HELLO ! Ouais, ouais, je sais, j'ai mis le temps pour celui-là. J'avoue que j'ai eu un peu de mal à l'écrire, et LA FAC et ses TROIS KILOS TONNE DE TRAVAIL UNIVERSITAIRE qui s'en sont mêlés en scred ne m'ont pas aidée. Mais ! Aujourd'hui on est samedi (et j'ai eu cours ce matin tuez-moi) et voici enfin le chapitre douze ! C'est la fête. J'espère qu'il vous plaira et que vous aurez pas trop mal au kokoro pour Eijiro qui a clairement pas mérité ça.

Allez, j'en dis pas plus et je vous laisse à la lecture. On se retrouve en bas !


Chapitre XII : Le passé d'Eijiro

Sur une terre où le Soleil ne se lève jamais, les Adarkins sont des esclaves, des serviteurs qui ne possèdent pas la moindre liberté. Il sont vus par le reste des Hommes comme des animaux. Dès leur naissance, un collier de fer leur est passé autour du cou et ils sont voués à obéir.

Ici, où seules les étoiles illuminent la pénombre de la nuit et où les rues sont simplement éclairées par des torches brûlantes, vit un jeune garçon, un dragon aux yeux rubis et aux cheveux noirs, au grand regard résigné, couvert de balafres. Il court et traverse les allées de la capitale de Deika aussi vite qu'il le peut, les bras refermés sur un butin qu'il tient serré contre sa poitrine. Il est hors d'haleine, et derrière lui des bruits de pas claquent sur le sol et des voix s'élèvent.

Ils le traitent de voleur. Ils le cherchent. Dans leurs mains, des armes. S'ils le trouvent, ils le battrons probablement jusqu'à ce qu'il meure. Mais l'enfant connaît la capitale comme sa poche, et il sait que derrière le gros rocher, au bout de la rue, il y a un trou dans le mur. Et il est juste assez gros pour s'y faufiler. Il prend à droite, trébuche et s'écorche le genou sur le sol sableux. Il ignore la douleur et se relève aussi vite qu'il peut, la jambe en sang. Le roc est juste là, il le contourne et disparaît. Les hommes qui le poursuivent tournent eux aussi, mais s'arrêtent lorsqu'ils réalisent qu'au fond de l'impasse, l'enfant s'est volatilisé.

Sa mère était une esclave. Mal nourrie, mal soignée, elle a fait une hémorragie à sa naissance et n'a pas survécu. Son père avait lui aussi un collier de fer autour de cou, et a pris soin de lui comme il a pu jusqu'à ce qu'un marchand ne rachète l'enfant à leur maître pour une bouchée de pain. Tout ça, il ne s'en rappelle plus. Il le sait juste parce qu'on le lui a dit.

Il a réussit à passer à travers le mur, et les cris s'élèvent encore au loin, furieux et indignés. « Si on le recroise, si on arrive à l'attraper, ce sale chien, on lui fera la peau ! » . Il s'éloigne aussi loin que possible, le cœur battant à tout rompre et la gorge brûlante. Lorsqu'il déglutit, c'est le goût du sang qui se diffuse dans sa gorge. Il a les bras et les jambes qui tremblent, mais avec ce pain qu'il a réussi à voler sur un étal de boulangerie, il aura au moins de quoi se nourrir pour trois ou quatre jours, s'il arrive à le cacher.

Son nouveau maître ne s'occupe pas de lui. Certes, il ne le tient pas attaché comme la plupart des esclaves, il est libre d'aller où bon lui semble dans la limite des frontières du pays lorsqu'il n'a pas d'ordres à lui donner, mais il dépérit, là-bas.

Giran, c'est son nom, vit pourtant dans une des plus grosses maisons de la ville. Lors des repas qu'il organise, la table est toujours débordante de mets plus odorants et alléchants les uns que les autres. Des fruits à la peau lisse et brillante dont il ne connaît même pas le nom, des grappes de raisin aux grains gros comme des prunes, des viandes grillées et luisantes de jus, des pâtisseries démesurées et des vins des quatre coins du monde sur lesquels il ne peut que fantasmer, car il ne le laissera jamais lever le doigt ne serait-ce que sur les restes. Et, de toute façon, les autres serviteurs sont plus grands et plus forts que lui. Il ne leur suffit que d'un revers de main pour l'envoyer s'écraser le dos et l'arrière du crane contre le mur lorsqu'il essaie de s'approcher de ce qui pourrait s'apparenter à de la nourriture.

Hors d'haleine, le souffle court, il slalome encore entre les arbres, allant s'enfoncer dans la pénombre de la forêt. Il ne s'arrêtera pas tant qu'il ne sera pas sûr d'être à l'abri. Sa peau endure les coups, mais il ne s'y habitue pas pour autant. Chaque raclée qu'il prend est toujours plus difficile à supporter.

Il fait sombre et sa vision est réduite, il manque de trébucher sur une racine mais se rattrape au vol et pénètre dans les bois. Lorsqu'il s'arrête enfin, le dos appuyé contre le tronc rugueux d'un arbre, une nausée horrible lui faisant tourner la tête, il ne tient même plus sur ses jambes. Il s'écroule sur le sol, le pain toujours serré contre sa poitrine.

Il ne voulait pas voler. C'est mal, il le sait, et il sait aussi que si Giran apprend de ce qu'il vient de faire, il le frappera jusqu'à ce qu'il perde connaissance. Mais… Il n'a rien avalé depuis des jours, et, alors que son maître l'avait envoyé faire une course en ville, il l'a vu, sur l'étal, et il n'a pas pu s'en empêcher. Avant même qu'il ne le réalise, sa main s'était levée en l'air, il avait saisit la miche et il s'enfuyait avec. Au final, il n'a même pas acheté ce que son maître lui a demandé…

Mais pour le moment, il n'a pas le luxe de s'angoisser sur ce qu'il va subir en rentrant. Reprendre son souffle est déjà bien assez difficile. Il pourra toujours inventer un mensonge et dire qu'il n'y en avait plus ou qu'il n'en a pas trouvé. Giran le croira peut-être.

Ou alors… Il peut aussi fuir. Enfin, il peut l'imaginer.

Le jeune garçon a réussi à reprendre son souffle. Il s'assoit en tailleur, les épaules basses. Il passe ses doigts abîmés sur le collier de fer qui lui entoure le cou, semblant énorme sur son physique chétif d'enfant de neuf ans. Tant qu'il a ça, il ne pourra aller nulle part. Tant qu'il a ça, il appartient à Giran. Il soupire, le regard perdu dans le vide. La vie qu'il mène n'en est pas une.

Une fois de plus, il se demande à quoi ressemble le monde, là où le Soleil se lève.

§§§

Giran était un homme important. Détenant l'une des plus grande fortune de la ville, il finançait nombres de projets et de travaux, ce qui lui valait le respect et la sympathie des grandes pointures de Deika. Il recevait souvent chez lui d'ailleurs, comme ce matin.

Il devait probablement encore être très tôt lorsqu'Eijiro, roulé en boule sous un tissu miteux qui lui servait de couverture, couché à même le sol, fut réveillé par des éclats de voix masculines qui venaient de la pièce d'à côté. Il frissonna et se roula encore plus en boule sur lui-même, du moins autant qu'il le put. Giran habitait une maison troglodyte taillée à même la pierre brute, une antre froide, glaciale et humide, où un vent glacé s'infiltrait en dessous des lourdes portes de bois qui la tenaient médiocrement protégée de l'extérieur.

En général, il dormait dans cette petite pièce qui n'était pas meublée et servait plus ou moins de débarras. Giran ne lui avait attribué ni lit, ni chambre et lui avait seulement dit, sans même prendre la peine de poser un regard sur lui, de se trouver un coin où il ne dérangerait pas.

Eijiro finit par se redresser totalement lorsqu'il entendit un coup lourd contre la porte. La voix feutrée de son maître lui parvint au travers :

« Réveille-toi ! Et dépêche toi de nous apporter de l'alcool. Ne nous fait pas attendre. »

Le jeune dragon se leva en quatrième vitesse. Il plia la petite couverture qui lui procurait un semblant de chaleur et la rangea dans un coin avant de s'empresser de s'exécuter. Ne pas faire attendre son maître, c'était le primordial : lorsqu'il était contrarié, Giran avait la gifle facile. Et la caresse de ses larges paumes rugueuse était aussi mordante et cinglante qu'une flamme que le jeune dragon préférait à tout prix éviter.

Il quitta la pièce pour se faufiler dans ce qui s'apparentait au garde-manger de la maison. Dans le couloir glacial, des torches fixées au mur qui, pour la plupart, s'étaient entièrement consumées et ne procuraient plus ni chaleur ni lumière. Le garçon procéda dans la pénombre en tâtonnant contre les murs jusqu'à rencontrer la porte de bois qui tenait tant bien que mal l'intérieur hermétique.

Une fois entré, Eijiro fut rapide : ce n'était pas facile pour lui de rester de marbre quand la faim lui tenaillait l'estomac et que des montagnes de nourriture se trouvaient juste sous son nez. Mais Giran avait des yeux partout, et il aurait même remarqué le disparition d'un grain de raisin. Kirishima avait vite appris, à ses dépends, que toucher aux réserves de son maître était proscrit.

Il attrapa en hauteur un plateau qu'il posa sur la vieille table de bois, graissée et patinée par le temps. Il s'empressa d'y poser une bouteille d'alcool, la première qu'il trouva et deux verres salis de poussière qu'il essuya grossièrement sur son haut en tissu rêche avant d'emporter le tout dans ce qui servait de salon à cette grotte.

Il n'y avait que deux pièces qui étaient chauffées et correctement meublées dans ce dédale de pierre : la chambre à coucher du propriétaire des lieux et la salle de réception où l'homme passait le plus clair de son temps lorsqu'il ne buvait pas, ne dormait pas ou n'était pas sorti s'amuser avec les filles de la région. Timidement, Eijiro frappa deux coups contre la porte avant de la pousser de l'épaule pour entrer, et il fut instantanément enveloppé par la douce exaltation qui se répandait dans la pièce depuis le foyer crépitant creusé à même le mur. Une grosse bûche d'un bois sombre s'y consumait lentement, déposée sur des tisons brûlants ondoyant de chaleur. Le petit garçon marcha jusqu'à la table de pierre qui trônait au centre de la pièce, où Giran et son invité étaient accoudés. Le plateau était lourd, et lui, dénué de forces. Son ventre criait famine et ses muscles n'avaient plus d'énergie. Mais il tient bon, et posa doucement sa lourde charge au milieu du buffet.

Il s'apprêtait à repartir, sans demander son reste, lorsque la voix de l'invité de son maître retentit dans son dos :

« Attend, ce gamin me dit quelque chose.

-C'est un de mes esclaves, répondit Giran. Je l'envoie souvent faire des courses pour moi en ville.

-Justement… Il y a eu un vol, la semaine dernière. Un gosse qui a foutu un boxon monstre sur la place. Il ressemble drôlement au tien… »

Son sang ne fit qu'un tour. Eijiro se glaça et se raidit de la tête aux pieds. Il accéléra le pas, priant pour que son maître ne sache pas à en savoir plus, pour qu'il puisse quitter la pièce et s'éloigner le plus possible avant que les conséquences de son acte désespéré ne lui retombent dessus. Mais il était trop tard.

Grondante, sourde, la voix de son maître s'éleva par dessus le crépitement du foyer.

« Viens ici. »

Un ordre qui lui était adressé. Un ordre qui ne lui laissait pas le choix. Un ordre qu'il ne pouvait pas refuser, ni remettre en cause. Il ne pouvait donner aucune excuse pour s'enfuir. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était y obéir.

Il avait l'impression que son corps entier s'était changé en pierre quand il fit demi-tour pour revenir auprès de son maître. Il eut beau y mettre tous ses efforts, il ne réussit pas à relever la tête et garda ses yeux rivés sur le sol.

« Tu as entendu ? Il y a eu un vol et l'auteur du crime te ressemble comme deux gouttes d'eau. En plus, ça coïncide avec le jour où je t'ai envoyé faire une course pour moi. »

Sans douceur, la main de Giran vint saisir le bas de visage de l'enfant, le forçant à relever la tête. Brutalement, il lui fit tourner le regard vers son invité qui posa ses deux yeux sombres sur lui.

Eijiro n'avait même plus la force de déglutir, ni même de tenter de dire quelque chose pour se défendre. La poigne de fer de Giran le gardait immobile et le regard froid de l'inconnu qui siégeait à la table de son maître le sondait avec une insistance répugnante. Il se sentait comme un agneau face à deux loups aux yeux jaunes.

« Oui, je le reconnais. Une tignasse noire et des yeux rouges, ça ne fait aucun doute. C'est lui, le voleur.

-Non, je… »

Mais il se trouvait dans un tel état de terreur que sa voix n'avait pas voulu se faire plus haute. Il eut à peine le temps de retourner son visage pour rencontrer le regard de son maître que celui-ci avait levé son bras en l'air. Violente comme un coup de tonnerre, la paume de sa main s'abattit contre sa joue avec la force d'un ours, l'assommant brutalement en même temps qu'elle le projeta dans le décor. Le corps du garçon fut secoué comme celui d'une poupée de chiffon, et il roula sur plusieurs mètres avant que son dos ne rencontre le mur. Sa tempe avait cogné le sol et lorsqu'il se redressa, tremblant de tous ses membres et encore abasourdi par le choc, il saignait abondamment du nez et de la tête. Ses deux grands yeux rouges affichaient un désespoir extrême, mais au fond de lui, il était résigné. Il savait qu'il ne sortirait pas de cette pièce sans que Giran ne l'ait rossé jusqu'à en perdre le souffle.

D'ailleurs, son maître se leva. Lentement, il se redressa sur sa chaise avant de la faire reculer. Les poings serrés, il s'approcha de lui, avec la démarche d'un prédateur qui aurait bloqué son gibier sans défense au fond d'une voie sans issue. Une fois en face de lui, il articula :

« Tu me fais honte. Tu me fais honte, Eijiro. »

Il croisa le regard froid de son maître à travers le verre de ses lunettes. Il était désolé. Il était désolé de tout son cœur et regrettait amèrement son geste mais il n'avait pas pu se contrôler. Il n'avait pas pu se retenir. La faim l'avait animé et maintenant il en faisait les frais. Le regard plongé dans celui de son bourreau, il sut à cet instant précis que les coups qu'il recevrait aujourd'hui seraient les plus dévastateurs qu'il n'aurait jamais connu. Aussi fort qu'il le put, il ferma les yeux et se recroquevilla sur lui même lorsque le premier partit.

Il perdit connaissance lorsqu'il entendit les os de ses côtes se briser à l'intérieur de sa cage thoracique.

§§§

En grandissant, Eijiro avait beaucoup changé. Sa condition d'Adarkin faisait que, à l'image de certaines espèces animales qui changeaient de pelage ou de plumage avec l'âge, son apparence s'était modifiée avec l'acquisition de ses premiers pouvoirs. Lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, sa forme animale était endormie au fond de lui. Elle ne s'était éveillée qu'aux alentours de ses seize ans et avait entraîné une métamorphose notable.

Ses cheveux noirs, qui avaient poussés jusqu'à ses épaules, s'étaient teintés d'un joli rouge rubis. Ses pupilles, rondes comme celle d'un Daïkini ou d'un Dranëgil, s'étaient fendues. Seule sa queue reptilienne avec laquelle il était né avait été témoin de sa nature, et elle ne faisait que grossir avec les années. Il ne gardait plus qu'un seul souvenir de celui qu'il était en tant qu'enfant : une cicatrice au dessus de l'œil droit, infligée par les coups de son maître. En le voyant grandir de la sorte, Giran, qui, à l'époque, l'avait acheté pour et à cause de son genre, n'avait pas manqué de saisir l'occasion. Il avait dû attendre une bonne dizaine d'années avant de voir enfin l'œuf qu'il avait couvé éclore au grand jour.

À présent, la relation des deux hommes avait changé. Eijiro, qui avait toujours été seul, hormis lorsque son maître l'appelait pour lui donner un ordre ou le battre, se retrouvait très souvent en compagnie de l'homme qui ne le quittait plus. Chaque jour, il le tannait pour qu'il développe ses pouvoirs, le forçant à tenter de se transformer, le poussant à bout pour qu'il déchaîne sa force…

… En vain. Il avait beau donner son maximum, s'épuiser à la tâche, suer sang et eau pour satisfaire les désirs de celui qui ne le voyait que comme un bien, il n'arrivait à rien. Eijiro ne savait absolument pas comment il devait s'y prendre pour interchanger entre sa forme humaine et animale, ce qui rendait son maître fou de rage. Mais, à présent que le petit garçon était devenu un adolescent, son physique chétif s'était changé en une carrure puissante et Giran ne levait plus aussi fréquemment qu'auparavant la main sur son esclave. Il se contentait de le frapper au visage et de l'humilier, mais l'époque où il lui ravageait le dos avec sa courroie était désormais révolue. L'homme n'avait plus d'emprise physique sur lui, cependant, conservait toujours un puissant étau mental sur le jeune homme ; Eijiro était incapable de se rebeller, car toute sa vie il avait été voué à lui obéir sans rechigner.

Lorsque Giran avait compris que forcer l'adolescent en lui hurlant dessus n'était pas source de réussite, il imagina une nouvelle manière d'arriver à ses fins. Par la douleur, il poussait à bout le jeune homme, brûlant sa peau au fer rouge pour le forcer à faire sortir ses écailles. Malgré toutes ses tentatives, leurs interminables sessions d'entraînements et de torture s'avéraient inutiles. Il avait beau souffrir le martyr, Eijiro était incapable de changer ne serait-ce qu'un seul aspect de son physique. Il avait été arraché à ses parents trop jeune, et, à l'image d'un animal, n'avait pas reçu le sevrage nécessaire à son bon développement. Ses géniteurs n'avaient rien pu lui transmettre, il n'avait aucun savoir, il ne connaissait rien de sa cause, encore moins de lui-même et se retrouvait à présent démuni face au dragon qu'il devenait. Souvent, il avait le sentiment d'avoir au fond de lui une créature tapie dans la pénombre, inerte, presque morte qui n'avait aucune force pour se lever d'elle-même. Cette mollesse le rendait fou, et, en plus de la douleur, il devait surmonter une immense frustration qui ne le faisait que dépérir un peu plus chaque jour. Ses iris grenats étaient devenus aussi ternes que l'intérieur de la grotte où il vivait, absents de tout éclat de vie.

Au fil des jours, des mois et des années, Eijiro avait fini par s'habituer aux coups. La douleur n'était qu'une sensation parmi tant d'autres, qu'il ne connaissait que trop bien, et qui ne lui faisait plus le moindre effet. Il endurait sans crier, sans sourciller, à tel point que même Giran avait fini par se lasser. Réalisant avec déception que l'Adarkin était incapable de se transformer, il avait abandonné tout espoir de le voir muter un jour et ne lui adressait plus la parole que pour l'envoyer faire des travaux pour lui. Avec une rancœur lourde, il l'envoyait se salir les mains à sa place. Avec le temps, Giran n'avait plus su gérer sa fortune, avait perdu ses contacts et se retrouvait seul, n'ayant plus pour compagnie que ses problèmes d'argent. Et c'était à Eijiro qu'il revenait de régler ses histoires.

La première fois que Giran l'envoya faire une course un peu plus spéciale que les précédentes, le dragon n'avait pas été sûr de bien comprendre. Son maître lui avait clairement ordonné d'aller voler pour lui dans la caisse d'un des nouveau commerce de Deika. Son maître qui l'avait battu à mort quelques années plus tôt pour le même délit. Amer, Eijiro avait grondé, s'apprêtant à refuser, mais le regard meurtrier qui l'avait fusillé derrière ses verres le terrifiait toujours et il n'avait rien pu faire. Peu importe qu'il grandisse, qu'il devienne plus fort ; Giran le maîtrisait toujours tant qu'il aurait son entrave de métal autour du cou. Une fois de plus, il réalisait qu'il ne pouvait pas fuir.

Mais, un soir, l'ordre que lui donna son maître outrepassa tout ce qu'il n'avait jamais pu lui faire faire.

§§§

« Tu vois l'homme qui tient le bar aux frontières de la ville ? Il me doit de l'argent, il ne me rembourse pas. Vas là-bas, et tue-le. »

C'était la voix de Giran qui s'était levée et avait brisé le silence. Eijiro s'était retourné vers lui, brusquement. Il resta immobile, interdit. Son maître, qui était dos à lui, se retourna. Les yeux grands ouverts, le dragon le fixait, hébété.

« Eh bien, quoi ? Dépêche-toi d'obéir, je ne me répéterai pas. »

Eijiro déglutit. Il serra les poings. L'homme lui fit de nouveau dos comme pour lui indiquer que la discussion était close. Sa silhouette se dessinait dans la pénombre, découpée par les flammes du foyer qui se mouraient lentement. Les mains derrière le dos, il ne semblait plus aussi en forme qu'auparavant: vieilli, appauvri, il ne valait plus rien. Mais pourtant, Kirishima quitta la pièce et sortit de la demeure de son maître sous le croissant de lune qui rayonnait faiblement dans le ciel.

Ses pas le guidaient malgré lui aux abords de la ville. Il voyait exactement de quel bar Giran avait voulu parler, de quel homme il s'agissait. Il avançait à grandes enjambées, seulement, ne réalisait pas qu'il se rendait là-bas pour ôter une vie. D'ailleurs, il était persuadé qu'il pourrait le convaincre de lui donner l'argent sans avoir à le tuer. Cela lui semblait si irréaliste qu'il n'envisageait même pas de passer à l'acte.

À mesure qu'il s'éloignait du centre de Deika, la route ne devenait plus qu'un sentier en terre battue et les habitations se faisaient de plus en plus rares. Les larges maisons du centre ville disparaissaient au profit de vieilles fermes, et le bar où se rendait Eijiro n'était qu'un point de lumière vacillante dans le lointain. Chacun de ses pas résonnait légèrement dans la nuit, un bruit feutré, craquant lorsqu'il marchait sur une feuille morte. Kirishima sentit un désagréable frisson le prendre derrière la nuque. Il avait l'impression que l'on marchait derrière lui, que ses bruits de pas qu'il entendait n'étaient pas les siens. Plus il approchait de la lumière qui n'était qu'un halo dans la pénombre, plus il sentait le poids dans son estomac se faire plus lourd et plus dense, comme la concrétisation de l'acte qu'il allait commettre.

Pour tenter de se rassurer, il se disait qu'aller si loin n'était pas nécessaire. Qu'il n'aurait qu'à faire comme si son maître l'avait seulement envoyé discuter avec ce type pour qu'il lui rende ce qu'il lui devait. Et d'ailleurs, que si celui-ci lui ordonnait de tuer, c'était qu'il vieillissait et, sentant son emprise sur son monde diminuer, se sentait obligé d'ordonner plus fort, plus brutal pour que ses instructions aient un véritable impact.

Eijiro arrivait devant le bar. Pourtant, malgré tout ce qu'il se répétait en boucle depuis qu'il était parti, il se sentait terriblement mal. Ce fut la main tremblante qu'il se saisit de la grosse boucle en fer qui pendait contre la porte pour frapper trois coups contre le bois avant d'entrer.

La pièce était vide. À l'intérieur, il n'y avait pas âme qui vive, pas même derrière le comptoir. Seul le tic-tac de la vieille horloge pendue à l'un des murs résonnait dans le silence des lieux. Eijiro fit un pas. Sous son poids, le plancher émit un grincement plaintif. Une odeur de moisissure et de vieux meuble persistante remontait depuis le sol et les murs, si forte qu'elle lui donnait la nausée.

Kirishima s'arrêta au milieu de la pièce. Il la parcourait du regard, retenant son souffle, à la fois gêné par l'odeur et bloqué par l'angoisse. Le comptoir était en mauvais état. Le bois, rongé et troué par les insectes. Sur une des rares tables qui meublaient les lieux, de vieux verres s'empilaient, gras, poussiéreux et sales, tâchés par les résidus d'alcool qui pourrissaient au fond. Un cadre, accroché à droite de l'horloge, n'était plus retenu que par un seul clou et pendait lamentablement. La pièce n'était éclairée que par une vieille lanterne qui était accrochée au centre du plafond, allongeant les ombres sur le sol et donnant à l'endroit un semblant de vie perdu dans la pénombre glauque qui y régnait. Le dragon angoissait. Il s'apprêtait à faire demi-tour quand un coup sec retentit derrière lui. C'était l'homme dont lui avait parlé Giran, il venait de revenir, alerté par le claquement de la porte d'entrée.

« Hé, l'esclave de Giran. Qu'est ce que tu viens foutre ici ? Si il t'a envoyé pour récupérer son fric, il peut aller se faire voir. Je n'ai plus rien. »

Kirishima serra les dents. Il tenta :

« Giran a insisté pour que… Je récupère ce que vous lui devez. Je ne partirai pas d'ici sans. »

L'homme haussa les sourcils. Il ne répondit rien, mais se baissa, comme s'il se saisissait de quelque chose caché sous son bar. Eijiro le vit faire, et fit un pas un arrière. Que venait-il de prendre ? Ça n'annonçait rien de bon. Il aurait voulu fuir, rentrer, mais les ordres de son maître étaient comme un étau mental qui l'empêchaient de quitter les lieux avant d'avoir accompli son devoir. L'homme se redressa lentement, le bas du corps toujours caché derrière le comptoir. Eijiro ne pouvait pas savoir ce qu'il venait de faire, mais il semblait tenir quelque chose dans sa main.

« Soyez raisonnable, fit-il, je ne veux pas vous faire de mal.

-C'est pas mon problème, répondit l'homme dans un grondement. Je n'ai pas peur de toi. »

Et sans qu'il n'ait eu le temps de le voir, il avait bondit vers lui, sautant par dessus le bar, le bras en l'air, un poignard fermement tenu au creux de sa main. Lorsqu'il abattit l'arme vers lui, Eijiro roula en arrière pour l'esquiver mais se retrouva vite acculé contre le mur. Un nouveau coup de lame qui déchira ses vêtements. Cette fois-ci, Kirishima le repoussa violemment en arrière. L'homme tomba sur le sol, et alors qu'il s'apprêtait à se relever, le dragon lui asséna un puissant coup de queue au visage. Sa tempe frappa brutalement la terre. Elle s'ouvrit sous le choc. Peu à peu, une mare sombre se formait sous sa tête. Le sang s'écoulait abondamment, s'étalait sur le sol jusqu'aux pieds d'Eijiro qui recula, horrifié.

L'homme était inerte. Parfaitement immobile. Il venait de le tuer, alors qu'il avait seulement cherché à se défendre. Il n'avait pas voulu aller aussi loin, et c'était un accident.

Sous lui, il sentait le sol s'écrouler. Son regard resta accroché de longues secondes à la flaque rouge poisseuse qui s'étendait au fur et à mesure, et lorsqu'il revint sur terre, il réalisa que ce qui venait de se passer était bien réel. Le corps pris de violents tremblements, il manqua de trébucher en avant, assommé par un un vertige, et se précipita vers l'autre côté du comptoir. Il le mit sens dessus dessous, à le recherche de la moindre pièce, mais ne trouva rien. Il n'insista pas et abandonna ses recherches, prenant ses jambes à son cou pour quitter les lieux le plus vite possible.

Fébrile, il avait du mal à courir. Ses jambes ne voulaient plus le porter, son cœur battait à tout rompre, à un rythme irrégulier, et il sentait la nausée revenir avec acharnement, à tel point qu'il dû s'arrêter lorsque la première vague le prit.

Appuyé contre un arbre, son estomac se vida de son maigre contenu, et ce fut un goût insupportable de bile amer qui l'envahit bientôt. Une seconde vague lui tordit les tripes, puissante et douloureuse. Il s'essuya rapidement les yeux et les lèvres d'un revers de manche avant de poursuivre sa route, exténué.

Lorsque le dragon fut de retour à la demeure de son maître, celui-ci semblait l'attendre. Sûrement souhaitait-il un compte-rendu de son entrevue avec l'homme. Mais quand Eijiro passa la lourde porte de bois qui tenait l'entrée de la grotte protégée de l'air froid du dehors, le visage blême, Giran eut sa réponse. Ils n'eurent pas besoin d'échanger le moindre mot.

Pourtant, une poignée de jours plus tard, il revint vers son esclave, les yeux révulsés par la colère. Eijiro eut à peine de temps de se retourner que la gifle qu'il lui envoya en pleine figure le projeta en arrière.

« Tu te fous de moi ? Hurla-t-il au jeune homme qui le fixait, les yeux vides et une main sur sa joue qui le lançait douloureusement, le type du bar est encore en vie, et il veut notre peau ! »

Les yeux du dragon s'ouvrirent en grand. Que venait-il de dire ? L'homme était en vie ? Il était si choqué par la nouvelle qu'il n'entendait plus la voix de son maître qui lui criait qu'à présent, tout Deika en avait après eux et qu'il le tuerait pour son erreur.

Les coups continuèrent à pleuvoir. Durs, cinglants comme la lanière d'un fouet, ils marquaient sa chair, fustigeaient sa peau, le frappaient au visage, au dos, sur les bras et les jambes. Mais Eijiro ne sentait plus la douleur. Il était seulement soulagé de se dire que c'était une erreur.

Il n'était pas un meurtrier.

§§§

Quand Kirishima eut vingt ans, son mode de vie ne s'était pas amélioré le moins du monde, et devenait même de plus en plus déplorable au fil des années. Giran, qui était à présent un vieillard, perdait la tête. L'alcool qu'il engloutissait tout au long des heures de la nuit n'arrangeait pas son cas, et n'avait pour seul bénéfice que de l'affaiblir. Il ne quittait plus le large fauteuil qui se trouvait dans la pièce à vivre de sa grotte de maison, et ne se levait même plus pour aller dormir dans son lit. Il passait ses journées à fixer le vide d'un regard vitreux, une bouteille entre les jambes ou à la main, et hurlait sur le dragon dès que celui-ci faisait son apparition.

Eijiro l'évitait autant que possible. Son dernier lien avec sa jeunesse était ce collier qui ne l'avait pas quitté depuis qu'il avait commencé à vivre avec son maître, mais il passait toutes ses journées et ses nuits à l'extérieur, protégé par la lumière de la lune qui faisait sa course dans le ciel, et par les étoiles qui la remplaçaient lorsqu'elle prenait congé pour ce qui était la journée des habitants de Deika. Le jeune dragon se sentait souillé par les ordres qu'il avait exécuté pour lui. Il avait l'impression que ses mains et son corps étaient salis par ces ordres qu'il avait dû exécuter malgré lui et se haïssait pour ses actes, se haïssait d'être faible et de n'avoir jamais su se rebeller contre lui. Ce soir, il était appuyé contre le tronc d'un arbre, perché à la cime du grand cèdre qui se trouvait à l'entrée de la ville. De là où il était, il voyait la pollution lumineuse envahir le ciel, les lumières des commerces, des torches, des habitations qui étaient comme un soleil de substitution.

Le jeune garçon balança la tête en arrière dans un soupir. Sa vie n'en était pas une. Elle n'en avait jamais été une. Son regard se pencha sur ses mains et il serra les poings. Malgré ça, une chose était sûre : à présent, Giran ne lui faisait plus peur. Il ne pouvait plus le menacer de ses coups, et il était devenu impuissant. La dernière chose qui le reliait à lui était ce collier qui lui meurtrissait la chair. Il devenait un peu étriqué maintenant qu'il avait grandit… Il passa ses doigts par dessus.

Une idée germait dans son esprit depuis plusieurs semaines. Un espoir qu'il avait enfoui tout au fond de lui des années en arrières, tentant de l'oublier tant il lui semblait futile et irréalisable. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes.

Il était un dragon, et c'était peut-être ce qui pouvait le sauver. Sa nature était ce qui l'avait rendu esclave avant même qu'il ne prenne conscience de lui-même, mais était aussi ce qui pouvait le délivrer. Il se disait que s'il arrivait à se transformer, il pourrait briser ses chaînes. Il pourrait fuir. Et maintenant que la pression générée par les désirs de son propriétaire ne planait plus au dessus de sa tête, il se sentait peut-être prêt.

Le jeune homme descendit de la branche sur laquelle il s'était assis et atterrit par terre. Il jeta un dernier regard à la ville de Deika derrière lui, décidé. Il ne la regretterait pas. Il quitta les lieux et dépassa la demeure de son maître. Il n'avait rien. Il ne possédait rien. Il n'avait pas besoin d'y remettre les pieds, et Giran pouvait bien mourir seul. Le dragon s'enfonça dans la forêt, et sa silhouette disparut bientôt entre les arbres, là où les branches étaient si denses que la faible clarté de la l'astre blanc n'atteignait plus le sol.

La nuit fut longue pour lui. Aussi longtemps que le croissant de lune fut haut dans le ciel, le jeune Adarkin tenta par tous les moyens de se transformer. Une sensation étrange, désagréable et viscérale le prenait lorsqu'il sentait cette force hautement supérieure prendre le dessus sur son esprit, et la peur était telle une barrière qui l'empêchait d'aller plus loin, de se changer complètement en animal. Pourtant, sa survie en dépendait, et il devait se laisser aller, laisser monter en lui cette chaleur qui lui donnait l'impression de décoller du sol, accepter cette sensation de picotement insupportable lorsque ses écailles sortaient sur sa peau, accepter la douleur de la chair qui se déchire pour laisser poindre ses cornes et ses ailes.

Au matin, lorsque la lune quitta Deika pour un autre continent et que le ciel ne fut plus maculé que des petits points lumineux des étoiles, une silhouette animale s'éleva finalement entre les arbres. Le collier de fer éclata en morceau, projeté au sol en débris de métal lorsque le cou énorme de la bête remplaça celui de l'être humain, et un rugissement rauque retentit dans les bois, faisant s'envoler dans un bruyant concert d'ailes les oiseaux endormis à la cime des arbres.

Mais Eijiro ne demeura pas sous sa forme légendaire plus de quelques secondes. À peine fut-il redevenu humain qu'il s'écroula au sol en nage et tremblant, tâtonnant son propre corps pour vérifier qu'il était bien redevenu lui-même. Cette sensation lui faisait perdre la tête. L'impression de ne plus être lui-même, d'être comme noyé par une autre conscience, de n'avoir plus aucun contrôle, ça le terrorisait. Il lui fallut de longues minutes avant qu'il n'arrive à se calmer totalement, et lorsque ses yeux se posèrent sur les éclats de son ancien collier, éparpillés dans l'herbe et la mousse, il sentit son cœur rater un battement. Il était libre.

Il s'appuya contre le tronc d'un vieil épicéa pour se relever. Ses jambes avaient perdu leurs forces, tremblantes, elles ne le tenait plus. Malgré tout, il se força à bouger, et s'enfonça encore plus dans la forêt pour atteindre la mer qui se trouvait de l'autre côté. La mer… C'était son seul moyen de quitter le pays. Il ne l'avait pas souvent vue, mais en avait un souvenir bien précis : une étendue noire et aussi lisse que la surface d'un miroir, envoûtante, où l'horizon était légèrement teintée de lumière. Derrière ce lointain dont on ne voyait pas le bout, l'astre de feu se levait sur les eaux de ce monde, apportant un jour riche et plein de promesse, réchauffant les êtres de sa lumière bienfaitrice.

Lorsqu'il arriva au port, l'océan était le même que dans son souvenir. De maigres vaguelettes sans élan venaient mourir mollement contre les rebords de pierre des quais, laissant une écume sale contre la coque des bateaux qui ballottaient lentement au rythme des secousses. Eijiro fut rapide, il repéra un gros bateau amarré sur lequel embarquaient marins, matelots, et voyageurs. Il se fondit dans la masse, se faisant aussi discret qu'il le put, et fit définitivement ses adieux à cette ville lorsque l'embarcation quitta la rive.

Il ne savait pas où il allait, mais il était sûr d'une chose : au-delà de la mer, là où le Soleil se levait sur la terre, il ne pourrait aspirer qu'à une vie meilleure.

À suivre…


C'est très les notes:

1) OUI, JE SAIS, les côtes et la cage thoracique c'est la même chose, mais j'aimais bien la tournure de la phrase alors je l'ai gardée.

2) Si jamais vous ne voyez pas qui est Giran, c'est le gars qui collabore avec les vilains, qui a un briquet en forme de flingue et de petites lunettes rondes.

3) Je vous félicite d'être arrivés au bout de ce chapitre, j'espère que ça vous a plu et que vous ne me haïssez pas trop d'avoir donné à cet adorable petit ange un tel passé de merde (rip Eijiro mais ton futur avec le prince sera radieuuux /BANG)

4) Je vous invite à me dire ce que vous en avez pensé, comme d'hab' recevoir vos reviews est clairement le meilleur moment de ma journée, et pour ce qui est de la suite de la fic... :D Je sais pas du tout quand est ce que je vais pouvoir m'y mettre lol j'ai une tonne de travail-

5) MAIS j'adore écrire et j'ai hâte de les faire se rapprocher toujours plus donc je vais tenter de me bouger.

6) On se retrouve très vite, le 16 OCTOBRE POUR L'ANNIV D'EIJIRO (hell yeah) que je ne manquerais pour rien au monde, et vous êtes tous invités!

7) Trêves de bêtises, c'est le dernier point: À LA PROCHAINE! *fuit*