Bonjour à tous ! Je m'excuse de ce retard et j'espère que le chapitre précédent vous a plu. Je n'ai eu aucun retour donc je me pose des questions … :/

Enfin bon ! Voici la suite et à bientôt !


Italique : Elfique/passé

Normal : Westron/Récit

Italique Gras : Légende


La lune était haute dans le ciel, elle éclairait tout le village. Emaël la regardait depuis un long moment sans rien dire tandis qu'elle réfléchissait, assise en tailleur par terre. Qu'allait elle faire ? Elle ne pouvait certainement pas retourner auprès des jumeaux et Legolas sans un mot …

Elwen se prit la tête entre les mains et soupira. Elle faisait toujours échouer. Elle sentit que le jeune homme s'approchait d'elle le plus doucement possible.

- « Je suis vraiment navré mademoiselle … Ce n'était pas voulu. »

- « Je le sais bien … » soupira t-elle. « Qu'avez vous là ? »

- « Oh … C'est un coffret que les troupes de mon oncle ont rapporté avec eux de leur dernière mission. » souffla t-il en regardant le petit coffre entre ses mains.

- « Je vais aller retrouver mes amis. Je vous souhaite une bonne nuit, Emaël. »

Alors qu'elle se retournait, elle surprit une étrange rougeur sur les joues du jeune homme, ou peut être était ce le reflet du bois ciré …


Elwen ne dormit pas cette nuit là, elle était assise sur le toit d'une maison et observait les étoiles. Elle repensa au petit visage de Piàn, l'enfant de Daeley et Aldwyn. Il était si innocent, si angélique. En plus de sa vie, elle lui avait volé son bonheur. Pour cela, une punition lui avait été donnée, durant chaque nuit durant deux ans, elle avait revécu cette scène cauchemardesque, chaque nuit avait été une véritable torture … Mais Elwen savait qu'elle le méritait.

Cela faisait plusieurs décennies qu'elle n'avait plus revu cette scène et en rêver à nouveau avait provoqué en elle un remous de souvenirs enfouis. L'elleth rousse cala sa tête sur ses genoux serrés l'un contre l'autre et ferma les yeux.

Le visage d'Aldwyn apparu, il était illisible, seuls ses yeux exprimaient une étrange mélancolie chargé d'amertume.

- « Je ferai tout pour que tu n'oublies jamais, Hecilwen. Je ne peux revenir à ce jour maudit où tu nous es apparue comme une enfant abandonnée et faible mais je peux te faire vivre l'enfer … »

Un sourire étrange étirait ses lèvres, les autres de ses victimes l'avaient habituée à une froideur et une colère haineuse, pas aux sourires qui en disaient long.

- « Tous ici ne désirons qu'une chose : te voir souffrir comme tu nous as fais souffrir. J'attends le jour où je verrai ton coeur se briser et tout ton être le suivre. »

- « Tu m'avais fais une promesse, Elwen. Encore une que tu n'as pas tenue … » souffla Elenwë derrière elle.

Il n'y avait pas une nuit où la jeune femme à la peau translucide et aux cheveux blancs ne disait cette phrase. Oui, Elwen lui avait promis quelque chose et elle n'avait pas tenu parole.

- « Un jour, tu verras Hoarwell. Tu as beau te rassurer en te disant que ce jour ne viendra jamais, mais moi je sais que tu finiras par le voir … Hoarwell te brisera comme il nous a tous brisés. » susurra la jeune femme en se penchant à son oreille.

Elwen ouvrit brusquement les yeux, la voix d' Elenwë résonnant dans son esprit, encore et encore.

- « Je le sais bien, Elenwë … Et je redoute ce jour autant que tu l'attends. » murmura t-elle d'une voix lasse et fatiguée de se battre contre l'évidence.

Elwen n'était pas dupe, elle savait pertinemment que la vision d'horreur viendrait la hanter un jour ou l'autre.


Le jupon de sa robe fut balayé par le vent, dévoilant sa jambe droite à la lumière de la lune. Sur la peau blanche, s'étalaient de grandes arabesques tracées dans la chair. Elwen suivit l'une d'elle en la caressant du bout d'un doigt. Les fines cicatrices blanchâtres ornaient toute sa jambe, de la cheville au genou. Avec le temps, elles s'étaient agrandies et arrondies. Cela aurait presque pu être artistique si, à la simple pensée de cette torture, les souvenirs ne remontaient pas à la surface.

Elwen pouvait encore sentir la lame glisser dans sa chair. Ce jour là, Mahtan l'avait sauvée d'un homme qui n'était plus qu'un monstre à ses yeux. Elwen entendit quelqu'un venir s'asseoir à côté d'elle et elle rabattu vite le tissu sur sa jambe mutilée.

- « Qu'est ce que cela ? » demanda Legolas.

- « Rien. Un souvenir. » murmura t-elle d'un air buté.

Legolas ne dit plus rien et braqua son regard sur l'aube naissante. Elwen l'observa un instant, ses cheveux étaient d'or dans la lumière du soleil et ses yeux, habituellement clairs, brillaient sous la lumière rasante.

- « J'ai perdu mon travail. » dit elle de but en blanc.

- « Quoi ? Comment ? »

- « J'ai frappé un homme. Il a voulu me mettre dans son lit.» souffla t-elle.

Elwen sentit le regard de Legolas sur elle, il était choqué. Il n'avait pas dû côtoyer beaucoup d'Hommes car cela semblait l'ébranler au plus profond de lui même.

- « Tu as bien fait alors … »

Elle se retourna vers lui, ne s'attendant pas ce genre de réponse.

- « Je ne sais pas comment le dire aux jumeaux … Elladan va me tuer. Il comptait sur ma paye pour économiser assez d'argent pour le retour. »

- « Ce n'est pas grave. Nous trouverons un autre moyen de gagner de l'argent. Tu n'as pas à supporter une responsabilité qui n'est pas la tienne … »

Le soleil se levait lentement et Legolas repartit vite pour être à l'heure à la ferme où il travaillait.


- « C'est une catastrophe … » souffla Elladan.

Sa réaction ne s'était pas fait attendre. Elwen voyait bien qu'il se retenait de lui hurler au visage des insultes. Son regard était dur et ses gestes brusques, il détournait les yeux, comme si le simple fait de la regarder déchaînerait sa colère.

- « Je suis vraiment désolée, Elladan … Je vais trouver une solution, ne t'inquiète pas. »

- « Comment veux tu que je ne m'en fasse pas ? Nous sommes à des centaines de kilomètres d'Imladris, sans aucune ressource et sans chevaux ! » cria t-il en faisant de grands gestes avec les bras.

- « Tout va s'arranger … Je vais faire le nécessaire. » dit elle avant de se retourner et de partir.

Bien sûr que non, tout n'allait pas s'arranger. Elladan avait raison, ils étaient trop loin d'Imladris pour espérer une aide et elle venait d'abattre leur dernière chance de retrouver leur chez eux.

Alors qu'elle déambulait dans les rues, quelqu'un l'interpella. C'était le jeune homme d'hier soir, Emaël. Il accourut vers elle et lui saisit le bras dans un geste amical.

- « Bonjour Elwany ! »

- « Bonjour … »

- « Je tenais à m'excuser encore une fois pour mon oncle. Ce n'était vraiment pas correct de sa part mais vous savez, il a l'habitude des grandes villes ! »

- « Vous vous êtes déjà excusé hier soir … Ce n'était pas nécessaire de revenir. »

Son ton dût être un peu plus froid qu'elle ne l'imaginait car la figure du jeune homme se décomposa.

- « Mais ce n'est rien ! Merci de vos excuses … » dit elle en s'éloignant.

- « Vous avez perdu votre emploi par la faute de mon oncle, n'est ce pas ? »

- « En effet, et avec lui l'unique chance pour moi de rejoindre ma ville de l'Est » mentit elle.

- « Je … J'aimerai beaucoup vous dédommager mais mon oncle ne me le permettrait pas. Puis je vous inviter à vous joindre à moi pour le déjeuner, en contrepartie ? »

Elwen réfléchit quelques instants. Ce jeune homme paraissait très fortuné et vu comment les choses évoluaient, rien ne lui disait que faire connaissance avec les bonnes personnes serait défavorable.

Elle le suivit donc alors qu'il la menait vers une immense bâtisse de pierre. Un serviteur leur ouvrit la porte et ils pénétrèrent dans un hall aux dalles luisantes. Emaël ne la conduisit pas dans une salle à manger mais dans une grande bibliothèque à l'ambiance chaleureuse.

- « Le déjeuner sera servit dans une heure. » annonça un serviteur.

Elwen observa les hautes étagères de bois ciré. Jamais elle n'avait vu autant d'ouvrages identiques. La couverture des livres étaient toutes identiques.

- « Mon oncle collectionne ces livres … Mais il m'a toujours interdit de toucher à l'un d'entre eux. Il paraît qu'une légende y est racontée dans toutes les langues. Une histoire de Montagnes et de Roi déchu … «

- « Cet endroit est vraiment étrange … » murmura t-elle.

- « Je l'aime pour son charme. Oh ! Voulez vous voir les dernières trouvailles des troupes de mon oncle ? »

Il se dirigea vers le coffret qu'elle l'avait tenir contre lui, la veille au soir. Il l'ouvrit avec précaution et lui dévoila son contenu. Des bijoux, des parures et même, une toute petite clé d'or.

- « C'est … C'est magnifique ! » souffla t-elle.

- « N'est ce pas ? Mon oncle travaille dans la finance au royaume du Gondor alors il s'y connaît en richesse. »

Ils parlèrent de tous et de rien et quand le déjeuner sonna, Elwen sentit que ce jeune homme l'appréciait vraiment. Kerberos ne vint pas à leur table et ils purent discuter sans gêne.

Alors qu'il la raccompagnait à la porte du manoir, il lui offrit une rose blanche.

- « Vous êtes magnifique Elwany … »

Elwen se sentit aussitôt mal à l'aise à l'idée de mentir à ce jeune homme si touchant.

- « Il n'y a pas qu'à mon oncle que vous plaisez. »

- « Je dois vous arrêter tout de suite car je crains qu'il n'y ait méprise … C'était un moment très agréable en votre compagnie mais je dois vous prévenir que je ne recherche pas la même chose que vous, Emaël ... »

Il garda le silence pendant un instant qui sembla durer une éternité aux yeux d'Elwen. Quand enfin il releva la tête, il avait dans le regard une tristesse évidente et une déception à peine dissimulée.

- « Je comprends … Me permettez vous alors de vous offrir mon amitié ? »

- « C'est avec joie que je l'accepte et que je vous retourne la demande ! » dit elle en souriant doucement.

- « J'aimerai beaucoup vous revoir Mademoiselle Elwany. Puis je vous réinviter dans trois jours à partager avec moi une promenade autour des bois ? »

- « Je m'y rendrai avec joie ! Au revoir Emaël, à dans trois jours ! »

Alors qu'elle s'éloignait, Elwen sentit dans son dos le regard de son nouvel ami. Le jeune garçon ne devait pas voir plus de vingt ans et il l'avait tout de suite intriguée. Pourquoi la défendre et excuser la mauvaise conduite d'un homme qu'elle venait de battre presque à mort ? Cet homme était son oncle et il avait préféré l'aider que de soutenir celui dont on s'attendait à ce qu'il le fasse.


Elwen passa le reste de sa journée à réfléchir plus qu'à chercher un nouveau travail. Emaël était si naïf … Il avait osé lui montrer des objets de valeur mais en plus de cela, l'endroit où ils seraient cachés. Il fallait être bien sot pour faire une telle chose surtout concernant une personne aussi peu connue.

Elwen réfléchissait à toute vitesse, cela faisait des décennies qu'elle essayait de se défaire de ces moyens mais cela demeurait dans son esprit comme la solution.

Lorsque Elladan revint le soir même, elle avait fait son choix.

- « Le contrat de Legolas prend fin dans une semaine. » Annonça t-il d'un air fatigué.

- « Qu'allons nous faire ? » souffla t-elle.

- « Je ne sais pas … Je ne sais plus. Tout semble si compliqué ! Une chose est pourtant sûre, il faut que nous parvenions à rentrer avant la fin de l'année ou alors notre père déploiera des troupes immenses pour nous retrouver … »

- « Nous pourrions partir à pied et chasser pendant quelques temps … » murmura t-elle en regardant ses pieds.

- « Et on tiendrait combien de temps ? Nous n'avons plus assez d'armes, plus de vivres et encore moins la force d'entreprendre un tel voyage. Je te parle de plus de 3 mois de route à cheval, pas d'un aller retour au puits ! »

Elladan commençait à s'énerver, il devenait agressif et chacun de ses gestes étaient brusques et violents. Elwen savait que cette routine fatigante et lassante lui pesait mais jamais elle n'aurait cru voir un elfe perdre ainsi ses moyens.

- « J'ai peut être une solution … » murmura t-elle.

- « Qu'est ce que c'est ? »

- « Je peux nous trouver de l'argent, beaucoup d'argent, à la seule condition que personne ne pose de question. » souffla t-elle, le regard fuyant.

Cette déclaration fit taire Elladan et il parut profondément choqué. Mais il n'y avait plus de colère sur son visage, juste une fatigue et une indécision marquée.

- « Je … Je dois en parler avec les autres. » souffla t-il enfin.

Elladan partit, la laissant seule à ses pensées. Ça y était, elle l'avait dit. Elwen s'était engagée à refaire une chose qu'elle s'était promis de ne jamais, au grand jamais, refaire. Mais Elwen n'était pas une douce elleth, elle n'était de celles qui passent leurs journées à broder et à se promener.

Elwen était une voleuse et une meurtrière.

Quand Elwen regagna la rue principale, elle fut interpellé par une voix. Elle eut juste le temps de se retourner pour voir Emaël courir vers elle qu'il se mit à parler.

- « Mademoiselle Elwany ! Je vous trouve enfin ! Je vous ai vu tout à l'heure parler avec les elfes mais je n'ai pas osé venir vous déranger. »

- « Ah … Euh merci. »

- « Je vous annoncer une bien triste nouvelle … Mon oncle m'a appris pas plus tard que ce soir que nous partions demain. Je suis vraiment désolé et croyez bien que j'aurais aimé passer plus de temps en votre compagnie. » murmura t-il, gêné.

Ses paroles glacèrent Elwen. Ils repartaient demain, elle n'aurait jamais suffisamment de temps !

- « Je suppose que notre promenade dans les bois est ainsi annulée ... » il acquiesça « Et où allez vous donc ? »

- « Mon oncle souhaite mettre à l'abri les joyaux, qu'il a accumulés au cours de ses missions, dans un manoir du Sud. »

Elwen ne sut que répondre. Elle s'excusa rapidement avant de le laisser en plan. L'elleth entendit très clairement le jeune homme l'appeler mais elle ne se retourna pas. Elle ne pouvait pas laisser filer leur dernière chance ! Elle avait suffisamment fait de bêtises en perdant son emploi et en frappant un homme.

Elwen courut à travers tout le village, recherchant l'endroit où elle avait caché ses affaires. Quand enfin elle les trouva, elle se saisit de sa couverture et déchira celle ci. Là, dans la doublure, se cachait son plus lourd secret. Elwen observa le contenu et se mit à réfléchir à toute vitesse.

Elle n'avait pas le temps de prévenir Elladan, il fallait qu'elle agisse dans le nuit. Son ami lui avait fait promettre de ne rien faire de stupide mais elle ne pouvait pas laisser passer cette chance.

Ainsi, Elwen sortit de la doublure une étroite tunique noire munie d'une capuche, un pantalon collant à la peau et un foulard noir. À l'abri des regards, elle revêtit les habits, mit la capuche sur sa tête après y avoir dissimulé ses longs cheveux écarlates et finit de s'apprêter en accrochant ses poignards aux sangles de cuir qui barraient l'habit.

Elwany la serveuse avait disparu pour laisser place à Ilestelwen la voleuse.

Elwen prit le foulard et le mit sur son visage, cachant ainsi ses traits jusqu'au nez. Seuls ses yeux gris contrastaient avec les vêtements si sombres. Dans son dos, ses deux épées étaient maintenues par des liens de cuir. Elwen jeta un regard au lavoir près duquel elle avait trouvé refuge. Seul le visage d'un voleur s'y imprima. Elle était méconnaissable.


La nuit était tombée depuis des heures mais le village n'était toujours pas silencieux. Elwen tenta de ne pas penser à ses amis qui devaient la chercher mais elle n'y parvint pas. Elle n'était désormais plus qu'une ombre sur les toits du bourg.

Sa souplesse et son agilité l'avaient grandement aidé au temps où voler avait été son activité principale. D'un bond, elle sauta sur un balcon, sans un bruit. À l'intérieur, des enfants dormaient, le silence régnait.

Tout était enfin calme mais en elle, une tempête entre raison et nécessité battait jusque dans ses oreilles, couvrant le flux de ses pensées. C'était mal, elle le savait. Mais, étrangement, cette idée ne la dérangea pas, cela ne l'avait jamais dérangé …

Il devait être 2 heures du matin quand elle finit par se diriger vers la grande bâtisse qui surplombait tout le village. Elle se balança à bout de bras sur une corniche et s'envola pour atterrir sur le toit au tuiles disjointes. La nuit s'étalait devant elle comme un tableau aux nuances si sombres.

Un balcon était à quelques mètres sous elle mais elle savait qu'il ne donnait nulle part, seulement sur une salle d'eau condamnée. Intérieurement, elle remercia Emaël de lui avoir fait visiter l'ensemble de la maison. Au fond d'elle, un profond remord grandit, ce jeune homme lui avait fait confiance, avait cherché à la connaître et elle était en train de le trahir.

Elwen marcha silencieusement sur le toit jusqu'à atteindre son sommet. Là, en équilibre sur la tranche de la charpente, elle marcha jusqu'à une petite tour. La paroi était lisse et seule une petite fenêtre à une hauteur vertigineuse contrastait avec le mur. Mais Elwen avait été voleuse durant tant d'années qu'elle avait apprit à surmonter ce genre d'épreuve.

Elle prit son élan et sauta. Ses mains agrippèrent la corniche et elle ne s'y arrêta pas, se propulsant avec force sur le toit pentu de la tourelle. Ses pieds glissèrent et elle faillit tomber mais ses réflexes lui permirent de se raccrocher rapidement à la pointe de fer qui la dominait.

Elle se tira à la force de ses bras et arriva tout en haut. Le vent était glacial et soufflait rudement. La jeune elleth ne perdit pas de temps à contempler la ville qui s'étendait sous elle et sauta à nouveau sur une autre tourelle, plus large et munie de multiples fenêtres mais aussi plus haute et plus loin. Le vide séparait les deux pans de murs et Elwen eut soudain peur que son habilité de voleuse ne se soit dégradée. Plus de 20 mètres la séparait de la cour intérieur qui s'étalait là, en bas. Une chute de cette hauteur lui serait sans aucun doute fatal.

Le vent faisait claquer ses cheveux dans son dos et elle les rabattit rapidement sous sa capuche. Avant de sauter, elle rajusta son foulard sur le bas de son visage, ne laissant apparaître que ses yeux. Elwen inspira profondément et s'élança dans le vide.

Elle n'était qu'une ombre, silencieuse et rapide. Elle atterrit sans un bruit sur la façade opposée et sauta sans attendre sur le rebord d'une fenêtre. Une lumière passa. Son sang se glaça et elle se plaqua contre la pierre, retenant son souffle. La lueur d'une bougie était bien visible de derrière les carreaux mais la personne qui l'utilisait ne semblait pas avoir remarqué la présence de l'elleth, cachée à moins de deux mètres d'elle.

Le vent se fit plus fort et Elwen ferma les yeux tout en remontant son foulard sur son nez. Des milliers d'aiguilles semblaient percer son corps. Une mèche écarlate sortit de sa capuche pour venir lui chatouiller le nez. Elwen rabattue ses manches sur ses doigts gelés et jeta un œil à l'intérieur.

La flamme de la bougie s'éloigna et disparue dans un couloir. L'elleth attendit encore de très longues minutes avant de s'approcher de la fenêtre et de plaquer sa main contre un des carreaux. D'un geste vif, elle le cassa et introduit son bras à l'intérieur de la pièce.

Elle fit sauter le loquet d'un geste devenu familier et put enfin pousser la fenêtre. Une douce chaleur lui frappa le visage. Elle sentit ses joues rouges de froid se réchauffer lentement. Sans perdre une minute, Elwen regarda autour d'elle et s'approcha de la porte laisser entrouverte.

Elle l'ouvrit sur un couloir plongé dans l'obscurité, ses yeux elfiques lui permirent cependant de déterminer les potentiels obstacles sur son passage. Silencieusement, elle sortit de la pièce et suivit le corridor. Elwen n'avait pas un sens de l'orientation brillant mais elle trouva rapidement le chemin qui menait à la bibliothèque où l'avait emmené Emaël.

La porte n'était pas verrouillée et elle entra sans un bruit, la refermant derrière elle. Le coffret était toujours à sa place, entouré des livres tous identiques.

Elwen aurait pu simplement s'en saisir et repartir mais la curiosité fut plus forte. Lentement, elle prit un des livres dans sa main et l'ouvrit. Des noms. Des centaines de milliers de noms y étaient inscrits. Certains étaient barrés, d'autres entourés.

Soudain, Elwen eut peur. Peur de ce que signifiait ces noms. Les mains tremblantes, elle revint à la première page.

La Légende : Åu delà des Montagnes Grises

Dans la vallée au-delà des Montagnes Grises, on raconte une bien étrange légende qui parle d'un roi et de deux femmes.

Elwen releva les yeux de la page, quelque chose en elle lui disait qu'elle ne devait pas lire cela. Malgré cette force incroyablement puissante qui tentait de la détourner de l'ouvrage, elle continua sa lecture.

Dans cette région, le Roi vivait auprès de son peuple et partageait coutumes et fêtes avec eux. Le pays vivait ainsi, au jour le jour, sans se préoccuper du lendemain, guidé par un Roi aimant et simple.

Un jour arriva où il dut choisir une Reine, il convoqua toutes les femmes de la ville et annonça qu'il choisirait parmi ces petites gens celle qui serait son épouse.

Un bruit retentit et Elwen vit avec effroi que quelqu'un venait de verrouiller la porte. De l'intérieur.

Kerberos s'avança vers elle, une arme pointée sur elle. Ses yeux scintillaient dans la pénombre ambiante et il alla à une petite table pour y allumer une bougie.

- « Ainsi, vous vous intéressez à mes livres ? »

Elwen ne répondit rien, tétanisée. Elle avait lâché le livre et le suivait des yeux à mesure qu'il déambulait dans la pièce.

- « Vous savez, ce n'est pas très poli de se servir dans les affaires des autres … »

Elwen attendit qu'il reprenne la parole mais il garda le silence, l'observant de ses petits yeux brillants. Il s'approcha d'elle et se saisit de son bras avant qu'elle n'ait pu faire un seul mouvement. Alors qu'elle tentait de se dégager, il lui plaqua sa dague contre le cou, lui intimant de rester tranquille.

- « Emaël ! » cria t-il.

Cela suffit à Elwen pour se défaire de sa poigne. Elle se saisit d'un poignard, caché dans sa tunique, et menaça Kerberos. Elle lui donna un coup de pied dans la mâchoire et esquiva une de ses attaques.

- « Emaël ! Emaël ! » appela t-il encore.

Sa lame frôla la joue de l'elleth, la coupant à la pommette. Celle ci réagit en lui donnant un coup de poing dans les côtes, l'étourdissant quelques instants. Elle ne vit pourtant pas la main de son agresseur venir tirer sa capuche en arrière.

Juste à temps, elle la rabattit sur son visage, mais sa longue chevelure écarlate ne fut pas de cet avis et passa par dessus son épaule. Kerberos s'était redressé et l'attaquait à nouveau. Mais ses coups étaient incertains, presque faibles.

Elle lui fit enfin lâcher son arme d'un coup de pied, le maintenant à terre. En se penchant à son visage, elle comprit pourquoi le combat avait duré si peu de temps. Il avait bu. Et plus d'un verre apparemment. Elwen assomma l'homme et se redressa.

Elle n'eut pas le temps de se saisir du coffret que déjà, quelqu'un lui tombait dessus. Elle sentit un poing la percuter et elle tomba à la renverse, du sang explosant dans sa bouche. D'une main elle l'essuya et se redressa pour faire face à son agresseur.

Emaël.

Elle en eut le souffle coupé et ne réagit même pas quand celui ci lui donna un nouveau coup de pied dans les côtes. La douleur fusa dans son corps mais elle tenta d'en faire abstraction. Elwen ne rangea pas son couteau et elle sut qu'elle regretterait son geste plus tard.

Elle se jeta sur Emaël, le faisant trébucher avant de tourner sur elle même et de lui assener un coup de pied dans le genou. Elle l'entendit gémir de douleur et ferma les yeux, c'était toujours dur de faire mal à quelqu'un que l'on ne détestait pas …

Alors qu'elle le regardait à terre, Elwen en oublia le combat et fut surprise par une main qui lui tira la jambe en arrière. Elle chuta sur le parquet et se retrouva nez à nez avec Emaël.

Celui ci leva la main vers son visage et se saisit de sa capuche et du foulard. Elwen ferma les yeux.

À l'instant où elle sentit le tissu glisser, elle éprouva un grand vide en elle. Elwen ouvrit lentement les yeux et fixa les prunelles du jeune homme qui lui faisait face. Il avait l'air anéanti, dévasté par cette nouvelle.

- « Toi ... »

Ses yeux ne fixaient qu'elle et rien d'autre que la stupeur ne vint gâcher leur éclat. Sa bouche était entrouverte de surprise.

Elle l'avait trahie.

C'était son unique pensée. Elle l'avait dupé, trompé, elle s'était jouée de lui. Et lui, lui, l'avait vraiment aimé. Il avait cru à la sincérité de ses sentiments. Il lui avait même avoué qu'il l'aimait.

Mais elle n'était rien ne plus qu'une voleuse, une femme sans âme et sans scrupule.

Elwen vit ses yeux se déformer sous la haine et elle propulsa ses pieds contre son torse, se dégagea. À peine était elle debout qu'elle se saisissait du coffret et courait vers la porte. Kerberos lui barra la route. Alors, elle fit ce qu'elle avait l'habitude de faire, elle ne réfléchit pas.

Elle sortit son poignard. Le planta durement dans la chemise blanche de l'homme. Une tâche écarlate s'y répandit rapidement, elle s'étendait de plus en plus. Kerberos tomba. Elwen prit la fuite.

Elle n'entendit même pas Emaël qui criait et se précipitait vers la première fenêtre qu'elle vit. D'un bond, elle sauta à travers le verre, brisant la vitre au passage. Ses mains agrippaient le coffret, ses jointures en devenaient blanches. Une main le lâcha pour attraper une gouttière.

Elwen se tira vers le ciel, montant sur les toits. Elle ne redevint rapidement qu'une ombre dansante dans la nuit.

Elle courait silencieusement sur les tuiles. Une seule pensée en tête, elle devait retrouver Elladan et les autres. À présent qu'Emaël l'avait reconnue, il ferait rapidement le lien avec eux. Ses mains étaient tâchées de sang.

Ce soir, elle avait tué un homme. Mais ce qui lui fit le plus froid dans le dos c'est de n'en ressentir que de l'indifférence. Était elle devenue à ce point mauvaise pour que le meurtre ne l'atteigne plus ?

Elwen sauta sur le toit d'une maison et s'agrippa à une barre de fer qui servait à y étendre un panneau de bois qui indiquait « armurerie ». Elle atterrit sans un bruit dans la rue et courut à la grange où elle avait vu les jumeaux pour la dernière fois. Ils avaient disparu. Plus personne n'était là.

Elwen eut soudain peur. Où était il allé ? Que s'était il passé ? Elle entendit des pas rapides venir par ici. C'était Legolas. Elle sauta sur une poutre du plafond, il ne fallait surtout pas qu'il la voit ainsi. Il ne savait rien. Il ne devait rien savoir.

Elwen sortit par une lucarne aux vitres brisées. Le vent lui frappa la visage et elle se laissa tomber à terre, dans une ruelle sombre. Elle courut jusqu'à l'endroit où elle avait laissé ses habits mais fut stoppée net par une ombre qui venait vers elle. C'était Elrohir.

Elle le suivit et finit par trouver son frère assis près d'un feu qu'ils avaient établi près du bois qui bordait le village. Elwen entra dans la lumière et Elladan recula, surpris.

- « Il faut qu'on se tire ! J'ai merdé. » dit elle vivement en rassemblant leurs affaires.

Elle était tant pressée et apeurée qu'elle ne se rendit même pas compte qu'elle parlait en Westron. Elrohir, derrière elle, la regardait avec des yeux écarquillés alors qu'elle s'agitait autour de l'âtre.

- « Que se passe t-il ? » souffla t-il.

- « Rien. Faut qu'on dégage d'ici. »

Elladan se leva brusquement et s'approcha de l'elleth. Il lui prit les mains et observa le sang qui les maculait.

- « Elwen … Qu'est ce que tu as fait ?! » cria t-il

- « J'ai fais le nécessaire pour que l'on rentre. » lui cria t-elle en retour.

- « Que c'est il passé ? » répondit il durement.

- « Il m'a vue. Et ça a mal tourné. Il faut qu'on quitte le ville avant le lever du soleil. »

Elwen s'approcha d'un tonneau rempli d'eau et entreprit de laver tout le sang qu'elle portait. La coupure à sa pommette saignait ainsi que sa lèvre.

- « Non Elwen … C'est toi qui va partir, seule. » déclara Elladan, les bras croisés.

- « Tu ne comprends pas ! Il m'a vue ! Il sait qui je suis et qui je fréquente. Il vous fera enfermer dès qu'il apprendra que j'ai fuit ! »

- « ELWEN ! » Hurla t-il si fort qu'elle stoppa ses mouvements pour se tourner vers lui. « Qu'est ce que tu as fait ? »

- « Je … Je suis entrée dans la grande maison, celle de l'homme du Gondor. Et j'ai volé le coffret. »

- « Mais, qu'est ce qui t'as pris ? »

- « Et qu'est ce que tu imaginais ? Que j'allais aller chez cet homme, lui demander ses bijoux et qu'il allait me les donner sans un mot ? »

- « Non. Je pensais que tu allais tenter de te lier d'amitié avec lui pour lui demander ensuite une aide. Pas que tu allais t'introduire chez lui et le tuer ! »

Elwen le regarda avec des grands yeux. Elladan avait hurlé cette dernière phrase et dans ses yeux elle n'avait jamais vu autant de colère.

- « Je ne vois que le monde réel ! Je ne crois aux légendes qui compte la bonté des gens ! Je suis une voleuse, Elladan. Ne l'oublie pas. » souffla t-elle en le regardant dans les yeux.

- « Non, tu es une mauvaise personne, Ilestelwen. Et cela n'excuse pas tes gestes. »

Ces paroles lui coupèrent le souffle et une douleur aigu vint la piquer droit au coeur. Elle baissa la tête et ferma les yeux mais déjà la voix de ses victimes résonnaient dans son esprit. « Tu es une mauvaise personne, Ilestelwen. »

- « Je le sais bien. » murmura t-elle, sans le regarder.

- « Alors pourquoi ne changes tu donc pas ! » lui cria t-il. « J'avais confiance en toi ! Nous avions tous confiance en toi ! »

- « Parce que je ne suis pas comme vous. Je suis Ilestelwen, fille sans espoir, mais aussi Hecilwen, Mirina Sor, Carafinda et bien d'autres ! Parce que je suis une meurtrière. »

Elladan parut aussi surpris qu'elle par le coup qui partit. Elwen sentit sa joue brûler. Elladan l'avait frappée. Du bout des doigts, elle caressa sa peau à vif et en elle se brisa la dernière barrière qui maintenait la certitude qui était née en elle.

Elwen devait partir. Partir loin d'eux. Sa main retomba à ses côtés et elle laissa échapper un souffle tremblant d'entre ses lèvres. Elle ne savait pas si elle en aurait la force. Elle voulait pourtant se convaincre que si.

Elwen se détourna d'eux et rabattit sa capuche sur ses cheveux écarlates. Elle se saisit du coffret l'ouvrit et prit au hasard six objets avant de le leur tendre.

- « Rentre chez toi, Elladan. » Elle sortit de la clairière et ne se retourna pas. « Adieu »

Elle quitta le couvert des arbres et courut jusqu'à une maison, ignorant les cris d'Elrohir qui l'appelait. Elle se tira vers le haut grâce à ses bras accrochés au rebord d'une fenêtre. De tout là haut, elle vit Legolas revenir vers le bois. L'elfe blond sembla un instant vouloir lever les yeux vers elle mais il se ravisa.

Silencieusement, elle le salua et le remercia pour les moments qu'ils avaient passés ensemble. Au plus profond d'elle, Elwen savait que l'elfe aux cheveux d'or lui manquerait plus qu'elle ne l'imaginait.

Elwen le regarda s'éloigner en imaginant ce qu'il penserait d'elle en s'apercevant de sa fuite. Elle resserra sa prise sur les trois pierres scintillantes, le collier de cristal, la minuscule clé d'or et l'étrange carnet de cuir avant de faire une des plus grosses erreurs de sa vie.

Prendre la fuite en laissant derrière elle ceux qu'elle aimait tant.


Voilà voilà ! J'espère que cela vous a plu. J'aimerai vraiment que vous me laissiez un petit mot, ça prend à peine 2 minutes et ça illumine ma journée ! J'espère publier plus fréquemment (je passe mon oral dans quelques jours et après c'est finiiiiiiit !) mais je ne peux rien promettre …

Bref, bonne fin de journée à tous et à la prochaine !