Chers amis, bonjour! (Écho: bonjour!)
Comment ça, je suis la seule à écouter Le jeu des mille euros sur France Inter? Et comment ça, j'ai déjà fait cette blague? Désolée de pas en avoir de nouvelles en stock, hein!
Bref, trêves de conneries, on se retrouve aujourd'hui pour le chapitre trois du Fils d'un Royaume, un chapitre assez long vu qu'il fait 7000 mots, et que j'avais plutôt hâte de vous poster car mon bébé entre enfin en scène, j'ai nommé: Eijiro best boy! (Les applaudissements retentissent dans la salle.)
Comme j'ai rien de particulier à ajouter, du moins j'crois pas, je vais rapidement répondre aux reviews avant de vous laisser avec ce bon gros pavé.
Yure: Contente que tu aies aimé! Et oui, avec ces éléments vous y voyez sûrement plus clair à présent par rapport à Kat' :) Et moi aussi par la même occasion haha xD En espérant que tu apprécies ce chapitre aussi!
Bonne lecture!
Chapitre III : Celui qui sauvera le prince
Une vague de panique avait prit le château. Une heure s'était écoulée depuis la découverte de la lettre dans la chambre du prince.
Assise à l'interminable table de la salle de réception, la reine se prenait le visage entre les mains, fixant le papier froissé posé en face d'elle. Elle en relisait les lignes en boucle, tentant d'y trouver un indice, d'y voir une faille, quoi que ce soit pouvant lui prouver que rien de cela n'était réel. Elle ne pouvait se résoudre à le croire et encore moins à l'accepter. L'idée que son fils soit loin d'elle, et de surcroît en danger lui faisait perdre la raison.
Elle ne pouvait s'empêcher de penser à l'origine de la flaque de sang sur le sol de la chambre. Ce sang… D'où venait-il ? Était-ce même le sien, où celui de l'un de ses assaillants duquel il se serait défendu ? Et si ce n'était pas le cas, où ces bandits avaient-il blessé son enfant ?
La question qui la tourmentait le plus était celle de l'Infirma. Celle de son fils se trouvait sur son flanc gauche, au niveau de ses côtes. Une marque brune de la taille d'un poing que le jeune homme avait toujours soigneusement camouflée. La légende des Infirmas avait été démontée depuis longtemps, peut-être les bandits penseraient-ils qu'il ne s'agirait que d'une vulgaire tâche de naissance ? Mais qu'est ce qui les empêchait d'y planter une lame pour vérifier ?
L'image de son fils étendu au sol, vidé de ses forces, un large couteau enfoncé entre les côtes la traversa et un terrible frisson la prit. Elle ferma les yeux aussi fort qu'elle le put, tentant de chasser la scène de son esprit, mais même dans la pénombre qui l'entourait, elle pouvait toujours distinguer les formes vagues créées par son imagination.
Une main posée sur son épaule la fit sursauter. Elle se retourna fébrilement, croisant le regard de son époux qui se tenait derrière elle, le dos droit et le regard grave.
« J'ai envoyé notre coursier porter aux autres royaumes l'alerte de la disparition de notre fils. J'ai également discuté avec mon conseiller. Il sait qui serait en mesure de nous venir en aide. »
Une étincelle d'espoir s'alluma dans les prunelles rubis de la reine.
« Qui… De qui s'agit-il ?
-L'Adarkin qui vit aux alentours du château. D'après lui, il serait disposé à nous rendre ce service.
-Ce jeune homme qui n'est pas né ici ? L'a-t-il consulté ?
-Non, mais il est vrai qu'il a toujours fait preuve de magnanimité à notre égard, même malgré le fait qu'il ne soit pas originaire de Syrthio. Je vais aller le rencontrer et lui demander de vive-voix. Te sens-tu sens capable de m'accompagner ? »
La reine lui répondit d'un hochement de tête. D'un revers de main, elle chassa les sillons salés qui creusaient ses joues et se leva de la chaise sculptée sur laquelle elle s'était assise. Le roi posa une main au creux de son dos, la flattant d'une caresse apaisante. Ils s'échangèrent un regard avant de quitter la pièce.
§§§
Trois coups résonnèrent contre l'épaisse porte faite de rondins de bois. Il était presque dix heures du matin, et le chant des oiseaux qui s'élevait à travers le royaume semblait ici plus présent, plus dense, comme si le bosquet qui entourait l'habitation en était la source. Un grincement, et la porte s'ouvrit, suivit d'un concert de battements d'ailes.
Une silhouette se détailla dans l'encadrement, devenant plus nette à mesure que les rayons du soleil la sortaient de la pénombre, découpant son contour dans le fond noir de la pièce restée sombre.
Un jeune homme, d'une vingtaine d'années à première vue, se présenta devant eux. Ses grands yeux grenats semblaient surpris de voir ceux qui se trouvaient en face de lui. Lorsqu'il reconnut les parures riches et les pupilles écarlates des souverains, il s'empressa de courber la tête en signe de respect. Le roi l'arrêta d'un léger signe de la main.
« Je vous en prie, ne vous donnez pas cette peine. »
Le garçon se redressa, un air légèrement stupéfait aux traits. Il comprenait mal ce que le roi et la reine du royaume venaient faire en personne devant chez lui. Il balbutia :
« Votre Majesté, permettez-moi de vous demander ce qui vous amène jusqu'à moi ? Vous m'excuserez, mais je suis assez surpris… »
Ses yeux faisaient des aller-retours sur leurs deux visages. La reine, restée en retrait, semblait dévastée. Ses sourcils arqués lui donnaient le regard d'une femme frappée par la tragédie, et ses yeux étaient cernés, marqués d'une fatigue et d'un épuisement certain. Le roi, quand à lui, semblait dégager une aura plus sombre, presque menaçante. Lui qui était pourtant réputé pour être un homme doux… Les doigts du jeune garçon se crispèrent sur l'encadrement de la porte auquel il se retenait, légèrement penché vers l'avant. Que lui voulaient-ils ? La voix sourde de l'homme adulte qui se tenait en face de lui lui apporta sa réponse.
« Écoutez, jeune homme…
-Eijiro, l'informa le garçon, Eijiro Kirishima.
-Bien, Kirishima. Je vais être très direct car malheureusement, le temps joue contre nous. Notre fils à été enlevé ce matin par des bandits, et nous avons besoin de votre aide. »
Les yeux de l'Adarkin s'agrandirent. Eijiro était avant tout un homme bienveillant, et la simple annonce de cette nouvelle, même s'il n'était pas familier aux souverains et encore moins à leur fils, ne put le laisser insensible.
« Qu'est ce que vous dites ? Le prince a… ? »
Un hochement de tête lui répondit. Lorsque le roi l'invita à les raccompagner jusqu'au château pour en discuter, il n'hésita pas un seul instant avant d'accepter.
Sur le chemin qui menait jusqu'à l'immense bâtisse, Kirishima se perdait dans ses pensées. Le prince avait été enlevé ? Mais comment diable une telle chose avait-elle pu se produire ? Il ne connaissait pas personnellement la famille royale, mais, en tant qu'habitant de Syrthio, était au courant du caractère et des façons de faire des souverains. Il connaissait le roi et la reine pour leur infinie justesse mais aussi pour leur main de fer, et quand au fils… Il était réputé pour être un garçon au tempérament explosif, au sang chaud et qui avait une énergie sans limites à revendre.
Souvent, depuis sa cabane, il le voyait partir à cheval à travers les terres, le port altier droit et l'allure fière. Le jeune homme dégageait une aura impressionnante, une beauté à couper le souffle, il rayonnait d'une puissance sans égale. Il imaginait mal un jeune homme si fougueux se laisser emporter par des bandits sans se rebeller ni même se défendre, à moins que ces derniers ne l'aient préalablement mis hors d'état de nuire…
Pendant qu'il réfléchissait, suivant les pas du roi et de la reine qui le précédaient, il ne se rendait pas compte qu'à ses pieds, les herbes folles des plaines avaient laissé place aux dallages de la citadelle. Lorsqu'il releva le nez, il fut soufflé par la hauteur du château qui se dressait devant lui. Jamais il n'avait eu l'occasion de s'en approcher d'aussi près, et il se sentait soudainement minuscule face à l'immensité des lieux.
Un grincement lourd de bois fatigué et les portes du château s'ouvraient à lui. L'espace d'un bref instant, il oublia tous ses questionnements, évincés par l'éminence du domicile qui le laissa sans voix. Ses pupilles incandescentes s'abreuvèrent de chaque détail que l'architecture voulait bien lui offrir, courant de gauche à droite, vite submergées par l'immense quantité d'éléments à voir et à découvrir.
De l'extérieur, le château semblait seulement composé de lourds blocs de marbre blanc, mais lorsqu'on avait la chance de l'apercevoir depuis la cour, on réalisait que la construction était bien plus minutieuse qu'elle le laissait suggérer aux premiers abords. Surplombant chacune des ouvertures taillées dans la pierre, portes et fenêtres, des gravures façonnées à même le marbre décoraient les hauts murs de la bâtisse. Des fresques, représentant des scènes diverses et variées, de combat, de chasse ou même de banquet, d'une extrême finesse, rendaient les lieux plus précieux qu'ils ne l'étaient déjà.
Juste en dessous de chacune de ces œuvres d'art, les portes en bois massif se dressaient contre toute intrusion, puissantes, épaisses, ornées de frasques forgées dans le métal. Les grandes plaques de verre qui faisaient les fenêtres n'étaient pas translucides comme dans l'architecture classique, mais étaient composées de milliers de pièces de couleur, assemblées patiemment côte à côte avec une précision infinie, formant un vitrail lumineux aux éclats chatoyants qui donnaient vie à la blancheur des murs.
Le jeune Adarkin était époustouflé, une étincelle brillant dans son regard émerveillé. Alors qu'une énième porte s'ouvrait à lui, il se fit la réflexion, alors qu'il entrait dans le palais, qu'il n'aurait jamais pensé que même en vivant dans un lieu aussi riche, on pouvait ressentir quelconque émotion négative. Comment pouvait-on être malheureux dans un endroit aussi magnifique ?
Le claquement sourd des portes retentit dans son dos, et il sursauta, brusquement tiré de ses pensées, aveuglé l'espace de quelques secondes maintenant qu'il se retrouvait plongé dans la pénombre de la bâtisse.
La pièce dans laquelle ils venaient d'entrer n'était pas bien lumineuse, la seule source de lumière filtrait difficilement à travers les vitraux, projetant des tâches de couleurs vives sur les dalles froides du sol. Plusieurs secondes lui furent nécessaires avant que ses yeux ne s'habituent à l'obscurité des lieux, une pièce toute en hauteur où résonnait le son de leurs pas. Peu à peu, Eijiro distinguait les détails de l'intérieur où les gravures religieuses trouvaient maintenant leur place auprès des imposants vitraux.
Alors que ses yeux balayaient le plafond, toujours plus avides d'admirer les ornements cachés par le demi-jour qui peinait à entrer, le raclement des pieds d'une lourde chaise contre les dalles du sol le fit revenir sur terre. Il s'exécuta lorsque le roi, d'un signe de main, l'invita à prendre place sur le fauteuil qu'il lui présentait. Il s'y assit, posant sagement ses mains à plat sur ses genoux. L'homme revint en face de lui, alors que derrière, la reine faisait les cents pas. Il parla :
« Bien… Comme je vous l'ai expliqué, Katsuki… Notre fils à été enlevé par des bandits, l'Alliance Genesis. Auriez-vous déjà entendu parler d'eux ? »
Le carmin répondit d'un non de la tête. Ce nom lui était complètement inconnu. Le roi poursuivit :
« Ce matin, nous avons trouvé sa chambre saccagée, le seul indice qui puisse nous permettre de remonter jusqu'à eux n'est autre que ce papier… »
Il fit un pas vers Eijiro, lui tendant le billet froissé, fendu à l'endroit où la lame l'avait maintenu fiché dans le mur. Le jeune Adarkin le prit avant de le parcourir des yeux, puis s'exclama :
« Les terres du nord ? Ils veulent que vous vous rendiez en terres maudites ?! »
Les souverains s'échangèrent un regard contrit. Le roi resta silencieux une seconde avant de continuer :
« Vous n'êtes pas sans savoir que Syrthio ne possède pas d'armée, et nous ne sommes pas en mesure de nous déplacer, notre rôle étant avant tout de garder notre royaume et de protéger notre peuple… Nous nous en remettons à vous, jeune homme. Vous êtes notre seul espoir. Nous vous le demandons solennellement, s'il vous plaît, acceptez notre requête et partez au secours de notre fils… »
Eijiro eut un sursaut lorsqu'en face de lui, le roi s'inclina. Il bredouilla, gêné, le suppliant de se redresser, et se gratta la joue d'un air embarrassé, ne sachant quoi répondre à cette demande si singulière. Aller en terres maudites ? Ce qui impliquait fatalement de traverser la forêt… Il ne savait pas trop quelle décision il devait prendre. Les regards suppliants du roi et de la reine en face de lui ne pouvaient pas le laisser de marbre, mais était-il prêt à risquer sa vie ?… D'une autre part, il était venu vivre sur leurs terres, et les souverains avaient toujours été bons envers lui, même malgré sa différence… Peut-être avaient-ils vu en lui une force assez puissante pour affronter ces soit-disant bandits ?
Kirishima se prit le menton entre les doigts. Il fixait les dalles au sol, parcourues des tâches colorées projetées par les vitraux traversés de la lumière du jour. Il repensa au prince, et à l'effet qu'il lui faisait lorsqu'il le voyait partir à cheval depuis sa cabane. Chaque fois, il se sentait comme subjugué, et restait quelques secondes immobile à admirer la beauté du tableau qui se jouait sous ses yeux. Chaque matin, il observait les alentours du château avec l'inavouable espérance de voir le jeune homme passer près de son bosquet. Il illuminait littéralement ses journées.
Mais la crainte de devoir traverser la forêt et de s'imaginer mettre ne serait-ce qu'un pied en terres du nord… Rien que l'idée lui faisait froid dans le dos. Il fronça les sourcils, délibérant intérieurement, pesant le pour et le contre. La voix de la reine résonna dans l'immensité de la pièce.
« Nous vous couvrirons d'or. »
Eijiro releva brusquement la tête, en même temps que le roi qui s'était retourné vers elle. La femme se tenait maintenant droite, l'air déterminée. Elle répéta :
« Acceptez de ramener notre fils au château sain et sauf, et nous vous couvrirons d'or. »
Le jeune Adarkin resta silencieux, considérant la proposition. L'appât d'une grosse somme d'argent ajoutait quelque chose de plus, et lui qui vivait de ressources modestes devait s'avouer plutôt intéressé par l'offre… La voix de la femme s'éleva de nouveau :
« Il est absolument hors de question que nous cédions à ces bandits la rançon qu'ils nous demandent en l'échange de la vie de notre fils. Ces scélérats pensent qu'ils s'en sortirons impunis ? Après le crime qu'ils ont commis ? Elle se tut un instant, fixant le sol et serrant son poing. Ils vont apprendre à leurs dépens qu'on ne se frotte pas aux souverains de la terre d'automne. Ils vont s'en mordre les doigts. »
Elle s'avança vers Eijiro, et, posant ses deux mains sur ses épaules, planta son regard dans le sien. Leurs prunelles vermeilles restèrent plongées l'une dans l'autre de longues secondes.
« Jeune homme, vous êtes celui qui pourra sauver notre enfant, vous êtes le seul capable d'infliger à ces brigands le châtiment qu'ils méritent. Vous êtes un Adarkin, et vous êtes puissant. Vous êtes certes discret, mais pensez-vous vraiment qu'en tant que souveraine, je ne me serais pas renseignée à votre sujet ? »
Eijiro frémit. Le regard de la femme n'avait pas cillé, elle restait tout à fait neutre, mais il se sentait profondément troublé. Que savait-elle, exactement ? La perspective de voir son passé percé à jour lui tordit les tripes. La reine reprit :
« Je sais que vous êtes un excellent combattant, et que vous n'en seriez pas à votre première mission, si je peux dire ça comme ça. Pourquoi refuser si nous vous proposons une montagne d'or en échange de vos services ? »
Kirishima resta silencieux. Les yeux de la femme qui le fixaient furent illuminés d'un éclat humide. Elle baissa légèrement les paupières.
« Notre enfant est notre bien le plus précieux. Même s'il n'est pas toujours facile et qu'il a un caractère très impulsif, comme sa mère… Elle eut un petit rire, puis reprit : sans lui, je ne suis rien. Je suis totalement démunie. Je vous le demande encore une fois, je vous en supplie… Ramenez-le chez lui, acceptez notre requête. »
Sur les épaules d'Eijiro, son emprise se raffermit légèrement. L'étincelle dans son regard brillait de sincérité, et le jeune Adarkin pouvait presque sentir le cœur de cette femme se serrer dans sa propre poitrine. Il restèrent encore un instant à se fixer l'un et l'autre, avant que le jeune homme ne se décide enfin :
« Bien… Bien, j'accepte, c'est d'accord. J'irai sauver le prince. »
§§§
Eijiro emboîtait le pas au conseiller du roi, marchant dans l'un des interminables couloirs du château. À présent, le soleil de l'après-midi qui s'infiltrait à travers les fenêtres taillées dans le marbre glissait sur les murs, réchauffant la pierre froide. Ils se dirigeaient vers la bibliothèque du château, où il se verrait donner une carte du pays pour le guider lors de son périple.
Alors que l'écho des pas des deux garçons résonnait entre les murs, le conseiller, un jeune homme à peine plus âgé qu'Eijiro à la chevelure blonde renversée en arrière, se retourna vers lui. Il avait un sourire collé aux lèvres et ses yeux s'arquèrent dans le regard amical qu'il posa sur lui.
« Tu sais, c'est très charitable de ta part d'avoir accepté la requête de notre roi. »
Kirishima releva les yeux sur lui. Il se sentait à l'aise avec le jeune homme même avant qu'il ne lui adresse la parole, et pour cause : le conseiller du roi était, tout comme lui, un Adarkin.
Les deux larges ailes qui prenaient racine au niveau de ses épaules étaient repliées, en partie ensevelies sous le châle qui entourait les épaules du garçon. Ses prunelles dorées fixaient Eijiro comme si elles le sondaient, à la manière d'un oiseau de proie, attentif au moindre mouvement qu'il pourrait percevoir. Son allure mystérieuse était accentuée par le maquillage qui prolongeait ses cils, étirant ses yeux d'une façon presque féminine, s'opposant à la fine barbe soigneusement taillée qui poussait sur son menton. Eijiro remarqua que l'autre homme le dépassait de quelques centimètres lorsque, d'un pas, il vint à sa hauteur pour marcher à ses côtés. Il répondit :
« Je… Je ne pouvais pas refuser. Les souverains ont l'air d'être dans une profonde détresse. Puis, même si je ne connais pas le prince… Je crois que je l'apprécie. »
L'autre Adarkin s'esclaffa, à la plus grande surprise de son camarade. Il le dévisagea, intrigué par ses éclats de rire. Celui-ci s'excusa avant de s'expliquer :
« C'est sûr que tu ne connais pas le prince pour dire que tu l'apprécies !
-Qu'est ce que vous voulez dire ?
-C'est un garçon extrêmement colérique, fit l'homme oiseau avec un rictus. Il est bien connu entre ces murs pour ses crises à répétition. Son pouvoir est sûrement le fruit de son caractère… Explosif. »
Après ses paroles, il passa ses doigts sur son menton, son regard se perdant sur l'horizon de l'interminable couloir. Eijiro le surveillait du coin de l'œil, dubitatif. Le conseiller avait l'air de penser qu'un tel trait de caractère était dû à son pouvoir, mais le jeune Adarkin penchait plutôt pour l'hypothèse du pur et simple caprice. Après tout, il était le futur roi, on ne pouvait sûrement pas lui refuser grand-chose…
Alors qu'il se perdait dans ses pensées, ils arrivèrent au bout de la coursive. Deux larges portes de bois massif comme on en trouvait dans tout le château se dressaient devant eux. Le conseiller du roi sortit une clé de sa poche, qu'il fit glisser dans la serrure forgée de la porte. Il la tourna dans un grincement métallique, et poussa les lourds pans de bois en entrant à l'intérieur.
La pièce n'était pas très lumineuse. Comme celle dans laquelle Kirishima se trouvait précédemment, elle ne possédait en guise d'ouverture que deux larges vitraux à travers lesquels la lumière claire du jour filtrait difficilement. Il fit à son tour un pas à l'intérieur, soudainement envahit par l'effluve caractéristique des vielles pages des livres anciens. Ils étaient dans la bibliothèque.
Les étagères vertigineuses étaient remplies de livres et montaient jusqu'au plafond. Sur leurs planches de bois, il ne restait aucun espace, comme si aucun autre ouvrage n'aurait pu être glissé entre les milliers qui se trouvaient déjà accumulés ici. Au centre de la pièce, un large bureau en acajou, noyé sous les papiers et les feuilles qui le recouvraient jusqu'à maculer le sol à ses pieds. Dans un coin reculé de la table, un encrier dans lequel reposait une imposante plume blanche semblait se faire tout petit entre les recueils qui l'encerclaient.
Alors que le jeune homme dévorait la pièce des yeux, impressionné par l'immensité et la richesse des lieux, le plus âgé s'avança entre les bibliothèques pour revenir quelques instants plus tard, un parchemin sous le bras. Il fit de la place sur le bureau, tassant grossièrement les papiers qui s'y trouvaient déjà et les amassant dans un coin pour dérouler le manuscrit à plat. Il fit signe à Eijiro de s'approcher.
« Voici une carte du pays. Tu en auras besoin pendant ta route. »
L'homme oiseau se saisit de la plume abandonnée dans l'encrier, l'égouttant avant de tracer une croix sur la carte. Royaume de Gwanwyn. Kirishima frissonna à la simple vue du nom. Cette carte devait être vieille, car ces terres n'étaient plus nommées ainsi depuis des lustres. La voix du conseiller résonna :
« C'est ici que se sont établis les bandits de l'Alliance Genesis. Ils ont élu domicile dans le château… Je ne sais pas comment ils font pour y vivre, à moins qu'ils soient aussi pourris que les terres en elles-mêmes… »
Du bout de la plume, il lui montra le chemin qu'il devait prendre.
« Tu devras traverser la terre des loups et foncer tout droit vers le château. Inutile d'essayer d'arriver par derrière, ils sentiront ta présence dès que tu seras sorti de la forêt… Pour le retour, tu prendras la même route. »
Eijiro suivait ses mouvements en acquiesçant silencieusement. Il avait donné son accord, il ne pouvait plus reculer, à présent.
« Tu sais… Les bandits de l'Alliance Genesis ne sont pas des petits joueurs. Tu devras sûrement… Tu devras sûrement les tuer tous si tu ne veux pas qu'ils vous poursuivent jusqu'au royaume. »
Kirishima eut un sursaut et tourna brusquement le visage vers lui. Il le fixait comme si un troisième œil venait de lui pousser au milieu du front.
« Attendez, vous êtes en train de me dire que je vais devoir assassiner toutes les personnes qui se trouvent dans le château ?
-Pas tous, fit l'homme oiseau en plaçant ses mains devant lui comme pour le calmer, tu dois sauver le prince, lui, tu le laisse en vie. Et tu peux me tutoyer, tu sais… Appelle-moi Hawks. »
Le jeune Adarkin fronça les sourcils. Ça ne lui plaisait pas. L'idée d'ôter des vies, même si c'était légitime… Il n'allait pas s'y faire, c'était certain. Il s'était déjà battu bien sûr, pour sa vie bien souvent, mais il avait toujours laissé ses adversaires en vie, préférant déguerpir avant que ceux-ci ne se remettent d'aplomb. Il n'avait jamais voulu tuer, et il se voyait mal trahir ses principes.
Voyant que sur son visage, l'air perplexe demeurait, Hawks reprit :
« Enfin, tu n'y es pas encore. Peut-être que vous vous en sortirez sans que tu n'aies à en venir jusque là. Mais pour le bien du prince, il faudrait mieux éliminer ses ennemis, réfléchis-y… »
Eijiro baissa les yeux. Pour le bien du prince… Le conseiller n'avait pas tort. Mais il y penserait plus tard. Pour le moment, l'idée de n'avoir d'autre choix que de tuer ne lui convenait pas du tout, et il ne préférait pas l'envisager.
L'homme oiseau enroula la carte, qu'il ferma d'un ruban écarlate avant de la lui tendre. Elle te sera précieuse, fais-bien attention à toujours la conserver avec toi. Tu ne dois surtout pas la perdre, votre vie à tous les deux en dépendra, lui avait-il dit lorsqu'Eijiro l'avait eue entre les mains.
Ils furent hors de la bibliothèque une poignée de minutes plus tard. Après avoir remonté l'interminable couloir qu'ils venaient de prendre, ils sortirent de l'intérieur du château, traversant la cour, se rendant jusqu'aux écuries. Alors qu'ils s'en approchaient, Hawks faisait la conversation :
« Le roi m'a ordonné de te donner tout ce qui sera nécessaire à ton voyage. Maintenant que tu as une carte, il ne te manque plus qu'un cheval et une arme. Ah, bien sûr, il te donnera aussi des vivres. Tu risques d'être assez chargé, est ce que ça ira ? »
Pendant que le conseiller poussait la porte des écuries d'où retentissaient des hennissements et des raclements de sabots, Eijiro acquiesçait en silence. Il regardait à droite et à gauche, peu attentif aux paroles de son nouvel ami, légèrement nerveux à cause de la présence de tous ces équidés. En tant qu'Adarkin, son rapport aux animaux était différent. Il les faisait souvent fuir.
Hawks le remarqua et lui donna une gentille tape sur l'épaule :
« Tu n'as pas à t'en faire. Ces chevaux sont habitués aux Adarkins, ils me connaissent bien. Il n'auront pas peur de toi.
-Pourtant… Répondit Eijiro, toujours aussi peu à l'aise, je sens leur nervosité. Ils n'ont pas l'air rassurés.
-C'est parce que tu es un étranger. Je t'assure que ce n'est pas dû à ta nature. »
Il accompagna sa phrase d'un sourire qui se voulait rassurant, et traversa l'écurie avant de s'arrêter devant l'un des box. Il posa sa main sur le rebord. Un cheval bai aux crins noir de jais fit demi-tour pour faire passer sa tête au dessus du portillon. Il huma l'air et vint poser son chanfrein au creux de la main qu'Hawks tendait en face de lui. Le conseiller se retourna vers l'autre Adarkin.
« Elle s'appelle Blodyn, c'est la jument la plus docile et courageuse des écuries du royaume. Le roi l'adore, et je crois bien qu'il a une confiance aveugle en toi pour m'avoir demandé de te la confier. »
Il termina sa phrase en faisant remonter sa main gantée jusque dans les crins de la bête, flattant son encolure. Kirishima fit un pas vers elle, essayant de taire sa nervosité, posant à son tour une main qui se voulait peu rassurée sur l'épaule de l'animal. La jument tourna la tête et son souffle chaud vint mourir sur son bras nu. Elle ne fit aucun mouvement brusque, le regardant du coin de ses yeux sombres ourlés de longs cils.
Le jeune homme sentit un sourire étirer ses lèvres sans qu'il ne puisse s'en empêcher. Voir qu'il n'effrayait pas la jument lui procura un sentiment qu'il n'avait que trop rarement connu. Ses doigts continuèrent leur course entre les poils courts, remontant jusqu'au garrot de la bête qui se laissait docilement caresser.
Les poings sur les hanches et un sourire au visage, Hawks le regardait faire.
« Bien, ce premier contact a l'air plutôt favorable, tu ne crois pas ?
-Elle n'est pas effrayée, répondit Eijiro en se tournant vers lui.
-Ça t'étonne ?
-Plutôt, oui… En général, les animaux me fuient. Enfin, à part les oiseaux… Je suis tout le temps seul.
-Allons, allons, le rassura Hawks d'un signe de la main, ne prend pas un air aussi triste. Il se rapprocha de lui et le gratifia d'un clin d'œil amical. Qui sait, peut-être que tu t'entendras avec le prince ?
-J'espère… » Fit Eijiro en posant sa main sur le museau de la jument.
Pendant que le jeune Adarkin faisait connaissance avec sa monture, Hawks tourna les talons et se mit à s'affairer derrière lui, rassemblant l'attelage nécessaire au voyage qui l'attendait. Une lourde selle sur les bras, il héla Eijiro :
« Hé, tu devrais essayer de la monter avant de partir pour de bon. On n'est jamais trop prudent, tu sais. Et puis, comme ça, tu apprendras à l'harnacher. »
Kirishima vint vers lui pour le soulager du poids de la selle. Le conseiller s'empara d'un tapis rouge brodé des initiales de la famille royale, et s'introduisit dans le box pour le déposer sur le dos de la jument. Il lui enfila son harnais, l'entraînant ensuite à l'extérieur pour qu'Eijiro puisse la seller. Le claquement de ses sabots retentit sur le sol. C'était une bête magnifique, ses longs crins ruisselaient le long de son encolure, sa queue fouettait l'air et atteignait presque le sol lorsqu'elle était immobile. Une large liste blanche tranchait avec la teinte brune de son poil, et ses quatre pattes étaient elles aussi maculées de la couleur lactée.
Kirishima s'approcha d'elle et déposa précautionneusement la lourde selle sur le dos de l'animal. Comme la jument ne bronchait toujours pas, il s'agenouilla pour l'attacher sous son ventre. Lorsqu'il se releva, Blodyn avait dressé ses oreilles et tourné la tête vers lui, comme si elle l'invitait à la chevaucher.
Une main posée sur la selle, Hawks demanda :
« Tu sais monter à cheval ?
-Oui, ça m'est déjà arrivé.
-Parfait, alors en selle ! »
Un pied dans l'étrier, la main fermement accrochée aux crins de l'animal, Eijiro se propulsa d'un coup sec sur le sol et prit son élan pour monter sur le dos de la bête. Il se sentit soudain immense, tant il avait perdu l'habitude de monter à cheval. Il se saisit des rennes qu'il serra entre ses doigts. À terre, Hawks le regardait faire, son sourire en coin demeurant sur son visage.
« Tu peux aller faire un tour, si tu en as envie. Au vu de ce que vous allez traverser, tous les deux… Il est important que le courant passe bien. Apprivoisez-vous l'un l'autre.
-Tu es sûr ? Le roi a confiance en moi au point de me laisser partir avec son cheval sans se poser plus de questions ?
-Il faut croire que oui… Je ne sais pas ce qui l'a convaincu, mais je l'ai vu discuter avec sa femme. Je crois que c'est elle qui lui a fait prendre sa décision. »
Eijiro tiqua. Que lui avait-elle dit ? Il commençait vraiment à être inquiet à ce sujet, la reine semblait renseignée, il espérait seulement qu'elle n'était pas au courant de ce qu'il s'efforçait de cacher depuis qu'il s'était établi à Syrthio. Une part de lui lui chuchotait que c'était impossible, et une autre le tourmentait en lui disant qu'on laissait toujours une trace de notre passage. Il secoua la tête. Il ne voulait pas y penser. Il donna un léger coup de talon dans le flanc de la jument pour qu'elle se mette à avancer et se dirigea vers la sortie des écuries. Hawks avait raison, et puis, il sentait qu'il avait soudainement besoin de prendre l'air.
« J'y vais, alors. Je reviens vite.
-Amusez-vous bien ! » Fit l'homme oiseau en le saluant d'un grand geste de la main.
Un nouveau coup de talon, et sa monture accéléra le pas. Le soleil les baigna de lumière lorsqu'ils sortirent de la pénombre des écuries, faisant briller le pelage luisant de la bête. Eijiro se protégea d'un bras en travers de son visage, sa rétine agressée par les rayons de l'astre du jour maintenant à son zénith.
Il cligna des yeux, s'habituant progressivement à la lumière. Devant eux s'étendaient les vastes plaines du royaume de la terre d'automne, parsemées de bosquets et d'arbres solitaires au feuillage flamboyant. À leur droite se trouvait le village, d'où provenaient les échos de voix des citoyens, mais Eijiro était plutôt attiré par le paysage vallonné à l'horizon qui ne demandait qu'à être parcouru. Un coup de vent chaud fit s'envoler une nuée de feuilles mortes tombées sur les pavés des écuries, et le jeune Adarkin donna un nouveau coup de talon à son cheval qui partit au trot droit vers la campagne qui s'offrait à eux.
§§§
Le cavalier et sa monture furent de retour au château deux heures plus tard. Le soleil avait commencé à légèrement décliner, projetant sur les terres du royaume une lumière basse, teintée d'orange et de rose, qui allongeait les ombres. Hawks, qui attendait son camarade adossé à l'encadrement de la large porte des écuries, releva la tête lorsque les silhouettes d'Eijiro et de Blodyn se détachèrent dans le ciel clair. Le claquement des sabots sur le sol pavé se fit de plus en plus fort et s'arrêta lorsque la jument fut à la hauteur du conseiller du roi. Habilement, Kirishima se laissa retomber à terre, gratifiant l'autre Adarkin d'un large sourire :
« J'avais oublié à quel point monter à cheval était agréable ! Et, lorsqu'il réalisait que Hawks avait l'air de l'attendre, patientant, appuyé contre le mur, il bredouilla : je suis désolé, je n'ai pas vu le temps passer. Est ce que je suis revenu trop tard ?
-Pas de problème, rit le blond en voyant que son camarade roux avait l'air de toujours s'en faire pour un rien, je te l'ai dit, le lien que tu vas créer avec ta monture est primordial, tu dois passer un maximum de temps avec elle. »
Eijiro acquiesça, une main sur l'encolure de la jument. Hawks les regarda successivement.
« En tous cas, cette balade à l'air d'avoir été un succès.
-Oui, elle est vraiment docile. Je l'aime déjà beaucoup ! » Fit le jeune homme en flattant le cou de sa monture.
L'homme oiseau eut un nouveau sourire. Il avait le sentiment que cet Adarkin était loin d'être mauvais, et que le roi avait fait un bon choix en écoutant son conseil de s'en remettre à lui.
Les deux hommes quittèrent les écuries pour retourner à l'intérieur du château, traversant de nouveaux couloirs et ouvrant de nouvelles portes. Derrière celle qu'ils venaient de pousser, une salle dont les murs étaient tapissés d'armes blanches, des lames de toutes les longueurs, des épées, et même deux lourdes haches fixées l'une en miroir de l'autre. Les yeux du carmin s'illuminèrent une fois de plus.
« Tu te souviens quand je t'ai dit qu'il fallait t'armer, tout à l'heure ? Nous nous trouvons dans la salle d'artillerie, tu peux te servir. Ordre du roi, une fois de plus… Choisis ce avec quoi tu es le plus à l'aise pour te battre. »
Kirishima osa un pas de plus à l'intérieur de la pièce. Des torches fichées dans les murs de pierre éclairaient faiblement les lieux, leurs flammes se reflétant sur les centaines de lames d'acier. Il parcouru des yeux toutes les possibilités qui s'offraient à lui. Une épée longue de presque un mètre, sa lame fine lisse et éclatante comme de l'argent, une dague au tranchant travaillé et décoré, dont le bout rebiquait vers le ciel, un sabre, immense, émoussé par endroits mais l'air résolument solide… Ses yeux terminèrent leur course sur deux poignards d'une soixantaine de centimètres à la pointe affûtée, où se reflétaient les flammes dansantes des torches. Il s'en approcha pour s'en saisir.
Il enroula ses doigts autour du manche du premier, le soupesant, et le porta à proximité de son visage pour le détailler avec plus de précision. Le tranchant semblait impeccable. D'un a-coup léger, il lança l'arme en l'air, qui tournoya sur elle même avant qu'il ne la rattrape par le manche, sous l'œil stupéfait du conseiller :
« Hé ! Tu vas te blesser !
« Désolé, rit Eijiro, serrant le manche entre ses doigts, je suppose que l'habitude du maniement des armes ne se perd jamais vraiment. »
Hawks le regarda du coin de l'œil. Alors il était habitué à avoir des lames entre les mains ? Il nota cet élément dans un coin de son esprit. De son côté, Kirishima s'était saisit du deuxième poignard. Il simula deux coups succincts qui fendirent l'air, puis feignit de ranger les deux lames à sa ceinture. Il se tourna vers l'autre homme :
« Je prends ceux-là.
-Tu es sûr ? Tu n'as pas prêté attention aux autres armes…
-J'ai… Il m'est arrivé de me battre avec deux dagues du même genre, pendant un temps. Je sais qu'elles ne sont pas aussi dangereuses qu'une épée ou une hache, mais je serai à l'aise pour les manier. C'est ce qui compte le plus, non ?
-Je suppose que oui, répondit Hawks en haussant les épaules, je ne suis pas habitué aux armes, moi. Je ne sais pas m'en servir, alors c'est comme tu le sens. »
Sur ces paroles, le conseiller l'invita à sortir et ils quittèrent les lieux, soufflant les flammes des torches lorsqu'ils claquèrent la lourde porte de bois derrière eux.
Eijiro était fin prêt, équipé face au périple qui l'attendait. Hawks lui avait expliqué que les cuisiniers s'étaient chargés de lui préparer trois jours de vivres qu'il récupérerait à son départ. Lorsque l'autre Adarkin l'eut guidé jusqu'à la salle du trône où l'attendaient les souverains, il se tourna vers lui, la main tout juste posée sur la poignée de fer forgé.
« Bien, je crois que tu disposes de tout ce qui te sera nécessaire lors de ton voyage. Le roi voudrait discuter avec toi une dernière fois avant ton départ pour mettre les choses au point. Nous nous reverrons plus tard.
-Entendu. Merci, Hawks. »
Un nouveau sourire, et il lui ouvrit la porte. Eijiro fit un pas à l'intérieur de la pièce, se tendant légèrement en entendant dans son dos le grincement caractéristique d'une porte que l'on referme. Il avait l'impression d'être pris au piège. Un pas de plus sur l'interminable tapis pourpre qui le séparait des deux trônes massifs sur lesquels siégeaient les souverains. Il fut en face d'eux à peine quelques secondes plus tard.
Le roi l'examina, s'éclaircit la gorge, et sa voix brisa le silence pesant qui régnait dans la pièce. Sa silhouette se détachait de l'immense vitrail ovoïde qui se trouvait dans leur dos.
« J'ai demandé à mon conseiller de vous fournir tout ce qui pourrait vous être nécessaire. Le cheval, l'arme, la carte et les vivres, ils vous appartiennent. Kirishima… »
Il se tut un instant, et appuya son bras sur l'accoudoir de son fauteuil. Il se pencha légèrement en avant, comme s'il essayait de discerner le visage d'Eijiro dans la pénombre de la pièce, resté en dessous de lui, juste au pied de la dizaine de marches qui séparaient le sol du promontoire sur lequel se trouvaient les trônes.
« Je me répète encore une fois, mais nous plaçons tous nos espoirs en vous. Ramenez le prince chez lui sain et sauf.
-Oui, répondit seulement Eijiro. Sa voix avait presque eu du mal à sortir de sa gorge.
-Nous manquons cruellement de temps, trois nuits, indiquait la lettre… Seulement, nous ne pouvons pas nous permettre de vous envoyer dans les terres mortes dès ce soir. Reposez-vous, et vous partirez demain à l'aube. »
La reine restait silencieuse, acquiesçant aux paroles de son époux, le visage légèrement tourné vers lui. La lumière colorée de la vitre derrière elle se reflétait sur la peau claire de ses joues.
« Bien. »
Eijiro serrait les poings. Après l'avoir remercié et gratifié d'un sourire sincère mais fatigué, le roi le renvoya chez lui. Hawks le raccompagna jusqu'aux portes du château et ce fut seul que le jeune Adarkin reprit la route de sa cabane dans laquelle il allait passer une dernière nuit.
Lorsqu'il en poussa la porte, le soleil avait passé la ligne de l'horizon, mettant le feu au ciel, le teintant d'un rouge sang qui se mêlait à la pénombre naissante du crépuscule.
Son repas engloutit, il se laissa retomber dans son lit, son corps s'enfonçant entre ses couvertures, les bras croisés derrière la tête et le regard rivé sur le plafond.
Il repensa au prince. Il le revoyait quitter le château, le torse bombé et la cape claquant au vent. Il pensa aussi aux terres maudites, à la seule et unique fois où il n'avait eu d'autre choix que d'y mettre les pieds pour se rendre à Syrthio et à quel point il avait regretté, se jurant de ne plus y retourner.
Il se tourna entre ses draps, se recroquevillant sur lui-même. Il repensa à sa vie, avant qu'il ne vienne s'installer ici. Une réminiscence lui fit plisser les yeux tant le souvenir lui était désagréable. Ses doigts s'agrippèrent à son épaisse couverture, il se pelotonna encore un peu plus dans le lit qui l'accueillait, et ferma les paupières.
Il finit par trouver le sommeil, et sa nuit fut lourde et dénuée de rêves.
§§§
Le ciel brillait encore de quelques étoiles persistant contre le jour lorsqu'Eijiro fut prêt à partir. Il portait un gilet en cuir, derrière lequel il avait glissé ses deux poignards. Sur ses épaules, deux spalières en acier qui le protégeaient, et sur ses avant-bras, des gantelets en maille remontaient jusqu'à hauteur de ses coudes. Il avait enroulé autour de son cou son foulard carmin, et était occupé à ajuster la ceinture qui lui enserrait les hanches lorsqu'un claquement typique de sabots lui fit relever la tête. Hawks était là, et avec lui, Blodyn, qu'il tenait par les rênes.
La jument était lourdement harnachée. Sur son dos, en plus de la selle, reposait une large sacoche en toile. Eijiro vint à leur rencontre, et Hawks lui tendit les rênes dont il se saisit. Il les fit passer au dessus de la tête de l'animal, et monta habilement sur son dos.
Le soleil se levait à peine et ses rayons étaient encore faibles, teintant à présent l'atmosphère de tons roses et bleutés. Le sol était recouvert d'une rosée glacée qui faisait ployer les herbes, et un léger brouillard flottait à quelques centimètres de la terre humide. Un silence presque irréel régnait sur le royaume encore endormi.
Eijiro resserra les rênes entre ses doigts, et sa jument fit un tour sur elle même, trépignant presque, sentant qu'ils étaient sur le départ.
« Bon, et bien, je crois qu'il est l'heure. Au revoir, Hawks. »
L'homme oiseau, resté à terre, le gratifia d'un sourire bienveillant.
« Revenez-nous vite. Bonne chance. »
Un coup de talon et la jument s'élança au galop à travers les bosquets, Eijiro adressant un dernier signe de la main à son camarade. Bientôt, sa silhouette disparut dans la pénombre de petit-jour, seul l'écho des sabots contre le sol se laissant encore entendre, témoin de sa présence, avant de s'évanouir à son tour.
À suivre…
Et les voilà partis à l'aventure. Fais attention à toi, Eijiro, on ne sait pas sur qui est ce que tu vas bien pouvoir tomber...
Bref, venons en au fait: le prochain chapitre, il sera posté quand, où, comment?
Pour l'instant, il est quasiment fini, je n'ai plus qu'à le conclure et c'est bon. Mais pour ceux qui stalkent ma bio (c'est bon z'inquiétez pas, je le fais aussi. Tout le temps.) vous avez sûrement remarqué que j'ai... Beaucoup de projets en cours (OUI 4 C'EST BEAUCOUP POUR MOI OK?) et du coup, bah fatalement, j'avance plus lentement sur celui-ci. Et oui.
Je vais vous donner rdv pour dans deux semaines, le 30 mars donc, pour le quatrième chapitre. Et après on verra.
Comme toujours, si vous avez lu ce chapitre et que vous l'avez apprécié, n'hésitez pas à me laisser un petit mot, même de rien du tout! Vous ne savez pas à quel point c'est motivant!
Sur ce, je vous dis à très vite, et en attendant: doucement avec la Cristalline!
(Oui, je ressors mes blagues les plus pourries aujourd'hui, et non, je n'ai aucune honte.)
