Bonjour à tous ! Comment se passe le confinement chez vous ? Pour ma part j'ai cru que cela me donnerait plus de temps pour l'écriture, et bien je me suis trompée ! La charge de travail est plus importante et les profs ne nous facilitent pas la tâche …

Bref j'arrête de blablater. Je tenais juste à vous préciser avant que vous ne commenciez à lire ce chapitre et la suite de cette histoire que certains personnages pensent et agissent d'une manière que je n'approuverai jamais. Si je leur fait dire quelque chose avec lequel vous n'êtes pas en accord, c'est sûrement que je me servirai de cet élément pour montrer l'évolution d'un personnage.

Je fais dire des choses à mes personnages que je n'approuve pas forcément ! Je ne le pense pas personnellement :)

c'était juste au cas où … voilà XD

Réponse aux reviews anonymes :

Yurie : Hey ! Merci beaucoup de ton commentaire, ca me fait vraiment plaisir;)

Je voulais aussi m'excuser, normalement je réponds aux reviews avec compte systématiquement et ça m'est totalement sorti de la tête !


Italique : Passé/Elfique

Normal : Présent/Westron


- « Dis nous ce que tu sais et le sort sera brisé. Norn s'est engagé à le faire. » répondit calmement le gondorien.

- « Ses promesses ne valent rien ! » cracha la jeune elfe en se tournant vers lui.

- « Alors, ton amie se perdra à jamais dans les méandres de l'oubli. Tu sombreras de sa mémoire si faible … si faible et influençable. » murmura Norn.

Elwen tremblait. Elle se passa les mains dans les cheveux pour essayer de se calmer. Que fallait-il faire ? Quel était le bon choix ?

Elwen ne savait rien mais elle sentait au plus profond d'elle qu'elle ne devait surtout pas se trahir. Ses yeux se posèrent sur Elorna, perdue et jetant un regard abasourdi sur la salle. Elwen lui avait fait une promesse. Elle se devait de sauver Elorna.

Une idée vint lentement dans son esprit. Ilestelwen se vit, là, juste là, au dessus du nain, un couteau pointé sur sa gorge. Elle pourrait le tuer … Elle pourrait tuer Norn … Oui, anéantir cet homme réglerait la question.

- « Le sort ne sera brisé que si je coupe moi même les liens de ton amie qui la retienne à moi. » souffla Norn avec un sourire triomphant.

La détresse s'empara d'elle. Elwen se prit la tête entre les mains et détourna les yeux.

Soudain, un éclair de génie fusa dans son esprit. Ses mains cherchèrent machinalement dans la doublure de son manteau. Ses doigts trouvèrent la couverture de cuir du carnet qu'elle avait volé à Greador. Elle caressa pensivement les pages de l'index et le tendit au gondorien.

- « Qu'est ce que cela ? » dit il lentement en s' en saisissant.

- « Greador y inscrivait toutes ses recherches, si vous voulez des réponses, c'est ici que vous les trouverez. »

Elwen tentait de cacher le tremblement de sa voix mais l'homme n'était pas dupe. Il ouvrit lentement le carnet, le feuilleta et s'arrêta sur une page qu'il lut avec précision. Ses yeux passaient d'une ligne à l'autre avec frénésie, s'écarquillant au fur et à mesure.

Elwen n'avait pas lu ce qui y était écrit mais une seule chose comptait à cet instant : se sauver. Le gondorien releva avec lenteur la tête et fixa son regard dur et perçant sur elle. Le coeur de l'elfe se mit à battre plus fort, la peur s'insinua en elle.


Aldawen fit ralentir son cheval à mesure que le soleil éclairait une dernière fois les plaines sans fin. Elle avait quitté la forêt noire et traversait à présent les immenses plaines du Rhovanion. La jeune elfe n'avait pas levé la tête de sa route pour observer les alentours depuis des kilomètres.

Lentement, elle écarquilla les yeux. Tout autour d'elle, des terres vallonnées s'étendaient à perte de vue. Le soleil rasant faisait naître et mourir le monde des ombres. Aldawen ne se rendit pas compte qu'elle stoppait sa monture, elle jetait un regard abasourdi sur ces paysages inconnus. Le souffle coupé, une seule pensée était encore présente à son esprit. Depuis tout ce temps, ces terres vivaient, évoluaient sans qu'elle ne les ait même imaginé.

La bouche entrouverte, une étrange tristesse glissa des larmes sur ses orbes bleues, elle battit des paupières pour les chasser. Devant elle, au loin, se tenait un mont de roche blanche où un minuscule royaume se terrait, suspendu au dessus du sol.

Le vent fit voler des feuilles orangées dans la lumière dorée du soleil. Ce monde était peuplé de milliers de petits bruits qu'Aldawen ne connaissait pas.

Depuis des centaines d'années, Aldawen, enfermée dans sa tour d'ivoire, ignorait la beauté du monde. Une colère perça dans son coeur. Une colère qui était destinée à tous ceux qui l'avait retenue. Si sa mère avait été devant elle, Aldawen lui aurait crié sans relâche dessus.

Ceux qu'elle aimait tant, et qui l'aimaient en retour, lui avaient refusé ce cadeau. Legolas, ses parents, son peuple lui avaient refusé le monde. Ils avaient voulu la garder bien à l'abri, cachée des yeux de tous, la préservant d'un monde qui leur avait déjà bien trop pris.

La fureur figea ses traits. Aldawen se découvrait prisonnière alors qu'elle était enfin libre. Elle en voulut à son frère de ne pas lui avoir fait vivre cette joie de découvrir que le monde ne s'arrêtait pas aux frontières du royaume des elfes. Elle en voulait à son père de l'avoir toujours vu comme celle à protéger, celle qui était trop faible et qui avait besoin qu'on la préserve.

Mais par dessus tout, la colère d'Aldawen était dirigée vers celle qui l'avait retenu pendant toutes ces années. Celle qui lui avait murmuré que le monde était dangereux, hostile et inadapté aux petites elfes comme elle. Celle qui, en gardant sa fille près d'elle, lui avait fait plus de mal que de bien.

Elenya s'était menti à elle même, se disant que c'était pour le bien de sa fille alors que tout cela n'était que pour son propre bonheur. Une mère qui veut protéger ses enfants, les arracher au monde, pour être heureuse, les avoir près d'elle, les savoir en sécurité pour sa propre tranquillité d'esprit.

Elenya avait voulu empêcher Aldawen de connaître les malheurs du monde mais aussi les joies qu'il lui aurait apporté. Elle n'avait jamais compris que les enfants étaient fait pour grandir, s'en aller vers l'avenir, en laissant derrière eux des rires, pleins de rêves et de souvenirs.

Elenya l'aimait. Une seule vérité ternissait cela : Elenya avait voulu les tenir loin du monde, elle avait voulu lui imposer une vie, la tenant loin de celle qu'elle aurait dû vivre. Pourquoi ? Aldawen n'en savait rien. La peur pouvait-elle devenir aussi grande au point de ne plus laisser vivre ses enfants ?

Legolas partait, Aldawen restait, cela avait toujours été comme ça. Pourquoi ? Quelque chose s'était passé pendant ce temps où Aldawen n'était pas encore là, elle le savait. Leur famille avait toujours porté en elle comme une ombre, une noirceur que tous taisaient, dont on ne parlait jamais. Personne n'y mettait de nom.

Quelque chose avait brisé ses parents mais aussi son frère. Aldawen savait lire les ombres dans les yeux et celles que portaient Legolas étaient indéchiffrables. Elle repensait à ce malaise, à ce non-dit, lorsqu'elle les regardait tous les trois. Une froideur les gelait tous, figeant leur visage et leurs paroles.

Quelque chose avait brisé ce fragile équilibre. Quelque chose s'était passé avant sa naissance.

Un mal sans nom avait toujours était présent au sein de cette famille qui était la sienne. Aldawen ouvrait les yeux sur l' inconnu : le monde et l' ombre que portait ses proches.

Elle chassa d'un geste brusque ses larmes avant de claquer les rênes du cheval et de serrer les jambes, ordonnant à sa monture de reprendre sa route.


Elwen aida avec tendresse Elorna à monter sur le cheval qu'elle avait volé. Dans sa poche, deux mèches rousses tressées au blanc étaient soigneusement rangées. Un léger sourire étira ses lèvres quand elle posa pour la dernière fois ses yeux sur la ville à double face.

La silhouette des maisons disparut derrière la colline qu'elles gravissaient. Elwen ferma les yeux et serra les lèvres, retenant un soupir de soulagement et de joie. Elle se sentait libérée d'un poids étrange et pria pour ne jamais revoir le triste visage de Norn.

L'elfe repensa à la facilité avec laquelle elles étaient sorties de la cachette du nain. Le carnet devait contenir les informations qu'ils voulaient car des gardes de Norn les avaient même raccompagnées aux portes de Dlohtsae.

Elorna appuya sa tête sur son torse et l'elfe resserra ses bras autour de la jeune femme pour ne pas qu'elle chute. La jeune humaine dormait depuis leur départ de la ville et Elwen sentait qu'un nouveau combat, plus éprouvant et plus long encore, était en train de se mettre lentement en place.

Elorna était morte une première fois cette nuit, sous les assauts d'un homme. Elwen savait que ce serait à elle de la sauver et de l'aider à faire l'impossible : se reconstruire. L'intime blessure menait à la mort de l'esprit et même parfois, à celle du corps.

Elle avait sauvé Elorna de l'oubli et du nain, restait à présent un plus dur combat, la sauver d'elle même. Au clair de lune, on voyait les traces de larmes sur les joues constellées de tâches de rousseur de la jeune femme. Elwen avait envie de les effacer à jamais et de remettre un sourire sur ce visage. Elle voulait entendre à nouveau le rire de son amie, revoir les étoiles qui brillaient autrefois dans ses yeux et percevoir dans sa voix la joie de se savoir en vie.

Parce qu'Elorna méritait d'être heureuse. Elwen pensa à ce que diraient les seigneurs de toutes races : le malheur qui l'asseyait à présent n'était que le juste retour de tout le mal qu'elle avait fait. Elorna était une voleuse, une espionne, une de celles qui ne se classaient pas dans la classe des héros. Et comme il était dur de vivre lorsque le monde croit être en pouvoir de vous juger …

Non, en effet, Elwen n'était pas un héros. Elle était quelqu'un qui aurait plus eu la place d'un méchant dans un conte elfique. Mais aujourd'hui, elle s'en fichait. Elle voulait juste voir la nuit si noire de ses pensées se lever sur une aube pleine de lumière.

Le monde n'était pas juste. Elle savait qu'elle ne méritait pas d'être heureuse, ni même de vivre encore ce jour, mais elle ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'un jour elle pourrait prononcer ces prières sans en avoir honte.

Elles s'arrêtèrent alors que l'aube naissait lentement au dessus des arbres. Elwen réveilla doucement son amie qui ouvrit les yeux. Dans son regard, l'elfe se rappela qu'Elorna ne pouvait pas se souvenir d'elle. Une douleur aigu frappa son corps. C'était si difficile de regarder en face quelqu'un qui ne vous reconnaît pas.

Elorna la dévisageait sans dire un mot et ses traits figés ne laissaient même pas place à la peur. Seul un vide grandissait dans ses yeux. À cet instant, Elwen comprit qu'elle n'y arriverait pas. Jamais elle ne retrouverait Elorna. Jamais elle n'entendrait à nouveau son rire résonner. Elle, la fille sans espoir, Ilestelwen sentait en son coeur que c'était un combat vain.

Mais elle se fit la promesse d'essayer de vaincre l'ombre, qui causerait la mort d'Elorna, jusqu'au bout. La jeune femme détourna les yeux et jeta un regard vague sur ce qui l' entourait. Elle ne dit rien. Elle n'était plus qu'une femme brisée, un corps vide. Elorna avait glissé hors d'elle et n'y était pas revenue.

Doucement, Elwen saisit la main de la jeune humaine, plaça sa paume vers le ciel et y mit la mèche rousse reliée aux cheveux blancs de Norn. Ici, sous le couvert des arbres et de la nuit, tout prendrait fin. Elwen releva la tête vers celle qu'elle appelait son amie. Elorna ne répondit jamais à son regard et détourna le visage vers le cheval qui broutait en silence.

Le peu d'espoir d'Elwen glissa hors d'elle, abattant ses dernières forces. Elorna ne voulait pas cela, elle ne voulait pas se souvenir, ni d'elle, ni de rien au monde. Dans sa prison d'oubli, Elorna était reine.

Alors, Elwen se demanda si il fallait l'obliger à défaire les liens qui lui permettraient de se souvenir d'elle ou la laisser choisir. Elorna ne dit rien, laissa tomber les mèches par terre et fit demi tour.

Elle avait fait son choix.

- « Tu te souviens de ce jour où tu étais tombée du toit de la maison qu'on essayait de voler ? » murmura-t-elle.

Elorna resta silencieuse, caressant lentement les feuilles de l'arbre à sa droite. L'elfe ramassa doucement les mèches rousses et blanches.

- « Tu t'es fait attraper par les gardes mais tu riais. Et moi, de là haut, je te regardais sans comprendre. Ils se moquaient de toi et t'humiliaient, mais toi, toi tu éclatais de rire toujours plus fort. C'est comme ça que j'ai compris que je ne serai jamais aussi forte que toi. »

Elorna caressait le cheval d'un air distrait. Elle ne disait toujours rien, fredonnant de temps à autre une comptine pour enfants.

- « Ils étaient prêts à te tuer et toi tu riais aussi fort que tu le pouvais. Je les ai tous tués et lorsque tu a été tiré d'affaire je t'ai demandé pourquoi tu riais. »

La jeune femme tourna les yeux vers le ciel mais ne bougea pas.

- « Tu te souviens de ce que tu as répondu ? Tu te souviens ce que tu m'as dit ? » cria Elwen.

Une nuée d'oiseaux s'envola dans le ciel, attirant l'attention d'Elorna.

- « Tu m'as dit qu' il fallait rire avant que tout ne se soit arrangé, de peur de mourir sans avoir ri. J'avais trouvé cela tellement beau … Tellement courageux. »

Elwen s'approcha à grandes enjambées de le jeune femme et saisit son épaule pour qu'elle lui fasse face.

- « Tu riais si fort que les gens se retournaient sur notre passage. » murmura t-elle, sa voix se brisant. « Je veux retrouver cette Elorna, je veux l'entendre rire, je veux la voir heureuse. JE VEUX QUE TOUT CELA NE SOIT JAMAIS ARRIVÉ ! »

L'elfe jeta loin d'elle les mèches qui maintenaient son amie dans l'oubli. Elwen tomba à genoux et se cacha le visage dans les mains. Au dessus d'elle, Elorna la regardait avec indifférence, ignorant les sanglots de son amie.

Elle marcha et sembla ramasser quelque chose. Elwen se faisait violence pour se relever et arrêter de pleurnicher comme une enfant mais les sanglots qui la secouaient ne semblaient pas vouloir se tarir. Elle se détestait d'être aussi faible et se gifla mentalement.

- « Je riais pour ne pas fondre en larmes. Parce que fuir les pleurs est bien plus simple qu'on ne le pense. Le courage est de les affronter sans peur. »

Elwen se retourna brusquement. Devant elle se tenait Elorna et à ses pieds, deux mèches de cheveux déliées.


Aldawen arriva en vue d'une forteresse nichée dans la pierre. Elle ne devait pas rassembler plus d'une centaine de personnes mais l'architecture était si différente de celle des elfes qu'elle resta bouche bée devant les portes.

Elle entra et décida d'y passer la nuit. Elle savait qu'au même instant, les troupes de son père était à sa recherche.

Une auberge était encore ouverte et elle en poussa la porte. Une forte odeur lui frappa les narines. La sueur et l'alcool prédominaient et elle tenta de ne rien laisser paraître. Après tout, elle était déjà habillée en robe elfique alors elle ne devait surtout pas montrer en plus son inadaptation au monde des Hommes.

Ne sachant pas quoi faire, elle alla au comptoir et attendit. Une femme rondouillarde et au décolleté plongeant lui adressa un regard mauvais avant d'essuyer le bar devant elle.

- « Qu'est ce que tu veux ? »

À cet instant, Aldawen réalisa qu'elle ne parlait pas un mot de Westron. Elle resta pantoise devant cette femme si atypique et ne sut quoi faire.

- « Bah alors ? T'as perdu ta langue ? »

La femme partit dans un rire gras et se détourna de la jeune elfe qui ne comprenait pas ce qui était si drôle. Lorsqu'elle revint vers elle, la femme ne riait plus du tout.

- « Bon arrêtes de jouer avec moi ! Qu'est ce que tu veux ? »

- « Je … Je voudrais une chambre pour passer la nuit. » souffla Aldawen en baissant les yeux

La femme écarquilla les yeux et s'approcha de l'elfe en l'examinant avec attention.

- « Tu serais pas sorcière par hasard ? À marmonner des formules dès qu'on a le dos tourné ! »

- « Oui, une chambre s'il vous plaît ! »

- « Une sorcière ! Je le savais ! » cria l'aubergiste.

La pièce se figea dans un silence inconfortable. Aldawen se retourna pour voir tous les clients l'observer avec une lueur méchante dans les yeux.

- « S'il vous plaît, je voudrais juste une chambre ! » dit-elle un peu plus fort.

Cette fois ci toute la salle l'entendit. Les hommes se crispèrent et prirent un air choqué. Les femmes sortirent précipitamment. Plus aucun bruit ne résonnait dans la pièce.

Soudain, une silhouette encapuchonnée approcha du comptoir et posa sa main sur l'épaule de la jeune elfe.

- « Ce n'est rien, c'est une femme du Nord. Elle ne parle pas la même langue que nous mais elle n'a rien de dangereux. » murmura une voix sous la capuche.

L'inconnu dévisagea l'assemblée et se tourna vers l'aubergiste.

- « Une assiette et une coupe pour cette demoiselle ! »

Aldawen ne comprenait rien mais les choses revinrent à leur état d'origine et la salle fut à nouveau noyée sous le brouhaha constant. L'inconnu saisit son bras et l'entraîna vers le fond de la pièce.

Elle s'assit en face de la silhouette encapuchonnée et tenta de distinguer le visage de son sauveur.

- « Je ne sais pas ce que tu fais ici mais cela doit être la première fois que tu sors de ton royaume, n'est ce pas ? »

- « Comment le savez vous ? »

- « On ne voit pas beaucoup d'elfe par ici et au vu de ta maîtrise de la langue des Hommes il est facile d'en déduire que c'est première fois que tu mets un pied en dehors d'un royaume elfique. »

- « Qui êtes vous ? »

- « Je m'appelle Halda et je suis moi aussi une elfe. » murmura celle ci en abaissant sa capuche avec un sourire.


Cela faisait un mois qu'Elwen et Elorna longeaient l'Anduin en remontant au Nord. Elorna était une autre personne, à présent vide et froide. Chaque jour était un obstacle, un combat quotidien qu'Elwen tentait de surmonter. Elorna fondait alors en larmes à n'importe quel instant de la journée. Le reste du temps, elle posait un regard vide sur le monde qui l'entourait. Alors Elwen avait du être forte pour deux, ne s'accordant aucun répit.

Il y a plusieurs années, elle avait entendu parler d'une jeune femme qui guérissait les maux du corps et de l'esprit avec succès. S'il fallait parcourir la moitié d'Arda pour sauver Elorna, alors elle le ferait.

Une nuit, Elwen s'était réveillée en ne trouvant pas Elorna à ses côtés. En panique, elle s'était levée et avait couru en criant son nom. Elle l'avait trouvé dans les eaux du fleuve jusqu'à la taille. L'eau noire et glacial de ce début d'automne était dangereuse et emportait des dizaines de malheureux à cette période.

Elwen avait couru dans l'eau et avait tiré Elorna sur la berge avec force. Lorsqu'elle avait enfin réussi à la hisser sur la berge, les mots étaient sortis tous seul.

- « Je ne t'ai pas sauver pour que tu te laisses mourir ! » avait-elle crié. « Je ne veux pas que tu meurt ! Je veux que tu vives heureuse ! ALORS ARRÊTES ! J'en ai assez … J'en ai assez … »

Elle s'était laissé tomber sur le sol gorgé d'eau avant de se cacher le visage dans les mains. Elwen se tourna vers elle à nouveau.

- « Je sais que ce n'est pas facile mais je vais trouver un moyen pour que tu ailles mieux, d'accord ? »

Elorna n'avait même pas dénié lever les yeux vers elle, se levant et repartant au campement.

Un grognement sortit subitement Elwen de ses pensées. Elle stoppa sa monture et Elorna fit de même sans se poser de questions. Elles n'avaient pas eu d'embûches depuis le début de leur voyage et cela surprit l'elfe lorsqu'elles virent devant elles une petite patrouille d'orcs.

Ils étaient cinq et paraissaient agressifs. Elwen décida de les contourner, se disant que la violence ferait plus de mal que de bien à son amie.

- « J'ai bien envie de les tuer. » souffla Elorna de son ton morne.

Elwen, frappée de surprise, se retourna vers elle en écarquilla les yeux.

- « Je crois que j'ai besoin de faire du mal à quelqu'un. » dit Elorna comme si c'était la chose la plus banale du monde.

Elwen observa son amie qui avait braqué son regard anormalement vivant sur les créatures. C'était peut être une bonne idée … Lui faire évacuer toute cette colère qu'elle ne pouvait libérer.

Elwen sortit alors ses courtes épées et attendit que son amie fasse de même. Elorna avait une hache qu'elle maniait avec force, c'était avec cette arme qu'elle était la plus redoutable. Sans échanger une parole, elles descendirent de leur monture et approchèrent des orcs.

Elwen compta silencieusement jusqu'à trois et elles se jetèrent sur les monstres. Tout se passa très vite. À peine sortit de leur cachette, un des orcs tomba raide mort, décapité par une hache. Elwen enfonça ses épées dans le torse d'une des créatures et bouscula un deuxième.

Lorsqu'elle se retourna, Elorna achevait, avec toute la violence dont elle était capable, la dernière bête. Alors qu'elle plantait violemment sa hache dans le corps mort de l'orc, elle se mit à hurler. Elle tomba à genoux en criant plus fort encore.

Elwen se jeta sur elle, cherchant d'où venait cette douleur qui semblait transpercer son corps. Elorna se mit à pleurer, hurlant de souffrance. L'elfe en écarquilla les yeux, ne trouvant aucune blessure.

- « Ca fait tellement mal ! Je veux que cela cesse ! » hurlait Elorna, usant sa voix tant elle criait fort.

De violents sanglots la secouaient, tordant ses traits pourtant si inexpressifs. Elwen se releva et regarda un instant le corps étendu de son amie. C'était une blessure invisible qui lui faisait tant de mal. Une de celles si terribles que personne ne voit. Silencieusement, elle entoura de ses bras le corps d'Elorna. Lentement, les cris cessèrent, laissant place à des plaintes brisées.

Elorna mit longtemps à se calmer et ne se rendit compte que très tard qu'Elwen était là, juste là derrière elle, l'entourant de ses bras. Elle était à la place qu'elle voulait. Les corps des orcs dégageaient une odeur infâme et la terre se mit à tourner autour d'elle. Le sang, la puanteur et la souffrance lui donnaient mal à la tête.

Elle se tourna vivement sur le côté pour y vomir son déjeuner. L'odeur des orcs qui emplissaient son nez la fit vomir à nouveau. Elorna s'essuya la bouche et s'assit par terre.

Alors qu'elle voyait Elwen accroupit devant elle, les larmes lui montèrent aux yeux. Elle mit une main sur sa bouche tenta d'étouffer les sanglots qui venaient en masse.

- « C'est pas juste … c'est pas juste ! » murmura-t-elle. « Pourquoi ça m'est arrivé ? Pourquoi à moi ! »

Sa voix se brisait sans cesse mais Elwen sentait qu'elle avait besoin de mettre des mots sur tout ça. Elle s'assit à côté d'elle, au milieu des cadavres orcs.

- « J'ai l'impression que le soleil ne se lèvera plus jamais sur cette nuit si sombre. Je voudrais que toute cette souffrance cesse, je voudrais tant que cela cesse ! Mais par dessus tout, j'aurais voulu lui faire du mal de mes propres mains. Et tu sais quoi ? Je suis perdue moi. Je pleure sans savoir pourquoi, je me rue dans des fleuves pour mettre fin à cette souffrances qui me dévore le corps. »

Elle fit une pause pour essuyer ses larmes et se tourna vers Elwen qui la regardait attentivement.

- « Je … Je voulais pas … Je voulais pas qu'il me touche. Alors j'ai prié pour que quelqu'un est la force de l'arrêter. Personne n'est venu, personne ! je sens encore ses mains sur ma peau, son souffle dans ma nuque et ses caresses sur mon corps. Il m'a fait si mal ! Si mal … Je veux que cela cesse ! Je ne veux pas continuer ! »

Elwen ne savait pas quoi faire alors que les pleurs reprenaient le dessus alors elle la prit dans ses bras.

- « Chut … chut, tout va bien … Tout ira bien … » chuchota t-elle à l'oreille de son amie.

- « Non … Tout n'ira pas bien ! Tout n'ira plus jamais bien ! »

Elorna tenta de s'écarter de l'elfe mais celle ci la retint fermement dans ses bras.

- « Tu vas m'écouter calmement Elorna … Je t'ai fais une promesse que je tiendrais. Je t'offrirai un monde assez beau pour que tu sourisses à nouveau ! Nous irons voir les plus beaux endroits d'Arda et les Valars éclaireront ton chemin ! »

Elorna ne répondit rien et un nouveau sanglot fit tressauter ses épaules.

Elles reprirent la route silencieusement le lendemain et une nouvelle vint faire grandir la joie dans le coeur de l'elfe. Selon un voyageur, la vieille Ilessä était encore dans la ville qu'il venait de quitter, à une heure d'ici.

Redoublant l'allure de leur monture, elles atteignirent la ville en question où la guérisseuse s'était établie. Celle ci les accueillit avec gentillesse et les fit entrer chez elle. Cependant alors que la conversation s'entamait, Ilessä demanda à Elwen de quitter la pièce.

Les laissant seules, Elwen attendit dehors sans dire un mot, l'appréhension lui nouant la gorge. Plusieurs heures passèrent sans que personne ne ressorte de la maison à la porte close. Enfin lorsque celle ci s'ouvrit, ce fut la vieille femme qui lui indiqua de venir.

Les mains moites, Elwen traversa la rue pour venir se tenir devant Ilessä. Le silence se fit angoissant, dérangeant.

- « Votre amie a subit un grave choc et affirmer qu'elle s'en sortira n'est pas de mon ressors, personne ne le peut. »

- « Vous ne pouvez rien faire ? »

- « Je soigne les maux de l'esprit comme ceux du corps. Et comme ceux du corps, certains ne peuvent être guéri. Je suis désolée. » déclara la vieille femme en posant sa main sur l'épaule de l'elfe.

- « Que devons nous faire alors ? »

- « Je ne peux pas guérir un tel traumatisme, pas après ce qu'elle a subit. La plupart des jeunes filles dans son cas ne parviennent jamais jusqu'à moi, la mort les emporte avant. Je m'étonne qu'elle soit parvenue jusqu'à là. »

- « C'est donc une cause perdue ? Laissons la mourir puisque c'est ce qui nous attend tous ? C'est cela ! » répondit Elwen en haussant le ton.

- « Je n'ai pas dit cela. Je dis que les séquelles d'un choc comme celui ci ne peuvent être amoindries. Chez les elfes, les victimes en meurent. Les Humaines survivent peut être mais meurent aussi d'une manière particulière. Demandez moi de ressusciter quelqu'un cela sera du même effet ! »

Elwen baissa les yeux, porta la main à sa tête et tenta de ne pas montrer son désespoir. C'était peine perdue, la femme lui prit la main et la força à la regarder dans les yeux.

- « Ecoutez moi. L'amie que vous connaissiez est morte, aidez celle qui naît à travers elle à vivre la vie que l'Elorna que vous connaissiez aurait voulu. »

Elwen fixa ses yeux sur Elorna qui attendait à l'intérieur. Elle semblait en dehors du temps, comme si tout cela ne l'atteignait plus.

- « C'est l'unique chose que vous puissiez faire. Je ne dis pas que cela sera facile, au contraire … Et l'enfant qu'elle porte ne facilitera pas la tâche. »


Alors ? J'avoue que j'ai terriblement peur des réactions sur ce chapitre ! Qu'en pensez vous ? Est ce que le personnage d' Elorna est assez réaliste ? Que vous fait le subit retour d'Halda (jeune fille dont Elwen lisait le carnet secret dans les chapitres précédents) ? Et celle de l'annonce de la grossesse de Elorna, est ce crédible ?

Une petite dernière question pour la route : Que pensez vous du résumé de cette histoire ?

Je l'ai relu il y a quelques temps et je me suis dit … c'est vraiment pas engageant.

Donc quel est votre avis de lecteur sur ce résumé ?

Bon je vous laisse, à la prochaine ^^