Bonjour tout l'monde! Aujourd'hui je vous salue en direct de mon plat de sushis, et croyez-moi, ils sont délicieux.

Et comme j'ai rien à dire à part des conneries (comme d'hab, quoi...) je vous laisse à la lecture. On se retrouve en bas!

Enjoy!


Chapitre VIII : Le début du voyage

Cela faisait plusieurs heures que Blodyn galopait à travers la forêt en direction de l'Ouest, les muscles bandés et le souffle court. Au dessus de la jument et de ses deux cavaliers, le ciel, lorsqu'il se laissait entrevoir entre les branches épaisses des sapins, n'était plus d'un bleu pâle comme ils le connaissaient à Syrthio, mais se teintait d'un gris morne et livide, et avec lui, se levait un souffle glacial, provenant de la mer.

Les doigts emmêlés dans les crins noirs du cheval, Katsuki frémit en sentant le froid s'engouffrer à l'intérieur de sa cape, venant mourir contre sa peau nue et frissonnante. Le corps d'Eijiro contre le sien lui procurait une légère chaleur, mais elle n'avait rien d'agréable. Elle le démangeait, le gênait, et sentir son contact devenait de plus en plus insupportable. Il sentait une boule se former dans sa gorge, qui n'avait cessé de grossir depuis qu'ils avaient quitté leur camp de la veille. Prendre la direction de l'inconnu alors qu'il était si proche de chez lui le rendait tout bonnement malade, et il en voulait à l'autre jeune homme de l'avoir forcé de la sorte.

Il jeta un léger coup d'œil à sa gauche. Le paysage, ballotté par la cadence de la course de leur monture, était le même depuis des heures. Des troncs longilignes et sombres, des milliers et des milliers d'épineux qui s'agglutinaient les uns sur les autres et ne laissaient passer aucune lumière. À présent, ils devaient avoir dépassé son royaume depuis longtemps. Il sentit son cœur se serrer à cette pensée. Il n'avait aucune envie de voyager.

Derrière lui, les doigts fermement agrippés aux rênes, Eijiro restait tendu et silencieux. Le regard au loin, il dirigeait sa jument droit vers leur nouvelle destination, la faisant slalomer entre les arbres, bondir au dessus des troncs décomposés qui jonchaient le sol, ou traverser une rivière en éclaboussant ses pattes de fines gouttelettes glacées.

Entre les deux adolescents, la tension demeurait, et ils ne s'étaient pas adressé la parole depuis leur départ. Katsuki n'en avait aucune envie, et Eijiro, de son côté, ne savait pas comment il devait se comporter. Il s'en voulait d'avoir été si dur avec le prince, mais il était surtout troublé par cet aspect de sa personnalité qu'il ignorait lui-même : jamais il n'avait levé la voix de la sorte, jamais il n'avait parlé aussi agressivement à quelqu'un. La peur de se faire rattraper par les membres de l'Alliance lui avait clairement fait perdre les pédales. Il poussa un léger soupir. Il devait s'excuser auprès de Katsuki. Sa situation était déjà assez compliquée comme ça, il n'avait pas à l'empirer. Au contraire, son rôle était de le protéger, et même si le jeune roi le rejetait à chaque approche qu'il tentait, il avait envie de prendre soin de lui.

Kirishima fit ralentir sa monture quelques kilomètres plus tard. La forêt était à présent moins dense, les arbres se faisant plus épars. L'air glacial n'était plus une impression et un vent hivernal se levait entre les troncs, accompagné de minuscules flocons blancs. À travers les branches, les sommets enneigés des Montagnes d'Irmgrad se laissaient deviner, rendus troubles par le blizzard. Lorsque la bête s'arrêta totalement, ses sabots piétinèrent une fine couche de neige tombée au sol. Ils approchaient d'Hiems.

Eijiro mit un pied à terre. Katsuki, resté sur le cheval, lui jeta un discret coup d'œil par dessus son épaule, et tourna immédiatement la tête en voyant que l'autre garçon levait le regard vers lui. Le jeune roi s'emmitoufla dans sa cape, un nuage de buée se formant à la barrière de ses lèvres. La température avait grandement chuté et il était maintenant difficile de supporter le froid. Kirishima, qui avait lui aussi revêtu sa cape, se décida enfin à briser le silence :

« Et si on s'arrêtait un moment ? Je vais aller, euh… Je vais essayer de nous trouver quelque chose à manger. »

Seul un souffle de vent lui répondit. Katsuki, toujours dos à lui, le regard au loin, finit par murmurer :

« Fais comme tu veux. »

Le dragon serra les dents. Il finit par s'éloigner, le son de ses pas crissant dans la neige ne fut bientôt plus qu'un frisson lointain et Katsuki se retrouva seul. Lorsqu'il fut sûr que l'autre garçon n'était plus dans les parages, le prince descendit du cheval à son tour. Il flatta l'encolure de la jument qui tourna sa tête massive vers lui. Sa peau dégageait une chaleur apaisante. Il se recroquevilla contre elle, posant son front contra sa fourrure brune, les longs crins de l'animal se mêlant à ses mèches cendres. Puis, le prince laissa échapper un long soupir, emporté par le souffle du vent glacé des contrées du Nord-Ouest.

§§§

Eijiro s'enfonçait dans une forêt où le temps semblait s'être arrêté. Le silence était lourd, pesant, presque irréel. Les flocons qui tombaient et venaient se déposer délicatement sur le sol et les sapins étaient plus gros et plus nombreux, à tel point qu'à présent, les branches étaient lourdes de neige, et le sol n'était qu'une étendue blanche qui se mêlait avec l'horizon. Le regard bas, il se laissait envahir par ses doutes, ne sentant pas le froid qui glissait sournoisement sur sa peau. Il releva brusquement la tête en entendant un froissement non loin de lui, et tomba nez à nez avec un renard qui le fixa avant de s'enfuir derrière les arbres.

Le jeune homme resta interdit un instant avant de revenir sur terre. Il devait se ressaisir. Il devait à tout prix trouver de quoi manger pour le prince, leurs réserves se faisaient maigres, et il n'avait rien avalé depuis la veille. N'importe quoi ferait l'affaire. Lentement, il leva son bras en l'air et se saisit du manche de l'une de ses dagues, qu'il dégaina sans un bruit avant de partir sur les traces de la petite bête.

Seul le son de ses pas bruissait dans le silence des sous bois. Dans la neige, de minuscules marques de griffes laissaient deviner que le renard venait de passer par là. Le jeune Adarkin les scruta attentivement, tentant de les suivre, mais elles étaient trop floues, et bientôt, il perdit sa trace. Cependant, il n'abandonna pas pour autant. Il ne devait pas être bien loin, il lui suffisait de patienter un peu et il finirait sûrement par montrer de nouveau le bout de sa truffe…

Alors que Kirishima s'enfonçait toujours plus profondément dans les bois, observant les alentours à la recherche de la moindre forme de vie, il tomba, au détour d'un large tronc mort, sur le trou béant d'une tanière creusée dans le sol. Il s'agenouilla prudemment à l'entrée. L'odeur qui s'en dégageait était musquée, nauséabonde. Vu la taille de l'ouverture et la pestilence des relents qui s'en dégageaient, ce n'était pas le terrier d'un renard. Ce qui se terrait là-dedans devait être bien plus gros.

Il remonta son foulard devant son visage, fronçant le nez. Ses doigts se resserrèrent sur sa lame. Puis, de sa main libre, il s'agrippa à une épaisse racine qui dépassait du sol, juste au dessus de la butte de terre, et se laissa glisser à l'intérieur de l'antre.

L'entrée était un long couloir étroit dans le quel il descendit difficilement, avant de déboucher dans l'accul, si large qu'il put presque s'y redresser totalement. La pénombre y était quasi-complète, la maigre lumière du jour n'arrivant pas à parvenir jusque dans les profondeurs de la terre. L'odeur de la nourriture pourrissante était lourde, et avant que ses yeux ne se fassent totalement à la pénombre, Eijiro sentit quelque chose de sec et dur craquer sous ses semelles. Il s'accroupit, glissant prudemment ses doigts sur ce qu'il pensait être une branche morte, mais la surface lisse et froide qu'il rencontra, ses courbes ovales et abruptes par endroits, ainsi que la fourrure desséchée qui la recouvrait l'informèrent qu'il venait de piétiner les vestiges d'une des proies de l'occupant de ce terrier. Il se redressa, sur ses gardes. Si ce qui se terrait là-dedans l'avait entendu, il rappliquerait d'une seconde à l'autre. Il tendit l'oreille.

Les secondes qui passèrent furent d'un tel silence que c'en fut presque malsain. Kirishima, toujours tendu et prêt à réagir au moindre bruissement, finit par réaliser que cette antre n'était sûrement pas occupée. Il rangea son arme, puis se retourna, prêt à remonter le long du couloir pour quitter ce souterrain à la puanteur infâme. Mais alors qu'il commençait à se faire à l'obscurité, s'apprêtant à sortir pour poursuivre sa chasse, un grondement dans son dos le fit se retourner brusquement.

Il serra les dents, le cœur dans la gorge et le ventre tordu par la surprise. Il lui était impossible de ne distinguer plus que la silhouette de l'animal massif qui venait d'apparaître en face de lui, la lumière se reflétant au fond de ses yeux étant la seule chose qui lui permettait de suivre son déplacement. La bête, feulant agressivement, avançait lentement, longeant les parois de sa tanière. Le souffle court, le jeune dragon l'imita, se tenant à distance.

Sans un bruit, il releva son bras pour se saisir de sa dague qui quitta son fourreau dans un crissement d'acier. La créature continuait d'avancer, à tel point qu'elle lui bloquait à présent l'accès à la sortie, acculant le jeune homme au fond de son repaire. Maintenant que sa silhouette poilue se détachait dans la luminosité quasi-inexistante de l'entrée de son terrier, Eijiro réalisa face à quelle genre de bête il se trouvait.

Il déglutit. Une face ornée d'un collier de fourrure, deux oreilles triangulaires surmontées d'une touffe de poils, une silhouette trapue prolongée d'une queue courte, il n'y avait pas de doute. Il venait de tomber dans l'antre d'un lynx.

Un souvenir lui traversa l'esprit. « Le lynx chasse en s'approchant au plus près de sa proie pour pouvoir la capturer par surprise », il l'avait lu dans un livre, il y a longtemps, sans jamais imaginer qu'il devrait un jour devoir faire face à un tel prédateur. Il ne l'avait pas entendu arriver, et même si à présent, le fauve se mouvait dans la pénombre, le bruit de ses pas sur le sol jonché d'ossements de sa tanière était imperceptible.

Son emprise se resserra sur le manche de sa lame. Il devait attaquer le premier s'il ne voulait pas se faire réduire en pièces par les crocs et les griffes de la bête. Il fit un pas en avant, prêt à lancer l'assaut, mais le lynx fut plus rapide et bondit sur lui dès que le jeune homme fit mine de s'avancer.

Le dos du dragon cogna violemment contre la paroi de terre dans son dos, en même temps que l'arrière de son crâne, lorsque que le prédateur se jeta sur lui. La gueule ouverte, ses canines claquèrent tout près de son visage avant qu'il n'arrive à repousser l'animal qui roula au sol. Il donna un coup de couteau qui fendit l'air, suivit d'un deuxième, faisant reculer la créature qui gronda agressivement, ses deux billes fluorescentes dansant dans l'obscurité. Ce fut à son tour d'attaquer, un coup de patte violent, griffes sorties, qui rencontra la chair tendre de son bras seulement à moitié protégé par ses gantelets en maille. Eijiro recula en sifflant entre ses dents, sentant une brûlure profonde lui lacérer la peau, avant qu'un liquide chaud et odorant ne se mette à dégouliner abondamment le long de son bras, gouttant sur la terre et les débris qu'il piétinait dans sa bataille.

Il savait qu'il ne devait pas se laisser dominer, mais il eut une seconde d'hésitation qui lui fut fatale.

Troublé par la douleur, il fit un pas en arrière, relâchant sa garde, baissant son arme. Le lynx se jeta de nouveau sur lui, le faisant trébucher en arrière, et planta ses crocs dans son épaule lorsque son dos rencontra brutalement le sol. Eijiro sentit son souffle se couper et les canines s'enfoncer profondément dans sa chair et ses muscles, il sentait ses tendons se déchirer à mesure que le fauve mordait à plusieurs reprises, l'écrasant de tout son poids, prêt à dévorer l'intrus qui s'était glissé dans son antre.

Sous le coup de la surprise, il lâcha sa dague qui tomba entre les restes du lynx. Bloqué sous la bête qui s'acharnait sur lui, il tentait de se débattre, mais les crocs acérés fendaient toute chair à leur portée, s'enfonçant dans ses mains, son buste, son cou.

Ses doigts s'accrochaient et arrachaient par touffe la fourrure épaisse. Ses forces le quittaient et il n'arrivait pas à repousser l'animal, ses jambes battaient dans le vide, et sa respiration désordonnée et sifflante était recouverte par les grognements étouffés du félin. De nouveau, Eijiro se laissait dominer par sa peur et était incapable de réfléchir correctement. Sa panique montait avec l'odeur du sang qui envahissait l'accul, les mâchoires du prédateur ne lui laissant aucun répit. Allongé sous le corps massif du lynx, il était impuissant…

… Jusqu'à ce que, que dans ses gestes désordonnés, ses doigts ne rencontrent de nouveau le manche de sa lame tombée au sol. Il tâtonna entre les débris et les fragments d'os avant d'arriver à la saisir correctement, et d'un coup vif, trancha la gorge du fauve qui s'immobilisa instantanément, avant qu'un jet d'hémoglobine ne jaillisse de par sa jugulaire ouverte. La bête lâcha prise et recula à son tour dans un feulement de douleur, se tortillant sur elle-même. Eijiro s'empressa de s'éloigner jusqu'à se retrouver tout contre la paroi de terre de la tanière, le corps tremblant et le souffle court. Lorsque l'animal fit mine de revenir à la charge, le dragon, poussé par son instinct de survie, bondit le premier pour fondre sur lui, la longue lame de sa dague s'enfonçant entre les poils épais et la chair à plusieurs reprises, avant que le félin ne s'écroule au sol dans un râle d'agonie.

Quand le lynx rendit son dernier souffle, Eijiro était toujours cramponné au manche de sa dague, enfoncée dans le ventre de l'animal, les mains parcourues de tremblements incontrôlables. L'odeur du sang frais avait à présent totalement recouvert les effluves des charognes, rendant l'air brûlant et irrespirable.

Il laissa son propre corps retomber en avant le temps de reprendre ses esprits, son front rencontrant la fourrure épaisse et soyeuse du fauve encore chaud. Lentement, ses doigts se délièrent du manche poisseux de sang de son arme pour venir se perdre entre les poils de la bête. Il ferma les paupières, les serrant aussi fort qu'il le put, retenant un sanglot qui lui tordit les cordes vocales.

« … Je suis désolé… »

Mais il ne put pas retenir ses larmes, et bientôt, ses pleurs étouffés s'élevèrent dans la pénombre de l'antre.

§§§

De longues minutes plus tard, Eijiro rouvrit les yeux. Son visage était enfoncé dans une fourrure molle et réchauffait son corps vidé de forces. Il se redressa difficilement, tentant de distinguer ce qui se trouvait autour de lui, mais tout était sombre. Un odeur forte de viscères et de mort planait dans l'air lourd, et pourtant, des frissons glacés couraient le long de sa colonne vertébrale. Il mit quelques secondes à se rappeler où il se trouvait, avant de comprendre qu'il avait perdu connaissance contre le lynx auquel il venait d'ôter la vie.

Il tenta de se relever, titubant, se rattrapant de justesse contre la paroi du terrier. Il n'avait aucune énergie, et sentait le sang s'écouler encore abondamment de ses plaies. Il ne devait pas rester ici. Il devait sortir, ramener cet animal qu'il avait tué, retrouver le prince qu'il avait laissé seul… Ses paupières s'écarquillèrent. Combien de temps était-il resté inconscient, au juste ? Combien de temps le jeune homme était-il resté sans surveillance, seul dans le blizzard ? Son ventre se retourna à cette simple pensée. Il se précipita tant bien que mal à l'entrée de la tanière, un souffle d'air frais venant mourir contre ses joues. Il jeta un œil par dessus son épaule, avisant le corps de la bête qui n'était qu'une silhouette dans la pénombre. La tirer hors de ce terrier en passant par cet étroit conduit qui menait à l'extérieur n'allait pas s'avérer être une mince affaire, mais il ne pouvait pas se permettre de perdre une seconde de plus.

Il revient sur ses pas, se penchant sur le corps massif du félin. La bête s'était recroquevillée sur elle-même. Lentement, Eijiro approcha sa main jusqu'à son échine, avant de le saisir par la peau du cou pour le tirer à l'extérieur.

La dépouille était lourde, et si la traîner jusqu'à l'entrée de sa tanière ne fut pas la tâche la plus difficile, la remonter jusqu'à l'extérieur fut exténuant pour le jeune Adarkin qui perdait beaucoup de sang. Il tira le poids mort avec difficulté, soufflant, une nausée désagréable le prenant à la gorge, jusqu'à ce que le vent glacé et la lumière pâle de l'extérieur ne l'accueille de nouveau. Eijiro le vécu comme une délivrance.

Il expulsa son propre corps et celui du lynx dès qu'ils quittèrent l'étroit couloir du terrier, se laissant retomber dans la neige glacée et immaculée, bientôt recouverte du rouge sombre de leur sang qui se diffusait sur la poudreuse fraîche. Essoufflé, Eijiro resta un instant les bras écartés, le dos dans la glace, le regard rivé sur le ciel pâle strié des branches dénuées des arbres. Devant son visage, un nuage de buée épais se créait à chacune de ses respirations, et l'air froid lui brûlait la gorge. Pourtant, il s'en fichait. Le froid anesthésiait son corps et la douleur de ses plaies disparaissait peu à peu, aussi, il finit par se relever, décidé à retrouver Katsuki qui l'attendait avec Blodyn.

Il se pencha sur le corps du fauve, saisit ses pattes avant et ses pattes arrière avant de soulever la bête pour la faire passer sur ses épaules. Il se sentait faible, mais en le portant ainsi, le poids était mieux répartit. Il observa les alentours afin de retrouver le chemin par lequel il était venu, et quitta la tanière, laissant dans la neige des traces de pas floues et de grosse gouttes pourpres.

Lorsqu'il retrouva l'endroit où il avait quitté Katsuki quelques temps plus tôt, le jeune roi et la jument étaient serrés l'un contre l'autre, se protégeant tant bien que mal du blizzard, le garçon lové contre l'encolure de sa monture et la bête le cou replié contre lui. En l'entendant revenir, le prince sortit de sa léthargie et se retourna dans sa direction, les sourcils froncés et le regard noir.

« Ah, te revoilà enfin ! T'en as mis, du temps ! Qu'est ce que tu… »

Mais le cendré ne termina pas sa phrase, sa voix mourant dans sa gorge lorsqu'une fois face à l'autre adolescent, il vit ce dernier couvert de plaies et dégoulinant de sang, à tel point qu'il en avait laissé de longues traînées derrière lui. Sans même s'en rendre compte, il se précipita auprès de lui, pris au dépourvu devant l'état de son camarade.

« Qu'est ce qui s'est passé ? Tu t'es battu ?

-Je t'ai ramené ça, souffla Eijiro en s'approchant de Blodyn pour se débarrasser de sa charge qu'il posa lourdement sur son dos, tu dois manger de la viande si tu veux reprendre des forces… »

Le carmin tituba avant de se retenir aux rênes, sous le regard inquiet du prince qui le suivait des yeux. La colère qui l'animait se tarissait peu à peu au profit d'un nouveau sentiment, bien différent, qui lui serrait la poitrine et lui brûlait le contour des yeux. Ce garçon… Il s'était battu pour le tirer des griffes des bandits de l'Alliance, l'avait protégé et nourrit, et à présent, revenait avec un animal contre lequel il s'était apparemment battu avec une férocité telle qu'il y avait laissé des plumes. Pour lui. Il déglutit. La haine et le ressentit étaient encore forts, mais Katsuki se sentait presque mal d'éprouver de telles émotions quand à ce jeune homme alors qu'il risquait littéralement sa vie pour la sienne. Il accourut de nouveau auprès de lui en le voyant faire mine de tomber en arrière.

« Hé, accroche-toi ! Ne me laisse pas ! »

Il le retint en agrippant son bras, l'aidant à se redresser. Son visage dépeignait un étrange mélange d'une rancœur pas tout à fait dissipée et d'une angoisse mal dissimulée. Eijiro semblait totalement vidé de son énergie, et son teint d'habitude légèrement halé était maintenant aussi pâle que les flocons qui tourbillonnait dans l'air dès que le vent glacial de la mer se levait sur la forêt. Un maigre sourire prit possession des traits du jeune Adarkin :

« Ne t'en fais pas, je vais bien. Je suis désolé…

-Gh… C'est pas le moment pour ça, allons nous-en d'ici. »

Katsuki glissa son pied dans l'étrier et bondit sur le dos de la jument, tendant la main à l'autre garçon resté à terre.

« Viens, monte. »

Eijiro se saisit de la main tendue du jeune homme, se hissant à son tour sur leur monture. Katsuki lui jeta un regard par dessus son épaule :

« T'as pas intérêt à tourner de l'œil !

-Ça ira, essayons de trouver un endroit pour la nuit… »

Kirishima se saisit des rennes qu'il serra fermement, pourtant, il ne sentait plus ses doigts, engourdis par le froid et par la quantité de sang qu'il manquait à son organisme. Katsuki donna un coup de talon à la jument qui partit au trot, laissant derrière elle ses traces de sabots, la neige tombant à présent en lourds flocons recouvrant les tâches de sang et de pas qu'ils avaient laissé derrière eux.

§§§

Le blizzard se levait, soufflant de plus en plus fort maintenant que les deux cavaliers quittaient la forêt de Fanghorn. Seuls quelques arbres les accompagnaient encore de temps à autre, mais le paysage commençait à changer. Face à eux, se dressaient les Monts d'Irmgrad, une chaîne de sommets rocailleux et tranchants, de la pierre grise recouverte d'une neige d'un blanc pur, noyé dans le brouillard qui tombait sur la vallée. Maintenant qu'ils avaient quitté les bois, ils se retrouvaient au pied de la montagne, longeant un cours d'eau provenant des glaciers, plus haut en altitude.

Le soleil commençait à décliner, et, caché sous l'épaisse couche nuageuse, le ciel n'était plus qu'une estampe peinte d'un encre presque pur. La vallée se laissait engloutir par le début de la nuit, et avec elle, le vent soufflait plus fort, accompagné de gros flocons qui tombaient en pluie. Eijiro et Katsuki n'avaient pas encore totalement quitté Syrthio, mais le changement de température était significatif : Hiems, le Royaume d'Hiver, n'était plus qu'à quelques pas.

À l'horizon, dansants derrière le blizzard, de maigres petits points lumineux témoignaient d'une activité humaine plus ou moins lointaine. Katsuki, le dos droit, les doigts emmêlés dans les crins de Blodyn, observait ces dizaines de petites flammes vacillantes. Il s'agissait sans aucun doute du peuple des nomades, mais au vu de la distance qui les séparait d'eux, ils ne les atteindraient jamais avant le lever du jour. Ils n'avaient pas le choix, ils devaient trouver un abri pour la nuit s'ils ne voulaient pas mourir de froid, ni faire face à la tempête de neige qui s'annonçait.

Derrière lui, Eijiro était immobile et silencieux. De temps à autres, le jeune roi jetait un coup d'œil en arrière pour s'assurer de son état. Lorsque ses mains frôlaient les siennes, tenant les rênes, il les sentait aussi froides que de la glace. Il ne le laissait pas deviner, mais il était inquiet. Il observait attentivement les alentours à l'a recherche d'un endroit où ils pourraient faire une halte, mais les flancs de pierre abrupte de la montagne ne leur laissaient pas beaucoup de possibilités.

Alors qu'il commençait à se mordre nerveusement la lèvre, un poids contre son épaule le fit se tendre. Il se retourna brusquement, prêt à gronder contre l'autre jeune homme, mais s'abstint lorsqu'il réalisa que ce dernier était inconscient. Il tira sur les rênes de la jument qui stoppa, soufflant bruyamment.

« Hé, réveille-toi ! »

Eijiro cligna des paupières dans un grognement étouffé. Il était à bout de forces. Il murmura quelque chose, que Katsuki ne comprit pas.

« Merde… Eijiro, c'est ça, hein ? Ne t'endors pas ! »

Le prince prit ses mains qu'il entoura autour de sa taille. Il frissonna au contact de sa peau littéralement gelée contre la sienne. Ce froid devenait insupportable.

« Accroche-toi à moi. Si tu tombes, je ne ferai pas demi-tour pour te récupérer ! »

Katsuki se saisit des rennes et talonna la jument pour qu'elle reparte, la lançant au galop. Il devait faire vite, la vie d'Eijiro était en danger. Secoués par la course de la bête, Bakugo sentit l'emprise de Kirishima se faire de plus en plus molle autour de lui. Il rattrapa son bras pour le maintenir autour de sa taille, étouffant un grognement rageur. Lui même ne savait pas pourquoi il agissait ainsi, mais il n'avait pas le cœur de le laisser derrière lui et de l'abandonner à son sort.

Alors que la pénombre devenait de plus en plus présente, faisant disparaître les sommets d'Irmgrad dans la nuit, les yeux du prince s'accrochèrent dans sa course sur une cavité sombre dans la pierre, au détour d'un flanc abrupt. Il fit faire un demi-tour brusque à sa monture qui émit un hennissement de protestation, avant de se laisser diriger jusqu'à ce renfoncement qui avait attiré l'attention du jeune roi.

Une ouverture était taillée dans la pierre, haute d'un peu moins de deux mètres et pas plus large que deux hommes. À cause de la pénombre, Katsuki ne fut pas capable de dire si ce creux qui semblait être une grotte serait assez profond pour les accueillir tous les trois. S'il voulait en avoir le cœur net, il n'avait d'autre choix que d'aller vérifier. Il descendit de la jument, se saisissant de ses rênes au niveau du mors pour l'attirer avec lui à l'intérieur de la crevasse.

Dehors, la lumière du jour avait presque complètement disparu, mais il faisait aussi noir dans cette cave de fortune que dans le plus profond des sommeils. Katsuki ne voyait pas où il posait les pieds, pourtant la caverne semblait assez haute, car le claquement des sabots de la jument résonnait jusqu'à n'en plus finir à mesure qu'ils tâtonnaient dans l'obscurité. Après avoir avancé de plusieurs pas, sur trois mètres environ, le prince finit par s'arrêter. Il se retourna, et ne distingua que difficilement la silhouette de la jument et de l'autre garçon qui l'accompagnait, à présent allongé sur le dos de la bête, absent de toute énergie. L'adolescent revient sur ses pas, s'approchant de lui. Il souffla :

« Tu es toujours en vie ? »

Il posa une main hasardeuse sur ce qu'il supposait être son bras, avant que ses doigts ne rencontrent le liquide poisseux et chaud qui s'écoulait de ses plaies. Il la retira vivement au contact, surpris, la ramenant contre lui. Il resta un instant en proie à l'hésitation, interdit, ne sachant pas vraiment ce qu'il devait faire à présent qu'ils avaient trouvé un endroit pour se mettre à l'abri.

La jument souffla, et tourna la tête dans la direction de ses deux cavaliers, cognant du bout du museau l'épaule du cendré. Le prince se retourna en grondant, sifflant entre ses dents un : « Qu'est ce que tu essaies de me dire, toi ? » à peine menaçant. Il finit par soupirer à son tour, puis se décida enfin à faire descendre Eijiro du cheval. Il attrapa son bras, qu'il fit passer par dessus son épaule, et le hissa comme il le put sur son dos. Il sentit son flanc le lancer douloureusement sous l'effort mais serra les dents.

« C'est pas croyable, tu pèses une tonne ! » Râla le jeune roi en le tirant un peu plus loin avant de l'allonger précautionneusement au sol. L'Adarkin gémit doucement lorsque sa tête roula sur le côté, et le prince retourna auprès de leur destrier pour fouiller dans le sac de jute à la recherche de quoi allumer un feu. Ils en avaient besoin pour se réchauffer, et s'il voulaient faire cuire cet animal que le rouquin avait ramené… D'ailleurs, la bête gisait toujours sur le dos de la jument. Le visage déformé par un rictus écœuré, le prince poussa le cadavre du fauve jusqu'à ce qu'il tombe lourdement sur le sol, libérant Blodyn de sa charge. Il se frotta rapidement les mains avant de reprendre sa recherche.

Ses mains rencontrèrent d'abord le papier rugueux et usé de la carte du pays qu'Eijiro transportait avec lui. Il la poussa sur le côté, mais, mis à part ça, le sac était presque vide. Il ne sentit que la peau lisse d'une pomme ronde qui roulait au fond du sac, la croûte rugueuse d'une miche de pain séchée, le cuir rêche de la gourde vide, et les contours de la minuscule sacoche qu'il lui avait présentée plus tôt dans la matinée. Katsuki s'en saisit, ses doigts se crispant autour du tissu. Elle était légère, ne contenant quelques baies, des airelles et quelques myrtilles que l'adolescent avait ramassées pour lui. Le prince la poussa elle aussi, et trouva enfin de fines branches sèches oubliées au fond du sac. Il les sortit à la hâte avant de revenir auprès d'Eijiro.

En tant normal, de simple brindilles seules n'auraient pas suffit à faire partir un feu. Mais Katsuki était un Dranëgil. Son Infirma, charcutée, lui avait fait perdre ses pouvoirs, mais à présent que l'aiguille d'obsidienne ne meurtrissait plus ses chairs, il sentait la chaleur de sa force revenir lentement mais sûrement en lui, la puissance offerte par ses parents redevenait peu à peu sienne.

Le cendré crispa les doigts, serra les poings à plusieurs reprises, tentant de chasser le froid qui engourdissait ses membres. Ses blessures le faisaient encore souffrir, mais tout à l'heure, pendant qu'il attendait le retour d'Eijiro, blottit contre Blodyn, dans un élan de désespoir, se sentant geler, il avait réussit à créer quelques maigres étincelles au creux de ses paumes.

Il ferma les yeux, inspirant profondément. Il allait y arriver. Il était plus puissant à son âge que ses géniteurs à présent adultes, il maîtrisait son pouvoir à la perfection et il sentait la chaleur de ses flammes remonter lentement dans tout son organisme. Sa main se posa à plat sur les branches sèches qui craquèrent au contact. Ses doigts tremblaient légèrement, et le prince ne sut pas s'il s'agissait du froid, ou si la cause de ces frémissements était la même que celle qui lui retournait le ventre, si cette frayeur sourde était celle qui lui murmurait au creux de l'oreille qu'il ne récupérerait pas totalement son pouvoir.

Il ignora ses doutes, serrant les dents. Il suffirait d'une étincelle pour les réchauffer tous les deux, juste une… Savoir que leur survie tenait littéralement entre ses mains l'aiderait peut-être à libérer sa lumière.

§§§

Lorsqu'Eijiro rouvrit les paupières, encore vidé de ses forces à tel point que le simple fait de bouger la tête lui semblait impossible, le prince était penché au dessus de lui, auréolé d'une lumière orangée qui découpait sa silhouette en une ombre nette. En le voyant ouvrir les yeux, le cendré se redressa d'un bond. Son visage semblait moins courroucé que d'habitude, bien que ses sourcils soient froncés, son regard rubis planté dans le sien encore embrumé. Les deux larges boucles d'oreilles qui pendaient à ses lobes tintèrent lorsqu'il se redressa, et il s'essuya la bouche d'un revers de main. Eijiro aurait juré sentir une pression sur ses lèvres, avant de réaliser qu'une substance pâteuse envahissait sa bouche. Il n'eut pas le temps de se poser de question que la voix rauque du prince s'éleva :

« Avale. Que je ne me sois pas donné tout ce mal pour rien. »

Encore déphasé, le dragon ne chercha pas à en savoir plus et obéit. Il déglutit, puis se passa le bout de la langue sur les lèvres. De la viande… Le prince l'avait nourri ?

Eijiro se redressa sur ses coudes en grognant. Il cligna des yeux une nouvelle fois, laissant son regard balayer l'endroit dans lequel il se trouvait. Il ne sentait plus le vent glacial qui s'infiltrait à l'intérieur de ses vêtements, mais une douce chaleur venait à lui par vagues, accompagnée du crépitement d'un foyer. La lumière du petit brasier se reflétait sur les parois qui les protégeaient, faisant danser les ombres des reliefs de la pierre. Le souffle plaintif du vent s'entendait toujours, mais il semblait lointain. Encore un effort, et le jeune homme réussit à s'asseoir en tailleur, les coudes posés sur ses cuisses. Il se passa une main fébrile sur le front.

À sa droite, le prince s'était agenouillé. Il ne le lâchait pas des yeux, comme s'il surveillait son état. À bien y regarder, ses sourcils froncés n'étaient peut-être pas témoins de sa colère, mais plutôt d'une inquiétude mal dissimulée… Seulement, Eijiro était encore trop embrumé par la fatigue pour s'en douter. L'Adarkin releva la tête, ses billes rouges rencontrant celles du jeune roi.

Dans le feu, une vieille branche éclata, s'en suivi un court silence. Katsuki finit par souffler :

« Comment tu te sens ?

-… Je suis épuisé. » Répondit seulement Eijiro en baissant de nouveau les yeux sur son propre corps.

Il se souvenait peu à peu de sa lutte à mort contre le lynx. La suite des évènements était floue dans sa tête, et il ne se rappelait pas être arrivé ici. Alors qu'il se perdait dans ses questionnements, son regard tomba sur ses plaies bandées, ses bras, son buste. Il porta ses mains à son cou, et sentit une bandelette de tissu fermement accrochée autour de celui-ci. Il ne saignait plus. Il se retourna vers le prince.

« C'est toi qui ?… »

Sans répondre, le jeune homme se contenta de détourner le regard, cachant le bas déchiré de sa cape derrière lui. Les bandages qui entouraient ses blessures étaient de la même couleur, non pas car ils étaient teintés de sang frais, mais car ils provenaient de l'habit de l'adolescent.

Eijiro quitta alors le prince des yeux pour examiner les alentours. Au dessus du brasier crépitant, d'épais morceaux d'une viande foncée grillaient sur les braises ardentes. Blodyn, à quelques pas d'eux, somnolait, le bout du museau frôlant la pierre abrupte de la grotte qui les abritait. Sa selle reposait plus loin et la bride qui lui entourait le museau gisait au sol. Le dragon se racla la gorge.

« Tu... Tu t'es occupé de tout ?

-Évidemment, imbécile. Tu me prends pour un incapable ? »

Kirishima ne put empêcher un discret gloussement. Le jeune homme restait quand même fidèle à lui même…

« Tu as un bon fond, finalement. Je le savais.

-Ferme-la ! Ne me fais pas regretter d'avoir arrêté ton hémorragie. »

Un nouveau rire de la part du dragon qui étouffa un geignement en sentant une douleur le tirailler lorsqu'il s'agitait trop. Il se calma et reprit :

« Comment as-tu fait pour allumer le feu ? »

Le prince écarquilla les paupières. Il ne s'attendait pas à cette question de la part de l'autre jeune homme, en fait, il ne s'attendait pas à ce qu'ils discutent tous les deux de la sorte. Depuis qu'il l'avait libéré des cachots du Royaume de Gwanwyn, c'était la première fois.

« Avec mon pouvoir. Répondit-il seulement, un peu sur la réserve.

-C'est vrai que tu es un Dranëgil… Je ne t'avais même pas demandé de quoi il s'agissait. »

Le cendré se recroquevilla un peu plus sur lui-même. Après tout, ils allaient encore rester ensemble pour un bon bout de temps, alors autant le lui montrer tout de suite… Lentement, il ouvrit les doigts pour dévoiler sa paume. Eijiro suivait ses gestes avec attention, curieux de connaître le pouvoir du jeune homme. Katsuki sentit sa main se crisper, puis sa peau chauffer, et enfin, se mirent à jaillir de lumineuses étincelles dont le son crépitant résonna entre les parois de la grotte, les éclats jaunes et blancs se reflétant au fond de ses prunelles rouges.

Le dragon resta subjugué devant l'éclat lumineux quelques instant, avant que Bakugo ne referme ses doigts, étouffant les étincelles qui moururent en une minuscule colonne de fumée. Kirishima souffla :

« Alors tu peux de nouveau l'utiliser, malgré ta blessure ?

-Tu étais au courant pour l'Infirma ? »

Le dragon hocha la tête. Le prince lui, se contenta de détourner de nouveau le regard. Un silence s'éleva entre les deux hommes. Les yeux grenats d'Eijiro se posèrent sur le visage du jeune roi. Le regard dans le vague, ses traits étaient relâchés. Il avait l'air de réfléchir, et, plus rare encore, ne semblait ni en colère, ni contrarié. Les lumières glissaient sur sa peau veloutée, faisant danser son ombre au sol. Kirishima sentit une drôle de chaleur lui gonfler la poitrine. Pour la première fois, il ne sentait ni tension, ni malaise entre eux. Et surtout, il se sentait reconnaissant… Il fit glisser le bout de ses doigts sur le tissu pourpre de ses bandages. Sa voix brisa le silence :

« Merci, Katsuki. Tu m'as sauvé la vie. »

L'adolescent se retourna vers lui. Une jambe était repliée contre son buste, autour de laquelle il avait passé ses deux bras, qui cachaient le bas de son visage. Il le fixa un instant avant de redresser légèrement la tête. Un rictus avait pris possession de ses lèvres.

« On est quittes. »

Eijiro déglutit. Il sentit la chaleur se faire soudainement plus intense, et détourna le regard en tirant sur son col. C'était la première fois qu'il lui souriait.

Et décidément, il ne pouvait pas le nier : le prince était magnifique.

À suivre…


(note : L'accul ou donjon, cavité ronde qui sert de domicile au cœur du terrier.)

OH MON DIEU! Mais... Serait-ce un rapprochement que je vois? Improbable.

Vous savez ce qui est drôle? C'est d'écrire un chapitre où les persos se gèlent littéralement les couilles alors qu'il fait quarante degrés dehors. Youpi, vive la canicule! (J'ai chaud.)

Je me suis pas mal inspirée du film "Princesse Mononoké", surtout pour une certaine scène que, je pense, vous aurez reconnue. Voilà, c'était le fun fact (non) du jour.

Bref, j'espère que vous avez aimé ce chapitre, personnellement j'ai passé un bon moment à écrire, ça fait plaiz' de voir que la petite bombe sur pattes finit par s'ouvrir peu à peu. Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à laisser une trace de votre lecture, même pour deux petits mots ça fait toujours chaud au cœur d'avoir les retours des lecteurs!

Sur ce, je vous dit à dans un nombre indéterminé de semaines pour le chapitre neuf, d'ici là, buvez un max de Cristalline pour pas mourir de chaud.

À plus!