Hello tout le monde.

Comment allez-vous ? J'espère que vous et vos proches restaient en pleine santé et en sécurité.

Pour vous aider à passer le temps, je vous amène un nouveau chapitre à lire. Ce sera l'avant-dernier pour cette fic, mais la suite est déjà en cours d'écriture, alors restez à l'affût.

Je voulais profiter de cette note d'auteur pour remercier comme il se doit Nalou qui a bêta ce texte et aussi Meranath pour sa gentille review sur le chapitre précédent. Sans oublier tous ceux d'entre vous qui sont fidèles au rendez-vous.

Bonne lecture.

(et pardon pour la fin de chapitre)


Ils attendirent le reste de son équipe à l'extérieur de la conserverie. Ils parlèrent peu, mais restèrent tous deux proche l'un de l'autre. Ce ne fut que lorsque trois des SUV noirs appréciés par le FBI entrèrent dans la cours intérieure que Edward s'éloigna de quelques pas.

Roy s'approcha du premier véhicule au moment où Riza et Havoc en sortirent. Maes était dans le second en compagnie de Breda et Fuery conduisait le dernier SUV, avec Falman sur le siège passager.

Ils s'étaient tous changés avant de venir, passant la tenue noire habituelle des agents en opération et Hughes en sortit une identique du coffre de sa voiture. Il la tendit à Roy qui rentra à l'intérieur afin de l'enfiler. Le soleil était couché depuis longtemps et il était pressé d'en découdre, mais Ed avait insisté sur le fait qu'ils devaient attaquer en toute fin de nuit. C'était le moment où ils avaient le plus de chance de trouver tous les vampires au même endroit.

Lorsqu'il se retourna après avoir enfilé son pantalon et l'épais maillot à manche longue, il ne fut pas surpris de voir Maes appuyé contre le chambranle de la porte. Il avait son couteau fétiche accroché à sa cuisse, ainsi que deux revolvers dans des holsters à sa taille. Il tendit à Roy le même genre d'équipement et ce dernier les installa en silence.

« Tu as réglé ton problème avec le gamin ? »

« Ed n'est pas un gamin. Mais oui, nous avons résolu nos petits différents. »

« Absolument tout ? »

Pourquoi fallait-il que son ami soit aussi observateur ? Et pourquoi aimait-il tellement se mêler de ce qui ne le regardait pas ? Roy vérifia son arme, alors même qu'il l'avait déjà fait une minute plus tôt, avec l'unique objectif de gagner quelques secondes supplémentaire avant de répondre.

« Assez pour le moment. Le reste attendra que l'on aie fini cette enquête. »

« En es-tu sûr ? »

« Bien entendu ! Qu'est-ce que tu as à insister à ce point ? On va arrêter ces créatures et c'est tout ce qui compte pour le moment. »

« Ed compris ? »

« Quoi ? »

Maes soupira.

« Tu n'y as même pas pensé n'est-ce pas ? »

Roy détestait être pris de court, mais il ne voyait vraiment pas de quoi voulait parler son ami. Maes se détacha de la chambranle de la porte.

« Que vas-tu faire pour Edward, Roy ? Vas-tu l'arrêter lui aussi ? »

Il se figea. Il s'était déjà posé cette question lorsqu'il avait appris ce qu'était Edward et il n'avait pas plus la réponse maintenant que la première fois. Son devoir et son affection pour le jeune homme le tiraillaient dans deux directions opposées et il ne pensait pas pouvoir trouver un compromis. Incapable d'expliquer quoi que ce soit à Hughes, il le regarda sans dire un mot. Ce dernier s'approcha et posa une main sur son épaule :

« À ta place, je prendrais quelques minutes pour y réfléchir. Je te suivrai, et je pense que tout le monde encore vivant après cette nuit en fera de même, quelle que soit ta décision. Mais tu dois préparer ce que tu comptes faire et dire. Tu connais la quantité de paperasse que l'on va te demander une fois qu'on aura bouclé cette affaire. Si tu attends encore, tu risques de ne plus avoir le choix, il faut que tu saches maintenant ce que tu as l'intention de dévoiler, que ça soit sur la nature de nos suspects, sur la nature d'Edward et sur sa participation à tout ça. »

Maes n'attendit pas sa réponse et sortit ensuite rejoindre la petite troupe que Roy entendait discuter à l'extérieur.

Son ami avait raison, comme d'habitude, et c'était toujours aussi agaçant de se l'avouer. Si Roy attendait la fin de la nuit, il y avait très peu de chances qu'il parvienne à mettre au point une histoire crédible. Il y avait trop d'inconnues, trop de choses qui pouvaient mal se passer pour qu'il puisse garder le contrôle de la situation une fois qu'ils auraient quitté la conserverie. Il devait y réfléchir dès maintenant et se préparer à adapter son histoire initiale aux événements de la nuit.

Son esprit avait été tellement obnubilé par l'envie d'arrêter ces vampires, par son besoin d'avoir Ed à ses côtés qu'il n'avait pas vraiment pensé à après. Cette affaire avait la possibilité de changer tellement de choses. Pour lui, pour son unité. Pour l'humanité entière.

D'après les quelques informations qu'Edward avait daigné lui transmettre, il y avait une société vampire. Ce qui signifiait que père et sa petite troupe de monstres n'étaient pas les seuls de leur espèce. De combien de disparitions et de meurtres étaient-ils responsables ? Étaient-ils des dizaines ? Des centaines ? Plus ? Où vivaient-ils ? À priori, les corps laissés dans tout Amestris avaient pour but de prévenir d'autres vampires que ce territoire était placé sous la tutelle de Père, mais y avait-il d'autres clans comme le leur ? À Aegis ou Drachma peut-être ?

Roy n'avait aucune réponse à ces questions. Ce qui rendait sa décision encore plus difficile à prendre. Qu'est-ce qu'il était prêt à annoncer à ses supérieurs ? Cette affaire pourrait lui assurer une promotion presque immédiate ou le faire renvoyer sans la moindre forme de procès. Lui et le reste de son équipe, si tant est qu'ils s'en sortent vivant, ce qui n'était pas garanti.

Et au milieu de tout ça, il y avait Ed.

Qui semblait être l'exception à toutes ses règles. Parce que malgré son devoir, malgré ce qu'il savait être la marche à suivre, Roy ne pouvait se résoudre à le remettre aux mains de la justice.

Quand il pensait à lui, il ne voyait ni un criminel, ni un monstre que la soif avait poussé à prendre des vies innocentes. Non, ce qu'il voyait, c'était un jeune homme à qui la vie n'avait pas fait de cadeau et qui avait dû apprendre à se débrouiller seul très tôt, avec personne sur qui se reposer. Et pourtant, il avait quand même même mis sa vie au service des autres, au service de son frère mourant et tout ça l'avait poussé à faire un choix idiot aux conséquences désastreuses.

Qu'il soit puni pour ça semblait profondément injuste à Roy, d'autant plus quand il savait d'expérience que les regrets et les remords étaient la pire des punitions possibles et qu'ils étaient en train de grignoter Ed de l'intérieur.

Il avait commencé à faire les cent pas dans la pièce, incapable de rester immobile alors que toutes ces idées, tous ces paramètres se bousculaient dans sa tête. Il devait trouver une solution, une histoire assez crédible pour tenir devant ses supérieurs tout en lui permettant de garder le secret sur la participation d'Edward.

Il y réfléchissait encore lorsqu'une silhouette apparut juste à côté de lui. Il sursauta, plaçant une main sur sa poitrine dans l'espoir de calmer les battements de son cœur.

« Ed, préviens moi la prochaine fois ! J'ai failli avoir une crise cardiaque. »

« Je ne te savais pas assez vieux ou empâté pour faire partie de la population à risque. Tu devrais pratiquer un sport, tu sais, du jogging ou un autre truc qui ne fasse pas trop souffrir tes articulations. Ça t'évitera de te boucher les artères et ça ne pourra que faire du bien à la brioche qui est en train d'élire domicile sur ton ventre. »

Vexé, Roy plissa les yeux et fixa son interlocuteur :

« Je ne suis pas vieux et je suis en pleine santé ! Comme chaque agent de terrain, j'ai plusieurs entraînements hebdomadaires. Et surtout, je tiens à dissiper un léger malentendu : j'ai un physique parfait et aucune brioche. Tu es juste venu pour m'insulter ou tu avais quelque chose de spécial à me dire ? »

Edward s'était encore perché sur une chaise et il répondit avec un haussement d'épaule.

« Comme tu ne revenais pas, je suis venu voir si tu t'étais perdu. Ou si tu étais tombé dans les pommes. »

Malgré ses efforts pour cacher l'inquiétude de sa voix, Roy la perçut et il adoucit lui aussi son ton.

« Je vais bien. J'avais juste besoin de réfléchir. »

Ed hocha la tête avant de la baisser.

« Bien. »

Il se tut et Roy eut l'étrange impression qu'il voulait ajouter quelque chose mais qu'il se retenait. Il s'approcha du jeune homme et l'obligea à le regarder d'une main sur son menton.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Ed secoua la tête et un sourire forcé apparut sur ses lèvres.

« Rien. Je vais te laisser, ton cerveau a besoin de calme pour aligner deux idées, ce n'est pas comme si il avait l'habitude. »

Roy prit cette dernière remarque pour ce qu'elle était : une tentative de diversion. Il attrapa le poignet du jeune homme, conscient que ça ne servirait à rien s'il souhaitait vraiment partir mais espérant que ce simple contact lui donnerait l'envie de rester.

« Je me dois de te le répéter une nouvelle fois comme tu ne sembles pas l'avoir enregistré la première : je suis profiler, Ed. Je sais lire et déchiffrer le langage corporel et les micro expressions. Et même sans ça, tu es incapable de cacher ce que tu ressens. Alors fais-nous gagner du temps à tous les deux et dis moi ce qui ne va pas. »

Le visage d'Edward se crispa et Roy se prépara à un explosion de rage : des cris, des gestes brusques. Mais rien de tout cela n'arriva et la colère disparut rapidement, laissant le jeune homme complètement vidé. Il se laissa retomber en avant, les bras le long du corps et ce fut le front appuyé sur la poitrine de Roy qu'il murmura :

« Je t'ai entendu parler avec Hughes. »

Roy posa une main à l'arrière de son crane, là où naissait la tresse qu'il rêvait de défaire.

« Ce n'est pas bien d'écouter aux portes, Edward. »

Il n'essaya pas de cacher les reproches dans sa voix, ce dont Maes et lui avaient parlé était privé et malgré toute l'affection qu'il ressentait pour le jeune homme, rien ne l'avait autorisé à les espionner. Ce dernier se contenta de hausser les épaules avant de répondre :

« Je n'écoute pas aux portes. C'est juste que j'entends tout. J'essaie de ne pas le faire, mais c'est difficile parfois. »

Roy savait tellement peu de choses des capacités des vampires en général et il était indéniablement curieux. Il glissa sa main directement sur la nuque d'Edward, juste en dessous de la tresse. À la différence du reste de son corps, l'endroit était presque chaud, caché ainsi.

« Qu'est-ce que tu entends ? »

Il crut pendant quelques seconde qu'un second haussement d'épaule serait sa seule réponse, mais la voix d'Ed lui parvint, légèrement étouffée par le tissu de l'épais pull qui recouvrait son propre torse.

« Sans me concentrer : ton cœur qui bat et l'air qui entre et sort de tes poumons. Ton sang qui parcourt tes veines, même si je le sens plus que je ne l'entends. Un peu plus loin les oiseaux qui ont élu domicile dans la charpente et les rats dans les murs. Il y a une fuite d'eau dans la pièce à côté et le vent s'engouffre par un trou au bout du couloir. Je perçois aussi la conversation des autres, leur rythme cardiaque, leur respiration. D'ailleurs ton petit discours n'a servi à rien, ils sont encore en train de discuter sur ce qui se passe entre nous. Si je me concentre, je peux distinguer les voitures qui longent le mur sud, le grésillement de l'électricité dans les lignes à haute tension et je peux aussi entendre la ville, ses milliers de véhicules et leurs klaxons, ses usines, le brouhaha de ses habitants. »

Et tout ça alors que la conserverie était à une dizaine de kilomètres des limites extérieures de Central.

« Comment fais-tu pour ne pas te laisser submerger ? »

« Je me concentre sur ce qui est le plus proche. Je coupe tout le reste. »

Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Edward avait l'air épuisé. Il n'avait toujours pas bougé de sa place et Roy guida doucement ses mains, fermées en deux poings le long de son corps, autour de sa taille, espérant lui apporter un peu de support. Les doigts d'Edward se refermèrent sur le tissu de son pull, puis il reprit.

« L'ouïe n'est pas le pire, tout comme la vue, c'est assez facile à maîtriser, mais les odeurs et le toucher sont très difficiles à contrôler. »

Roy retira rapidement sa main de la nuque du vampire, ce qui provoqua un grognement de mécontentement.

« Remet la, ça aide. Ça me donne quelque chose sur lequel me concentrer. Comme les battements de ton cœur et ta respiration. »

Doucement, Roy glissa à nouveau sa main contre la nuque d'Edward et ce dernier sembla encore plus se fondre dans ses bras.

Et à cet instant, il comprit qu'il n'avait même pas de décision à prendre, pas de choix. Il ne serait jamais capable de remettre cet incroyable créature entre les mains de la justice. Il ne pourrait pas non plus révéler au monde l'existence des vampires. Ce serait lui faire courir un risque trop important, même si Roy arrivait à cacher sa participation à toute cette histoire. Il y avait trop de caméras, de smartphone, de témoins, de lien entre son équipe et Edward, ne serait-ce que ses visites à Alphonse et la venue de mademoiselle Rockbell.

À la suite de cette épiphanie en vint une seconde : il ne pourrait pas non plus emmener Père et ses homonculus devant un tribunal. S'il voulait protéger le secret d'Ed, il devrait les détruire, tous les tuer et ne laisser aucune trace de leur existence.

Il s'attendit à ce que sa morale se rebelle, à ce que son sens du devoir lui oppose argument sur argument, mais pour la première fois depuis des lustres son esprit était étrangement en paix.

La main droite d'Edward quitta son flanc et vint se poser sur sa poitrine, juste au dessus de son cœur, puis il releva la tête et le regarda droit dans les yeux. Il semblait confus, ce qui n'aurait pas dû le rendre encore plus adorable, mais Roy prit conscience – encore une nouvelle instance dans la longue liste des découvertes du jour – qu'il n'avait aucune chance de résister au jeune homme. Tout ce qu'il pourrait faire, ce serait limiter les dégâts en s'assurant qu'Edward ne l'apprenne jamais.

« Tu as pris ta décision. »

Ce n'était pas une question, mais il y avait quand même de l'incertitude et de l'inquiétude dans les yeux d'Edward.

« Ce n'était pas vraiment une décision, mais oui, je sais ce que je dois faire. Allons rejoindre les autres. J'ai besoin que tu nous explique comment on tue des êtres que rien ne semble atteindre. »

« Les tuer. Pas les arrêter. »

« Oui, Ed. Les tuer. Toute autre solution te mettrait en danger. Et avec toi, ton frère et tes proches. »

L'étonnement était inscrit sur tous les traits du jeune homme.

« Et tu ferais ça pour moi ? »

« Pas que pour toi, mais je mentirais si je te disais que tu n'étais pas la première raison. La seconde est qu'il faut absolument les arrêter d'une manière ou d'une autre, afin que toutes leurs victimes puissent enfin reposer en paix. »

Ed écrasa ses lèvres contre les siennes si rapidement que Roy ne se rendit compte qu'il l'avait embrassé qu'une fois que le jeune homme était sur le pas de la porte, à plusieurs mètres, criant par dessus son épaule :

« Dépêche toi. On a assez perdu de temps en mièvreries ! »

Roy leva les yeux au ciel et lui emboîta le pas. Dans quoi s'était-il encore embarqué ?

ooOoo

Roy se dirigeait, suivi de Riza, vers le fond d'une vieille bâtisse à plusieurs kilomètres de la ville.

Avec les indications d'Edward et les recherches de Fuery dans les fichiers des compagnies d'eau et d'électricité, ils avaient réussi à trouver le domicile le plus probable des criminels qu'ils recherchaient.

La piste commençait avec Bradley Warth, un avocat dont le cabinet était le propriétaire officiel de toutes les boîtes de nuit, bars et autres bâtiments de Père. Il était, lui aussi, un vampire, mais il jouait le rôle de visage officiel pour les homonculi. C'était pour cette raison qu'Ed ne l'avait jamais vu, il devait être impossible de remonter à Père à travers lui.

Lors de ses recherches, Fuery avait découvert que le cabinet avait rouvert les compteurs d'eau et d'électricité d'une maison, le lendemain de la visite de Roy à la Rivière Pourpre. C'était une erreur de la part de Warth, mais d'après Edward, ils étaient tous bien trop arrogants et ils n'avaient certainement pas imaginé que des idiots d'humains arriveraient à remonter jusqu'à eux ainsi.

Il n'y avait aucune certitude, et pourtant ça restait leur piste la plus sérieuse. Honnêtement, c'était leur seule et unique piste et Roy avait ordonné à son équipe de se mettre en route, espérant qu'ils allaient trouver leurs proies tout en évitant d'éventuels pièges.

Ils s'étaient tous chargés de cocktail Molotov, de lances-flammes artisanaux fabriqués par Kain et Breda, et de plusieurs grenades que Havoc avait réussi à leur dégoter. Mais malgré ce petit arsenal, ils étaient dangereusement sous-équipés et définitivement en sous-effectif. Ils avaient formé des paires dans l'optique de couvrir le maximum de terrain le plus rapidement possible, mais ça les laissait pitoyablement vulnérables. Même s'ils ne tombaient que sur un seul adversaire, il leur serait difficile d'en venir à bout.

Quand Edward avait enfin accepté le fait qu'aucun d'entre eux ne reculerait, il leur avait appris que le feu était le seul moyen efficace d'arrêter un vampire. Roy supposait qu'une fois transformés en cendre, et celle-ci dispersées aux quatre vents, leur capacité de régénération ne pouvaient plus rien pour eux. Mais encore faudrait-ils qu'ils parviennent à ce point. Vue l'ouïe et l'odorat sur-développés de ces monstres, la petite troupe d'humains n'avait aucune chance de les prendre par surprise. Ils ne pouvaient que compter sur leur suffisance et espérer qu'ils feraient une erreur.

Pour le moment, Roy n'entendait pas un bruit, ce qui n'était absolument pas rassurant. Ils s'étaient tous séparés afin d'entrer à différents endroit et il supposait que si des combats avaient éclaté, il les aurait entendu. Malheureusement, rien ne l'assurait qu'ils avaient une chance de se défendre. Il avait vu ces monstres bouger, s'ils le décidaient, ils étaient capable de tuer quiconque en moins de deux secondes.

Toutes les pièces étaient sombres, sauf une, un peu plus loin dans le couloir qu'il empruntait, Riza sur ses talons. La lumière jaune et orangée vacillait au sol, provenant probablement d'un feu allumé dans la pièce. Alors qu'il entrait dans ce qui semblait être une bibliothèque, des centaines de livres placés sur des étagères le long de chaque mur, il vit une silhouette se détacher devant l'âtre.

Envy.

La main de Roy se resserra sur le manche de son lance-flamme, pendant que Riza attrapait une grenade attachée à sa ceinture. Leur adversaire se retourna et malgré le fait que son visage soit plongé dans l'obscurité, ses yeux rouges et ses longues canines étaient parfaitement visibles malgré le peu de lumière qui baignait la pièce.

Il entendit une brusque inspiration à sa droite et il quitta le monstre des yeux afin d'observer le visage de sa coéquipière. Cette dernière cacha vite sa réaction de peur derrière son professionnalisme, mais Roy posa quand même une main qu'il souhaitait réconfortante sur son coude. Savoir que les vampires existaient était différent d'en voir un pour la première fois. Edward, avec sa peau éternellement bronzé, son sourire facile et la lumière dorée qui semblait constamment l'entourer, ne pouvait pas vous préparer à être témoin de ce genre de chose.

« La première fois ne vous a pas suffit, agent Mustang ? Vous revenez ici pour que je finisse le travail ? »

Aucun des deux agents ne répondit. Ils se contentèrent de lever leurs armes, prêts à les actionner au moindre mouvement de leur adversaire.

Envy les regarda avec une haine si profonde que Roy en frissonna. Comment était-il possible que cet être soit de la même espèce qu'Edward ? Encore qu'il avait vu assez d'horreur dans sa vie pour savoir que, chez les humains aussi, se cachaient des monstres.

« J'ai été puni à cause de vous, Père n'était pas du tout satisfait de mon échec. C'est pour ça que je vous attendais ici. Je vais vous tuer et rattraper mon erreur. Père sera à nouveau content de moi. Cette enflure de Greed et cette pétasse de Lust arrêteront de se moquer de moi. »

Une détonation fit trembler tous les murs de la vieille maison et des cris - ceux de Breda et Falman - se firent entendre quelques secondes plus tard. Roy allait se lancer dans la direction des cris lorsque la main de Riza se posa sur son poignet et l'arrêta.

« On s'occupe de lui et après nous allons les aider. »

Le rire d'Envy était sinistre.

« Vous occuper de moi ? Vous plaisantez ? Vous n'avez aucune chance. Deux pauvres humains ne peuvent rien contre leur prédateur naturel. Votre espèce a passé bien trop de temps à se penser au sommet de la chaîne alimentaire, vous avez oublié vos instincts et votre place. »

Roy savait mettre toutes les chances de son côté, son métier lui avait appris à trouver les points faibles de ses opposants et les utiliser contre eux, et la colère qu'il détectait chez Envy allait lui servir. Il mit le plus de raillerie possible dans sa voix lorsqu'il répondit :

« Je dois bien avouer que l'existence des vampires m'a un peu secoué. Je veux dire, qui aurait cru que tous ces mythes puissent être vrais ? La beauté, la vitesse, cette attraction presque animale. Enfin de ce que j'en ai vu chez Ed et Lust du moins, il faut croire que vous ne jouez pas tous à armes égales. »

« Je suis mille fois supérieur au minus ! Tellement que nous ne sommes pas sur la même échelle ! Ne me compare pas à lui ! »

« Allons, je l'ai vu bouger et te combattre. Il vous a tenu tête alors que vous étiez deux. Il a fallu que Lust emmène cette monstruosité avec elle la seconde fois pour réussir à l'avoir. Toi, tu es juste bon à attaquer des humains sans défense. »

Envy était aussi facile à mettre en colère qu'Edward et seule la dangerosité de la situation empêcha Roy de sourire. Les yeux du vampire étaient maintenant incandescents et de la mousse commençait à se rassembler à la commissure de ses lèvres. La prise de Roy sur son arme se raffermit et il sentit Riza bouger à côté de lui.

« Tu vas voir si je ne sers à rien ! Je vais éviscérer ta collègue et ensuite je vais te vider de ton sang, juste assez pour que tu ne puisses rien faire. Et après je te traînerai jusqu'au minus et je le tuerai devant toi. »

Envy respirait de plus en plus vite, ses mots gagnaient en volume et il semblait grandir, grossir. Ed leur avait parlé des capacités spéciales qu'avaient certains vampires et Roy se demanda s'ils ne venaient pas de pousser leur adversaire à se servir des siennes. Il semblait changer de forme devant lui, la silhouette androgyne laissant peu à peu place à un profil aussi petit, mais plus compact.

Lorsqu'il vit Edward devant lui, il hésita. Ce léger moment de déconcentration fit sourire le monstre qui commença à s'avancer lentement.

« Allons Roy, tu ne vas pas me tuer. C'est moi. C'est - »

Ce qu'il allait dire fut perdu dans un bruit assourdissant. Roy vit avec horreur la moitié du visage d'Edward ainsi que la main tendue vers lui disparaître dans le souffle de l'explosion. Complètement abasourdi, il s'avança. Ed irait bien, il était un vampire, il allait se remettre - ce n'était rien pour lui, il avait survécu à un coup de poignard dans le cœur - il pourrait se soigner, il avait juste besoin de sang. Du sang que Roy lui procurerait avec plaisir.

Mais alors qu'il était à moins de deux mètres, ce qui restait d'Edward se transforma et un visage inconnu lui fit face, un unique oeil rouge le fixant pendant que l'autre était perdu à l'intérieur d'une arcade sourcilière calcinée. Une langue passa à travers l'ouverture que l'attaque de Riza avait laissé au milieu de sa joue.

Dans un état second, Roy vit la chair commencer à se reformer et il fut brusquement tiré en arrière. Quelques instants plus tard, une seconde grenade explosa aux pieds du monstre.

« Maintenant Roy ! »

Le cri de Riza le sortit de la torpeur dans laquelle l'apparition d'Edward l'avait plongé. La seconde grenade avait arraché et brûlé une bonne partie des jambes de leur ennemi et ce dernier se tordait au sol, hurlant de douleur et de rage.

« Vous allez me le payer. Tous. Je ne vous laisserai pas faire. Hors de question. Je vous aurai tous ! Tous ! Je suis le meilleur ! Rien de ce que vous pouvez faire sera suffisant ! Ce minus n'est rien à côté de moi ! »

Roy appuya sur la détente de son arme et des flammes jaillirent dans la direction du vampire. La chaleur de la flamme lui brûla le bout des doigts et le visage. Il serra la mâchoire, il devait tenir à tout prix.

La masse noire et fumante qu'était Envy se tordait et tournoyait au sol. Elle prenait de plus en plus de volume jusqu'à n'être qu'une énorme masse de pustules dans laquelle apparaissaient et disparaissaient des visages tordus de douleur et des membres brisés. Roy savait que cette vision tout droit venue des enfers le hanterait certainement jusqu'à la fin de ses jours. Il resta complètement immobile à tenter d'assimiler ce qu'il voyait.

« Mustang ! À terre ! »

L'ordre le fit réagir mais il était déjà trop tard. Un appendice s'était éloigné du reste de la masse et l'avait atteint au flanc droit. Quelque chose, comme une griffe, pénétra son abdomen sans aucune difficulté et le souleva dans les airs. Il lâcha la gâchette de son arme et les flammes s'éteignirent immédiatement. Riza, d'un coup de poignet assuré, sectionna le membre avant qu'il ne pénètre plus profondément. Sans rien pour le soutenir, Roy s'écroula au sol. Il se remit difficilement à genoux juste à temps pour voir Envy commencer à guérir. Riza s'accroupit à ses côtés mais il la repoussa.

À travers des dents serrées par la douleur, il ordonna :

« Occupe toi de lui. Je vais bien. On ne peut pas le laisser s'en sortir. »

Riza semblait sceptique mais comme à chaque fois, elle lui obéit. Pendant que Roy saisissait la griffe toujours enfoncé dans son flanc, il entendit une première explosion. Puis une seconde. Cela faisait déjà quelques temps qu'ils ne percevaient rien de plus que les bruits de leur propre combat et il se demanda si ses collègues étaient eux aussi engagé dans des duels du même genre. Ça pourrait expliquer pourquoi, malgré le boucan qu'ils provoquaient, personne n'était encore venu à leur aide.

Il valait mieux ne pas compter sur les autres, il était l'unique soutien de Riza. Seule, elle ne pourrait pas tenir tête au monstre bien longtemps. Malheureusement, il n'était pas en état de se battre, pas avec ce corps étranger planté dans son ventre. Il avait assez vu de blessures durant la guerre d'Ishval pour savoir que retirer l'arme d'Envy résulterait en sa mort rapide. Il se viderait de son sang en quelques secondes. Et bien entendu, aucun d'entre eux ne s'était surchargé avec des bandages et des compresses, préférant emmener plus d'armes et d'explosifs.

Il allait devoir trouver une autre solution, quelques chose qui lui permettrait de tenir jusqu'à ce qu'ils puissent retourner aux véhicules. Et le meilleur moyen de retenir le flot de sang était de cautériser la plaie du mieux qu'il le pouvait et espérer que ses quelques connaissances en premier secours acquises sur le front suffiraient. Maes l'avait déjà fait, en chauffant à blanc la pointe d'un de ses couteaux. Bien entendu, Roy ne pouvait pas s'approcher des flammes dans l'âtre, mais l'embout de son lance-flamme était certainement assez chaud pour faire l'affaire.

Les explosions avaient cessé - Riza devait avoir épuisé ses réserves de grenades – ce qui le poussa à accélérer. Il devait faire vite, les cocktails Molotov ne seraient pas aussi efficaces pour repousser le monstre auquel ils faisaient face. Il se laissa tomber sur le dos, une main toujours sur la griffe et l'autre autour de la poignée de son arme. Il inspira profondément plusieurs fois, avec l'espoir de calmer le rythme de son cœur et se prépara du mieux qu'il put à la violente douleur qu'il allait bientôt le submerger. Et pourtant malgré tout ça, il ne put retenir son hurlement lorsque, d'un même mouvement, il arracha la griffe et enfonça le bout encore brûlant du lance flamme dans la plaie.

Son regard s'assombrit et il lutta de toutes ses forces contre l'évanouissement qui menaçait de l'emporter. S'il perdait connaissance ici, il ne se réveillerait pas.

Après quelques secondes d'agonie, sa vision redevint plus claire. Riza s'était retournée vers lui, le visage tordu dans une expression horrifiée. Roy était presque soulagé que l'odeur de chair brûlée ait déjà saturé l'air autour d'eux ou il n'aurait pas pu retenir les vomissements qui le menaçaient.

Il tenta de se relever mais ses genoux refusèrent de le porter. Riza revint à ses côtés et souleva son maillot, découvrant la brûlure qui devait maintenant couvrir une large portion de son flanc.

Quand elle releva les yeux et que leurs regards se croisèrent, elle hocha la tête.

« Ça tiendra. »

C'était tout ce dont il avait besoin pour le moment. Avec l'aide de son amie, il se leva et reprit le manche du lance flamme. Envy était toujours vivant, son corps, si on pouvait utiliser ce terme, calciné à de nombreux endroits. Les cocktails Molotov avaient laissé des morceaux de verre au sol et l'alcool qu'ils contenaient s'était répandu. Il continuait à brûler, attaquant les chairs du vampire par la même occasion. Et pourtant, malgré tout ça, ce monstre était déjà en train de guérir.

Roy grogna et se prépara à rallumer son lance-flammes.

« C'est la pire des vermines, qu'est-ce qu'il faut faire pour s'en débarrasser ? »

Riza prit sa place à sa droite, une bombe de peinture dans une main et un briquet dans l'autre.

« Je suppose qu'il faut insister encore un peu. »

Ils firent feu en même temps. La chaleur devint rapidement insoutenable et les odeurs dégagées par le corps en train d'être calciné lui donnaient des hauts le cœur, mais il tinrent bon.

Ils s'arrêtèrent que bien après que la masse ait arrêté de bouger. Bien après que la chair soit devenue du charbon. Bien après que les premières cendres se mirent à voler. Alors seulement, ils attrapèrent chacun un tisonnier près de la cheminée et entreprirent de disperser aux quatre vents ce qu'il restait d'Envy.

Après un dernier coup inutile mais rageur, Roy grogna :

« Essaie de survivre à ça, espèce supérieure de mes deux ! »

Riza était à quelques mètres de lui, couverte de suie et de cendres, un léger sourire aux lèvres :

« Vous passez trop de temps avec Edward, son langage déteint sur vous. »

Roy prit quelques secondes afin de lui sourire à son tour avant qu'ils ne redeviennent sérieux tous les deux. Ils devaient rejoindre le reste de l'équipe.

Riza passa un bras sous son épaule et, ensemble, ils avancèrent lentement à travers la bâtisse. Les premiers hommes qu'ils rencontrèrent furent Havoc et Breda, entrés par le sous -sol, puis un peu plus loin Falman et Fuery. Tous avaient rencontré de la résistance et ils avaient des coupures et des contusions pour le prouver, mais ils avaient tenu bon jusqu'à ce que leurs adversaires s'enfuient, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

Aucune de leurs blessures n'avait l'étendue de celle de Roy mais Havoc s'était pris un violent coup dans le dos et il avait beaucoup de difficultés à marcher. Ça ne les empêcha pas de continuer à avancer, sur le qui vive. Très rapidement, ils se rendirent compte que le reste de la maison était absolument silencieux, au point que l'inquiétude se propage comme un nuage de mauvais augure. Personne n'avait de nouvelles de Maes ou d'Edward, partis ensemble. Où qu'ils se trouvent, les combats auxquels il avaient potentiellement pris part étaient terminés et le cœur de Roy se serra lorsqu'il imagina la pire des issues possibles.

Il fit accélérer le pas à ses coéquipiers, anxieux de retrouver les deux hommes et ils finirent par trouver Maes, allongé au sol dans l'une des chambres du dernier étage. La fenêtre était brisée et l'air de l'extérieur ne permettait pas de cacher l'odeur de sang et de chair brûlée qui imprégnait la pièce. Falman s'agenouilla auprès de la forme inerte de Hughes et mit une main sur cou. Tout le monde retint sa respiration jusqu'à ce que Vato pousse un profond soupir et annonce :

« Il est vivant, mais son pouls est faible. »

Roy aurait préféré attendre que tous les membres de leur petite expédition soient réunis avant d'appeler les secours et de devoir faire face à leurs interrogations, mais il était hors de question qu'un de ses homme meure parce qu'il ne l'avait pas fait à temps.

« Fuery, appelle une ambulance et va attendre dehors pour les guider. Breda, tu emmènes Havoc et tu l'accompagnes jusqu'à la sortie. » Il se tourna ensuite vers Riza qui le soutenait toujours. « J'ai besoin que tu restes près de Maes. »

Il coupa ses protestations d'un geste de la main.

« Je ne veux pas avoir à apprendre à Gracia qu'il ne rentrera pas. »

Il n'eut pas besoin d'ajouter quoi que ce soit, elle comprit parfaitement que s'il lui confiait cette tâche c'était parce qu'elle était la seule à savoir à quel point elle était importante. Si cela s'avérait nécessaire, elle mourrait en protégeant Hughes et ce faisant, elle sauverait Roy de lui-même par la même occasion.

Maintenant que tous les blessés avaient quelqu'un pour s'occuper d'eux, il lui restait une dernière tâche à accomplir. Il se tourna vers Falman :

« Tu descends au sous-sol et tu remontes en vérifiant toutes les pièces, je fais de même en partant du haut. Nous devons absolument retrouver Edward. »

Dès que les rôles furent distribués, tout le monde se mit en mouvement. Roy se dirigea difficilement vers le fond du couloir. Sa blessure le faisait souffrir et il n'avait eu le temps de vraiment récupérer ni de la première attaque d'Envy, ni du petit casse-croûte qu'il avait fourni à Ed. Il fouilla une à une les chambres et les salles de bain attenantes, mais lorsqu'il entendit les premières sirènes, il n'avait toujours pas trouvé une seule trace d'Edward, ni de leurs ennemis.

Quand il retrouva enfin Vato, au premier étage, ce dernier n'avait pas eu plus de chance. Quelques instants plus tard, la maison se remplissait d'urgentistes et d'officiers de police et Roy fut dirigé vers une ambulance. Ses protestations furent rapidement étouffées par le masque à oxygène qu'un médecin posa sur sa bouche et son nez. Il n'eut que le temps d'échanger un regard inquiet avec Riza avant que les portes du véhicule ne se referment et qu'il parte en direction de l'hôpital.

Ils avaient perdu Edward.