GUTEN TAG! Tout d'abord, avant de vous assommer avec mon blabla post-chapitre, je tiens à m'excuser pour le délais entre le dernier chapitre et... Celui-ci. J'ai vraiment eu beaucoup de taf, la fin de l'année universitaire est une putain de période de rush et j'y ai pas coupé, haha. Bref, la bonne nouvelle, c'est que, pour une fois, j'ai pas trop déconné et j'ai bien avancé, du coup, à part les partiels (arg) bah j'ai rien d'autre à gérer. Je commence à toucher la liberté du bout du doiiiigt /SBAM/
Vous l'aurez donc compris, le délais entre ce chapitre-ci et le prochain, sera, normalement, moins long.
Bref, aujourd'hui, attendez vous à des portes (beaucoup), des couloirs (un bon nombre), des pièces (entre deux et trois), mais surtout BEAUCOUP de questions. Ah, et aussi, LA RENCONTRE! ENFIN! Putain, mais qui est assez con pour écrire une fic où le couple principal met CINQ CHAPITRES avant de faire enfin connaissance? Moi, apparemment.
J'en ai assez dit je crois, donc je vais m'arrêter là avant que, blasés et épuisés par mes monologues inintéressants, vous finissiez par quitter la page sans même avoir lu ne serait-ce qu'un seul mot du chapitre.
Bonne lecture!
Chapitre V : Rencontre avec le mal
Une main ferme posée sur son épaule le tira brusquement de son sommeil. Il ouvrit les yeux d'un coup et se redressa sur ses coudes, scrutant nerveusement les alentours, totalement perdu et hagard. La forêt était plongée dans une lumière faible, à peine éclairée par le ciel du petit-jour. La figure qui l'avait réveillé se pencha sur lui et lui souffla dans un murmure qui brisa le silence :
« Debout. Nous partons. »
Eijiro leva les yeux. Volk était là, se tenant droite, prête à lever le camp. D'ailleurs, il ne restait plus aucune trace de leur passage. Le foyer de la veille avait disparu comme s'il n'avait jamais existé, les ossements et la peau du lièvre qu'ils avaient mangé ne jonchaient plus le sol, et sa jument était sellée, l'attendant en raclant le sol du bout de ses sabots. C'était comme s'il n'avait fermé les yeux que quelques secondes, et que tout ce qui avait eu lieu la nuit dernière n'avait été qu'un rêve. Il se leva, encore engourdi, et la cape qui le recouvrait glissa et tomba sur le sol dans un froissement de tissu à peine perceptible.
L'adolescent se frotta les yeux et étouffa un bâillement. Autour de lui, la forêt semblait être baignée d'une lumière presque verdâtre, qui donnait au lieu un visage tout à fait différent de celui qu'il avait la veille. Mais il n'eut pas le temps de se laisser aller à ses observations, la voix rauque de la louve le pressant :
« En selle, nous n'avons pas de temps à perdre. Il est encore tôt, si tu veux que ta mission réussisse, tu dois les prendre par surprise. »
Le ventre du jeune homme se tordit dès qu'il se rappela dans quelle situation il se trouvait. Il avait oublié, l'espace d'un instant, qu'il allait devoir se confronter à l'Alliance dans à peine quelques heures. Il acquiesça sans répondre, se pencha pour ramasser sa cape qu'il replia soigneusement avant de monter sur le dos de son cheval. Volk, quand à elle, reprit sa forme animale et s'enfonça entre les troncs. Un coup de talon dans les flancs de sa monture, et Eijiro partit à la poursuite de la louve jusqu'à la sortie de son territoire.
§§§
Le feuillage fouettait son visage lorsqu'il passait à toute allure entre les branches basses des arbres. Les doigts cramponnés aux rênes, il peinait à suivre la louve qui se faufilait entre les troncs épais avec une fluidité déconcertante. De temps à autres, le sabot de sa jument butait contre une pierre ou une racine, mais elle ne perdait jamais l'équilibre et repartait, s'enfonçant toujours plus loin entre les arbres à la poursuite de l'immense bête qui leur ouvrait le passage.
Lorsque les branches étaient moins rapprochées entre elles, que le massif de feuilles était moins dense, Eijiro pouvait apercevoir le sommet des montagnes pointer dans le ciel gris. De fines gouttelettes d'une pluie froide se frayaient un passage pour venir s'écraser contre sa peau, alors qu'au loin les nuages s'amoncelaient en une inquiétante masse sombre.
Le cœur du jeune Adarkin manqua un bond lorsque d'entre les nuages noirs, il vit s'élever la pointe d'un mât. C'était le haut du toit d'un château, et il avait compris qu'il n'y en avait qu'un seul dans les alentours.
Ils approchaient du repaire de l'Alliance.
Il sentit sa voix refluer dans sa gorge :
« Volk ! Je le vois ! »
La louve ne jeta qu'un coup d'œil dans sa direction, reprenant sa course de plus belle. Et une poignée de minutes plus tard, la prédatrice commença à ralentir le rythme. D'un galop effréné, elle passa à un trot moins soutenu, avant de s'arrêter totalement. Derrière elle, la monture du garçon s'était calée sur sa cadence. Eijiro déglutit lorsqu'il se retrouva nez à nez avec la plaine qui s'étendait devant eux. Ils se trouvaient à l'orée de la forêt, face à un désert fade, de véritables terres mortes. Il resserra son emprise sur les rênes de cuir, si seulement c'était possible.
À ses côtés, la silhouette trapue de l'animal se mua en une forme humaine. Volk le regarda par dessus son épaule :
« Voilà, gamin. »
Kirishima ne put formuler aucune réponse. Sa bouche était pâteuse, il sentait sa gorge se nouer. La louve sentit la tension qui plainait et tenta de détendre l'atmosphère. Elle posa une main amicale sur le bras de l'adolescent :
« Mon territoire s'arrête ici. Tu vas pouvoir te débrouiller sans moi ? Fit-elle avec un rictus.
-Oui, je te remercie, Volk. Eijiro avait un sourire inquiet aux traits.
-Ne me remercie pas. De toute façon, tu aurais été incapable de sortir de cette forêt sans mon aide ! »
Le rire sonore de la femme dévoila ses longs crocs d'ivoire. Elle planta ses billes d'or dans les siennes.
« Lorsque tu l'auras récupéré… Revenez dans la forêt. Nous vous protégerons s'ils vous poursuivent, nous les ralentirons pour que vous puissiez fuir si cela s'avère nécessaire.
-Volk, je ne veux pas te mêler à ça, ni toi ni les tiens.
-Laisse-moi faire mes choix, petit, fit-elle avec un sourire assuré.
-Je… Merci. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi.
-Je n'allais pas laisser un congénère dans le besoin. »
Et fit glisser sa main griffue jusque sur la croupe de sa jument. Elle demeura silencieuse un court instant, avant de terminer :
« Maintenant, va. »
Un claquement retentit dans le calme silencieux de l'orée de la forêt. Volk avait donné un grand coup sur le flanc de la bête qui s'élança aussitôt au grand galop, à la surprise d'Eijiro qui s'empressa de se cramponner aux crins de Blodyn sous peine de perdre l'équilibre. Droite et immobile, sa main revenue le long de son corps, Volk les regarda s'éloigner, et ses lèvres se murent à peine lorsqu'elle murmura pour elle même :
« Que la chance vous accompagne. »
§§§
Un grondement menaçant retentit au dessus de la plaine, si sourd qu'Eijiro le sentit secouer l'intérieur même de sa cage thoracique. D'une main, il remonta son foulard devant le bas de son visage pour se protéger du vent glacial qui soufflait en face de lui, s'engouffrant dans ses vêtements, le faisant frissonner. Sa jument continuait sa course, traversant les terres mortes, le choc de ses sabots retentissant sur l'humus sec qui jonchait le sol.
Le palais qui se dressait face à eux était gigantesque. La bâtisse était faite de blocs de pierre sombre et abrupte, semblable à des éclats de roche volcanique. Trois tours immenses s'élançaient vers le ciel orageux, leur pointe caressant le bas des nuages et l'entrée s'avançait sur plusieurs mètres, une haute voûte surplombant les herses en fonte qui semblaient minuscules sous les hauteurs vertigineuses de la construction.
Eijiro était impressionné alors qu'il se trouvait encore bien loin du repaire, mais il pouvait la sentir de là où il était, cette aura pesante, électrique, accentuée par l'orage qui se levait au dessus du château. Sa jument semblait nerveuse elle aussi, soufflant et couchant ses oreilles en arrière, fonçant malgré elle vers la source de cette tension.
Le cavalier et sa monture furent à quelques mètres de la bâtisse une poignée de minutes plus tard. Maintenant qu'il la voyait de près, Eijiro remarquait que les douves qui l'entouraient étaient peu profondes, et que la grille qui obstruait l'entrée n'était pas totalement abaissée. Il continua sa course jusqu'à arriver aux portes du château, puis fit ralentir sa monture qui s'arrêta totalement. Il resta un instant interdit, le cœur dans la gorge, inquiet de se faire découvrir par les occupants, mais rien ne vient. Seul le grondement lointain du tonnerre donnait un semblant de vie à cette peinture morbide. Il tira légèrement les rênes vers sa droite, faisant tourner sa jument, et au pas, il la fit faire le tour des hauts murs imprenables de la citadelle.
Le jeune homme gardait les yeux grands ouverts, l'ouïe en alerte, attentif au moindre élément, ou bruit qui pourrait troubler ce calme ambiant et malsain. Sa concentration était si haute qu'elle ne laissait aucune place à l'angoisse. Eijiro avait oublié ses peurs dès qu'il s'était retrouvé en face du palais. Il laissait ses yeux glisser attentivement le long des murs, cherchant une issue, n'importe quoi qui lui permettrait de s'infiltrer à l'intérieur de la forteresse. Il n'était pas assez fou pour tenter l'entrée principale.
Soudain, il remarqua, au bas d'un mur, cachée derrière une touffe d'herbes séchées et rougies, une petite meurtrière, condamnée par d'épais barreaux de fonte forgée. Il arrêta sa jument et sauta à terre, traversant les douves asséchées et ridiculement peu profondes pour se retrouver en face même de la paroi de pierre. Il examina la petite fenêtre. Une ouverture étroite d'une cinquantaine de centimètres de large, et encore moins de haut, protégée de barreaux profondément ancrés dans la pierre. Il releva le visage, regardant à sa droite et sa gauche. Les alentours étaient déserts. Il réfléchit un instant. Il n'avait pas le temps de chercher une autre ouverture, et c'était sûrement la meilleure option qu'il avait. Il prit une grande inspiration, et posa ses mains sur les barres de fonte, enroulant fermement ses doigts autour. Il ferma les yeux, ralentit sa respiration et les battements de son cœur. Il fit le vide dans son esprit.
Il n'était pas inconscient, et savait parfaitement qu'avec la force dont il disposait sous sa forme humaine, il était tout bonnement incapable d'arracher ces barreaux. Il allait devoir puiser dans son pouvoir, bien qu'il n'en ait aucune envie, mais il n'avait pas le choix. Il ne comptait nullement se transformer totalement, il allait seulement tenter de déployer une partie sa force.
Il était peu sûr de lui, et à peine eut-il clôt les paupières que les doutes qui l'envahissaient et le hantaient revinrent à la charge, comme des chimères invisibles qui ne le quitteraient jamais. Eijiro tenta tant bien que mal de les chasser, en vain. Elles semblaient déterminées à le poursuivre où qu'il aille, même se retrancher au plus profond de lui-même ne le sauverait pas.
Il serra les dents. Peu importe, il n'avait pas le temps de se battre contre elles, aujourd'hui. Il raffermit son emprise sur les barreaux et les tira vers lui, s'aidant d'un pied contre le mur. Il sentait le métal entrer dans sa chair mais ignora la douleur qui blanchissait les jointures de ses phalanges, mettant de plus en plus de force dans sa tâche, ses muscles se gonflant et se durcissant, un grondement d'effort roulant depuis le fond de sa gorge, une veine pulsant sur sa tempe. Il sentit ses dents aiguisées grincer entre elles, à mesure qu'une sensation de picotement commençait à courir sur son épiderme. Il se fit de plus en plus fort, le brûlant presque, et alors qu'un craquement retentit dans le mur, d'épaisses écailles vermeilles percèrent sa peau, recouvrant ses épaules, ses mains, et les coins de ses yeux.
Son grondement se faisait plus sourd, plus menaçant, ses lèvres se retroussaient, découvrant de longs crocs qui s'allongeaient à vue d'œil, et son regard était rivé avec haine sur les grilles qu'il tirait vers lui de toutes ses forces. Ses iris vermeils traversés d'une fente noire se coloraient d'or, comme s'ils allaient changer de teinte, et sur son front, à la limite de la racine de ses cheveux, deux bosses déformaient l'épiderme. Ses cornes commençaient à sortir, lui faisant un mal de chien qu'il ignora, lâchant une plainte rauque lorsqu'un second choc traversa la pierre rocailleuse.
Une large fissure courait depuis les barreaux jusqu'en haut du mur, et à mesure que le jeune Adarkin tirait, la fente se faisait de plus en plus large. Une perle de sueur glissa dans son cou, se faufilant sur son torse, et alors que le mur commençait à s'ébranler, son gilet fut soulevé par deux excroissances prenant naissance au niveau de ses omoplates. C'était au tour de ses ailes de poindre à travers sa peau claire. Le dragon en lui s'éveillait dangereusement, lui prêtant sa force en l'échange de sa propre maîtrise.
Les sourcils du jeune home s'arquèrent. Il se sentait à sa limite. S'il continuait ainsi, bientôt, il serait totalement hors de contrôle. Derrière lui, sa jument, qui le regardait s'affairer et qui avait levé les oreilles, s'était reculée, inquiète, prête à fuir face à cet être inconnu qui prenait la place de son cavalier.
Kirishima se reprit. Il y était presque. Il planta violemment ses crocs dans sa lèvre inférieure, la douleur le faisant momentanément revenir sur terre. Il prit son élan donna un puissant a-coup en arrière, et cette fois-ci, la grille qu'il tenait ferment entre ses mains s'arracha brutalement du mur, le faisant perdre son équilibre. Il roula dans le fossé qui entourait le château, le lourd bloc de pierre tombant à ses côtés. Surprise, Blodyn avait fait un bond vers l'arrière, prenant ses distances face au comportement suspect du jeune homme qui se redressait sur ses coudes dans un grognement endolori.
Il s'assit en tailleur entre les herbes mortes et la terre sèche avant de se recroqueviller sur lui-même, haletant. Le contre-coup était insupportable. Sa peau le brûlait atrocement, il avait l'impression que sa tête allait exploser, qu'une lame avait tranché son dos à deux reprises. Il porta ses mains à son front, et grimaça lorsqu'il sentit la surface rugueuse des deux cornes qui avaient poussé sur son crane. Il devinait ses ailes à l'étroit sous sa veste, et les écailles qui avaient traversé sa peau le démangeait atrocement. Il abaissa ses mains devant ses yeux, ses paumes étaient marquées de la forme des barreaux, comme si elle s'était imprimée dans sa chair, et ses ongles devenus griffes l'avaient soulevée par endroits.
Il serra les poings, tentant d'ignorer la douleur, et prit appui sur le sol pour se relever. Il était à moitié transformé, mais il avait réussit à se créer une ouverture dans le mur épais de la forteresse. Il jeta un œil par dessus son épaule, surveillant sa jument qui ne le quittait plus du regard. Il lui envoya un mince sourire :
« Attends-moi. Je reviens vite. »
Sur ses paroles, il se pencha vers le trou qu'il avait formé dans la pierre. Il plissa les paupières. Un courant d'air glacial en provenait, accompagné d'une odeur âcre de moisissure et d'humidité. Il faisait si sombre à l'intérieur qu'Eijiro n'avait aucune idée de l'endroit où il allait bien pouvoir atterrir. L'ouverture était juste assez large pour qu'il puisse s'y faufiler, et il fit passer ses jambes les premières dans la brèche. Il s'y glissa entièrement, et l'instant d'après, il avait disparu, laissant sa jument seule derrière lui, sous l'orage grondant qui se rapprochait du royaume.
§§§
Ses pieds rencontrèrent le sol après une légère chute, mais il se rattrapa rapidement, son dos retenu par le mur derrière lui, de larges pierres froides et suintantes d'une eau glaciale dont il se décolla immédiatement. Il regarda autour de lui, sur ses gardes, tous ses sens à vif. Il y voyait mal, mais peu à peu, ses yeux s'habituaient à la pénombre. Il entendait un souffle lointain qui glissait entre les parois. De temps à autres, une goutte tombait sur le sol, son clapotis résonnant dans cette sorte de cave dans laquelle il venait d'atterrir. Il huma l'air, l'odeur rance se faisant plus forte, venant par effluves. Il hésita un instant avant de choisir quelle direction prendre, et opta pour la source du courant d'air qui lui faisait courir un désagréable frisson le long de l'échine.
Ses pas résonnaient, s'élevant dans le couloir qu'il avait choisi de suivre, s'éloignant de l'ouverture qu'il avait créée dans le mur et de la source de lumière qu'elle projetait. Il jeta un dernier coup d'œil derrière lui, et maintenant que l'adrénaline était retombée, que ses attributs reptiliens commençaient à disparaître lentement, l'inquiétude revenait, lui collait au train, tapie dans l'ombre.
Il déglutit, tenta de se ressaisir, et poursuivit le long du couloir humide et glacial.
Au bout de quelques minutes d'une marche à tâtons dans la quasi-pénombre, une lumière lointaine commença à poindre. Un éclat orangé qui laissait deviner la forme des pierres qui longeaient la paroi, dansant comme une flamme. Eijiro se fit plus attentif : la voie qu'il avait choisie le menait bel et bien quelque part. Il avança plus vite, guidé par la lumière qui se faisait de plus en plus forte à mesure qu'il approchait de sa source. Ses pas résonnaient dans le couloir, mais il ralentit, s'arrêtant presque, lorsqu'un bruit inconnu retentit entre les murs. Il tendit l'oreille.
Le silence, d'abord, qui était retombé comme si ce qu'il avait perçu n'était qu'une illusion. Kirishima resta immobile un instant, hésitant à reprendre sa marche lorsque que le son se fit de nouveau entendre. Cela ressemblait à une plainte. Le jeune Adarkin se tendit, fronçant les sourcils. Le souffle résonna de nouveau, et cette fois il en fut sûr : c'était un geignement de douleur, un gémissement rauque, épuisé, et il était tout proche.
Son sang ne fit qu'un tour. Il avait le cœur dans la gorge, il avait peur. Il s'élança de nouveau, à la recherche de la source de cette lamentation plaintive, et quitta l'étroit couloir qu'il avait longé pendant plusieurs mètres, débouchant dans une grande salle, dont les torches fichées aux murs étaient la source de la lumière qui avait guidé ses pas jusqu'ici. Il se raidit.
Il venait d'atterrir dans les prisons de la forteresse. Des cachots s'alignaient le long des murs, des cellules étriquées aux barreaux de fer rouillés, insalubres, suintant d'humidité et où une désagréable odeur de moisissure et de renfermé régnait. L'endroit lui donnait la chair de poule, et il se fit violence pour faire un pas à l'intérieur. Le sanglot s'éleva de nouveau, et le jeune Adarkin reconnut le timbre d'une voix masculine. Et si cette voix était celle du prince ?… Son ventre se retourna, lui donnant une vague nausée. Lentement, il avança entre les cages, et ne put retenir un hoquet mêlé de surprise et d'horreur lorsqu'il se retrouva soudainement face à celui qu'il cherchait depuis son départ.
Eijiro fit un pas en arrière, serrant les dents, pris d'un lourd frémissement qui le déséquilibra. Le jeune homme derrière les barreaux était agenouillé dans une flaque de sang, les bras maintenus en l'air par des chaînes fixées au plafond, enserrant ses poignets, sciant sa chair. Sa respiration était hachée, sifflante, entrecoupée des geignements endoloris qu'il avait entendu depuis le couloir. Un nouveau pas en arrière, et son dos heurta les barreaux froids de la cage d'en face, faisant résonner un son métallique dans la pièce. Le prince se retourna immédiatement vers lui, alerté par le bruit, un air meurtrier aux traits, entremêlé d'une grimace douloureuse. Il serrait les dents et avait retroussé ses lèvres, grognant comme un animal blessé pris au piège.
Eijiro eut un moment d'arrêt lorsque ses yeux croisèrent ceux du jeune roi, deux billes vermeilles illuminées de la flamme des torches fichées aux murs, qui le fixaient avec une telle force qu'il n'osa pas bouger l'espace d'un court instant. Les deux garçons restèrent ainsi à se dévisager de longues secondes, avant que le jeune Adarkin ne tente de s'approcher de la cage.
À peine eut-il fait un pas vers lui que le prince hurla d'une voie éraillée :
« T'approches pas ! Reste où tu es ! »
Kirishima sursauta, levant ses mains devant lui comme pour tenter de l'apaiser. Il s'empressa de regarder aux alentours, de peur que les cris de l'autre homme n'alertent ses ravisseurs. Il souffla, secoué par cette nouvelle rencontre :
« S'il te plaît, ne crie pas. Je suis venu te sortir de là, reste calme ou bien…
-Qui… T'es qui ? Qu'est ce que tu viens faire ici ? »
Un grondement menaçant roula au fond de sa gorge, et Eijiro remarqua que le jeune prince était épuisé. Il était à bout de souffle. Il était à sa merci. Il tenta de se faire le plus rassurant possible et se pencha vers les barreaux :
« J'ai été envoyé par tes parents, les souverains. Ne crains rien. »
Le jeune homme menotté écarta les paupières, surpris. Il allait ouvrir la bouche pour parler, mais s'abstint et resta silencieux, le regard toujours rivé sur le garçon qui se tenait de l'autre côté des barreaux. Voyant qu'il semblait moins amène, le dragon tenta un pas de plus vers lui, avant de se pencher vers la serrure qui maintenait la porte de sa cage fermée à clé. Cette fois-ci, le prince grogna :
« Comment est ce que tu vas faire pour l'ouvrir ? Tu as les clés? »
Eijiro posa ses mains sur le métal rouillé. Il examina rapidement l'état de la fermeture avant d'affirmer :
« Non, mais je n'en ai pas besoin. »
Il se redressa. La force dragonienne qu'il avait employée tout à l'heure coulait encore dans ses veines, ses cornes n'étaient pas encore tout à fait rentrées et ses sens étaient encore très sensibles. Il devrait pouvoir arracher cette porte de la même façon qu'il avait tiré la grille hors du mur tout à l'heure. Il souffla, fermant les paupières, tentant de se calmer le temps de rassembler la concentration nécessaire. Puis, lentement, il entoura ses doigts autour des barreaux sous le regard interrogateur du prince. Il serra les dents, et tira la porte vers lui de toutes ses forces.
« Qu'est ce que tu… ? »
Le garçon dans la cellule ouvrait de grands yeux, ayant oublié la douleur qui l'affligeait l'espace d'un court instant. Qui était ce garçon ? Qu'est ce qu'il faisait là ? Il était vraiment en train d'essayer d'arracher la porte ? Mais un court jus lui traversa le flanc et il sentit ses yeux rouler dans ses orbites. Autour de lui, tout devint sombre. Eijiro vit sa tête tomber en avant, et s'écria, inquiet :
« Hé, est ce que ça va ? Tu m'entends ? Reste avec moi ! »
Mais le jeune prince ne répondit pas. L'Adarkin sentit son cœur s'emballer, sa panique monter. « Non, non, non… » Se murmura-t-il à lui-même alors qu'il serrait les barreaux avec toujours plus de poigne. Le prince était juste là, à un mètre à peine de lui, il ne pouvait pas tourner de l'œil maintenant ! Il devait se dépêcher de lui venir en aide, au vu de la flaque de sang qui maculait le sol, c'était déjà un miracle qu'il soit encore en vie. Il donna un nouvel a-coup, ses muscles se gonflant de plus en plus.
À mesure qu'il tirait, les écailles qui s'étaient résorbées réapparaissaient sur sa peau. Il ignora la démangeaison qui les accompagnait, et émit un grognement sourd en envoyant encore plus de force dans sa tâche. Au plafond, une fissure se créa, prenant racine depuis les barreaux. Un craquement lourd retentit, et dans un grincement de métal, les barreaux se plièrent, se déformèrent sous la force du jeune dragon. Un dernier effort, et la porte de la cage sortit de ses gonds, s'arrachant de sa base rouillée dans un grincement qui retentit dans tout le sous-sol. Eijiro fut emporté par la force qu'il avait déployée, titubant de quelques pas en arrière. Il leva les yeux, un mélange d'inquiétude et de peur aux traits : cette fois-ci c'était certain, avec un tapage pareil, il allait alerter l'Alliance. Il s'empressa de se faufiler dans la cage, s'agenouillant en face du prince, agitant les mains, ne sachant pas s'il pouvait, au vu des nombreuses plaies qui assombrissaient sa peau claire, le toucher ou non.
« Est ce que tu m'entends ? Ouvre les yeux… »
Il glissa une main sur sa joue pour lui faire redresser la tête. Le jeune homme, inconscient, se laissa manipuler docilement. Eijiro fut frappé par sa beauté dès l'instant où leurs deux visages furent face à face, maintenant que ses traits étaient relâchés. Des yeux fins bordés de longs cils sombres, soulignés par deux sourcils droits, une mâchoire et des lèvres dignes des sculptures à l'effigie des dieux, un nez et des pommettes marqués de coups et de sang séché, mais d'une finesse incomparable. Il déglutit. D'un coup d'œil rapide, il observa son buste parfaitement sculpté pour se faire une idée de l'ampleur des dégâts.
Le jeune homme était gravement blessé. Il avait des traces de brûlure sur les bras, comme si une corde avait frotté trop violemment contre sa peau. En plus des marques brunes sur son visage, du sang avait aussi séché ses ses vêtements, et Eijiro remarqua qu'un filet d'hémoglobine frais suintait depuis une large plaie dans son flanc. Il serra les dents, souffrant pour le jeune garçon lorsqu'il souleva légèrement la cape, et grimaça en voyant l'état de la blessure. Si elle n'était pas vite soignée, elle allait s'infecter.
Il releva les yeux, estimant rapidement la solidité de la chaîne fixée au plafond qui entravait ses poignets. Elle semblait encore plus rouillée que les barreaux de la cage, et avec la force qui coulait encore dans ses veines, la détruire serait un jeu d'enfant.
Il se redressa, passant précautionneusement un bras autour du corps du prince, pour l'empêcher de chuter lorsqu'il ne serait plus maintenu par ses entraves. De sa main libre, il empoigna fermement la chaîne et tira dessus d'un coup sec. Il dut s'y prendre à deux reprises avant qu'elle ne fasse mine de se détacher du plafond, et parvint à ses fins au bout de plusieurs essais. La lourde masse de métal s'écroula sur le sol dans un vacarme métallique, et le cendré s'effondra mollement contre lui, toujours immobile, ses bras retombant le long de son corps. Eijiro s'empressa de le soulever pour le prendre sur son épaule, n'ayant plus qu'un seul objectif : quitter les lieux le plus vite possible. Il serra le corps inerte du jeune homme contre lui et quitta la cellule, regardant à sa droite et à sa gauche, ne sachant quelle direction prendre.
Il paniquait, mais restait lucide. S'il repassait par l'ouverture qu'il avait faite pour entrer dans la forteresse, il leur serait impossible d'y passer tous les deux. Le prince se vidait de son sang, était à demi-conscient, et serait incapable d'escalader le mur pour fuir. Il devait trouver une autre porte de sortie sans se faire prendre au piège, s'ils tombaient sur l'Alliance, ils seraient morts. Le jeune Adarkin choisit de poursuivre sa route, cherchant des yeux la sortie des cachots, priant pour qu'ils puissent vite sortir de cet enfer.
Il quitta les lieux, débouchant dans un énième couloir. Il serra les dents. Il avait l'impression de tourner en rond dans un labyrinthe, et s'inquiétait de plus en plus de ne jamais en trouver l'issue. De plus, le corps de l'autre garçon l'encombrait. Il posa un genou à terre pour changer de position, accompagnant précautionneusement son buste en arrière, le retenant d'une main sous la nuque avant de passer une main dans son dos et l'autre sous ses genoux, le serrant contre lui. Lorsqu'il se releva, le prince entrouvrit les paupières. Le dragon frémit lorsque leurs regards se croisèrent.
Il allait parler, mais un son lourd retentit entre les murs, lui faisant brusquement relever la tête. Inconsciemment, il resserra son emprise sur le jeune homme et fit un pas en arrière. La détonation qui venait de retentir s'apparentait au grincement d'une large porte, et elle semblait toute proche. Eijiro se crispa, et sans hésiter plus, se retourna, prêt à faire demi-tour. Il n'avait pas beaucoup de choix : il pouvait retourner dans les cachots et sortir par là où il était entré, ce qui était quasiment impossible, ou bien il pouvait prendre ce couloir dans l'autre sens, dans l'espoir de trouver une porte de sortie à l'autre bout. Lorsqu'il crut entendre des éclats de voix dans son dos, il s'empressa d'opter pour la deuxième option, et se fondit dans l'ombre alors qu'il se dirigeait tout droit vers l'inconnu.
§§§
Kirishima progressait dans un noir quasi-complet depuis de longues minutes. Il se retournait de temps à autres, tendant l'oreille pour tenter de capter le moindre bruit, mais un silence lourd régnait dans l'étroit chemin qu'il avait choisi de prendre. Seule la respiration sifflante du prince s'élevait, mais les voix qu'il avait imaginées un peu plus tôt s'étaient tues.
Après s'être retourné une énième fois, il reprit sa route. Ses sens aiguisés lui permettaient de se diriger dans la pénombre, mais il avançait lentement. Contre son buste, il sentait un liquide chaud s'écouler, et goutter jusque sur le sol. Il n'osait même pas imaginer quelle pouvait bien être sa nature, l'odeur enivrante du sang l'en informant malgré lui. Le prince semblait avoir du mal à respirer, et il sentait son visage dangereusement brûlant reposer contre son torse. Ils devaient sortir de là et vite, il avait besoin de soins. Il venait de passer deux nuits dans cet état, peut être même plus, n'avait sûrement rien avalé ni bu depuis son enlèvement… S'il n'agissait pas vite, il allait sûrement mourir. Le dragon pressa le pas, humant l'air, priant pour un changement d'atmosphère qui lui indiquerait une sortie proche.
Quelques pas plus tard, l'ombre semblait se faire moins dense. Une faible lumière éclairait le chemin, accompagnée d'un très léger courant d'air. Le jeune Adarkin écarquilla les yeux, sentant une vague d'espoir le submerger. Il accéléra encore plus, se mettant presque à courir, mais se retint lorsque le prince grogna de douleur, les dents serrées. Il murmura une excuse, se contentant de grandes enjambées jusqu'à la source de l'éclat qu'ils atteignirent quelques mètres plus tard. Au détour du couloir, Eijiro se retrouva face à un escalier, qui menait à une porte d'en dessous laquelle filtrait des rayons clairs, et d'où provenait l'air. Il examina rapidement les alentours avant de se mettre à grimper les marches, et une fois en haut, poussa la paroi de bois à l'aide de son épaule. Un soupir de soulagement lui échappa lorsqu'il réalisa que la porte n'était pas fermée à clé.
Il leva le nez, examinant les alentours. Ils venaient de déboucher dans une pièce alambiquée aux murs épais. La lumière pénétrait par d'étroites fenêtres taillées dans les lourdes pierres, condamnées elles aussi par des barreaux de fonte semblables à ceux qu'il avait arraché précédemment. Le dragon fit un pas à l'intérieur, attentif aux bruits et à la provenance des courants d'air qui s'infiltraient entre les parois, et avança prudemment, ses pas résonnant à peine contre les dalles au sol. Cette partie du château était elle aussi éclairée de torches fixées au mur, qui, en plus de la lumière naturelle du jour qui peinait à se frayer un passage, illuminaient légèrement les lieux. Au détour d'un angle, une autre porte, plus haute, entrouverte. Le jeune homme se raidit, retenant sa respiration.
À pas de loup, il s'approcha jusque devant cette ouverture, et tendit l'oreille. Il sentit son sang se glacer lorsque des éclats de voix, qui, cette fois-ci, n'étaient pas le fruit de son imagination et de sa peur, lui parvinrent. Il serra les dents. Cette fichue forteresse ne les libérerait-elle donc jamais ? Il devait passer par ici s'il voulait sortir, faire demi-tour n'était pas une option. Prudemment, il passa la tête par l'entrebâillement de la porte, et scruta la pièce. Elle était vide. Les voix devaient provenir de plus loin.
Sans hésiter, il entra à l'intérieur, ne préférant pas attendre de se retrouver nez à nez avec un, ou même pire, plusieurs membres de l'Alliance. Il traversa la pièce sans faire le moindre bruit, regardant à droite, regardant à gauche, avant que ses yeux ne se posent sur une ouverture joliment taillée dans la pierre et entourée d'arabesques, de près de deux mètres de haut, qui menait tout droit au couloir de l'entrée du palais. Il pouvait les voir d'ici, les deux immenses portes qui menaient à la sortie. Il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, et se précipita sans plus attendre vers cette échappatoire, serrant le corps du jeune roi contre lui.
Lorsqu'il quittèrent la pièce, les pas du jeune homme claquèrent sur les dalles de marbre lustré et résonnèrent dans le haut couloir. Il avançait rapidement, d'un pas vif, n'ayant plus le temps de se préoccuper de savoir s'il était poursuivi ou non. Il devait quitter les lieux au plus vite.
Il fut devant l'entrée du château une poignée de secondes plus tard. Il leva les yeux, se sentant soudainement minuscule face à ces pans de bois gigantesques. De sa main, glissée sous les genoux du pince, il tira vers lui la lourde poignée de fonte. La porte résista un peu avant de s'ouvrir dans un grincement infernal. Une raie de lumière vive s'échappa de l'ouverture, illuminant le haut couloir plongé dans la pénombre. Le jeune Adarkin serra les dents, et réussit à ouvrir assez pour pouvoir se faufiler, lui et sa charge, par l'ouverture.
Il plissa les yeux une fois à l'extérieur. La lumière du jour n'était pas très vive, obstruée par les lourds nuages qui maculaient le ciel et d'où s'échappaient à présent de lourdes gouttes d'une pluie froide, mais après avoir passé des heures dans un tunnel sombre sans la moindre once de luminosité, les rares rayons de jour agressaient sa rétine. Contre lui, le prince bougea, et Eijiro baissa les yeux sur lui lorsqu'une voix dans son dos le fit se tendre de tous ses membres.
« Hé, je crois que tu as quelque chose qui nous appartiens, là. »
Le jeune Adarkin se retourna en un éclair, resserrant son emprise sur le corps du blond à demi-conscient contre lui, un grondement roulant au fond de sa gorge, plantant ses pupilles fendues dans les perles bleu antarctiques d'en face.
À l'entrée du château, une main posée contre la porte de bois, se tenait un jeune homme à peine plus âgé que lui, sa silhouette longiligne toute de noir vêtue, ses épis ébènes retombant sur ses yeux bleus vif qui ne lâchaient pas le dragon et l'autre garçon du regard. Sa peau était claire, aussi pâle que la neige, mais sur ses bras, sous ses yeux, et sur la totalité de sa mâchoire, son épiderme était comme brûlé, rougeâtre, retenu par des agrafes plantées dans sa chair.
Eijiro frissonna, se sentant sondé par le regard glacial de l'homme qui lui faisait face, et intimidé par son apparence morbide. Son grognement se fit plus sourd, plus intimidant. Sa queue reptilienne frôlait le sol, s'agitant nerveusement. Il fit un pas en arrière. En face de lui, le garçon fit un pas vers eux. Lentement, il leva sa main en l'air.
« Où est ce que tu vas ? Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser filer avec notre pactole… Ce sont les souverains qui t'ont envoyé, j'imagine ? Dans ce cas-là, où est l'argent ? »
Un nouveau pas en arrière pour le jeune Adarkin, un autre pas en avant pour l'homme en noir. Autour de sa main, une nuée de flammes bleues s'embrasa soudainement, tournoyant autour de ses doigts. Le dragon serra les dents, retroussant les babines. Qui était cet homme ? D'où venaient ce feu ? Était-il un Dranëgil pour pouvoir contrôler des flammes avec une telle aisance ? Il n'avait pas l'air d'être prêt à le laisser s'enfuir avec le prince, et au vu des gerbes bleutées qui crépitaient autour de sa main, il n'hésiterait pas à employer la manière forte pour garder son otage. Mais Eijiro n'était pas prêt à laisser le jeune roi aux griffes de ces bandits. Il gronda :
« Il n'y a pas d'argent pour vous. Laissez-nous partir avant que ça ne dégénère. »
Le jeune homme aux flammes face à lui n'eut qu'un rire en réponse, relevant légèrement le menton, toisant les deux fugitifs. Il finit par soupirer, son autre main s'embrasant à son tour :
« Ne m'oblige pas à déployer mon pouvoir sur vous. Ça serait mieux si le prince pouvait rester en vie, pour la rançon. Tu comprends ? »
Sa voix rauque lui glaça le sang. Cet homme menaçant se rapprochait d'eux à mesure qu'Eijiro reculait, grognant comme pour le dissuader d'avancer plus. Bientôt, il attendrait les grilles, et il serait littéralement dos au mur. Son cœur commençait à s'emballer. Il se sentait pris au piège. Pour faire face à cet homme, il allait devoir se transformer. Il allait devoir le blesser. Il ne voulait pas… Il ne voulait…
« Dabi ! Le prince n'est plus dans sa cellule! »
Une voix féminine avait retenti derrière eux. Une adolescente, une blonde aux cheveux remontés en deux chignons et habillée d'une longue robe asiatique qui dévoilait ses hanches venait de passer les portes du château. Elle avait interpellé l'homme qui s'était retourné dans sa direction, faisant dos le temps d'une fraction de seconde à l'Adarkin et au prince.
Kirishima n'hésita pas un seul instant. Dès que les billes bleues quittèrent les siennes, il fonça vers les grilles, s'éloignant le plus possible des ravisseurs du prince. Le dénommé Dabi se retourna de nouveau vers eux et grinça des dents en voyant qu'ils tentaient de prendre la fuite. Il se lança à leur poursuite, hurlant à leur égard :
« Restez ici ! »
À ses côtés, la jeune fille qui venait de le rejoindre vociférait :
« Tu aurais pu me dire que tu étais au courant !
-Ferme-la, idiote ! C'est de ta faute s'ils s'enfuient ! »
Pendant que les deux membres de l'Alliance étaient occupés à se prendre le bec avec véhémence, Eijiro atteignait les grilles. Elles n'étaient pas tout à fait abaissées, et un espace d'un mètre environ demeurait entre le sol et la pointe affûtée des herses, lui permettant de se glisser en dessous. Le jeune homme s'agenouilla au sol, y allongeant le prince, jetant un coup d'œil nerveux derrière son épaule avant de lui murmurer :
« Je suis désolé, je sais que tu souffres mais tu vas devoir ramper sous la grille… Ça va aller ? »
Le jeune roi entrouvrit les paupières, grognant de douleur lorsque son corps entra en contact avec le sol froid et dur. Il tenta de rouler sur son flanc, sifflant entre ses dents :
« J'en suis capable… Pour qui tu me prends… »
Et, difficilement, sa tâche entrecoupée de sa respiration erratique et douloureuse, le jeune homme réussit à se glisser sous la grille pour quitter le royaume. Eijiro l'imita rapidement, avant de le prendre de nouveau contre lui, se relevant en hâte en emportant avec lui un nuage de poussière. Derrière eux, il entendait les voix encolérées des bandits, mais il ne se retourna pas et s'enfuit le plus vite possible de ce cauchemar. Lorsqu'il en fut éloigné de quelques mètres, il siffla, appelant sa jument restée aux alentours du palais. Presque immédiatement, le claquement caractéristique de ses sabots se mit à rententir contre le sol. Le jeune Adarkin ralentit, venant à l'encontre de sa monture qui souffla et dressa les oreilles en le voyant accompagné d'une nouvelle rencontre. Eijiro souleva le jeune prince, l'installant précautionneusement sur le dos de la bête, et s'apprêtait à monter avec lui quand un grincement métallique dans son dos le fit se retourner. Les bandits ouvraient la grille pour se jeter à leurs trousses, et l'homme aux flammes était encerclé des son brasier bleu vif.
Le dragon serra les dents. Paniqué, il se tourna vers le prince, puis de nouveau vers les grilles, maintenant entièrement relevées. Les deux membres de l'Alliance venaient vers eux. Les flammes se faisaient plus denses autour de l'homme, et la jeune fille avait une longue lame entre les doigts sur laquelle se reflétait la lumière vive du feu. Ils venaient pour eux. Ils venaient chercher leur otage, et ils allaient les tuer s'ils ne se défendaient pas. Eijiro repensa aux souverains, et une boule se forma dans sa gorge. Il sentait son cœur battre si fort dans ses oreilles qu'il avait du mal à penser. Il avait le tournis, son sang bouillonnait dans ses veines. Il sentait une peur sourde l'envahir, car il savait que maintenant, il n'avait plus le choix.
Il allait devoir se transformer s'il voulait sauver la vie du prince.
À suivre…
Mes amis, je peux vous l'affirmer: ça va chauffer.
Bref, voilà pour le chapitre cinq, j'espère qu'il vous a plu, que vous avez fangirlé sur la rencontre (bien que maladroite, et avouons-le, pas tout à fait joyeuse) d'Eijiro et Katsuki (spoiler: moi oui), et que vous vous êtes pas trop ennuyés avec tous ces couloirs et toutes ces portes.
Merci d'avoir lu, merci x 2 si vous prenez le temps de laisser une trace de votre passage, et je vous dit à très vite ('fin je crois, j'espère) pour le chapitre six!
D'ici là, portez vous bien! AUF WIEDERSEHEN!
(oui j'avais envie de parler allemand aujourd'hui.)
