Bonjour à tous! Voici aujourd'hui, après la chaleur de Passion Pecs, le chapitre 7 du Fils d'un Royaume! Comme on ne change pas une équipe qui gagne, je continue sur ma lancée: ce chapitre-là aussi, sera gore. Enfin, la fanfic en elle-même sera gore. Mais vous êtes au courant de toute façon!

Bref, je remercie Tsuishin qui m'a aidée car j'étais bloquée sur un passage, et sa suggestion m'a évité des heures de cogitage (ça se dit, ça?), ce qui me permet de vous poster le chapitre aujourd'hui. Youpi!

Autre truc incroyable: ça fait 5 semaines d'affilée que je poste un truc. Je pense qu'on peut dire que ça se fête.

Enfin bon, j'arrête parceque que sinon, je vais encore trop parler. Bonne lecture!


Chapitre VII : À revers

Tout était sombre autour de lui, à tel point qu'il avait l'impression d'être entouré d'un épais brouillard noir. Il se sentait oppressé, effrayé, avait l'impression d'entendre des voix derrière lui, mais chaque fois qu'il tournait la tête, cette brume épaisse lui obstruait la vue. Tout à coup, un cri déchirant brisa cette impression de silence lourd, pesant, de grésillement. Il sursauta, les dents serrées, l'impression de nausée l'étouffant presque. En face de lui, la jeune fille aux cheveux blonds était au sol, ses chignons décoiffés et défaits, allongée dans une flaque de sang pourpre qui l'entourait et devenait de plus en plus large au fil des secondes. Sa robe déchirée et arrachée laissait voir sa poitrine déchiquetée d'une profonde marque de griffes, son cou était lacéré, son ventre était ouvert, sa peau en lambeaux. Ses côtes brisées étaient dirigées vers le ciel, et à côté d'elle, ses organes étaient répandus dans la mare de fluide qui s'étendait à présent jusqu'à l'horizon. À mesure que le temps passait, le corps semblait se décomposer en accéléré, une insupportable odeur de cadavre en décomposition et de viande avariée s'élevant dans l'air. Cette fois, c'était sûr, il allait vomir, il ne pouvait plus se retenir, mais il ne pouvait pas détourner le regard de la scène morbide qui se jouait sous ses yeux, il était forcé de la comtempler, forcé de sentir ces abominables effluves entrer en lui et le faire pourrir de l'intérieur à son tour.

Soudain, la brume noire se fit de plus en plus lourde, l'enserrant, l'enlaçant, s'infiltrant dans sa bouche, dans ses narines, lui bloquant la respiration, l'empêchant de prendre la moindre bouffée d'air. Eijiro se sentit mourir, sent ses forces qui le quittent, remplacées par la panique. Mais bientôt, il ne peut plus se défendre, il ne peut plus bouger, et il sombre dans le brouillard.

« … Non ! »

Kirishima s'était brusquement redressé sur ses coudes, le souffle court, une sueur froide dégoulinant le long de son dos et de ses tempes, le cœur tambourinant dans sa poitrine, la gorge serrée et la bouche sèche. Perdu, hagard, il regarda autour de lui, et son angoisse se tarit peu à peu à mesure qu'il réalisait que ce n'était qu'un cauchemar. Il laissa échapper un léger soupir et se releva, avisant du coin de l'œil la silhouette de l'autre garçon. Le prince était toujours endormi, et il n'avait pas changé de position depuis la veille. Le feu s'était éteint, et il n'en restait plus que des cendres noires et grises qui maculaient le sol, et d'où dépassaient des morceaux de bois calcinés qui n'avaient pas brûlé pendant la nuit.

Le jour se levait à peine et baignait l'orée du bois d'une lumière apaisante, dorée, faisant briller la rosée déposée sur les herbes et les branches basses, comme un pâle matin de printemps frissonnant encore d'un hiver tenace. Eijiro frémit et croisa les bras sur son torse, son souffle créant un petit nuage de buée contre ses lèvres. Il grogna en sentant la plaie dans son épaule, preuve que ce qui s'était passé hier était bien réel. Il jeta un dernier regard au prince qui s'était légèrement pelotonné sur lui-même, puis décida de quitter le camp pour ramener de quoi manger au jeune homme. Il devait se nourrir dès son réveil s'il voulait reprendre des forces.

§§§

Dans la salle du trône en ruine de l'ancien palais de Gwanwyn, reposait sur les dalles poussiéreuses et froides le corps inerte d'une adolescente aux cheveux d'or. De minuscules veines bleues se laissaient apercevoir à travers ses paupières closes, et de larges cernes grises marquaient son visage creusé. Ses lèvres semblaient sèches et craquelées, presque violettes, et elle reposait allongée sur son flanc, un bras replié contre sa poitrine, l'autre étendu devant elle. Recroquevillée dans un coin de la pièce, une flaque sombre l'entourait, et une partie de ses organes dessinait une silhouette dans l'ombre de l'angle dans lequel on l'avait abandonnée.

Un silence de mort régnait dans la haute salle, accompagné d'une aura sombre, accablante. Elle provenait de l'homme assis sur le trône, qui semblait ne pas avoir quitté sa place depuis que le prince avait été jeté à ses pieds quelques jours plus tôt. À quelques pas de lui seulement, au bas des escaliers qui menaient à son promontoire, l'homme aux flammes, Dabi, le regard bas. À l'autre bout de la pièce, le dos appuyé contre un mur au fond de la salle, l'encapuchonné qui avait aidé l'adolescente à ramener le jeune roi au repaire, Kurogiri. La voix grondante de leur chef s'éleva dans l'air glacial des lieux.

« Tu dis qu'un Adarkin s'est introduit ici, qu'il a libéré le prince, et qu'il a tué Himiko ? »

Son timbre était profond, menaçant, et Dabi sentit ses paroles résonner dans sa cage thoracique, contre ses côtes. Il ferma les paupières. Les agrafes qui retenaient sa peau le démangeaient.

« Oui. Ce garçon s'est transformé en dragon lorsque Toga et moi avons tenté de les arrêter. Mais il n'avait pas l'air de savoir contrôler son pouvoir, et il l'a tuée sans le vouloir. Il semblait profondément secoué. J'ai pensé… »

Il se tut un instant, avant de se justifier :

« J'ai préféré les laisser fuir pour le moment. »

Ses yeux azur étaient cachés sous ses longs cils sombres, loin de la maigre lumière du jour qui entrait par la meurtrière dans le dos de l'homme et qui l'entourait d'un liseré doré, découpant sa silhouette massive dans la pénombre dans laquelle elle se confondait. Au fond de la pièce, l'encapuchonné détourna le regard.

« Tu sais que s'ils rentrent à Syrthio tous les deux, ils seront hors de notre portée, et nous ne pourrons plus prétendre à notre rançon, n'est ce pas ?

-Oui. »

La voix de l'homme à la chair brûlée résonna jusqu'au plafond avant qu'un silence angoissant ne retombe, seulement troublé d'un frottement de tissu. Leur chef croisa les jambes, appuyant son coude sur l'accotoir de son trône. Dans son dos, un rayon de lumière parvint à se frayer un passage et vint mourir sur le sol, juste aux pieds de celui qui se tenait courbé devant lui.

« Qu'attendez-vous, dans ce cas ? »

Les deux hommes levèrent le visage de concert, et s'échangèrent un bref regard. Les agrafes dans le dos de Dabi le brûlaient maintenant à tel point que c'en était insupportable. Sa voix n'était plus qu'un souffle :

« Qu'est ce que vous voulez dire ? »

Un silence, comme si en face de lui, leur chef n'avait pas entendu. Un nouveau bruissement de tissu. Cette agitation ne présageait rien de bon. Le timbre grondant s'éleva aux dessus d'eux comme un coup de tonnerre :

« Qu'attendez-vous pour repartir à leur poursuite ? Empêchez-les de regagner le Royaume de Syrthio, et ramenez-les moi, tous les deux. »

Une pause. Un calme insupportable.

« Mais ne vous donnez pas la peine de remettre les pieds ici si vous avez les mains vides. »

Les regards de Dabi et Kurogiri n'osèrent pas défier le sien.

« Bien. » Furent les dernières paroles qui résonnèrent dans la haute salle.

§§§

Lorsque le prince ouvrit les yeux à son tour, les rayons du soleil passaient à travers les branches et glissaient sur sa peau comme des milliers de petits points lumineux. Il étouffa un bâillement avant de se redresser, la cape d'Eijiro glissant de ses épaules. Il s'étira, mais fut stoppé dans son mouvement par une décharge électrique qui lui arracha un grognement de douleur. Il jeta un œil à son flanc. Les saignements avaient cessé, mais il souffrait toujours. Vu à quel point les membres de l'Alliance s'étaient acharné sur son Infirma, il ne pourrait pas réutiliser son pouvoir avant encore quelques jours. Le sang séché maculait sa peau et ses vêtements, mêlé à la poussière qui noircissait son buste, ses bras, et son visage. Il se sentait horriblement sale. Il se redressa, titubant un peu, encore affaibli des séquelles des deux jours d'enfer qu'il venait de vivre.

Il était seul sur le camp. Un vent léger faisait frémir les feuilles à la cime des arbres. À quelques pas de lui, Blodyn broutait une touffe d'herbes au pied d'un frêne. Il la reconnut immédiatement et marcha jusqu'à elle. Lorsqu'il posa sa main sur son encolure, la bête releva la tête. Il glissa ses doigts sur son chanfrein, quand un bruissement dans son dos le fit brusquement se retourner. Eijiro venait de revenir.

Instinctivement, il recula, se serrant contre la jument qui regardait maintenant son cavalier, les oreilles dressées. Le jeune Adarkin se sentit un peu observé et se frotta l'arrière de la nuque. Dans son autre main, il tenait un petit sac de toile.

« Bonjour, Katsuki… Fit-il peu sûr de lui au vu du regard peu amène avec lequel le fixait le prince. Celui-ci avisa la bourse qu'il avait avec lui.

-Qu'est ce que c'est ? Gronda-t-il en désignant la sacoche du carmin du bout du menton.

-Ah, ça… Tiens, c'est pour toi, répondit le jeune homme en tendant le petit sac vers lui. Ce sont des baies, je les aies cueillies pour que tu puisses reprendre des forces… J'imagine que ce que tu as mangé hier n'a pas suffit. »

Katsuki fronça les sourcils. Son ventre se tordit en émettant un gargouillement plaintif. Il déglutit. En effet, il était encore affamé, mais maintenant qu'il avait un peu repris ses esprits, il était encore plus réticent à l'idée de se laisser aider, et qui plus est, par un inconnu. Il bomba le torse, ignorant la faim qui le tenaillait :

« Je n'en veux pas. Siffla-t-il avant de s'avancer pour le dépasser. Incrédule, Eijiro le suivit des yeux :

-Où vas-tu ? Tu dois rester avec moi !

-La ferme ! Gronda le jeune homme en lui jetant un regard noir. Je vais trouver de quoi me laver, je ne supporte pas d'être aussi sale. Et ne t'avise pas de me suivre ! Aboya-t-il en voyant que l'autre adolescent faisait mine de faire un pas vers lui.

-Bien… » Bredouilla seulement Kirishima, le sac toujours à la main, un air malheureux aux traits.

Le prince avait beau être superbe, il était absolument exécrable. Les paroles du conseiller du roi, Hawks, lui revinrent en mémoire : « Un garçon extrêmement colérique connu pour ses crises à répétitions »… Oui, il comprenait de quoi il voulait parler, maintenant.

Il soupira et fit un pas vers sa jument pour flatter son encolure, un maigre sourire aux traits. « Toi au moins, tu ne me rejettes pas », lui murmura-t-il en se saisissant de ses rênes qu'il avait pendues à une branche pour les lui repasser sur la tête. Il abandonna le sac de baies avec le reste de ses autres vivres avant de se saisir de la selle.

Ils devaient se dépêcher de partir. Le soleil était déjà levé, et, même si la veille, l'homme aux flammes qui s'en était pris à eux n'avait pas fait mine de les poursuivre, il avait très bien pu changer d'avis dans la nuit. Plus vite ils rentreraient au royaume, plus vite le prince serait en sécurité. Dès qu'il reviendrait, ils quitteraient les lieux. Traîner dans ces bois ne faisait qu'augmenter son inquiétude.

Mais pendant qu'il était occupé à accrocher la sangle de la selle sous le ventre de sa monture, Eijiro cru percevoir un craquement lourd, feutré et lointain. Il s'immobilisa, tendant l'oreille. Quelques secondes plus tard, la dénotation se fit de nouveau entendre, et cette insupportable pression qui le tenaillait lui tordit les tripes. Il avait peur de connaître l'origine de ces bruits. Il avait peur qu'ils proviennent de leurs assaillants. Et Katsuki qui venait de s'éloigner, seul ! Sans prendre garde aux menaces de l'autre jeune homme, il abandonna sa jument pour aller à sa recherche. Il venait juste de partir, il ne devait pas être bien loin…

Alors qu'Eijiro s'enfonçait dans les bois, suivant à l'oreille le clapotis de la rivière qui traversait la forêt, à la recherche du prince, il tomba, au détour du tronc épais d'un vieux chêne centenaire, sur une pile de vêtements, éparpillés sur le sol parmi les feuilles mortes, qu'il reconnut immédiatement. Une cape vermeille bordée d'une fourrure beige, un pantalon au grain épais, une paire de bottes en cuir… C'étaient ceux de prince. Il devait être tout proche.

Dans sa poitrine, son cœur tambourinait. Il ne savait pas si c'était le fait d'avoir marché avec précipitation jusqu'ici, si c'était l'angoisse, ou si la source de ces battements désordonnés était toute autre… Un bruit aqueux lui fit relever la tête, et il aperçut, entre les arbres, les reflets brillants du soleil sur l'eau d'un lac. Il avança lentement, sans un bruit, jusqu'à venir se coller contre l'un des troncs d'arbre qui bordaient l'étang.

Les rayons de l'astre du jour miroitaient à la surface comme des milliers d'éclats de verre, bercés des flots crées par les mouvements du jeune homme qui était entré dans l'eau jusqu'à la taille. Il se trouvait dos à lui, le visage baissé, le soleil glissant sur ses épaules et sa nuque. Il avança encore de quelques pas avant de laisser son corps entier aller en arrière, maintenant entré dans l'eau claire jusqu'au cou. Puis, il se releva, passant ses mains ruisselantes dans sa chevelure cendrée, rejetant la tête, poussant un léger soupir d'aise.

Les doigts agrippés contre l'écorce rugueuse, Eijiro déglutit, ne pouvant détourner les yeux du spectacle qui s'offrait à lui. Les muscles de son dos roulant sous sa peau pâle, encore marquée de quelques traces de coups, les gouttelettes luisantes glissant jusqu'au creux de ses reins, le moindre de ses gestes dégageait une aura irrésistible, à tel point que, caché derrière son arbre, Kirishima n'avait même pas réalisé qu'il était complètement hypnotisé par le jeune homme. Il sursauta et revint prestement sur terre lorsque le prince fit mine de se retourner dans sa direction. Il réalisa alors ce qu'il était en train de faire et s'empressa de retourner sur leur campement sans demander son reste, la raison de sa visite lui étant à présent complètement sortie de la tête. Les détonations avaient cessé, après tout, elles n'avaient peut-être été que le fruit de son imagination.

Lorsque que le jeune roi fut de retour, débarrassé du sang et de la crasse qui lui collaient à la peau, ses mèches de cheveux encore un peu humides, Eijiro était occupé à finir d'harnacher sa jument. En le voyant arriver, il détourna rapidement le regard, une chaleur incontrôlable lui brûlant le visage et le dos. Ça n'allait pas être facile de se sortir cette image de la tête, et il se sentait un peu mal d'avoir observé le prince à son insu. Mais le silence qui s'installait entre eux le rendait légèrement mal à l'aise, et il finit par balbutier :

« Euh… Est ce que tu te sens mieux ? »

Katsuki leva un sourcil et tourna le buste dans sa direction.

« Ouais.

-On devrait s'en aller sans plus attendre, si jamais l'Alliance nous poursuit… »

Mais Eijiro fut coupé dans sa phrase par un bruissement de feuilles fracassant. Il releva la tête et Katsuki se retourna vivement vers la source du bruit avant qu'un énorme loup blanc ne jaillisse d'entre les bosquets, à quelques mètres à peine d'eux.

Le jeune Adarkin sut immédiatement de qui il s'agissait. C'était Volk, il l'avait reconnue. Mais ce n'était pas le cas de Katsuki qui bondit en un éclair sur Eijiro pour se saisir de l'une de ses deux dagues, accrochées dans son dos. Le jeune homme n'eut pas le temps de l'arrêter, et ni une ni deux, la lame brandie en l'air, le prince se jeta sur l'immense bête avec la ferme attention de lui faire la peau. Le loup fit un pas en arrière, hérissant sa fourrure, et la dague fendit l'air, lui arrachant une touffe de poils argentés qui flottèrent dans les airs avant de retomber mollement à terre. Un grondement sourd retentit entre les crocs de la bête, et alors que Katsuki s'apprêtait à lui asséner un nouveau coup, visant la gorge, Eijiro s'élança vers lui et le retint fermement, passant ses bras sous ses aisselles pour le saisir par les épaules.

« Du calme ! Elle ne nous veut aucun mal ! »

Il resserra son emprise sur le prince qui se débattait violemment, manquant de lui donner un coup de couteau tant il était agité :

« Lâche-moi ! Ne me touche pas, lâche-moi ! »

Eijiro finit par libérer le jeune homme qui se retourna pour le fusiller du regard, essoufflé, le poing serré sur le manche de la dague à tel point que ses phalanges en étaient devenues blanches. Il ouvrit la bouche comme s'il s'apprêtait à parler, mais, derrière eux, la silhouette trapue de l'animal se changea en une forme humaine, et une voix grave interrompit le prince :

« Ce n'est pas le moment de vous battre ! Deux hommes en noir viennent dans votre direction, ils sont après vous ! »

Les deux garçons se raidirent. Katsuki inspecta la louve maintenant humaine de haut en bas, alors que de son côté, Eijiro devenait blême. Il déglutit :

« Oh non, c'est pas vrai…

-Qui es-tu, toi, au juste ? Gronda Katsuki en faisant un pas vers la louve, méfiant, l'arme toujours en main. Cette dernière, nullement impressionnée, lança :

-Tu n'as pas à te méfier de moi. Je connais Eijiro. Mais ce n'est pas le propos, vous devez vous en aller d'ici, et plus vite que ça. Le soucis… »

Kirishima, qui commençait à s'affairer, se retourna brusquement vers elle en entendant ses paroles :

« Qu'est ce que tu veux dire, Volk ? Un soucis ?

-J'ai vu un des types traverser la forêt en direction de Syrthio. J'ai l'impression qu'ils essaient de vous prendre à revers. »

Eijiro grinça des dents :

« Mais comment… Comment va-t-on rentrer au royaume ?

-On s'en fout, rugit Katsuki, on les explose ! C'est pas deux incapables qui vont m'arrêter, qu'ils viennent !

-Vous devez faire un détour, trancha Volk, ignorant totalement les cris du prince. Le mieux serait que vous passiez par Hiems.

-Hiems ?! Non mais c'est une plaisanterie ? Gronda Katsuki qui vint se planter devant la jeune femme qui le dépassait de plus d'une tête.

-Je crains fort que non. C'est dans votre intérêt de les éviter plutôt que de tenter de vous battre contre eux. »

Les sourcils froncés, Katsuki fixait Volk d'un air meurtrier, ce qui n'avait pas l'air de troubler la louve le moins du monde. Soudain, la voix de l'autre Adarkin s'éleva :

« On va passer par Hiems. Trancha Eijiro. Les deux autres se retournèrent vers lui. Ses lèvres étaient pincées et son regard était dur. Katsuki sortit les crocs :

-C'est absolument hors de question. Syrthio est à deux pas ! On vas pas se laisser impressionner par ces petits joueurs !

-C'est à moi de prendre la décision ! Ta vie est entre mes mains et j'ai promis de te ramener vivant, quoi qu'il en coûte ! »

Eijiro avait levé la voix. Ses deux billes rouges étaient plantées dans celles d'en face, qu'il ne lâchait plus du regard. Il était déterminé, et quoi que puisse dire Katsuki, son choix était fait : ils ne rentreraient pas au royaume tout de suite. Si faire un détour pourrait leur permettre d'avoir la vie sauve, il n'y avait aucune hésitation à avoir. Alors que les deux garçons ne se lâchaient pas du regard, Volk se racla la gorge, les faisant se retourner de concert vers elle :

« Je suis désolée de vous déranger, mais le temps presse. Eijiro, sors ta carte. Je vais vous indiquer le chemin à suivre. »

Kirishima acquiesça. Il dépassa Katsuki qui le regardait agir, n'en revenant pas de voir que ce garçon osait lui tenir tête. Il serra les dents, furieux. Parce que ce type pensait qu'il avait quelconque autorité sur lui ? Quelle blague !

Eijiro se dirigea vers ses sacs qu'il avait laissés au pied d'un arbre. Il se saisit de la carte qu'il déroula, Volk venant se placer dans son dos. Elle passa son bras au dessus du sien, lui indiquant du bout du doigt le chemin à suivre s'ils voulaient échapper aux bandits à leurs trousses :

« Nous sommes juste ici, à l'orée de la forêt, commença-t-elle, vous irez tout droit vers l'Ouest, puis vous prendrez la direction des Monts d'Irmgrad quand vous aurez quitté les bois.

-Bien, fit le jeune Adarkin qui suivait attentivement les consignes de la louve.

-Ensuite, vous traverserez le Royaume d'Hiems. Les nomades là-bas seront sûrement en mesure de vous aider.

-Et après ? Questionna Kirishima, nous reviendrons directement à Syrthio ?

-Mmmh, je ne vous le conseille pas. Vous feriez mieux de rester quelques temps entre Hiems et Aestas, histoire de vous faire un peu oublier.

-Entendu. Merci, Volk. »

Katsuki les regardait échanger, les sourcils froncés, un pli froissant son nez. D'abord Hiems, et maintenant Aestas ? Et puis quoi, encore ? Cette femelle voulait leur faire faire le tour du pays ? Plus il les écoutait parler, plus il avait envie de se tirer sur le champ. Mais la voix grave de la louve le coupa dans son monologue interne :

« Eijiro, tu te souviens de ce que je t'ai dit, la dernière fois ? Je vous protégerai et je les ralentirai pendant que vous partirez vers l'Ouest. Alors ne perdez pas une seconde de plus. »

Les doigts de Kirishima se resserrèrent sur le papier usé de sa carte qui se froissa légèrement. Il allait parler, mais la louve posa une main sur son épaule, plongeant ses perles d'or dans les siennes, coulant sur le jeune homme un regard doux et rassurant. Ils n'eurent pas besoin d'échanger plus de paroles. Eijiro ré-enroula la carte qu'il rangea soigneusement, puis se retourna vers le prince.

« Allons-y, fit-il à l'attention du jeune roi, mais ce dernier n'était pas du tout de cet avis.

-Je ne vais pas te suivre, siffla-t-il, je rentre à Syrthio. »

Eijiro écarquilla les paupières, d'abord déconcerté par la ténacité du jeune homme. Mais la surprise laissa bientôt place à l'irritation. Le dragon se laissait rattraper par sa peur et le mélange d'émotions qui le tourmentaient, il avait du mal à garder son calme.

« Ce n'est pas toi qui décide, scanda-t-il, la voix sourde, maintenant viens ici. On s'en va. »

Ce fut au tour de Katsuki de voir rouge. Jamais personne, hormis sa mère, la reine, n'avait osé s'adresser à lui de la sorte. Son sang ne fit qu'un tour :

« Je suis le prince ! Cria-t-il, se rapprochant de l'autre garçon, ne me donne pas d'ordres !

-Ici, tu n'es pas le prince, alors ré-estime ton égo ! »

Eijiro se rapprocha à son tour. Les deux adolescents n'étaient plus séparés que de quelques centimètres, et leurs deux visages étaient tout proches. L'électricité et la tension qui flottaient dans l'air étaient palpables. Aucun d'entre eux ne semblait prêt à céder. Sourde, la voix d'Eijiro s'éleva dans le silence qui était retombé l'espace d'un court instant.

« Tu es sous ma protection, ordre des souverains. Si tu refuses de coopérer, je t'assomme et je te traîne à Hiems de force. Son timbre n'avait jamais été aussi menaçant. Est ce que je me suis bien fait comprendre ? »

Katsuki serra les dents. Il déglutit. Il sentait ses oreilles bourdonner et son cœur cogner contre ses côtes. Il avait envie de hurler, il sentait la rage au bord de ses lèvres, mais le regard et l'autorité d'Eijiro lui faisaient presque peur. Sa voix grondante ne semblait même plus humaine, et lui rappelait le cri qu'il avait entendu la veille, lorsqu'il s'était difficilement traîné dans la forêt tandis qu'il se vidait de son sang, pendant que le dragon se battait contre l'Alliance. Ce souvenir lui fit froid dans le dos, et, pris d'un désagréable frémissement qui lui retourna le ventre, il finit par baisser les yeux, ses poings fermement serrés parcourus de tremblements incontrôlables.

Voyant que le jeune roi semblait avoir capitulé, Eijiro recula de quelques pas pour retourner auprès de Blodyn, se saisissant de ses rênes, prêt à monter en selle. Seulement, contrairement à ce à quoi semblait s'attendre l'Adarkin, le jeune homme lui tourna le dos pour se diriger vers les vestiges de leur campement de la nuit précédente.

« Où vas-tu ? » Tonna Kirishima, mais Katsuki s'arrêta et se pencha pour ramasser l'aiguille d'obsidienne qui gisait entre les herbes folles et la mousse humide. Il la rangea dans sa botte tout en lançant à l'autre adolescent un regard noir, et revint dans sa direction.

« Qu'est ce que tu vas faire, avec ça ? Questionna Eijiro, sur ses gardes.

-Ne m'adresse plus la parole. » Répondit seulement Katsuki, qui engouffra le bout de son pied dans l'étrier pour monter sur le dos de la jument sans un dernier regard pour celui qui l'avait tiré des cachots dans lesquels il avait été retenu prisonnier.

Le dragon soupira, se retournant une dernière fois vers Volk pour la remercier d'un signe de tête. Les bras croisés sur sa poitrine, cette dernière avait assisté à la scène, silencieuse, un sourcil levé, l'air dubitative. Le jeune homme monta à son tour, se plaçant dans le dos du prince, passant ses bras autour des siens pour se saisir des rênes. Eijiro le dépassait légèrement, et en sentant son buste se plaquer contre son dos et son souffle mourir contre son épaule, le cendré se raidit. Kirishima donna un coup de talon dans les flancs de leur monture, et la jument s'élança au galop entre les arbres, disparaissant bientôt, elle et ses deux cavaliers engloutis par la forêt.

« La bataille au Royaume de Gwanwyn est terminée, mais celle de la suite de leur voyage ne fait que commencer… » Souffla Volk pour elle-même avant de reprendre sa forme animale, quittant les lieux de par là où elle était arrivée, laissant derrière elle le camp précédemment agité à présent désert et silencieux.

§§§

Un claquement de sabots rapide, brutal, martelait la terre du sol acide de la forêt. Un cheval noir, paré d'une armure d'acier, un cavalier dissimulé par une cape sur son dos, filait à toute allure entre les arbres, soulevant les aiguilles mortes des épineux sur son passage. Le manteau de l'écuyer claquait au vent, soulevé par la vitesse et la cadence de la course de sa monture, ses mains gantées fermement agrippées aux rênes de cuir. Sous la capuche qui masquait son visage, deux points brillants luisaient dans la pénombre des sous-bois.

Le destrier fonçait droit devant, passant par dessus les obstacles de bonds graciles, retombant lourdement sur ses sabots à l'atterrissage. L'homme sur son dos n'était autre que Kurogiri, envoyé avec Dabi à la recherche du prince et de son sauveur. Ils s'étaient séparés à la sortie des terres mortes, et pendant que le manipulateur de flammes s'était lancé sur les traces des deux garçons, il avait le devoir de les attendre à l'entrée de Syrthio, où ils les empêcherait de regagner leur royaume.

Rendu sourd par le tourment lourd du galop de sa monture, l'homme n'entendit pas le bruissement du feuillage qui accompagnait sa course depuis plusieurs mètres. Il leva la tête lorsqu'il crut voir passer un éclair blanc dans son champ de vision, mais les arbres défilant à toute vitesse l'empêchaient d'y voir clair. Il raffermit son emprise sur les rênes de son cheval, quand tout à coup, l'éclat argenté qui semblait le pourchasser réapparut de nouveau. Son étalon souffla nerveusement, les oreilles plaquées en arrière. À présent il en était certain, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, était à sa poursuite. Lentement, il souleva sa cape d'une main, et enroula ses doigts autour du manche de la longue épée qui battait contre sa cuisse.

Alors qu'il s'apprêtait à dégainer, paré à ôter la vie à l'être qui avait cru bon de le prendre en chasse, un loup immense, le poil hérissé, toutes griffes dehors, bondit d'entre les buissons et se jeta sur la croupe du cheval qui poussa un hennissement déchirant lorsque les crocs de la bête s'enfoncèrent dans sa chair. L'animal perdit l'équilibre, tombant brutalement au sol, éjectant son cavalier dans le même temps, qui roula sur plusieurs mètres pendant que sa monture se débattait en vain contre le prédateur féroce qui lui arrachait des lambeaux de peau et lacérait ses flancs.

L'homme se redressa d'un bond et sa lame trancha l'air lorsqu'il la sortit en hâte de son fourreau, mais les yeux jaunes du loup suivaient chacun de ses mouvements, et il s'était jeté sur lui avant même qu'il n'ait eu le temps de se mettre en garde. Sous le poids de l'immense animal, il retomba au sol, sa capuche glissant et découvrant la fumée noire qui composait son visage, les crocs acérés claquant à quelques centimètres à peine de lui. Il tenta de repousser la bête, mais la louve faisait presque sa taille, et son corps massif l'empêchait de se débattre. Ses canines s'enfoncèrent profondément dans la chair de ses avant bras et de ses mains à mesure que l'encapuchonné tentait de la repousser, étouffant des cris sourds, mais lorsque les dents de l'animal rencontrèrent son abdomen seulement protégé du tissus qui le recouvrait, il ne suffit que d'un mouvement de tête à la louve pour ouvrir d'un coup bref le ventre de l'homme. Pendant que ses habits se teintaient d'un rouge sombre, il agitait faiblement son épée du bout du bras, tentant maladroitement d'asséner un coup de lame à l'animal qui l'évitait furtivement, revenant à l'attaque de part et d'autre de son buste pour croquer dans sa chair et trouer son corps de marques de crocs.

Lorsque le calme retomba sur la forêt, seulement troublé du hennissement plaintif et aigu du cheval mourant, et de la respiration désordonnée de son cavalier se vidant de son sang, tordu de douleur, la louve changea d'apparence, retrouvant sa silhouette humaine. Lentement, elle avança jusqu'au corps raide de Kurogiri, puis s'accroupit au dessus de lui, le visage neutre, ses perles dorées brillantes dans la pénombre, sa peau claire tâchée de son sang. Elle entrouvrit les lèvres, découvrant ses crocs, et sa voix grondante s'éleva dans l'air glacial qui baignait la scène :

« N'approchez plus d'Eijiro, où vous aurez affaire à moi. Ton camarade sera le prochain.

-Tu n'es qu'une bête sauvage, tu ne sais pas de quoi tu parles… Il n'y aura pas d'aube, pour eux. » Grogna l'homme sous elle, étendu dans la terre humide, projetant sur le visage de la louve des éclats de sang qui remontaient à sa gorge depuis son estomac ouvert.

Et dans un gargouillement de fluides et de viscères, il rendit son dernier souffle, restituant aux sous-bois le silence lourd qui se levait avec la brume. Bientôt, son cadavre ne serait plus qu'un squelette, témoin de la férocité des Loups de la forêt de Fanghorn.

À suivre…


Aïe aïe aïe, ça se corse entre nos deux présumés tourtereaux. Et là, vous vous dites: "Mais comment ils sont supposés se pécho si ils se foutent sur la gueule comme ça ?", eh bien moi, je vous réponds: "Patience, mes agneaux. Tout vient à point à qui sait attendre."

Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez apprécié votre lecture, si oui (ou même non), n'hésitez pas, comme toujours, à me donner votre avis parce que ça me booste un max et ça me donne aussi des idées pour peaufiner le scénar' (ce qui est très cool).

Sur ce, je vous vous laisser pour aller prendre mon p'tit déj parce que je commence à avoir faim, je vous dis donc à très bientôt pour le chapitre 8 qui est bien avancé bien que pas tout à fait terminé.

À la prochaine! *fait au revoir avec sa main comme une débile*