qu'il voyait habituellement à travers son miroir. De l'inquiétude et des combats. De la frustration. De la peur et de la colère. Et la soif qui prenait à nouveau toute la place. La crainte de faire mal, de tuer encore, et cette fois, quelqu'un d'important, quelqu'un qu'il commençait à -
Le flux d'images et de pensées s'arrêta à l'instant exact où le vampire s'arracha de son cou. Roy sentit quelques gouttes de sang couler le long de sa peau, sur lesquelles le regard d'Edward était rivé. Ses yeux perdaient peu à peu la teinte rouge qui les avaient envahi plus tôt, mais Roy voyait pointer ses deux canines, posées sur des lèvres qu'il avait désespérément envie d'embrasser.
Roy avait complètement perdu la notion du temps et il ignorait quelle quantité de sang il lui manquait désormais, mais il se sentait légèrement pris de vertige. Il n'était pas certain que s'il s'écartait du mur, ses genoux accepteraient de tenir et de le soutenir. Sa respiration était rapide, bruyante, même à ses propres oreilles et il se demanda ce qu'Edward entendait. Est-ce qu'il entendait son désir dans les battements erratiques de son cœur ? Est-ce qu'il le sentait dans son sang ? Est-ce qu'il le voyait dans la manière dont Roy se tenait, dans la façon dont ses mains se levaient pour le saisir et l'attirer à nouveau vers lui ?
« Ed. »
Si le jeune homme ne s'était rendu compte de rien jusque là, il n'y avait aucune chance que le ton de la voix de Roy le laisse encore longtemps dans l'ignorance. Mais avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit, Ed s'était éloigné, se mettant hors de portée juste avant de balbutier :
« Je suis désolé. Je - »
Il ne termina pas sa phrase et se recula encore de quelques pas. Son regard, toujours sur la plaie et le sang qui en coulait, glissa vers la porte avant de revenir à son point de départ. Il grimaça et recula à nouveau, augmentant la distance entre lui et la source de son tourment. Il paraissait évident qu'il avait l'intention de fuir mais que la présence de Roy entre lui et la sortie l'en empêchait. Du moins tant qu'il ne serait pas certain d'avoir récupéré la totale maîtrise de ses actes.
De toute façon, il était hors de question de permettre à Edward de partir. Roy ne le laisserait pas s'enfuir. Maintenant qu'il l'avait retrouvé, ils iraient au fond des choses et ils arrêteraient Père, ensemble. Il savait qu'il n'avait aucune chance de contraindre le jeune homme à faire quoi que ce soit, mais il se décala de quelques pas et se plaça devant l'entrée. Il ne se faisait pas d'illusion, jamais il ne pourrait empêcher Ed de sortir si ce dernier le souhaitait vraiment, mais il devrait l'approcher pour ça et Roy n'avait pas du tout l'intention de la jouer fair-play si cela arrivait.
Pour le moment, il devait garder l'attention du jeune homme sur lui et le pousser à parler.
« Ça va mieux ? »
Le regard d'Edward, toujours sur le sang qu'il sentait couler lentement, se leva jusqu'à croiser le sien. Il paraissait encore ailleurs, surpris de le voir là et encore plus étonné qu'on lui parle.
« Quoi ? »
« Est-ce que tu te sens mieux ? »
« Ce n'est pas la question, j'ai -» Il lécha ses lèvres, faisant apparaître par la même occasion la pointe de ses canines et Roy essaya de ne pas trop penser à l'effet que cette vue provoquait chez lui « J'ai - »
« Fais exactement ce que je t'ai demandé. Et tu t'es arrêté. Comme je te l'avais dit. Regarde, je vais bien. »
Il leva les bras et fit un pas en avant afin de prouver ses dires. Malheureusement, Edward n'en avait pas fini.
« Je t'ai attaqué. Je suis un monstre. Tu dois absolument - »
« Tu m'avais prévenu de ne pas fuir. Je l'ai fait en connaissance de cause. »
« Tu es un abruti, sans la moindre once d'instinct de conservation. J'aurais pu te tuer. Je le peux toujours, aussi facilement que de claquer des doigts ou de taper des mains. Tu dois me promettre que la prochaine fois, tu te tireras et me laisseras seul. »
L'idée d'une prochaine fois, ainsi que le regard d'Edward qui revenait sans cesse sur la plaie qui ornait toujours son cou, le poussa à quitter sa place devant la porte et à s'approcher un peu plus du jeune homme. Maintenant que le mur n'était plus derrière son dos et qu'il ne pouvait plus se servir du chambranle de la porte pour le soutenir, les vertiges dus à la perte de sang se rappelèrent à son bon souvenir.
Il n'était pas en état de nourrir Edward à nouveau, mais ça ne l'empêchait pas d'en avoir envie. C'était idiot et dangereux et probablement suicidaire et il ne supportait pas l'idée que sa volonté soit si faible, mais la connexion qu'il avait ressentie, le transfert des souvenirs qui étaient toujours présents dans un coin de son cerveau, le corps contre le sien, absolument tout le poussait à réitérer l'expérience.
« Hé bâtard ! Promets le moi ! »
Roy n'avait toujours pas répondu et il n'avait absolument pas l'intention de le faire. Sa parole était une des rares choses qu'il n'avait jamais trahi dans son existence et il était hors de question de commencer. Parce qu'il ne faisait aucun doute qu'il agirait exactement de la même façon si la situation se répétait.
« Arrête de t'inquiéter pour rien, Ed. Je vais très bien. Je ne pense pas qu'avec ta morphologie, tu aies besoin de tant de sang que ça de toute façon. »
La pique sur sa taille était volontaire et avait pour seul objectif de faire sortir Edward de l'atmosphère noire qui semblait envahir ses pensées. Roy ne fut pas déçu lorsque la colère explosa :
« Qui est-ce qui est si petit qu'il a l'estomac d'un bébé ?! »
« Je ne fais qu'énoncer une vérité. Franchement, je ne vois pas quel est ton problème. Tu as eu ce dont tu avais besoin, tu es guéri et je n'ai aucun effet secondaire. »
Sauf que le monde devait le détester – et pas forcément à tort – parce que ses genoux décidèrent à ce moment là qu'ils avaient assez travaillé et que supporter son poids une seconde de plus était trop demander.
Heureusement pour lui, les réflexes d'Edward étaient parfaits et il bougeait vite. Au lieu de s'écraser au sol dans une position plus qu'humiliante, il se retrouva avec les bras du vampire autour de sa taille et son visage à quelques centimètres du sien. Avant que Roy se rende compte de ce qu'il faisait, il avait levé la tête, découvrant son cou.
En parlant d'humiliation.
Mais il ne bougea pas, ne retira pas son offre et il sentit le grognement d'Ed plus qu'il ne l'entendit. Ils restèrent ainsi de longues secondes, sans qu'aucun d'entre eux ne bouge ou ne parle. Puis Edward l'attira vers le lit et l'y allongea doucement, presque avec tendresse, alors que le volume de sa voix ne trahissait que de la colère.
« Tu es vraiment un sale connard. À quoi tu joues ? Tu crois que c'est facile de résister alors que j'ai encore le goût de ton sang sur ma langue, que son odeur a pratiquement éclipsé toutes les autres ? Qu'est-ce que tu veux ? Que je te tue ? Pour que je me balade avec ta mort sur la conscience ? Non merci ! J'en ai déjà bien assez ! Alors maintenant, tu te couches et tu te tais. Je refuse de te faire perdre la moindre goutte de sang supplémentaire ! »
Roy posa un bras sur ses yeux, cachant son visage. Il devait réfléchir. Il ne comprenait ni son comportement, ni sa réaction au refus d'Edward. Pourquoi est-ce qu'il en avait tellement envie ? Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'il traite sa propre sécurité avec si peu d'égards ? Il s'était battu lorsque Envy l'avait attaqué, tout comme Gluttony et Lust, alors pourquoi était-ce différent avec Edward ? Il avait mis son existence entre ses mains. Pire ! Il avait accepté de lui servir de nourriture. Il n'avait jamais laissé personne passer ses défenses, pas depuis l'enfance, pas depuis Riza puis Maes. Alors pourquoi n'avait-il fallu à Ed que quelques jours pour se faire une place dans sa vie ? Était-ce une forme de magie ? Ou une capacité des vampires ?
Il ne pouvait pas regarder Edward, pas encore. Pas tant qu'il n'aurait pas ses réponses ou récupéré un minimum le contrôle.
« Qu'est-ce que tu m'as fait ? »
La colère n'avait pas quitté le jeune homme et la réponse arriva immédiatement, brutale et cinglante, cachant difficilement la peine que sa question avait provoquée.
« C'est toi qui a insisté, alors ne viens pas me le reprocher maintenant ! »
« Pourquoi est-ce que tu dois tout prendre de la pire des manières ? Bon dieu, Edward, je veux juste comprendre. »
« Comprendre quoi ? Que j'ai perdu le contrôle ?! Je t'avais dit de te tirer et toi, au lieu de m'écouter, tu as insisté. Je ne sais pas ce qui t'a poussé à rester, un sens mal placé du devoir, un côté martyr, mais ne viens pas maintenant me balancer en pleine gueule ma réaction. Si quelqu'un soit donner les raisons de ses agissements, c'est toi ! »
Roy avait toujours le visage caché par son bras, bien trop honteux pour oser regarder Ed dans les yeux et lui avouer ce qu'il s'apprêtait à lui dire.
« C'est justement le problème. Je n'en ai pas d'autre que le fait que j'en avais envie. Je l'ai toujours d'ailleurs. C'est dangereux et rien que l'idée devrait me révulser. Et quand je pense à Envy ou à Lust ou à ce monstre qui l'accompagnait la dernière fois, c'est le cas. Mais toi, toi c'est autre chose. Et je ne sais pas l'expliquer, alors si c'est une capacité spéciale, une forme d'addiction à ta salive ou un truc du genre, dis-le moi. »
Edward resta parfaitement muet, mais sa présence ne disparut pas et Roy en fut soulagé. Après une minute d'un silence pesant, il prit son courage à deux mains et souleva un bras lourd comme le plomb. Il tourna la tête jusqu'à voir l'expression du jeune homme, debout à côté du lit. Ed le regardait avec un mélange de peur, de colère et d'admiration. Roy remit son bras à sa place et se mordit la langue. Il en avait déjà bien trop dit, hors de question de se dévoiler encore plus.
Après ce qui sembla durer une éternité, il leva sa main libre pour effleurer la blessure qui était toujours présente dans son cou. Le contact fit naître une légère douleur et il grimaça. Il allait certainement avoir des traces de cette morsure pendant des semaines. Il allait appuyer un peu plus fort afin d'étudier l'étendue des dégâts lorsqu'une main froide attrapa la sienne et l'écarta de la zone.
« Je vais m'occuper de ça. »
Roy saisit le drap qui recouvrait le lit de toutes ses forces. Il n'attraperait pas Edward. Il ne l'attirerait pas contre lui. Il n'était pas pitoyable à ce point et il avait eu assez d'humiliation aujourd'hui pour lui durer toute une vie.
Mais malgré toute sa volonté, il ne parvint pas à retenir le léger gémissement qui quitta sa gorge lorsqu'une langue froide glissa à l'emplacement de ses morsures. Sa peau se mit à chauffer légèrement et, quelques secondes plus tard, la douleur avait laissé place à une sensation agréable.
Edward grogna à son tour quand il lécha le sang qui s'était accumulé sur sa peau et Roy bénit le bras qui cachait encore la majorité de son visage , ainsi que le rouge qui devait maintenant colorer ses joues. Il s'attendit ensuite à se retrouver seul, à ce que Ed quitte la pièce, voire le bâtiment, mais il sentit le lit s'enfoncer à ses pieds.
« Essaie de dormir un peu, bâtard. On a une longue nuit qui nous attend. »
