OHAYO MINNA!

Pardon, on avait dit plus d'agressions en majuscules. Je me soigne mais c'est dur. (Et allez, encore une fois je m'éloigne totalement du sujet en a peine deux phrases. Ça y est, ma réputation d'abrutie est fondée.)

Bref, aujourd'hui on est déjà le 7 septembre (omg l'été est passé trop vite ;A;), j'imagine que la plupart d'entre vous ont déjà eu à passer l'affreux cap de LA RENTRÉE, si c'est le cas, je vous envoie tout mon courage et un kilo tonne de fanarts KiriBaku par la pensée.

Enfin, mis à part ça, voici le chapitre onze, ça rime avec bonze /BANG -désolée j'ai pas d'inspi' aujourd'hui- que l'on peut résumer par: DES SENTIMENTS ET DES DOUTES!

Allez, assez tergiversé, je vous laisse lire. On se retrouve en bas!


Chapitre XI : Départ pour le Sud

Un sabot noir, lourd, s'enfonça dans la neige épaisse. Un renâclement aigu retentit depuis la forêt vide de tout signe de vie, dans laquelle se détachait, sur un fond d'un blanc pur de poudreuse fraîchement déposée, un cheval noir, massif, protégé d'une armure en acier. La bête semblait nerveuse, agitée, et secouait impatiemment la tête. Sur son dos, un cavalier vêtu d'une longue cape aussi sombre que le pelage de sa monture mit un pied à terre, et s'agenouilla pour pousser du bout des doigts la couche de givre déposée sur la terre gelée.

Des traces d'un rouge pur maculaient la neige de cristal. Il était frais. Les doigts du cavalier s'enfoncèrent dans la glace teintée qu'il porta à sa bouche. Le goût fort et métallique du sang se diffusa contre sa langue lorsqu'il la passa sur ses lèvres. Lentement, il se releva, le regard droit vers l'horizon qui s'étendait face à lui. Le camp des nomades d'Hiems. Le dragon et le prince avaient sûrement trouvé refuge là-bas, et ce sang indiquait que l'un d'eux était blessé, s'était battu; s'il leur appartenait. Mais il n'avait pas de doute.

Dabi remonta sur le dos de son cheval qui fit un tour sur lui-même avant de repartir au galop. Il était à la poursuite des deux garçons depuis que son maître le lui avait ordonné, mais la tempête de neige qui était tombée il y a trois jours lui avait fait perdre leur trace. Maintenant qu'il l'avait retrouvée, il devait agir intelligemment s'il ne voulait pas que le prince ne lui échappe encore. Il fit brusquement ralentir sa monture qui cabra de protestation, observant depuis les hauteurs où il se trouvait le camp en contrebas.

Il se plongea dans une intense réflexion. Si les deux hommes avaient séjourné au camp, ils n'y étaient peut-être déjà plus. Ces gamins avaient beau avoir une chance insolente, ils savaient qu'ils avaient à leurs trousses de redoutables ennemis et ne se seraient sûrement pas éternisés ici, en prenant de surcroît le risque de mettre un village entier d'innocents en péril. Leur prochaine étape ne pouvait alors être que le royaume d'été, où ils pourraient se fondre dans la foule de cette ville bien plus peuplée, ou bien alors Syrthio, le berceau de leur otage.

Seulement… Dabi sentait que retourner sur la terre d'automne tout de suite n'était pas une option pour eux. Il devait se mettre à leur place, penser comme ils l'auraient fait. Et peut-être bien qu'Aestas était la réponse. Il sentit un rictus carnassier étirer sa peau brûlée. S'il les prenait de court et qu'il les attendait là-bas, il serait bien plus facile pour lui de mettre la main sur eux. Éliminer le dragon, récupérer le prince, retourner auprès de son maître et le tour serait joué. Avec un peu de chance, il réussirait à rallier des malfrats à sa cause en l'échange d'une ou deux pièce d'or. Il n'avait plus aucune nouvelle de Kurogiri, et des bras en plus ne seraient certainement pas de refus.

Il donna un coup de talon dans les flancs de sa monture qu'il fit dévier de sa route initiale. L'animal hennit de nouveau, de l'écume au bord des lèvres, et s'élança à toute vitesse à travers la steppe enneigée, prenant vers le Sud, une direction où l'horizon n'était plus d'un gris atone mais d'un vert vivace. La terre d'été n'était pas toute proche, mais était si fertile que l'émeraude éclatant de ses arbres se laissait deviner depuis le désert de givre d'Hiems.

Dabi ne laissa derrière lui qu'une succession de traces de sabots dans la neige fraîche, filant droit vers la grande cité d'Aestas où il attendrait ses cibles. Il n'aurait plus qu'à les y cueillir, et il en était sûr : pour les deux adolescents, le retour à la réalité serait brutal.

§§§

Pendant que dehors, la présence de l'homme aux flammes planait au dessus d'eux comme une faucheuse, les deux adolescents profitaient avec insouciance d'une dernière matinée de quiétude dans la yourte qu'ils occupaient à Hiems.

Le soleil ne s'était pas levé sur le royaume depuis bien longtemps, et Eijiro était toujours endormi. Allongé paisiblement entre les draps, sur le dos, un bras replié à hauteur de son visage qui avait roulé sur le côté, barré d'une mèche carmine, sa respiration légère faisait à peine se soulever son torse nu. Il ne portait pour dormir que son pantalon en toile épaisse qu'il ne quittait jamais, un tissu de jute beige devenu gris avec l'usure. Sa ceinture de cuir était débouclée, et sur le sol gisaient son gilet, ses bottes, son foulard, et les fourreaux de ses deux lames.

Vêtu d'une tenue similaire, assis sur son bassin, Katsuki le surplombait. Il observait silencieusement le dragon endormi, comme captivé. Ses deux mains étaient posées à plat sur son torse, dont la peau veloutée dégageait une chaleur irrésistible.

Le prince semblait figé. Le menton légèrement relevé, les dents serrées et le cœur battant, il n'avait pas osé le moindre mouvement depuis qu'il avait chevauché l'autre jeune homme.

Katsuki ne savait plus quoi penser. Si, ce matin, il était éperdument absorbé par sa contemplation du visage et du corps d'Eijiro, c'était car il ne savait lui même plus ce qu'il devait penser ou ressentir.

Au début, il n'avait pas aimé l'Adarkin. Il avait sûrement été trop brusqué par cet inconnu sorti de nulle part qui le traitait avec tout, sauf le respect qui lui était dû, mais son voyage à ses côtés l'avait fait changer de point de vue. Il n'était plus aussi hautain que l'enfant gâté qu'il était lorsqu'il était encore au château. À présent, il ne voulait plus de son titre de royauté, il ne voulait plus être prince, ni roi, ni souverain; il voulait partir. Et avec lui. Maintenant, Bakugo ne pouvait plus s'imaginer poursuivre sa route sans avoir Kirishima à ses côtés.

Sur la peau du dragon, les doigts de l'adolescent se crispèrent. Un soupir imperceptible lui échappa, et il baissa le menton. Ses yeux se posèrent sur la cicatrice qui partait depuis la bordure de ses cils. Doucement, sa main quitta son épiderme pour venir la caresser du bout des doigts. Puis, il déplaça la mèche de cheveux qui retombait en travers de son front, et prit son menton entre son index et son pouce pour lui faire tourner la tête. Sa main finit par s'enfoncer dans l'oreiller lorsqu'il se pencha au dessus de lui, rapprochant son corps du sien. Leurs deux bustes n'étaient plus séparés que de quelques centimètres, aussi bien que leurs lèvres qui se frôlèrent à peine.

Katsuki sentit le souffle d'Eijiro sur sa peau. Il déglutit. La fragrance de l'autre jeune homme lui venait par effluves. Une odeur légère d'herbe mouillée, de fruits rouges et de reptile, différente de la sienne. Un parfum de cannelle et de cendre, lui avait une fois dit sa mère lors d'une étreinte partagée quand il était plus jeune. Ce souvenir lui fit plisser les paupières. Le jeune homme se redressa et quitta le lit sur lequel ils se trouvaient tous les deux, récupérant au sol sa propre cape qu'il enfila sur ses épaules avant de quitter la tente.

Peut-être le froid de l'hiver lui remettrait-il les idées en place.

§§§

Lorsqu'Eijiro ouvrit les yeux, il était seul dans la yourte. Il étouffa un bâillement avant de se redresser pour se frotter les yeux. Quand il réalisa que Katsuki n'était plus avec lui, il se débarrassa des draps et des couvertures qui le recouvraient et bondit hors du lit, s'empressa d'enfiler ses bottes et le reste de ses vêtements laissés à terre, puis quitta la yourte. En soulevant le pan de cuir qui en tenait l'entrée fermée, il fit entrer un rai de lumière qui lui fit plisser les yeux. Le soleil rasant du matin l'éblouit, et il aperçut à quelques pas de là, sa silhouette découpée dans la lumière du levant et sa cape claquant derrière lui, le prince qui se tenait face au lever du jour. En entendant remuer derrière lui, il se retourna. Un léger rictus se dessina sur ses lèvres.

« C'est quoi, cette tête ? Je suis là, pas la peine de paniquer.

-… Je ne panique pas, se défendit Eijiro en venant à côté de lui, mais en le voyant s'approcher, le prince eut un éclat de rire.

-T'es même pas foutu de t'arranger correctement. » Fit-il en tendant le bras vers lui pour remettre ses mèches de cheveux rebelles en place.

Eijiro bredouilla un remerciement et détourna rapidement les yeux. Ce matin, il avait du mal à le regarder en face. Ce qui s'était passé la veille… Le baiser qu'ils s'étaient échangé hier, il n'avait pas arrêté de le tourner et de le retourner dans son esprit toute la nuit, au point de ne pas en trouver le sommeil jusqu'à ce que la lune, tardive, ne se montre enfin. Il était perdu, troublé par cet échange qui, il le réalisait peu à peu, ne lui avait pas déplu. Il aurait aimé demander au prince ce qui lui était passé par la tête à ce moment-là, mais les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. Il osa un coup d'œil vers le jeune homme qui avait de nouveau le regard perdu sur le vaste horizon qui s'étendait face à eux. Il semblait serein. Il ne l'avait pas vu comme ça depuis qu'il l'avait rencontré. Et ce léger sourire sur ses lèvres le rendait heureux, lui aussi.

Ne sachant pas quoi dire pour le moment, le dragon préféra rester silencieux. Les deux adolescents admirèrent en silence le soleil qui dépassait lentement la crête des Monts d'Irmgrad, rendant au ciel sa couleur bleue claire et chassant les dernières étoiles.

« Continuons. »

La voix rauque l'avait brusquement coupé alors qu'il admirait le reflet des rayons sur les névés. Eijiro se retourna vers Katsuki qui le fixait intensément, à présent. Il eut du mal à soutenir son regard mais se fit violence :

« De quoi tu veux parler ?

-De notre voyage. On est resté ici assez longtemps. On pars pour Aestas. »

L'Adarkin se mordit la joue. Bien loin était le temps où il était celui qui décidait de leur itinéraire… Le prince avait pris les rênes. Mais il n'avait pas tout à fait tord. Ils avaient déjà passé deux nuits à Hiems, et il était temps pour eux de quitter la région avant que les bandits ne les retrouvent. Qui sait ce qu'ils seraient capable de faire aux nomades, en trouvant leurs deux cibles parmi eux ? Kirishima frémit à cette pensée. Il ne préférait pas le savoir.

« Tu as raison. Tu es sûr que tu veux aller à Aestas ?

-Je sais pas si j'ai vraiment le choix, ricana le jeune homme. Tu as menacé de m'assommer si je refusais de t'obéir, n'est ce pas ? »

Katsuki faisait référence au conflit qu'ils avaient eu plusieurs jours en arrière, lorsqu'Eijiro avait insisté pour qu'ils aillent se réfugier à Hiems alors que le jeune roi, lui, était prêt à se battre. Kirishima se frotta l'arrière de la nuque.

« Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça. Mes mots ont dépassé ma pensée et…

-C'est bon, le coupa le prince, de toute façon, je n'ai plus tellement envie de retourner à Syrthio, maintenant. »

Le silence retomba sur les deux garçons. Aestas, le royaume d'été… Une majestueuse cité médiévale située en haut d'une colline, qui surplombait ses terres. Il faisait bon vivre dans cette province où la chaleur estivale était légion. Là-bas, contrairement à Syrthio et à Hiems, la population était élevée, et en plus de pouvoir trouver avec facilité une auberge où passer quelques nuits, ils n'auraient plus besoin de chasser pour se nourrir et se fondraient dans la foule avec plus de facilité. Passer alors inaperçus et échapper aux membres de l'Alliance serait probablement plus facile pour eux… Eijiro préférait ne pas avoir à se battre, et il ne voulait pas mettre le prince en danger. Il acquiesça.

« Oui, continuons. »

Katsuki s'étira, puis fit demi-tour pour retourner dans la tente. Lorsque le pan de cuir retomba lourdement dans son dos, il s'approcha du lit pour récupérer le peu d'affaires qu'il transportait avec lui. Il enfila la fourrure du lynx sur ses épaules, et attrapa ses colliers qu'il avait quitté pour dormir. Alors qu'il était occupé attacher le plus court d'entre eux autour de son cou, Eijiro entra à son tour.

« Tu te prépares déjà ? Fit-il, tu es si pressé ?

-Je commence à en avoir ma claque, de ce froid. Aide-moi. »

Il lui adressa un signe de tête, l'invitant à s'approcher de lui. Lorsque le dragon fut face au jeune homme, celui-ci lui tourna le dos.

« J'arrive pas à l'accrocher. »

Les deux extrémités de son collier de perles orangées entre les doigts, il jeta un coup d'œil à Eijiro qui déglutit lorsque ses yeux se posèrent sur sa nuque. Il leva lentement les mains en l'air. Sa peau si pale, l'implantation de ses cheveux cendres, ses muscles ondulant sous son épiderme parcourut de frissons… Il se saisit du bijou les mains fébriles.

« Voilà… »

Fit-il lorsqu'il eut réussi à l'accrocher. Eijiro sentait soudain qu'il avait… Très chaud. Il s'éclaircit la voix :

« Je vais aller chercher la jument. »

Le prince n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que le dragon était déjà reparti. Une fois dehors, Kirishima se passa une main sur le visage. Ce n'était pas normal. Sa réaction n'était pas normale. Il n'aurait pas dû se mettre dans un tel étal juste parce que… Juste pour ça. Et pourtant, encore plus que d'habitude, il sentait son cœur battre à tout rompre, son dos et sa nuque le brûler, et il avait du mal à avaler sa salive. Ce baiser l'avait totalement chamboulé, et il maudit intérieurement l'autre adolescent de le mettre dans un état pareil. Ce garçon avait un pouvoir attractif hors du commun et c'était lui qui en faisait les frais. Il se dirigea vers la grange où les chevaux de la tribu se reposaient, protégés du froid, tourmenté par ses sentiments qu'il ne comprenait plus.

Ou alors, qu'il ne comprenait que trop bien.

§§§

Un amas de nuages noirs et chargés d'eau se levait lentement sur le royaume d'hiver. Le soleil et le ciel bleu étaient peu à peu évincés par ces cumulus annonciateurs d'une tempête de neige à venir. Il était plus que temps de partir. En chemin, Eijiro tomba sur Kaïpoku, au détour d'une tente. Ils manquèrent de se rentrer dedans et la jeune femme fit un pas en arrière, se cachant le bas du visage derrière sa main pour étouffer un éclat de rire cristallin.

« Bonjour, Eijiro, fit-elle enfin. Où vas-tu comme ça ? Tu m'as l'air totalement déboussolé. C'est ton prince qui te met dans cet état ?

-Mon… Mais non ! Pas du tout ! Qu'est ce que tu vas chercher ? Se défendit immédiatement l'adolescent.

-Allons, pas de ça avec moi. J'ai le flair le plus fin de toute la tribu… Je peux sentir ce genre de choses. »

En voyant le visage totalement décomposé de son homologue, elle ne put s'empêcher de pouffer à nouveau.

« Pardon, excuse-moi… Je te taquine, ne fais pas cette tête. Où est-il, ce jeune homme, d'ailleurs ?

-Il… Rassemble ses affaires. Nous allons partir.

-Vraiment ? Vous partez déjà ? Kaï ne put s'empêcher d'afficher une mine déçue. Eijiro poursuivit :

-Ça fait déjà deux jours que nous profitons de votre hospitalité, nous ne voulons pas nous imposer… Et puis, nous avons encore de la route à faire avant de retourner à Syrthio.

-Vous auriez pu rester avec nous aussi longtemps que vous le désiriez… Mais ça serait impoli de ma part de vous retenir s'il vous reste encore du trajet. Vous reviendrez nous voir, n'est ce pas ? »

Le dragon acquiesça avec un sourire bienveillant. La jeune Oïna l'accompagna jusqu'à l'abri où se trouvaient les chevaux de la tribu et Blodyn, et aida le jeune homme à harnacher la jument. Après quelques jours de repos, celle-ci semblait d'ailleurs en bien meilleure forme. Kirishima passa une main sur son museau en murmurant :

« Je suis désolé, on a été vraiment durs avec toi. Ne t'en fais pas, le reste du voyage sera beaucoup moins éprouvant pour tout le monde. »

Quand Eijiro et Kaïpoku retournèrent à la yourte qu'occupaient les deux voyageurs, Katsuki semblait prêt à partir. Il s'approcha du dragon, le sac de jute contenant leurs affaires communes entres les mains, et lui fourra dans les bras. Puis, il se tourna vers la jeune femme qui se tenait près d'eux.

« Merci pour votre hospitalité. Dit-il seulement, le visage fermé. Alors qu'il l'observait du coin de l'œil comme il commençait à en prendre l'habitude, Eijiro se fit la réflexion qu'il était le seul à qui il avait vu le prince donner un sourire. Kaï répondit, souriante :

-Ce n'est pas le genre de la tribu de laisser un tiers dans l'embarras. Si nous pouvons vous être d'une quelconque aide, à l'avenir, n'hésitez pas. »

Le jeune roi hocha la tête, et monta sur le dos de la jument que Kirishima tenait par le mors. Le dragon grimpa à son tour, s'ajusta sur la selle, et passa ses bras autour de la taille du cendré pour se saisir des rênes. Restée à terre, Kaï les regardait faire avec un large sourire.

« Vous allez vraiment bien ensemble, tous les deux. Puisse ce voyage vous ouvrir les yeux sur vos vrais sentiments.

-Que…

-Au revoir ! J'espère que vous reviendrez vite ! »

Sur ces dernières paroles, la jeune femme donna une claque ferme sur la croupe de la jument qui détala aussitôt, poussant un renâclement indigné. Alors que la silhouette des deux cavaliers et de leur monture s'éloignait du camp sur lequel commençait à tomber une neige fine, elle faisait de grands gestes de la main en leur direction, les yeux plissés par le large sourire qui lui mangeait les lèvres. Si Kaïpoku était perspicace, on ne pouvait pas en dire autant des deux adolescents…

« … Je ne vois pas de quoi elle a bien voulu parler, lâcha finalement Eijiro en resserrant d'une main son foulard autour de son cou pour se protéger du froid.

-Mh. » Répondit seulement Katsuki qui gardait le regard fixé sur l'horizon verdoyant d'Aestas.

Il ne préféra pas tourner la tête vers l'autre garçon, et mordait aussi fort qu'il le pouvait dans sa lèvre inférieure pour réfréner son sourire. Il espérait que ce voyage ne toucherait pas à sa fin avant un long moment.

§§§

À mesure qu'ils s'éloignaient de la terre d'hiver, l'air se faisait moins froid et piquant. La neige ne les avait pas accompagné longtemps, la tempête étant majoritairement localisée sur le Royaume d'Hiems. Ils pouvaient d'ailleurs le voir derrière eux, la région était cachée sous un voile de brouillard et de flocons tourbillonnants. La neige se faisait de moins en moins épaisse sur le sol, et des touffes d'herbe perçaient la couche de givre, des crocus mauves germaient en de minuscules touches de couleur, et, plus discrètes, des perces-neige bordaient le chemin qui se dessinait peu à peu sous la glace.

La couche nuageuse était loin derrière eux, maintenant. L'horizon était parfaitement dégagée, et seule la perspective atmosphérique diminuait les couleurs chatoyantes de l'épaisse forêt qui se dressait face à eux. En hauteur sur sa colline, la citadelle médiévale surplombait les terres d'été, imposante et imprenable. De là où ils se trouvaient, les deux voyageurs pouvaient déjà apercevoir les nombreuses tours de guets qui bordaient les murs.

La différence de température entre les deux royaumes était incontestable. Alors qu'ils s'approchaient de l'orée des bois, Katsuki se débarrassa de la fourrure qui entourait ses épaules et qui commençait à lui tenir beaucoup trop chaud. Eijiro fit ralentir sa jument lorsqu'ils se retrouvèrent face à un immense chêne centenaire qui marquait probablement les limites de l'empire.

« Nous y voilà. D'après la carte, Aestas se trouve derrière cette forêt.

-Qu'est ce qu'on attends, alors ? Fit Katsuki en se tournant vers lui.

-Rien, allons-y. »

Un coup de talon, et Blodyn partit au pas, s'enfonçant entre les arbres. Un vent chaud soufflait à leurs cimes, et les feuilles masquaient le soleil chaud de l'été. Une odeur fraîche d'humus remontait depuis le sol, et le chant des oiseaux était le seul perturbateur de la quiétude qui régnait dans les bois. De temps à autre, le battement d'ailes d'un geai qui passait au dessus de leurs têtes retentissait, ou un écureuil roux montait se cacher entre les branches. De hautes fougères venaient frôler les pattes de la jument, d'où sortaient des bouquets de jacinthes des bois. Les élégantes clochettes formaient un vaste tapis bleu qui se propageait dans toute la forêt. Le Royaume d'Aestas n'avait beau pas avoir un vaste territoire, il était très riche. Alors que le dragon laissait son regard se promener sur les centaines de fleurs qui s'ouvraient délicatement, la voix du prince lui fit tourner la tête.

« Hé, tu ne m'as pas beaucoup parlé de toi, au fait. »

Eijiro ne parut pas comprendre tout de suite. Katsuki poursuivit :

« Je ne sais rien à ton sujet. Tu ne m'as rien raconté.

-Ah, tu veux parler de ça…

-Quoi, ça pose un problème ?

-Je ne sais pas si c'est vraiment intéressant.

-Je me fiche de savoir si c'est intéressant ou non. Tout ce que je sais c'est que mes parents t'ont envoyé me chercher, c'est tout. D'où est ce que tu viens ? »

Kirishima se mordit la lèvre. C'est vrai, il n'avait jamais parlé à Bakugo de son passé. Qui il était, d'où il venait… Mais il n'en avait peut être pas vraiment envie, au fond. Malheureusement pour lui, le jeune roi insista.

« Je veux savoir.

-Katsuki…

-Je suis le prince du royaume où tu vis, je te rappelle. Tu es supposé m'obéir.

-Dis donc… »

Eijiro avait froncé les sourcils, mais ne put pas faire mine de rester contrarié bien longtemps. Le prince lui jetait un sourire derrière son épaule. Le dragon soupira :

« Tu es vraiment sûr de vouloir savoir ça ?

-C'est si terrible que ça ?

-Non, mais…

-Alors raconte-moi. »

Le silence retomba momentanément sur eux. Seul le pas feutré de Blodyn qui marchait sur l'humus et la mousse s'élevait encore entre les arbres. Kirishima réfléchissait. Il ne savait pas trop par où commencer. Ressasser le passé n'était pas son fort. Il finit par prendre une inspiration.

« … C'est une longue histoire. » Lâcha-t-il doucement.

Katsuki lui jeta un coup d'œil. Eijiro avait baissé le regard, une expression amère aux traits. Certes, il s'était imaginé des choses, mais peut-être bien que le récit du dragon dépasserait tout ce qu'il avait pu inventer.

À suivre…


(note : Névés, accumulation de neige qui peut perdurer en dessous de la limite de neiges éternelles.)

On quitte Hiems pour Aestas, youpi! Vous allez voir c'est chouette, et si vous êtes déjà allés à Carcassonne ça risque de vous rappeler des trucs.

Bon, comme vous l'aurez compris, la prochaine fois on parlera du passé d'Eijiro! Donc ramenez les Kleenex parce que ça va pleurer dans les chaumières. Vous êtes prévenus.

Sur ce, moi, je vais aller écrire la suite (et lire le scan de BNHA si il est sorti hihi). Allez, bye bye les p'tits mouflons!