Salut, les copains! Aujourd'hui est un jour spécial (non) car nous en sommes au dixième chapitre! Hell yeah! Sachez que sur mon fichier LibreOffice (oui j'utilise LibreOffice c'est bien et c'est gratuit téléchargez-le et NON ce n'est pas un placement de produit arrêtez) j'ai dépassé les 100 pages. *essuie une petite larme* C'est le truc le plus long que j'ai jamais écrit et l'autre jour j'ai calculé viteuf et je crois, que, si je ne m'abuse, NOUS EN SOMMES À LA MOITIÉ. Ma foi, ça va être long.
Enfin bref, aujourd'hui, attendez vous à... Un évènement non négligeable. *wink wonk* Vous ne serez pas déçus. Enfin j'espère.
Allez, j'évite de m'étaler plus et je vous souhaite une bonne lecture! On se retrouve en bas.
Chapitre X : Les sentiments de Katsuki
« Quoi ? Mais… Pourquoi, Katsuki ?!
-La ferme ! Ne crie pas comme ça. Mon choix est fait de toute façon, tu ne me feras pas changer d'avis.
-Explique toi, au moins ! »
Pris de court, Eijiro s'était levé du lit sur lequel ils étaient tous les deux installés. Katsuki se passa une main sur le front en soupirant bruyamment.
« Non, laisse tomber. Pas besoin d'expliquer. »
Le dragon serra les dents. Il avait l'impression de faire face au caprice d'un enfant. La fatigue lui faisait perdre son calme, et il gronda :
« Oh si, tu vas t'expliquer. Tu crois que tu peux me faire tourner en bourrique comme ça ? Je te répète que j'ai promis à tes parents de te ramener chez toi ! »
Le prince tourna brusquement la tête vers lui, attisé par le ton agressif de l'autre adolescent. Son sang ne fit qu'un tour et il bondit du matelas pour venir se planter en face de Kirishima qu'il repoussa violemment en arrière.
« Boucle-la, putain ! Pour qui est ce que tu te prends, à toujours être sur mon dos ? Tu crois que j'ai besoin de toi ?! J'ai pas besoin de ton accord pour prendre une décision !
-Ah vraiment ?! Et je peux savoir comment est ce que tu t'en serais sorti, sans moi ? Tu serais mort dans les cachots, vidé de ton sang ! Qui sait ce que l'Alliance aurait fait de toi en voyant que la rançon n'arrivait pas ?! »
Bakugo fit un pas en arrière. La colère qui avait pris possession de ses traits disparut tout d'un coup. Il répéta :
« …Que la rançon n'arrivait pas ? Qu'est ce que ça veut dire ?
-La reine… Ta mère disait qu'elle ne céderait pas la rançon à l'Alliance. »
Le prince baissa les yeux, un sourire amer aux lèvres. Il déglutit, une boule dans sa gorge faisant trembler sa voix.
« Ah, vraiment… Alors ça me conforte dans mon choix. »
Le jeune roi croisa les bras sur son torse et quitta l'Adarkin pour aller se planter devant le feu qui brûlait lentement au centre de la yourte. Il était redevenu silencieux et s'était refermé soudainement. Eijiro resta un instant en proie au doute, hésitant sur sa façon d'agir avec le jeune homme. Il tenta d'abord de se calmer lui-même, lui hurler dessus n'était décidément pas une solution. Puis, il revint vers lui. Son timbre se fit aussi doux que possible :
« Katsuki… »
Le prince ne répondit rien, le visage bas. Le dragon se mordilla le coin de la lèvre.
« Écoute…
-Dégage, laisse-moi ! »
Sa voix rauque avait éclaté comme un coup de tonnerre. Il s'était retourné vers lui, et Kirishima put voir que ses yeux étaient baignés de larmes.
« Qu'est ce qu'il t'arrive ?
-Tais-toi… Va t'en.
-Sûrement pas, dis moi ce qui… »
Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Il avait posé sa main sur le bras du jeune homme, qui, au contact, le repoussa avec violence, lui faisant perdre son équilibre. Katsuki repartit immédiatement à l'assaut et fit tomber Eijiro en arrière, son dos cognant brutalement le sol dur. Il se jeta sur lui sans lui laisser le temps de comprendre et lui asséna un puissant coup de poing au visage, le choc lui ouvrant la lèvre. Le bras du jeune homme se releva immédiatement et fondit à toute vitesse vers l'Adarkin, qui bloqua son coup en enserrant son poing qu'il rattrapa au vol. Ne s'attendant pas à se faire contrer aussi facilement, Bakugo eut un mouvement de recul.
« Katsuki, calme-toi ! Arrête ! »
Mais l'adolescent avait perdu la raison. De sa main libre, il envoya une explosion tout près du visage de l'autre garçon, brûlant ses vêtements et le tapis qui se trouvait juste en dessous d'eux. Une colonne de fumée grisâtre s'éleva dans le petit espace, accompagné d'une étouffante odeur de cramé. Katsuki s'apprêtait à attaquer de nouveau lorsqu'Eijiro le saisit par les bras et le fit brutalement rouler sur le dos pour le plaquer en dessous de lui. Il s'assit sur son bassin pour l'immobiliser et enserra fermement ses poignets au creux de ses paumes, qu'il bloqua en les retenant au dessus de sa tête. Le prince fut totalement immobilisé par la force de l'autre homme, ne pouvant plus que battre des pieds dans le vide pour tenter de se dégager, sans succès.
« Ça suffit, maintenant ! Arrête tes caprices ! Parle, dis moi ce qui ne vas pas! »
Eijiro avait crié, sa voix couvrant momentanément le crépitement du foyer et de la pluie. Mais Katsuki ne répondit pas, le torse soulevé par sa respiration irrégulière et ses sanglots incontrôlés. Cette fois, ses larmes coulaient à flots, glissant sur ses joues alors qu'il fusillait du regard le dragon qui le retenait prisonnier, les incisives plantées dans sa lèvre inférieure à tel point qu'elle semblait prête à éclater, rougie par la douleur qu'il s'infligeait.
En voyant le prince dans un état pareil, Kirishima eut un pincement au cœur et relâcha momentanément sa garde. Bakugo ne perdit pas une seule seconde et profita de cette faille pour se libérer de l'emprise du dragon, qu'il repoussa en arrière. D'un mouvement si rapide qu'Eijiro ne put le voir venir, il se saisit de l'une des deux dagues qu'il avait dans son dos et inversa leurs positions, le faisant à son tour rouler en dessous de lui. La lame fermement tenue dans sa main fébrile, il tenait la pointe de l'épée à seulement quelques millimètres de la peau fragile du cou de l'autre garçon, son autre main crispée sur son épaule, le maintenant fermement à terre.
Essoufflé, tremblant, il hurla :
« Tu fais plus jamais ça ! Je vais te tuer, connard ! T'es mort ! »
À bout de souffle lui aussi, Eijiro resta figé, immobile, les deux mains en l'air. Il sentait son cœur battant résonner dans tout son être. Il articula :
« S'il te plaît, calme-toi. »
Les cris cessèrent. Seule la respiration erratique du prince s'élevait dans la yourte. Il demeura sans bouger, la pointe de la dague menaçant toujours le cou offert du dragon. Durant ce court instant, les deux garçons se fixèrent intensément, sans se lâcher du regard une seule seconde. C'était une bataille de pouvoir muette qui se jouait et Katsuki avait le dessus sur Eijiro qui se retrouvait pris au dépourvu.
Puis soudain, le jeune homme se releva d'un bond, lâchant son arme qui retomba au sol dans un bruit feutré, rebondissant sur un tapis. Il quitta la tente en courant, sans dire un mot, et laissa Kirishima seul, toujours allongé sur le dos et ébahi par l'attitude irrationnelle du jeune homme. Aussi vite qu'il le put, il roula sur le côté pour se redresser et quitta la yourte à son tour, partant à la poursuite de l'adolescent qui avait déjà disparu.
« Katsuki ! »
Seul l'écho de sa voix lui répondit. Eijiro serra les dents, une désagréable sensation d'appréhension lui tombant comme un poids dans le ventre. Il avait déjà perdu le prince des yeux.
§§§
La vue brouillée par les larmes, le souffle court et les jambes fébriles, Katsuki courait sans savoir où il allait. La nuit s'était déposée sur le camp comme un voile sombre, et la pluie tombait toujours, en gouttes fines, alors qu'au loin le grondement sourd d'un orage se rapprochait dangereusement.
Totalement perdu, le jeune homme manqua de glisser dans la boue, se rattrapa de justesse et poursuivit sa course folle et désordonnée entre les yourtes sans savoir où il allait. Une seule chose était sûre : il voulait fuir. Il ne savait ni de qui, ni pourquoi, mais ressentait le besoin de s'éloigner le plus possible de cet endroit.
Les larmes roulaient sur ses joues comme un torrent, se mêlant aux gouttes de pluie qui glissaient dans son dos et entre ses omoplates. Dans sa lutte, il avait perdu sa cape et se retrouvait bras et dos nus dans le froid de l'hiver. Il se rendait à peine compte de l'air glacé qui venait glisser sur sa peau, perturbé lui même de ses propres réactions. Pourquoi ses émotions refluaient en lui d'une manière aussi puissante ? Pourquoi le simple fait de dire à Eijiro ce qu'il avait sur le cœur le mettait dans un état pareil ? Être aussi perdu ne fit qu'augmenter sa panique, et cette fois-ci, il n'échappa pas à la chute. Il glissa vers l'avant et n'eut pas le réflexe de se réceptionner sur ses bras. Son visage heurta violemment le sol dur, lui écorchant la joue. Le choc eut l'effet de le calmer un peu, et il se releva lentement, passant une main sur sa peau pour en chasser la bourbe qui s'y était étalée. Derrière lui, la voix du carmin qui l'appelait s'éleva par dessus l'orage.
Lorsqu'il se tourna vers la direction des cris, l'autre homme apparut entre deux tentes, et s'empressa de venir vers lui. Il était toujours agenouillé par terre, détrempé par l'eau de pluie et la neige fondue, sali, et une étincelle de désespoir dans le regard. Eijiro s'empressa de venir auprès de lui. D'un geste, il retira sa propre cape pour la lui enrouler sur les épaules.
« Relève-toi ! Tu es trempé… »
Il l'aida à se remettre debout, le tenant fermement par le bras pour ne pas qu'il lui échappe de nouveau. Mais cette fois le jeune roi semblait s'être calmé, et même si, sur ses joues, les larmes creusaient des sillons, il ne faisait plus mine de vouloir s'éloigner. Il restait silencieux, le regard bas. Kirishima était totalement démuni. Pour l'instant, il jugea juste de ramener l'autre garçon à l'abri.
Mais alors qu'ils commençaient à revenir sur leurs pas, Eijiro remarqua que le prince boitait. Il s'était sûrement foulé quelque chose en tombant. Sans hésiter, il le souleva de terre, le prenant dans ses bras, ignorant une protestation mêlée d'indignation et de surprise et s'efforça de retrouver le chemin de leur tente dans la nuit, à la faible lumière des bougies qui résistaient contre le vent.
Lorsqu'ils regagnèrent enfin leur abri, le dragon déposa le jeune homme qui commençait à se débattre dans leur lit, et lui intima du regard qu'il avait tout intérêt à y rester couché. Katsuki, qui se sentait soudainement très faible en énergie et qui n'avait plus envie de se battre ni de crier capitula, et se recroquevilla sur lui-même en ramenant ses jambes contre son torse, sans manquer de lancer un regard meurtrier à l'autre garçon. Il avait séché ses larmes mais semblait encore très contrarié. Eijiro n'insista pas, et ils passèrent de longues minutes dans le silence.
Au bout d'un certain moment, l'Adarkin finit par se retourner vers son compagnon de voyage, qui avait le regard fixé sur un point vague. Assis au bord du lit, il s'avança pour venir se mettre à côté de lui. Katsuki tourna à peine la tête.
« Tu es calmé ? Commença-t-il doucement. L'autre garçon fut un peu long à répondre et finit par hausser les épaules.
-Je suis fatigué, souffla-t-il.
-Qu'est ce qu'il s'est passé ? »
Eijiro insistait un peu, mais il voulait comprendre pourquoi le prince avait réagit aussi violemment. L'épuisement et la faim avaient dû lui mettre les nerfs à vif, mais il devait aussi y avoir autre chose. Le dragon se mordit la lèvre, un goût de sang séché envahissant son palais. Le prince finit enfin par se retourner vers lui. Il regarda sa chair ouverte, et les traces rouges qui s'en étaient échappées. Une lueur de culpabilité s'illumina dans ses yeux. Kirishima le rassura :
« Ne fais pas cette tête, ça, c'est rien. Dis-moi plutôt ce que tu as sur le cœur.
-Je… »
Le jeune homme semblait hésiter, comme si quelque chose, une barrière, une limite qu'il s'imposait lui-même l'empêchait de révéler le fond de sa pensée. Il resta silencieux encore quelques secondes, les doigts crispés sur la fourrure qui recouvrait le lit. Un frisson le fit se tendre de tous ses membres. Puis, il soupira :
« Depuis longtemps… J'avais envie de quitter le royaume.
-Pourquoi ? Ça ne te plaît pas, d'être prince ?
-C'est pas ça. Ce qu'ont bâti mes ancêtres et mes parents, j'ai toujours considéré que c'était prédigéré. Je ne veux pas reprendre quelque chose qui a déjà été accompli par quelqu'un avant moi, je veux construire mon empire de mes propres mains. »
Le feu qui brûlait au centre de la yourte se faisait de moins en moins dense, se consumant lentement. Seules les braises rayonnaient de chaleur, à présent. Le prince poursuivit :
« Mes parents… Sont en colère contre moi, à cause de ça. Ils ne comprennent pas que je ne veuille pas être leur successeur. Ils ne comprennent pas que… Je n'ai pas besoin qu'ils décident de tout pour moi. Tout le monde décide toujours de tout à ma place. Je ne suis même pas libre du moindre de mes mouvements. Au château, je me sens enfermé. Lorsque je me suis fait enlever, au début, j'ai eu peur car j'étais impuissant, alors que je pensais pouvoir me défendre. Je voulais rentrer chez moi, parce que retourner auprès de mes parents m'inspirait la sécurité, mais… »
Depuis que je voyage avec toi, je réalise ce qu'est vraiment la liberté. Et je ne veux pas retourner là-bas, parce qu'ils me l'enlèveront dès que j'aurai de nouveau mis un pied au château.
Katsuki se mordit la lèvre. Il ne l'avait pas dit, mais Eijiro l'avait compris.
« … Et apprendre que ma mère refuse de payer la rançon… Ça ne m'étonne même pas, au final. Elle doit me détester.
-Katsuki, je t'assure que tes parents ne te détestent pas…
-Qu'est ce que tu en sais ?! Tu ne vis pas avec nous, tu ne sais pas comment ils sont…
-Si, le coupa Eijiro. Tes parents étaient désespérés lorsqu'ils ont fait appel à moi pour que je parte à ta recherche. Ta mère est une femme forte qui n'a pas l'air de laisser entrevoir ses émotions mais malgré tous ses efforts j'ai bien vu que ta disparition la troublait profondément. »
Un silence. La voix rauque s'éleva :
« Je ne peux pas m'empêcher de me sentir blessé. Je déteste ça mais…
-Si tes parents n'ont pas donné à l'Alliance ce qu'ils demandaient en l'échange de ta vie, c'est surtout une question de principe, à mon avis. Lorsque ta mère m'a dit en me regardant droit dans les yeux qu'il était hors de question qu'elle leur cède ce qu'ils demandaient, j'ai compris que devoir payer des lâches pareil, qui avaient osé s'en prendre à toi, revenait à leur donner raison. »
Katsuki releva la tête :
« Tu crois ça ? »
Eijiro acquiesça.
« J'en suis certain. Crois-moi, tes parents tiennent à toi. Ta mère a ajouté qu'elle me couvrirait d'or à notre retour. »
Il eut un léger rire. L'autre garçon semblait moins à cran, bien que toujours dans ses pensées.
Plus tard, Kaïpoku refit son apparition, apportant aux deux voyageurs un copieux plateau de vivres. Devant la viande et le poisson séché, les fruits secs, le riz cuit et les algues marines, les deux jeunes hommes qui n'avaient rien avalé de décent depuis leur départ ne purent s'empêcher de se jeter sur la nourriture. Kaï les regarda faire, amusée, pas offusquée pour un sou, puis disparut de nouveau, leur laissant la nuit pour récupérer.
Ce fut le ventre plein qu'ils se glissèrent sous les épaisses couvertures, ne pouvant retenir un soupir d'aise dans le confort qu'ils se voyaient offert. D'abord allongés dos à dos, Eijiro finit par se retourner, voulant veiller sur l'autre adolescent qui s'était déjà endormi. Avant de les quitter, Kaï avait jeté dans le foyer une dernière bûche qui crépitait doucement. La lumière qui se diffusait depuis le cœur du brasier illuminait d'une douce lueur orangée la yourte maintenant plongée dans le silence. La pluie semblait s'être arrêtée et l'orage s'éloignait. Les ombres dansaient dans la tente, et sous les draps, le dragon voyait les épaules du prince se soulever lentement au rythme de sa respiration.
Eijiro commençait à fermer les yeux quand l'autre garçon se retourna vers lui. Ils se faisaient face maintenant, mais Katsuki était toujours endormi.
Alors qu'il commençait doucement à sombrer, Kirishima détaillait son visage détendu, vierge de toute colère. Ce n'était pas la première fois, depuis leur rencontre, qu'il se surprenait à observer l'autre garçon pendant son sommeil. Il eut un léger pincement au cœur en repensant à ce qui était arrivé plus tôt dans la soirée. Il avait donc porté tout ça en lui pendant si longtemps ? Peut-être bien que ses peurs étaient la source de sa rancœur. Petit à petit, les pensées d'Eijiro dérivèrent, et il finit par s'abandonner à son tour, bercé par le ronronnement du feu et le souffle calme du prince.
§§§
Le lendemain matin, la pluie avait totalement cessé. Les nuages qui obstruaient le ciel avaient été soufflés par le vent venu de la mer, et le jour se levait sur le royaume d'hiver encore endormi. Le soleil illuminait le ciel clair, teintant l'horizon d'un blanc lumineux qui se fondait avec la neige déposée sur les sommets d'Irmgrad.
La température, bien que toujours négative, était tout de même remontée de quelques degrés. Sortir était bien moins difficile que sous l'averse de la veille, et les premiers nomades se réveillaient avec l'astre du jour qui offrait au camp la chaleur douce de ses rayons.
Dans la yourte des deux voyageurs, la pénombre et le silence flottaient encore. Eijiro et Katsuki, épuisés par leur voyage, dormaient à poings fermés, le dragon allongé sur le dos et les bras écartés, le prince recroquevillé sur lui-même, sur son flanc, la joue appuyé contre le bras de l'autre garçon qui lui servait d'oreiller. Les fourrures étaient remontées jusque sur leurs ventres, et au cœur de la tente régnait une douce chaleur.
Ce fut l'arrivée de Kaïpoku qui les tira du royaume des songes. La jeune femme fit entrer un rai de lumière lorsqu'elle souleva le pan de cuir qui fermait la yourte, leur apportant en guise de déjeuner deux poissons fraîchement péchés et un gros pain rond. Eijiro ouvrit les yeux le premier, et fut stoppé dans son mouvement lorsqu'il tenta de se redresser par le poids du prince qui était lové contre lui. Il bégaya une excuse à la jeune femme qui s'éloigna en riant, ajoutant avec un clin d'œil malicieux qu'elle reviendrait un peu plus tard.
Kirishima la regarda s'éloigner la bouche ouverte, ne sachant pas quoi ajouter pour sa défense, puis se retourna vers l'autre jeune homme qui n'avait pas bougé. Il semblait avoir un sommeil profond, et le dragon n'eut pas le cœur de le réveiller. Il se recoucha précautionneusement face à lui, prenant bien garde de ne pas bouger trop brusquement, veillant sur l'adolescent jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux à son tour.
Katsuki se réveilla de longues minutes plus tard. Eijiro ne sut pas dire combien exactement, s'étant perdu dans un rêve éveillé à mi-chemin entre la contemplation de son visage de porcelaine et ses propres élucubrations. Le cendré se mit à bouger doucement, puis papillonna des yeux avant que ses prunelles rubis ne se plantent dans celles d'en face. Il étouffa un bâillement et s'extirpa de l'emprise du carmin en réalisant qu'il se trouvait presque dans ses bras. Il se redressa entre les couvertures et s'empressa d'y replonger en réprimant un frisson. En le voyant faire, Eijiro eut un léger rire :
« Bonjour. Tu as bien dormi ?
-Mmh. Grogna le blond en s'enfouissant sous les draps. J'ai faim.
-Je crois que Kaïpoku nous a apporté à manger. » Fit le dragon en sortant du lit.
Il attrapa ses vêtements abandonnés sur les tapis et les ré-enfila rapidement, alors que Katsuki, derrière lui, observait les muscles de son dos rouler sous sa peau pendant qu'il s'affairait. Quand Eijiro se leva pour aller remettre une bûche dans le foyer qui n'était plus que braises, il le suivit du regard et ne le lâcha que lorsque le dragon se retourna vers lui.
« Tu viens ? Lui demanda-t-il gentiment en plantant au dessus du feu les deux poissons piqués sur des tiges en bois.
-Ouais, j'arrive. » Nouveau grognement de la part du prince qui se leva à son tour et s'enroula immédiatement dans sa cape.
Il vint le rejoindre en face du brasier qui reprenait lentement vie, tendant ses mains au dessus des flammes. Eijiro lui offrit un généreux morceau de pain dans lequel il mordit avec appétit, et rapidement, l'odeur du poisson grillé s'éleva dans la yourte. Les deux garçons mangèrent en silence, et, à la fin de leur déjeuner, Eijiro se laissa lourdement tomber sur le dos.
« J'avais oublié à quel point c'était bon de pouvoir manger à sa faim, fit-il en passant une main sur son ventre. Puis, il s'allongea sur le flanc, le visage appuyé dans sa main : Bon, qu'est ce que tu veux faire ? »
Katsuki s'essuyait les lèvres d'un revers de manche. Il se tourna vers lui :
« Comment ça ?
-Est ce que tu veux rester ici encore une nuit, ou partir pour Aestas maintenant ? »
Le prince sembla réfléchir. Puis, il trancha :
« J'en sais rien. »
Il se laissa tomber sur le dos à son tour, fixant le plafond, le cuir rêche devant lequel s'élevait des volutes de fumée. Il entendit Eijiro se lever.
« On verra bien, de toute façon. Si on allait faire un tour ? »
Bakugo vit le visage de l'autre adolescent entrer dans son champ de vision. Il lui tendait la main, l'invitant à se relever lui aussi. Lentement, Katsuki leva son bras en l'air et s'en saisit. Eijiro le tira vers lui, et ils sortirent tous les deux de la yourte dans laquelle ils avaient passé la nuit.
Dehors, la lumière était vive et blanche. Katsuki plissa les paupières pendant qu'Eijiro inspirait une grande bouffée d'air frais. Maintenant que le soleil s'était levé sur la terre d'hiver, qu'il la bénissait de ses rayons, la beauté du royaume se révélait à eux et si, la veille, sous les pluies diluviennes, le camp ne dégageait aucun charme, ce matin il leur offrait un tout autre visage.
La lumière se diffractait et se reflétait en un million d'éclat sur la couche givrée déposée au sol et sur les branches des sapins qui entouraient les tentes. La statue de bois, au centre du camp, s'avérait bien plus majestueuse et imposante, et le bois peint rendait les figures d'animaux qui la constituaient presque réelles. La vie semblait sortir d'un long sommeil, de jeunes enfants jouaient à l'extérieur, leurs rires sonores emportés par le vent, et un troupeau de moutons à la laine épaisse pâtissaient dans un petit enclos de bois.
Kirishima observait les alentours avec attention, captant le moindre détail de la beauté que la nature avait à offrir. Katsuki, lui, croisa les bras sur son torse lorsqu'un nuage de buée prit forme devant ses lèvres. Il fit un pas de plus à l'extérieur, ses bottes crissant dans la neige gelée. Il sursauta presque quand le dragon se retourna vers lui d'un bond :
« Et si on allait voir la mer ?
-Pourquoi faire ?
-Ça fait longtemps que je n'y suis pas allé, et elle n'est pas loin. Tu veux bien ? »
Le prince soupira.
« Si tu veux. On a rien d'autre à faire, de toute façon »
Les deux adolescents quittèrent le centre du campement pour s'éloigner, prenant la direction de l'étendue gelée qui se trouvait à quelques minutes à pied du village. Ils marchèrent en silence, profitant de la maigre chaleur des rayons du jour sur leur peau, et bientôt, l'eau s'étendit face à eux comme un miroir infini.
Eijiro s'avança jusqu'à la limite, gelée, le regard perdu sur l'horizon. Katsuki vint se placer à sa droite, les bras toujours croisés. Il parla le premier.
« C'est beau. Et il n'y a personne, ici. »
Kirishima lui jeta un coup d'œil.
« C'est vrai.
-Et si tu tu transformais, pour voir ? »
Cette fois-ci, le jeune homme grinça des dents.
« Encore avec ça ? Je n'ai pas du tout envie…
-Si personne ne t'y encourage, tu n'en auras jamais envie, le coupa le cendré. Je veux te voir, moi. »
Il avait planté son regard dans le sien, l'air déterminé à ne pas lâcher le morceau. Eijiro fit la grimace. Le prince lui demandait de se transformer… Il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas prendre cette forme qu'il ne contrôlait pas, qui lui faisait perdre pied et surtout, avec laquelle il avait involontairement ôté la vie. Seulement… Une part de lui se disait que le jeune homme avait peut-être raison. Sa forme animale était plus qu'un atout, et même si, ici, à Hiems, ils connaissaient un repos éphémère, Eijiro savait que tôt ou tard ils feraient de nouveau face à l'Alliance, et qu'ils devraient se battre. C'était son rôle de le protéger d'eux. Il se dit que s'il s'accrochait à cette idée, peut-être qu'il pourrait trouver la force d'essayer.
« Je veux voir de quoi tu es capable. » Ajouta Bakugo avec un rictus. Il ne souriait pas souvent, mais lorsqu'il le faisait, Kirishima ressentait toujours un drôle de pincement dans sa poitrine… Qui faisait qu'il ne pouvait rien lui refuser.
« Bon… Souffla l'Adarkin, résigné. Recule, alors. »
Katsuki s'exécuta sans le quitter un seul instant du regard, ne voulant pas perdre une miette du spectacle. Eijiro, lui, tenta tant bien que mal de se calmer pour se concentrer au maximum. Il ferma les yeux. Il devait faire le vide. Il écouta le son de sa respiration, de son cœur, de la brise contre sa peau. Il bougea les doigts, serra les poings. Il sentait ses muscles se tendre. Un coup dans sa poitrine. Un deuxième. Une vague de panique qu'il refoula comme il put, puis sa peau le brûla un peu, le démangea lorsque les premières écailles vermeilles percèrent son épiderme. Il sentit sa chair se déchirer sur son front et dans son dos, là où ses cornes et ses ailes poussaient pour sortir. La sensation de flotter, comme s'il ne touchait plus terre, se faisait de plus en plus forte, accompagnée d'une nausée tenace à mesure qu'une force plus grande que ce qu'il ne pouvait contenir se répandait en lui comme une drogue dans son sang. Ses dents le faisaient souffrir, devenant trop grandes pour sa mâchoire, et lorsqu'il voulut rouvrir les yeux, il ne se sentait déjà plus lui-même. Comme si sa conscience avait été évincée au plus profond de son être et qu'une entité extérieure avait pris les rennes.
À quelques pas de là, Katsuki observait attentivement. Il reconnut le jeune homme lors de leur première rencontre, quand il avait arraché la porte de sa cellule pour l'en délivrer, et fut pris d'un long frisson d'extase lorsque la silhouette humaine se métamorphosa en une bête de plus de dix mètres de haut. Dans le soleil du levant se tenait face à lui un dragon immense, aux écailles rouges et éclatantes semblables à des milliers de rubis, aux yeux dorés comme l'or, hérissé d'écailles et de cornes qui couraient depuis le bout de son museau crochu jusqu'à la pointe de sa queue.
L'animal battit des ailes dans un grognement rauque et profond, soulevant la couche givrée en une pluie de neige, à tel point que le prince dut se protéger du souffle, les deux bras levés devant son visage, sa cape claquant dans son dos. Puis il releva les yeux sur la bête, fasciné. Il osa un pas dans sa direction. Le reptile abaissa son cou massif à son niveau, lui envoyant un grand souffle d'air chaud en plein visage.
Katsuki n'était pas effrayé. Le changement de taille de l'homme au dragon l'impressionnait, mais il faisait confiance à Eijiro et, bien que l'autre adolescent lui ait avoué qu'il contrôlait mal cette forme, il avait confiance en lui. Lentement, il leva sa main en l'air alors que dans la neige, ses pas s'enchaînaient. Le garçon et la bête ne furent bientôt plus séparés que de quelques centimètres, et l'animal vint poser, avec plus ou moins de douceur, son museau contre la paume du prince.
Katsuki ne put retenir le sourire qui étirait ses lèvres. Il colla sa deuxième main à côté de la première, les yeux plongés dans le regard doré de l'immense dragon qui lui faisait face. Il murmura :
« Je le savais, tu en es largement capable. »
La bête souffla de nouveau. Les mains de l'adolescent glissèrent sur sa joue écailleuse et son cou épais. Il poursuivit :
« Je vais monter sur toi. Ne bouge pas ! »
L'animal avait baissé la tête. Bakugo s'agrippa à l'une de ses plus grosses cornes, en hauteur sur son crâne, et se tenait à l'une de ses épines dorsales de l'autre main. Il prit appui sur le sol et bondit sur la tête du dragon, manqua de perdre l'équilibre, et se stabilisa en s'installant entre les cornes qui hérissaient sa large gueule. Il se trouvait déjà à plus de trois mètres du sol, et lorsque la bête se redressa entièrement, il fut frappé d'un léger vertige qu'il tenta d'ignorer, son attention rapidement attirée par le panorama qui s'offrait à lui. Il en eut le souffle coupé. En face d'eux, la mer s'étendait toujours, mais était bien plus vaste et retrouvait une teinte bleutée au large. Le soleil semblait presque accessible, et le camp des nomades lui avait l'air minuscule depuis son promontoire. Le prince fut pris d'une bouffée d'adrénaline, et hurla au dragon :
« Envole-toi ! Allez ! »
La bête trépigna, comme si elle hésitait. Puis, ses deux larges ailes se décollèrent de son dos et se mirent à battre, générant un souffle d'air puissant qui brisa la glace formée sur l'eau. Lentement, ses pattes quittèrent la terre ferme et le dragon décolla du sol. Katsuki sentait ses mains trembler, mais il ne le lâcha pas une seule fois, restant fermement cramponné à ses cornes. Une fois dans les airs, le reptile donna un large coup d'ailes et s'envola au dessus de la mer.
Le vent battait contre eux. Les pattes repliées sous son corps, le dragon fendait la brise et les courants, planant au dessus de l'étendue d'eau sans limite qui s'offrait à eux. La cape du prince claquait dans le souffle de l'Helm, de même que ses colliers dont les perles s'entrechoquaient entre elles. Il n'avait jamais respiré un air aussi frais et pur, et chaque bouffée le faisait se sentir un peu plus vivant.
Lentement, ses mains quittèrent les cornes rugueuses auxquelles elles s'étaient accrochées. Ses bras se levèrent comme pour accueillir pleinement le souffle qui venait l'enlacer, qui s'infiltrait dans ses vêtements, dans son cou, qui glissait contre sa peau. Le sourire qui avait pris possession de ses traits ne l'avait pas quitté depuis le décollage, et il sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine, cogner contre ses côtes avec une force inouïe.
Il se sentait libre. Aussi libre que le vent qui soufflait contre lui, sans entraves ni directives, libre comme l'air qui filait à toute vitesse, faisait ployer les arbres et se soulever les vagues. À ce moment précis, il n'avait jamais été aussi heureux. Il ne put retenir le cri de joie qui brisa le silence, un hurlement d'ivresse qui venait de ses tripes et qui lui déchira les poumons. Mais Katsuki s'en fichait. Il avait l'impression de rêver et aurait voulu que ce moment ne connaisse pas de fin.
Le dragon poursuivit sa course au dessus de la mer pendant de longues minutes encore. Il semblait s'habituer lui aussi à cette sensation, assuré et encouragé par les cris du prince. Il prenait de l'altitude, puis redescendait pour venir frôler la couche argentée de la surface de l'eau, volait sans se soucier des kilomètres qui les éloignaient du camp, du Royaume de Syrthio ou même du pays. Pour le dragon et le jeune roi, plus rien d'autre ne comptait plus que ce qu'ils étaient en train de vivre.
Le soleil était monté haut dans le ciel lorsqu'Eijiro se décida enfin à faire demi-tour pour revenir sur la baie. Dans un ballet de battements d'ailes, il ré-atterrit lourdement au sol, et abaissa de nouveau sa tête pour laisser redescendre le prince. Ce dernier bondit à terre, se rattrapant tant bien que mal sur ses jambes tremblantes, encore sous l'effet de l'adrénaline et de l'excitation. Lorsqu'il se retourna vers l'animal, celui-ci se tassa sur lui-même, rapetissant à vue d'œil jusqu'à retrouver sa forme humaine.
Kirishima avait la tête qui tournait. Il était encore exalté, à tel point qu'il avait du mal à croire que ce qui venait d'arriver était bel et bien réel. Pour la première fois de sa vie, sa forme animale ne lui avait pas fait peur. Il avait réussi à garder le contrôle de lui-même.
Il chercha l'autre garçon des yeux, un peu perdu. Le cendré revenait vers lui, son sourire toujours accroché au visage, et lorsque que le carmin ouvrit la bouche pour parler, le prince glissa ses mains sur ses joues et l'en empêcha en posant ses lèvres contre les siennes.
Eijiro eut un moment de battement et resta immobile, les mains figées en l'air comme un coupable et les yeux grands ouverts. Katsuki lui, avait clos les paupières. Il fit durer le baiser encore quelques instants avant de rompre le contact, et sa main remonta dans ses mèches rouges qu'il ébouriffa avant de lui tourner le dos pour retourner au campement.
Kirishima regarda sa silhouette s'éloigner et disparaître derrière une tente, toujours interdit et immobile, ayant du mal à assimiler ce qui venait de se passer. Lorsqu'il réalisa enfin, il sentit son corps chauffer d'un seul coup et porta une main à ses lèvres.
Le prince… Le prince venait de l'embrasser ?
À suivre…
(note: Helm, vent du Nord très froid.)
OUI! OUI PUTAIN! MERCI, KATSUKI! AAAAAAAAAAAAAAAAA-
Hm hm. Pardon. Vu comme je m'emballe on ne croirait pas que c'est moi qui écrit la fic et qui met DIX PUTAIN DE CHAPITRES À LES FAIRE ENFIN S'EMBRASSER! J'invite tout le monde au resto pour fêter ça.
Bref, voilà pour aujourd'hui, on termine sur un bisou, spoiler: à partir de maintenant les choses devraient bouger un peu plus entre notre prince et notre reptile de dix mètres de haut. Je n'en dis pas plus.
Un énorme merci à vous pour vos reviews et votre soutient, vous êtes au moins cent fois plus kools que John Cena. Vous gérez les gars!
Bon, comme d'hab' n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé (mdr j'aurais donné cher pour voir votre réaction sur la fin du chap'), le chapitre onze est en cours d'écriture et fera son apparition dans un nombre de jours indéterminé. Les astres me disent deux semaines. On verra s'ils ont tapé juste.
Allez, moi, je vous laisse. Passez un bon week-end!
