Hello tout le monde !

Je suis de retour. toute penaude de vous avoir abandonné pendant de longs mois. Je n'ai pas d'autres excuses que : trop de boulot, trop d'enfants, trop la tête à autre chose. Mais avec le confinement, j'ai un peu plus le temps et l'envie, alors je vais me remettre à publier.

J'espère que vous ne m'en voulez pas trop.

Bonne lecture.


Quand il se réveilla, Hughes avait remplacé Edward. Roy avait l'impression d'être un enfant dont les parents alternaient la garde et ça ne lui plaisait pas du tout. Il tenta de se lever mais tout son corps semblait être formé de plomb. Son mouvement attira pourtant l'attention de Maes, qui était assis sur une chaise du bureau, deux épais dossiers déposés devant lui. Quand il remarqua que son ami et supérieur était réveillé, il se leva et lui apporta immédiatement une bouteille d'eau.

Après avoir vidé la moitié du liquide salvateur, Roy se sentit enfin prêt à parler. Sa première question fut au sujet du jeune homme auprès duquel il s'était endormi :

« Ed ? »

De l'inquiétude passa dans le regard de Hugues, mais il la cacha rapidement.

« En haut avec Hawkeye et le reste de l'équipe. Ils sont en train de mettre un plan sur pied. »

Alors pourquoi est-ce que Maes était ici ? Il était l'un de leurs meilleurs tacticiens.

« Tu devrais être avec eux. »

« Et qui surveillerait notre idiot de supérieur si c'était le cas ? »

« Je trouve que Riza et toi, vous prenez un peu trop de libertés dans votre façon de vous adresser à moi. Et j'ajouterai que je n'ai pas besoin de surveillance. »

« Ha bon ? Ce n'est pas l'impression que tu nous donnes depuis quelques temps ! »

Roy leva les yeux vers son meilleur ami lorsqu'il entendit la colère dans sa voix.

« Je vais bien. Ne t'inquiète pas. »

« Oh que si, je m'inquiète ! D'autant plus maintenant que tu as décidé de te comporter comme le dernier des imbéciles. À quoi est-ce que tu pensais ? Le laisser te – tu vois ce que je veux dire ! Alors que tu as failli y passer il y a moins de quinze jours ? »

« Edward devrait apprendre à fermer sa bouche. »

« Il n'a rien dit. Il n'en a pas eu besoin. Tu aurais vu sa tête quand nous sommes arrivés ce matin, sa culpabilité était inscrite sur chacun de ses traits ! »

Roy ne voulait pas avoir cette conversation. Il voulait encore moins l'avoir en étant couché dans un lit. Il attrapa le bord du matelas et se redressa difficilement. Une fois assis, il posa ses deux pieds au sol et attendit que les vertiges cessent. Cela nécessita plus de temps qu'il ne l'aurait souhaité et quand il rouvrit les yeux, Maes avait sa tête des mauvais jours.

« A quoi tu joues, Roy ? Je pensais que tu t'étais sorti ces idées de la tête, pas que tu allais replonger avec une méthode différente. »

Il n'aimait pas du tout les reproches et les sous-entendus de son ami. Surtout qu'il s'était senti, ces derniers jours, plus vivant que depuis bien longtemps. Le volume et le ton de sa voix indiquaient clairement son agacement.

« Je ne suis pas suicidaire, ce n'est pas de ça dont il s'agit ! Alors arrête tout de suite de te comporter comme si tu savais ce qui se passait dans ma tête. »

« Comme si c'était possible. J'ai abandonné cette idée depuis plusieurs mois. Je ne te reconnais plus, Roy ! Et je suis bien incapable de comprendre pourquoi tu laisses ces monstres boire ton sang, ils ont failli te tuer. »

« Edward n'est pas un monstre. » Il fit une pause de quelques secondes, surpris par sa propre véhémence, puis il ajouta plus doucement « et il ne me fera jamais de mal. »

Maes ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma avec un bruit sec. Il avait dû voir ou entendre quelque chose dans l'expression ou la voix de Roy parce que la colère disparut complètement de ses traits. Il finit par cracher :

« Merde ! »

« Je ne sais pas ce que tu t'imagines, mais c'est un peu ma pensée générale aussi. »

Le tension dans la pièce disparut complètement et elle emmena avec elle les dernières traces des vertiges qu'ils l'assaillaient depuis le réveil. Il tenta de se lever et Maes l'y aida d'une main autour de son bras. Si elle y resta un peu plus longtemps que nécessaire, si elle le serra un peu plus que nécessaire, aucun des deux hommes n'en fit la remarque. Ils n'en avaient pas besoin.

Pendant qu'ils montaient les escaliers qui allaient les amener à la surface, Roy se demanda ce que Maes avait vu en lui, ou cru voir. Parce que son propre esprit était un fouillis d'envies, de besoins et de sentiments contradictoires qu'il n'arrivait pas à démêler. Mais ses amis avaient la fâcheuse habitude de découvrir ce qu'il pensait avant lui. Quand toute cette histoire serait terminée, il prendrait un moment pour cuisiner Hughes et trouver ce qu'il savait.

Quand il arriva dans ce qui devait être le bureau de l'ancien directeur de la conserverie, toute son équipe s'y trouvait déjà. Chacun d'entre eux l'accueillit avec un sourire ou un signe de tête. Seul Ed resta dans un coin, assis comme à son habitude, un pied sur la chaise et les bras autour de son genou. Il avait la tête baissée et Roy ne parvint pas à voir autre chose qu'une cascade de cheveux blonds et une bouche pincée. Il aurait aimé avoir le temps de terminer leur conversation de la veille, sans qu'ils aient tous les deux l'esprit embrouillé par ce qu'il s'était passé et, il devait l'avouer, le manque de sang.

Mais ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour avoir cette discussion et il regretta ne pas s'être réveillé avec Edward à ses côtés. Ils auraient pu régler leur problème personnel avant de passer à celui, plus urgent et bien plus important, qui les avait tous réunis ici. La seule marge de manœuvre de Roy pour l'instant était de faire comprendre au jeune homme qu'il n'y échapperait pas et il alla s'appuyer sur le bureau à ses côtés.

Il croisa ses bras sur sa poitrine. Il était temps de reprendre sa place de chef d'unité. Ils avaient un groupe de criminels à arrêter. Que ces criminels soient des créatures surnaturelles n'allait pas les empêcher de faire leur travail. Et avant toute chose, il avait besoin de se tenir au courant des dernières avancées de leur enquête.

Alors que Fuery commençait timidement son compte-rendu, Roy prit conscience de la tension qui habitait la pièce. Edward était immobile, à quelques mètres de lui, le visage toujours tourné vers le sol. Il ne paraissait pas le moins du monde intéressé par ce qui s'y passait mais Roy les connaissait assez, lui et ses capacités, pour savoir que ce n'était qu'une façade et que le vampire était conscient de chaque mot, chaque battement de cœur, chaque inspiration de toutes les personnes présentes dans la pièce.

Roy étudia ensuite le langage corporel de son équipe.

Maes et Riza étaient, comme à leur habitude, installés l'un à côté de l'autre, légèrement en retrait, mais prêts à intervenir si nécessaire.

Falman, Breda et Havoc se tenaient tous trois près de Fuery, les muscles tendus par la nervosité. Et à en croire les coups d'œil fréquents lancés dans la direction d'Edward, il n'était pas difficile d'en deviner la cause. Roy continua à les observer et il vit Jean tripoter sans cesse une cigarette qu'il avait roulée mais pas allumée. Vato avait sa main droite qui se dirigeait périodiquement vers son arme avant de s'arrêter et reprendre sa place le long de son corps. Et enfin, Heymans avait carrément attrapé l'un de ses poignets pour s'empêcher de bouger.

Il ne fallait pas être un grand profiler, ni un bon enquêteur – et Roy était les deux, ce n'était pas faire preuve d'un manque de modestie que de le reconnaître - pour savoir ce qui les dérangeait et quelles en étaient les causes.

Par contre, qui avait vendu la mèche et l'étendue de leurs connaissances sur le sujet lui échappaient encore. Maes, et certainement Riza, savaient ce qu'il s'était passé la nuit précédente, ce que Roy avait permis à Edward de prendre, mais il espérait de tout cœur que le reste de son équipe l'ignorait. Non pas qu'il en ait honte, même s'il devait avouer que c'était un peu le cas, mais sa relation avec Edward, son envie et son besoin de lui fournir de quoi se nourrir étaient bien trop intimes pour être étalés sur la place publique.

Rien que de penser au corps du vampire contre le sien, à ses dents pénétrant sa chair et sa langue léchant son sang, son cœur s'accéléra et il sentit tout son corps se réchauffer. Ed avait également perçu le changement, car il pencha légèrement la tête de côté et il inspira profondément. Puis il redevint totalement immobile, tous ses muscles plus rigides que ceux d'une statue.

Était-ce juste l'appel du sang qui avait provoqué cette réaction ou celui de Roy en particulier ? Il se rendit compte que la réponse à cette question lui importait grandement et cette illumination raffermit sa résolution de parler à Edward dès que possible. Il était hors de question qu'il disparaisse une fois de plus.

Roy maudit son timing et se concentra à nouveau sur le problème le plus urgent : arrêter Père et ses homonculi. Et s'il voulait la moindre chance d'y parvenir, il avait besoin de toute son équipe. Et d'Edward. Et que les deux arrivent à travailler ensemble et sans qu'aucune question, aucune crainte ne vienne gripper la machine.

Fuery avait terminé de parler et Roy se rendit compte qu'il ne lui avait pas apporté toute l'attention qu'il méritait. Il ne l'avait écouté que d'une oreille, trop occupé à se perdre dans ses propres pensées. Quel genre de supérieur était-il en train de devenir s'il ne parvenait pas à récompenser le dur travail de ses collaborateurs en y montrant un intérêt sans faille ?

"Merci Fuery, je crains de ne pas avoir été un très bon chef d'unité dernièrement. Je m'en excuse, vous ne méritiez pas que l'on vous mente ainsi. »

Ses hommes hochèrent de la tête, chacun avec différents niveaux d'inquiétude, de questionnement ou même de colère et Roy se demanda si aller s'installer à côté d'Ed n'avait pas été une erreur tactique. Vu de l'extérieur, Il avait choisi un camps, celui d'un presque étranger contre celui de ses coéquipiers, alors que ça n'avait jamais été son but. Il était temps de réparer ça. Il s'avança au milieu de la pièce, comblant la distance qui le séparait de ses hommes et augmentant de ce fait celle qui l'écartait d'Edward. Riza et Maes, dieu les bénisse, bougèrent à leur tour, couvrant l'espace qu'il restait et leur équipe fut à nouveau entière.

« Il est inutile de tergiverser. Que savez-vous de façon certaine et qu'est-ce que vous en avez déduit ? »

Ils se regardèrent tous pendant quelques secondes, la tension continuant à monter puis Breda se lança :

« Nous savons que le criminel que nous poursuivons depuis des années est un vampire. Que lui et sa bande ont essayé de vous tuer chez vous la semaine dernière. Ce n'était pas la grippe qui vous a cloué au lit. On sait aussi que ces monstres auraient réussi à vous vider de votre sang sans l'intervention d'Elric. Que ce même Elric est également un vampire et qu'à la vue de la manière dont vous bougez depuis que vous êtes monté, il vous a aussi pris pour un buffet à volonté. »

Havoc ajouta :

« C'est tout ce que nous savons parce Maes nous l'a expliqué lorsque nous sommes arrivés ici ce matin et parce que Elric a bouché les trous et répondu à certaines questions. Pas parce que vous nous l'avez dit. »

Le reproche était mérité, mais ce n'était pas ce qui retint son attention. Ils avaient tous les deux utilisé le nom de famille d'Edward. Ce n'était plus Ed ou Edward, comme la première fois qu'ils avaient parlé de lui. Et l'animosité de tout le monde dans la pièce envers le jeune homme était palpable, comme s'il était responsable de la situation. C'était foncièrement injuste, il n'avait rien fait pour mériter ce traitement, seul Roy avait pris la décision de mentir à ses coéquipiers et de garder secrète la vraie nature des êtres qu'ils poursuivaient.

« Je comprends votre colère d'avoir été laissé dans le noir. C'est peut-être une piètre excuse maintenant que vous êtes au courant, mais j'avais l'intention de vous prévenir. Jamais je ne vous aurais envoyé combattre ces monstres sans vous avoir tout dit. »

Il fut soulagé de voir que chacune des personnes dans la pièce le croyait, qu'il n'aurait pas besoin d'insister et de les convaincre de sa bonne foi. Ils avaient toujours confiance en lui et c'était la seule chose qui importait vraiment. S'ils faisaient un aussi bon travail tous ensemble, c'était parce qu'ils restaient soudés, malgré les différences d'opinions et les erreurs. Ils se connaissaient depuis des années et aucune de leurs forces ni de leurs faiblesses n'étaient un secret.

C'est avec un poids de moins sur les épaules que Roy décida d'aborder un dernier sujet. Un sujet assis à quelques mètres d'eux et dont le bien-être lui importait grandement.

"Maintenant, en parlant d'Edward. Il n'a absolument rien fait de mal, vous avez ma parole. »

Il s'attendait à ce qu'un membre de son équipe réagisse, mais l'opposition arriva d'un côté qu'il n'avait pas prévu. Ou peut-être qu'il aurait dû, vu ce qu'il savait de cette personne.

« C'est des conneries ! »

La voix d'Ed était résolue et il s'était enfin levé. Roy croisa son regard une demie-seconde avant qu'il ne se retourne et fixe chacune des personnes présentes dans la pièce droit dans les yeux.

« N'écoutez rien des conneries qui sortent de sa bouche. Il serait capable de pousser une mère à vendre ses propres enfants. C'est moi qui l'ai mis dans cet état. Je n'ai aucune excuse et j'aurais dû résister. »

Si Ed cherchait à briser la paix fragile qui s'était installée pendant que Roy parlait, il avait fait exactement ce qu'il fallait. Mais avant que Roy ne trouve les mots pour calmer la situation, Breda, toujours capable de garder son sang-froid, fit remarquer la seule chose qui semblait importante à ce moment là.

« Mais le chef est vivant ce matin. C'est que tu as résisté. Et puis tu l'as sauvé lorsqu'il a été attaqué. Les deux fois. »

Ed commença à faire les cent pas.

« Ça ne change rien. »

Hughes, qui était resté silencieux jusque là, se mêla à la conversation.

« Je pense qu'au contraire, ça change tout. »

Roy regardait Edward mais il vit Riza acquiescer du coin de l'œil. Elle s'adressa au reste de l'équipe, elle saurait finir de les convaincre, elle avait toujours été la voix de la raison :

« Il me paraît évident que nous pouvons avoir confiance en Edward. Il a prouvé à plusieurs reprises que notre sécurité et en particulier celle de Mustang est une de ses priorités. Et nous savons tous ici à quel point notre supérieur peut être têtu quand il a décidé de quelque chose. Ainsi que du fait qu'il ne reculera devant rien afin d'obtenir ce qu'il veut, même si c'est visiblement mauvais pour sa santé. Je crois que chacun d'entre nous a déjà eu l'honneur de le raccompagner chez lui après une soirée un peu trop arrosée ? »

Plusieurs rire retentirent dans la pièce pendant que Havoc et Falman s'échangeaient un regard entendu. Roy, même s'il n'appréciait pas la tournure de cette conversation prenait, se garda bien d'intervenir. Déjà parce que c'était en partie la vérité, et ensuite parce ça servait ses intérêts actuels.

Mais Riza n'en avait pas fini, elle parla d'un ton que Roy ne lui avait jamais entendu lorsque elle s'adressa uniquement à Edward :

« Vous êtes vivant tous les deux et je crois que c'est la seule chose importante ici. »

Le jeune homme, toujours aussi têtu, ne lâcha rien.

« Il a eu du bol, c'est tout. »

« En effet, c'est une de ses capacités spéciales. Il a eu beaucoup de chance que tu sois avec lui les deux fois où ces monstres ont attaqué. »

« Ce n'est pas ce dont je parlais et vous le savez.»

Il disparut de leur champs de vision en moins d'une seconde. Tout le monde sursauta quand il reprit, debout sur le pas de la porte :

« Je ne sais pas ce que vous vous imaginez et ce que vous pensez lorsque vous me regardez, mais je suis un monstre. Je ne diffère de ceux qui ont attaqué votre idiot de supérieur que parce que je ne veux pas tuer. Votre sécurité ne tient que par le peu de contrôle que je maintiens sur mes instincts primaires. Vous n'auriez aucune chance de m'arrêter si je voulais attaquer l'un d'entre vous. Mon espèce se nourrit de la vôtre. Ne l'oubliez pas. Jamais. Ça vous évitera certainement de finir comme un abruti de notre connaissance, à galérer à tenir debout tout seul. »

Sa petite tirade ne sembla pas avoir l'effet escompté et tout le monde l'observa sans la moindre trace de peur dans leurs yeux. Roy laissa un sourire s'afficher sur ses lèvres avant de parler.

« Je tiens très bien debout, je te remercie de t'en inquiéter, Ed. Si tu as fini de te faire passer pour le méchant de l'histoire, peut-être que je pourrais enfin vous expliquer la suite des opérations »

Ed croisa les bras sur sa poitrine mais resta, miraculeusement, silencieux.

« Bien. Maintenant que tout le monde a spéculé et bien ri de ce qui ne les regarde pas, j'attire votre attention sur le fait que nous avons un problème plus important à gérer que ce qui a trait à ma vie personnelle. »

Havoc ouvrit la bouche et Roy se dépêcha d'ajouter, le fixant droit dans les yeux :

« Vie dont vous n'apprendrez rien de plus, alors ce n'est pas la peine de continuer à en parler. »

La mâchoire de Jean se referma avec un bruit sec et, satisfait d'avoir fait passer son message, Roy continua :

« Ça me peine de l'avouer, mais nous n'avons aucune chance de réussir à arrêter Père et ses acolytes sans l'aide d'Edward. Déjà parce qu'il sait mieux que quiconque comment ils fonctionnent et ensuite, parce que nous sommes incapables de leur tenir tête en cas de combat direct. Donc ma question sera simple et je n'en tiendrais rigueur à aucun d'entre vous si vous décidez de ne pas participer : nous allons arrêter ces monstres, qui veut faire partie de l'équipe ? »

Sans surprise, la première à répondre fut Riza :

« J'en suis. »

Maes soupira et annonça :

« Je te promets que tu as intérêt à me ramener vivant auprès de Gracia et Elicia, sinon je reviendrais te hanter jusqu'à la fin de tes jours. »

« Les fantômes n'existent pas, Hughes. »

La répartie arriva sans attendre, amplement méritée vu leur situation :

« Les vampires non plus aux dernières nouvelles. »

Fuery, en grand adepte du paranormal, jeta un coup d'œil plein d'espoir à Edward :

« Les fantômes existent ? Et les loup-garous ? »

Ce dernier leva les yeux au ciel.

« Bien sur que non ! Qu'est-ce qui vous fait croire que les gens puissent revenir après leur mort sous une forme spectrale ? Et des hommes se changeant en loup géant à la pleine lune ? On vit dans le monde réel, pas dans une des ces histoires sans queue ni tête qui font fureur en ce moment. »

Tout le monde regarda Ed, la bouche grande ouverte. Fuery lui fit remarquer, totalement sidéré :

"Euh, tu es un vampire, Ed."

Edward se tourna vers lui et lui parla comme s'il était le dernier des idiots.

« Merci, je sais. C'est trop long à vous expliquer, mais il y a des raisons tout à fait scientifiques à l'existence des vampires. Il n'y en a aucune pour les fantômes, les loup-garous, les goules ou des femmes aux cheveux de serpents, des créatures mi-homme - mi chevaux, des zombies ou tout ce que le folklore a pu et continuera à inventer. »

Fuery parut effondré de cette nouvelle, mais de son côté, Roy, un peu soulagé qu'ils n'aient à faire qu'à des vampires et pas à tout le bestiaire fantastique, reprit la maîtrise de la conversation.

« Maintenant que nous avons prouvé que Maes ne pourra pas venir me hanter, continuons. »

Havoc sortit une cigarette de son paquet et la plaça sur son oreille :

« J'en suis. Je vais me fumer une clope. Appelez-moi quand vous aurez décidé de notre plan. »

Breda avait confirmé sa participation avant que son ami ne soit sortit de la pièce. Fuery et Falman firent de même quelques secondes plus tard et Roy fut une fois de plus surpris et très fier de toute son équipe. Le sentiment d'humilité qui était le sien à chaque fois qu'il pensait que ces hommes et femmes exceptionnels acceptaient de mettre leur vie en danger pour lui, de le suivre, parce qu'ils avaient confiance en lui, était toujours très puissant.

Il allait les remercier lorsque Edward, resté silencieux jusque là, annonça :

« Sauf que vous ne viendrez pas avec moi. Je vais m'en occuper seul. »

Roy se tourna vers lui et le trouva, comme il s'y attendait, les bras croisés sur sa poitrine et son habituelle moue sur les lèvres. Il se demanda si le jeune homme savait à quel point il était adorable lorsqu'il faisait ça. Ou alors c'était lui qui avait le regard biaisé, parce que la mâchoire serrée et l'air buté d'Ed n'avaient absolument pas pour objectif de donner envie à quiconque de l'embrasser.

Mais ce n'était malheureusement, ni le lieu, ni le moment et Roy congédia ses deux meilleurs amis :

« Je m'occupe de lui. Retournez au siège et équipez vous. Hawkeye, tu peux signer les documents de réquisition de matériel à ma place. Prenez tout ce que vous jugerez utile. »

Ses deux coéquipiers quittèrent la pièce, passant devant Ed avec un sourire aux lèvres. Maes s'arrêta même pour lui murmurer quelques mots à l'oreille qui poussèrent Edward à le regarder, l'air complètement indigné. Roy aurait donné cher pour savoir ce que son ami avait bien pu lui dire afin d'obtenir cette réaction mais quand il vit le sourire en coin que Maes lui adressa, il décida qu'il préférait rester ignorant.

Une fois seuls, il n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche avant qu'Edward ne se lance dans une tirade qui l'aurait laissé pantelant s'il avait eu besoin de respirer :

« Tu ne me feras pas changer d'avis. Alors n'essaie même pas. Peut-être que toute ton équipe te mange dans la main, mais je ne suis pas comme eux. C'est mon affaire et je vais la terminer moi-même, cette nuit, et sans mettre en danger n'importe lequel d'entre vous. De toute façon vous n'avez pas la moindre chance de les trouver, pas sans moi et je refuse de vous aider, je te l'ai déjà dit. Donc maintenant, tu arrêtes de me regarder comme ça et tu vas t'occuper d'autres crimes. »

Roy ne bougea pas d'un centimètre. Il ne dit pas un mot non plus. Après quelques secondes de silence, quand Ed fut certain qu'il n'allait pas argumenter, il ajouta :

« Donc on est d'accord ? Je m'en occupe et tu restes en retrait. »

Encore une fois, sa question ne rencontra que du silence. Frustré, Edward repoussa une mèche de cheveux, tombée devant ses yeux.

« Arrête de me regarder comme ça. »

« Comment ? »

Il savait très exactement comment il le regardait.

Comme si toute son attention n'était tournée que vers lui. Comme s'il était la chose la plus intéressante et captivante du monde. Il avait déjà utilisé ce stratagème à de nombreuses reprises, il lui avait toujours bien servi lorsqu'il avait besoin d'amadouer un témoin ou de demander une faveur ou un numéro de téléphone, mais c'était la première fois que le message qu'il faisait passer était réel. Edward était tout simplement captivant, qu'ils soit immobile ou animé par le feu de sa passion lorsqu'il parlait. Et la manière dont la lumière se réfléchissait dans l'or de ses cheveux ou de ses yeux - et qui avait des yeux de cette couleur ? - n'avait d'égale que son esprit brillant et vif.

Et plus que tout, chacune de ses pensées, de ses sentiments étaient affichés sur son visage et observer les perpétuels changements étaient quelque chose dont Roy ne se lassait pas. À cet instant, il vit avec un plaisir certain la frustration commencer à laisser place à la colère. Agacer assez Edward pour le voir exploser était rapidement devenu une de ses activités préférées.

« Comme ça ! Comme si je - Comme si tu - »

Le jeune homme leva les mains en l'air de frustration mais ne termina pas sa phrase. Roy abandonna sa place au milieu de la pièce et s'approcha lentement. Peut-être qu'Edward avait toutes les caractéristiques d'un prédateur mortel maintenant, mais Roy savait lui aussi comment mener une certaine chasse. Il la pratiquait depuis des années et il était très rare qu'il ne parvienne pas à attraper sa proie. Et à voir la manière dont Ed le regardait, de l'incertitude et un peu de crainte cachés derrière la colère, il serait facile à attraper.

Pendant qu'il avançait lentement vers Ed, il baissa sa voix d'un octave :

« Comme si je ? »

Les yeux d'Ed se plissèrent et l'irritation effaça tout signe d'incertitude :

« Ne joue pas avec moi, Mustang. »

Comme si jouer était dans ses projets. Pas maintenant, certainement jamais, pas avec Edward du moins, même s'il ne comprenait toujours pas pourquoi ce jeune homme l'intéressait autant. Même s'il ignorait totalement ce qu'il attendait de leur relation, jusqu'où il voulait l'emmener.

Il mit autant de sincérité dans sa voix qu'il le put, espérant qu'Ed entendrait malgré tout ce qu'il n'arrivait pas à exprimer :

« Ce n'est absolument pas mon intention. Je te l'ai dit hier, j'ignore ce qui m'arrive, pourquoi c'est si important pour moi, mais sois certain que j'ai toujours été honnête avec toi et je continuerai à l'être.»

« Et bien arrête quand même ! Pourquoi est-ce que l'on parle de ça d'ailleurs ? On a plus urgent à gérer. Comme le fait que tu vas appeler tes hommes et leur dire de rester bien sagement où ils sont. »

« C'est impossible, Ed. Je ne laisserai personne faire mon boulot. C'est déjà bien assez que je t'autorise à te joindre à nous. »

Edward se figea :

« M'autoriser ?! M'autoriser ! Mais pour qui tu te prends, connard ? Personne ne m'a autorisé à quoi que ce soit depuis que j'ai 5 ans ! Alors de quel droit est-ce que tu te permets de me dire quoi faire ? »

Voilà qui expliquait un peu ce que Roy savait du jeune homme.

« Peut-être parce que ce qui t'arrive m'importe ? Peut-être parce que j'ai promis à ton frère de te retrouver et de te ramener vivant ? »

Il sentait l'agacement prendre le pas sur sa réflexion. Pour la vingtième fois depuis qu'il avait rencontré l'étrange créature qu'était Edward Elric, il se demanda pourquoi il fallait que ce dernier rende tout si difficile. Pourquoi il se sentait obligé de porter le poids du monde sur ses épaules.

Il laissa les mots suivants lui échapper, sans vraiment réfléchir à ce qu'il disait :

« Ce serait si difficile de laisser les gens qui t'aiment t'aider un peu ? Ton frère est mort d'inquiétude ! Il n'est pas idiot, il sait que tu lui caches quelque chose. Tu n'es pas obligé de tous nous repousser parce que tu te sens responsable d'une situation et que tu es persuadé que c'est à toi seul de la réparer ! »

Sa petite tirade eut l'effet positif de fermer le caquet d'Edward, même si s'intégrer au nous avait dévoilé un peu trop de ce qu'il pensait et ressentait. Ils n'aimaient pas Ed - pas encore lui souffla une petite voix qu'il ignora de son mieux - mais il tenait à lui et il voulait voir où cette étrange attraction les amènerait.

Roy ne parvint pas à deviner si c'était la colère ou la peur qui poussa Edward à agir, mais il se retrouva contre le mur, une main autour de son cou et un vampire aux dents découvertes à quelques centimètres de lui.

« Tu ne sais rien de moi, Mustang. »

« Je crois que j'en sais assez. Tu n'es pas aussi mystérieux et impénétrable que tu le penses. N'importe qui avec la moindre faculté d'observation est capable de savoir très exactement ce que tu ressens. N'oublie pas que je suis un profiler, j'ai été formé à découvrir ce qui se cache derrière chaque comportement. »

Sa réponse fit grogner Ed, un son sourd, bestial.

« Et toi, n'oublie pas ce que je suis, Roy. Je suis un monstre, je suis dangereux et je ne suis en aucun cas un animal que tu peux domestiquer. »

« Ne me prête pas des intentions que je n'ai pas ! Ça n'a jamais été mon objectif. Mais ça ne m'étonne pas que tu penses ainsi. Et tu sais pourquoi ? » Il ne laissa pas le temps au jeune homme de répondre, « Tu ne vois que cette partie de toi - le vampire - alors que nous, nous voyons l'être exceptionnel que tu es. »

La main d'Edward quitta sa place contre sa trachée et alla presser sur son épaule. Avec un autre grondement, il se pencha vers lui. Roy sentit le froid de ses lèvres contre la peau qui recouvrait sa jugulaire avant que deux canines prennent leur place.

Ed était totalement immobile contre lui et Roy leva légèrement la tête.

« Je sais ce que tu essaies de faire, Ed. Tu ne me feras pas peur. »

La pression sur son épaule s'accentua mais pas celle contre son cou, leur prouvant à tous les deux que ce qu'il venait d'énoncer était la stricte vérité. Mais Edward était têtu, il refusa de céder, refusa de bouger.

Roy attrapa le poignet qui le retenait contre le mur et repoussa doucement la main d'Ed jusqu'à ce qu'elle soit le long de son corps. Son visage était toujours enfoui dans son cou et Roy avait besoin de l'observer afin de savoir ce qu'il ressentait.

Serait-il en colère ? Triste ? Submergé par le désir comme il l'était lui-même ? Il leva sa main droite et la posa sur la mâchoire du jeune homme. Il le repoussa légèrement, tout à fait conscient qu'il serait incapable de le forcer à quoi que ce soit si Ed ne le voulait pas.

Après un frisson et un profond soupir que Roy sentit sur chaque muscle de son propre corps, Edward recula de quelques centimètres. Sa seconde main rejoignit la première et il releva son visage jusqu'à voir son expression.

En réalité, Ed n'était rien de ce qu'il avait imaginé. Quand leurs regards se croisèrent enfin la seule chose qu'il vit dans l'or de ses yeux était de la peur, proche de la panique. Le désir qui lui brûlait les veines s'éteignit d'un seul coup.

« Oh, Ed. »

Malgré son habituelle aisance avec les mots, il ne trouva rien à ajouter et il se contenta de déposer un baiser léger sur les lèvres qui se tenaient à quelques centimètres des siennes. Il bougea sans véritable arrière-pensée, comme si ce n'était pas leur premier baiser, le mouvement aussi naturel que s'il l'avait fait toute sa vie.

« Tout va bien se passer, Edward. »

Il força le jeune homme à le regarder, à voir la vérité dans ses yeux.

« Tu n'as pas à faire ça tout seul. Plus maintenant. »

Il se pencha à nouveau et attendit qu'Ed franchisse la distance qu'il restait entre eux. Il lui laissait le choix, d'accepter ou de refuser son aide, d'accepter ou de refuser ce que Roy lui offrait. Quand il sentit des lèvres froides contre les siennes, il se laissa retomber en arrière, utilisant le mur pour les soutenir tous les deux.

Leur baiser resta chaste, même s'il dut tenir fermement les rênes de son désir. Il s'empêcha de glisser la langue entre ses lèvres afin de demander l'entrée et laissa Edward s'éloigner quelques secondes plus tard. Ce dernier recula, lentement, d'un seul pas. Il s'arrêta à moins de vingt centimètres, Roy arrivait encore à sentir le froid qu'il émettait.

La peur avait laissé place à une forme de résignation.

« Ok, on va faire comme tu veux. Même si c'est l'idée la plus stupide dont j'ai entendu parler depuis belle lurette. »

« Et tu es un habitué des idées irréfléchies et des plans à demi-formés. On pourrait même dire que c'est ta marque de fabrique. »

Roy sourit à la réaction du jeune homme, il préférait encore le voir en colère plutôt qu'abattu.

« Espèce de sale con ! »

Mais il n'y avait aucune animosité dans sa voix et Roy accepta l'insulte sans ajouter un mot. Il se détacha du mur et s'avança à la suite d'Edward. Ils avaient des criminels à arrêter.