Résumé du chap précédent : Elwen a réussi à sortir de sa prison, aidée par un garde (Tamvel), après avoir appris que cela fait trois ans qu'elle y est enfermée. Elle a vendu ses cheveux pour se payer un cheval et rejoindre Ost-Andrast (sur la côte) où l'attendent Elorna et Penya (elle a eu le temps de crier à Emaël de les y conduire juste avant d'être emprisonnée). En parallèle, Elenya (mère de Legolas et Aldawen) s'est disputée avec son époux Thranduil et le nom d'un certain Tarannon a surgi dans la conversation (hm hm intéressant XD). Aldawen, quant à elle, voyage toujours avec Halda.
Elwen mit plusieurs longues semaines à atteindre enfin la mer. Son cheval avait beau être sauvage, il semblait infatigable. Au cours de ces semaines, l'elfe regagna sa force et sa souplesse.
Elle n'avait jamais senti son corps aussi faible et elle refusait que celui-ci devienne un obstacle. Son esprit remplissait déjà trop ce rôle.
Les premiers jours, elle n'osa pas voler, encore incertaine de ses capacités. Elwen était imprudente mais pas irresponsable. Le risque de se faire prendre et encore une fois emprisonner était trop grand.
Lorsque les premiers embruns lui parvinrent, un immense poids s'envola de ses épaules. Elle avait réussi, elle était parvenue à aller jusque son coeur le lui dictait.
Ost-Andrast se tenait devant elle. Comme dans son lointain souvenir, la ville était faîte entièrement de pierre blanche. Tout autour de la ville, des dizaines de carrières s'éparpillaient partout. Cette région vivait, à défaut de la pêche, de cette pierre réputée dans toute la Terre du Milieu.
Minas Tirit en avait fait importer des centaines de tonnes depuis Ost-Andrast et la cité blanche illuminait aujourd'hui tous les environs. Lueur dans la nuit du Mordor.
Elwen se tenait à quelques kilomètres de la ville, la toisant depuis une petite colline. Même à cette distance, on pouvait deviner l'agitation des rues. Comment allait-elle pouvoir retrouver Elorna au milieu de tout ce monde ?
Son regard passa lentement sur les petits bois environnants. Le givre était en train de tout recouvrir, l'hiver s'installait lentement. D'un petit coup sur les flancs, l'elfe ordonna à sa monture d'avancer.
Aldawen para un coup et en retourna un autre à son adversaire. D'un bond, elle s'écarta et esquiva la lame qui la visait. Elle leva la jambe aussi haut qu'elle le put, tourna sur elle-même et assena un violent coup à la tête de son partenaire.
Halda s'effondra et eut le souffle coupé par un poids qui lui tomba dessus. Aldawen fit tournoyer son épée au-dessus de sa tête avant de la placer avec une précision chirurgicale contre le cou de son amie.
- « Morte. »
Halda eut un moment de flottement avant d'éclater de rire. Aldawen lui sourit en se décalant pour la laisser reprendre son souffle.
- « Je ne pensais pas que ce jour arriverai aussi tôt … Tu as tellement progressé, je n'en reviens pas ! »
- « C'est grâce à mon maître que je suis arrivée aussi loin. » murmura Aldawen en souriant.
Halda se releva pour s'asseoir et s'épousseter. Elle continua de rire en regardant l'air embarrassé d'Aldawen. Elle était à la fois fière et honteuse d'avoir vaincu son mentor. Halda n'avait pas l'air vexée, ce qui la rassura.
La jeune elfe blonde récupéra son épée et essuya la poussière qui s'était déposée dessus avec sa manche. Un sourire persistait sur ses lèvres, elle avait attendu ce jour depuis tant d'années, celui qui lui prouverait qu'elle était assez forte, assez brave, pour rendre fier son père.
Elle fit siffler sa lame autour d'elle, attendant qu'Halda se relève, avant de la ranger pour se diriger vers le feu où cuisaient des tranches de porcs achetées au marché dans la dernière ville qu'elles avaient croisée.
Le brouillard entourait les troncs d'arbres autour d'elles, rendant l'atmosphère féerique. Halda regarda sa protégée s'activer près du feu, détaillant chaque geste, chaque mimique. On avait beau dire qu'un elfe vivait et évoluait au ralenti, ces années avaient métamorphosé la jeune et craintive elfe qu'elle avait rencontrée dans une auberge il y a bientôt dix ans.
La démarche de l'elfe était à présent assurée, son port de tête et toute son allure témoignaient de sa noblesse. Lorsqu'elle la regardait à présent, Halda ne voyait plus l'innocente petite elfe des bois mais bien une reine qui saurait guider un peuple tout entier.
Bien sûr, Aldawen ignorait tout cela. Elle s'était bien rendue compte que son assurance avait grandi mais elle ne voulait rien avouer tant qu'elle n'aurait pas revu son père pour y voir se refléter la fierté dans ses yeux si durs.
- « Il nous faudra prendre la route de l'Ouest à partir de demain. Des amis à moi nous attendent sur la côte. Ils veulent te rencontrer. » déclara Halda avec détachement.
- « Comment ça ? » bredouilla Aldawen.
- « Je leur ai parlé de toi dans une de mes lettres, ils avaient l'air très intrigué et je leur ai proposé de te rencontrer. Ne t'inquiète pas, ils sont dignes de confiance. Ce sont des Rôdeurs du Nord et ils recherchent des compagnons pour passer les Montagnes pendant le printemps. Je me suis portée volontaire. »
- « Mais … mais tu aurais pu m'en parler avant ! Me demander mon avis ! » glapit Aldawen.
Elle avait stoppé ses gestes et fixait son amie d'un air ahuri, la bouche légèrement tremblante, les mains moites.
- « Je sais que rencontrer de nouvelles personnes te met mal à l'aise … Je n'ai pas voulu t'inquiéter. J'ai simplement pensé que te confronter au monde te ferait du bien. »
- « Mais non ! Non ! Je suis très bien loin de ce monde ! Je ne veux pas redevenir celle que j'étais avant. Tu le sais aussi bien que moi, dès que des inconnus m'adressent la parole, je défaille, je m'efface, je redeviens la faible Aldawen ! »
La jeune elfe semblait paniquée, elle tremblait inconsciemment, écarquillant les yeux.
- « Je le sais bien … Mais il est temps pour toi de combattre cette peur des autres. C'est un entraînement d'une autre envergure, plus difficile encore que celui que nous avons fait ces dernières années. »
- « Mais je suis très bien comme ça ! Je suis forte lorsque je suis seule, je n'ai besoin de rien d'autre. »
- « Aldawen … Tu sais aussi bien que moi que ce que tu dis est absurde. Tu ne pourras pas toujours t'en sortir seule, un jour tu auras besoin des autres. Laisse-moi t'aider. »
- « Mais je ne veux pas … Je ne veux pas … »
Aldawen sentit des larmes de détresse s'amonceler sous ses paupières. Non. Elle ne voulait pas pleurer devant Halda. Elle tenta aussi fort qu'elle le put de ravaler ses pleurs.
- « Oh Halda ! Restons seulement toutes les deux, je t'en prie ! Je ne veux pas qu'on m'aide. »
Sa voix tremblante la trahit. Son visage avait perdu toute couleur.
- « Tu as peur du monde qui t'a rejetée. Mais il est temps d'y faire face et de changer cela. Je sais que c'est difficile, mais tu es courageuse. »
Aldawen toisa en silence son amie, serrant les lèvres pour ne pas pleurer. Le pire n'était pas d'envisager la rencontre, c'était de savoir pertinemment que ce que disait Halda était vrai.
Elle n'aimait pas appeler cela de la timidité parce que cela sonnait comme un choix, c'était simplement de la peur, un décalage entre elle et le reste du monde.
Parce qu'une mère l'avait arrachée à celui-ci, elle n'avait jamais su le connaître. À l'âge où les gens apprennent à se comprendre, Aldawen en était toujours à comprendre le monde. Et cela lui semblait terriblement difficile.
Halda s'approcha lentement de la jeune elfe qui avait baissé les yeux. Elle lui prit délicatement les mains et lui sourit gentiment, avec une étrange tristesse contenue.
- « Il y a des gens qui n'y arriveront jamais … Qui se croiront toujours en décalage avec le monde entier. Mais il suffit de trouver le monde qui nous convient et tout s'éclaire. Ça a l'air si simple, je sais, mais c'est une des choses les plus complexes de la vie.
- Je sais que ce n'est pas normal, mais j'ai si peur d'ouvrir les yeux et de ne pas y arriver.
- Celui qui n'osera jamais se baigner ne pourra jamais connaître les joies de l'eau et nagera toujours dans la peur d'y tomber. »
Aldawen pouffa de rire. Son amie s'amusait toujours à parler par énigmes pour la faire sourire. Celle-ci sourit tendrement en observant sa protégée sécher ses larmes.
- Ce que j'essaye de te dire c'est que celui qui n'osera jamais par peur d'échouer, échouera toujours. Alors ne vaut-il pas mieux prendre le risque et se donner une chance ? »
Elwen traversa le bois qui bordait Ost-Andrast au pas. Son cheval avait besoin de boire et elle aussi. Un petit ruisseau coulait entre les arbres et elle sauta de sa monture pour y remplir son outre. L'eau était si gelée qu'elle lui brûla la peau et lui fit mal aux dents.
Lorsqu'elle releva la tête, Elwen aperçut une traînée de fumée dans le ciel. Les voyageurs étaient nombreux à se rendre à la ville des pierres blanches pour l'hiver, le travail était abondant et permettait d'attendre les récoltes et les moissons qui auraient lieu à la fin de l'été.
Le givre craquait sous ses pas lorsqu'elle remit la gourde sur la sacoche de sa selle. Elwen allait se hisser à nouveau sur sa monture lorsqu' un bruit retentit.
Quelqu'un marchait derrière elle.
L'elfe ne laissa rien paraître et se saisit silencieusement de son poignard. Elle ne se retourna même pas.
- « Elwen ? »
Elle connaissait trop bien cette voix. Un sourire naquit immédiatement sur ses lèvres et elle se tourna aussi vite qu'elle le put vers l'inconnu.
Elorna, aux joues rougies par le froid, se tenait devant elle. Elle était emmitouflée dans plusieurs couches de vêtements et ses nattes dépassaient de son bonnet. Elle portait sur son dos deux grands sacs remplis de bois.
Elwen n'avait jamais été aussi heureuse de la voir et elle se précipita sur elle. Elorna la serra dans ses bras en riant.
- « Je ne t'ai presque pas reconnue avec tes cheveux si courts ! J'ai cru que tu ne viendrais jamais ! »
Elorna se mit à pleurer à travers ses rires et ce son réchauffa le coeur de l'elfe mieux que n'importe quel foyer. Les tâches de rousseurs sur les joues de l'humaine étaient baignées de larmes de joie.
- « Viens à l'intérieur ! Il y fait chaud et tu pourras voir Penya ! »
Elwen suivit son amie en tirant son cheval derrière elle. Une petite cabane de fortune apparut derrière les arbres. Elle avait été faite grossièrement, les branches qui formaient le toit étaient disjointes et laissaient passer la chaleur. Les murs étaient faits de pierres assemblées, inégales et brutes.
Elorna avait dû construire cet abri le plus vite qu'elle avait pu, fuyant le froid et la pluie. Un chien accourut vers elle et lui sauta dessus lorsqu'elle passa la barrière de bois entremêlé qui bordait l'habitacle.
Lorsqu'elle poussa la porte et invita l'elfe à entrer, Elwen aperçut enfin un bambin endormi sur une matelas de paille près de l'âtre. L'enfant suçait son pouce tranquillement et ne se réveilla même pas.
Elorna déposa ses deux sacs de petits bois dans un coin de la cabane et se tourna vers son amie, un grand sourire aux lèvres.
- « Je suis si contente de te voir ! Si tu savais tout ce que nous avons traversé depuis que tu nous as quitté ! »
- « Tout va bien maintenant … Je suis là. » dit-elle en souriant.
- « Emaël ne va pas tarder à revenir. Il va être si heureux de te revoir. »
Elwen écarquilla les yeux de surprise. Emaël était resté ! Elle n'aurait jamais parié cela, elle pensait qu'une fois sa mission accomplie, il serait reparti aussitôt.
- « Emaël est resté tout ce temps ? »
- « Oui … Il a vraiment été charmant avec nous. »
Elwen ne fit aucune remarque sur la soudaine rougeur des joues d'Elorna mais se promit de garder ce détail en tête.
- « Il travaille dans les carrières mais des amis à lui lui ont promis de passer dans la ville dans quelques jours alors il guette leur arrivée. »
Elle parlait avec une légèreté déconcertante, comme si elle allait se mettre à éclater de rire à tout instant ou qu'elle était hypnotisée. Elwen chercha la trace de bouteilles d'alcool vides sur le sol mais elle n'en trouva pas.
- « Mama ? » chouina une voix derrière elles.
- « Oh Elwen ! Tu n'as pas encore revu Penya ! Regarde comme elle a grandi ! » s'extasia Elorna en se précipitant sur sa fille pour la prendre dans ses bras.
Le coeur de l'elfe se serra lorsqu'elle vit l'enfant cacher sa tête contre sa mère. Elle avait peur de celle qui l'avait considérée comme sa fille dans les premiers jours de sa vie. Elwen n'avait jamais accepté de mettre des mots sur ce qu'elle avait fait il y a trois ans mais l'évidence se présenta à ses yeux : un court instant, elle avait été sa mère, veillant sur elle alors que celle qui lui avait donné la vie n'était pas capable de donner plus.
- « Je ne crois pas qu'elle se souvienne de moi … Elle était si petite lorsque je vous ai quittées »
- « Qu'as-tu fait d'ailleurs pendant ces trois ans ? Où étais-tu ? » souffla froidement Elorna.
- « J'étais dans les cachots de Foldburg, j'y ai été condamnée pour vol. »
Elorna recula, choquée, et plaça une main devant sa bouche ouverte pour étouffer un cri.
- « Oh Elwen … Je suis désolée. J'ai cru que tu nous avais abandonnées, pardonne moi … »
Changeant immédiatement de sujet, la jeune femme déposa Penya sur son lit et se tourna vers le feu pour y placer une marmite. Elle versa de l'eau dedans et sortit un sac d'orge.
Elwen observa plus attentivement l'intérieur de la cabane. Elle était basse de plafond, Emaël devait tenir tout juste debout sous le toit, mais cela avait l'avantage de garder la chaleur. À droite de la porte, le bois était entreposé et séchait tranquillement. Trois paillases étaient disposées entre les sacs de céréales et les tas de vêtements, dans le coin gauche de l'habitacle.
Le feu, au centre, illuminait le visage concentré d'Elorna. Elle veillait à ce que jamais le foyer ne s'éteigne. Penya était affalée contre la taille de sa mère, se rendormant doucement.
- « Penya, laisse-moi cuisiner ! Ne reste pas dans mes jambes ! » s'écria soudainement la jeune femme avec agacement. « Elwen, est ce que tu pourrais la prendre avec toi pour aller à la rivière et ramener de l'eau. »
Elwen acquiesça, heureuse d'avoir quelque chose à faire, et saisit la main de la petite fille. Penya ne dit rien et frotta simplement ses yeux embués de sommeil.
Dehors, la nuit commençait à tomber, la lumière illumina les cheveux flamboyants de Penya et réveilla ses yeux d'or. Une feuille se détacha d'une branche et elle la poursuivit en riant.
Elwen sourit lentement mais ne put empêcher une pointe de mélancolie de germer dans son coeur. Ces premières années étaient perdues à jamais, elle avait failli à sa tâche. Jamais elle ne verrait Penya faire ses premiers pas, dire ses premiers mots. Elle avait manqué tous les « premiers » par faute de son incompétence.
Elwen se haït plus que les autres jours.
Le soleil brillait de ses derniers éclats, donnant au monde un éclat surréel. Tout semblait si calme, si paisible qu'Elwen douta un instant de sa réalité.
Elle avait peur de se réveiller une nouvelle fois dans le noir, hurlant pour que quelqu'un qui ne viendrait pas arrive pour la secourir.
La rivière était devant elles, Penya jeta la feuille de ses doigts patauds. Elle n'avait rien de son père, pas même le regard. Cette enfant maudite ne portait pas le crime de son père sur le visage et c'était un soulagement.
Il faudrait lui expliquer, un jour. Que celle qu'elle prenait pour sa tante avait tué son père. Que ce père avait fait le plus grand des maux à sa mère, arrachant un plaisir qui demandait une éternité de douleur.
Elwen regarda silencieusement la petite fille assise sur la rive qui fixait les cailloux sous l'eau. L'elfe était comme cette enfant. Une enfant n'avait rien demandé, rien fait pour mériter la peine que lui avait donner sa mère par son prénom, et pourtant elle devrait faire face à ces démons qu'on lui collait devant les yeux pour le reste de sa vie.
Mais Penya n'était pas elle. Sa vie serait différente. Sa vie serait heureuse.
- « Tu seras l'héroïne que je n'ai pas réussi à être. » souffla Elwen, ne lâchant pas des yeux la petite fille. « Et tu n'apprendras pas à tuer tes rêves comme nous l'avons tous fait. »
Elwen saisit le seau et le remplit d'eau glaciale. Elle tourna les talons, sentant derrière elle Penya trottiner.
Un doux parfum de fleurs étranges arriva à ses narines. De ses fleurs qu'on ne trouve ni le monde des vivants ni dans celui des morts.
- « Prends garde Ilestelwen. À trop faire de promesses, tu finiras par te perdre. »
La voix était aussi claire que les premières neiges qui ne tardèrent pas à tomber.
Aldawen fixait les sabots de son cheval, les yeux rivés sur la route. Elle avait peur de lever les yeux et d'apercevoir la ville où les attendaient les amis d'Halda.
Ton esprit faisait tourner en boucle tous les scénarios possibles. Et si ces inconnus étaient en réalité des soldats de son père, lancés à sa recherche ? Et si Legolas faisait partie d'eux ?
Elle se pinça les lèvres et fronça les sourcils. Elle ne voulait pas y penser. Cela serait comme précipiter l'avenir encore si incertain. Elle secoua la tête, stoppant d'un coup sec ces idées absurdes. Halda savait bien qu'elle était en fuite ! Elle ne pourrait jamais lui faire un coup pareil !
Cela faisait des jours que ce genre de réflexions tournaient en boucle dans son esprit.
Elwen observait silencieusement Penya qui dessinait avec ses petits doigts dans la terre du sol. Sa mère cuisinait, sans lui jeter un seul regard. Quelque chose d'étrange semblait flotter dans l'air, un non-dit que chacun ressentait sans rien dire.
Elorna avait de temps en temps un sourire naissant sur les lèvres. Quelqu'un hantait ses pensées. Et Penya restait dans l'ombre, toujours présente mais jamais au centre de son attention.
L'atmosphère était si étrange. Le temps d'un instant, Elwen s'était cru de retour dans sa prison, observant une scène où elle ne pouvait pas agir. Et les pensées qui lui avaient traversé l'esprit étaient si honteuses qu'elle fronça les sourcils.
« C'est pourtant vrai ...» souffla la douce voix de Mistrid.
Cette scène était si étrange car ce n'était autre qu'une vérité qu'Elwen avait voulu tenir loin d'elle. Le temps avait continué sa route sans elle, Elorna souriait seule, Emaël devait en être le responsable. Elle n'était rien pour eux, si ce n'est une bouche en plus à nourrir.
Elle n'était pas irremplaçable, pas nécessaire. Juste une ombre qui passe mais qui reste insignifiante.
Le tableau qui s'étalait devant elle, une mère abandonnant son enfant pour des joies qui lui avaient été jusqu'à présent refusées, n'avait nullement besoin d'elle.
Elwen n'avait aucun droit sur eux. Elle n'était qu'un fantôme que le monde des vivants refuse de voir.
Elwen se leva alors lentement, sortit à l'extérieur de la cabane pour observer les arbres. Que faisait-elle là ? Tout cela n'était qu'une erreur, une grosse erreur.
Elorna avait enfin réussi à refaire sa vie, pas parfaitement, pas comme elle l'aurait souhaité, mais elle avait construit tout cela sans son aide. Et voilà que celle qui lui avait apporté tous ces malheurs revenaient à la charge ?
Elwen devait partir, quitter cet endroit au plus vite. Avant qu'elle est pu retourner à l'intérieur pour dire au revoir à son amie, des pas retentirent dans le sous-bois. Le givre craquait délicatement sous la semelle d'Elorna.
Elle courut à travers les buissons pour se jeter finalement dans les bras d'un homme blond. Emaël.
Ses joues étaient rosées et elle riait. Elorna était heureuse. Penya sortit de la cabane trottina jusqu'à eux. Ils étaient si beaux tous les trois.
Mais Emaël fit mine de ne pas voir l'enfant, il caressait les cheveux roux d'Elorna distraitement, fixant Elwen adossée à la maison d'un air impassible. La jeune femme rousse se détacha de lui, les yeux brillants de joie. Quand son regard passa sur l'elfe, son visage se ferma.
Comment lui faire mieux comprendre qu'elle était intruse ...
- « Elwen ...» souffla Emaël, parfaitement neutre. « Cela fait de trop nombreuses années que je n'ai pas vu ton visage. Où étais-tu tout ce temps ?»
Alors que l'elfe s'apprêtait à répondre, Elorna lui coupa la parole, posant un main sur le torse de l'homme.
- « Dans un cachot de la ville que tu nous as aidé à fuir. Elle y a été condamnée pour vol.»
Emaël ne dit rien, la fixant simplement. Il la jugeait mais aucun mépris n'était présent dans son regard, il semblait à la fois curieux et prudent. Il ne savait rien de l'elfe, à part qu'elle était l'assassin de son oncle et une voleuse sans pitié.
Elorna se sépara de l'homme pour aller prendre la main de son amie en souriant. Penya trottinait toujours derrière elle mais elle n'y prêtait pas attention.
- « Elwen va habiter avec nous ! N'est-ce pas formidable ? Mes deux seuls amis vont loger sous le même toit que moi.»
Elle avait un air béas, presque idiot, mais Elwen garda pour elle toute réflexion fâcheuse.
La nuit tomba silencieusement sur le bois d'où s'échappait la fumée de leur cabane. Penya s'endormit après que l'elfe lui ai donné sa purée à la petite cuillère. Elorna rayonnait de joie, elle ne cessait de faire des allers-retours entre ses deux amis.
Emaël jetait de temps en temps de coups d'oeil discrets à l'elfe, mais il ne lui adressa pas une fois la parole. Il souriait à Elorna à chacune des paroles qu'elle lui soufflait.
- « Tes amis ne sont pas venus ?»
- «Ils ne sont pas encore arrivés en ville, une tempête les a retardés selon les dires des voyageurs. Ce n'est qu'une question de jour avant qu'ils ne parviennent jusqu'ici.»
- «Qui est-ce ?» demanda poliment Elwen.
- «Des Rôdeurs avec qui j'ai partagé ma route il y a quelques années. De très bons amis en réalité. Ils passent par ici en cette période de l'année pour se rendre plus au Sud.»
Des Rôdeurs. Le sang d'Elwen se glaça, elle pria les Valar pour que les jumeaux ne soient pas parmi eux. Elle ne les avait pas revus depuis tant d'années, elle ne l'avouerait jamais, mais ces deux impardonnables elfes lui manquaient terriblement. Ils étaient les seuls à avoir accepté son passé sans jamais la juger.
Pourtant, ce qu'elle avait fait la dernière fois avait achevé de briser le lien qui les liait autrefois. Ce jour-là, elle avait fait plus que tuer un homme, elle avait tué un oncle, un maître et leur amitié. Une amitié si précieuse qu'elle s'était maudit chaque jour depuis cette horrible nuit qui n'avait fait que la précipiter dans l'horreur.
Cette nuit-là, Elladan l'avait frappée. Elle aurait mille fois préféré qu'il la tue. Mais les elfes étaient bons par nature, incapables de commettre un meurtre de sang froid.
Elorna récupéra les marmites et les plaça dans un gros panier d'osier avant de les porter à la rivière pour les laver. À peine fut-elle partie qu'Emaël se tourna vers l'elfe.
- «Pourquoi es-tu revenue ?» souffla-t-il en avançant brusquement vers elle.
L'elfe sursauta et jeta un coup d'oeil à Penya qui dormait encore.
- «J'ai fait une promesse.»
- «Tu sais comme moi à quel point c'est dangereux. Tu n'apportes que malheur et misère avec toi. Tu passes un jour et un village flambe. Tu restes une semaine et les hommes meurent un par un.»
- «C'est faux !»
- «Tu sais ce qui est le plus dangereux ?»
Elwen reculait au fur et à mesure que l'homme avançait vers elle. Emaël avait changé, il était plus robuste qu'avant et son regard, plus assuré. Il s'approcha encore plus d'elle pour poser délicatement sa main sur sa joue. Elwen leva les yeux vers lui, ne comprenant pas.
- «C'est quelque chose que je n'ai jamais caché ... Peu importe ce que veut penser Elorna. Je ne peux pas m'empêcher de t'aimer et de te haïr pour cela.»
- «Elorna est si heureuse avec toi ... Ne gâche pas tout, je t'en prie, elle ne supporteras pas une énième déception.» le supplia Elwen.
- «Tu vois pourquoi il était si dangereux de revenir ...» dit-il dans un souffle, effleurant du bout des doigts sa joue.
Il l'embrassa doucement et soupira.
- «Il fallait que je fasse cela. Je voudrais tellement aimer Elorna comme je t'aime. Mais je n'y arrive pas. Ce sera notre secret, je veux rendre heureuse une personne qui le mérite. Elorna sera heureuse. Toi, non.»
Il se détacha d'elle et alla s'occuper du feu. Elwen, sous le choc, sortit brusquement de l'habitacle. Dehors, elle marcha au hasard entre les arbres jusqu'à grimper à l'un d'eux.
Les hommes l'aimaient, mais ne le voulaient pas. Ils la haïssaient pour être elle-même. Aucun homme ne s'était avoué heureux d'être tombé amoureux d'elle. Elwen réalisa alors qu'elle aurait tout donné pour être à cet instant dans les bras d'Emaël, aimée et chérie par quelqu'un de fier de son amour.
Son coeur n'était pas brisé, simplement ... vide, terriblement vide. Elle avait besoin que quelqu'un la serre dans ses bras, qu'il lui dise qu'elle méritait d'être heureuse, d'être aimée, d'être sauvée.
Elle avait envie de pleurer, mais elle n'y arrivait pas. Sa tristesse était froide et c'était la seule chose qu'elle étreignait sous la lune.
Aldawen stoppa sa monture près d'un ruisseau. La tension lui brouillait le ventre et tendait chacun de ses muscles. À quelques lieux d'ici se dressait Ost-Andrast, la ville où elles allaient rencontrer les chers amis d'Halda.
Elle avait si peur.
Ses mains tremblaient et elle sentait par moment son coeur battre dans son cou. Halda releva la tête de l'eau et tendit l'oreille. Aldawen stoppa ses mouvements et se figea, guettant le moindre bruit.
Et puis, elle l'entendit. Le léger bourdonnement. Une troupe à cheval se dirigeait vers elles.
La jeune elfe se dressa sur ses jambes et ses yeux cherchèrent frénétiquement une masse à l'horizon.
- «Tu les vois ?» souffla-t-elle à son amie.
- «Les demi-elfes ont une bien moins bonne vue que vous, les elfes.» répondit calmement Halda.
Elle observa son élève avec attention.
- «Aldawen, écoute-moi. Peu importe ce que diront ces gens, peu importe comment tu te comportes avec eux, le plus important c'est ce que tu vas tirer de cette rencontre.»
La jeune elfe blonde ne répondit rien, ses yeux se fixant à nouveau sur la masse sombre qui grossissait à l'horizon. Ils se rapprochaient.
Il fallut plusieurs dizaines de minutes pour que la cohue les entoure enfin. Les chevaux stoppèrent leur course autour d'elles. C'était si impressionnant qu'Aldawen fut incapable de bouger d'un seul pouce. Halda observa son disciple avec un petit sourire.
L'elfe blonde n'avait jamais vu autant de chevaux de sa vie entière. Ils l'entouraient et semblaient ruisseler autour d'elle tant ils étaient nombreux et leur vitesse était importante.
Des dizaines d'hommes encerclaient la princesse, l'enfant de glace qui ne demandait qu'à fondre.
Lorsque la procession cessa enfin, Halda se précipita dans les bras de deux hommes, l'un barbu et immense, l'autre plus petit et aux cheveux si longs qu'il en avait fait une tresse enroulée à l'arrière de sa tête.
Aldawen observa timidement les cavaliers qui descendaient de leur monture. Certains étaient blonds, d'autres bruns. Ils étaient si différents les uns des autres qu'elle se demanda comment cela était possible. Les elfes étaient si semblables, tous aussi parfaits les uns que les autres.
Aldawen découvrit qu'elle aimait cette diversité de corps, de visages, de voix.
- «Aldawen Thranduillon ... Je n'aurai jamais cru possible de vous rencontrer ici. Si votre père savait que vous êtes ici avec nous, ils nous jetteraient du haut de son palais.»
La jeune elfe se retourna en sursautant de frayeur. Son visage se décomposa lorsqu'elle vit devant ses yeux deux elfes absolument identiques.
Les jumeaux d'Elrond la regardaient avec un air espiègle.
Une loooooongue absence, je sais. J'ai eu encore une fois plusieurs problèmes de santé, financier, ... assez compliqués. Je m'excuse donc platement. Un auteur ne devrait pas faire autant patienter ses lecteurs et je suis sincèrement désolée.
Bref ... Qu'avez-vous pensé de cette suite ? Cela a l'air de s'annoncer un peu mieux non ? ^^'
Merci de me laisser un petit commentaire ça me ferait super plaisir !
Réponse aux reviews :
Nenya : Merci pour tes si gentils messages ^^ J'adore tes réactions à chaque chapitre ! Et ne t'inquiète pas, le résumé ne demande vraiment pas beaucoup d'efforts et si cela peut permettre de remettre tout le monde dans le bain, c'est parfait (j'avoue que j'ai moi même besoin de revenir quelques chapitres en arrière pour me souvenir de tout ^^'). Pour Tarannon on va en savoir plus sur lui dans les prochains chapitres (mais c'est pas pour tout de suite malheureusement) N'hésite pas à me dire ce que tu as pensé de ce dernier chapitre !
Elynana : Un grand merci pour ton message ! C'est vrai que le résumé en début de chap va aider tout le monde, j'aurai dû le faire avant ;) à bientôt j'espère !
Prenez soin de vous et à la prochaine :)
