Bonjour à tous ! Voici un nouveau chapitre !

J'espère qu'il vous plaira et je vous remercie tous pour vos retours, cela me fait vraiment chaud au cœur !

Réponse à Alicax123 :

Merci beaucoup pour ton commentaire !


Italique : Elfique/passé

Normal : Westron/présent

Disclaimers : Tout est à Tolkien !


Elwen observait la scène comme une simple spectatrice. Cela aurait été autrefois un soulagement de revoir cette scène mais désormais, cela n'avait plus qu'un seul sens pour elle. Ce passé était inatteignable, irrévocable et surtout inchangeable. Cette marque qui rendait immodifiable tout souvenir lui procurait un étrange sentiment de lassitude.

Hecilwen courrait vers le village, laissant derrière elle un homme au cœur brisé. Jamais elle ne s'était doutée du mal qu'elle avait pu provoquer chez cet homme, jamais elle ne s'était imaginé avoir le pouvoir de faire autant de mal.

Elle voyait la petite elleth de 16 ans se hâter vers l'auberge, ouvrir d'un coup la porte et se précipiter à l'intérieur. Malanor l'attendait à l'intérieur, il avait sur le visage un air à faire peur.

- « Je viens vous annoncer que je quitte le village, je ne reviendrai jamais. »

Encore aujourd'hui, elle ne savait pas pourquoi elle était venue ici. Elle aurait très bien pu partir sans un regard pour cet homme …

Malanor n'avait rien répondu, il avait simplement levé la tête vers elle avec ce même regard. Il s'était levé de sa chaise, s'était approché et le coup était parti brusquement.

- « Tu n' iras nulle part … Ilestelwen. »

L'air manqua brusquement à la jeune elleth. Comment cet homme connaissez t-il son nom ? Elle s'était toujours douté que jamais il n'était venu du Gondor, qu'il avait menti, mais un grand malaise prit place en elle. Cet homme la connaissait, il était là pour elle. Elle revit soudain les étranges tatouages qui ornaient les bras de ceux qui avaient provoqué l'incendie. Ceux qui avaient tué Ella et condamné à mort Mistrid, il en faisait partie …

- « Je vais partir. Et rien, même vous,ne me retiendra ! J'aurais dû faire cela depuis bien trop longtemps ... »

Elwen commença à reculer lentement vers la porte, un pied après l'autre. Mais l'homme se rapprocha d'elle aussi vite que le vent.

- « Tu n'as pas l'air de comprendre … Hecilwen, si c'est le nom que tu t'es donnée. Tu n'iras nulle part. »

- « Je n'ai aucunement besoin de votre consentement pour quitter ce village ! Vous n'êtes personne ! »

- « Tu ne comprends pas, Ilestelwen. Fengel m'avait prévenu de la stupidité des bâtardes elfiques mais je n'aurai jamais imaginé que tu étais sotte à ce point. »

Elwen se releva aussi vite qu'elle le put et tenta d'abattre son pied sur son ventre. L'homme fut plus rapide et la fit à nouveau tomber à terre. Elwen, la spectatrice, pouvait encore ressentir la peur qui l'avait saisie à cet instant. Un grand froid descendit dans son dos, une étrange sensation qui la glaçait toute entière. Comme si son être entier lui criait que cet homme n'était pas seul, qu'ils détruiraient sa vie.

Malanor la maintenait au sol d'une main et caressait ses cheveux flamboyants de l'autre, d'un geste presque pervers.

- « Ce village est ta prison, cette auberge ta cellule et moi, ton gardien. Les autres arrivent, tu ne peux pas t' échapper. » susurra t- il d'un ton froid et dur.

Une deuxième claque fusa vers sa joue, sa tête cogna la terre battue sous elle. Hecilwen était recroquevillée par terre, tout son corps figé sur place. Malanor se saisit de la petite clé d'or qu'elle portait autrefois autour de son cou, seul objet de valeur qu'elle ait jamais eu. Le grand froid semblait prendre part d'elle, il descendait peu à peu dans tout son être à mesure qu'elle comprenait.

- « Vous êtes un des hommes du Nord … Vous êtes là pour me tuer. » souffla t-elle alors qu'elle prenait conscience avec horreur de la nature de cet homme.

- « Je viens en effet du Nord … mais ce n'est pas à moi de te tuer. Fengel et ses hommes approchent chaque jour un peu plus de ce village. Ils veulent quelque chose qui t'appartient.»

- « Vous … Vous êtes fou ! Je ne vais pas attendre ici que la mort en personne vienne me chercher. »

Tout en disant cela, l'elleth se débattit sous lui. Il la libéra de sa poigne et l'observa se relever. Elwen savait aujourd'hui que ce geste n'avait rien de sympathique, il tenait seulement d'un sadisme profond : lui faire humer la liberté avant de lui refermer la porte au nez. Hecilwen se dirigea vers la porte, une poigne puissante la retint, la faisant à nouveau chuter.

Elwen observait cette petite elfe, des siècles plus tard, mais se revoir si faible, si soumise et usée par la souffrance était une véritable torture. Sa mémoire la condamnait à revivre chaque instant de sa vie, rouvrant des blessures qu'elle croyait cicatrisées. Elle se voyait encore, là, sur le sol de terre, battue par un homme à la folie destructrice.

Encore aujourd'hui, Elwen ne sait ce qui lui prit. Peut être que cela faisait trop longtemps que cet homme la battait ? Peut être que son esprit, son corps et son âme étaient au bord de l'anéantissement. Elle avait supporté cette année sans rien dire, en serrant les dents, en taisant sa douleur et son épuisement.

Mais c'était la fois de trop.

Une force de vivre battait dans son ventre avec vivacité. Une pensée lui apparut nettement : elle ne voulait pas mourir. Pas ici. Pas maintenant. Pas comme ça.

Hecilwen se mit à sangloter et à se débattre vainement, lâchant des « Je vous en prie » désespérés à travers ses sanglots. Malanor, au dessus d'elle, se mit à chanter une étrange chanson, à la fois douce et terrifiante. Elle vint à prier pour que Daeley vienne à son secours. Elle le voyait presque arriver, tout essoufflé de sa course, là, juste là, dans l'embrasure de la porte. Il tirerait Malanor et le plaquerait contre le mur avant de le frapper de toutes ses forces.

Derrière ses paupières closes, la scène avait l'air si réelle … Mais la porte ne s'ouvrit jamais, Daeley ne vint pas tirer cet homme de son corps. Elle était seule, elle devait défendre seule. C'était ainsi, Hecilwen ne l'avait pas encore appris mais elle ne tarderait pas à le savoir.

Alors que l'homme levait sa main pour venir lui caresser la joue, Hecilwen lui attrapa le bras et propulsa ses jambes contre son ventre. Il s'écroula par terre dans un grand bruit. Encore étonnée de la facilité du mouvement, Hecilwen se releva vite.

Elle avait toujours eu un poignard dans sa botte, au cas où. Une main qui ne lui appartenait pas le prit et le planta dans le ventre de cet homme alors qu'il chargeait à nouveau vers elle. Cette main lui était étrangère, pourtant c'était bien la sienne, sa main qui avait saisi cette arme sans réfléchir et avait enfoncé la lame dans l'abdomen de Malanor qui, à présent, s'effondrait sur le sol, une mare de sang écarlate autour de lui.

Hecilwen était restée longtemps silencieuse face à ce corps inanimé. Tout était allé si vite qu'elle avait l'impression d'être prisonnière d'un rêve. Son esprit lui criait qu'elle l'avait fait, qu'elle avait tué son bourreau. Mais elle ne voulait pas le croire. Elle avait l'impression que son âme, déjà si sombre, venait de se fissurer. Une douleur lui transperçait le coeur et elle eut envie de vomir subitement. Tremblante, elle se jeta par terre et son estomac rejeta le maigre repas qu'elle avait ingurgité quelques heures auparavant.

Elwen, à travers Hecilwen, se mit à pleurer, à crier.

Elle en avait assez. Pourquoi ne pouvait elle pas vivre sans cette souffrance éternelle ?

Elle ne demandait qu'à vivre heureuse. Simplement heureuse.

Sans cette souffrance à l'état brute. Elle en avait assez. Assez de ne pas avoir le droit à un moment de répit dans cette vie de douleur constante.

La jeune elfe était restée longtemps immobile face au cadavre de l'homme qu'elle haïssait tant. Mais ses yeux ne regardaient pas le corps inanimé de Malanor, ses prunelles grises, si claires et si luisantes, ne fixaient que le vide qui prenait son esprit. Plus rien ne comptait, tout était réduit au néant. Hecilwen ne sut pas combien de temps elle resta ainsi, à fixer l'invisible. Et puis quelque chose l'avait sorti de sa torpeur.

Un cri de douleur profonde. Une douleur qui n'atteignait pas la peau mais qui touchait quelqu'un au plus profond de son être.

Elwen se souvenait encore de ce cri qui avait résonné dans le village. C'était une de ces choses qu'elle n'oublierait jamais. Instantanément, Hecilwen s'était levé et avait couru à la maison d'où venait le cri.

Et une vision d'horreur était apparue dans son champ de vision. Une corde. Et Daeley qui y pendait au bout.

À ses pieds, écroulée sur le sol, se tenait Aldwyn qui criait sans pouvoir s'arrêter. Elle criait sa douleur, elle pleurait et en gémissant le nom de l'être tant aimé.

C'était un des sons les plus troublants et horrifiants qu' Elwen ait pu entendre. Ce cri était rempli d'une souffrance si vive qu'elle semblait vous déchirer l'âme. Aldwyn avait besoin de cet homme pour vivre. Son coeur n'était pas conçu pour vivre sans.

Elwen, de sa petite chambre, revoyait le corps de son amie sur le sol, incapable de bouger, tétanisée par la souffrance. Et dans la tête de la petite elleth, une seule chose était net, Daeley était mort et c'était de sa faute. La suite était floue. Elle pouvait pourtant se souvenir de cette Aldwyn détruite qui hurlait à tous ceux qui passaient d'achever la meurtrière de son amant.

Cela avait été une des choses les plus dures à entendre de toute sa vie. Mais ce qui faisait le plus mal c'était sûrement de savoir qu' Aldwyn avait raison … Daeley était mort pour elle, pour un amour qu'elle ne pourrait jamais lui rendre.

Les cris de la jeune femme furent entendus dans toute la plaine et de partout on vint voir d'où venait ce cri qui définissait l'horreur et la souffrance à lui seul.

Il y a longtemps, Aldwyn avait confié à Hecilwen sa plus grande crainte, la mort de Daeley. À chaque départ de son amour, elle pleurait toutes les nuits pendant un mois, pensant à sa mort et à la douleur de sa perte. Elle savait qu'elle ne pourrait vivre sans lui, c'était impossible.

Son cri résonnait dans tout le village. C'était le son du désespoir, le son d'une vie qui se brise.

Les bruits disparurent, Elwen vit seulement Piàn sortir de sa chambre, un air endormi encore inscrit sur le visage. Le petit visage du bambin se figea puis il ne parut pas comprendre. Que faisait son papa ainsi accroché au plafond ?

Il eut soudain peur. Cette poupée de chiffon ne pouvait pas être son papa … Son papa était joyeux, rieur et le prenait dans ses bras chaque fois qu'il le voyait … Mais le faux papa ne bougeait pas, il ressemblait aux lapins que l'on accroche au dessus du feu pour en sécher la chair.

Un instant plus tard, le visage si tendre de Piàn se déformait sous les larmes. Il courut voir sa maman et s'écroula par terre. Il ne comprenait pas mais quelque chose lui fit comprendre que plus jamais son papa ne le prendrait dans ses bras. Pourquoi ne souriait il pas ? Aucune étincelle ne sortit d'entre ses paupières pour venir trouver celle bleuté de petit garçon.

Elwen était immobile, figée. C'était elle, elle seule, la responsable de cette tristesse, de ce désespoir. Elle avait détruit une famille. Elle avait réduit à néant trois vies. Pourquoi ? Par simple égoïsme … Parce qu'elle redoutait la solitude.

Quelque chose dans les cris de sa mère lui livrèrent un message. Un message qui lui disait que son papa ne redescendrait jamais de cette corde pour le faire voler au dessus de sa tête. Il s'accroupit près de sa maman abattue et cala sa tête contre son épaule.

Le regard d'Hecilwen était dévasté, son corps ne répondait plus. Elle observait simplement les conséquences de ses actes.

Le visage de Piàn était dans le creux de l'épaule de sa mère, celle d'Aldwyn vers le ciel. Les bras en croix, les jambes repliées d'un coté et les yeux vers le plafond, elle semblait être tombée de centaines de mètres de hauteur, comme si jamais son corps ne pourrait retrouver sa verticalité.

Elle n'était plus qu'une femme condamnée à rester ainsi, anéantie par la perte du seul être qui valait vraiment la peine de vivre. Piàn ne valait désormais plus rien, elle l'aurai vendu si cela avait pu permettre de faire revenir cet homme suspendu à une cinquantaine de centimètre du sol.

Le corps d'Aldwyn s'était écroulé au pied de son amant, sa tête avait roulé sur le sol comme si plus aucun muscle ne la retenait. Plus aucune des forces qui l'avaient autrefois régit n'animait ce corps dénué de grandeur.

La jeune femme, écroulée sur le sol, murmurait entre ses cris des paroles presque imperceptibles.

- « Je suis en train de faire un cauchemar …. Ca ne peut pas être vrai ….. Daeley est mon amour, il ne m'abandonnera jamais …. Que quelqu'un le réveille …. »

Ses yeux bruns s'ouvraient sur l'infini et des larmes les inondèrent rapidement. Tous les habitants du village étaient là, sur le pas de la porte. Ils observaient la scène avec recul, comme si cette toute petite femme avait toujours été destinée à un tel sort. Aucun n'alla la relever, personne n'alla sécher ses larmes. Hecilwen y serait bien allée si son corps avait bien voulu lui obéir mais elle était figée sur place.

La voix de Aldwyn se brisa mais les pleurs de l'enfant résonnaient encore. Partout, il se murmurait que c'était à cause de cette petite étrangère rousse. Une sorcière, une meurtrière en fuite.

Quelques instants plus tard, ses jambes se mirent en mouvement d'elles mêmes. Ses mains écartèrent les cheveux de son amie. Ses yeux ne semblaient pas vouloir se fermer, un souffle tremblant s'échappait de ses lèvres, unique signe qu'elle était en vie.

Hecilwen ne dit rien, son regard parlait pour elle. Aldwyn ne détourna pas son regard du ciel quand ses lèvres s'entrouvrirent lentement.

- « Cela fait si mal … Si mal ... »

Elle recommença à pleurer et à gémir. Elwen aurait voulu serrer dans ses bras cette femme détruite, elle aurait voulu tenter de recoller les morceaux de son être pulvérisé. Mais ce n'était qu'un souvenir, rien d'autre que les bribes d'une scène oubliée de tous.

C'était là que résidait sa plus grande souffrance.

Ilestelwen était condamnée à observer pour l'éternité des scènes perdues dans sa mémoire sans jamais pouvoir intervenir.

Le cri d'Aldwyn la hantait encore aujourd'hui.


Les images se dispersèrent pour laisser place aux lattes de bois qu' Elwen regardait fixement. Mais dans son esprit, le cri d'Aldwyn résonnait à l'infini. Son regard et l'expression détruite de son visage s'étaient à jamais inscrits dans sa mémoire. Le plus dur avait de regarder cette femme qui était dans cet état par sa faute, comment pouvait elle causer autant de mal ? Comment était – ce possible, par les Valar !

Elwen ferma les yeux et plaqua sa main sur sa bouche, étouffant ainsi un sanglot qui tentait de lui échapper. Aldwyn s'était tuée quelques jours plus tard, elle était parti rejoindre l'homme qu'elle aimait tant et s'était jetée dans une rivière agitée qui l'avait emportée.

Elwen avait appris cela seulement quelques semaines plus tard alors qu'elle avait réussi à rejoindre une ville qui n'avait pas eu vent de son histoire. Aldwyn avait abandonné son jeune fils Piàn pour aller retrouver son mari. Contrairement à celle de sa mère, l'histoire du petit garçon aux yeux si bleus ne lui vint que de nombreuses années plus tard.

Délaissé par ses parents, le petit garçon aux cheveux d'or et si plein de vie s'était transformé en un personnage solitaire et fou. Il avait été recueilli dans un orphelinat d'une ville voisine et partout il se murmurait qu'il était fou. Piàn parlait seul et lorsqu'il ne disait plus rien à ce vide pourtant si rempli pour son esprit, il braquait son regard dévoré par le néant sur un point invisible.

Piàn ne parla plus. On le disait sot et fou. Pourtant ce n'était rien de plus qu'un petit garçon perdu. Un enfant qui ne demandait qu'à comprendre pourquoi son papa et sa maman adorés étaient partis sans le serrer une dernière fois dans leurs bras. Des fois, il se mettait à chanter et à danser avec des êtres invisibles.

Il n'avait pas atteint l'âge de 10 ans qu'il était déjà parti rejoindre ses parents qu'il voulait tant revoir. Un saut d'une fenêtre avait suffit à lui donner des ailes suffisamment puissantes pour le porter là où ni papa ni maman ne l'avait emmené avec eux. Ce n'était rien de plus qu'un ange parti rejoindre un père et une mère qu'il aimait trop pour supporter leur absence. Une mère et un père qu'il avait attendu tellement fort qu'il avait fini par se perdre dans l'illusion de leur bras.

Bien des années plus tard, Elwen surprit une légende où l'on contait l'histoire de Mirina Sor, la Mort Rouge dans leur patois. On disait que la Mort Rouge avait emporté avec elle une famille en séduisant le mari et en poussant la femme et l'enfant au suicide.

Piàn, Aldwyn et Daeley étaient morts depuis longtemps mais Elwen pleurait à chaque fois. Ils avaient été la famille la plus heureuse et la plus inébranlable qu'elle eut connu. Malgré cela elle avait fini par tous les détruire, un par un ils étaient morts. Elwen repensait souvent à ce jour où Daeley était rentré de la guerre. Ce jour là, elle aurait pu les sauver si cette peur de la solitude n'était pas venue prendre le dessus.

Ce jour là ressemblait à tant d'autres, des jours de pluie, de soleil et d'hiver, elle aurait pu changer la vie – ou plutôt la mort - de milliers de personnes.

Mais elle n'avait rien fait.

Elwen se bâillonna de son autre main pour étouffer les sanglots qui menaçaient de percer. Elle ferma les yeux de plus belle, tentant de contenir ses larmes derrière des paupières closes. Cela ne servait à rien de pleurer ! Ce qui était fait était irrévocable, rien ne pourrait jamais changer ce qui s'était passé ! Alors pourquoi la faire souffrir ainsi ?

- « Parce que tu le mérites, Ilestelwen, fille sans espoir … » souffla la voix d'Elenwë dans son esprit. « Et qu'il faut que tu sois punis … Puisque personne ne le fait, nous nous en chargeons. »


Au fil des jours, Elwen continua de jouer une jeune femme, invisible aux yeux de tous. Les jumeaux avaient trouvé un travail dans une ferme, ils y gagnaient très peu d'argent mais rien d'autre n'était à leur portée. Quant à lui, Legolas demeura quelques jours sans emploi, personne ne voulait se fier à lui. Ses longs cheveux d'or et son regard de glace dissuadaient tout employeur.

Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'arriva la solution à ce problème. Un homme l'embaucha pour dresser des chevaux, son appartenance elfique le valorisant soudainement. Legolas aimait ce travail mais la paye n'était pas suffisante pour qu'il se contente de cela. Il devint palefrenier et travailla comme garçon de ferme, faisant toutes les corvées.

La vie continua ainsi, Elwen se levant bien avant l'aube, servant les clients en parcourant à longueur de journée la grande salle, un plateau calé contre sa hanche. Les jumeaux revenaient exténués de leur journée de labeur mais gardaient tout de même assez de force pour rire de tout.

Un mois passa mais l'argent amassé n'était jamais suffisant : il leur fallait des vivres et des chevaux pour espérer regagner Imladris. Un soir, Elwen trouva Elladan assis sur son lit, l'attendant dans sa toute petite chambre sous les toits. Il avait le regard vide de fatigue et sa posture témoignait presque d'un abattement. C'était mal connaître les elfes, jamais l'un des leurs ne souffrirait de la fatigue simplement causé par le labeur des Hommes. Cependant, Elwen ne faisait pas partie de cette classe et la fatigue commençait à la ronger

Elle s'approcha de son ami qui était assis, les coudes sur les genoux, en train de fixer ses doigts. Il leva la tête quand elle entra et lui sourit.

- « Ca ne peut plus durer … » murmura t-il quand elle s'assit à ses côtés.

Elwen resta silencieuse, qui avait il à répondre ? Elle était la première touchée par ce travail « forcé ».

- « Chaque jour, le travail nous épuise un peu plus. Il faut que nous partions dans les prochaines semaines sinon je crains qu'il nous sera impossible de le faire. »

- « Et que proposes-tu ? Doubler la charge de travail ? S'épuiser à la tâche ? »

- « Tu vas aller demander un salaire entier à ton patron. Nous allons tous quitter l'auberge, nous dormirons dehors. »

- « Et tu crois que se priver de toit va nous faire économiser combien ? Il faut voir la réalité en face, Elladan, nous n'y arriverons jamais. »

Il y avait dans son ton quelque chose de fataliste qui sembla ébranler Elladan. Il releva la tête vers elle qui s'était allongée sur le lit, les jambes encore à terre. Son visage vers le plafond et ses yeux fermés creusaient son visage, faisant apparaître de légères cernes.

- « Il ne faut pas dire ça … Nous allons bien réussir à repartir. Ce n'est qu'une question de temps. »

- « L'un de nous pourrait s'acheter des provisions et une monture pour rejoindre Imladris et revenir avec de l'argent. » souffla t-elle.

- « Cela prendrait quoi ? 5 mois au minimum ? On en deviendrait tous fous ... »

- « Mais cela reste une éventualité dans mon esprit … comme dans le tien. »

Elle avait gardé les yeux fermés mais elle sentit son ami se tourner vers elle. Elladan avait beau dire, elle savait qu'au fond de lui, il avait envisagé cette possibilité. Cela faisait quelques semaines déjà qu'Elwen avait pensé à cette éventualité et cette perspective restait bien nette dans son esprit.

- « Je ne pense pas encore à mettre cette possibilité en application. » Déclara t-il en se levant. « En attendant, continue à servir à l'auberge. Ton salaire est le plus important des quatre, on ne peut pas se permettre de le perdre. »

Elwen le laissa partir sans rien ajouter. Elle savait qu'ils finiraient par avoir recours à l'éventualité d'en laisser partir un devant. Elle y pensait depuis des jours et des jours et cela lui été apparu comme la solution la plus efficace. Celle là mais aussi une autre … Une autre qu'elle n'envisagerait que si les choses venaient à empirer.

Le lendemain, elle alla trouver M. Romuald. L'homme dormait tard et il n'arrivait qu'une fois que le soleil était levé depuis longtemps. Elwen haïssait l'aubergiste de tout son être. Il était en train de faire ses comptes quand elle vint le trouver.

- « Monsieur … Il y a quelque chose que j'aimerais vous réclamer- »

- « Oui, oui … Ton salaire ! » répondit il sans même chercher à cacher son agacement.

- « Non Monsieur, il ne s'agit pas de cela, enfin pas entièrement. J'aimerai obtenir mon salaire entier, je vous laisse la chambre et mes amis quittent l'auberge aujourd'hui même. »

L'homme s'arrêta et releva lentement la tête vers elle. Il rangea les billets et les pièces dans son petit coffre avant de se tourner vers elle.

- « Tu es en train de négocier ? Nous avions un arrangement, jeune fille. Trois pièces d'argent la journée, une chambre et une autre pour tes amis seulement pour une nuit. »

- « Je le sais bien. Mes amis ont réglé leur chambre tous les jours et j'ai travaillé bien plus qu'il ne le faut pour un tel salaire ! »

- « Il n'y a pas de marchandage ! Un marché est un marché ! »

- « J'ai besoin de cet argent ! Je vous en prie, je ne demande pas grand-chose, cinq pièces la journée pour 17 heures de travail ? »

- « Je ne te payerai jamais une telle somme ! Tes soupes ressemblent à de la boue et serpillière est un engin dont tu sembles ignorer l'existence. »

Alors qu'elle allait reprendre la parole, l'aubergiste la coupa.

- « C'est non négociable ! Reprend ton travail et laisse moi ! »

Elwen n'ajouta rien, ils avaient besoin de sa paye et un écart de conduite lui vaudrait sa place. La journée se déroula comme toutes les autres : ennuyeuses et répétitives.

Alors que le soleil se couchait lentement, un étranger enveloppé d'une cape entra dans l'auberge. Il avait l'air mystérieux et sa présence imposa le silence à toute la salle.

Il était grand et sa carrure était imposante. Sur sa tunique s'étalait le grand arbre d'argent du Gondor. Il devait être haut gradé car ses manches étaient ornées de plusieurs étoiles, symboles de courage et du grade au Gondor.

À travers ses cheveux bruns, deux yeux bleus perçaient les ombres et les silhouettes. Elwen sentit un étrange pressentiment venir en elle, une sensation habituelle. L'homme posa ses yeux sur elle et l'observa un court instant, suffisamment longtemps pour qu'elle puisse voir une étincelle s'y animer. Lorsqu'il alla s'installer à une table, l'aubergiste la poussa pour qu'elle aille le servir.

Il la regarda bien en face et tenta de lui sourire, la chaleur de son sourire n'atteignit jamais ses yeux qui restèrent de glace.

- « Quel est votre nom ? » souffla t-il

- « On m'appelle Elwany. Et vous, mon seigneur ? »

- « Mon nom est Kerberos. »

Ce furent les seules paroles qu'il lui adressa mais elle lui laissèrent une impression brûlante. Il ne la lâcha plus des yeux de la soirée. Il la regarda avec tant d'insistance que Legolas ne cessa de surveiller son amie du coin de l'oeil. Elrohir se leva au milieu de leur repas pour venir lui parler.

- « Que veut cet homme ? »

- « Rien … Laisse le, je m'en charge. » murmura t-elle en regardant ailleurs.

- « Je sais bien que nous avons besoin d'argent mais … Ne fais pas de bêtise. S'il te plaît. » dit il en lui prenant le bras.

- « Qu'est ce que tu veux dire ? Tu penses vraiment que j'envisage cette option ! Je ne suis peut être pas ce qu'on pourrait appeler quelqu'un de bon mais je ne pensais pas que tu avais une vision de moi aussi négative ... »

Elwen se dégagea, profondément blessée. C'est cela que pensait ses amis d'elle … Elle n'était pas une sainte mais jamais elle n'envisagerait de vendre son corps. Elle en mourrait.

Elrohir la rattrapa et tenta de l'attirer à lui. Tous ses gestes témoignaient d'une profonde honte et étaient remplis d'excuses.

- « Elwen ! Elwen, je suis désolé ! C'est seulement que je m'inquiète pour toi … Fais attention, juste, les hommes ne sont pas aussi prudes que toi. »

Elwen détourna les yeux pour les poser sur Kerberos qui les observait depuis sa table.

- « Ne t'en fais pas … J'ai appris ce genre de chose il y a bien longtemps. »

La salle se vida lentement, l'ensemble des clients regagnant leur maison. Ses amis étaient partis pour tenter de se trouver un endroit au sec pour y passer la nuit, elle, elle restait là, à attendre que le dernier client quitte enfin l'auberge.

Les yeux de Kerberos ne la quittait pas. Ils brillaient dans la pénombre ambiante et la rendaient mal à l'aise. Enfin, il se leva et se dirigea vers la sortie. Quand il passa près d'elle, il s'arrêta et se tourna vers elle.

- « Suivez moi. »

Abasourdie, Elwen ne répondit pas tout de suite et le regarda avec des yeux écarquillés.

- « Je vous demande pardon, monsieur. »

- « Oh ! Il n'y a plus de « mon seigneur » ? Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Les femmes comme vous sont prêtes à tout pour quelques pièces d'or, même à mettre leur corps au service d'un homme … »

Il avait dit cela en s'approchant de plus en plus d'elle, il leva la main et caressa ses cheveux. Alors qu'il tenait une mèche rouge entre ses doigts, Elwen se dégagea et tenta de mettre autant de distance que possible entre elle et lui.

- « Allez ! Je sais que t'en rêve ! C'est combien ? » susurra t-il en s'approchant à nouveau.

- « Je crois que vous ne m'avez pas bien comprise, monsieur. »

- « Fais pas ta précieuse ! Alors, tu dis combien ? »

Il se faisait de plus en plus insistant, il se collait à présent contre elle, la serrant dans ses bras, essayant de saisir ses cuisses. Elle le repoussa vivement en mettant ses deux mains sur sa poitrine mais cela ne fit que l'énerver encore plus.

- « Tu veux pas faire d'infidélité à tes amis aux oreilles pointues ? Je me demande le genre de nuit qu'ils doivent passer … C'est qu'ils sont costauds ! T'inquiète je dirai rien ! Faut que t'apprennes à diversifier ta clientèle, je sais comment ça marc- »

Elle n'y tient plus et envoya son poing dans la figure de l'homme. Il partit en arrière, le nez fracassé, du sang s'écoulant sur son menton et roulant sur sa chemise.

- « Tu vas me le payer, petite garce ! »

Il se rua sur elle avant qu'elle n'ait pu esquisser un seul mouvement. Elwen s'écarta juste à temps mais chuta avant de se relever dans une roulade.

- « C'est que t'es une petite acrobate ! Je vais te faire mordre la poussière, espèce de garce ! »

Alors qu'il disait ces mots, Elwen se jeta sur lui. Elle lui assena un violent coup de pied au crâne. Kerberos hurla avant de se saisir de sa jambe et de la faire chuter. Cette scène ressemblait trop bien à des centaines d'autres. Mais Elwen n'était plus cette petite elfe faible et abattue, elle était une guerrière.

Comme l'homme se laissait tomber sur elle, elle eu le temps de l'observer se mouvoir. Il était lourd et de ce fait, ses gestes étaient lents, bruts. Son véritable atout résidait dans sa force. La sienne, dans sa rapidité et son efficacité.

La vie qu'elle menait encore aujourd'hui l'avait obligée à apprendre à se battre. Il lui tomba dessus et la frappa à la pommette. Elwen serra les dents et lui donna un coup de coude dans les côtes avant de se relever alors qu'il se tordait de douleur.

Elle se mit en position de combat, les doigts repliés en poings et les jambes fléchis. À peine eut il le temps de se relever qu'elle lui assenait un nouveau coup. Alors qu'elle allait le frapper de son pied à nouveau, elle s'emmêla dans sa robe et cet instant de déséquilibre lui coûta un coup à la hanche, Elwen ne chuta pas mais fut déstabiliser.

- « Je te l'avais bien dit, stupide femme ! J'ai bien cru un moment que tu allais me battre, mais tu es comme tous les autres, tu es faible et sans aucun esprit ! »

L'homme dût se rendre compte de sa bêtise car son visage se figea quand il aperçut le regard de l'elleth. Ses yeux brillaient d'une haine déchaînée. Elle se rua sur lui et le frappa avec force à l'aide de ses poings.

Si quelqu'un était entré dans la pièce à cet instant, il n'y aurait trouvé qu'une bête enragée, frappant aussi fort qu'elle le pouvait son adversaire et lui assenant des dizaines de coups les uns après les autres.

Elwen sentit à peine qu'on la tirait en arrière, ce n'est que quand Kerberos se mit à gémir qu'elle remarqua l'homme qui la maintenait à terre.

- « Je sais que mon oncle n'est pas un homme très correct mais je crois que cela suffit, mademoiselle. »

C'était un jeune homme qui s'était interposé entre elle et, d'après ce qu'il venait de dire, son oncle. Elle le regarda éberluée et battit un moment des paupières en prenant conscience qu'elle avait failli mettre à mort un homme.

- « Je suis Emaël, fils de Terïon et neveu de Kerberos. Mais apparemment vous connaissez déjà mon oncle … »

- « On m'appelle … Elwany. » répondit Elwen tout en reprenant son souffle.

- « Je vous prie d'excuser mon oncle, mademoiselle Elwany. Cela ne se reproduira pas. »

Alors qu'il faisait demi tour, Kerberos se releva lentement et le suivit sans un mot. Elwen resta à sa place mais un bruit la fit se retourner. Monsieur Romuald venait d'entrer dans la pièce et regardait tour à tour le sang à terre, Kerberos au visage écarlate et Elwen dont les poings étaient encore tâchés.

- « Je peux tout vous expliquer - » dit elle précipitamment.

- « Je ne veux rien savoir ! Sors de chez moi immédiatement ! Ici, sache que le client est roi et frapper un homme qui est sous mon toit est intolérable ! Cela faisait déjà bien trop longtemps que je te tolérait dans cette auberge ! » hurla t-il à renfort de grands gestes.

- « Je crains qu'il n'y ait méprise ... » l'interromput Emaël en s'interposant.

- « Laissez moi gérer mes problèmes comme bon me semble ! Cette garce n'est pas à sa place ici ! Elle doit partir, je lui ordonne ! Si un homme qui est mon client demande à partager sa couche avec une de mes servantes, je lui offre volontiers ! Ceci est mon auberge ! J'y fais ce que je veux ! »

Monsieur Romuald les observa tour à tour avant de reprendre.

- « A présent, j'exige que vous quittiez tous mon établissement ! » hurla t-il en attrapant Elwen par les cheveux.

Elwen se retrouva dehors avant d'avoir pu dire un mot et reçut son sac et le reste de ses affaires à ses pieds quand l'aubergiste les lui jeta.

Une seule chose ne quittait pas son esprit, elle avait perdu la seule place qui leur permettrait de rentrer. Elladan ne lui pardonnerait jamais …


J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions dans les commentaires !

Je tenais aussi à vous prévenir que je rentre dans une période de révision et que je risque donc de ne rien poster ce mois de juin … Ne vous en faîtes pas, je reviens juste après ! (mon écrit est à mi juin tandis que l'oral est tout début juillet …)

Bref, à très vite !