SALUT LES COPAINS!

(ok pardon, j'arrête de vous agresser avec les majuscules promis)

Eh ben, sachez que je ne pensais pas, mais alors pas du tout pouvoir vous poster ce chapitre aujourd'hui. Je m'explique:

Imaginez-vous deux semaines en arrière. Après avoir terminé de poster le chapitre trois, Ooka annonce "on se retrouve le 30 mars parce qu'il me reste pas beaucoup à écrire haha!". Finalement, cette idiote passera ses deux semaines à écrire sur autre chose, pour au final, arriver vendredi avec son chapitre toujours au même point.

MAIS, hier, j'étais motivée et j'ai passé trois heures non stop à écrire. Du coup, j'ai fini le chapitre! Youhou! Il est... Beaucoup plus long que ce à quoi je m'attendais honnêtement, mais eh ¯\_(ツ)_/¯

Enfin voilà, j'ai tout dit. Je m'arrête là avec le racontage de life et je vous laisse lire!

Bonne lecture!


Chapitre IV : Le territoire des loups

Les premiers rayons du jour se frayaient difficilement un passage entre les épaisses branches des massifs touffus, des gouttes de la lumière matinale parvenaient parfois jusqu'à Eijiro et sa monture. Ils étaient partis du Royaume depuis près d'une heure environ, laissant derrière eux la silhouette du château qui avait depuis longtemps disparu derrière les arbres.

Maintenant que le soleil était levé, le chant des oiseaux accompagnait les deux voyageurs. La brume matinale qui enveloppait la nature s'était évaporée, laissant place à une brise légèrement fraîche.

Eijiro resserra d'une main son foulard contre son cou, se protégeant du souffle qui s'infiltrait sous ses vêtements. Il guettait attentivement les alentours, les yeux ouverts et l'oreille alerte, laissant glisser son regard méfiant sur le paysage.

Les bosquets d'arbres caduc disparaissaient peu à peu au profit d'épais sapins aux épines sombres, indiquant qu'ils se rapprochaient de l'orée de la forêt que le jeune Adarkin redoutait tant.

Ses doigts se crispèrent sur les rênes en cuir de sa monture. Dès l'instant où il avait accepté de venir en aide aux souverains, il avait su qu'il ne serait plus en mesure de faire machine arrière. Il se demandait s'il ne regrettait pas d'avoir donné son accord si rapidement, sans même prendre le temps de plus réfléchir… Mais à présent, il était trop tard pour y penser. Il ne devait pas se lamenter sur son sort, et, à force de retourner le problème dans sa tête, il en était finalement venu à la conclusion que ce choix n'était peut-être pas le pire qu'il ait pu faire, au final.

S'il avait refusé la demande du roi et de la reine, il aurait été fort possible qu'il ne soit plus accepté au royaume. Il n'en était pas originaire, et il aurait été facile pour les dirigeants de la terre d'automne de se débarrasser de lui. Ensuite, il y avait cet or qu'ils lui avaient promis… La vie qu'il menait actuellement était celle d'un ermite, sa cabane n'était qu'un toit, un modeste refuge qui ne lui permettait que de s'abriter des caprices météorologiques. Le confort de son ancienne vie, qu'il avait laissé derrière lui, lui manquait un peu. Qui sait, avec les richesses qu'il recevrait en guise de récompense, il pourrait peut-être aller s'installer dans une véritable habitation ?

Puis, encore et toujours, l'image du prince lui revenait en mémoire. Le jeune homme était la source de nombreuses de ses tribulations mentales, venant même jusqu'à l'obséder. Il était peut-être inquiet à l'idée de traverser la forêt, mais ce qui le tracassait encore plus, c'était de savoir que ces bandits avaient réussi à enlever le garçon. Ils devaient être redoutables pour que les souverains soient si désemparés. Il n'avait jamais entendu parler d'eux, mais même Hawks avait grimacé à la mention de leur nom. Si, s'il y avait bien une chose qu'il regrettait, c'était de ne pas avoir pensé à demander au conseiller du roi ce qu'il savait au sujet de cette alliance, trop préoccupé par son départ…

Il tira légèrement sur les rênes, faisant s'arrêter sa monture. La jument secoua vigoureusement la tête, les oreilles couchées en arrière. Elle était nerveuse, l'orée du bois ne devait pas être loin.

Il se retourna, plongeant la main dans son sac de voyage qu'il avait emporté avec lui, où il avait fourré quelques affaires en plus de celles que le roi lui avait offertes. Ses doigts rencontrèrent la texture rugueuse du vieux parchemin, dont il se saisit. Il déroula la carte devant lui. S'il s'en fiait à la route qu'il venait de faire, il se trouvait tout juste entre le palais de Syrthio et la forêt. Il espérait qu'il l'aurait traversée avant la nuit, la simple pensée de devoir dormir dans un endroit aussi lugubre le faisant tressaillir.

§§§

Les oiseaux qui accompagnaient les deux voyageurs s'étaient tus. Un silence oppressant pesait entre les lourdes branches des arbres, même le vent avait cessé de souffler.

Eijiro et Blodyn restaient immobiles, fixant droit devant eux, au point de ne presque pas oser reprendre leur souffle. Ils se trouvaient à l'orée de la forêt, ils n'avaient qu'un pas à faire et ils passaient entre les arbres. Malgré le silence qui pesait sur le cavalier et sa monture, Eijiro aurait pu jurer qu'il entendait un murmure plaintif, provenant des profondeurs du bois. Sa jument semblait le percevoir elle aussi, ses oreilles s'étaient redressées et pivotaient à droite et à gauche.

Un coup de vent souffla soudain dans leur dos, faisant s'envoler des feuilles mortes à leur pieds. Cette fois, le murmure semblait de plus en plus proche. Un raclement de sabot nerveux brisa à son tour le silence.

Kirishima déglutit. Il n'avait pas le choix. Un coup de talon dans les flancs de la bête, et ils disparurent dans la pénombre de l'épaisse forêt de sapin, comme engloutis par les arbres.

Les claquements des sabots de Blodyn furent amortis par la mousse qui recouvrait les bois dès qu'ils y pénétrèrent. Il n'y avait plus une seule touffe d'herbe, le sol n'étant jonché que d'une épaisse couche verdâtre sur laquelle poussaient quelques champignons insensibles à l'acidité de la terre, et où pourrissaient des rondins de bois ramollis par l'humidité. De temps à autre, l'écho du craquement d'une branche retentissait entre la cime des arbres, mais il n'y avait plus aucun signe de vie aux alentours.

Cette forêt semblait ne jamais avoir connu la lumière du jour. Les branches des hauts sapins obstruaient toute parcelle de ciel, plongeant les lieux dans une atmosphère bleutée, sombre, où l'effluve caractéristique des sous-bois se soulevait à chaque fois que la jument posait un sabot à terre. Les lieux étaient anciens, empreints de nombreux souvenirs. De temps à autres, de vieux arbres tortueux couverts de mousse apparaissaient entre les épineux.

Ils n'avaient pénétré dans l'obscur sous-bois seulement depuis quelques minutes qu'Eijiro avait déjà la désagréable impression de sentir une présence autour d'eux. Il jetait des coups d'œil rapides à sa droite et à sa gauche, regardant par dessus son épaule, mais il n'apercevait rien d'autre que les troncs droits et sombres des arbres, entre lesquels une silhouette aurait facilement pu se dissimuler.

Sa jument était agitée elle aussi. Les oreilles de nouveau plaquées en arrière, elle soufflait tout en battant l'air de sa queue, sentant elle aussi quelque chose, un danger.

Un craquement dans leur dos fit se tendre le jeune Adarkin de tout son être. Ses doigts s'agrippèrent aux rênes de cuir de sa monture, qu'il tira légèrement pour la faire s'arrêter. La bête fit un tour sur elle-même, son agitation grimpant en flèche, alors que le garçon regardait autour d'eux, cette fois bien décidé à connaître l'identité de cette forme qui semblait les suivre. Lorsque Blodyn s'immobilisa enfin, il mit un pied à terre, la tenant toujours par les rênes pour ne pas qu'elle prenne peur au moindre bruit.

Le silence qui était retombé sur la forêt, maintenant que le claquement des sabots de la jument s'était tu, était pesant, oppressant, comme annonciateur d'un évènement soudain qui leur tomberait dessus à la manière de la foudre. Le jeune homme fronça les sourcils, et lentement, leva son bras en l'air pour se saisir du manche de l'une de ses dagues, fixées dans son dos. Ses doigts s'y enroulèrent lentement avant d'enserrer fermement leur prise.

Un froissement de feuilles à sa droite. Il tourna brusquement la tête. Et il n'eut pas le temps de le voir venir qu'un éclair blanc jaillit d'entre deux épais buissons de myrtilles.

Pris de court, il fit un pas en arrière, lâchant les rênes de sa monture qui cambra dans un hennissement effrayé. D'un geste vif, il se protégea de sa lame, la sortant de son fourreau dans un éclat d'argent et la plaçant entre lui et la forme qui se jetait sur eux.

La bête qui venait de surgir était énorme. Un loup, deux fois plus gros qu'un chien domestique, à la fourrure blanche comme la neige scintillant au soleil et aux yeux dorés comme l'or, bondit sur lui tous crocs dehors. Un grognement agressif roula depuis le fond de sa gorge lorsque ses canines acérées claquèrent à quelques centimètres à peine du visage de l'adolescent.

D'un coup brusque du manche de sa dague, il repoussa l'animal en arrière. La bête heurta le sol et roula sur le dos, se redressant en un clin d'œil, avant de lui faire de nouveau face, les babines retroussées et le poil hérissé. Eijiro fit un pas de plus en arrière, se tendant de tous ses membres, son arme brandie devant lui. Ils se jaugèrent une seconde, les pupilles dorées se fondant dans celles vermeilles d'en face, leurs muscles bandés, prêts à se jeter l'un sur l'autre, seul le grondement sourd de l'énorme loup brisant le silence qui était retombé sur la scène de bataille.

Nerveux, l'Adarkin agitait sa queue reptilienne, à mesure que ses pupilles fendues se rétrécissaient à la largeur d'une aiguille à coudre. Il serra les dents, prêt à bondir pour mettre un terme à cette insupportable tension qui flottait dans l'air, quand les yeux du loup firent un aller-retour sur son appendice écailleux qui frôlait presque le sol. Ses oreilles plaquées en arrière contre l'épaisse fourrure de son cou se redressèrent, et ses crocs menaçants disparurent sous ses babines qui retombèrent.

Et sans que le jeune homme n'eut le temps de comprendre, la bête féroce changea d'allure, sa forme de mammifère quadrupède s'allongeant jusqu'à devenir humaine.

Eijiro en lâcha presque la lame qu'il tenait pourtant si fermement entre ses doigts tant il fut surpris.

L'animal sauvage qui lui faisait face il y avait encore quelques secondes venait de disparaître au profit d'une silhouette élancée aux courbes féminines. Les yeux dorés le fixaient toujours, mais étaient maintenant prolongés de longs cils sombres, et en partie cachés sous deux épais sourcils bruns. Se tenait devant lui une femme, mi-humaine mi-animale, un air à la fois curieux et batailleur au visage.

Ses traits étaient fins, la ligne de son nez droite, ses lèvres presque pulpeuses. Mais sa figure était balafrée de nombreuses cicatrices, courant sur ses joues et l'angle carré de sa mâchoire. Ses cheveux retombaient en bataille sur ses yeux et ses joues, des mèches folles aussi blanches et lumineuses que sa fourrure. Parmi les quelques tresses qui décoraient sa chevelure se dressaient deux oreilles canines, droites, sur le haut de son crâne, percées d'anneaux d'argent. Au bas de son dos s'agitait un panache touffu, prolongement qu'elle conservait de sa forme animale.

Elle portait sur elle une tenue des plus simples, émaillée et usée dont le tissu noir semblait délavé par le temps et la pluie. À la ceinture qui lui enserrait la taille, une bourse, et à ses doigts, autour de son cou, de nombreux bijoux d'argent, des bagues, des colliers, des bracelets où les rares rayons du soleil qui parvenaient à filtrer entre les épaisses branches épineuses se reflétaient de temps à autres. Sur son ventre musclé, découvert par son haut qui semblait trop court pour elle, d'autres cicatrices, plus larges, plus sombres, plus profondes.

La son grave de sa voix sortit l'Adarkin de son mutisme, tout simplement fasciné par la contemplation de sa semblable.

« Qui es-tu ? Que viens-tu faire sur nos terres ? »

Son ton demeurait agressif. Eijiro remarqua alors que sa main droite était prête à se saisir du manche d'une lame, accrochée à sa ceinture derrière sa bourse. Il déglutit et revint trouver son regard.

« Je… Je m'appelle Eijiro Kirishima. Je suis un Adarkin et Syrthio et…

-Donc tu en es bien un. »

Sa voix s'était faite moins amène, plus douce, comme rassurée. La main restée en suspens au dessus de l'arme retomba le long de son corps, et Eijiro rangea à son tour sa dague dans le fourreau qu'il portait sur le dos.

« Je m'appelle Volk. Volk des Loups de la forêt de Fanghorn.

-Fang… Horn ? Questionna Eijiro, il n'avait jamais entendu ce nom.

-Oui, soupira la louve en écartant les bras comme pour désigner les bois qui l'entouraient. C'est le nom de cette forêt. Du moins, le nom que nous lui avons donné, nous, les Loups. Puis, elle soutint de nouveau le regard du jeune homme en face d'elle. Pardonne-moi de vous avoir attaqué de la sorte. Vous étiez sur notre territoire, et je n'avais pas senti ton odeur, elle était recouverte par celle de ton cheval. »

Eijiro se retourna. Sa jument était quelques pas en arrière, les oreilles dressées, le regard fixe dirigé vers la femme qui se tenait face à eux, intéressée par cette nouvelle rencontre. Elle ne semblait plus effrayée et n'avait pas fuit. Le jeune Adarkin se souvint des paroles du conseiller du roi : la jument la plus docile et courageuse des écuries du Royaume… Il n'avait pas menti. Il s'adressa de nouveau à la louve :

« C'est oublié. Je me disais bien que je sentais une présence derrière nous…

-Pourquoi êtes vous venus jusqu'ici ? Personne ne traverse cette forêt, habituellement. Les voyageurs sont rares.

-J'ai été envoyé par les souverains de mon royaume. Leur fils, le prince, a été enlevé par des bandits.

-Vraiment ? Le regard de la louve s'était assombri. Eijiro leva un sourcil, et elle poursuivit : deux personnes sont passées par ici hier, sur des chevaux noirs protégés d'armures. L'un d'eux portait une cape, je n'ai pas vu son visage… Mais l'autre, une jeune fille, transportait un garçon inconscient sur sa monture. »

Les yeux carmins de l'Adarkin s'écarquillèrent.

« Où allaient-ils ? S'empressa-t-il de demander, presque prêt à enfourcher sa jument pour partir sur leurs traces.

-Ne te précipite pas, fit la femme en levant une main en l'air pour calmer ses ardeurs. Si j'étais toi, je ne me lancerais pas si aveuglément à leur poursuite. Ils dégageaient une si mauvaise aura que même moi, je n'ai pas osé les attaquer. »

Le regard du jeune homme perdit l'étincelle d'espoir qui venait de s'allumer dans ses prunelles. La louve le remarqua et s'enquit :

« Ne crains-tu pas les conséquences de l'aventure dans laquelle tu t'es engagé ?

-Pourquoi… Pourquoi cette question ?

-Tu es à la poursuite de bandits dont les meurtres sont si nombreux que l'odeur du sang leur colle à la peau. Tu pénètres dans cette forêt dont tous se tiennent à distance. Tu es peut être armé, mais tu n'as pas l'air agressif. Pas assez pour survivre. »

Le jeune homme baissa les yeux. Cette Adarkin qu'il venait de rencontrer avait énoncé tout haut ce que même lui n'osait pas s'avouer. Il serra les poings.

« Je… Je n'ai pas eu le choix. Je me suis engagé. Les souverains comptent sur moi et leur fils est…

-Tu ne rentreras peut-être jamais chez toi. »

Elle l'avait coupé et le fixait d'un air neutre, tranchant avec le ton autoritaire de sa voix masculine. Eijiro déglutit.

« Pourquoi me parler ainsi ? »

Cette fois, l'indifférence disparut avec un soupir. Elle ferma les paupières un instant avant de darder de nouveau ses perles d'or sur lui.

« Tu es bon. Je peux le sentir. Tu n'es pas quelqu'un de cruel comme ceux que tu poursuis. Ils ne feront qu'une bouchée de toi, et même si nous ne sommes encore que des inconnus l'un pour l'autre, j'ai de la peine d'imaginer que des vauriens sans scrupules puissent te trancher la gorge.

-Je ne suis pas faible ! S'énerva le garçon, montrant les dents. Je suis un dragon ! Ils ne me feront rien ! »

Sa voix s'était faite plus forte sur ses dernières paroles, et il se tut instantanément, comme regrettant de s'être emporté. La louve eut un rictus.

« Vraiment ? Tu n'as pas l'air d'en être fier. »

Il tiqua, et baissa son regard sur le sol.

« Je suis un dragon… Mais j'ai du mal à contrôler mon côté animal. Je ne veux blesser personne.

-Pourtant tu n'en auras pas le choix. »

Il releva soudainement les yeux, la fixant de ses pupilles rétractées par la colère qui commençait à bouillonner en lui :

« Pourquoi ? Pourquoi est ce que vous me dites tous ça ? Vous pensez qu'il est impossible de s'en sortir sans morts ? Où est le problème ?! »

Il avait fait un pas vers elle, ne contrôlant plus la force de sa voix. Nullement impressionnée, la louve ne bougea pas d'un pouce et se contenta de lever une main en l'air pour le tempérer :

« Ne t'emporte pas, petit. Je suis franche avec toi, c'est tout. Mais si tu ne veux tuer personne, c'est toi que ça regarde. »

L'Adarkin fixa sa semblable une poignée de secondes, avant que ses pupilles ne se dilatent de nouveau, signe qu'il avait retrouvé un semblant de calme. Il soupira avant de lui tourner le dos, marchant vers sa jument qui l'attendait en reniflant une touffe de mousse au pied d'un arbre.

Voyant qu'il faisait mine de s'en aller, la louve annonça :

« Je peux t'aider, si tu l'acceptes. »

Eijiro se stoppa. Sans se retourner, il questionna :

« De quelle manière ?

-En te faisant traverser la forêt, en premier lieu. Elle est dense et s'étend sur plusieurs kilomètres, je te ferai gagner de précieuses heures en t'évitant de t'y perdre. Et… Je me ferai pardonner pour t'avoir attaqué. »

Le garçon lui jeta un coup d'œil par dessus son épaule. La louve le regardait, un sourire aux lèvres, le poing appuyé sur la hanche. Elle lui proposait son aide, et s'il écoutait sa raison, Eijiro se disait que toute main tendue serait bonne à prendre. Il opina.

« C'est d'accord. »

§§§

La carte était étendue au sol, déroulée sur la mousse humide et odorante des sous-bois, ses quatre coins retenus par de petites pierres pour ne pas qu'elle reprenne la forme enroulée qu'elle avait conservé depuis si longtemps. Penchés au dessus d'elle, le dragon et la louve discutaient du chemin à emprunter alors que le doigt griffu de la jeune femme crissait contre le papier usé.

« Non, regarde, reprit-elle en traçant un nouveau chemin imaginaire entre les arbres dessinés à l'encre, nous sommes plus au Nord.

-Vous… Tu es sûre ? Se reprit le jeune garçon, ayant encore du mal avec le tutoiement.

-Je vis ici, Eijiro. Je connais ces bois comme ma poche.

-J'étais pourtant sûr d'être entré plus loin à l'Est…

-Ton sens de l'orientation est vraiment mauvais.

-C'est absolument faux ! »

Agenouillés devant la grande carte, les deux hybrides retraçaient la route parcourue par Kirishima jusqu'à lors, et Volk lui indiquait celle qu'ils emprunteraient pour atteindre les terres mortes. Cette discussion était pourtant insouciante, ils plaisantaient presque, et Eijiro se sentait léger. Depuis la veille, il discutait avec d'autres personnes qui lui étaient semblable, et ces interactions lui rappelaient à quel point vivre seul et reculé était un poids qui pesait lourd sur ses épaules.

Le courant passait bien avec la jeune femme. Son ton froid et agressif avait complètement disparu, laissant place à un rire grave et jovial, communicatif. L'Adarkin ne pouvait l'empêcher de sourire lui aussi lorsque la louve dévoilait ses longs crocs luisants dans un rictus. Savoir qu'il allait bientôt devoir lui dire adieu pour continuer sa quête lui pinçait un peu le cœur, mais il ne devait pas oublier que le prince était en danger, et qu'il était son seul espoir.

Ils se mirent en route une poignée de minutes plus tard. Tout en marchant, Eijiro enroulait sa carte, époussetant du bout des doigts les morceaux de mousse ou de terre qui s'y étaient accrochés au passage. Il la rangea dans son sac de jute, tenant d'une main les rênes de la jument à côté de qui il marchait. Il préférait rester à la hauteur de la louve pour discuter.

Pendant qu'il échangeait avec son interlocutrice, il gardait un œil sur elle, l'observant discrètement. Elle le dépassait de presque une vingtaine de centimètres et des muscles développés se laissaient deviner sous ses vêtements usés. Malgré toute la bonne volonté d'Eijiro à tenter de rester discret, la louve finit par croiser son regard pour demander :

« Quoi ?

-Hein ? Heu, rien !

-Pour qui te me prends ? Je sens tes yeux sur moi depuis tout à l'heure, rit-elle devant l'air embarrassé de l'adolescent. Il finit par avouer :

-C'est juste que… Toutes ces cicatrices… Je me demande quel genre de vie tu mènes pour avoir autant de balafres.

-Et encore, tu n'as pas tout vu ! Triompha-t-elle, ces cicatrices sont comme les trophées de tous les combats que j'ai menés.

-Tu veux dire que tu les as tous remportés ? Les yeux d'Eijiro s'illuminèrent d'un éclat admirateur.

-Non, bien sûr que non, fit elle en baissant les yeux sur sa main droite, parcourue d'une longue marque brune. Mais chacune de mes batailles m'ont appris quelque chose. J'en ressort toujours plus puissante. »

Kirishima acquiesçait avec ferveur, comme s'il comprenait de quoi sa semblable voulait parler. La jeune femme reprit :

« Nous, les loups, devons nous battre pour survivre. Pour protéger notre territoire, nous nourrir… Presque chacune de nos actions implique une bagarre. Et puis… »

Elle s'arrêta dans sa phrase pour bomber le torse avec une fierté non contenue.

« Je suis la femelle Alpha ! C'est mon rôle de défendre les miens. »

Eijiro esquissa un sourire. La jeune femme à ses côtés dégageait une assurance qu'il enviait beaucoup. Elle semblait si sûre d'elle, prête à affronter le danger sans peur, pour les sien. Prête à se battre. Prête à tuer. À l'entendre parler, elle ne reculerait devant rien si une vie en dépendait. Il l'admirait de pouvoir contrôler si facilement son emprise sur le choix de protéger la vie ou de donner la mort si cela s'avérait nécessaire. Lui… Il n'en était pas capable.

Il soupira à cette pensée qui le tourmentait depuis la veille. Cette mission faisait décidément remonter plus de souvenirs douloureux à la surface que ce à quoi il aurait pu s'attendre. Il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que, si seulement, lui aussi était un peu plus courageux, il pourrait…

Mais un rayon de lumière l'éblouit et il se redressa vivement, portant un bras à son visage pour se protéger de la lumière. Il regarda autour de lui, surpris de voir que le paysage n'était plus le même. La dense forêt d'épineux était derrière eux, et ils avançaient à présent dans un bois d'arbres caducs, au sol recouvert d'un épais tapis de feuilles mortes encore tendres qui s'enfonçaient sous leurs pas. Eijiro en oublia rapidement ses tribulations, et se retourna vers la louve :

« Où sommes-nous ? Nos avons quitté la forêt maudite ?

-Non, nous sommes toujours sur mon territoire, corrigea-t-elle avant de feindre un sourire qui dévoila ses crocs, ces bois sont pleins de surprises, pas vrai ? Je suis sûre que tu ne t'imaginais pas trouver un endroit si beau après tous ces sapins. »

Le jeune homme secoua la tête, les yeux grands ouverts, observants les alentours à mesure qu'ils continuaient leur route. En effet, les épaisses branches des conifères avaient disparu, laissant passer de larges rayons de la lumière du jour qui se reflétaient et passaient entre les feuilles vermeilles et orangées des arbres, plongeant la forêt dans une lumière chaude et presque fantastique. Le feuillage des arbres était semblable à un immense vitrail, les troncs et les branches comme les voûtes de l'architecture d'une église. Un vent chaud de début d'après-midi soufflait à leur cime, et un doux bruissement évinçait le silence mortuaire qui leur avait glacé le sang, à lui et Blodyn, lorsqu'ils avaient fait face à l'orée du bois plus tôt dans la matinée.

À mesure qu'ils s'avançaient jusqu'aux limites du territoire des Loups, le sol devenait de moins en moins praticable, traversé de ravins et de dénivelés, si bien que le jeune homme dut ralentir le rythme pour permettre à sa monture de descendre prudemment sur les feuilles glissantes. Arrivés en bas de la butte, ils enjambèrent un mince cours d'eau dont l'origine était une source qui ruisselait à quelques pas de là. La louve dévia de leur route pour s'en approcher, suivie de ses deux nouveaux camarades. D'une main, elle renversa sa longue chevelure en arrière et se pencha jusqu'à ce que ses lèvres atteignent l'eau glaciale qui sortait des entrailles de la montagne, dont ils devinaient les sommets derrière les branches fournies des frênes et des érables.

Elle se redressa et essuya sa bouche d'un revers de manche, se retournant vers le jeune homme :

« Vous ne boirez jamais une eau aussi pure que celle-ci. Profitez-en. »

L'Adarkin acquiesça et s'approcha de la source, entraînant avec lui sa jument qui dressa les oreilles à l'entente du clapotis de l'eau qui s'écoulait contre la pierre. Il plaça ses mains en coupole sous le jaillissement, créant un récipient éphémère pour sa jument qui vint y plonger le museau. L'animal but longuement avant de redresser la tête, et le jeune homme goûta à son tour à l'eau claire. Ils reprirent leur route une fois désaltérés, poursuivant leur traversée pendant de longues heures jusqu'à ce que le jour décline.

§§§

La visibilité s'était grandement détériorée lorsqu'Eijiro trébucha en se prenant les pieds dans quelque chose. Il tomba en avant, lâchant les rênes de sa monture dans sa chute, se rattrapant in extremis avant que son visage ne heurte le sol. Il se redressa d'un bond, époussetant ses vêtements, et Volk, qui marchait en tête, se retourna dans sa direction :

« Est ce que tout va bien ?

-Oui, je… Eijiro se retourna lui aussi pour examiner ce qui l'avait fait tomber, je me suis pris les pieds dans… »

Il s'approcha d'une forme claire qui dépassait d'entre les feuilles et la poussa du bout du pied. Ce qui semblait à première vue être ne pierre ne bougea pas jusqu'à ce qu'il force un peu, et une large omoplate surgit de la terre molle dans laquelle elle s'était enlisée. Eijiro cligna des paupières, avant de remarquer qu'à ses pieds, s'étendait un large squelette de cerf, partiellement enseveli sous les feuilles mortes. Volk vint à sa hauteur, pointant du bout du doigt ce qui devait être jadis la tête de l'animal, un large bois reposant au sol.

« Il doit être là depuis un moment. Il en manque une grande partie. »

Kirishima ne répondit rien, contemplant silencieusement le squelette à leurs pieds. Les os étaient recouverts, par endroits, d'une légère couche de mousse, et le crâne de la bête était à moitié enfoncé dans le sol, comme l'os sur lequel il venait de trébucher. Sa jument, qui s'était éloignée de quelques pas, reniflait du bout des naseaux le cadavre de son congénère. La louve le sortit de sa contemplation macabre d'une main sur son épaule.

« Eijiro, est ce que ça va ? »

Il se retourna vers elle, un sourire presque invisible aux traits.

« Excuse-moi. Je pensais juste à… »

Mais il ne termina pas sa phrase, secouant la tête comme si ça n'en valait pas la peine, et retourna auprès de sa jument pour la faire revenir à ses côtés.

Volk n'insista pas et ils se remirent en route.

Le soleil avait passé la ligne de l'horizon lorsqu'ils s'arrêtèrent. Eijiro protesta, d'abord, insistant pour qu'ils traversent la forêt avant le lendemain, mais sa compagne de route était inflexible : ils ne pourraient pas avancer dans le noir et feraient mieux de chercher un coin où passer la nuit, et de trouver de quoi se nourrir. Sentant son ventre émettre un gargouillement plaintif alors qu'il se tordait douloureusement, Eijiro finit par accepter à contre-cœur, ayant une pensée pour le prince qui en était déjà à sa deuxième nuit chez ses ravisseurs. Il sentit son ventre se contracter de nouveau, mais cette fois-ci, c'était l'inquiétude qui le rongeait. Il ne savait pas dans quel état il était, ni même s'il était toujours en vie. « Trois nuits », disait la missive laissée par l'Alliance, mais le jeune homme avait un mauvais pressentiment, et ce que lui avait raconté la louve à propos des bandits n'était pas pour le rassurer.

Il finit par se laisser tomber contre la souche de bois qui se trouvait près de lui, étouffant tant bien que mal un soupir, alors que la jeune femme commençait à ressembler des pierres pour créer un foyer.

Maintenant qu'il était assis, il sentit que les muscles de son dos le faisaient souffrir. Il s'étira, cherchant une position plus confortable, en vain. La plante de ses pieds était douloureuse elle aussi après cette longue journée de marche. Il finit tout de même par se relever, se proposant comme volontaire pour aller chercher le petit bois qui alimenterait le feu. Il en profita pour attacher sa jument à une branche d'arbre basse, la débarrassant de sa selle et lui laissant une certaine longueur de rênes pour qu'elle ne se sente pas trop restreinte dans ses mouvements. Il s'enfonça ensuite entre les arbres, se penchant lorsque les dernières bribes de lumière lui permettaient de repérer une branche morte entre les feuilles qui maculaient le sol.

Lorsqu'il revint sur leur campement de fortune, les bras chargés de petites branches sèches qui lui griffaient la peau, il fut surpris de ne pas trouver la louve aux alentours. Il remarqua qu'à quelques pas de la souche contre laquelle il s'était rapidement reposé l'instant d'avant, un cercle de pierres avait été formé, prêt à accueillir le feu. Il déposa le bois à l'intérieur avant de regarder autour de lui, appelant Volk d'une voix peu assurée, mais seul le silence de la nuit qui entourait lentement mais sûrement la forêt lui répondit.

À quelques mètres de là, sa jument le regardait fixement, intriguée, le oreilles tournées dans sa direction. Le jeune homme finit par se diriger vers son sac de vivres, laissé aux côtés de la selle de sa monture qu'il avait appuyée contre un arbre, y plongeant la main pour en sortir une épaisse miche de pain et deux pommes à la peau rouge et brillante. Il s'installa en tailleur en face du foyer, et alors qu'il se demandait comment ils allaient bien pouvoir allumer leur feu, un bruissement dans son dos le fit sursauter. Il se retourna soudainement, et sentit son cœur rater un battement lorsqu'il aperçut, luisant dans la nuit qui était à présent bien tombée sur la forêt, une paire d'yeux jaunes qui le fixait.

Il souffla de soulagement lorsque la silhouette animale qui s'approchait s'allongea jusqu'à redevenir humaine, et Volk sortit de la pénombre, le corps d'un lièvre recroquevillé entre les crocs.

« Pendant un instant, j'ai pensé que tu étais partie, commença le jeune homme alors que sa partenaire revenait s'installer en face de lui, déposant le cadavre de l'animal sur le sol.

-Allons, rit-elle en fouillant dans la sacoche accrochée à sa ceinture, je ne vais pas t'abandonner ici, tu penses bien. »

Elle sortit de sa bourse une masse sombre qui, aux premiers abords, ressemblait à un morceau de bois. Eijiro se pencha en avant pour mieux y voir, et la jeune femme, voyant son intérêt pour le monticule odorant qu'elle venait de sortir de sa poche, ajouta :

« C'est de l'amadou. Ça nous permettra d'allumer le feu. »

Ce qui expliquait la forte odeur de spore qui se dégageait du petit morceau de champignon. De cette même sacoche, la louve sortit une petite pièce de fer et une pierre taillée grossièrement. Le jeune Adarkin la regardait faire, un sourcil levé.

« Tu vas allumer le feu avec… Ces choses-là ?

-Regarde. » Répondit-elle simplement.

Elle s'empara de la lame accrochée à sa ceinture d'un mouvement fluide, et s'en servit pour couper une tranche du champignon qu'elle tenait entre ses doigts. Elle rangea ensuite le fongus dans sa sacoche et conserva le morceau qu'elle venait de couper, prenant également le silex dans sa main, coinçant la tranche tout contre ce dernier à l'aide de son pouce. Puis, elle se saisit de la petite pièce de métal, une barrette aux coins recourbés, semblable à la forme d'un C. Elle la frotta énergétiquement contre la pierre, et une étincelle jaillit de la friction, suivit de nombreuses autres, qui, entrant en contact avec le morceau d'amadou, s'embrasèrent totalement. Elle s'empressa de cacher la flammèche naissante sous le bois ramassé plus tôt par le jeune homme et bientôt, des flammes de plus en plus vives montèrent, crépitèrent, et dévorèrent le bois sec, créant un lourd nuage de fumée noire qui commençait à monter jusqu'au ciel maintenant parsemé d'étoiles.

Une lumière orangée et rayonnante, réconfortante, se projeta alors entre eux maintenant que le feu prenait pour de bon. Volk rajouta une grosse branche qu'elle avait ramassé plus tôt, et bientôt, la chaleur du foyer parvint jusqu'à eux, chassant l'air glacial de la nuit qui tombait sur Fanghorn. La louve rangea son attirail et reprit son couteau, attrapant le lièvre mort par la peau du cou pour le dépecer. Eijiro, lui, était impressionné.

« Je n'aurais jamais cru qu'on pouvait allumer un feu avec… Un champignon et une pierre.

-Pas n'importe quel champignon, et pas n'importe quelle pierre ! Rit Volk alors que sa lame affûtée plongeait dans la chair encore chaude du gibier. Mais, dis-moi… »

Elle plongea son regard dans le sien. Les flammes faisaient danser les ombres, changeant sa physionomie, marquant ses traits, les rendant plus durs et mystérieux dans la sombreur qui les entourait.

« Toi qui es un dragon, tu ne craches pas de flammes ?

-Ah, heu… Eijiro se frotta l'arrière de la nuque, se balançant distraitement, si, mais… Je ne contrôle vraiment pas ma forme animale. »

Il baissa les yeux sur le brasier crépitant en face de lui. À voir sa mine sombre, Volk marqua d'abord une pause, puis s'enquit.

« Eijiro. »

Le jeune garçon resta immobile.

« Regarde-moi. »

Il finit par relever deux yeux empreints de chagrin sur elle. La louve eut un froncement de sourcils imperceptible, mais elle avait bien senti que depuis leur rencontre, une aura maussade s'échappait de son nouvel ami. Elle reprit d'une voix plus douce, qui se voulait encourageante :

« Tu sembles extrêmement troublé. Que t'arrive-t-il ? C'est le cas du prince qui t'inquiète ? »

Le jeune homme baissa de nouveau les yeux. Un léger soupir passa la barrière de ses lèvres. En effet, il se sentait mal. Il aurait très bien pu mettre ça sur le dos de la longue journée de marche qu'ils venaient de vivre, mais seulement…

« Il n'y a pas que ça… Avoua-t-il d'une voix faible. Un courant d'air souffla dans leur dos, soulevant quelques feuilles, et le garçon se raidit. Il reprit : Je suis inquiet pour le prince, bien sûr… J'ai peur qu'il ne soit plus en vie à mon arrivée, et je me sens mal d'être ici, auprès d'un feu, alors qu'il est peut-être déjà… »

Il ne termina pas sa phrase, fermant les yeux comme sil cherchait à ne pas se laisser dépasser par ses émotions. En face de lui, la louve restait silencieuse, les oreilles droites. Elle l'écoutait et le laissait prendre son temps.

« Et puis, je… J'ai peur. »

Le silence qui retomba sur eux fut lourd, pesant, seulement troublé du crépitement de leur petit foyer. Eijiro grimaça, l'air gêné, et triturait nerveusement une petit brindille qu'il cassait en morceaux.

« De quoi as-tu peur ? »

La voix grave de Volk s'éleva, et le jeune Adarkin ne put s'empêcher de la ressentir vibrer au fond de lui. De quoi avait-il peur ? Le simple fait que la réponse lui traverse l'esprit le fit frissonner, et il sentit ses mots se bloquer au fond de sa gorge. Il hésita quelques instants avant de répondre.

« … J'ai peur de la mort. De la donner malgré moi, parce que je… Je ne sais pas maîtriser mon pouvoir. Je ne veux pas être un meurtrier, je ne veux tuer personne, et je ne veux pas prendre ma forme animale… »

L'adolescent se tut de nouveau. Il était anxieux et incertain depuis son départ, et avait été troublé par ces ossements dans lesquels il s'était empêtré tout à l'heure. Il était envahi de doutes, de questionnements, et ne pouvait s'empêcher d'imaginer que le sauvetage se solderait d'une manière si atroce qu'il n'osait pas l'envisager. Le timbre de la louve s'éleva :

« Notre condition d'Adarkin est loin d'être aisée, je te l'accorde. Et je comprends tes peurs. Seulement… »

Volk se tut un instant, le temps d'embrocher le corps écorché du lièvre sur un bâton qu'elle plaça dans un équilibre précaire au dessus du feu.

« … Tu ne dois pas te focaliser uniquement sur la partie de ton pouvoir que tu ne maîtrises pas. Tu dois l'envisager sous un autre jour. Vois-le comme la carte qui te permettra de sauver le prince, dis-toi que tu as avec toi un atout majeur qui vous permettra de vous sortir de là, tous les deux, en vie. »

Elle insista sur ses dernières paroles, mais fit aucune mention de ce qui concernait les membres de l'Alliance. Eijiro tenta :

« Mais… Les bandits ? Je ne veux pas…

-Écoute, gamin, coupa-t-elle, je ne vais pas te mentir en te disant que tu réussiras à t'en sortir sans heurter personne. Malheureusement, ceux à qui tu vas faire face sont redoutables, et il sera question de leurs vies, ou des vôtres. Au moment où tu te retrouveras face à eux pour récupérer le prince, ça ne sera plus qu'une question de survie. »

Ses paroles résonnèrent dans le silence de la nuit. Eijiro, qui avait levé les yeux sur elle, baissa le regard. Il déglutit, sentant un goût amer au fond de sa gorge. Son mal-être était encore présent, mais peut-être que discuter un peu lui avait fait du bien, l'avait délesté du poids qu'il avait transporté seul sur ses épaules durant cette longue journée. L'odeur de la viande grillée qui montait dans l'air glacial de la nuit le sortit de sa spéculation.

La chair du lapin avait pris une joli teinte brune, et Volk se saisit de la base du bâton pour le retourner, afin de le faire cuire de manière égale de l'autre côté. Voyant que le jeune garçon semblait à présent intéressé par la viande qui cuisait sous ses yeux, elle termina avec un sourire bienveillant :

« Ne t'en fais pas, Eijiro. Vous vous en sortirez, tous les deux. Vous rentrerez sains et saufs chez vous, et cette aventure t'aura fait grandir. Tu ne dois pas te laisser envahir par la peur. Pense au prince, ne l'oublie pas. Il a besoin de toi. »

Les iris grenats plongèrent dans les billes dorées d'en face. Les deux Adarkins se fixèrent quelques secondes avant qu'un mince sourire ne fleurisse sur les lèvres du plus jeune.

« Merci, Volk. Je suis heureux d'être tombé sur toi, aujourd'hui.

-Moi aussi, petit. »

Sur ces dernières paroles, ils s'échangèrent un sourire amical. Une poignée de minutes plus tard, le lapin était parfaitement doré, et Eijiro tendit à la louve une pomme et la moitié de la miche de pain. Celle-ci partagea le gibier en deux parts égales, et Kirishima dut admettre qu'il y avait longtemps qu'il n'avait pas fait d'aussi bon repas.

Ce fut le ventre plein et les idées moins sombres qu'il s'endormit, éclairé faiblement par la lumière des flammes qui lui chauffaient le dos, blottit sous une cape qu'il avait emporté avec lui pour le voyage, sa longue queue reptilienne enroulée autour de son corps recroquevillé en position fœtale. Il se sentait sombrer peu à peu, bercé par le crépitement des braises et le hululement lointain d'une chouette qui résonnait entre les arbres.

À suivre…


Moult notes:

1) J'ai caché une... Référence? Si vous regardez les vidéos de Mister JDay et que vous la trouvez, je vous envoie un bon point en recommandé.

2) J'ai failli en cacher une autre, mais j'me suis dit "...meh" alors finalement j'l'ai pas fait.

3) Je me rends compte qu'on se fout complètement des deux premiers points.

4) Je posterai un dessin de Volk sur mon blog pour que vous vous fassiez une idée.

5) J'ai... Une charge immense... De travail universitaire... Un exposé... Quatre dossiers... À rendre pour dans moins d'un mois et je... J'ai même pas commencé... Donc, en plus d'avoir envie de mettre fin à mes jours pour échapper au taf, je pense malheureusement que je vais avoir beaucoup moins de temps pour avancer sur mes fics ces jours-ci :( Putain, si vous saviez comme ça me fait chie-

6) Bref, du coup, vous voyez où je veux en venir: je ne peux pas vous donner de date quand au postage du prochain chapitre ¯\_(ツ)_/¯ I'm vraiment sorry mais pour le coup c'est indépendant de ma volonté.

7) Du coup, ben, je vous dit à je sais pas quand pour le chapitre 5, d'ici là portez vous-bien, merci si vous avez lu ce chapitre et merci x 2 si vous choisissez de laisser une review, c'est super kool et sympa.

À la prochaine!