BONSOIR! J'ai enfin, ENFIN trouvé le temps de finir ce chapitre. Bon sang, il me faisait de l'œil depuis mes dossiers en plus, et j'avais jamais le temps de m'y mettre (ça fait deux ou trois fois que j'update une fois par mois... Il est loin le bon temps des fics mises à jour toutes les semaines... RIP)
MAIS! Voici le chapitre treize, ça rime avec baise- /BANG/
... Pardon.
D'AILLEURS! Le 20 novembre, ça fera un an que j'ai commencé cette fanfiction! *essuie une larme* ça se fête!
Bref, je l'aime beaucoup celui-là, vous comprendrez pourquoi en lisant et j'espère que vous prendrez autant de plaisir à le découvrir que moi à l'écrire! Bonne lecture!
Chapitre XIII : Le Royaume d'Aestas
« Alors tu étais un esclave… Tu n'as pas eu une vie facile. »
La voix rauque du prince avait brisé le silence qui était retombé sur eux lorsque le dragon eut terminé son récit. Seul le bruissement des pas de la jument qui progressait dans la forêt se faisait entendre, accompagné du chant lointain de quelques rares oiseaux. Eijiro, qui avait baissé le regard, perdu dans la contemplation de sa vie passée, releva la tête :
« Non… Mais maintenant, ça va ! S'empressa-t-il d'ajouter en voyant que Katsuki jetait un coup d'œil dans sa direction. J'ai réussi à fuir loin de Deika.
-Tu penses que ton maître est toujours en vie ?
-Je n'en sais rien… Quand je suis parti, il était déjà en piteux état alors… Probablement pas. Ça fait un an, après tout.
-Hm. »
La conversation finit par tourner court. Il n'y avait rien à ajouter de plus, de toute façon. Comme il l'avait dit, Eijiro avait réussi à s'échapper du joug de son maître et de la ville dans laquelle il avait grandi, laissant derrière lui sa vie d'esclave. Ce n'était plus la peine de revenir dessus, à présent, tout cela était bien loin derrière lui. De plus, un autre élément commençait à piquer l'intérêt des deux garçons : la forêt se faisait de moins en moins dense, les rayons du soleil, qui n'étaient plus stoppés par les branches des arbres, illuminaient les alentours et réchauffaient leurs peaux et leurs visages. Ils commençaient à quitter le bois qu'ils venaient de traverser, et face à eux, encore un peu dissimulée derrière quelques touffes de feuilles, la citadelle d'Aestas se dressait fièrement, ses drapeaux claquant au vent lorsqu'une brise chaude se mettait à souffler sur le Royaume d'Été.
Bientôt, le chemin de terre qu'ils avaient suivi finit par se métamorphoser en un sentier de pierre, et, à peine eurent-ils le temps de lever la tête que les larges portes de la ville se dressaient face à eux. Deux gigantesques pans de chêne qui protégeaient la cité des attaques extérieures, ouverts à cette heure de la journée, et qui voyaient passer chaque jour des centaines et des centaines d'habitants. Ici, il y avait beaucoup plus de civils qu'à Syrthio, bien que les terres soient moins vastes. Les résidents d'Aestas vivaient au cœur de la bourgade, protégés par les remparts. Les murs de toute la capitale étaient faits de blocs de pierre de grès lustrées par le temps, et le sol était tout de dalles recouvert. C'était une ville riche, prospère, vivant grâce aux commerces, et de nombreuses échoppes, épiceries, et boutiques de vêtements s'avançaient dans la rue piétonne, éparpillant leurs biens, nourriture comme tissu teintant les rues de tâches colorées alors qu'un fumet délicieux s'élevait entre les murs.
Les deux voyageurs et leur jument passèrent l'entrée de la citadelle, le claquement des sabots de Blodyn résonnant bruyamment parmi la cohorte de la ville. Au cœur du centre, il y avait peu de gens à cheval, et hormis une ou deux calèches à l'arrêt, ils étaient les seuls. Autant dire qu'aux yeux du reste des habitants, à pied, il était impossible de ne pas se faire remarquer. Katsuki sentait des regards insistants et désagréables sur son dos. Il gronda :
« Pourquoi est ce qu'ils nous fixent comme ça, eux ?
-Un prince et un Adarkin à cheval, ça ne passe pas inaperçu. Dépêchons-nous de trouver un endroit pour passer la nuit. » Répondit Eijiro qui fit tourner la jument à droite, s'engouffrant dans une ruelle plus étroite et moins fréquentée.
Ils débouchèrent dans une autre artère, moins peuplée que la route principale, où les devantures des boutiques étaient bien moins tape à l'œil. Les deux garçons descendirent du dos de leur monture et entreprirent de remonter la ruelle, au bout de laquelle on pouvait apercevoir la pancarte de ce qui semblait être une auberge. Arrivés en dessous, le prince leva le nez :
« Auberge du loup gris. » Lit-il, gravé sur le bois clair, en dessous d'une silhouette svelte de loup au trot. Il se retourna vers le dragon qui était occupé à attacher la jument près d'un mur, puis, ils entrèrent tous les deux à l'intérieur.
« Est ce que tu as de l'argent ? Demanda le cendré au carmin qui s'avançait vers ce qui semblait être l'accueil.
-Oui, les souverains m'ont donné une bourse. » Répondit l'Adarkin en posant la main sur la sacoche en cuir qui pendait à sa ceinture.
Au comptoir, ils payèrent cinq pièces pour la nuit qu'ils passeraient à l'auberge, et trois de plus pour laisser leur jument à l'écurie. Ils avaient une chambre au deuxième étage, dont la fenêtre donnait sur les pavés de la rue. Au loin, au dessus de la forêt qui s'étendait aux bordures des Terres d'Été, on apercevait les sommets dentelés des Monts d'Irmgrad, effacés par la brume qui flottait autour.
L'intérieur n'était pas très vaste, mais chaleureux : une tapisserie safranée longeait les murs, parcourue d'arabesques rouges, une teinte écarlate qui se retrouvait sur la couverture épaisse qui recouvrait le lit, le tapis qui reposait en dessous ainsi que les rideaux qui gardaient la pièce protégée des rayons brûlants du jour. En face du lit, une commode sommaire, où se trouvait un imposant bouquet de dahlias et de lys oranges qui embaumaient la pièce d'un lourd parfum sucré. Un rai de lumière filtrait à travers les rideaux, venant mourir en une tâche aveuglante au sol, laissant apercevoir les minuscules grains de poussière qui flottaient dans l'air. À peine entré, le prince se laissa tomber sur le lit qui prenait une large partie de l'espace, la tête entre les coussins, le matelas s'enfonçant sous son poids. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus connu un lit décent, et on ne pouvait pas dire que la couche qu'ils avaient occupé à Hiems était vraiment confortable… Il roula sur le côté, inspirant l'odeur des draps frais, puis se redressa et se retourna vers le dragon qui avait déposé toutes leurs affaires dans un coin et qui retirait sa cape. Dans sa tâche, son gilet s'était soulevé et laissait apparaître une partie de son ventre musclé et de sa peau halée. Le jeune roi l'observa un instant avant de lancer :
« Je meurs de faim. On va manger ? »
Eijiro plia sa cape qu'il déposa sur le dossier du fauteuil qui faisait l'angle de la pièce. Il se retourna vers le jeune homme un léger sourire aux lèvres :
« Moi aussi. Et puis j'ai l'impression que les restaurants ne manquent pas, ici. »
Le prince se leva d'un bond et quitta la pièce, suivi de près par l'Adarkin qui ferma derrière eux. En un clin d'œil, ils étaient de nouveau dehors, remontant la rue côte à côte. Le soleil commençait légèrement à baisser, et une douce lumière orangée enveloppait la cité. Un vent chaud faisait se soulever quelques mèches rouges des cheveux du dragon qui y passa une main. Éblouit par les rayons, il ne remarqua pas qu'à sa droite, Katsuki l'observait du coin de l'œil. En vérité, il ne l'avait pas lâché du regard depuis qu'ils étaient descendus de leur cheval. Les poings enfoncés dans ses poches, le jeune homme semblait obnubilé par ses pensées, et alors que Kirishima parlait, il répondait à peine, par des grognements pensifs. Dans sa tête, c'était une toute autre réflexion qui se menait, et qui avait commencé à germer quelques jours plus tôt. Seulement, ce soir, ce n'était plus une impression mais bien une réalité et Katsuki en était maintenant sûr : Eijiro ne le laissait pas indifférent. Il avait des sentiments pour lui.
§§§
Deux assiettes fumantes atterrirent sur l'épais plateau de bois auquel étaient attablés les deux voyageurs. Dans la première, un rôti de bœuf mariné au verjus, baignant dans une sauce brune, huileuse, accompagné de câpres amères. La ficelle qui empaquetait le morceau semblait prête à éclater tant la viande était épaisse et charnue. Dans l'autre, c'était un civet de chevreuil au safran, accompagné de champignons et de carottes, généreusement recouvert d'une sauce épaisse rendue jaune par les épices. Les deux couverts furent rapidement accompagnés d'un demi-litre de vin aux épices pour le prince, et d'une pinte de bière mousseuse pour le dragon. L'odeur des plats leur mettait littéralement l'eau à la bouche et ils ne se firent pas prier pour se jeter sur leur repas. Eijiro ne su dire depuis combien de temps il n'avait pas mangé quelque chose d'aussi bon, si tant est que cela soit déjà arrivé dans le passé. Alors qu'il fit glisser ses doigts autour de son verre rempli du liquide ambré, le prince, qui s'était servi un généreux verre de vin, tendit sa coupe vers lui :
« Santé, lança-t-il avec un magnifique sourire qui fit presque s'étouffer le dragon.
-S-Santé. » Répondit-il lorsque le rebord de son verre rencontra celui du jeune roi. Ils ne se quittèrent pas des yeux tout le long de la descente, et Kirishima sut que la chaleur qui l'envahit instantanément n'était pas due à la teneur en alcool de sa bière, mais bien aux deux prunelles rouges qui le fixaient intensément en face de lui. Pourtant, ce feu qui lui courait tout le long de l'échine n'était pas désagréable : il commençait à s'y faire, et même à l'apprécier.
Quand les deux garçons quittèrent l'auberge où ils avaient dîné, près d'une heure plus tard, le soleil était passé derrière l'épaisse forêt qui bordait le royaume. Entre les hauts murs de la citadelle, il commençait à faire sombre. Les rues étaient éclairées par les lampadaires, leur lueur jaunâtre se projetant le long des pierres, et un brouhaha s'élevait depuis le cœur de la cité, mélange des voix des habitants qui s'entassaient dans les allées. Le Royaume d'Été semblait être aussi bien vivant de jour que de nuit. Katsuki passa la porte le premier, suivit d'Eijiro qui la lui tenait. Lorsque le dragon mit un pied à l'extérieur, et alors que le prince se dirigeait vers la droite, pour remonter la rue, le regard de l'Adarkin fut attrapé par une forme sombre à sa gauche.
Il tourna la tête, et, à l'instant où ses yeux se posèrent sur la silhouette qui l'avait interpellé, il sentit son cœur manquer un bond.
Cela ne dura qu'une demi-seconde, mais il reconnut, parmi les passants, un visage qui surplombait la foule. Un visage à la peau brûlée, retenue par des agrafes, et au regard bleu perçant qui croisa le sien avant de disparaître dans la cohorte.
Kirishima se rigidifia instantanément, devenant livide. L'air se bloqua dans sa gorge. Ça ne pouvait pas être possible. Il ne pouvait pas être là. Il avait forcément rêvé, le type qu'il venait de voir, là, dans la foule, ça ne pouvait être que son imagination qui décidait de lui jouer un sale tour. Il l'aurait reconnu entre mille, ce teint blême et malade, ce regard glaçant, cette tignasse noire qui lui retombait sur les yeux et les tempes… C'était l'homme aux flammes contre qui il s'était battu quand il avait délivré Bakugo.
Il ne pouvait pas empêcher une peur sourde de le prendre aux tripes, inquiet, tendant le cou pour essayer de voir par dessus la masse humaine. Et alors qu'il se tenait droit comme un piquet, les yeux rivés sur l'endroit précis où il venait de le voir apparaître comme pour s'assurer qu'il avait bel et bien rêvé, il sentit une main s'enrouler autour de son poignet.
« Hé, qu'est ce qu'il y a ?»
Eijiro se retourna brusquement. C'était le prince. Il le fixait sans comprendre et fronça les sourcils lorsqu'il vit l'expression de terreur sur son visage.
« J'ai… » Commença le dragon, mais sa voix mourut dans sa gorge.
Katsuki avait le regard plongé dans le sien. Un regard intense, absent de toute colère, seulement teinté de l'éclat brillant de ses deux rubis d'iris. Autour de son poignet, son emprise s'était légèrement resserrée. Eijiro déglutit. La chaleur de sa peau contre la sienne le ramenait peu à peu à la réalité, évinçant ses doutes. Il avait rêvé. L'Alliance ne pouvait pas en avoir toujours après eux, et même si c'était le cas, ils ne les retrouveraient jamais. Ils étaient venus ici, à Aestas, pour brouiller leur piste et les semer. Et voir le futur roi en face de lui, en vie, soigné des blessures qu'ils lui avaient infligée, posant sur lui un regard si quiet, ne pouvait le laisser croire que ce monstre était vraiment là, à leurs trousses.
« Non, rien, répondit-il finalement, avant de remarquer une discrète tâche violette de vin au coin des lèvres du cendré. Il y passa son pouce en étouffant un rire.
-Qu'est ce que tu fais ? Râla le jeune homme en repoussant sa main, son air impavide ayant disparu au profit de son froncement de sourcils habituel, on avance, arrête de traîner. »
Il lâcha son poignet et fit demi-tour, sa cape claquant derrière lui. Eijiro jeta un dernier regard en arrière avant de se mettre à le suivre.
§§§
Les rues de la cité d'Aestas convergeaient toutes en un point culminant : le centre ville se trouvait en hauteur, et l'on pouvait observer, depuis ce piédestal, une vue dégagée sur les bois et les alentours de la région. Ce soir, un vent chaud venu des terres soufflait sur la citadelle, s'infiltrant jusque dans la plus étroite des ruelles, faisant bruir les feuilles à la cime des arbres dans un doux sifflement.
Katsuki et Eijiro avaient marché jusqu'à ce qui semblait être une place, reliée aux boulevards de la ville par un pont de pierre sous lequel passait un cours d'eau. Les lourdes branches des arbres, ployant sous le poids de leurs feuilles et de leurs fruits, venaient y tremper et des herbes aquatiques poussaient le long des bords du canal. En face, un rebord dégagé laissait apercevoir les derniers rayons de l'astre du jour qui baissait à vue d'œil. La nuit tombant, les habitants avaient déserté les lieux, et ils se trouvaient seuls. Le prince s'accouda contre les briques grises qui faisaient le pont, et le dragon s'y pencha. Il resta plongé dans la contemplation de son reflet et des nénuphars qui flottaient à la surface pendant que le cendré, lui, avait les yeux dans le vague, son regard oscillant entre la silhouette des montagnes au loin et l'horizon qui semblait prendre feu au coucher du soleil.
Katsuki se perdait dans ses pensées. Depuis qu'ils étaient arrivés au Royaume d'Été, il n'avait cesse de se remémorer le chemin parcouru pour en arriver là. Tout d'abord, il y avait eu leur dispute de l'autre soir, de laquelle il ne pouvait retirer qu'une chose : Eijiro n'avait pas eu tort une seule fois dans ses paroles. Même s'il avait été dur, il était vrai que sans l'aide de l'Adarkin, le prince serait sûrement mort au fond des cachots de Gwanwyn, à l'heure actuelle. Et puis, il avait l'impression, avec tout ce qu'il avait vécu et avec tous ces lieux différents qu'il avait vu en seulement quelques jours, qu'il avait quitté son château depuis des mois entiers. Il se sentait différent de celui qu'il était lorsqu'il ne progressait qu'entre les murs de son domaine, comme si Eijiro l'avait fait changer. Et, plus il y pensait, plus il réalisait que ce n'était pas seulement une impression : c'était bel et bien le cas. Avec l'arrivée du dragon dans sa vie, il n'était plus le même. De jeune prince puéril et capricieux à qui l'on avait toujours tout cédé, il était maintenant devenu un adulte que le recul et l'expérience rendaient plus sage et pragmatique.
Ce changement ne le laissait pas indifférent. L'adolescent avait l'impression de se trahir lui-même, d'une part, en devenant différent de celui qu'il avait toujours été. D'un autre côté… Il tenait à Kirishima, et sentir qu'il avait une part de l'autre jeune homme en lui était un sentiment diffus, agréable, comme une chaleur réconfortante.
Bakugo se mordit la joue, et ses poings se serrèrent lorsqu'il réalisa qu'Eijiro était devenu une figure familière pour lui, et qu'à ses côtés, il se sentait plus fort. Il ne craignait plus rien ni personne s'il joignait la force colossale du dragon à la sienne. Lentement, il rouvrit sa main et posa son regard sur les plissures de sa paume. Son pouvoir devait être totalement revenu, à présent. Il ne gardait de sa blessure à l'Infirma qu'une rougeur minime qui s'était totalement résorbée, et un semblant de douleur qui diminuait de jour en jour. Il repensa au soir de leur rencontre, lorsque le jeune homme lui avait retiré l'aiguille d'onyx enfoncée dans sa chair. Il avait le sentiment qu'elle lui serait utile, et, depuis leur départ de la forêt de Fanghorn, il l'avait gardée avec lui, cachée dans sa botte. Ça, il s'était bien gardé de le faire savoir au dragon, on ne savait jamais après tout. Kirishima se sentait encore responsable de lui. Il le voyait à la façon dont il se tenait toujours dans son dos, comme pour le défendre. Katsuki n'aimait pas ça, il ne se considérait pas comme étant une personne à protéger, mais il le laissait faire. Il laissait Eijiro agir car au fond de lui, ce lien qui se tissait entre eux ne le dérangeait pas.
Il ne détestait pas le dragon, loin de là.
Le jeune homme se passa une main sur le bas du visage, fronçant les sourcils. Il déglutit, alors qu'une douce chaleur naissait au creux de sa poitrine, se mêlant avec celle des rayons du soleil couchant qui glissaient sur sa peau. Il ne pouvait plus garder ça pour lui. Au fur et à mesure qu'ils avançaient dans leur voyage, les sentiments du prince à l'égard du dragon se faisaient de plus en plus forts. Et puis, il y avait ce baiser qu'ils avaient échangé hier. Ils n'en avaient pas reparlé, mais l'Adarkin ne l'avait pas repoussé, et depuis lors, le jeune roi sentait qu'il avait besoin de plus.
Il osa un coup d'œil à a droite. Eijiro était toujours penché au dessus du canal. Il savait qu'il n'avait pas à hésiter. D'ailleurs, ce n'était pas son genre, d'hésiter. Il finit par se lancer :
« Eijiro. »
Sa voix s'était levée par dessus le souffle du vent. Le dragon se retourna vers lui. Un rayon de lumière se refléta sur son visage et embrasa sa chevelure et ses prunelles.
« Oui, qu'est ce qu'il y a ? »
La main du prince retomba le long de son corps. Il posa ses yeux sur Kirishima. Il le détailla un instant, restant silencieux. Le dragon se redressa, intrigué. Cette expression chez l'autre garçon n'était clairement pas commune.
« Je n'aime pas l'admettre, mais sans toi, je serais probablement mort. Tu m'as sauvé la vie et tu m'as soutenu quand mon pouvoir m'a fait défaut… »
Le jeune homme baissa les yeux sur sa main, avant de serrer son poing.
« Je sens que j'ai récupéré mes forces, aujourd'hui. C'est grâce à toi, au chemin qu'on a parcouru ensemble. Je… Suis content d'avoir croisé ta route. »
Il releva le visage, plongeant son regard dans le sien. Il rouvrit sa main avant de la tendre vers le dragon.
« Je crois que… Je crois que je ressens quelque chose pour toi. Tout ce qu'on a vécu ensemble depuis qu'on s'est rencontrés, je ne peux pas m'empêcher d'y repenser sans cesse… Est ce que tu veux joindre ta puissance à la mienne ? »
Eijiro écarquilla les paupières. Ses iris firent un aller-retour sur la main tendue de l'adolescent avant de revenir sur son visage. Puis, il fit un pas vers lui et la prit entre les siennes. Il ne pouvait empêcher une chaleur encombrante de mettre feu à ses joues, mais fit tout son possible pour garder sa contenance.
Le prince venait clairement de lui faire une déclaration. Enfin, à bien y réfléchir, ça n'était pas la première… Le baiser qu'ils s'étaient échangé l'autre matin était déjà comme un aveu muet de ses sentiments. Qu'il mette des mots sur ça… Kirishima était admiratif. Il se rapprocha un peu plus de Bakugo. Il n'étaient plus séparés que de quelques centimètres, à présent. Doucement, il posa son front contre le sien, les mèches de cheveux sang et cendre se mêlant. Il souffla :
« Tes sentiments sont partagés, Katsuki. »
Il n'eut pas besoin d'en ajouter plus. Sa main glissa sur la joue du cendré, avant de se perdre dans les cheveux courts du haut de sa nuque. Le prince fit un pas à son tour, faisant passer ses bras autour de son cou. Leurs deux paires de rubis étaient passionnément plongées l'une dans l'autre, et ce fut le carmin qui finit par réduire à néant l'écart qui les séparaient, le prenant par la taille pour venir le serrer contre lui. Leurs lèvres se frôlèrent une première fois, avec une douceur infinie, avant de fondre l'une contre l'autre, se quittant pour mieux se retrouver, se scellant pour ne plus jamais se séparer.
Une bourrasque brûlante se leva sur le promontoire, où leurs silhouettes se détachaient comme une tâche d'encre pur dans le ciel orangé. Le prince raffermit son emprise autour des épaules du dragon alors que les doigts du reptile se resserraient autour de la chair pâle du jeune homme. L'étreinte et le baiser qu'ils partageaient leur sembla durer une éternité, comme si le temps s'était instantanément figé.
Enfin ils écoutaient leur cœur, enfin leurs deux corps trouvaient leur place, lovés l'un contre l'autre, enfin l'amour qui avait commencé à germer entre eux pouvait éclore librement, à l'image des pétales fragiles qui s'ouvrent et se déploient pour donner naissance à une fleur somptueuse.
Bientôt, le soleil disparut totalement derrière les montagnes. Un pourpre sombre remplaça peu à peu le feu rougeoyant du ciel, parsemé des premières étoiles qui émettaient un clignotement faible. Le dragon et le prince étaient toujours serrés l'un contre l'autre, échangeant regards et baisers légers aux coins des lèvres. Ils ne se séparèrent que lorsque la lune commença à se lever à son tour pour prendre la relève dans le ciel de la nuit, ronde, pleine, et rendue orange par le souvenir des rayons du soleil absent. Leurs mains serrées l'une dans l'autre, les deux garçons finirent par quitter la place pour reprendre le chemin de l'auberge, éclairés par le feu des torches de la cité qui créait des arabesques sur les murs de pierre. Le bruit de leurs pas résonna sur quelques mètres avant de s'éteindre totalement lorsqu'ils disparurent au détour d'un tournant.
Un nouveau souffle de vent se leva, balayant les lieux maintenant déserts. Le silence retombait peu à peu, rapidement évincé par le hululement d'une chouette provenant des bois qui entouraient le royaume. Mais alors que tout semblait calme, une voix grave s'éleva. Elle provenait d'une ruelle adjacente à la place :
« C'est eux qu'on doit buter, patron ?
-Deux hommes ensemble ? C'est écœurant.
-La ferme. Et ne m'appelez pas patron. Je me sers juste de vous.
-Ils viennent de prendre la rue, là. On y va ? Si on les attaque par surprise, ils seront incapables de se défendre.
-Ne les sous-estimez pas. Vous aurez tout le temps de vous défouler sur eux plus tard. On va les suivre un peu, j'ai bien envie de voir comment ça évolue… »
Caché derrière un mur, Dabi plissa les yeux. Sa peau brûlée se froissa sous ses cils, alors que son regard glacial restait fixement accroché là où se tenaient le dragon et le prince il y avait encore quelques instants. Il avait enfin réussi à remettre la main sur eux, et cette fois, ils ne lui écharperaient pas. Il avait eu raison de suivre son instinct et de les attendre ici, à Aestas. Comme il l'avait également prévu, il n'avait pas non plus été difficile de corrompre les deux sales types qui l'accompagnaient. Il les tuerait probablement une fois le travail terminé, de toute façon. Ils ne serviraient qu'à lui faciliter un peu la tâche.
L'homme aux flammes finit par faire volte-face, retournant à l'ombre de la nuit, suivit de près par les deux scélérats qui ne le quittaient pas d'une semelle depuis qu'il leur avait promis de l'or en échange d'un léger coup de pouce. Il ne préférait pas se jeter sur eux tout de suite. Il était curieux de voir jusqu'où ce dont il avait été témoin ce soir évoluerait…
Oui, s'il leur laissait le temps de se rapprocher encore plus, de laisser leurs sentiments grandir ne serait-ce qu'encore un peu, alors la séparation n'en serait que plus douloureuse.
À suivre…
PUTAIN DABI TU FAIS CHIER! Tu peux pas leur foutre la paix, non?
Enfin, à part une menace de mort qui leur plane au dessus de la tête comme une épée de Damoclès, ils sont mignons, là, à s'embrasser au soleil couchant, vous trouvez pas? J'ai vraiment hâte de me mettre à la suite parce qu'ils vont aller un peu plus loin, si vous voyez ce que je veux dire *wink wonk*
Quoi qu'il en soit, j'espère que ce chapitre vous a plus, promis j'essaie de me bouger pour le prochain (je dis ça à chaque fois mais au final je vais jamais aussi vite que je l'aimerais... SNIF). En attendant, moi je vais aller me mater l'épisode 4 de la nouvelle saison de BNHA et fangirler sur chaque frame de Katsuki qui passera à l'écran.
Bye!
