Bonjour à tous ! Oui je sais, on est pas samedi, mais je pars en vacances tout à l'heure, sans connexion internet, et j'ai préféré poster aujourd'hui plutôt que de vous laisser attendre encore une semaine alors que le chap' est prêt. MAIS avant toute chose, je tiens à m'excuser pour le délai entre les deux chapitres. La raison est simple : grâce à vos retours (dont je vous remercie d'ailleurs!) j'ai réalisé qu'il serait peut-être intéressant de voir comment la capture de Katsuki s'était déroulée. Parce que c'est vrai que, quand on le voit là, boule de nerfs qu'il est, c'est sûr que c'est difficile de l'imaginer se laisser emporter par le premier venu en mode « oh nooon on m'enlèèève oh là làààà ». J'ai donc écrit un nouveau chapitre deux qui relate cet épisode de capture.

Avant de vous laisser lire, petite séance de réponses aux reviews :

Yure : Hey, contente de te revoir par ici, ça fait vraiment plaisir ! Et contente de voir que tu a décider de te laisser tenter, j'espère que tu ne seras pas déçue par la suite des évènements :) Merci pour tes compliments en tous cas ! Bonne lecture !

Sur ce, après un chapitre 1 de bonne grosse mise en place (nécessaire), je vous souhaite une bonne lecture de ce chapitre deux où l'action arrive enfin ! Yeah !


Chapitre II : L'Alliance Genesis

Quelques heures plus tôt…

Debout face au large miroir qui reposait sur l'une de ses commodes, le jeune prince fixait son propre reflet, occupé à ajuster les boucles qui pendaient à ses lobes.

Par les fenêtres de sa chambre, grande ouvertes, passait un souffle de vent qui soulevait les rideaux pourpres, se mouvant dans un bruit de tissu. Déposée au bord de son lit défait, sa cape ondulait elle aussi lorsque la brise venait jusqu'à elle.

Une bourrasque souffla plus fort, pénétrant dans la pièce, et apporta une poignée de feuilles mortes qui vinrent virevolter sur le sol. En entendant le raclement des feuilles sèches sur les dalles, le jeune homme jeta un œil par dessus son épaule. Il haussa un sourcil lorsqu'il comprit que ce n'était rien, et se retourna vers son reflet.

Il se saisit d'un collier de perles orangées, qui s'illuminèrent lorsque les rayons de soleil qui filtraient dans la pièce glissèrent sur les billes. Il s'apprêtait à l'enfiler lorsqu'il aperçut, dans le miroir, une ombre se mouvoir derrière lui. Cette fois-ci, il se retourna brusquement, lâchant le bijou dans sa hâte qui éclata en morceaux lorsqu'il percuta le sol.

Le dos accolé à sa commode, il scrutait la pièce sous ses sourcils froncés. Le silence qui y régnait était pesant, seulement dérangé par la brise qui s'infiltrait dans la chambre et faisait se soulever les lourds rideaux de velours. Sur le sol, les feuilles tournoyèrent avant de se glisser sous son lit.

Puis le vent stoppa. Une ou deux secondes passèrent sans que le moindre bruit ne se fasse entendre. Katsuki grogna, et s'apprêtait à se retourner de nouveau lorsque quelque chose passa entre ses jambes. Une silhouette sombre, longiligne, et extrêmement rapide qui fila entre ses pieds avant de disparaître sous le meuble. Surpris, le jeune homme fit un pas brutal en arrière, sifflant un juron entre ses dents, avant que ses semelles n'écrasent les billes du collier qu'il venait de briser. Il perdit l'équilibre, tenta de se rattraper mais tomba en arrière sur les dalles froides de sa chambre. Il s'étala sur le dos et se redressa immédiatement, prenant appui sur ses coudes, en poussant un grondement endolori.

Toujours au sol, il recula pour s'éloigner de la commode, et tenta de jeter un œil en dessous. Cette partie était dans l'ombre, et il distinguait mal ce qui pouvait bien s'y trouver. En plissant les yeux, il crut y déceler une forme, semblable à une corde enroulée sur elle-même. Lorsqu'il comprit, il était trop tard. Ses doigts se crispèrent. En moins de temps qu'il ne lui en fallut pour battre des cils, la corde s'était déroulée, et, d'un bond vif, s'était jetée sur lui.

Le jeune homme poussa un cri étouffé et eut un brusque mouvement de recul, mais la silhouette avait de nouveau disparu. Ses yeux allaient et venaient autour de lui, sous le meuble, sur le sol. Il avait l'impression qu'elle apparaissait et disparaissait aussitôt, tournant près de lui. Il recula encore, jusqu'à atteindre le mur d'en face auquel était accolé son lit, son dos cognant violemment contre la paroi de pierre. Il s'accrocha aux draps, s'y agrippant pour se relever, mais fut stoppé dans son élan.

Une douleur aiguë, acide, venait de lui transpercer la cheville.

Il retomba lourdement sur le sol dans un cri éraillé et ramena sa jambe contre lui, les dents serrées, s'empressant d'enrouler ses doigts autour de l'épicentre de la sensation de brûlure. Dans la brutalité de la de la morsure qui l'avait traversé, il avait lâché son pouvoir, brûlant les draps auxquels il s'était accroché.

Une odeur de cramé montait lentement dans la pièce. Le mal était si fort qu'il se recroquevilla sur lui-même, la respiration sifflante. Sa joue était collée contre une des dalles de pierre glaciale du sol de la pièce, et en entrouvrant les paupières, il vit un serpent se dresser juste devant ses yeux.

Il eut un autre mouvement de recul mais son dos rencontra à nouveau le mur. Le serpent était immobile, sa langue fourchue pointant de temps à autre. Les yeux maintenant grand ouverts, Katsuki le fixait sans oser faire un mouvement de plus.

Soudain, il sentit que sa vision se brouillait. Une bouffée de chaleur l'envahit, ses forces le quittaient. Il jeta un coup d'œil à sa cheville, percée de deux petits points rouges. Lorsqu'il reposa son regard sur le serpent, qu'il distinguait mal à cause du voile embrumé qui obstruait sa vue, celui-ci sembla changer de forme, se métamorphoser, grandir jusqu'à ce que la courbe longiligne du reptile se mue en une silhouette humaine, féminine.

Il cligna des paupières une première fois, puis une deuxième. La forme s'approcha de lui et se saisit de son bras. Il le sentit à peine. Il avait l'impression que tous ses membres n'étaient plus que du coton. Il eut la sensation de se faire traîner sur le sol, mais sa vue était à présent trop floue pour qu'il puisse distinguer quoi que ce soit. Autour de lui, la pièce tournait. Il se sentait mal.

Il ne voyait plus que des formes indistinctes, s'accrochant à ce qui lui restait de lucidité pour ne pas tomber inconscient. La silhouette humaine s'affairait autour de lui, et il la vit soulever son bras. Il sentit qu'on lui retirait son haut, la parure qu'il portait toujours et qui masquait ses côtes, là où se trouvait son Infirma. Il sentit son ventre se tordre. Non, pensa-t-il, pas ici, personne ne doit la voir

Une nouvelle douleur, bien plus intense que la précédente cette fois-ci, le traversa comme une décharge électrique. Tout son corps se contracta, ses doigts se crispèrent, et sa bouche s'ouvrit dans un cri muet. La sensation était si puissante qu'il eut l'impression de mourir. Puis, autour de lui, tout devient noir.

Il avait perdu connaissance.

§§§

Le sang se diffusait sur les dalles en une large flaque, coulant abondamment de la plaie. Allongé au sol, le prince était inerte, les yeux clos, les doigts encore crispés de la douleur qui l'avait violemment traversé.

La silhouette féminine qui s'était agenouillée près de lui retira vivement la longue lame qu'elle venait d'enfoncer dans la tâche brune qui couvrait les côtes du jeune homme. Un flot de sang suivit le mouvement, arrachant un soubresaut au corps inconscient.

La silhouette se redressa, le long couteau entre les doigts, portant la lame devant ses yeux pour admirer l'hémoglobine qui recouvrait l'argent. Ses prunelles dorées s'illuminèrent et un large sourire étira ses lèvres, découvrant de longues canines acérées.

Elle tourna les talons et s'approcha de la fenêtre ouverte à laquelle elle se pencha. Elle était entrée par ici, se glissant facilement entre les pierres sous sa forme reptilienne. Elle observa les alentours, avant de prendre la lame pour s'y faire refléter les rayons du soleil. Le couteau s'illumina, son éclat visible depuis des kilomètres à la ronde.

Elle envoyait un signal.

Elle fit miroiter la lumière sur son couteau encore quelques secondes avant de retourner près du corps. Elle s'assit au bord du grand lit, ne le quittant pas des yeux, et glissa une de ses mèches de cheveux blonds derrière son oreille. Ses pupilles fendues faisaient des aller-retours sur les pectoraux et les biceps du prince. Un rire cristallin s'échappa d'entre ses lèvres, et elle parla à voix haute :

« Il est si beau ! J'ai envie de le faire saigner encore plus… »

Ses yeux se plissèrent dans un rictus malicieux. C'était une adolescente, une jeune femme de moins d'une vingtaine d'années, à la peau blanche et veloutée et aux joues roses. Sur son corps, par endroits, son épiderme était recouvert de fines écailles, apparaissant sur ses pommettes et ses épaules. Ses cheveux blonds étaient relevés en deux chignons, retenus par des baguettes qu'elle avait fait glisser entre ses mèches. Elle portait une longue robe, descendant jusqu'à ses chevilles, fendue depuis ses hanches et découvrant ses bras, dont le col haut et décoré de fioritures rappelait les parures asiatiques. L'habit était noir, brodé de fils d'or.

Penchée en avant, les bras croisés sur ses genoux, elle fit basculer son buste en arrière, prenant appui sur ses mains, croisant les jambes en un mouvement presque théâtral. Elle observa la grande chambre, le lit défait et les draps carbonisés, la cape reposant à l'autre bout, puis les perles éparpillées sur le sol. Son regard termina sa course sur la commode devant laquelle se tenait le jeune homme il y avait encore quelques minutes. D'un bond, elle se releva du matelas qui s'enfonça sous son poids pour se retrouver en face du miroir.

Joyeusement, les yeux toujours illuminés d'un éclat enjoué, elle observa les bijoux dispersés dans les boîtes. Elle en prit une entre ses doigts fins, prolongés d'ongles aussi longs que des griffes, qu'elle approcha de son visage pour en observer le contenu.

Puis, elle accourut auprès du jeune homme immobile, les bijoux toujours dans les mains, et vint s'accroupir à ses côtés. Elle posa la boîte à ses pieds et y plongea les doigts, en ressortant un long collier de pierres bleues qu'elle lui passa précautionneusement autour du cou. Elle raccompagna sa tête sur le sol, la retenant d'une main sous la nuque, et fit glisser ses doigts sur sa joue.

« Et voilà, murmura-t-elle, regarde-toi, tu es magnifique… »

Alors que ses yeux se perdaient sur le visage parfait du prince, une voix s'éleva soudainement dans la pièce, la faisant sursauter :

« Himiko ! »

Elle se retourna brusquement, renversant la boite de bijoux en la percutant dans sa précipitation. Lorsqu'elle reconnut celui qui se tenait en face d'elle, elle serra les dents.

« Kurogiri ! Rugit-elle, pauvre imbécile ! Tu es fou de me faire peur comme ça ! Regarde ce que tu as fait ! Le gronda-t-elle en désignant du bout du doigt les bijoux éparpillés au sol.

-À quoi joues-tu ? Ce garçon n'est pas ta poupée ! C'est notre otage !

-Et alors ? J'ai bien le droit de m'amuser un peu, non ?! »

Elle n'eut qu'un regard courroucé en guise de réponse. L'homme qui venait d'apparaître dans la pièce était habillé d'une longue cape noire, dont la large capuche couvrait totalement la figure. Il la rejeta en arrière dans un mouvement agacé, découvrant son visage.

Sa tête et son cou ne semblaient pas être fait de chair, recouverts d'une épaisse fumée sombre. Seuls ses deux yeux brillaient derrière le brouillard dense qui flottait près de sa peau, grâce auquel il pouvait se rendre en un instant d'un endroit à un autre, comme il venait de le faire. Il n'avait pas l'air tout à fait humain, mais la jeune fille ne sembla pas s'en formaliser, comme si elle était habituée à l'apparence peu singulière de son partenaire. Elle se releva lorsque la voix grave de l'homme résonna de nouveau.

« On s'en va. »

Il fit un pas vers le mur, et sortit des pans de sa longue cape un papier jaunâtre plié en quatre.

« Donne-moi ton couteau », lui ordonna-t-il. Elle l'envoya agressivement dans sa direction et il le rattrapa au vol.

Il déplia la missive, et d'un coup brusque, enfonça le couteau dans le mur, coinçant le papier à l'aide de la lame. Puis, sans plus prêter attention au mot qu'il venait de déposer à l'attention des souverains, il enjamba le corps pour se saisir du jeune homme, le soulevant par les aisselles pour le prendre contre lui.

« Dépêche-toi, ordonna-t-il à l'adolescente qui s'était rapprochée du lit.

-Attends, répondit-t-elle en prenant la cape vermeille bordée d'une épaisse fourrure beige qui reposait sur les draps, ça doit être à lui. Je vais la lui mettre.

-Arrête de t'amuser, allons nous-en !

-Mais il va avoir froid, dans notre château ! Protesta-t-elle alors qu'elle s'était rapprochée du jeune homme, lui passant la longue cape sur les épaules. L'homme soupira.

-Ne commence pas à t'attacher à lui. Tu sais ce qui lui arrivera si les souverains ne paient pas la rançon.

-Je sais, je ne suis pas idiote ! »

Lorsqu'elle eut terminé d'enfiler sa cape au prince, le brouillard qui flottait autour de l'homme se fit alors plus abondant, s'échappant d'en dessous de son vêtement, envahissant rapidement la pièce et encerclant les trois personnes. Puis la fumée se mit à tourbillonner vers son épicentre, avant de disparaître comme si elle venait de s'évaporer, laissant la chambre vide.

§§§

La première chose qu'il ressentit fut un inconfort qu'il n'avait jamais connu. Tout son corps le faisait souffrir, il sentait ses muscles le tirer, comme tétanisés, et une douleur semblable à la brûlure mordante d'une flamme l'irradiait depuis ses côtes jusqu'au creux de ses reins.

Il ouvrit les yeux, une première fois, puis les referma immédiatement, agressé par la lumière. Il voulut bouger, mais ça lui était impossible. Il sentait ses bras immobilisés dans son dos, enserrées dans ce qui semblait être une corde qui lui brûlait la peau à chacun de ses mouvements. Lorsqu'il tenta d'agiter ses jambes, il ne sentit pas le sol.

Il rouvrit les paupières et vit le paysage bouger. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il était sur le dos d'un cheval.

Il sentait que l'engourdissement qui lui avait fait perdre connaissance lorsqu'il était encore dans sa chambre avait un peu disparu, aussi, il tenta de donner un coup d'épaule pour faire basculer son corps. En vain. Un grognement retentit depuis le fond de sa gorge, et il réalisa, encore anesthésié, qu'un bâillon avait été glissé entre ses lèvres. Un nouveau grondement retentit, plus fort, mêlé de surprise et de colère.

Soudain, le cheval s'immobilisa. La personne qui le montait se retourna vers lui.

« Oh, il se réveille ! Bien dormi, mon prince ? » Ricana une voix féminine.

Katsuki écarquilla les yeux. Dos à lui, assise en amazone sur sa monture, une jeune femme en longue robe chinoise, aux cheveux blonds remontés en chignons lui souriait, dévoilant deux larges canines. Le jeune homme reconnu la silhouette qu'il avait perçue tout à l'heure, dans sa chambre.

Son sang ne fit qu'un tour. Il donna un nouveau coup d'épaule et cette fois, réussit à décoller son corps de la croupe de la bête. Il retomba lourdement sur le sol, soulevant la poussière, le choc réveillant une douleur vive au niveau de ses côtes. Elle le fit presque tourner de l'œil mais il tenta tant bien que mal de l'ignorer, se redressant difficilement pour fuir dans la direction opposée.

L'homme qui montait en tête s'était lui aussi arrêté lorsque la voix de sa partenaire avait retentit. Voyant que leur otage tentait de leur échapper, il eut un soupir agacé, et d'un bond, avait mis le pied à terre. Il partit à la poursuite du prince qui avait chancelé sur quelques mètres, et le rattrapa sans aucun mal, lui donnant un coup dans les jambes pour le faire trébucher.

Le visage de Katsuki heurta brutalement la terre, mais il ne perdit pas un instant pour se retourner, se mettant sur le dos, faisant face à son adversaire. Alors que l'encapuchonné se penchait sur lui pour le faire se redresser, il lui décocha un violent coup de pied au visage. L'homme fit un pas en arrière, portant la main à sa mâchoire dans un cri de douleur.

Voyant que le prince donnait du fil à retordre à son acolyte, la jeune blonde sauta elle aussi de sa monture, courant vers eux, les doigts enroulés autour du manche de sa lame, accrochée à sa taille. Elle dégaina en un battement de cil et enfonça son arme dans la cuisse du jeune homme, qui se tordit dans un cri de douleur, étouffé par le bâillon qui obstruait sa voix.

Puis la lame quitta lentement la chair, avant de revenir s'enfoncer dans la tâche brune qui maculait ses côtes. Les yeux du prince roulèrent dans leurs orbites et sa tête retomba en arrière. La douleur lui avait de nouveau fait perdre connaissance.

Himiko se redressa, retirant une fois de plus la lame enfoncée dans le corps du prince, venant avec un bruit humide de succion et un flot d'hémoglobine. Elle tourna le visage vers Kurogiri, qui cracha rageusement une molaire ensanglantée au creux de sa main.

« Ce gosse à intérêt à valoir son pesant d'or, gronda-t-il en passant les doigts sous sa capuche pour essuyer ses lèvres.

-Moi je l'aime bien ! Il ne se laisse pas faire alors qu'il sait très bien qu'il n'a aucune chance, ricana la jeune fille en le saisissant par le bras pour le relever. Qu'est ce qu'il est lourd ! Aide-moi, Kurogiri ! »

L'homme s'approcha d'elle et saisit le prince qu'il fit passer sur son épaule comme s'il ne pesait rien. Les deux bandits remontèrent à cheval et s'empressèrent de quitter les lieux, étant encore trop proches du château pour se permettre de traîner dans les environs.

Un coup de talon dans les flancs de leurs montures, et ils disparurent tous les deux dans les bois, ne laissant derrière eux que quelques traces de pas dans la terre poussiéreuse.

§§§

Sur la terre morte, dénuée de vie, dure comme si elle était gelée, le claquement des sabots des deux chevaux résonnait de plus en plus fort à mesure que les cavaliers et leurs destriers s'approchaient des grilles du château.

L'ancien Royaume de Gwanwyn avait perdu toute sa superbe depuis la guerre qui avait eu lieu sur ses terres. Il n'en restait plus que des ruines, la bâtisse délabrée par le temps et les années qui avaient fait leur œuvre.

Les bêtes s'immobilisèrent face à la lourde herse en fonte qui condamnait l'entrée des lieux, grattant nerveusement la terre du bout de leurs sabots. La jeune fille à la robe asiatique porta ses doigts à ses lèvres et émit un sifflement aigu. Le son strident résonna contre les pierres sombres, et une ou deux secondes passèrent avant que la barrière ne se lève dans un grincement de vieux métal.

Une fois qu'elles furent entièrement remontées, les deux bandits et leur otage pénétrèrent à l'intérieur du royaume. Dans le même bruit assourdissant, la barrière se referma derrière eux, scellant toute issue éventuelle.

Katsuki reprit connaissance lorsque son corps fut balancé sans ménagement sur un sol glacial. Il grogna, le bâillon tailladant toujours la commissure de ses lèvres jusqu'au sang, la corde frottant douloureusement sur ses bras immobilisés dans son dos. Il ouvrit difficilement les yeux, prenant conscience de la torture brûlante qui le lançait depuis ses côtes, le visage collé contre le carrelage noir luisant du palais.

Rapidement, une flaque rouge pris forme sous lui. Il se sentait faible, il était en train de se vider de son sang. Autour de lui, tout était flou, tout tournait. Il comprenait mal où il se trouvait. La pièce était immense, semblait haute, et terriblement sombre, plongée dans la pénombre. La seule source de lumière provenait d'une étroite lucarne taillée dans le mur, d'où s'infiltraient de maigres rayons de jour. En face de la meurtrière, une silhouette, assise en haut d'un trône. Il lui était impossible de la détailler plus que ce que la lumière dessinait de ses contours, la forme étant trop loin, sa vue étant trop trouble.

Il percevait des voix en fond, semblables à des murmures, distordues. Il ne comprenait pas ce qu'elles disaient. Puis, venant de sa droite, des bruits de pas se rapprochèrent, jusqu'à s'arrêter lorsqu'ils furent à quelques centimètres de sa figure. Une silhouette s'accroupit en face de lui, et tendit la main dans sa direction. Le prince eut un brusque mouvement de recul.

Il leva les yeux sur la personne qui se tenait agenouillée près de lui. Un homme, un adulte peut être à peine plus âgé que lui. La faible lumière qui éclairait son dos rendait son visage sombre, et Katsuki le distinguait mal. Il remarqua malgré tout qu'il le sondait de ses prunelles bleues, et avait l'impression que sa chair était plus sombre par endroits. Sous ses yeux, et la totalité de sa mâchoire et de son cou… Le jeune prince frissonna lorsque la silhouette se rapprocha encore plus de lui, et qu'il distingua que ces parties sombres étaient semblables à de la chair boursouflée par les flammes, retenue par des agrafes.

L'homme approcha de nouveau sa main vers lui, elle aussi brûlée par endroits, et fit glisser ses doigts entre le bandeau et sa joue, le débarrassant du haillon qui lui tailladait la bouche. Puis, il s'empara du bas de son visage pour le forcer à lever la tête. Katsuki tenta de se dégager de son emprise, mais l'homme avait de la poigne. Soudain, sa voix s'éleva. Elle était claire, nette, et le prince n'eut aucun mal à déchiffrer ses paroles :

« Alors, c'est lui qui va nous rendre riche ? »

Une réponse, qu'il n'entendit pas. L'homme reposa ses deux perles bleues sur lui.

« Ah, vraiment ? Bien, de toute façon, on pourra toujours lui trouver une autre utilité s'ils ne viennent pas le récupérer. »

Le sang du prince ne fit qu'un tour. Il se dégagea de son emprise d'un violent coup de tête, et cracha au visage de l'homme avant de hurler d'une voix éraillée :

« Me touche pas ! Et, à l'intention des autres figures présentes sur les lieux, vous avez intérêt à me détacher sur le champ ! »

Son cri résonna dans la haute pièce, avant que le silence ne retombe sur l'assemblée. Seule la respiration erratique du jeune homme à terre se laissait encore entendre. L'homme en face de lui ne prononça pas un mot et se releva lentement. D'un revers de manche, il s'essuya le visage, et sans prévenir, envoya un brutal coup de pied dans le visage du prince.

Le jeune homme fut projeté en arrière par la force du coup, étouffant un cri douloureux. Inconsciemment, il se recroquevilla sur lui-même. Il sentit un goût de sang dans sa bouche et se passa la langue sur les lèvres. Il saignait abondamment du nez. Une nouvelle voix s'éleva, grave, sourde, autoritaire :

« Dabi, ne l'abîme pas trop, s'il te plaît. »

Un lourd silence suivit, oppressant, comme si cette simple voix exerçait une pression sur le groupe présent dans la grande salle. Elle appartenait à l'homme assis devant la lucarne. Katsuki tourna légèrement le visage dans sa direction, mais il ne distinguait toujours pas son visage. Alors c'était lui, le chef ? Un simple mot de sa part et tous ses sous-fifres restaient cloués sur place ? Au fond de sa gorge, sa voix gronda.

« Détachez-moi, j'ai dit ! J'vais t'faire la peau, enflure ! » Cracha-t-il à l'attention de l'homme assis sur le trône.

Mais il l'ignora royalement, se contentant de soupirer, comme lassé, avant de s'adresser de nouveau au groupe :

« Vous avez bien blessé son Infirma ? Comment peut-il être aussi en forme ?

-Je lui ai donné des coups de couteau, mais on dirait que ça n'a pas suffit. » Katsuki reconnut la voix de le jeune fille qui l'avait attaqué dans sa chambre.

L'homme bougea, semblant chercher quelque chose dans ses vêtements. Katsuki ne le distinguait toujours pas nettement, mais lorsque sa main ressortit avec une longue aiguille entre les doigts, sur laquelle se reflétait la lumière venant de la meurtrière, le prince sentit son ventre se tordre. La voix grave résonna encore :

« Je pense que ça pourra le calmer. »

Entre ses doigts, une pointe d'obsidienne, longue comme un demi-bras. Il y laissa miroiter les rayons du soleil quelques secondes avant de la tendre vers l'autre homme qui l'avait frappé au visage, qui fit un pas vers lui pour s'en emparer.

Katsuki se recroquevilla encore plus. De nouveau, sa voix gronda, mettant en garde ses agresseurs :

« Si tu t'approches de moi avec ça, je te tue ! »

Il se fit ignorer une fois de plus, l'homme à la chair brûlée revenant dans sa direction sans prendre garde à sa menace, s'adressant à l'adolescente restée dans un coin de la pièce.

« Où est la tâche ?

-Sur ses côtes, à gauche. »

Du bout de son pied, l'homme fit tourner le corps dépourvu de force du prince. Puis il s'agenouilla de nouveau à ses côtés, le maintenant fermement en place, une main appuyée sur son épaule. Katsuki montrait les dents :

« Dégage !

-Ah, oui, répondit-il à l'attention de la jeune fille lorsqu'il vit la tâche brunâtre et ensanglantée sur le flanc du prince. Il leva son bras en l'air, l'aiguille entre les doigts.

-Me touche pas ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Je vais te… »

Mais il ne termina pas sa phrase. Sa voix mourut dans sa gorge, étouffée par le cri déchirant qu'il poussa. Le hurlement de douleur retentit dans la haute salle, et le prince s'immobilisa une fois de plus. Sous son corps, la flaque de sang se fit plus large.

La voix grave de l'homme assis sur le trône retentit à son tour :

« Enfermez-le dans les prisons du sous-sol. Attachez-le bien. »

§§§

L'air était humide, glacial. Un relent fétide de bois pourri et de moisissure flottait dans l'air. Un bruit métallique brisait le silence de temps à autre, et ce furent ces tintements qui le tirèrent de sa léthargie.

La première chose qu'il pensa, en reprenant conscience, fut qu'il était transit de froid. Il ne sentait plus le bout de ses doigts, gelés, et un désagréable frisson lui courait tout le long du buste et du dos. Peu à peu, un tiraillement, qui le pris des épaules jusqu'à la nuque, éveilla une souffrance aiguë dans ses bras. La douleur, au début seulement désagréable, devint vite insupportable, semblable à une crampe tenace. Il ouvrit les yeux dans un sursaut lorsqu'il sentit les muscles de ses bras se contracter plus que de raison.

Autour de lui, tout était sombre. Il se demanda un instant s'il n'était pas en pleine nuit, ou en plein rêve, mais la douleur dans ses épaules le rappelait au réel. La seule source de lumière semblait être lointaine, éclairant un coin de l'endroit dans lequel il se trouvait d'une pauvre luminosité orangée, dansante comme la flamme d'une bougie. Les ombres se mouvaient sur les murs, de lourdes pierres d'où suintait l'humidité.

Tourner sa tête de quelques centimètres vers sa gauche fut un véritable calvaire. Les muscles de son cou étaient totalement tétanisés. Ses paupières s'écartèrent lorsqu'il aperçut que de larges barreaux le séparaient de l'extérieur, l'enfermant dans la pièce.

Sans réfléchir, il voulut s'y jeter, voir si cela était encore bien réel. Mais son élan fut brusquement coupé par un nouveau tintement métallique, le retenant par ses bras qui le faisaient tant souffrir. Ignorant la douleur dans sa nuque, il releva la tête. Ses bras étaient attachés en croix, au dessus de lui, entravés par deux lourdes chaînes rouillées fixées au plafond, le privant de tout mouvement. Il n'était maintenu droit que par ces liens qui le forçaient à se tenir agenouillé au sol.

Une vague de panique le prit. Il donna un violent coup de buste pour tenter de s'en défaire, mais seul le bruit des chaînes s'entrechoquant entre elles lui répondirent. Il sentit son ventre se tordre d'appréhension, en même temps que la douleur dans son flanc le relançait elle aussi, lentement mais sûrement, à mesure qu'il retrouvait ses esprits.

Le mal qui assaillait son corps de toute part lui faisait tourner la tête. Il baissa son visage, sa vision devenait floue. Il distingua au sol une flaque sombre dans laquelle trempaient ses genoux tremblants, et ses paupières se refermèrent de nouveau. Il n'arrivait plus à aligner une pensée cohérente, sa raison enivrée par la peur et la douleur.

Il ne savait pas comment il allait pouvoir se sortir d'ici. Et il ne savait encore moins s'il allait survivre.

À suivre…


Aïe. Mauvais temps pour lui, en effet. Bref, ce pauvre bébé aura bien mangé cher ici, j'espère qu'il pourra sortir de ce pétrin sans trop de bobos… Comment ça, ça ne dépend que de moi ?

Bref, je vous remercie d'avoir lu, et je vous remercie encore une fois pour vos retours très positifs et surtout très boostants sur le premier chapitre ! Si celui-ci vous a également plu, n'hésitez pas à me donner votre avis :) Comme vous le voyez, quelques reviews peuvent parfois être la source de nouvelles parties de l'histoire !

Cette fois-ci, pas de blagues : le chapitre trois est prêt, complet, il n'attend plus que vous et sera posté dans deux semaines. Rendez-vous donc le samedi 16 mars pour la suite de leurs aventures !

À bientôt les gars !